Littérature américaine·Littérature jeunesse·Roman

Tortues à l’infini


Tortues à l’infini de John Green

340 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Aza Holmes, 16 ans, a tout pour être aimée et avoir un bel avenir, mais elle a grandi avec une pathologie psychique. Qui est-elle, où est-elle, lorsque la spirale vertigineuse de ses pensées obsessionnelles s’empare d’elle? Vous aimerez Aza, qui raconte sa propre histoire, vous aimerez sa meilleure amie Daisy la tornade, et vous aimerez Davis, fils d’un milliardaire mystérieusement disparu.
Un trio improbable qui va mener l’enquête, et trouver en chemin d’autres mystères et d’autres vérités…


Extraits  « J’aime être dehors la nuit. Ça me procure une drôle d’impression, comme le mal du pays mais sans être loin de chez soi. C’est plutôt agréable. »

« Lui : Et le truc, c’est que, quand on perd quelqu’un, on se rend compte qu’on finira par perdre tout le monde.
Moi : Très juste. Et une fois qu’on le sait, on ne peut jamais l’oublier. »


Mon avis : John Green nous a tous habitué à du grandiose, des torrents d’émotions, des personnages irremplaçables. Tant et si bien que dès qu’un nouveau John Green fait sa sortie dans les librairies, chacun l’achète les yeux fermés, sans vraiment lire le résumé. C’est un peu ce qu’il s’est passé pour moi : je n’ai jamais jeté un coup d’oeil sur la quatrième de couverture, je l’ai attaqué in extremis.

Ce roman raconte l’histoire de Aza, une jeune adolescente de 16 ans, qui souffre de pathologies psychiques, qui la font souffrir au quotidien. Persuadée qu’elle peut tomber malade à tout instant et mourir en quelques jours, Aza fait attention à tout et s’enferme dans un cercle vicieux où ses pensées obsessionnelles l’assaillent jour et nuit. Pour lui changer les idées, Daisy, sa meilleure amie, l’entraîne dans une enquête de disparition. Un milliardaire du coin vient de se volatiliser, et une importante récompense sera remise à la personne qui le retrouvera. Coup du hasard, Aza connaît Davis, le fils de ce milliardaire, qui a été un bon copain d’enfance. A trois, l’enquête va avancer plus vite et prendre des tournants inattendus.

J’avoue avoir été emballée dès le départ par cette idée d’enquête. Hélas, les chapitres avançant, force m’a été de constater que l’enquête commençait à passer en second plan, pour disparaître presque complètement au milieu du récit. La faute aux multiples angles par lesquels le récit est abordé, qui ont contribué à brouiller la ligne directrice de l’ouvrage et à la rendre moins intense que ce qu’il aurait fallu.

En parlant de ligne directrice, on peut percevoir le fil conducteur qui ressurgit dans chacun des ouvrages de John Green : une histoire d’amour exceptionnelle et particulière, qui arrive à émouvoir tous les lecteurs. Ici, Aza et Davis sont deux personnages qui ont été meurtris par la vie, et qui, grâce à çà arrivent à se comprendre, à s’apprécier et se compléter.

La véritable force de John Green, c’est qu’il arrive à toucher tous les lecteurs. Dans cet ouvrage, par exemple, il y dépeint des personnages avec des caractères et personnalités différentes, ayant chacun des problèmes différents, qui touchent différentes cibles. Davis, malgré sa richesse matérielle, souffre d’un manque de repère familial et principalement paternel dans sa vie, et se retrouve isolé et seul avec son jeune frère. Aza souffre de troubles psychologues qui la hantent et la suivent quotidiennement dans sa vie, la restreignant quotidiennement et l’empêchant de profiter au maximum de chaque instant. Quant à Daisy, elle cache son manque de moyens matériels, pour ne pas montrer aux autres ses conditions de vie. Autant de sujets graves et profonds, que l’auteur arrive à emmener avec douceur et légèreté pour toucher un maximum de personnes.

Bien que Tortues à l’infini soit un roman destiné aux adolescents, j’ai l’impression que l’histoire demande quand même une certaine réflexion. En effet, l’auteur nous pousse à nous interroger sur certaines choses, notamment à travers la pathologie de Aza. On se questionne sur l’immensité, sur l’infini, sur le microcosme… Aza est souvent plongée dans ses pensées, et c’est justement ces temps de réflexions qui nous permettent de nous interroger nous-mêmes. Hélas, je n’ai pas totalement adhéré à ces temps de questionnements, que j’ai trouvé trop abstraits et déconnectés de l’histoire.


Je suis  assez mitigée quant à cette histoire, puisqu’elle est admirablement écrite, mais ne contient pas de finalité. J’ai aimé la découvrir, mais n’ai pas compris où l’auteur voulait en venir.

Ma note : 6/10

Littérature américaine·Littérature jeunesse

Everything everything


Everything everything de Nicola Yoon

362 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 6,90€


Résumé : Ma maladie est aussi rare que célèbre, mais vous la connaissez sans doute sous le nom de « maladie de l’enfant-bulle ». En gros, je suis allergique au monde. Je viens d’avoir dix-huit ans, et je n’ai jamais mis un pied dehors. Un jour, un camion de déménagement arrive. Je regarde par la fenêtre et je le vois. Le fils des nouveaux voisins est grand, mince et habillé tout en noir. Il remarque que je l’observe, et nos yeux se croisent pour la première fois. Dans la vie, on ne peut pas tout prévoir, mais on peut prévoir certaines choses. Par exemple, je vais certainement tomber amoureuse de lui. Et ce sera certainement un désastre.


Extraits  « La différence entre le savoir et le voir, c’est un peu la même qu’entre rêver qu’on vole et voler. »

« La vie est dure, trésor. Chacun fait ce qu’il peut. »


Mon avis : Après en avoir entendu parler pendant des mois et des mois, je l’ai enfin fait : j’ai lu Everything everything ! Les nombreux avis élogieux que j’avais lu sur ce livre me laissaient présager une histoire belle, émouvante et intense. Elle le fût, certes, mais pas autant que ce que j’avais espéré.

Madeline, 18 ans, souffre d’une maladie très rare qui la contraint à rester enfermé chez elle, sans jamais avoir de contact avec quoique ce soit qui vienne de l’extérieur. Quand des nouveaux voisins emménagent en face de chez elle, Madeline fait la rencontre de Olly, un garçon de son âge, avec qui elle communique par emails. Mais la tentation de se voir « en vrai » et de se toucher et plus fort que tout. Au dépend de sa vie, Madeline invite Olly chez elle.

L’arrivée de Olly dans sa vie va illuminer ses journées et lui faire voir le monde différemment. Leur histoire d’amour, bien que prévisible, est adorable à regarder naître, croître et s’intensifier. Ils vont passer outre la maladie et vont vivre leur histoire comme si demain n’existait pas.

Dans cette histoire, tout n’est que fragilité et douceur. Les personnages, leurs sentiments, leurs histoires, tout et tous nous émeut. Ce roman est d’autant plus intense que Nicola Yoon se sert de ses talents d’auteure pour nous faire ressentir pléthore d’émotions. En effet, elle arrive par exemple à nous introduire facilement dans la bulle protectrice de Madeline, à tel point que l’on ressent la fragilité de sa vie, l’inertie de ses journées et la solitude dont elle souffre quotidiennement. Puis la bulle éclate pour laisser de la place à Olly, qui vient rythmer ses jours et redonner des couleurs à sa vie.

Bien que l’ensemble de l’histoire m’ait plût, je m’attendais quand même à quelque chose de plus fort et de plus dense. Selon moi, les personnages manquaient un peu de consistance et d’épaisseur, un développement plus approfondi de leur psychologie aurait fait d’eux des héros encore plus attachants. L’histoire aussi manquait un peu de densité, avec des fragments d’intrigue ouverts, sans suite derrière – je pense notamment à la mort du père et du frère de Madeline, à la violence conjugale subie par la mère de Olly…, qui sont abordés brièvement ici et là sans jamais être prolongé.

Le dénouement, loin d’être tragique, change complètement des histoires dans le même style. Je m’attendais à une fin dramatique comme Nos étoiles contraires (dont la thématique est presque similaire à celle de Everything everything), alors qu’il n’en ait rien. Je vous laisse savourer l’ampleur de la surprise que vous a réservé l’auteure. Seule objection à cette jolie fin : sa longueur. La coupure finale s’est faite trop brutalement, me laissant seule, frustrée de ne pas en voir plus.


Ce fût une lecture légère et douce, avec des personnages attendrissants. Néanmoins le tapage médiatique qu’il y a eut autour de cette romance n’est, selon moi, pas justifié, puisque l’histoire est bien, mais ne comporte rien d’exceptionnel. Sympathique à lire, mais pas fou non plus !

Ma note : 6/10


Biographie·Littérature américaine

Comment je suis devenu Malcolm X


Comment je suis devenu Malcolm X de Ilyasah Shabazz et Kekla Magoon

507 pages, éditions Bayard, à 17,90€


Résumé : Les parents de Malcolm l’ont toujours poussé à réaliser ses rêves. Mais comment Malcolm Little peut-il continuer à espérer après le meurtre de son père et l’internement de sa mère en hôpital psychiatrique ? D’autant que ses professeurs lui rient au nez lorsque Malcolm leur confie vouloir devenir avocat. Devenu orphelin, privé de ses frères et soeurs, Malcolm décide de fuir ce monde dominé par les blancs, d’abord à Boston, chez sa demi-soeur, pour s’étourdir de musique, d’alcool et de danse, avant de partir à Harlem, et de devenir un escroc accompli. Emprisonné pour vol à l’âge de 20 ans, Malcolm découvrira la religion musulmane, rencontrera la foi et deviendra Malcolm X, grand prêcheur militant pour la défense du peuple noir.


Extraits  « Autour de ce repas de crève-la-faim, on relatait chacun à notre tour les leçons que notre mère nous avait apprises au fil des années, à cette même table. « Il y a tant de beauté et de puissance dans notre passé, nous rappelait-elle lorsqu’elle nous racontait les actions des Noirs qui nous avaient précédés. Vous devez être capables de lire avec discernement, de vous exprimer clairement et de comprendre le monde », estimait-elle avant de nous indiquer une nouvelle page du dictionnaire à étudier. »

« Pour ma mère, le travail allait et venait, en permanence. Maintenant que j’avais compris pourquoi, cela me faisait encore plus mal.
Je croyais que c’était la vie qui était comme ça. Je ne savais pas que c’était un problème de couleur.« 


Mon avisTout le monde connaît Malcolm X, le très grand défenseur des droits des Afro-Américains, porte-parole principal de Nation of Islam, assassiné pour ses convictions. Mais peu connaissent Malcolm Little, le petit garçon noir, orphelin de père et séparé très jeune de sa mère. Ilyasah Shabazz, l’une des filles de Malcolm X, raconte la jeunesse de son père.

                    Malcolm X enfant                                    Ilyasah Shabazz La fille de Malcolm X

Nous voici plongés dans les années 1930, dans un quartier de Lansing, dans le Michigan. Malcolm Little, entouré de ses frères et soeurs, voit partir sa mère dans un hôpital pour personnes dérangées. Placé en famille d’accueil, Malcolm aspire à plus de libertés, et décide de partir vivre sa vie loin de Lansing. Il atterrira d’abord à Boston, puis à New York, où il découvrira la drogue, le trafic, les femmes.

Entre fiction et réalité, la fille de Malcolm X a souhaitée offrir aux lecteurs le soin de démêler le vrai du faux. Elle s’est appuyée sur les dires de sa mère, de sa famille proche et de toutes les personnes qui ont connues Malcolm jeune, pour écrire cette histoire. Certains personnages ont été inventés, certaines actions également, d’autres sont bel et bien réelles, mais ont été embellies. J’ai lu cette biographie comme je lirais un roman ; avec assiduité, intérêt et passion. L’histoire est rythmée, les événements s’enchaînent facilement, il n’y a que très peu de longueurs, ce qui rend le récit agréable à découvrir.

En toile de fond, les auteurs nous font ressentir l’intensité de la ségrégation qui existait à cette époque (lynchage, assassinat, humiliation…).

La jeunesse de Malcolm est mouvementée et plutôt atypique. On a d’ailleurs du mal à croire qu’un gamin qui a vécu cette jeunesse-là, qui a fait autant de bêtises, qui est allé jusqu’à passé plusieurs années en prison, puisse être devenu le grand homme que tout le monde connaît. C’est invraisemblable, mais en même temps, c’est merveilleux. Ilyasah Shabazz le dit bien dans ses notes de fin,

« J’ai partagé ce récit afin que chacun se souvienne que l’espoir existe pour tous. Peut importe ce que nous avons été, peu importent les doutes qui nous assaillent, les erreurs commises, nous sommes capables de dépasser notre situation actuelle, surtout si nous nous appuyons sur les leçons tirées de notre histoire. Chacun a en lui la capacité de changer les choses et de devenir ce que la vie peut lui offrir de mieux.« 

Seule ombre au tableau : la fin du récit, bien trop brutale. L’histoire est bien narrée, assez développée, mais elle se finit abruptement, alors que Malcolm Little n’est toujours pas devenu Malcolm X. Je comprends que les auteurs aient voulues axer le récit autour de l’enfance peu commune de Malcolm, mais un petit chapitre sur l’homme qu’il est devenu par la suite n’aurait pas été de refus. En plus, cela aurait ajouté plus de poids au message d’espoir que souhaitait faire passer sa fille.


Grâce à cette biographie, j’ai (re)découvert Malcolm X, à travers Malcolm Little : un petit garçon noir, vivant entre la drogue, le sexe et l’alcool. C’est un bon récit, rythmé, riche d’informations et de révélations. J’ai prit plaisir à le lire. 

Ma note : 8/10

 

Littérature américaine·Littérature jeunesse

Emmy & Oliver


Emmy & Oliver de Robin Benway

436 pages, éditions Nathan


Résumé : Emmy et Oliver sont inséparable depuis leur naissance, jusqu’au jour où Oliver est enlevé par son propre père. Emmy ne cesse de penser à lui. Dix ans plus tard, Oliver est de retour. Cependant, après une absence si longue, Emmy craint qu’il ait oublié leur amitié. Elle tente alors de retrouver sa place dans le cœur d’Oliver.


Extraits :  « Ni le temps ni l’absence ne changent rien quand on s’aime.« 

« Je me suis demandé si être adulte ressemblait à ça : avoir brusquement besoin de ses parents et les sentir juste hors de portée, forcé de se débrouiller tout seul. »


Mon avis : Après sa saga La pire mission de ma vie, Robin Benway revient avec un one shot pour adolescents : Emmy & Oliver. On y retrouve là les ingrédients qui ont fait le succès de sa saga : une petite intrigue, de l’amitié, un peu d’humour mais surtout beaucoup d’amour.

Emmy, Oliver, Caro et Drew sont une bande de jeunes enfants qui fréquentent le même établissement scolaire et s’entendent particulièrement bien. Tout se passait magnifiquement bien, jusqu’au jour où Oliver, alors âgé de 7 ans, est enlevé par son papa, fraîchement séparé de sa maman. Pendant plus de 10 ans, plus personne n’aura de nouvelle de lui. Jusqu’au jour où Oliver réapparaît. Après plus de 10 ans d’absence, comment recréer des liens ? Tous vont devoir réapprendre progressivement à le connaître.

L’histoire de départ était bonne, et peut allécher un large public. Malheureusement, j’ai trouvé que l’intrigue (l’enlèvement d’Oliver) était trop rapidement mise en place, puis dénouée. En effet, les 100 premières pages passées, Oliver a déjà eu le temps de se faire enlever, puis est déjà revenu chez lui. Tout va bien trop vite, le lecteur n’a pas le temps de vibrer et de s’impatienter du retour imminent du protagoniste, l’intensité du récit retombe bien vite. C’est dommage ; selon moi, il aurait été plus judicieux de séparer l’intrigue initiale (l’enlèvement) et l’intrigue secondaire (les retrouvailles) en deux parties égales. Dans l’état actuel des choses, les cent premières pages sont assez riches en informations, contrairement aux suivantes.

Il n’en reste pas moins que l’histoire d’amour qui va se (re)créer entre Emmy et Oliver m’a quand même beaucoup plût. Il est vrai que cette histoire d’amour aurait pu être une amourette entre adolescents, comme on en croise si souvent, surtout dans les romans jeunesse. Or, ici, j’ai ressenti quelque chose de particulier en découvrant la formation de ce jeune couple. Tout se fait en douceur, avec lenteur, avec timidité. Et c’est ce qui m’a vraiment touché. Rien n’est précipité, tout se fait naturellement, comme un vrai couple, en somme.

Emmy & Oliver, ce n’est pas seulement une belle histoire d’amour, c’est aussi de jolies histoires d’amitié. La solidité des liens qui unissent Emmy à Caro et Drew est magnifique à voir. Une vraie amitié s’est formée dans l’enfance et se poursuit encore, des années après. Ils comptent les uns sur les autres et se soutiennent dans tout ce qu’ils entreprennent. Très touchant.


Un roman doux, des personnages attendrissants, pour une histoire en demi-teinte. Plus de profondeur dans les sujets abordés auraient été de mise. Il n’en reste pas moins que j’ai passé un agréable moment de lecture.

Ma note : 6/10
Littérature américaine·Roman

Body


Body de Harry Crews

305 pages, éditions Folio


Résumé : Une jeune fille au nom improbable de Dorothy Turnipseed quitte sa ville natale avec des projets plein la tête. Sous la férule implacable de l’entraîneur Russell « Muscle » Morgan, gourou du body-building, elle devient Shereel Dupont, une des principales candidates au titre de Madame Univers.
C’est alors que la famille de Shereel, des péquenots qui promènent joyeusement leurs masses graisseuses, débarque dans l’hôtel de grand luxe où se tient le concours de Monsieur et Madame Univers…
Dans une prose tendue et efficace, Harry Crews nous conte une hallucinante histoire d’excès et de limites qu’il mène jusqu’à son final explosif.


Extraits :  « La vérité, c’est que j’ai jamais aimé rien d’autre que gagner. Autrement dit, vaincre les autres. Dans la vie, il y a les vainqueurs et les vaincus. J’ai pas fait souffrir ma mère à la naissance pour faire partie des vaincus.« 

« Derechel il péta. Cette fois, pet long et gras. Qui n’échappa pas à l’oreille exercée de Friedkin. Il était formellement interdit au personnel du Blue Flamingo de péter pendant les heures de travail. Tous les employés – jusqu’aux plongeurs – étaient mis en garde contre l’ingestion d’aliments tels que les choux, les cacahuètes et, surtout, les redoutables haricots secs. Les clients d’un des palaces de Miami Beach étaient en droit d’être à l’abri des vents à moins que, naturellement, ils n’en fussent les auteurs.« 


Mon avis : Les éditions Folio affichaient en lettres capitales sur la page de couverture de ce roman, qu’il était placé dans leur catégorie « policier » ; chose qui m’enthousiasmait particulièrement. Or, j’ai découvert, très déçue, qu’il n’y avait point de trace de disparition, de meurtre ou d’enquête dans cette histoire. Folio devrait revoir sa catégorisation, puisqu’elle peut mener à de grandes désillusions.

Bien qu’affectée par ce manque d’enquête policière, comme j’avais largement débuté ma lecture, j’ai prit la décision de la continuer quand même. C’est l’histoire de Dorothy Turnipseed, rebaptisée Shereel Dupont, une championne de bodybuilding, qui s’apprête à concourir pour le titre de Miss Cosmos. Soutenue par son coach Russell, elle va également recevoir le soutien de l’intégralité de sa famille, qui ont fait le déplacement pour venir assister au show. Mais la concurrence est rude : bien que favorite au titre, Shereel devra combattre contre Marvella, une bodybuilder noire, qui a déjà remporté d’autres titres face à elle.

Harry Crews nous plonge en plein dans ce monde très sélect – et très spécial – des bodybuilders. On suit le quotidien de Shereel avant le show final. Privations alimentaires, efforts physiques quotidiens, forces mentales, sont le lot quotidien de chaque bodybuilders. Ce sont des heures de travail et de souffrance qui précèdent les performances.

J’ai été assez surprise de trouver, dans ce roman à la thématique studieuse, un côté grotesque. En effet, l’entourage familial de Shereel, est composé de personnages décalés. Alors que leur fille est une championne à la musculature impeccable, il est étrange de constater des corps gras et gros chez sa mère et sa soeur. On peut également constater un manque de civisme, de culture et d’intelligence chez tous les membres de sa tribu (père, frère, fiancé…). Des personnages haut en couleurs, en marge de la société, qui comptent comme ligne directrice des récits de Harry Crews. On peut dire que dans ce livre, comédie et tragédie sont mélangés avec astuce, nous servant tout à la fois un roman à l’humour grinçant mais à la gravité certaine.


Ne vous laissez pas avoir : Body n’est pas un roman policier, mais bien une histoire déjantée sur le monde du bodybuilding. Grâce à sa progression dramatique, cet opus vous offrira une histoire comico-tragique, avec un final explosif. Intéressant et bien écrit, j’ai passé un bon moment de lecture. 

Ma note : 6,5/10

Merci au site Livraddict, grâce à qui j’ai pu découvrir ce titre.

Littérature américaine·Roman

Les divins secrets des petites ya-ya

Les divins secrets des petites ya-ya
de Rebecca Wells
539 pages, éditions Charleston, à 8,90€

 

Résumé : « Une danseuse de claquettes maltraite ses enfants. »
Quand Vivi Walker lit dans le New York Times le portrait que brosse d’elle sa fille Siddy, metteur en scène à succès, elle la renie sur-le-champ. Afin de renouer le dialogue entre la mère et la fille, Necie, Teensy et Caro, les amies intimes de Vivi, finissent par la persuader d’envoyer à Siddy son album souvenir : « Les Divins Secrets des Petites Ya-Ya. »
Siddy va alors plonger dans l’univers des Ya-Ya, du nom cajun que les quatre amies se sont donné avant-guerre, lors de leur folle jeunesse en Louisiane. Elle découvre un petit groupe à part, soudé par une amitié que rien – ni les mariages, ni la naissance de nombreux enfants – ne pourra jamais affaiblir. À travers ces souvenirs fragmentés, Siddy perçoit aussi les zones d’ombres de la vie de sa mère, drames intimes et douleurs tues, offrant une image inattendue de l’exubérante Vivi, en femme meurtrie que seul le soutien indéfectible de ses amies a pu maintenir debout.

Extraits :  « « Oh, le bébé ! Oh, le bébé Cadum à sa maman ! » lui murmure Teensy. Et puis tout d’un coup, comme ça, Teensy lâche un pet ! Un énorme pet ! On se demande comment un vent aussi gros a pu sortir d’une aussi petite fille. Elle a l’air choquée. Elle regarde derrière elle, comme si elle n’arrivait pas à croire qu’elle a pu faire ça. Quand ça arrive à notre chien, il se fait peur tout seul. »

« Pour moi, les odeurs sont comme une personne invisible dont les gens oublient la présence. »

Mon avis :  C’est très rare que cela m’arrive, mais aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à écrire ma chronique et à parler de ce livre. Mais pourquoi ? Parce que je suis partagée quant à mon ressenti final. D’un côté, j’ai aimé découvrir ce livre, cette famille, ces femmes et les nombreux secrets qu’elles renfermaient… mais d’un autre, je me suis partiellement ennuyée tout au long de ma lecture et les personnages m’ont énervée à plusieurs reprises.

Mais commençons déjà par vous raconter ce dont parle ce livre. Les divins secrets des petites ya-ya, c’est l’histoire d’une amitié féminine qui dure depuis l’enfance. Quatre femmes, très différentes, qui ont renommées leur groupe la tribut des « ya-ya ». Mais voilà, une des ya-ya, Vivi, s’est vue rabaissée dans le New York Times, par sa fille, Siddy, qui a dressée un pitoyable portrait de sa mère. De ce fait, les trois autres ya-ya vont tout mettre en oeuvre pour réconcilier cette mère triste et déçue par sa fille, qui n’a jamais su voir qui était réellement sa mère. Elles vont offrir à Siddy le carnet qui regroupe tous les secrets des ya-ya, afin que cette dernière puisse découvrir qui est vraiment sa mère.

Alors oui, cette histoire est jolie, pleine de douceur et de tendresse. Les pouvoirs de l’amitié sont mis en avant, tout comme l’amour qui existe et perdure entre une mère et sa fille.

Mais les personnages ne m’ont pas forcément plût. Trop mous, sans personnalité particulière – surtout Siddy, que j’aie encore moins appréciée que les autres. Siddy ose parler à une journaliste, révélant des secrets intimes de sa vie (comme quoi sa mère la battait quand elle était petite, qu’elle buvait beaucoup d’alcool, etc) et une fois l’article publié, elle s’en va s’excuser en pleurnichant, disant qu’elle regrette. Dès le début, elle ne m’a pas plût… pis encore, elle m’a énervée !
Je n’ai pas accroché non plus à l’histoire, qui ne m’a pas offert assez de rebondissements, d’actions et de mouvement. On oscille entre le présent et le passé. Entre un vide temporel et des souvenirs de l’ancien temps. J’aurais aimé que les ya-ya soient plus délurées et excentriques, plus vivaces, quoi !

Et alors, je pense que ce qui m’a encore plus énervée que les personnages et l’histoire niaise, c’est la traduction. Les divins secrets des petites ya-ya est écrit, à l’origine, dans un style propre à la Louisiane, lieu où se déroule l’histoire. Bien évidemment, il y a certaines expressions typiques de là-bas qui sont incorporées dans le récit, mais qui ne peuvent pas être traduits textuellement en français. Malheureusement, les traducteurs se sont amusés à les traduire. Ce qui fait que nous avions, tous les dix pages, des « v’s aut' » qui m’ont agacés à un point inimaginable !

Bref. Sinon, j’ai découvert qu’une adaptation cinématographique avait été réalisée sur ce livre. Sortie en 2002, elle s’intitule « Les divins secrets » et reprend, à peu de choses près, la trame du roman. Malheureusement, après avoir lu plusieurs commentaires concernant le film, une seule idée m’est restée en tête « le film n’égale pas le livre ». Moi qui n’ait déjà pas aimé le livre… je ne pense donc pas regarder le film. Mais libre à vous de le faire, si vous souhaitez découvrir l’histoire des ya-ya !

Vous l’aurez compris, je n’aie pas accroché à ce livre. Même si le thème abordé était intéressant, la façon de l’aborder ne m’a pas plût. En effet, tout m’a agacé : les personnages, l’histoire, la traduction, même ! En plus de ça, ma lecture fût d’un ennui monstre. Mais ceux qui n’ont pas peur de l’ennui peuvent se jeter dans la lecture de ce livre. Sieste garanti !

Ma note : 4/10————Votre note : ?

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Littérature américaine

Chasseurs de neige

Chasseurs de neige de Paul Yoon
190 pages, éditions Albin Michel, à 19€

 

Résumé : 1954. A la fin de la guerre de Corée et au sortir des camps de prisonniers établis par les Américains, Yohan, un jeune soldat du Nord, se voit proposer, comme à des milliers de ses camarades d’infortune, de s’expatrier. Il choisit le Brésil, dont il ne sait rien et ne parle pas la langue, et s’installe, en vertu d’un accord passé avec les Nations unies, dans un village sur la côte où il trouve du travail. Bien qu’étranger sur cette terre, Yohan trouve un père en la personne de son employeur, Kiyoshi, un tailleur japonais établi là depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis une famille auprès de Peixe, fils de pêcheurs devenu gardien de l’église du quartier, et de deux jeunes orphelins. Mais vouloir se construire un présent n’efface pas un passé douloureux, et Yohan devra se battre pour chasser les démons qui le hantent… A la manière d’Alessandro Baricco dans ‘Soie’, Paul Yoon, l’auteur de ‘Autrefois le rivage’, saisit l’essence de la vie et sa beauté dans la résilience d’un être qui survit à l’horreur et se réinvente.

Extraits :  « Les coupures de courant sont choses communes et, quand cela se produit, ils s’attardent dans l’obscurité, assis sur le toit, et écoutent les bruits de la ville qui leur tiennent compagnie. Les accents lointains d’une trompette ou d’une guitare, le crépitement des cartes à jouer coincées dans les rayons d’une roue de vélo. »
« Choisissait-on vraiment ce que l’on consignait dans sa mémoire, et ce que l’on abandonnait à l’oubli ? »

Mon avis :  Chasseurs de neige, c’est un récit poétique, simple dans sa stylistique et sa construction, mais complexe dans ses termes abordés et puissant dans sa morale.

A la fin de la guerre de Corée, Yohan reçoit une proposition inattendue : celle d’aller vivre et travailler au Brésil, aux côtés de Kiyoshi, tailleur expatrié de son pays après la Seconde guerre mondiale. C’est une toute nouvelle vie que va commencer Yohan. Une vie remplie de calme, paisible, sereine et simple. Mais les horreurs du passé restent quand même dans sa mémoire – la mort de ses compagnons, les blessures de la guerre et toutes autres atrocités, qui viennent parfois rappeler à Yohan d’où il vient.

Le contraste est brutal ; Yohan passe d’une vie remplie d’horreurs, vie individualiste et meurtrière, conditions de vie qu’il a côtoyé pendant ses vingt premières années à une vie où la générosité, la gentillesse et la tranquillité sont reines. C’est comme une seconde naissance, ou une seconde chance. Yohan a de nouveau droit à de l’affection – de la part de son patron et ami Kiyoshi, de la part de Bia et Santi, les deux enfants, qui deviendront des amis pour le protagoniste, de la part de Peixe, le pêcheur. Un beau roman où l’amour, l’amitié et la solidarité se côtoient pour ne former plus qu’un tableau de vie.

Si vous souhaitez lire ce livre, ne vous attendez pas à beaucoup d’action, car cet ouvrage n’en contient pas. Paul Yoon nous fait seulement voyager à travers son écriture, poétique mais puissante. Il a ce don incroyable de pouvoir raconter des événements poignants dans des mots très simples. Je suis bluffée. Avec Paul Yoon, les choses les plus horribles gardent quand même leur lueur d’espoir.

Bon, le seul petit hic, c’est que je n’ai fait que survoler l’histoire. Je n’ai pas vraiment réussie à m’imprégner de l’atmosphère ni des personnages. L’écriture était sans doute trop imagée pour moi ; j’aurais préféré une histoire racontée de manière un petit peu plus concrète. Mais cela n’enlève rien à son charme.

Une histoire charmante et ensorceleuse, qui aurait été encore meilleure si l’auteur avait creusé et développé un petit peu plus ses dires.

Ma note : 5,5/10