Littérature américaine·Roman

Les divins secrets des petites ya-ya

Les divins secrets des petites ya-ya
de Rebecca Wells
539 pages, éditions Charleston, à 8,90€

 

Résumé : « Une danseuse de claquettes maltraite ses enfants. »
Quand Vivi Walker lit dans le New York Times le portrait que brosse d’elle sa fille Siddy, metteur en scène à succès, elle la renie sur-le-champ. Afin de renouer le dialogue entre la mère et la fille, Necie, Teensy et Caro, les amies intimes de Vivi, finissent par la persuader d’envoyer à Siddy son album souvenir : « Les Divins Secrets des Petites Ya-Ya. »
Siddy va alors plonger dans l’univers des Ya-Ya, du nom cajun que les quatre amies se sont donné avant-guerre, lors de leur folle jeunesse en Louisiane. Elle découvre un petit groupe à part, soudé par une amitié que rien – ni les mariages, ni la naissance de nombreux enfants – ne pourra jamais affaiblir. À travers ces souvenirs fragmentés, Siddy perçoit aussi les zones d’ombres de la vie de sa mère, drames intimes et douleurs tues, offrant une image inattendue de l’exubérante Vivi, en femme meurtrie que seul le soutien indéfectible de ses amies a pu maintenir debout.

Extraits :  « « Oh, le bébé ! Oh, le bébé Cadum à sa maman ! » lui murmure Teensy. Et puis tout d’un coup, comme ça, Teensy lâche un pet ! Un énorme pet ! On se demande comment un vent aussi gros a pu sortir d’une aussi petite fille. Elle a l’air choquée. Elle regarde derrière elle, comme si elle n’arrivait pas à croire qu’elle a pu faire ça. Quand ça arrive à notre chien, il se fait peur tout seul. »

« Pour moi, les odeurs sont comme une personne invisible dont les gens oublient la présence. »

Mon avis :  C’est très rare que cela m’arrive, mais aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à écrire ma chronique et à parler de ce livre. Mais pourquoi ? Parce que je suis partagée quant à mon ressenti final. D’un côté, j’ai aimé découvrir ce livre, cette famille, ces femmes et les nombreux secrets qu’elles renfermaient… mais d’un autre, je me suis partiellement ennuyée tout au long de ma lecture et les personnages m’ont énervée à plusieurs reprises.

Mais commençons déjà par vous raconter ce dont parle ce livre. Les divins secrets des petites ya-ya, c’est l’histoire d’une amitié féminine qui dure depuis l’enfance. Quatre femmes, très différentes, qui ont renommées leur groupe la tribut des « ya-ya ». Mais voilà, une des ya-ya, Vivi, s’est vue rabaissée dans le New York Times, par sa fille, Siddy, qui a dressée un pitoyable portrait de sa mère. De ce fait, les trois autres ya-ya vont tout mettre en oeuvre pour réconcilier cette mère triste et déçue par sa fille, qui n’a jamais su voir qui était réellement sa mère. Elles vont offrir à Siddy le carnet qui regroupe tous les secrets des ya-ya, afin que cette dernière puisse découvrir qui est vraiment sa mère.

Alors oui, cette histoire est jolie, pleine de douceur et de tendresse. Les pouvoirs de l’amitié sont mis en avant, tout comme l’amour qui existe et perdure entre une mère et sa fille.

Mais les personnages ne m’ont pas forcément plût. Trop mous, sans personnalité particulière – surtout Siddy, que j’aie encore moins appréciée que les autres. Siddy ose parler à une journaliste, révélant des secrets intimes de sa vie (comme quoi sa mère la battait quand elle était petite, qu’elle buvait beaucoup d’alcool, etc) et une fois l’article publié, elle s’en va s’excuser en pleurnichant, disant qu’elle regrette. Dès le début, elle ne m’a pas plût… pis encore, elle m’a énervée !
Je n’ai pas accroché non plus à l’histoire, qui ne m’a pas offert assez de rebondissements, d’actions et de mouvement. On oscille entre le présent et le passé. Entre un vide temporel et des souvenirs de l’ancien temps. J’aurais aimé que les ya-ya soient plus délurées et excentriques, plus vivaces, quoi !

Et alors, je pense que ce qui m’a encore plus énervée que les personnages et l’histoire niaise, c’est la traduction. Les divins secrets des petites ya-ya est écrit, à l’origine, dans un style propre à la Louisiane, lieu où se déroule l’histoire. Bien évidemment, il y a certaines expressions typiques de là-bas qui sont incorporées dans le récit, mais qui ne peuvent pas être traduits textuellement en français. Malheureusement, les traducteurs se sont amusés à les traduire. Ce qui fait que nous avions, tous les dix pages, des « v’s aut' » qui m’ont agacés à un point inimaginable !

Bref. Sinon, j’ai découvert qu’une adaptation cinématographique avait été réalisée sur ce livre. Sortie en 2002, elle s’intitule « Les divins secrets » et reprend, à peu de choses près, la trame du roman. Malheureusement, après avoir lu plusieurs commentaires concernant le film, une seule idée m’est restée en tête « le film n’égale pas le livre ». Moi qui n’ait déjà pas aimé le livre… je ne pense donc pas regarder le film. Mais libre à vous de le faire, si vous souhaitez découvrir l’histoire des ya-ya !

Vous l’aurez compris, je n’aie pas accroché à ce livre. Même si le thème abordé était intéressant, la façon de l’aborder ne m’a pas plût. En effet, tout m’a agacé : les personnages, l’histoire, la traduction, même ! En plus de ça, ma lecture fût d’un ennui monstre. Mais ceux qui n’ont pas peur de l’ennui peuvent se jeter dans la lecture de ce livre. Sieste garanti !

Ma note : 4/10————Votre note : ?

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Littérature américaine

Chasseurs de neige

Chasseurs de neige de Paul Yoon
190 pages, éditions Albin Michel, à 19€

 

Résumé : 1954. A la fin de la guerre de Corée et au sortir des camps de prisonniers établis par les Américains, Yohan, un jeune soldat du Nord, se voit proposer, comme à des milliers de ses camarades d’infortune, de s’expatrier. Il choisit le Brésil, dont il ne sait rien et ne parle pas la langue, et s’installe, en vertu d’un accord passé avec les Nations unies, dans un village sur la côte où il trouve du travail. Bien qu’étranger sur cette terre, Yohan trouve un père en la personne de son employeur, Kiyoshi, un tailleur japonais établi là depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis une famille auprès de Peixe, fils de pêcheurs devenu gardien de l’église du quartier, et de deux jeunes orphelins. Mais vouloir se construire un présent n’efface pas un passé douloureux, et Yohan devra se battre pour chasser les démons qui le hantent… A la manière d’Alessandro Baricco dans ‘Soie’, Paul Yoon, l’auteur de ‘Autrefois le rivage’, saisit l’essence de la vie et sa beauté dans la résilience d’un être qui survit à l’horreur et se réinvente.

Extraits :  « Les coupures de courant sont choses communes et, quand cela se produit, ils s’attardent dans l’obscurité, assis sur le toit, et écoutent les bruits de la ville qui leur tiennent compagnie. Les accents lointains d’une trompette ou d’une guitare, le crépitement des cartes à jouer coincées dans les rayons d’une roue de vélo. »
« Choisissait-on vraiment ce que l’on consignait dans sa mémoire, et ce que l’on abandonnait à l’oubli ? »

Mon avis :  Chasseurs de neige, c’est un récit poétique, simple dans sa stylistique et sa construction, mais complexe dans ses termes abordés et puissant dans sa morale.

A la fin de la guerre de Corée, Yohan reçoit une proposition inattendue : celle d’aller vivre et travailler au Brésil, aux côtés de Kiyoshi, tailleur expatrié de son pays après la Seconde guerre mondiale. C’est une toute nouvelle vie que va commencer Yohan. Une vie remplie de calme, paisible, sereine et simple. Mais les horreurs du passé restent quand même dans sa mémoire – la mort de ses compagnons, les blessures de la guerre et toutes autres atrocités, qui viennent parfois rappeler à Yohan d’où il vient.

Le contraste est brutal ; Yohan passe d’une vie remplie d’horreurs, vie individualiste et meurtrière, conditions de vie qu’il a côtoyé pendant ses vingt premières années à une vie où la générosité, la gentillesse et la tranquillité sont reines. C’est comme une seconde naissance, ou une seconde chance. Yohan a de nouveau droit à de l’affection – de la part de son patron et ami Kiyoshi, de la part de Bia et Santi, les deux enfants, qui deviendront des amis pour le protagoniste, de la part de Peixe, le pêcheur. Un beau roman où l’amour, l’amitié et la solidarité se côtoient pour ne former plus qu’un tableau de vie.

Si vous souhaitez lire ce livre, ne vous attendez pas à beaucoup d’action, car cet ouvrage n’en contient pas. Paul Yoon nous fait seulement voyager à travers son écriture, poétique mais puissante. Il a ce don incroyable de pouvoir raconter des événements poignants dans des mots très simples. Je suis bluffée. Avec Paul Yoon, les choses les plus horribles gardent quand même leur lueur d’espoir.

Bon, le seul petit hic, c’est que je n’ai fait que survoler l’histoire. Je n’ai pas vraiment réussie à m’imprégner de l’atmosphère ni des personnages. L’écriture était sans doute trop imagée pour moi ; j’aurais préféré une histoire racontée de manière un petit peu plus concrète. Mais cela n’enlève rien à son charme.

Une histoire charmante et ensorceleuse, qui aurait été encore meilleure si l’auteur avait creusé et développé un petit peu plus ses dires.

Ma note : 5,5/10
Littérature américaine

Les vacanciers

Les vacanciers d’Emma Straub
284 pages, éditions Presses de la Cité, à 21€
Résumé : Pour les Post, des vacances à Majorque, en famille et avec des amis, c’est quelque chose qui se mérite ! Cela tombe bien, Franny et Jim ont leurs trente-cinq ans de mariage à fêter, et leur fille, Sylvia, vient d’obtenir brillamment son baccalauréat. L’île ensoleillée, ses montagnes et ses plages, ses tapas et ses courts de tennis, promettent une échappatoire aux tensions latentes du quotidien à Manhattan. Pourtant, rien ne se passe comme prévu. Les soucis ne restent pas longtemps tapis dans les bagages : des secrets sont révélés, des rivalités et d’anciennes blessures refont surface…
Extraits : « Attendre l’arrivée d’un bébé adopté, c’est comme vivre dans l’attente d’une crise cardiaque : il faut capituler et accepter de faire d’autres projets sans savoir s’il faudra les annuler. »
« Les familles des autres étaient un mystère, des spécimens extraterrestres ayant leurs codes secrets et leurs histoires. »

Mon avis : Avec l’arrivée inopinée du beau temps, de la chaleur et des vacances, quoi de mieux que de suivre les aventures d’une famille, partie ensemble se ressourcer le temps de deux semaines de vacances, dans une villa de Majorque ?

Si vous cherchez de la grande littérature, passez tout de suite votre chemin. Les vacanciers, comme son titre l’indique, est un roman tout destiné pour l’été, à lire au bord de sa piscine, ou bercé par les vagues de la mer. L’histoire racontée n’est pas très intéressante, mais le livre en lui-même est sympathique à lire – du moins, il fait passer le temps.

Franny, Jim, leurs deux grands enfants, Bobby et Sylvia, la petite amie de Bobby, Carmen, et un couple d’amis homosexuels de la famille, Charles et Lawrence, ont déposés leurs bagages à Majorque, dans les îles Baléares d’Espagne. Ils vont séjourner dans la demeure de Gemma durant deux semaines. Sylvia va en profiter pour travailler son espagnol avec Joan, son jeune professeur particulier, Jim va essayer de se faire pardonner auprès de Franny pour son infidélité, Charles va retrouver la complicité qu’il a toujours eu avec sa grande amie Franny, et Carmen va essayer – en vain – de se faire accepter par cette famille.

Malgré les plus ou moins graves problèmes, l’ambiance est au beau fixe dans ce roman. On sent une atmosphère conviviale, intime et familiale, agréable à parcourir. Malheureusement, la bonne humeur de façade du début laisse progressivement la place aux dessous véritables de chaque famille. C’est ainsi que le lecteur se rend compte que cette famille est loin d’être une famille modèle et exemplaire. Entre secrets, honte, mépris ou mensonges, la famille Post cumule de nombreux griefs familiaux ; souvent banals, originaux, ou plus graves.

Mais le gros point noir de ce roman, c’est l’inutilité des personnages, leur manque de personnalité, leur banalité effarante. En effet, personne ne se détache du lot ; ils sont prévisibles, pas du tout travaillés, peu approfondis. Un livre de Madeleine Chapsal que j’ai lu il y a quelques années, qui s’intitule Nos enfants si gâtés décrivait également des vacances en famille à l’île de Ré. Comme ce roman-ci, j’ai trouvé l’intégralité du livre peu exploité. Néanmoins, comme écrit dans ma chronique de Nos enfants si gâtés, « il est frais, il sent le soleil et les vacances« .

Même si j’ai passé un bon moment à lire ce livre, il ne restera pas dans les annales. Une lecture quelque peu banale, sans grand intérêt, mais que les lecteurs saisonnier devraient pouvoir apprécier.

Ma note : 5/10
Littérature américaine·Roman policier et polar

A couteaux tirés

A couteaux tirés de Olen Steinhauer
293 pages, éditions Presses de la cité, à 21€

 

Résumé : Henry se rend en Californie et revoit à cette occasion l’amour de sa vie, Celia. Tous deux ont travaillé pour une cellule de la CIA à Vienne et ne se sont pas revus depuis l’attentat tragique qui a coûté la vie à cent vingt personnes dans un avion, cinq ans plus tôt. Celia a quitté la CIA et a fondé une famille. Malgré l’affection qu’il lui porte, Henry a une mission à remplir : découvrir si elle est la taupe à l’origine de la mort des otages…

Extraits :  « On se sent toujours plus seul dans un paysage sublime, je l’ai déjà remarqué. Peut-être tout simplement parce qu’on ne peut partager avec personne l’émotion suscitée par la beauté de la nature ? Je ne sais pas. »
« C’est montré dans les films, écrit dans les livres… Être parent, c’est un boulot de quarante heures par semaine, et autant en heures supplémentaires. »

Mon avis :  A couteaux tirés est vraiment digne de grands films d’espionnage. Cela ne m’étonnerait pas qu’il soit adapté au cinéma dans quelques années…

L’histoire est narrée par deux narrateurs, tous deux protagonistes, tous deux ayant été agents secrets à Vienne, en Autriche. D’un côté, nous avons Henry, toujours membre de la CI. D’un autre, Célia, qui a arrêtée de travailler pour l’agence d’espionnage pour fonder une famille loin de ce métier dangereux. Cinq années plus tard, les ex-amants et collègues se retrouvent dans un bistrot, pour parlementer. Mais surtout, ils veulent tout deux percer à jour le mystère de l’attentat terroriste qui a fait cent vingt morts, cinq ans plus tôt. Une taupe de l’agence a donnée des renseignements aux terroristes. Célia et Henry se soupçonnent mutuellement, sans jamais s’être dénoncé.

L’histoire se déroule en plein huis-clos, dans un bistrot, où Henry et Célia se retrouvent à dîner après cinq ans sans s’être revus. C’est à partir de ce présent que se reforme le passé. L’auteure jongle donc entre présent et passé, tout comme les personnages, qui eux, jonglent en discussions personnelles et discussions professionnelles, entre mensonges et vérités. C’est à celui qui sera le meilleur comédien, celui qui sera le plus convainquant et le plus convaincu.

Le lecteur est plongé dans le monde obscur des espions. On se retrouve dans les bureaux, comme simples spectateurs, regardant avec appréhension les événements se dérouler sous nos yeux.

Des terroristes ont prit les commandes d’un avion, à bord duquel se trouve cent vingts innocents passagers. Que doivent faire les agents secrets ? On découvrir les méthodes employées, le travail auquel ils doivent faire face, ce qu’ils doivent gérer ; le tout dans l’ombre, sans jamais être découverts. Car un agent secret doit rester secret, c’est là sa première mission.
Le jour de cette prise d’otages phénoménale, un coup de téléphone a été passée du bureau de la CIA, en direction d’un terroriste liée à l’affaire. Le roman d’espionnage se transforme aussitôt en roman policiers ; on s’interroge, on cherche le coupable.

Sans vouloir vous révéler le dénouement, je dirais seulement qu’il est vraiment unique en son genre. Je ne m’attendais pas à une fin telle que celle-là. Vraiment, j’ai été bluffée et estomaquée. Je ne dirais seulement ceci : un agent secret reste agent secret durant toute sa vie.

Dans ce livre d’espionnage, la parole prime sur l’action. L’auteur soumet ses lecteurs à une épreuve majeure : serons-nous assez lucides pour détecter le vrai du faux, l’illusion de la vérité, l’innocent et le coupable ? Plongez au coeur de la CIA et laissez-vous porter par ce huis-clos phénoménal. J’ai adoré !

 

Ma note : 7,5/10
Littérature américaine·Littérature jeunesse·Roman policier et polar

Big easy

Big Easy de Ruta Sepetys
447 pages, éditions Gallimard Jeunesse

 

Résumé : Années 50 à La Nouvelle-Orléans. Josie Moraine, dix-sept ans, n’a pas tiré le gros lot. Fille d’une prostituée qui n’a rien d’une mère attentionnée, elle grandit dans une maison close du Quartier français, celui de la mafia, des affaires louches et des gens sans avenir.
Pourtant, Josie a un rêve : quitter cette ville, surnommée The Big Easy et pourtant si peu easy, pour entrer à Smith, prestigieuse université du Massachusette. Impliquée dans une histoire de meurtre, dépouillée par sa mère et endettée, tout pousse la jeune fille à suivre, elle aussi, la voie de l’argent facile. Mais Jo vaut beaucoup mieux que cela… et ceux qui l’aiment le savent bien.

Extraits : « Rien de plus triste, de plus solitaire que des étagères sans livres : c’est tout bonnement absurde. »
« Les grandes décisions, déclara-t-il, voilà ce qui façonne notre destinée. »

Mon avis : Je suis éblouie par the Big Easy, la grande facilité avec laquelle l’auteure a réussie à écrire ce roman. Même si cette lecture est accessible à tous, elle dissimule néanmoins de grandes parcelles historiques des années 50, et des leçons moralistes poignantes.

Comme je l’ai évoqué précédemment, ce récit se déroule dans les années 50, à La Nouvelle-Orléans, aux Etats-Unis, et met en relief les côtés sombres de cette ville du sud. Le climat qui se dégage de ce roman est plutôt noir, assez oppressant, à la fois intriguant mais inquiétant. Ruta Sepetys a décidé de faire évoluer ses personnages dans des rues malfamées où se côtoient bordels, bars et truands mal intentionnés. Toutes les conditions sont réunies pour effrayer le lecteur de cette ville, ou du moins de ce quartier-ci, le Quartier Français, plus communément appelé le Vieux Carré.

Mais au travers de cette pauvre vie, où se fréquent prostituées et meurtriers et où l’argent facile tombe à flot, une jeune fille, vivant également dans le même quartier, va sortir du lot. Josie, que tout le monde surnomme Jo, travaille dans une librairie, aux côtés de Patrick, et de son père, Charlie. Du haut de ses dix-sept ans, elle n’a qu’un seul et même objectif : partir d’ici, le plus loin possible, pour s’en sortir et ne pas finir comme sa mère. Car sa mère, si honteuse soit-elle, se prostitue depuis que Josie est née, et ne lui a jamais apporté la moindre attention. Loin de lui en vouloir, elle la méprise néanmoins pour son attitude de dépravée qui n’accorde aucun respect, ni envers elle-même, encore moins envers les autres.

Ruta Sepetys va nous plonger entièrement au coeur de cette vie de quartier, dans les entrailles des bordels et des rues mal fréquentées. Seule petite dose d’espoir un peu plus gai, c’est l’envie de Josie de s’en tirer, de devenir quelqu’un d’autre, et de ne pas suivre les traces de sa mère. Sa force de caractère va la mener à bien des extrêmes, mais elle gardera toujours en mémoire son attente suprême de fuite. Malheureusement pour elle, quand on commence de si bas, les chances de réussites sont minimes, voire quasiment inexistences. Elle devra faire face à toutes les difficultés qui forment des obstacles à sa réussite, accompagné de l’aide précieuse de ses amis, Willie, Patrick, Cookie, Jesse, et bien d’autres encore.

On voit bien qu’une personne plus intelligente que la moyenne, à l’intérieur de ce quartier, (ou du moins une personne qui se donne plus de moyen d’y arriver), se veut regardé comme différente, tant le paradoxe entre la vie qu’ils mènent est éloignée de la vie dont rêve Josie.

L’immersion dans ce monde est total, et les émotions que ressent le lecteur sont doublement multipliées. Les personnages en eux-mêmes sont émouvants, tant par leur simplicité, par leur personnalité, ou même par leurs conditions de vie, qu’ils n’ont pas souvent choisis. Dans un second temps, l’histoire racontée est bouleversante. L’auteure cherche à faire passer un message d’espoir, pour montrer au monde entier qu’avec de l’assurance, de l’envie et de l’ambiance, tout est possible et réalisable.

/!\Petit spoiler ! Dans le dénouement, on se rend malheureusement compte que Josie n’a pas réussie à atteindre son but ultime, d’entrer à l’université de Smith College. Mais elle n’a pas baissé les bras pour autant, elle ne s’est pas résigné, et à réussie à être heureuse, malgré ça, et à poursuivre sa vie, remplie de rêves et d’idéaux. /!\Fin du spoiler !

Ce roman, devrait être lu, juste pour découvrir le cadre qu’il recèle. Le message est également tellement puissant et encourageant, qu’après ça, qui ose baisser les bras sans essayer, aura à faire à moi !
Une belle leçon d’humanité, dans un monde où ce même mot en est banni.

 

Ma note : 7/10
Littérature américaine·Roman

Dieu me déteste

Dieu me déteste d’Hollis Seamon
234 pages, éditions 1018

 

Résumé : Etat de New York, hôpital Hilltop, Richard Casey aura bientôt 18 ans. Il voudrait faire la fête, draguer et tomber amoureux. Richard sait qu’il ne fêtera jamais ses 19 ans. Il est plus pressé que les autres et pour vivre comme il veut, il lui faut déjouer les pièges de ceux qui préféreraient le voir vivre un peu plus longtemps.

Extraits : « C’est peut-être ce que je déteste le plus, dans cet endroit et dans tous les hôpitaux de la terre : n’importe qui peut débarquer à l’improviste. Personne ne prend même la peine de frapper. Impossible d’avoir une once d’intimité, dans ce trou. »
« Globalement, le monde est pourri et triste à pleurer. Les gens souffrent, tous sans exception. Tu commences à piger, ou alors tu crois toujours que c’est seulement toi, mon vieux ? Qu’il n’y a que toi qui souffres ? Comme si on t’avait choisi ? »

Mon avis : Vous allez penser « oh non, encore une histoire revisitée de Nos étoiles contraires« . J’avoue que j’étais aussi sceptique que vous avant de découvrir Dieu me déteste. Et je me suis surprise à faire des parallèles inexistants entre les deux romans, qui n’ont, comme on le découvrir au fil de notre lecture, rien du tout en commun.

Richard, 18 ans, nous raconte ce qu’il vit dans la zone de soins palliatifs de l’hôpital où il a été admis. Dès les premières lignes entamées, on peut aisément remarquer le fort contraste entre la gravité de la situation – le jeune homme est atteint d’un cancer incurable – et le ton employé dans la narration. On dirait qu’une fossé sépare Richard de la réalité des choses. Et pourtant, on s’aperçoit que c’est un jeune garçon lucide, mature, dynamique, qui souhaite vivre les derniers instants qu’il lui reste à cent à l’heure, découvrir de nouvelles choses avant de s’en aller au-delà.

Il faut dire que nous, lecteurs, sommes debouts sur une corde raide, suspendus entre la vie et la mort. La mort, qui règne constamment, oppressante, elle se rappelle à Richard chaque jour qui passe. La vie, caractérisée par la joie de vivre de l’adolescent, qui semble littéralement planer au-dessus de cette fatalité. Il y a aussi la vie qui se ressent pleinement dans les sensations purement humaines que ressent le protagoniste. Notamment le sentiment amoureux partagé par la jeune fille de la chambre voisine, Sylvie, elle aussi atteinte d’un cancer incurable. La rencontre de ces deux jeunes adolescents dans un état tel que le leur, peut sans conteste rappeler Nos étoiles contraires, mais aussi Sans prévenir, roman de Matthew Crow, avec comme protagoniste un adolescent atteint d’un cancer, qui tombe amoureux de la jeune fille qui partage sa chambre ; un amour antithétique, inexplicable, comme magique. Et c’est bien de la magie qui se passe dans le cas de Richard, qui, avant la fin de sa vie, a réussi à ressentir la meilleure sensation qu’il puisse exister au monde.

Je vous avoue sans fausse langue que ce roman n’est pas vraiment exceptionnel. Il n’y a pas beaucoup d’actions et les situations stagnent – notamment la relation entre Richard et Sylvie, qui s’éternisent et s’étirent inlassablement. De plus, ne me prenez pas pour une sans coeur, mais je n’ai ressenti aucune émotion quant à l’histoire de Richard. Un peu trop banale, vue et revue, il aurait fallu un petit quelque chose en plus, qui puisse retenir suffisamment l’attention du lecteur. Le protagoniste était assez fade, sans grand intérêt, mais sympathique à côtoyer. Le gros point négatif, c’est ce dénouement énigmatique, qui ne clos pas totalement la fin du récit. Le lecteur reste en suspens, frustré de ne pas avoir réussi à déchiffrer ce que Hollis Seamon a voulu faire percevoir dans la finalité de son roman.

Ne retenez pas que le négatif que j’ai soulevé. Retenez aussi la force de caractère de Richard, la douceur des sentiments des deux adolescents, l’ironie du ton employé… tant de choses qui atténuent la maladie dont ils souffrent. Une belle leçon de vie et d’optimisme !

Ma note : 6,5/10
Littérature américaine·Roman

Extrêmement fort et incroyablement près

Extrêmement fort et incroyablement près
de Jonathan Safran Foer.
460 pages, éditions Points, à 8,10€

 

Résumé : Oskar Schell est inventeur, entomologiste, épistolier, francophile, pacifiste, consultant en informatique, végétalien, origamiste, percussionniste, astronome, collectionneur de pierres semi-précieuses, de papillons morts de mort naturelle, de cactées miniatures et de souvenirs des Beatles. Il a neuf ans.
Un an après la mort de son père dans les attentats du 11 septembre, Oskar trouve une clé. Persuadé qu’elle résoudra le mystère de la disparition de son père, il part à la recherche de la serrure qui lui correspond. Sa quête le mènera aux quatre coins de New York, à la rencontre d’inconnus qui lui révèleront l’histoire de sa famille.

Extraits : « C’est dommage que nous devions vivre, mais c’est tragique que nous n’ayons qu’une seule vie. »
« La timidité c’est quand on détourne la tête de ce qu’on veut. La honte c’est quand on détourne la tête de ce qu’on ne veut pas. »

Mon avis : Ce roman-ci a été choisi comme lecture commune du mois de septembre sur le forum de Babelio. Comble de chance, les événements concordaient avec le thème du livre ; le 11 septembre 2001 a eu lieu l’attentat sur les tours jumelles du World Trate Center, choc terrible pour le monde entier, et plus particulièrement pour la population américaine. C’est ce sujet que traite avec subtilité Jonathan Safran Foer, en mettant en avant le témoignages des familles des victimes de ces terribles attaques.

Ce roman ayant beaucoup fait parler de lui, c’est avec une grande curiosité et non sans appréhension que j’entamais ma lecture de ce que certains appelaient alors un « chef-d’oeuvre ».

Sans aucune raison de ma part, je m’étais imaginé un schéma détaillé de l’histoire que cachait ce livre. Et je suis tombé de haut. Je m’attendais à tout sauf à ce que j’y ai découvert. Avec une grande surprise et plus encore de curiosité qu’alors, j’ai commencé à découvrir puis à apprécier l’histoire que Jonathan Safran Foer avait concocté.

On sait que le protagoniste Oskar est un tout jeune garçon de 9 ans, ultrasensible, surdoué et singulier comparé aux autres enfants de son âge. Mais ce que l’on ignore, et que l’on apprend peu à peu, c’est qu’il est également traumatisé par la mort de son père, qui a eu lieu il y a deux années de çà, dans l’attentat du World Trate Center. S’ensuit alors une longue période de pseudo-deuil, où Oskar va chercher par tous les moyens à se rapprocher de son père, et à apprendre l’exact cause de sa mort.

La quête initiatique d’Oskar, va le mener à bien des endroits différents, qui vont dans un même temps nous faire voyager dans tout New-York. Chose qui m’a assez choqué (même si ça n’est que de la fiction), c’est la facilité avec laquelle sa mère le laisse, seulement âgé d’une dizaine d’années, vagabonder comme bon lui semble dans toute la ville. Une petite explication nous est donnée à la fin, mais elle n’explique pas tout !

N’empêche, notre petit Oskar m’aura bien fait rire, il m’aura ému par sa simplicité, sa gentillesse, et par son immense peine, qu’il refoule au plus profond de lui. Mais ce petit garçon n’aura pas été le seul personnage attachant ; tout un tas de personnages secondaires, qui se sont livrés ouvertement à un moment ou à un autre du récit, tous plus différents les uns que les autres, plus originaux, égocentriques ou loufoques, touchent indubitablement, le lecteur.

Extrêmement fort et incroyablement près est un roman qui se veut avant tout émouvant, tant le sujet traité est difficile, voire poignant, à narrer. L’auteur ajoute à cela la tristesse d’un enfant, suite à la mort de son père, qui comprend parfaitement la situation, mais qui n’arrive pas à l’accepter. Toutes les conditions sont réunies pour attrister le lecteur, et faire de cette lecture un coup de poing indélébile, qui sera gravé à jamais dans son esprit bien rempli.

Et pour prouver l’originalité de ce roman, des images illustratrices des grands événements du livre, sont ajoutées ici et là, tout au long de la narration. Ce livre est unique en son genre, c’est une petite perle rare, qui contient des merveilles et arrive à nous déchirer le coeur.

Malheureusement, les quelques longueurs du texte, et les changements brutaux de narrations m’ont dérangé. Je ne suis pas arrivé à voir où l’auteur voulait réellement nous mener, ni ce qu’il voulait nous faire passer en rédigeant ces longs paragraphes.

Pour couronner le tout, ce fabuleux livre a été adapté au cinéma en 2011 par Stephen Daldry, et il se veut, d’après la bande-annonce, encore plus touchant que le livre lui-même… C’est à voir !

Grâce à l’originalité et à l’imagination de Jonathan Safran Foer, cette histoire se veut unique et immensément émouvante. Sortez les mouchoirs !

 

Ma note : 7/10