Comédie cubaine


Comédie cubaine de Pablo Medina

253 pages, éditions Stéphane Marsan, à 18€


Résumé : « À l’est, il y a les montagnes et la révolution qui fait rage. Au sud, les marais incrustés de sel et les débris du passé. À l’ouest, sous un soleil arrogant qui ne se couche jamais, se trouve la capitale, la splendeur urbaine de l’art, de la poésie et de la politique. Au nord, au-delà des collines et des plaines, il y a le désert de la mer et, à une journée de bateau, le mirage de l’Amérique, forgé dans le béton et l’espoir. »

À Cuba, le village de la Piedra Negra se vide de ses hommes, partis faire la révolution. Il ne reste sur place que les lâches, les idiots et les vieux. Ceux qui reviennent, estropiés, dans le meilleur des cas, passent leur temps à boire l’eau-de-vie locale, qui a le pouvoir de procurer l’oubli à ceux en ont besoin. Aussi, la jeune Elena aide-t-elle son distillateur de père pour faire face à la demande croissante. Mais quand Elena apprend que ses deux frères ne rentreront pas, elle éprouve le désir d’enchanter le monde autrement que par l’ivresse. Elle se met à écrire de la poésie et déclame ses poèmes sur la place du village. C’est alors qu’elle rencontre Daniel Arcilla, célèbre poète révolutionnaire, qui va changer sa vie. Par amour, Elena quitte son village natal pour vivre à La Havane, où la censure fait rage. Mais dans cette ville qui fourmille d’espions, écrire l’expose à des dangers dont elle ignore tout.


Extraits : « La poésie était une épidémie, et il n’y avait rien à faire sinon attendre qu’elle suive son cours.« 

« D’abord tu rêves, ensuite tu espères, et enfin tu travailles pour que cet espoir devienne réalité. »


Mon avis : Lire Comédie cubaine, c’est l’assurance d’un dépaysement certain. Entraîné les montagnes reculées de Cuba, nous faisons la connaissance d’Elena, une jeune fille qui grandit dans une famille défavorisée, isolée dans des contrées lointaines. Alors mère d’une petite fille nommée Soledad, elle ne va pas hésiter à se défaire de ses obligations maritales et maternelles pour devenir poète. Elle se rend dans la capitale, La Havane, pour suivre la publication de son recueil de poèmes. Un dépaysement assuré pour la jeune femme, qui n’avait jamais mis un pied hors de son village.

J’admire la force de caractère de cette jeune fille, assez courageuse pour prendre des décisions compliquées par elle-même, partir seule vers l’inconnue, au-devant de son destin. Beaucoup n’auraient pas eu la force nécessaire pour se défaire de leurs conditions. Elena représente un modèle de femme actuelle, libre de ses faits et gestes, dégagée de ses obligations de femme, qui peut vivre sa vie comme elle l’entend.

Plongée dans l’excitation de La Havane, elle va faire de magnifiques rencontres, puissantes et salutaires, je pense notamment à Juan et Mirta, ses anges gardiens qui l’ont accueillis à son arrivée dans la capitale et l’ont guidée tout au long de son séjour. Elle va faire d’autres rencontres improbables, celles du jeune Eduardo, ou du joueur d’échec Capanegra, puis celle de Daniel, homme puissant et grand poète révolutionnaire, qui changera la vie d’Elena à tout jamais.

Pablo Medina aborde une thématique historique importante du dernier siècle : la révolution cubaine. On est en plein dans la guerre civile, celle-là même où sont enrôlés de force des milliers de cubains, dont la majeure partie, à l’image des deux frères d’Elena, ne reviendront jamais. D’autres, comme Pedrito, amant puis mari d’Elena, reviendront estropiés, blessés, autant physiquement et psychologiquement. Seule l’eau-de-vie constituera une porte de sortie salutaire pour échapper à leur condition et aux images violentes dont ils ont été les témoins.

Autre conséquence de cette révolution : la corruption que le gouvernement cubain met en place, l’embrigadement de la société, avec une censure des poètes révolutionnaires, comme Daniel, qui font entendre leurs voix contre les idées de l’état en place. La liberté d’expression n’est pas encore acquise à cette époque-là à Cuba. Des mesures extrêmes sont mises en place pour empêcher tout délétère de faire entendre sa voix : censure, emprisonnement, voire même parfois meurtre. Pablo Medina pointe du doigt ces pratiques sauvages et inconsidérées.

Heureusement, une arme insaisissable vient contrebalancer cette atmosphère noire et oppressante : la poésie. Douce et paisible parenthèse enchantée qui est fortement appréciée. À plusieurs endroits du récit, on retrouve de charmants poèmes, très souvent abstraits, qu’il convient à chacun de s’approprier pour en retirer son sens propre.

Jour il pleut
jour il tonne,
ciel s’ouvre et cogne.
La pluie s’abat, frappe, crisse
de la rue vers l’avenue,
d’un souvenir d’enfance
vers la paille d’un champ de canne

Des flaques deviennent des ruisseaux,
des ruisseaux filent vers la mer.
Une femme passe avec ombrelle,
des chiens passent avec leurs maîtres,
la faim passe, les yeux de la peur.
Jour il pleut, un feu se meurt,
l’eau nettoie le chemin
vers la forêt sans fin.

Pour prolonger cette parenthèse enchanteresse, nous découvrons avec émerveillement la capitale cubaine urbanisée et développée, qui contraste avec les montagnes  rurales de Piedra Negra, ville d’origine d’Elea. Depuis plusieurs années, je rêve de partie en voyage à Cuba, ce pays coloré, dépaysant, à l’histoire passée enrichissante. Même si l’image qu’en donne Pablo Medina n’est pas la plus glorieuse, elle m’inspire assez de curiosité pour renforcer mon désir de découvrir ce beau pays.

Un aperçu de La Havane colorée, capitale de Cuba

En revanche, je m’attendais très certainement à plus de comédie, comme je proclamais le titre. Je n’ai pas ri comme escompté, j’ai seulement esquissé quelques sourires, qui n’étaient pas si nombreux que ça. Bien au contraire, la thématique abordée est épineuse, elle n’est pas sujette à l’humour, mais bien à un sérieux extrême.


Un roman dépaysant, qui nous plonge dans le Cuba révolutionnaire du siècle dernier. Un pays rongé par une politique dévastatrice, où la poésie apparaît comme un moyen salvateur d’apporter un semblant de douceur. 

Ma note : 6/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-37834-053-7
Traduction : Martine White

Inferno


Inferno de Dan Brown

612 pages, éditions Le Livre de Poche, à 8,30€


Résumé : Robert Langdon, professeur de symbologie à Harvard, se réveille en pleine nuit à l’hôpital. Désorienté, blessé à la tête, il n’a aucun souvenir des dernières trente-six heures. Pourquoi se retrouve-t-il à Florence ? D’où vient cet objet macabre que les médecins ont découvert dans ses affaires ? Quand son monde vire brutalement au cauchemar, Langdon décide de s’enfuir avec une jeune femme, Sienna Brooks. Rapidement, Langdon comprend qu’il est en possession d’un message codé, créé par un éminent scientifique qui a consacré sa vie à éviter la fin du monde, une obsession qui n’a d’égale que sa passion pour « Inferno », le grand poème épique de Dante. Pris dans une course contre la montre, Langdon et Sienna font tout pour retrouver l’ultime création du scientifique, véritable bombe à retardement, dont personne ne sait si elle va améliorer la vie sur terre ou la détruire…


Extraits : « Pour un homme habitué à se remémorer le moindre détail visuel, ne plus avoir de souvenirs, c’était comme vouloir piloter un avion en plein brouillard et sans radar. »

« Rien n’est plus créatif, plus inventif, qu’un esprit brillant visant un but. »


Mon avis : Après Da Vinci Code ou Anges & Démons, Robert Langdon, notre héros intrépide, éminent professeur de symbiologie à Harvard, est de retour dans Inferno. L’ensemble des oeuvres de Dan Brown peuvent se lire indépendamment les unes des autres, n’ayez crainte.

Dans cet opus, Robert Langdon se réveille à l’hôpital, amnésique, avec une plaie conséquente au niveau de la tête, totalement incapable de se souvenir des deux derniers jours qu’il a passé. Quand une femme armée fait irruption dans sa chambre d’hospitalisation avec l’intention de le tuer, il s’enfuie avec Sienna Brooks, l’infirmière alors à son chevet. Ce n’est qu’une fois en lieu sûr qu’il découvre dans une doublure de son manteau un mystérieux objet, qu’il n’a pas souvenir d’avoir déjà vu. Il en est certain : les personnes qui le poursuivent veulent s’en emparer. Accompagné de Sienne Brooks, Robert Langdon se lance en aveugle dans une aventure qui va l’emmener à Florence, plus spécifiquement au coeur de l’Inferno de Dante. Une  course contre la montre est enclenchée… ou plutôt, une course contre la mort.

Dan Brown nous emmène à Florence, ville emblématique d’Italie, berceau d’une richesse artistique exceptionnelle, qui accueille bon nombre de musées, d’églises et de palais grandioses. Un voyage culturel sensationnel nous attend, nous, lecteur, mais aussi Robert Langdon et Sienna Brooks, lancés dans une traversée rocambolesque des lieux artistiques majeurs de la ville.

Florence (Toscane), Italie

Car nos deux héros semblent avoir un début de piste : ils soupçonnent que le mystérieux objet présent dans la veste de Robert Langdon ait un lien avec l’oeuvre de Dante, La Divine Comédie, et plus spécifiquement, son chapitre lié à L’Inferno, autrement dit L’Enfer. Dante accomplie un voyage initiatique périlleux à travers neufs cercles de l’Enfer qu’il a imaginé – chacun correspondant à un péché -, passant par le Purgatoire, avant d’arriver au Paradis et d’y rencontrer Dieu. Un éclairage moderne sur cet oeuvre majeure du XIIème siècle, qui a inspiré bien des artistes dans les siècles suivant sa publication.

 

Le récit de L’Enfer de Dante se divise en trois parties : L’Enfer, le Purgatoire puis le Paradis. 

Le peintre italien Sandro Botticelli, par exemple, va s’emparer de l’oeuvre de Dante et va l’illustrer en restant parfaitement fidèle au récit initial. Un tableau qui deviendra presque aussi célèbre que L’Inferno, et qui gravera dans l’esprit des curieux la représentation de L’Enfer imaginée par Dante.

La Divine Comédie illustrée par Botticelli

Dante et La Divine Comédie – Tableau de Domenico di Michelino

Les références culturelles et artistiques sont donc légion dans cette oeuvre. On ressent aisément que Dan Brown s’est largement documenté sur Florence, son architecture, ses symboliques, ses trésors cachés, son histoire secrète, sur les grands noms rattachés à cette belle ville. Si l’idée était de nous faire voyager sans bouger de notre siège, l’effet est réussi : je dirais même qu’il est doublement réussi dans mon cas, puisque j’ai maintenant très envie de voir de mes propres yeux les merveilles décrites dans ce roman.

À cette épopée historique s’ajoute des questionnements philosophiques et scientifiques qui m’ont drôlement fait réfléchir. En effet,  l’auteur aborde des sujets sérieux, actuels, débattus, ou potentiellement amenés à être débattus dans les années à venir, notamment concernant la surpopulation de la planète. Plus de 7 milliards d’habitants peuplent actuellement la planète Terre, dont une grande partie en Chine, en Inde et dans les pays Africains. Une population croissante due à l’avancée en matière de médecine moderne, qui contribue à allonger l’espérance de vie et grâce à une nette amélioration des conditions de vie. Beaucoup s’interrogent sur l’avenir de notre planète et sur un possible surnombre qui viendrait faire imploser la planète. Des scénarios catastrophes extrêmes, mais qui viennent néanmoins titiller notre intellect et nous fait réfléchir sur des actions à mettre en place pour mieux vivre ensemble et construire un avenir commun et durable. Pour en revenir à L’Inferno, l’un des personnages prend un parti pris extrême pour éviter cette surpopulation et les risques encourus pour la planète. Des actions surnaturelles sont mises en place par ce personnage pour limiter le nombre de naissances et réduire drastiquement le nombre d’habitants. Elles peuvent sembler illusoires, mais elles font néanmoins froid dans le dos, en raison des événements qui sévissent actuellement dans le monde.

J’ai pris beaucoup de plaisir à retrouver le coup de stylo si caractéristique de l’auteur, incisif, haletant, rythmé, qui nous fait oublier le volume de ce livre, pourtant heureux porteur de 600 pages bien remplies. Comme ses précédentes oeuvres (Da Vinci Code et Anges & Démons), Inferno s’est vu adapté au cinéma et a rencontré un vif succès auprès du public.


Une course poursuite mémorable à travers l’histoire culturelle et artistique de Florence : du grand Dan Brown ! 

Ma note : 7,5/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-253-00456-1
Traducteurs : Dominique Defert et Carole Delporte

La jeune fille à la perle


La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier

313 pages, éditions Folio


Résumé : La jeune et ravissante Griet est engagée comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Nous sommes à Delft, au dix-septième siècle, l’âge d’or de la peinture hollandaise. Griet s’occupe du ménage et des six enfants de Vermeer en s’efforçant d’amadouer l’épouse, la belle-mère et la gouvernante, chacune très jalouse de ses prérogatives.
Au fil du temps, la douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille émeuvent le maître qui l’introduit dans son univers. À mesure que s’affirme leur intimité, le scandale se propage dans la ville…
Un roman envoûtant sur la corruption de l’innocence, l’histoire d’un coeur simple sacrifié au bûcher du génie.


Extraits : « Disons qu’elle n’est pas belle, mais qu’il la rend belle, ajouta-t-elle. Ça devrait se vendre un bon prix. »

« – […] Et maintenant, quelles couleurs voyez-vous dans les nuages ?
– J’y vois du bleu, répondis-je, après les avoir étudiés quelques minutes. Et aussi du jaune. Et même un peu de vert ! » Je les montrai du doigt, excitée que j’étais. Toute ma vie, j’avais vu des nuages mais j’eus à cet instant l’impression de les découvrir. »


Mon avis : La jeune fille à la perle est un roman historique et intemporel sur la création du tableau du même nom, par le célèbrissime Johannes Vermeer. Souvent étudié dans les écoles, j’aurais été ravie de pouvoir le découvrir dans ce cadre, pour approfondir davantage cette lecture, qui m’a enchantée.

Vermeer est un peintre hollandais du XVIIème siècle, peu connu de son vivant, dont les oeuvres ont été mises en lumière seulement à la moitié du XIXème siècle, grâce à un critique d’oeuvres d’art. Vermeer est essentiellement reconnu pour ses scènes de genre, qui représentent la vie domestique avec familiarité, naturel et poésie. La jeune fille à la perle, La laitière, ou encore L’astronome, comptent parmi les tableaux les plus célèbres au monde.

Portrait de Johannes Vermeer

Tracy Chevalier s’appuie sur des éléments historiques et biographiques liés à Vermeer et y associe avec habileté des composants fictionnels pour écrire son roman. Ainsi, nous découvrons avec bonheur la vie de Veermer à travers Griet, jeune demoiselle de seize ans qui entre au service de la famille Vermeer. Nous faisons la connaissance de Catharina, la femme de Vermeer, leur nombreuse progéniture, ainsi que Maria Thins, la mère de Catharina, qui vivent tous ensemble dans le petit village de Delft. Griet n’est pas la seule servante à servir la famille, puisque Tanneke travaille également dans la maison familiale pour Maria Thins depuis de nombreuses années. Griet s’intègre difficilement à cette maisonnée, les membres de la  famille semblant être assez réticents à l’idée d’accueillir une nouvelle servante dans leur intimité, certains comme la jeune Cornelia allant même jusqu’à lui faire de mauvaises farces pour la discréditer aux yeux du couple Vermeer. Mais Griet a besoin de ce travail et du faible revenu qui lui revient chaque semaine pour aider ses parents. Son père, faïencier de son métier, est devenu aveugle des suites de son difficile labeur. Sa mère ne pouvant pas subvenir convenablement à leurs besoins, c’est Griet qui vient compenser le manque financier de ses parents.

Vue de Delft (Pays-Bas)

Tracy Chevalier retrace avec subtilité une vie de village des années 1660. Dans le petit village de Delft, Griet sort chaque jour au Marché pour s’approvisionner en viandes, ou chez l’apothicaire, pour ramener des ingrédients utiles à Vermeer pour peindre ses oeuvres. Le village est animé, on ressent avec bonheur ce petit centre vivre : c’est un réel plaisir que d’être transporté au coeur d’un quotidien ordinaire et simple comme celui-là. C’est d’ailleurs au marché aux viandes que Griet fera la connaissance de Pieter fils, le boucher. Un jeune homme un peu plus âgé qu’elle, aux premiers abords frustre, mais bienveillant envers la jeune femme et ses parents. Il accorde beaucoup d’attentions à Griet, lui faisant plus ou moins subtilement sentir tout l’intérêt qu’il accorde à sa personne.

Mais Griet est entièrement focalisée sur le peintre Vermeer, qui la fascine littéralement. Ce mystérieux homme, solitaire, constamment enfermé dans son atelier, va laisser à Griet le loisir de pénétrer son intimité. Elle deviendra sa secrétaire, l’aidera dans ses préparations de toiles, avant de finir par poser pour lui. Des tâches quotidiennes loin de ses obligations de servantes, qui ne raviront pas Catharina, la femme du peintre, jalouse du lien indicible qui se créait entre son mari et cette servante.

On se plait à prendre comme acquises les explications données par Tracy Chevalier sur cette magnifique oeuvre d’art qu’est La jeune fille à la perle. Malheureusement, la réalité est toute autre : la jeune fille représentée est anonyme, peut-être une des filles du peintre. Les hypothèses  sur son identité vont bon train, mais nul ne n’aura jamais le fin mot de l’histoire.

La jeune fille à la perle (1665-1667)

Jalousies, réprimandes, secrets, sont le lot quotidien de Griet. Ajoutez à cela l’attention toute particulière que lui confère Van Ruijven, un riche commerçant d’art, également ami des Vermeer. Du haut de son misérable statut de servante, Griet ne peut que se plier aux exigences de ses maîtres, obéir sans vergogne sans jamais faire de reproche. On ressent avec affliction l’étendue de la servitude et la dépendance financière et émotionnelle de Griet à leur encontre : sa précarité sociale ne lui permettait pas de s’affirmer.

Le Concert (1664-1667)

C’est avec bonheur que j’ai découvert plus en détails la vie du peintre Vermeer. C’est un personnage énigmatique, que l’on peine à cerner, qui semble être étranger même à sa propre famille. Il évolue comme dans une bulle artistique, n’exprime pas ses émotions par des paroles ou des gestes, mais il les réserve dans ses peintures, qui parlent d’elles-mêmes. Il allie avec merveille l’ombre et la lumière, il positionne avec minutie le décor, il fait en sorte de créer de l’émotion, de l’immédiateté, du mouvement, une sorte d’illusion de la vie. Appliqué et méthodique, jouant avec subtilité et minutie de ses pinceaux, une seule de ses toiles pouvait lui prendre près de quatre mois. Un manque de productivité critiqué par sa femme : sans entrée d’argent, difficile de nourriture les nombreuses bouches de sa progéniture et de rembourser les dettes accumulées. J’ai pris beaucoup de plaisir à voir travailler Vermeer, je me suis sentie privilégiée, presque intime avec le peintre.

Au vu du succès international de ce roman, l’oeuvre a été adaptée au cinéma en 2003, avec un casting de choix : Scarlett Johansson dans le rôle principal, et Colin Firth dans celui du peintre. Une adaptation saluée par la critique, que je me ferais une joie de découvrir prochainement !


Un roman historique passionnant, qui met en lumière la vie du peintre Vermeer à travers Griet, la jeune fille à la perle. Un chef-d’oeuvre littéraire et artistique !

Ma note : 10/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 2-07-041794-8
Traduction : Marie-Odile Fortier-Masek

Ton dernier mensonge


Ton dernier mensonge de Mary Kubica

342 pages, éditions Harper Collins poche, à 7,90€


Résumé : Le monde de Clara Solberg vole en éclats quand son mari, Nick, décède dans un accident de voiture. Heureusement, leur fille Maisie, quatre ans, en sort indemne. La cause de l’accident semble claire, mais Maisie commence à avoir des terreurs nocturnes qui amènent Clara à s’interroger sur ce qui s’est vraiment passé pendant cet après-midi tragique.
Rongée par la douleur, obsédée par l’idée que la mort de Nick n’est peut-être pas accidentelle, Clara s’engage dans une quête désespérée pour découvrir la vérité. Qui aurait pu vouloir du mal à Nick ? Et surtout, pourquoi ?


Extraits : « Il paraît que la mort frappe toujours trois fois. D’abord, il y a eu l’homme qui vit en face de chez mes parents. M. Baumgartner, décédé d’un cancer de la prostate à l’âge de soixante-quatorze ans. Ensuite, une de mes anciennes camarades de lycée, épouse et mère, morte à seulement vingt-trois ans d’une embolie – un caillot de sang qui a migré droit vers les poumons.
Puis ça a été le tour de Nick. »

« La confiance est la clé d’un mariage réussi, le pilier sur lequel repose la stabilité de l’union.« 


Mon avis : Nick, le mari de Clara, meurt subitement dans un accident de voiture, alors qu’il revenait du cours de danse de leur petite fille, Maisie. Attristée par cette terrible nouvelle, Clara ne croit pas à la thèse de l’accident de la route et va mener sa petite enquête pour déterminer les causes réelles de la mort de son mari. En effet, sa petite fille, Maisie, présente lors de l’accident, est effrayée par un méchant conduisant une voiture noire. Quel est son identité ? Clara soupçonnera à tour de rôle Théo Hart, leur voisin violent, sa mère Louisa, sénile et presque amnésique, Connor, le meilleur ami de Nick et Nick lui-même, de s’être donné la mort.

Ton dernier mensonge est un thriller psychologique qui nous plonge dans une enquête alambiquée, où les prétendus coupables sont en nombre, sans jamais avoir de preuve irréfutable de leur culpabilité. Chaque nouvel indice récupéré par Clara nous mènera vers une piste différente, tant et si bien que la fin du récit approchant, nous n’avons toujours aucune idée du nom du coupable. Mary Kubica a réussit à me tenir en haleine jusqu’au bout, distillant avec parcimonie moments de suspenses et rebondissements surprises.

Des personnages énigmatiques vont et viennent dans le récit : chacun pourrait avoir un lien avec la mort de Nick. Kat, l’amour de jeunesse de Nick, qui refait surface dans sa vie, près de dix-huit ans après l’avoir quitté. Connor, son meilleur ami, fraîchement licencié du cabinet dentaire où il travaillait avec Nick. Theo Hart, le voisin violent et irritable, qui exécrait Nick, plus encore depuis qu’il avait failli renverser son petit Teddy. Autant de spéculations qui nous retourne la tête et fait choir nos vaines tentatives d’élucidations.

Dans les romans policier, ce que les lecteurs attendent toujours avec impatience, c’est le début et la fin. Le début pour planter le décor, pour prendre en main l’ensemble des indices récoltés et s’amuser à chercher le coupable durant l’ensemble du développement. La fin, avec son rebondissement final, celui qui surprend, qui effraie, celui que l’on attend avec impatience, qui possède la vérité sur l’histoire et la réponse à toutes nos questions. Malheureusement, dans Ton dernier mensonge, la fin m’a déçue et fait retomber d’un seul coup l’ensemble du suspense tissé si soigneusement par l’auteure. Je n’ai pas eu toutes les réponses à mes questions, de nombreuses interrogations restent encore présentes dans mon esprit, si bien que je ne considère pas cette fin comme une fin à proprement parlé. C’est plat et sans surprise.


Mensonges, dissimulations, enquêtes, suspicions… Un thriller psychologique rondement mené, qui se solde par  un dénouement totalement raté.

Ma note : 5,5/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 979-1-0339-0351-2
Traducteur : Laure Manceau

Certaines n’avaient jamais vu la mer


Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

143 pages, éditions 10-18


Résumé : Ces Japonaises ont tout abandonné au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis, sur la foi d’un portrait, un inconnu. Celui dont elles ont tant rêvé, qui va tant les décevoir. Chœur vibrant, leurs voix s’élèvent pour raconter l’exil : la nuit de noces, les journées aux champs, la langue revêche, l’humiliation, les joies aussi. Puis le silence de la guerre. Et l’oubli.


Extraits : « Une jeune femme doit se fondre dans le décor : elle doit être là sans qu’on la remarque. »

« Un baiser, une promesse : « Je reviendrai demain. » Et nous avions beau savoir que nous ne le reverrions pas, nous savions que si c’était à refaire nous irions tout de suite, car être avec lui c’était comme être vivante pour la première fois, mais en mieux.« 


Mon avis : Certaines n’avaient jamais vu la mer désarçonne autant qu’il fascine. C’est un roman puissant et dévastateur, qui met en lumière une partie de l’histoire méconnue du Japon. Au début du XXème siècle, bon nombre de femmes japonaises sont envoyées par bateau en Amérique, où elles pensent trouver une vie meilleure, rejoindre un mari convenable, bien installé socialement,  assez élégant, qui saura les rendre heureuse. Malheureusement, la désillusion est de taille : obligée de travailler au champ, rendue esclave des hommes, maltraitées, rabaissées, bonnes seulement à enfanter, ces femmes japonaises déchantent rapidement et découvrent ce que beaucoup baptisent le « rêve américain ».

L’auteure dépeint avec noirceur leurs vies gâchées : elles vivent dans des conditions déplorables, ne sont pas considérées, que ce soit par leur mari que par l’ensemble de la population américaine, rendue esclave, elles n’ont plus aucun objectif, si ce n’est celui de rester en vie.

J’ai beaucoup aimé l’éclairage historique de sur ce pan de l’histoire Américaine et Japonaise qui m’était totalement inconnu, mais malheureusement, je n’ai pas accroché à la narration. Je suis passée totalement à côté de ce roman, que beaucoup qualifient de « chef-d’oeuvre ». En effet, l’écriture a de quoi intimider : elle est hachurée et donc très déstabilisante. Julie Otsuka use et abuse de l’énumération « Certaines des nôtres […]. D’autres […]. Un vieux […]. Un autre […]. Une petite fille […]« , tant et si bien que j’avais parfois l’impression d’être face à une liste de courses désordonnée, sans queue ni tête et que j’avais de très fortes envies de sauter quelques pages pour éviter ces instants de tortures et d’ennui inutiles.

Le style narratif m’a mise à distance, m’empêchant d’apprécier pleinement l’histoire contée. Il est certain que je n’étais pas prête à lire un récit aussi original. Écrit à la première personne du pluriel, il créait une certaine distance entre le lecteur et le texte, qui m’a chagriné. J’aurais souhaité une écriture plus personnelle, des protagonistes plus ciblés, auxquels on aurait pu s’attacher et compatir pleinement à leurs tristes sorts.

De même, l’aspect historique est intéressant, mais il manque clairement de profondeur. J’aurais apprécié découvrir une histoire plus développée, avec, pourquoi pas, des données chiffrées, qui viendraient appuyer les faits historiques, des témoignages plus impactants, plus réels, une dose d’actions plus dynamisante.


Je ressors déçue de cette lecture : malgré l’éclairage historique qui m’a beaucoup plût, je n’ai pas aimé la narration, qui m’a tenue à distance de l’histoire.

Ma note : 3/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-264-06053-2
Traducteur : Carine Chichereau