Alma : Le vent se lève


Alma : Le vent se lève de Timothée de Fombelle

388 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : 1786. Quittant la vallée d’Afrique qui la protégeait du reste du monde, Alma, 13 ans, part seule à la recherche de son petit frère disparu. Pendant ce temps, à La Rochelle, le jeune Joseph Mars embarque clandestinement sur La Douce Amélie, l’imposant navire de traite du cruel capitaine Gardel. Il est en quête d’un immense trésor, mais c’est Alma qu’il va découvrir…


Extraits : « Depuis toujours, le visage et le coeur de sa mère sont pour Alma comme les nuits d’été : une vie ne suffirait pas à en compter les étoiles. Alors, quand on les contemple, malgré la fatigue, on repousse l’heure de fermer les yeux. On ne veut pas dormir. On ne veut rien rater de tant de beauté. »

« – Qu’est-ce qu’ils vont faire de nous ? souffle quelqu’un.
– Personne n’est revenu de là-bas pour le dire.


Mon avis : Timothée de Fombelle est sans conteste mon auteur français préféré. Il a le don de se renouveler à chacune de ses parutions, d’émerveiller, de surprendre son lectorat, tout en lui prodiguant des leçons de vie mémorables. Ses deux derniers albums jeunesse, Capitaine Rosalie et Quelqu’un m’attend derrière la neige ont été mes coups de coeur de l’année 2019. L’auteur a ce talent si particulier de condensé dans de très courtes histoires de terribles réalités historiques et sociétales, qui frappent, bousculent, chamboulent, émeuvent. Dans cette nouvelle saga jeunesse, il s’attaque à une thématique historique qui lui tenait particulièrement à coeur : la barbarie de l’esclavage du siècle dernier.

Durant sa prime jeunesse, Timothée de Fombelle a eu la chance d’habiter en Afrique, où il a pu se confronter à tout un pan de l’histoire coloniale passée. Cette vision cauchemardesque ne l’a jamais quittée : des années plus tard, il raconte l’histoire d’Alma, jeune Africaine des années 1786, percutée de pleins fouet par les blancs vendeurs d’esclaves. D’abord partie à la recherche de son jeune frère Lam, c’est l’ensemble de sa famille qui va imploser : son père part également chercher ses enfants, tandis que Nao, la maman, se retrouve embarquée par des bandits, qui les revendent, elle, son grand fils muet et le bébé qu’elle porte dans son ventre, à un marchand français. Sans le savoir, Alma se retrouve à bord du même bateau que sa mère, peuplé d’esclaves noirs, en partance pour la France.

Sur ce bateau, elle fera la rencontre du jeune Joseph Mars, un matelot embarqué clandestinement sur La Douce Amélie, à la recherche d’un trésor caché par le pirate Luc de Lerne. Le capitaine du navire, Gardel, homme impitoyable, assoiffé d’argent et de pouvoir, se sert de la perspicacité du jeune Joseph pour mettre la main sur ce magot d’or. Une référence directe à la piraterie, ces bandits des mers qui tentent de faire fortune en pillant des bateaux marchands. Cette traversée n’est pas sans encombre, elle est peuplée d’aventures, de rencontres, de déconvenues aussi, mais nous enseigne énormément de choses sur les réalités de l’esclavagisme des siècles passés.  

Illustrations de François Place

La force de cette histoire réside dans l’alliance parfaite entre une réalité historique au plus proche de la vérité – on sent avec bonheur que l’auteur s’est longuement documenté sur le sujet de l’esclavagisme -, et une part fictionnelle, fantastique, faite d’aventures extraordinaires, idéale pour transporter les jeunes – et moins jeunes – lecteurs dans des contrées lointaines.

L’auteur souhaitait avant tout mettre en lumière un pan peu glorieux de l’Histoire du monde : la traite négrière, adapté à un public jeune, peu sensibilisé à ce genre de thématique. On voit avec horreur les réalités de l’esclavage, notamment à travers le commerce triangulaire en plein essor au XVIIIème siècle : des milliers de noirs sont embarqués sur des navires, principalement européens, pour servir soit de monnaie d’échange soit de main-d’oeuvre gratuite. Sur La Douce Amélie, ils sont des centaines à être entassés dans les bas-fonds du navire, dans des conditions insalubres. Leur état d’être humain est totalement annihilé par les marchands, qui les traite comme de vulgaires bêtes sauvages. Parler de ce mal du siècle dernier – socle principal du développement du racisme, soit dit en passant -, permet d’ouvrir et d’éduquer son esprit, ainsi que sa culture sociétale et historique. C’est un ouvrage enrichissant, brillamment documenté, qui donne l’accès aux plus jeunes à un pan ombrageux et parfaitement honteux des siècles passés.

Un sujet délicat, encore difficile à aborder, d’autant plus par un écrivain blanc. Ce roman de Timothée de Fombelle fait actuellement débat, puisqu’il semblerait que sa thématique périlleuse puisse freiner sa traduction à l’étranger. En effet, les traducteurs craignent une polémique visant l’appropriation culturelle d’une population dominée par un blanc issu d’une culture dominante, qui profiterait des retombées économiques qui ne seraient pas reversés au pays concerné. Une question qui divise les médias et l’opinion publique.

Néanmoins, rassurez vous, point de soucis à se faire pour sa parution française : Alma : Le vent se lève est le premier tome d’une trilogie d’aventures qui annonce un succès retentissant et phénoménal. La suite ne sera disponible que dans l’année 2021… autant dire dans une éternité ! Je viens à peine de refermer cette histoire que j’ai déjà hâte de retrouver Alma, sa famille, Joseph, Poussin, Palardi, Amélie, les méchants pirates et les gentils matelots.


Timothée de Fombelle nous embarque à bord de La Douce Amélie, dans une splendide épopée historique où la réalité de l’esclavagisme côtoie des aventures fictionnelles passionnantes. Un voyage envoûtant et rythmé, que je ne peux que vous conseiller !

Ma note : 10/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-07-513910-6
Illustré par François Place

10 réflexions sur “Alma : Le vent se lève

    • analire dit :

      Merci à toi pour ton commentaire ! Je peux te conseiller tous les romans de Timothée de Fombelle : c’est un excellent auteur, qui ne m’a jamais déçu jusqu’à maintenant 🙏🏼

      J'aime

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