Hôtel Castellana


Hôtel Castellana de Ruta Sepetys

587 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : 1957. Daniel Matheson passe l’été à Madrid avec ses parents. Passionné de photographie, il espère découvrir le pays de naissance de sa mère par le viseur de son appareil.
Dans l’hôtel Castellana où s’installe la famille Matheson travaille la belle et mystérieuse Ana. Daniel découvre peu à peu son histoire, lourde de secrets, et à travers elle le poids de la dictature espagnole. Mais leur amour est-il possible dans un pays dominé par la peur et le mensonge ?


Extraits : « Parfois, la vérité est dangereuse, Julia. Pourtant, il faut quand même la chercher. »

« Dis toujours que ça va, surtout quand ça ne va pas. »


Mon avis : Ruta Sepetys m’émerveillera toujours. Je peux l’écrire noir sur blanc : elle devient officiellement l’une de mes auteures préférées. J’aime particulièrement son talent pour créer des univers différents, toujours ancrés historiquement, auxquels elle ajoute une bonne dose de fiction, pour nous envelopper et nous transporter dans des contrées lointaines. Elle m’avait déjà surprise dans Big easy, une histoire qui se passe dans les années 50 à la Nouvelle-Orléans, entre truands, voleurs, prostituées et racisme. Puis elle m’avait conquise avec Le sel de nos larmes, une histoire très émouvante se déroulant pendant la Seconde guerre mondiale, où des réfugiés, des soldats et citoyens fuient la guerre en tentant vainement d’embarquer à bord du Wilhelm Gustloff.

Dans Hôtel Castellana, nous nous situons dans les années 1957 à Madrid, en Espagne, à l’heure du règle du général Franco. Daniel Matheson, un jeune Américain, passionné de photographies, suit ses parents à Madrid, de riches industriels venus faire affaire avec Franco et ses sbires. Ils logent à l’hôtel Castellana Hilton, où ils se font servir par Ana, une jeune femme pauvre, qui subit avec docilité la dictature cruelle de Franco.

Comme d’habitude, Ruta Sepetys ancre son récit dans le réel. Cette fois-ci, elle prend appuie dans l’Espagne franquiste, à l’heure de la dictature du général, qui gouverne son pays avec autorité et répression. Afin de christianiser le pays, l’enseignement est confié à l’église, les manifestations des langues et cultures régionales se veulent interdites, le peuple est privé de liberté, obligé d’obéir aveuglément aux directives de Franco.

 

 

Francisco Franco, dictateur Espagnol durant 39 ans
(de 1936 jusqu’à sa mort en novembre 1975)

 

 

 

 

L’auteure a pris plus de huit ans pour écrire ce roman. Elle s’est longuement documentée sur l’Espagne, ses pratiques, son histoire passée, présente et future, sur ses liens avec les États-Unis, n’hésitant pas à aller séjourner plusieurs fois à Madrid et à interroger patiemment des témoins de ce règne et de cette période de répression.

Elle y découvre de tragiques histoires, dont une qui sera au centre de son roman : le vol d’enfants. Durant les années franquises, près de 30 000 enfants – voire plus – sont portés disparus, retirés à leurs parents pour des raisons idéologiques. Certains sont déclarés comme mort-nés, mais placés dans des familles adoptives franquistes, dont l’idéologie est plus adéquate que celle de leur parent biologique. Retracé avec réalisme dans le livre, on se rend compte avec effroi que le personnel médical, ainsi que les religieuses, étaient de mèche avec ce trafic ignoble. Encore aujourd’hui, plusieurs plaintes ont été déposées et des procès sont en cours pour que les victimes soient indemnisées.

En outre, l’hôtel dans lequel se déroule l’histoire a véritablement existé. C’était un établissement fastueux, grandiose, qui accueillait l’ensemble des Américains venus en Espagne pour les affaires. Dans un pays qui s’isole volontairement, cette ouverture sur le monde et ce lien nouveau avec les États-Unis permettait de penser à une prochaine libération et à une ouverture des frontières.

C’est dans cet hôtel que loge le jeune Daniel, qui va lentement s’émouracher d’Ana, une belle domestique de son âge, qui prend soin de lui et sa famille durant leur séjour. Malheureusement, tout les oppose, de leur statut social à leur style de vie, de leur pays d’origine à leurs traditions. Mais quand l’amour est là, il est difficile de lui résister.

J’ai vraiment été conquise par l’histoire fictionnelle relatée par l’auteure, par son style d’écriture addictif, prenant, passionnant et surtout par l’ambiance qu’elle arrive à créer, nous projetant directement dans cet Espagne des années 1960. De part les faits historiques, mais aussi les traditions, comme la corrida, souvent abordé dans ce récit – sans pour autant que l’auteure prenne partie entre le « pour » et le « contre » de cette pratique espagnole -, les couleurs chatoyantes, les paroles, exotiques, les lieux, tantôt emblématiques ou pittoresques, qui nous immergent dans la réalité espagnole de cette époque.

Pour celles et ceux qui, comme moi, auront été conquis par cette histoire et par les faits historiques qui y sont abordés, Ruta Sepetys a rédigé, à la fin de son livre, une grande bibliographie qui l’a aidée à le rédiger. De plus, vous pourrez y trouver des explications sur certaines recherches qu’elle a entreprise, ainsi qu’un glossaire recoupant les mots espagnols régulièrement utilisés dans le récit. De quoi prolonger un peu plus longtemps le plaisir de cette histoire.


Un roman historique, qui nous plonge dans l’Espagne franquiste des années 1960. Hypnotique, épatant, puissant et terriblement émouvant, je ne peux que vous recommander Hôtel Castellana les yeux fermés !

Ma note : 10/10

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La route


La route de Cormac McCarthy

244 pages, éditions de Noyelles


Résumé : L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d’une humanité retournée à la barbarie.
Cormac McCarthy raconte leur odyssée dans ce récit dépouillé à l’extrême.


Extraits : « On oublie ce qu’on a besoin de se rappeler et on se souvient de ce qu’il faut oublier. »

« Toutes les choses de grâce et de beauté qui sont chères à notre coeur ont une origine commune dans la douleur. Prennent naissance dans le chagrin et les cendres. »


Mon avis : À l’heure de la pandémie mondiale du COVID 19, alors que des millions de personnes à travers le monde se calfeutrent chez eux, terrorisés par la tournure des événements, j’ai choisi de lire La route, ce roman post-apocalyptique légendaire et terrifiant. Récompensé par le prix américain Pulitzer – Fiction en 2007, adapté au cinéma deux ans plus tard, plébiscité par les critiques, j’avais très envie de découvrir cette histoire, mondialement connue.

Le monde a été décimé, carbonisé, brûlé. Il ne reste de la Terre qu’un paysage lunaire : des cendres à perte de vue, des gravats par millions. Seule une poignée d’humains a réussi à survivre, dont un père et son jeune fils. Ensemble, ils traversent les routes, fuient ces terres de désolation, tentant vainement de chercher de la nourriture, de se protéger des conditions climatiques et de se cacher pour échapper aux autres humains.

Image tirée de l’adaptation cinématographique du livre

Après avoir entendu parler de ce classique de la littérature post-apocalyptique durant des années, je m’attendais à du grandiose… et j’ai été assez déçue. Ou plutôt, déstabilisée. Déstabilisée par l’écriture de Cormac McCarthy, d’abord. Son récit est une suite de descriptions froides, lointaines, épurées, dénuées d’émotions. Tout n’est que description fantomatique, qui a contribué à mettre une espèce de barrière entre moi et l’histoire qui se jouait sous mes yeux. Mêmes les protagonistes, le père et le fils, ne sont pas nommés : leurs prénoms ne sont pas mentionnés, tout comme leur histoire passée, qui demeure inexistante.

Le père et le fils veulent rejoindre la mer, au Sud, mais semblent quand même cheminer sans but précis. Ils marchent, se préoccupant seulement de ne pas mourir ni de faim, ni de froid et de survivre aux attaques potentiels de méchants. On en vient même à se questionner sur leur but ultime, qui semble très confus.

J’aurais souhaité avoir un éclairage de la situation plus en amont. Que s’est-il passé pour qu’on en arrive à cette situation ? Comment le monde a-t-il été décimé ? Comment certains ont-ils fait pour survivre ? Tant d’interrogations sans réponses, qui m’ont perturbées durant l’ensemble de ma lecture. Malheureusement, ces éléments manquant ne m’ont pas permis d’avoir une vision globale de l’histoire, de m’imprégner totalement de l’ambiance et des personnages.

En définitive, je ne sais pas vraiment si j’ai aimé ou non ce livre. Je regarderai certainement l’adaptation cinématographique pour tenter de me faire une autre idée de cette histoire. Sans doute qu’un éclairage nouveau me permettra peut-être de revoir mon jugement.

 


Un roman post-apocalyptique au style laconique, clinique et froid, qui sied parfaitement à l’ambiance générale du récit, mais qui m’a laissé de marbre.

Ma note : 5/10

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Need


Need de Joëlle Charbonneau

317 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 6,90€


Résumé : De quoi avez-vous besoin ?

Les adolescents du lycée de Nottawa se réunissent tous sur need, un nouveau réseau social qui leur promet de répondre à leurs besoins sous couvert d’un total anonymat, quels que soient ces besoins… et quelles qu’en soient les conséquences.

Car, c’est bien connu, on n’a rien sans rien. Et si au départ la contrepartie semble dérisoire, il y a bientôt des morts dans la petite communauté…


Extraits : « La maladie et la mort sont bien plus terrifiantes que n’importe quel croque-mitaine. »

« Le seul truc pire que de se faire larguer est de se faire larguer devant tout le lycée. »


Mon avis : Need est un réseau social qui consiste à faire part de ses besoins. Ils seront exaucés, en échange de missions plus ou moins périlleuses à accomplir. L’ensemble des élèves du lycée de Nottawa s’inscrivent, insouciants, désireux d’assouvir leurs besoins, sans penser aux conséquences qui peuvent découler des contreparties demandées.

Chaque chapitre est consacré à un élève du lycée, de façon à ce que l’on puisse avoir une vision globale de l’ensemble des élèves qui remplissent les missions sur Need : Gina, Hannah, Sydney, Bryan… Nous suivons bien évidemment la protagoniste, Kaylee, une adolescente dont le frère cadet, DJ, malade, attend un donneur de rein compatible. La jeune fille met tout en oeuvre pour sauver son frère, sans succès. Sur les conseils de son meilleur ami Nate, elle va donc s’inscrire sur Need et demander l’impossible : un rein compatible pour son frère.

À travers un roman jeunesse à suspense, Joëlle Charbonneau met en garde sur la dangerosité des réseaux sociaux, leurs utilisations néfastes et les conséquences qu’ils peuvent avoir sur la vie réelle.

Dans un même temps, l’auteure nous amène à réfléchir sur les notions de besoin et de désir et sur les infimes particularités de chacun d’eux. Comme elle le définie si bien : « Le désir est l’envie de posséder un objet ou de réaliser un rêve. Le besoin est la nécessité de détenir quelque chose ou d’accomplir un acte essentiel à votre vie. » Dans un monde gouverné par le matérialisme, il est parfois important de rappeler aux plus jeunes les subtils différences entre ce qu’ils désirent et ce dont ils ont réellement besoin.

J’ai beaucoup aimé l’aspect psychologique de l’expérience et la morale qui en découle, même si j’émets certains doutes quant à la crédibilité liée aux comportements de plusieurs jeunes. J’ai trouvé certains personnages bien trop naïfs, inconscients et irresponsables face aux missions qui leur sont confiées. Ethan, par exemple, se transforme en réel psychopathe, allant jusqu’à commettre des actes irréparables et monstrueux. Très peu plausible, difficile à croire, mais je dirais que ces actions s’accordent au mouvement général du récit.

Le dénouement de ce récit laisse présager une suite prochaine. Pour l’instant, je n’ai pas plus d’informations que cette potentielle suite, mais s’il s’avère qu’elle soit écrite et publiée dans les mois (ou années) à venir, je pense que je la lirai avec grand plaisir !


Un roman à suspense intéressant, qui met en exergue Internet, les réseaux sociaux, ses dangers et influences sur les actes des adolescents. 

Ma note : 7/10

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Le jour où j’ai adopté un trou noir


Le jour où j’ai adopté un trou noir
de Michelle Cuevas

217 pages, éditions Nathan, à 12,95€


Résumé : Un jour, Stella, 11 ans, est suivie jusque chez elle par un trou noir. Mais comment peut-elle s’occuper de lui ? Sa mère ne doit pas le découvrir, et puis il avale tout ce qu’il touche. C’est pratique, quand il s’agit d’objets qui lui rappellent son père, décidé il y a peu.

Mais lorsque son chien disparaît à son tour, Stella et son petit frère doivent faire un voyage extraordinaire à travers le trou noir pour sauver leur compagnon…
… et les souvenirs de leur père.


Extraits : « C’est comme ça qu’on reconnaît les gens bizarres : pour eux, les activités bizarres n’ont rien de bizarres. »

« Réfléchis. Au moment où on voit une étoile, au fil des années qu’il a fallu pour que sa lumière nous parvienne, cette étoile a pu mourir ou exploser. Ce que je veux dire, c’est que le monde est plein d’idiots qui font des voeux en regardant des étoiles qui n’existent même plus, si ça se trouve ! »


Mon avis : Il y a quelques années, Michelle Cuevas m’avait déjà charmée avec Confessions d’un ami imaginaire, une histoire originale et féerique, qui m’avait replongée en enfance, ce temps béni, où notre naïveté et notre innocence nous permettaient de côtoyer des amis imaginaires.

Avec Le jour où j’ai adopté un trou noir, je retrouve la plume si caractéristique de l’auteure. Elle a une façon très spéciale d’aborder des thématiques souvent graves et sérieuses, en les mélangeant à un univers enfantin qui les rendent tout de suite plus légères. Stella a 11 ans, elle voit la vie en noir depuis le décès récent de son père. Lorsqu’un trou noir se matérialise chez elle, Stella décide de l’adopter et de le domestiquer. Sauf que ce trou noir sauvage mange tout ce qui lui tombe sous la main. Stella en profite alors pour se débarrasser de tout ce qu’elle ne veut plus voir : la peluche préférée de son frère, les pulls qu’elle n’aime pas, les affaires qui lui rappellent trop son père… Mais cette action n’est pas anodine : en jetant tout au trou noir, ce sont ses souvenirs qui disparaissent. Alors Stella va tenter de les récupérer en pénétrant dans ce mystérieux trou noir. Elle va y embarquer son jeune frère pour un voyage spirituel, essentiel à leur reconstruction.

Vous l’aurez certainement compris, Michelle Cuevas utilise le trou noir comme une très belle métaphore du deuil. Tout en douceur et en pudeur, elle aborde la mort du père de Stella, la douleur et la tristesse qui emprisonnent la jeune fille après cette perte tragique.

Stella va traverser toutes les étapes du deuil au côté de ce trou noir, fidèle compagnon, synonyme d’absence, de vide, d’insignifiance, de peur, d’oubli. Aspirée par le trou noir, elle va vivre de multiples aventures surnaturelles, parfois comiques, décalées, toujours mouvementées, qui vont lui faire prendre conscience que la vie est belle et que le temps continue son chemin.

Agrémenté de quelques illustrations parsemées ici et là dans le récit, Le jour où j’ai adopté un trou noir se veut touchant, lumineux, léger, idéal pour apporter une réponse poétique aux plus jeunes qui subiraient la perte récente d’un parent.


Un roman jeunesse original, qui aborde avec subtilité et pudeur la thématique du deuil chez les plus jeunes. La plume de l’auteure et sa façon d’approcher le sujet m’ont beaucoup touchés.

Ma note : 7,5/10

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Quand j’avais cinq ans je m’ai tué


Quand j’avais cinq ans je m’ai tué d’Howard Buten

207 pages, éditions Points, à 6€


Résumé : Il voulait voir s’envoler les minutes… Gil n’a que huit ans. Mais son petit cœur a déjà connu de bien grands sentiments. Trop grands. Trop forts… A cause de ce qu’il a fait à Jessica, le voici dans une résidence spécialisée. Seul, face à la bêtise des adultes qui transforment ses rêves en symptômes cliniques, et son amour en attentat. Seul dans une forteresse de silence. Qui pourra l’y rechercher ? Une émotion pure, dans une langue merveilleusement préservée.


Extraits : « – Papa, combien ça coûte des volets bleus ? que j’ai demandé pendant le dîner.
– Pourquoi ?
– J’vais en mettre à mon château.
– Moi vivant tu ne construiras pas un autre château.
– D’accord, que j’ai dit. Mais pour quand tu seras mort ? »

« La porte d’entrée s’est ouverte. Un monsieur et une dame sont sortis. Ils avaient un gros parapluie. Ils avaient des chapeaux. Ils avaient des habits noirs pasque c’était des funérailles. Jeffrey m’a dit qu’on s’habille en noir pour que ce soye sombre et que la personne morte se réveille pas. »


Mon avis : Gil est un petit garçon de huit ans, qui a été enfermé de force dans un hôpital psychiatrique pour jeunes enfants, suite à un comportement mystérieux qu’il aurait eu avec Jessica, une jeune fille de sa classe. On va suivre le quotidien de ce petit garçon, tentant de comprendre son état d’esprit, ses motivations et tout ce qui l’a conduit dans sa situation actuelle.

Ce roman est écrit du point de vue de Gil, dans une syntaxe enfantine qui lui est propre.  J’avoue avoir été déstabilisée au début de ma lecture par les contractions de mots, comme « pasque », « ousquon » et les « Manman »… mais finalement, ils participent davantage à l’immersion dans l’histoire et rendent encore plus touchant son personnage.

C’est un petit garçon à part entière. Il semble légèrement autiste, sans pour autant que rien ne vienne affirmer véritablement cette information. En tout cas, le personnel médical de l’institut Home d’Enfants les Pâquerettes dans lequel il est interné, le traitent comme s’il était atteint d’un handicap mental. Il y a de quoi aussi, puisque l’enfant réagit bizarrement et témoigne d’un comportement violent, étrange, il reste mutique, se referme sur lui sans se livrer aux personnels qui souhaitent l’aider à aller mieux.

Mais pourtant, il semblerait que Gil ne soit pas autiste, simplement incompris des adultes. Sa naïveté, sa candeur et son imagination débordantes m’ont touchés. Par moment, on arrive à percevoir son monde avec ses yeux et c’est assez effroyable de se dire qu’à huit ans à peine, il est « en prison » psychiatrique, comme il aime le souligner, pour un acte qui lui semble anodin.

Malheureusement, je pensais apprécier davantage ce roman, voire être émue aux larmes de cette histoire. Mais ça n’a pas été le cas, je suis restée un peu étrangère à tout ce qui se jouait sous mes yeux, sans vraiment m’attacher à Gil, ne ressentant ni compassion ni tristesse… Quant au dénouement de l’histoire, celui-là même qui nous permet de découvrir l’acte dont on accuse Gil, il reste finalement assez flou. À nous de nous faire notre propre avis et d’activer notre imaginaire pour dresser le portrait de cette scène finale, pourtant si capitale. Un peu déçue de cette fin si ambiguë !

Howard Buten a sorti une suite à cette histoire, nommée Le coeur sous le rouleur compresseur, dans laquelle nous pourrons retrouver Gil, Jessica et l’ensemble de leurs petits camarades devenus adultes. Je ne sais pas si je le lirai un jour, vu que l’histoire ne m’a pas plus transcendée qu’espéré, mais si je le trouve d’occasion, je pense l’acheter, par pure curiosité !


Un roman à la fois bouleversant et dérangeant sur un petit garçon incompris, envoyé en hôpital psychiatrique. Je ressors mitigée de cette lecture, m’attendant à être plus touchée que je ne l’ai été. 

Ma note : 6/10

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Le monstre chez moi


Le monstre chez moi d’Amy Giles

393 pages, éditions Nathan, à 17,95€


Résumé : HADLEY EST L’ÉLÈVE PARFAITE.
UNE ATHLÈTE ACCOMPLIE.
LA FILLE MODÈLE.
MAIS ELLE CACHE UN LOURD SECRET.

Lorsqu’un crash d’avion prend la vie de ses deux parents, les enquêteurs cherchent à savoir quel rôle a joué Hadley dans l’accident. Et pourquoi elle a tenté de se suicider
quelques jours après le drame.

Un thriller haletant sur une famille bien sous tous rapport et les secrets dissimulés dans l’intrigue du foyer…


Extraits : « Voilà pourquoi je déteste les fêtes. Plus il y a de monde, plus je me sens seule. »

« Je lis des trucs sur BuzzFeed. Je me disais que chaque seconde que je ne passais pas avec toi était une occasion perdue. Incroyable ! Écoute ça : dans le temps qu’il m’a fallu pour te dire ça, cinq bébés sont nés. On gaspille de précieuses secondes. Et si on raccrochait pour aller voir un film ou ce que tu veux ? »


Mon avis : Hadley est une élève modèle. Cheffe de son équipe de hockey, en plein apprentissage pour devenir pilote, très bonne élève à l’école, appréciée de ses professeurs et de ses camarades… mais derrière les apparences, sa vie est toute autre. À la maison, c’est son père qui fait la loi. Tyrannique, autoritaire, violent… la jeune fille encaisse les coups physiques et émotionnels pour protéger sa soeur Lila. Mais voilà, un terrible crash d’avion vient ôter la vie de ses deux parents. Hadley est la seule survivante. Qu’a-t-il bien pu arriver ?

Le monstre chez moi est un roman sur la maltraitance domestique, pour mettre en garde les plus jeunes sur les pratiques illégales qui peuvent sévir à la maison. Chaque année, aux États-Unis, se sont plus de trois millions de cas de maltraitance d’enfants qui sont rapportés à la justice : violences physiques, émotionnelles et parfois sexuelles. Un chiffre qui donne le tournis.

La maltraitance infantile touche tous les publics : les pauvres, mais aussi les plus riches – comme c’est le cas d’Hadley et de sa soeur Lila, toutes deux issues d’une famille aisée -, les populations de toutes les ethnies et de tous les âges.

Dans le cas d’Hadley, Lila et leurs parents, ils représentent l’idéal d’une famille contemporaine : des parents investis dans les activités extrascolaires de leurs enfants, engagés dans des associations de parents d’élèves, sociables, souriants et aimants en apparence. Rien ni personne n’aurait pu soupçonner les violences physiques et psychologiques subies par Hadley. Car la jeune fille souhaite préserver sa soeur cadette et encaisse avec force et courage l’ensemble des humiliations données par son père. Face à elle, une mère mutique, qui détourne le regard et boit pour tromper la réalité.

Hadley est soutenue dans son combat par son petit ami Charlie, à qui elle a été forcée de révéler son combat quotidien. Celui-ci l’épaule et l’encourage à dénoncer son père : il ira jusqu’à prévenir le service national des enfants en danger, qui feront une enquête… qui malheureusement n’aboutira pas. Les apparences ont même réussies à tromper les professionnels de la protection de l’enfance… Hormis Charlie, personne, dans l’entourage d’Hadley, n’est au courant des maux qu’elle subit chez elle : sa grand-mère, ses meilleurs amis, le personnel scolaire… tous ignorent les horreurs vécus par la jeune fille. Et pourtant, un simple mot à un adulte aurait pu changer son quotidien.

J’ai beaucoup aimé la construction de ce roman. Nous avons une alternance de temporalité : Avant l’accident d’avion, pour comprendre ce qui a mené au drame et Maintenant, dans le présent, avec l’interrogation de témoins clefs, pour se faire une idée globale de la vie d’Hadley. Ce que j’ai apprécié dans ce roman, c’est qu’Amy Giles n’a pas écrit seulement une histoire moralisatrice sur la maltraitance, mais elle a tissé une véritable intrigue autour de cette thématique, avec beaucoup de suspense et de mystères. 


Un très bon roman sur la maltraitance infantile, qui permet de dénoncer certaines pratiques et d’avertir les plus jeunes lecteurs. Puissant et bouleversant !

Ma note : 8/10

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Dévisagée


Dévisagée d’Erin Stewart

455 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé :Ava a tout perdu dans l’incendie qui a ravagé sa maison : ses parents. Sa meilleure amie. Même son visage. Elle n’a pas besoin d’un miroir pour savoir à quoi elle ressemble – la violence du regard des autres lui suffit. Sa rencontre avec Piper, une adolescente déchaînée qui porte comme elle des cicatrices, l’aide à surmonter son retour au lycée. Il reste à Ava son humour, des amis fabuleux et une voix faite pour chanter…
Osera-t-elle seulement monter sur scène ?


Extraits : « Vis les étoiles les plus hautes, Ava, tu en décrocheras forcément une. Mais d’abord, il faut viser. »

« Mon père disait que le passé est partout autour de nous. Il disait aussi que les étoiles sont de petites fenêtres sur le paradis, pour que nos proches puissent nous regarder vivre… »


Mon avis : Ava a perdue ses parents et sa cousine dans un incendie qui a ravagé sa maison. Sauvée in extremis de la mort, la jeune fille conserve néanmoins des cicatrices qui lui rappèleront à tout jamais ce drame : elle est brûlée à plus de 60% du corps, la laissant défigurée et différente. Après de longs mois de coma et de greffes diverses, Ava sort de l’hôpital et est poussée par sa tante et son oncle à se re-sociabiliser en retournant à l’école. D’abord mal à l’aise par tous ces regards interrogateurs, rieurs, dégoûtés qui s’abattent sur elle, Ava va faire la rencontre de Piper, une jeune fille également victime d’un incendie qui lui a coûté ses jambes et lui a laissé des cicatrices indélébiles. Ensemble, elles vont se soutenir et réapprendre à profiter pleinement de la vie.

L’amitié qui lie Ava et Piper est belle, pure, profonde et sincère. Toutes deux ont vécues des atrocités qui les rassemblent et font qu’elles se comprennent sans doute plus que quiconque puisse le faire. Elles se ressemblent dans leurs malheurs, mais aussi dans leurs difficultés à s’accepter et à se faire accepter. Dans cette tâche difficile, elles sont soutenues par leurs proches, mais aussi par Madame Layne, une grande brûlée qui dirige un groupe de soutien pour les personnes ayant subies le même incident, ainsi que par un jeune homme nommé Asad, sympathique, drôle, attachant et très attaché aux jeunes filles.

Erin Stewart s’attaque à des sujets contemporains, qui reviennent souvent dans les romans jeunesse récemment édités : le harcèlement scolaire, les moqueries, le jugement, les différences, l’acceptation de soi. L’apparence physique d’Ava est différente de celles des jeunes filles dites « normales » : Ava a des cicatrices qui lui parsèment l’intégralité du corps, il lui manque une oreille, elle a une main sur laquelle on lui a greffé un orteil, elle a des trous pleins le crâne chevelu… elle n’est plus la Ava d’Avant l’Incendie, comme elle aime à s’appeler, physiquement et mentalement, l’ensemble de sa vie a basculée, la transformant à jamais. Mais elle n’en reste pas moins une jeune fille normale, qui a besoin d’être entourée d’amour, de se faire des amis, de sortir, de tomber amoureuse, de rire et de vivre son rêve : chanter. Ava va devoir accepter sa nouvelle apparence physique et se bâtir sa « nouvelle normalité ». Un défi de taille, mais essentiel pour qu’elle puisse poursuivre sa vie sainement.

J’ai beaucoup appréciée les leçons de morales distillées un peu partout dans ce récit. Je suis certaine que cette histoire permettra aux jeunes adolescents qui la liront de changer partiellement leur façon de penser et de juger autrui.


Un roman captivant, doté d’une puissance narrative qui fait réfléchir sur l’acceptation de soi et le jugement d’autrui. J’ai passé un bon moment de lecture, pleins d’émotions.

Ma note : 7,5/10

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