Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?


Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? de Avery Flynn

279 pages, éditions Harlequin, à 16,90€


Résumé : Selon l’expression consacrée, Gina est ce qu’on appelle une « crevette » : chez elle, tout est bon… sauf la tête. Car, si la nature lui a offert un corps à faire fantasmer Cara Delevingne, son visage, lui, ne correspond pas vraiment aux normes habituelles de la beauté. Après une adolescence difficile, Gina s’est endurcie et a appris à assumer son physique. Enfin ça, c’est ce qu’elle croyait jusqu’à ce qu’un jeu l’oblige à embrasser Ford, un policier ultra-sexy et visiblement sous son charme, lors d’une fête de mariage. Aussitôt, les complexes reviennent en force, et elle se demande ce qu’un mec comme Ford peut bien trouver à une fille comme elle…


Extrait : « La vie est trop folle pour suivre les règles tout le temps, répliqua-t-elle. Parfois, il faut s’adapter et être flexible. »

« Le monde est visuel. Les gens se jugent sur leur apparence, leur couleur de peau, leur âge, leurs handicaps et leur beauté durant les quelques secondes qui suivent chaque rencontre. Tu sais bien que c’est vrai. Tout un tas d’études prouvent que les gens beaux ont plus d’opportunités que ceux qui ont un physique moyen – ou en-dessous de la moyenne. »


Mon avis : Je souhaite tout d’abord remercier les éditions Harlequin, ainsi que Babelio, pour l’envoi de cet ouvrage dans le cadre d’une Masse critique privilège. Je ne lis que très peu de romances chick-lit, mais j’ai accepté ce partenariat, puisque j’avais envie d’un peu de légèreté dans mes lectures.

Gina est une femme qui se trouve laide : elle juge son visage ingrat et son physique peu reluisant. Les nombreuses moqueries qu’elle subit depuis son plus jeune âge ne l’aide pas à changer l’image qu’elle se fait d’elle. Alors quand elle rencontre Ford, un charmant policier, elle l’estime trop sexy pour elle. C’est certain, leurs différences physiques est un trop grand obstacle : elle ne le mérite pas ! Mais ce dernier, tombé sous le charme de Gina, n’est pas du même avis que cette dernière : il souhaite apprendre à la connaître davantage. Comme on dit, les contraires s’attirent, non ?

La couverture annonce une histoire « 100% assumée, 100% décomplexée », alors que c’est une héroïne complètement à l’opposé que nous retrouvons à l’intérieur : elle est 100% complexée par son apparence physique ! Elle a un beau corps, de jolies jambes, mais son visage n’est pas à son goût – nous savons seulement qu’elle a un gros nez qu’elle déteste. Mais n’est-ce pas la description d’une femme tout à fait normale, comme on en croise des centaines par jour ? Car oui, les femmes sont beaucoup plus complexées que les hommes, elles ne sont jamais satisfaites, et le personnage de Gina ne fait que mettre en exergue les petits défauts de chacun, et renforcer, en miroir, la complexion des lecteurs.

J’ai été particulièrement choquée par certains comportement de personnages, comme les collègues ou les ex de Ford. Ils jugent Gina sur son physique et n’hésitent pas à dire haut et fort ce qu’ils pensent de son visage ingrat. J’ai été agacé par ces comportements enfantins et lourdaud, bien loin de la réalité des choses.

Il faut dire que tous les personnages sont un ramassis de clichés – la femme banale et complexée, rabaissée par tout le monde, qui rencontre un homme parfait, charmant, romantique, indulgent, sensible, policier de surcroît. L’attirance simultanée et puissante qui va naître de ce couple est stéréotypée à son maximum : ils ne se connaissent pas, se jugent uniquement sur leur physique, mais vont vivre une histoire charnelle et intense.

Une tension sexuelle permanente plane durant toute la lecture de cette histoire, sans toutefois y avoir de scènes érotiques trop vulgaires. Avery Flynn y incorpore également une enquête de second plan : les frères de Gina, Rocco et Paul, trempent dans des affaires illégales. Ford va être missionné pour recueillir des informations supplémentaires sur leurs magouilles, et va donc, dans un premier temps, se rapprocher de Gina par intérêt. Gina découvrira également chez elle un cadavre, celui de son grand-père, porté disparu depuis des années. Malheureusement, ces enquêtes policières, qui auraient pu dynamiser le récit et apporter cette touche d’action qui manquait tant à l’histoire, ne sont pas suffisamment développées.

L’histoire est donc banale, elle ne sort pas des sentiers battus et est vraiment trop commune pour être retenue par le lecteur dans la durée.


Une romance banale, mais qui se laisse quand même lire. Des personnages caricaturés, particulièrement l’héroïne Gina, jeune femme complexée par un physique pourtant normal. L’histoire aurait pu être moralisatrice en invitant au respect d’autrui, mais c’est tout le contraire que j’ai ressenti dans ce livre. Déçue.

Ma note : 3/10

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Roadmaster


Roadmaster de Stephen King

605 pages, éditions Le Livre de Poche


Résumé : Un inconnu s’arrête dans une station-service perdue au fin fond de la Pennsylvanie, au volant d’une Buick « Roadmaster », un magnifique modèle des années 1950… qu’il abandonne là avant de disparaître. Alertée, la police vient examiner le véhicule, qui se révèle entièrement factice et composé de matériaux inconnus.
Vingt ans plus tard, la Buick est toujours entreposée dans un hangar de la police d’État, et rien n’a filtré des phénomènes surnaturels qui se produisent à son entour, et qu’elle semble provoquer. Un homme veut cependant savoir la vérité : Ned Wilcox, le fils du policier initialement chargé de l’enquête, mort depuis dans un mystérieux accident.
Et si rouvrir les portières de la mystérieuse automobile revenait à ouvrir les portes de l’horreur ?
Après l’accident qui faillit lui coûter la vie en 1999, Stephen King a consacré trois ans à l’écriture de ce roman – l’œuvre d’un magicien de l’épouvante parvenu au sommet de son art !


Extraits : « Il y a dans toute vie de ces moments difficiles où on s’aperçoit qu’il y a beaucoup plus de gens prêts à vous secourir qu’on ne l’aurait cru. Et que malheureusement, ce n’est pas encore suffisant. »

« Quelquefois, la réussite nous accable mille fois plus que l’échec. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ainsi.« 


Mon avis : Après plusieurs longues années sans avoir relu un Stephen King, je me suis persuadée que cette période pré-Halloween était l’idéale pour sortir un de ses romans de ma Pile à Lire. Me voici donc en pleine lecture de Roadmaster.

Roadmaster, c’est la marque d’une mystérieuse Buick, abandonnée par un homme en noir à une station-service. Recueilli par les policiers et mise à l’abri dans un hangar, cette voiture est loin d’être ordinaire. Construite dans des matériaux étranges, il émane en plus d’elle des phénomènes qui dépassent l’entendement : une température qui baisse, des éclairs qui se produisent, des créatures qui apparaissent dans le hangar où elle est rangée… Ned Wilcox, le fils d’un policier mort vingt années plus tôt lors d’une de ses missions, veut en savoir plus sur cette voiture qui a tant intrigué son père. Les anciens collègues de son père, Eddie, Sandy, Shirley, et tous les autres, vont tâcher de retracer avec exactitude l’histoire de cette voiture au gamin.

Nous sommes donc constamment partagé entre le temps présent et les retours dans le passé, où les personnages se relaient pour raconter avec exactitude l’ensemble des événements qui leur sont arrivés avec la Buick. Le mystère qui entoure l’entoure demeure complet, du début à la fin. Personne ne sait ce qu’elle est, personne ne sait d’où elle vient, ni quels dangers elle représente. Tout comme les personnages, nous sommes plongés dans un flou profond, qui nous empêche de discernement clairement les motivations de cette voiture, presque extraterrestre. Au début, j’ai été immédiatement prise dans le récit, curieuse d’en savoir plus sur cette voiture.

Mais, malgré tout le respect que je dois à ce grand écrivain qu’est Stephen King, je me suis passablement ennuyée avec cette histoire. En effet, à part quelques courts épisodes d’actions sporadiques, l’histoire stagne, assez vide, dénuée de dynamisme. Les personnages se succèdent à tour de rôle pour raconter quelques anecdotes qu’ils ont vécus au contact de la Buick, mais rien de très palpitant.

J’ai quand même persévéré dans ma lecture jusqu’au dénouement final, m’attendant peut-être à un retournement de situation inattendu, qui aurait réveillé ma curiosité. Mais rien, à l’instar de l’ensemble du récit. Aussi, les plus de 600 pages que contiennent ce bouquin m’ont parues bien longues.


Passez votre chemin : ce livre s’étire en longueur et manque de dynamisme. Stephen King m’a habitué à beaucoup mieux, c’est pour ça que malgré cette déception, cela ne m’empêchera pas de lire d’autres livres de cet excellent auteur. 

Ma note : 4/10

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Terrible vertu


Terrible vertu de Ellen Feldman

301 pages, éditions Cherche Midi, à 21€


Résumé : « Le devoir d’une femme : regarder le monde bien en face, avec une lueur infernale dans les yeux ; avoir un idéal ; parler et agir en dépit de toutes les conventions. » Telle était la philosophie de Margaret Sanger et telle a été sa vie.
Portrait d’une des figures les plus influentes et les plus controversées du XXe siècle, ce roman met en scène cette femme indomptable.

Élevée dans un milieu pauvre, par une mère épuisée par treize grossesses, Margaret se fait très jeune le serment de ne jamais subir la vie d’une femme au foyer. Devenue infirmière à une époque où la contraception est illégale, elle décide de se consacrer aux femmes et met sur pied en 1916 la première clinique clandestine de contrôle des naissances. C’est le début d’une vie de luttes enfiévrées qui la conduiront à créer en 1952 le planning familial, avant de militer, par tous les moyens, pour la légalisation de la pilule. Son acharnement la conduira plusieurs fois en prison, elle sera contrainte de fuir les États-Unis pour l’Angleterre et la France, où, là encore, toujours aussi indomptable et provocante, elle poursuivra son inlassable combat pour l’égalité des sexes.

Ellen Feldman nous restitue ici la vie d’une femme hors du commun, mais aussi de ses proches, mari, amants, enfants, famille, dont l’existence a souvent été malmenée par cette héroïne en quête d’absolu, qui a changé la vie de toutes les femmes, peut-être aux dépens de la sienne.


Extraits : « J’étais devant le miroir de l’entrée, en train de mettre mon chapeau et de me faire la réflexion qu’être désirée était bien meilleur pour le teint que toutes les crèmes du monde. »

« Promettre d’aimer à jamais est aussi irréfléchi que promettre de vivre à jamais.« 


Mon avis : Terrible vertu est une biographie romancée de Margaret Sanger, une militante qui lutta pour la liberté d’expression de la femme et le libre accès à la contraception. Malheureusement, son nom n’est que très peu connu dans la sphère publique, puisque pour ma part, je n’avais jamais entendu parler de cette illustre femme. Chose faite maintenant, et je vais tâcher de vous la présenter au mieux, afin que vous vous rendiez compte de l’immensité de ses actions.

Élevée dans un milieu pauvre, entouré de 12 frères et soeurs, Margaret Sanger voit dépérir sa mère, femme au foyer usée par les grossesses. Ne voulant point devenir comme elle, Margaret va devenir infirmière et se concentrer uniquement aux femmes. Elle va ouvrir la première clinique clandestine de contrôle des naissances, va informer et sensibiliser les femmes sur la contraception et les risques encourues des grossesses successives, publier des magazines clandestins, le tout au détriment de sa vie et de sa liberté.

Car les actions qu’elle menait étaient illégales et pénalement répréhensibles. Margaret, tout comme l’une de ses soeurs, qui a rejoint son combat, ont d’ailleurs passer plusieurs longs mois derrière les barreaux. Margaret Sanger a également dû faire nombre de sacrifices dans sa vie : elle a notamment délaissé ses enfants durant de longs mois (si ce n’est pendant des années), pour se consacrer à la cause qu’elle défendait. Je pense que c’est l’une des seules choses pour laquelle je ne suis pas en accord avec elle : laisser ses trois enfants en bas âge seul, pour militer pour les femmes. Je suis convaincue qu’elle pouvait trouver un arrangement pour pouvoir allier les deux.

Margaret Sanger couvre sa bouche en signe de protestation après avoir été privée du droit de parler de contrôle des naissances, le 17 avril 1929.

J’ai trouvé ce livre particulièrement intéressant. Sensible à la cause féminine, je suis de très près toutes les évolutions qui se déroulent au XXIème siècle en faveur des femmes – égalité des sexes et des salaires, sensibilisation au cancer du sein, etc. Mais je ne m’étais jamais vraiment penché sur les figures féminines qui avaient oeuvrés pour que nous puissions, nous, femmes du XXIème siècle, bénéficier de tout ce dont nous bénéficions aujourd’hui. Et je peux dire aisément que cette Margaret Sanger est une héroïne du XXème siècle. Très peu de femmes auraient osé s’exposer ainsi publiquement et réaliser de telles actions, souvent vaines, peu écoutées, ou immédiatement arrêtées par les hommes.

Loin d’être soporifique, Terrible vertu est écrit d’une manière simple, accessible à un large public, pour que chaque lecteur puisse découvrir avec facilité le portrait de cette femme et les actions qu’elle a mené. 

Un grand merci aux éditions Le Cherche Midi et à Babelio pour cet envoi. Je ne regrette pas un seul instant d’avoir découvert ce livre, qui m’apporta beaucoup pour ma culture personnelle et ma vision de la vie. C’est sûr, maintenant, je ne verrais plus les contraceptifs de la même manière !


Une biographie romancée sur une figure féminine qui a milité activement pour les droits de la femme et son libre accès à la contraception. Je recommande ce livre, ne serait-ce que pour votre culture personnelle.

Ma note : 7,5/10

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Le matin de Neverworld


Le matin de Neverworld de Marisha Pessl

315 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Un an après la mystérieuse mort de Jim, son petit copain, Béatrice n’a toujours pas revu leurs amis. Ils lui cachent quelque chose et la soirée des retrouvailles dérape : un homme étrange leur annonce qu’ils sont coincés au Neverworld et revivront sans cesse la même journée jusqu’à ce qu’ils prennent la décision la plus difficile de leur vie… Mensonges, peurs et sentiments : les masques tombent dans la bande d’amis. Qui sortira vivant du Neverworld ?


Extraits « Dans la vraie vie, il n’y a pas d’entrée triomphale. En tout cas, jamais comme dans nos rêves.
Dans nos rêves, on aimerait quelque chose entre la telenovela colombienne (cris, émotion brute, mascara qui coule) et un discours de Meryl Streep aux OscarTM (paroles chocs, accolades, tout le monde qui se met à chanter en choeur).
Dans la réalité, c’est juste bizarre. »
« – Moi, je vais vous dire ce que c’est que l’amour, annonça Martha en regardant le plafond. C’est le principe d’incertitude d’Heisenberg. Dès qu’on croit qu’il est là et qu’on veut le laisser s’exprimer, eh bien, il disparaît. Il réapparaît plus loin. Puis un peu plus loin encore. Puis ici. Quoi qu’on fasse, on ne peut ni l’enfermer ni le contenir. »

Mon avis : Béatrice a perdu brutalement son petit ami un an plus tôt. Depuis, elle n’a plus revu leur bande de copains communs. Un beau jour, ni tenant plus, elle décide de reprendre contact avec eux, pour résoudre le mystère de la mort de Jim. Mais la soirée dérape : Béatrice et ses amis ont un accident de voiture qui va les plonger dans un univers parallèle appelé Neverworld. Là-bas, un vieil homme leur explique qu’ils vont revivre la même journée éternellement, jusqu’à ce que chacun se mette d’accord : qui survivra et sortira du Neverworld ?

Ça faisait longtemps que je n’avais pas lu une dystopie jeunesse comme celle-ci, et je dois dire que cela fait du bien. Marisha Pessl est une auteure que je ne connaissais pas, mais j’ai bien apprécié découvrir sa plume. Elle nous entraîne dans cet univers parallèle et arrive à nous faire croire, avec beaucoup de facilité, que l’impossible peut devenir possible. J’ai beaucoup aimé l’immersion dans cet espace-temps singulier, où le temps ne passe plus, où tout est figé, répété à l’infini. Quand on se met à la place des personnages, c’est assez glaçant comme sensation.

Ce roman pourra vous faire penser à des films très connus, je pense notamment à Un jour sans fin, du réalisateur Harold Ramis, qui raconte l’histoire d’un homme qui revit encore et encore la même journée. Marisha Pessl a sans doute du s’inspirer de ce film pour écrire son livre, mais les similitudes s’arrêtent ici. En effet, l’auteure incorpore une dose de fantastique en plus, avec la possibilité de voyager dans le temps et de se téléporter  à sa guise. L’action également ne manque pas dans Le matin de neverworld, puisque c’est une réelle enquête que Béatrice, notre protagoniste, va tenter de résoudre, en cherchant la cause véritable de la mort de son petit ami Jim.

Chacun des amis de Béatrice semblent cacher un lourd secret concernant la mort de Jim. Ils éludent tant bien que mal, mais on ressent aisément qu’ils sont au courant de quelque chose de déterminant dans sa mort. La lumière se fera uniquement au dénouement du récit, et la révélation finale se voudra assez étonnante. Retenez une chose : il ne faut jamais se fier aux apparences.


Une très bonne dystopie jeunesse, remplie d’actions et de suspenses. Je vous recommande vivement ce livre !

Ma note : 8/10

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Toute la vérité


Toute la vérité de Karen Cleveland

397 pages, éditions Pocket


Résumé : Malgré un travail passionnant qui l’empêche de passer du temps avec ses enfants et un prêt immobilier exorbitant, Vivian Miller est comblée par sa vie de famille : quelles que soient les difficultés, elle sait qu’elle peut toujours compter sur Matt, son mari, pour l’épauler.

En tant qu’analyste du contre-renseignement à la CIA, division Russie, Vivian a la lourde tâche de débusquer des agents dormants infiltrés sur le territoire américain. Un jour, elle tombe sur un dossier compromettant son époux. Toutes ses certitudes sont ébranlées, sa vie devient mensonge. Elle devra faire un choix impossible : défendre son pays… ou sa famille.


Extraits « Parfois, commence-t-elle, hésitante, nous croyons que masquer la vérité protégera ceux que nous aimons le plus. »
« Les voeux que j’ai prononcés devant toi, j’en pensais chaque mot, avait-il poursuivi. Peu importe ce que nous réserve l’avenir, n’oublie jamais ça. Si les choses deviennent… dures… souviens-toi juste de ça. Tout ça, c’est pour nous. Tout ce que je ferai, pour le restant de ma vie, ce sera pour nous. »

Mon avis : En lice pour le prix du Polar étranger décerné par Pocket, je remercie cette maison d’édition pour m’avoir permise de découvrir les romans en compétition et de participer au vote final.

Vivian travaille à la CIA, dans le département Russe. Sa mission : débusquer les agents dormants infiltrés sur le territoire américain. Quelle ne fût pas sa surprise lorsqu’elle tombe, par hasard, sur la photo de son mari Matt, parmi une liste d’agents infiltrés. Ce dernier avoue aisément lui mentir durant de nombreuses années sur sa vie. Vivian se retrouve donc face à un choix impossible : défendre son pays en poursuivant sa mission et en dénonçant son mari, ou effacer toutes les preuves de son implication, pour préserver sa famille ?

Le choix est cornélien je dois bien l’admettre, et Vivian ne cessera de se torturer les méninges durant l’intégralité du récit. Amour ou devoir citoyen ?

J’ai beaucoup aimé la tournure que prend ce polar. Il me semble avoir déjà lu dans le passé une histoire dans la même veine, sans toutefois réussir à me remémorer le titre de l’ouvrage : un couple confronté malgré eux, des mensonges et des secrets inavoués, une famille en péril. Suite à la découverte des mensonges de Matt, vous vous doutez bien que tout bascule dans la vie de Vivian. L’ensemble de sa vie de couple a été bâtie sur un mensonge. Dès cette découverte, sa confiance en Matt s’effondre :  elle ne sait plus quand le croire. Même nous, lecteurs, sommes à chaque fois déstabilisé par l’attitude de ce dernier, souvent très étrange.

Concernant l’histoire en elle-même, je l’ai quand même trouvé assez pauvre, pas assez prenante, peu mémorable. Deux semaines après la fin de ma lecture, je ne me souviens que du lien spécial qui unie désormais Vivian à son mari, mais j’ai totalement oublié l’ensemble de l’intrigue. Il faut dire qu’une enquête qui fait s’affronter les américains aux russes, c’est un peu du réchauffé. J’aurais souhaité plus d’originalité dans l’histoire centrale.


Un polar sympathique, dynamique et addictif. J’ai pris du plaisir à découvrir cette histoire, même si j’aurais souhaité plus d’originalité.

Ma note : 6,5/10

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Signé poète X


Signé poète X de Elizabeth Acevedo

381 pages, éditions Nathan


Résumé : Harlem.
Xiomara a 15 ans et un corps qui prend plus de place que sa voix : bonnet D et hanches chaloupées. Contre la rumeur, les insultes ou les gestes déplacés, elle laisse parler ses poings. Étouffée par les préceptes de sa mère (pas de petit ami, pas de sorties, pas de vagues), elle se révolte en silence. Personne n’est là pour entendre sa colère et ses désirs. La seule chose qui l’apaise, c’est écrire, écrire et encore écrire. Tout ce qu’elle aimerait dire. Transformer en poèmes-lames toutes ses pensées coupantes.
Jusqu’au jour où un club de slam se crée dans son lycée. L’occasion pour Xiomara, enfin, de trouver sa voix.


Extraits « Les profs rabâchent
que chaque rentrée
est un nouveau départ,
mais cette année
je sais que j’ai
déjà beaucoup changé. »
« Ce qui
m’apaise
c’est mon carnet,
écrire écrire écrire,
tout ce que j’aurais voulu dire,
transformer en larmes de poèmes
toutes mes pensées coupantes,
les imaginer trancher net
mon corps pour
que j’en
sorte. »

Mon avis : Quelle surprise que ce roman ! En le débutant, je ne pensais pas l’aimer autant, et pourtant, je me suis laissé guider dans l’univers si particulier d’Elizabeth Acevedo.

Xiomara est une jeune adolescente noire qui vit à Harlem, un quartier bien connu pour accueillir une population afro-américaine nombreuse. Elle y vit avec ses parents et son frère jumeau, ou plutôt tente d’y survivre. Car Xiomara souffre de son physique avantageux, des réflexions  provocantes quotidiennes des garçons, des préceptes religieux envahissants de sa mère, de sa main-mise sur sa vie, la contraignant à ne pas sortir le soir, à ne pas voir de garçon, à l’accompagner à l’église… Xiomara va se rebeller de la plus belle des manières qui soit : en silence, à travers de magnifiques poèmes, haïkus et slams, qui racontent son quotidien et toutes les difficultés dont elle doit faire face.

Ce qui frappe dès que l’on ouvre ce livre, c’est l’originalité de la mise en forme. Loin des romans traditionnels, Signé poète X est écrit comme un poème, sorte de vers jetés ça et là sur la page. Il faut un petit temps d’adaptation avant de s’y faire, mais rassurez-vous, on se laisse facilement embarquer par la plume de l’auteure et ses magnifiques écrits.

Xiomara se fait la voix de milliers de femmes, qui sont quotidiennement embrigadées, jalousées, critiquées, obligées de se cacher ou d’obéir à des voix et lois incohérents. Elle raconte le harcèlement, le sexisme, la misogynie, la servitude… des thématiques fortes qui tranchent avec la douceur des mots utilisés. J’ai été à plusieurs reprises touchée par cette protagoniste, qui se montre docile au quotidien, mais qui couche sa détresse par écrit. Sa relation avec sa mère m’a particulièrement touché : dévouée corps et âme à la religion, cette dernière ne conçoit pas qu’il n’en soit pas de même pour sa fille, alors que Xiomara ne perçoit pas la vie de la même manière que sa mère. On y retrouve des scènes assez violentes, des paroles échangées fortes, qui frappent et ne laissent pas indifférent. Mais toujours, les poèmes de Xiomara les retranscrivent avec douceur.

J’ai beaucoup aimé la protagoniste, qui, même fragilisée par la vie, reste forte, la tête haute, et mène ses combats avec ses propres armes : les mots. Un personnage engagé, qui sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas, qui n’hésite pas à se mouiller et à suivre son propre chemin.


Un roman original rédigé entièrement en vers. Une histoire engagée et poignante, qui ne laisse pas indifférent. Je le recommande ! 

Ma note : 9,5/10

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Emma dans la nuit


Emma dans la nuit de Wendy Walker

363 pages, éditions Pocket


Résumé : Deux sœurs disparaissent. Trois ans plus tard, une seule revient. Dit-elle toute la vérité ?
Emma, 17 ans, et Cass, 15 ans, sont les sœurs Tanner, devenues tragiquement célèbres depuis leur inexplicable disparition. Après trois ans d’absence, Cass frappe à la porte de chez ses parents. Elle est seule. Elle raconte comment sa sœur et elle ont été victimes d’un enlèvement puis retenues captives sur une mystérieuse île.

Emma y serait toujours. Mais la psychiatre qui suit cette affaire, le Dr Abigail Winter, doute de sa version des faits et s’intéresse de plus près aux Tanner. Elle finit par découvrir, sous le vernis des apparences, une famille dysfonctionnelle régentée par une mère narcissique.

Que s’est-il réellement passé trois ans auparavant ? Cass dit-elle toute la vérité ?


Extraits « Les gens croient ce qu’ils ont envie de croire. Les gens croient ce qu’ils ont besoin de croire. Peut-être n’y a-t-il aucune différence entre les deux. »
« Une chose est sûre, la vérité peut nous échapper, se dissimuler dans notre angle mort, être masquée par nos préjugés, ignorée par nos coeurs affamés qui aspirent à la paix. Pourtant, elle est là : il suffit d’ouvrir les yeux et de regarder. Encore faut-il faire l’effort de regarder. »

Mon avis : Emma et Cass sont deux jeunes soeurs, qui disparaissent un beau jour sans laisser de trace. Malgré les nombreuses recherches, Abigail Winter, la psychologue en charge de l’affaire, n’a jamais pu retrouver les deux filles. Trois ans plus tard, Cass réapparaît mystérieusement chez elle. Elle explique avoir été retenue prisonnière avec sa soeur sur une île mystérieuse, et avoir réussi à s’échapper en trompant la vigilance de ses bourreaux. Mais sa soeur, Emma, se trouve encore captive sur l’île. Ils vont tout mettre en oeuvre pour localiser l’île et ramener Emma sain et sauve chez elle.

Le livre se découpe en chapitres qui se placent du point de vue à la fois de Cass, la jeune soeur réapparue, mais aussi de la psychologue Abigail Winter. De cette façon, nous avons deux points de vue différent sur l’histoire : un point de vue interne, intimiste et personnel et un autre externe, plus objectif et pragmatique. Toutes les cartes sont donc entre nos mains, pour que nous puissions à loisir nous faire notre propre ressenti sur cette affaire.

Emma dans la nuit est un thriller psychologique, qui en plus d’être bourré de suspens et de mystères, va littéralement retourner le cerveau de chaque lecteur. Dès le début de l’histoire, on ressent une certaine tension dans le récit compté par Cass, la soeur mystérieusement réapparue. J’ai soupçonné, sans même savoir pourquoi, que Cass nous cachait quelque chose d’important, voire de primordial pour le déroulé de l’histoire, quelque chose qui semblait en lien avec sa mère.

Car la relation entre la jeune fille et sa mère sort de l’ordinaire. On ressent une tension constante entre elles deux, des non-dits et des secrets inavoués, qui ne passent pas inaperçus. Le comportement de sa mère est également suspect. La psychologue Abigail le décortiquera longuement, arrivant finalement à la conclusion qu’elle souffre d’un dysfonctionnement psychologique lié au narcissisme. J’avoue  que les longues pérégrinations de la psychologue sur cet trouble psychologique m’ont parfois ennuyé, d’autant qu’elle revenait souvent dessus en explicitant toujours plus son propos, alors qu’il ne me semblait pas nécessaire de prendre autant de temps et de lignes pour le faire. C’est sûr que cette thématique impact l’histoire, et qu’elle y joue un rôle important, mais la façon dont elle est abordée freine le rythme global du récit, le rendant plus cotonneux et moins pressant.

Je dois avouer que le dénouement est insoupçonné. Pourtant habituée des polars et des conclusions en queue de poisson, j’avoue que je m’y suis laissé prendre, c’était bien pensé. Malheureusement, je trouve cette fin un peu  trop bâclée à mon goût, brouillonne et confuse. On voit clairement où l’auteure souhaite en venir, mais il y a des zones de flous, quelques détails, qui ne concordent pas avec l’histoire entière. L’idée était donc bonne, mais aurait mérité d’être mieux travaillée.


Un thriller psychologique angoissant, qui vous tiendra en haleine jusqu’au bout. Malgré quelques légères remarques négatives, j’ai apprécié découvrir ce polar !

Ma note : 7/10

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