Magic Charly, tome 2 : Bienvenue à Saint-Fouettard


Magic Charly, tome 2 : Bienvenue à Saint-Fouettard
de Audrey Alwett
522 pages, éditions Gallimard jeunesse, à 17,50€


Résumé : Petits poissards, croquemitaine, poulpiquets, course folle de citrolles… Retrouvez le monde ensorcellant de Magic Charly !

Saint-Fouettard ! C’est dans cette sinistre institution pour jeunes magiciers indisciplinés que sont envoyés Charly et Sapotille. Alors que des forces malfaisantes œuvrent pour prendre le contrôle de la magie, les deux amis sont plus que jamais déterminés à agir. Mais comment lutter quand on n’a aucun sortilège sous la main ?


Extraits« Dans le sud de la France, le mois de novembre arrivait chaque année en défonçant la porte. C’est-à-dire que tout le monde se promenait en manches courtes, jusqu’au jour où le mistral débarquait de sa lointaine Sibérie, posait d’un coup ses valises et chatouillait les gens sous leurs vêtements avec ses doigts venteux et indésirables. À ce moment, malgré l’insolent ciel bleu, il fallait multiplier les pull-overs pour résister au froid.« 

« La moindre bricole devenait un trésor quand on manquait de tout. »


Mon avis : Après m’avoir charmée avec le tome 1 de Magic Charly : L’apprenti, Audrey Alwett édite le second volume de cette magnifique saga fantastique jeunesse : Bienvenue à Saint-Fouettard. C’est avec bonheur que je retrouve les personnages qui m’avaient tant plût dans le premier opus : il y a d’abord Charly, notre protagoniste, jeune garçon téméraire, au courage sans bornes, magicien novice, qui se retrouve vite bridé par les adultes, bien que conscient de détenir des pouvoirs supérieurs à la majeure partie des magiciens de ce monde féerique. Il y a ensuite Sapotille, sa grande amie et également protégée, une jeune femme fragile, un peu esseulée, orpheline, très douée en magie. Tous les deux se retrouvent envoyés à Saint-Fouettard, une prison pour enfants, bâtiment lugubre et froid, où les enfants sont livrés à eux-mêmes, constamment surveillé par les rumeurs magiques du directeur (sortes de petits insectes de compagnie maléfiques), ou pas le croque-mitaine de leur chambre. En somme, c’est tout le contraire du célèbre Poudlard que nous connaissons tous fort bien.

Car dans le premier tome, je n’avais pu m’empêcher de faire une comparaison avec la célèbre saga de J.K. Rowling, tant l’ambiance, l’atmosphère générale, les personnages ressemblaient à s’y méprendre à l’univers d’Harry Potter. Pour sortir de ce carcan et se différencier véritablement, Audrey Alwett dresse dans Bienvenue à Saint-Fouettard, un univers radicalement opposé à Poudlard : froid, sinistre, presque cauchemardesque, les enfants sont les prisonniers d’une école magique dangereuse où ils n’apprennent absolument rien et sont livrés à eux-mêmes. Ils sont surveillés par des rumeurs malicieuses, punis par des croque-mitaines redoutables, obligés de manger des aliments détestables… autant d’éléments qui viennent faire frissonner le lecteur. Ajoutons à cela de méchants personnages, comme le juge Dendelion, son fils et ses petits copains, ou le directeur de Saint-Fouettard, qui semblent en vouloir personnellement à notre héros Charly, qu’ils discréditent, rabaissent et punissent constamment.

Fort heureusement, Charly peut compter sur le soutien sans faille de ses camarades, notamment Sapotille, son amoureuse secrète, June, une jeune fille pleine d’énergie et ses nouveaux compagnons de Saint-Fouettard, emprisonnés dans ce pensionnat magique comme le jeune homme pour de menus larcins sans conséquence. Tous sont de jeunes protagonistes attachants, dont on suit les pérégrinations avec plaisir.

J’adore vraiment le monde imaginé par l’auteure : un monde à la fois réel et magique, où les jeunes apprenants cohabitent avec des éléments surnaturels, comme les citrolles, les licornes, indispensables pour participer aux courses mythiques des Cadets, où l’ensemble des boutiques recèlent quelque chose de magique, propice à la rêverie.

En comparaison de L’apprenti, j’ai eu comme le sentiment que Bienvenue à Saint-Fouettard était bien plus rythmé et jalonné d’actions – bien qu’il n’en manquât pas non plus dans le premier tome. Ce dernier servait à poser les bases d’une histoire qui se veut solide et à instiller l’envie aux lecteurs de poursuivre leur découverte de l’univers de Charly et des personnages eux-mêmes ; avec ce second tome, nous entrons véritablement au coeur du récit. Les rebondissements sont perpétuels, la tension est à son comble, le rythme est intense… on assiste en particulier à une course exaltante, sorte de Mario Kart grandeur nature, avec un soupçon de magie supplémentaire, qui vient dynamiser l’histoire de façon phénoménale. Nous sommes également les spectateurs médusés des altercations qui surviennent entre Charly et le juge Dendelion, un homme redoutable, prêt à tout pour accéder au haut pouvoir. Notre protagoniste, secondé par ses amis et par les membres d’un conseil de résistance secret, vont tout faire pour l’empêcher d’accéder au pouvoir. En bref, tout est mis en oeuvre pour faire de cette saga d’aventures fantastiques une réussite !


Un deuxième tome à la hauteur du premier, où l’on retrouve les personnages qui m’ont tant plût dans L’apprenti, l’univers à la fois féerique et cauchemardesque, le rythme haletant et les rebondissements en pagaille : c’est une réussite ! J’ai déjà hâte de lire la suite…

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-07-513833-8

Bonjour tristesse


Bonjour tristesse de Françoise Sagan
153 pages, éditions Pocket


Résumé : La villa est magnifique, l’été brûlant, la Méditerranée toute proche. Cécile a dix-sept ans. Elle ne connaît de l’amour que des baisers, des rendez-vous, des lassitudes. Pas pour longtemps. Son père, veuf, est un adepte joyeux des liaisons passagères et sans importance. Ils s’amusent, ils n’ont besoin de personne, ils sont heureux. La visite d’une femme de cœur, intelligente et calme, vient troubler ce délicieux désordre. Comment écarter la menace ? Dans la pinède embrasée, un jeu cruel se prépare.
C’était l’été 1954. On entendait pour la première fois la voix sèche et rapide d’un  » charmant petit monstre  » qui allait faire scandale. La deuxième moitié du XXe siècle commençait. Elle serait à l’image de cette adolescente déchirée entre le remords et le culte du plaisir.


Extraits« On s’habitue aux défauts des autres quand on ne croit pas de son devoir de les corriger.« 

« La difficulté que j’eus à me séparer de lui m’étonna. S’il avait cherché des liens pour me retenir, il les avait trouvés. Mon corps le reconnaissait, se retrouvait lui-même, s’épanouissait contre le sien. Je l’embrassais passionnément, je voulais lui faire mal, le marquer pour qu’il ne m’oublie pas un instant de la soirée, qu’il rêve de moi, la nuit. Car la nuit serait interminable sans lui, sans lui contre moi, sans son habileté, sans sa fureur subite et ses longues caresses. »


Mon avis : Bonjour tristesse est le premier roman écrit par François Sagan, publié en 1954, alors qu’elle n’avait que dix-huit ans. Son livre connaît un succès foudroyant dès sa sortie et ne cessera de se vendre à travers le monde, avant d’être adapté à la télévision française et américaine. Bonjour tristesse sera suivi de plusieurs centaines d’autres histoires écrites par l’auteure, qui ne connaîtront jamais le même succès que son premier récit. C’est avec une grande curiosité et beaucoup d’envie que je me suis plongé tête la première dans ce monument de la littérature française.

Nous faisons la connaissance de Cécile, une jeune adolescente parisienne, en vacances avec son père Raymond et Elsa, la compagne de ce dernier, dans une belle villa de la Côte d’Azur. Au programme de ces vacances d’été : soleil, baignade et rigolade. C’était sans compter sur l’arrivée inopinée d’Anne, une amie de la mère de Cécile, décédée lorsqu’elle était plus jeune. L’ambiance devient rapidement électrique à la villa : Anne et Elsa se regardent en chien de faïence, l’une et l’autre tentant vainement de courtiser le beau et riche Raymond. Quant à Cécile, elle tente de maintenir tant bien que mal sa relation avec son père, qu’elle voit se distendre sous ses yeux. De nature égoïste, elle mettra tout en oeuvre pour obtenir sa vengeance et séparer les prétendantes de son père de ce dernier.

C’est un texte très court que nous offre François Sagan – 150 pages seulement -, à l’écriture aérienne et légère, puisque l’histoire se déroule pendant une période de vacances, sous le doux soleil méditerranéen.  Néanmoins, la thématique abordée est bien plus développée et nuancée qu’il n’y paraît de prime abord. En effet, l’auteure a travaillée avec finesse l’ensemble de ses personnages, pour en faire des êtres aux sentiments bien réels, se rapprochant le plus possible de la réalité des choses. C’est-à-dire qu’elle brosse un portrait savamment détaillé de la nature humaine dans tout ce qu’elle a de plus complexe. Cécile, notre héroïne, se noie dans des sentiments parfaitement contradictoires, qui viennent bouleverser son quotidien : amour/haine, jalousie/générosité, solitude/compagnie… C’est une jeune femme immature, capricieuse, égoïste, qui ne sait pas franchement ce qu’elle veut, qui est habituée à l’opulence, au luxe, à l’argent facile et qui refuse catégoriquement qu’une situation lui échappe. Ainsi, il est difficile de saisir complètement l’ensemble de ses traits de caractère : tantôt désinvolte, parfois cruelle, Cécile est en proie à un combat intérieur qui la déstabilise elle-même.

Elle met sur pied des plans machiavéliques pour séparer son père de son amante. Aidée par Cyril, un beau jeune homme dont elle s’est éprise et d’Elsa, une belle femme séduisante, elle va user de malice pour déjouer les sentiments de son père. C’est alors qu’on se rend compte réellement de la complexité du personnage de Cécile, perdue entre la culpabilité d’infliger de telles épreuves à son père et l’envie profonde de contrôler la situation, grisante, perfide. 

Enfin, l’auteure aborde l’amour comme un sentiment frivole, débridé, dans une France du milieu du XXème siècle, encore quelque peu frigide face à tant de décadence. Il plane un soupçon de scandale autour de Bonjour tristesse dans le sens où Françoise Sagan parle de la sexualité de façon progressiste, ouverte, avec cet homme, le père de Cécile, qui courtise ouvertement deux femmes à la fois. Il souffle un vent d’insouciance, de candeur et de liberté autour de ce roman, bien éloigné des moeurs de l’époque. Le personnage de Cécile est également contraire aux idées que l’on pourrait se faire d’une jeune fille convenable de 1950 : elle est libre de ses actions, arrogante, égoïste, séductrice, manipulatrice, loin de tous les jugements moraux appropriés pour une jeune demoiselle de son âge – soumission, inactivité, oisiveté. Je comprends que ce livre ait pu faire parler de lui à l’époque (d’autant qu’il a été publié par Françoise Sagan alors qu’elle n’avait que 18 ans), fort heureusement, les normes ont évoluées depuis et cette histoire ne paraît plus du tout scandaleuse.


Un récit progressiste pour l’époque, tantôt triste ou joyeux, un tantinet monotone toutefois, il nous met face aux complexités de la nature humaine quand il s’agit de laisser parler son coeur et ses sentiments. J’ai apprécié découvrir ce monument de la littérature française.

Ma note : 7/10

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ISBN : 2-266-12774-8

Le pouvoir du crochet


Le pouvoir du crochet de Vera Strange
234 pages, éditions Hachette romans, à 13,90€


Résumé :  » Quiconque possèdera mon crochet détiendra le pouvoir de ne jamais grandir.  » Barrie a 11 ans, presque 12. Son anniversaire arrive à grands pas et, contrairement aux collégiens de son âge, il est triste. Si seulement il pouvait rester un enfant toute sa vie… Jouer aux jeux vidéo, faire du skate, se plonger dans des livres d’énigmes, loin des attentes des adultes qui augmentent chaque année. Quand son père lui propose de visiter la marina de sa ville, il y va plus par obligation que par réel intérêt.
Mais, là-bas, il découvre une histoire très mystérieuse. Celle du Capitaine Crochet. Personne, encore aujourd’hui, ne sait comment il a perdu sa main. Voilà une énigme faite pour Barrie ! Mais quel sera le prix à payer pour découvrir le secret du fameux Crochet ?


Extraits« Une grande soeur, c’est vachement plus flippant qu’un pirate.« 

« Barrie pense aussi à ses parents, qui stressent en permanence pour leur travail, les factures à payer. Être adulte lui paraît encore pire qu’être adolescent. Plus on grandit, estime-t-il, plus la vie est dure. »


Mon avis : Vera Strange réinvente l’histoire de Peter Pan et du Capitaine Crochet, dans un récit jeunesse rempli d’aventures effrayantes. Dans ce livre, nous faisons la connaissance de Barrie, un petit garçon de 11 ans scolarisé en classe de CM2 avec ses deux meilleurs amis, John et Michael, qui se baptisent d’eux-mêmes « Les Garçons Perdus ». Il vit une vie paisible entouré de ses parents et de sa grande soeur Rita, jeune lycéenne, submergée de devoirs. Mais Barrie ne souhaite pas grandir, endosser les responsabilités de ses parents, avoir autant de travail que sa soeur. Il veut pouvoir jouer à jamais avec ses meilleurs amis, profiter de son insouciance d’enfant sans avoir à s’inquiéter de l’avenir. Lorsqu’il visite le musée maritime avec sa famille et particulièrement la marine dédiée aux pirates, Barrie découvre un trésor caché : le fameux crochet du Capitaine Crochet, accompagné d’un vieux parchemin stipulant que ce crochet rouillé permet à son détenteur de ne jamais grandir. Une aubaine pour le petit garçon, qui l’embarque sans se soucier des conséquences. Malheureusement pour lui, ce vol va réveiller la colère du Capitaine Crochet, qui va tout faire pour récupérer son bien.

J’ai beaucoup aimé la revisite de ce classique des contes pour enfants. L’histoire est prenante, haletante au possible, on est transbahuté entre le rêve et la réalité, entre un univers imaginaire fantastique et le monde réel, tant et si bien qu’on s’y perd rapidement : ce qui se déroule sous nos yeux, est-il réel ? En somme, Vera Strange a réussie son pari : nous faire retourner en enfance, dans un monde imaginaire, où tous les rêves sont possibles et accessibles. J’y ai cru, je me suis laissé embarquer dans les périples de Barrie, je me suis prise à frissonner à plusieurs instants, tant j’étais impliquée dans l’histoire. Car la particularité de cette série de Disney, c’est que les méchants se transforment véritablement en personnages effrayants, qui viennent semer la discorde dans la vie de nos héros. Frissons garantis !

Bien évidemment, Le pouvoir du crochet se targue d’une petite morale pour les jeunes et moins jeunes : le temps passe inéluctablement, nous ne pouvons pas l’arrêter ni le retarder. Il est donc essentiel de pouvoir profiter de chacun des instants qui nous sont offerts. Le personnage du capitaine Crochet symbolise l’adulte, dont les heures sont comptées, comme en témoignent les « tic-tac » incessants qui viennent terrifier notre méchant héros. En parallèle, Barrie représente un garçon plein de vitalité, de joie de vivre, de rêves encore accessibles, qui a toute la vie devant lui pour faire ce qui lui plaît. Deux personnages antinomiques garants de fortes symboliques.

J’ai bien aimé également le dénouement, qui détonne avec les habituelles fins Disney où « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Ici, l’auteure nous propose une fin ouverte, intrigante, effrayante aussi, où, à l’instar de notre protagoniste, chaque lecteur est invité à ouvrir son imagination pour dessiner son dénouement rêvé. Une prolongation de l’histoire bien pensée, qui nous donne le pouvoir de décider.


Vera Strange nous offre une revisite effrayante du célèbre conte Disney de Peter Pan et du Capitaine Crochet. Un récit haletant, qui nous replonge en enfance, dans un pays rempli de rêves et d’imagination, où tout n’est pas si rose qu’il n’en a l’air. Une histoire jeunesse bien construite, qui divertit tout en nous faisant réfléchir.

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-01-628567-1
Traduction : Christophe Rosson

Rosa Parks : La femme qui osa dire non !


Rosa Parks : La femme qui osa dire non !
de Sophie de Mullenheim
160 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 5,90€


Résumé : – Maman, demande Rosa. Est-ce que l’eau des Blancs est meilleure que la nôtre ? – Non, ma chérie, bien sûr que non. – Mais alors, pourquoi il y a deux fontaines ? Leona ne répond pas et regarde sa fille intensément. Elle sait très bien que Rosa connaît la réponse à sa question, qu’elle n’ignore pas que les Blancs ne veulent pas risquer de se contaminer au contact des Noirs. Un récit qui retrace la vie de Rosa Parks, figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale ; une biographie à lire comme un roman pour découvrir cette héroïne militante.


Extraits« Le respect ! ricane-t-il. Qui parle de respecter les Noirs ? Tu as bien vu à quoi nous sommes réduits. Nos enfants n’ont pas le droit d’aller dans les mêmes écoles que les Blancs, nous ne pouvons même pas nous asseoir devant dans les bus. Professeur ou charpentier, c’est la même chose pour les Blancs. C’est ça que tu appelles le respect ?« 

« Aux yeux de la loi, Blancs et Noirs sont égaux. Dans la vie réelle, ils vivent séparés et s’évitent. »


Mon avis : Sophie de Mullenheim rend accessible au jeune public l’histoire de Rosa Parks. Dans un récit biographique légèrement romancé, elle racontes les grands épisodes de la vie de cette héroïne noire, qui a marquée l’Histoire. Vous connaissez certainement Rosa Parks, une jeune femme noire née en Alabama, aux États-Unis, qui subit de plein fouet, avec sa famille, les conséquences du racisme. Dans une Amérique divisée, où les Blancs et les Noirs, bien qu’étant égaux aux yeux de la loi, ne le sont pas du tout dans la vie quotidienne. Des fontaines sont réservés aux Blancs, strictement interdites d’accès aux Noirs, tout comme les hôpitaux et bien d’autres lieux publics. La ségrégation est perceptible dans les moindres faits et gestes, les moindres regards, elle est omniprésente, elle pèse sur l’ensemble de la population Noire. C’est avec effroi que l’on se rend compte des nombreuses injustices du monde d’hier, des bêtises de certaines personnes, tellement énormes qu’elles nous paraissent fausses.

L’auteure développe les grands lignes de la vie de Rosa Parks, depuis sa plus tendre enfance, de ses rêves d’institutrice, jusqu’à son engagement pour la lutte contre le racisme. En parallèle, elle incorpore à l’histoire un personnage fictif, celui d’Iris, une jeune fille blanche, née le même jour que Rosa Parks, qui évolue dans un tout autre univers que cette dernière. Iris est la fille d’un homme appartenant au Ku Klux Klan, une société secrète terroriste blanche, qui prône la suprématie de leur race et s’oppose par tous les moyens violents possibles aux afro-américains. Mais Iris, en colère contre les agissements de son père et consciente des inégalités qui sévissent au quotidien, souhaitent dédier sa vie à la lutte contre les injustices. Elle devient l’une des premières femmes avocate, de surcroît spécialisée dans les affaires qui concernant les Noirs. J’ai beaucoup aimé suivre l’évolution de ces deux filles devenues femmes, qui, bien qu’issues de milieux différents, sont finalement dotées de caractères similaires et d’un but commun : combatives et déterminées, elles souhaitent réduire les inégalités du quotidien. Les deux femmes vont se croiser au gré du récit, l’une et l’autre poursuivant leur combat à leur façon.

Je connaissais l’histoire de Rosa Parks lorsqu’elle a refusée de céder sa place dans le bus, or, je ne savais quasiment rien d’autre de sa vie passée. C’est avec bonheur que j’ai découvert une jeune fille ambitieuse, déterminée, courageuse, soutenue par ses proches, en particulier par son grand-père, un homme bon, convaincu de l’injustice de la situation des afro-américains. C’est lui, sans doute, qui a instillé dans l’esprit de Rosa ce sentiment de combativité et qui lui a transmis la force de se battre pour changer les choses.

Enfin, l’ensemble du récit est agrémenté de magnifiques illustrations en noir et blanc, qui viennent dynamiser l’histoire et lui apporter plus de vivacité.


Un bel ouvrage biographique sur Rosa Parks, qui permet aux plus jeunes d’avoir accès facilement à l’histoire de cette grande dame, dont la force et le courage ont à tout jamais marqués monde. 

Ma note : 7,5/10

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ISBN : 978-2-01-713431-2
Illustrations : Johan Papin

Sous mes yeux


Sous mes yeux de K. L. Slater
381 pages, éditions Hauteville suspense, à 19,50€


Résumé : La confiance aveugle précède toujours le drame… Quand Billie, huit ans, disparaît dans la forêt alors qu’il était en train de jouer au cerf-volant avec sa sœur, tous les habitants de Newstead prennent part aux recherches, et le village est sous le choc lorsqu’on retrouve son corps, deux jours plus tard. Seize ans après le drame, Rose, qui n’a jamais pu se résoudre à quitter la maison de son enfance, mène une vie en sourdine, toujours accablée par la culpabilité : si elle ne l’avait pas quitté des yeux, son petit frère serait encore en vie.
Lorsque son voisin et ami de longue date fait un malaise, Rose vole à son secours. Après la bouleversante découverte qu’elle va faire, elle n’a plus qu’une certitude : elle est en danger de mort.


Extraits« Mon problème, voyez-vous, c’est que je suis obsédée par la nourriture. J’ai besoin de manger, de remplir les brèches du néant en moi, les trous qui me criblent comme un gruyère. La seule chose que je peux maîtriser, c’est ce qui survient après que j’ai tout mangé.« 

« Je crois que c’est générationnel. Aujourd’hui, on a tellement répété aux femmes qu’il y a des activités plus intéressantes dans la vie que la cuisine, qu’on a parfois l’impression qu’il est avilissant pour elles de prendre du plaisir à accomplir une tâche domestique. On dirait qu’il y a toujours quelqu’un qui sait mieux que nous, les femmes, ce que nous avons à faire. »


Mon avis : Billie, huit ans, disparaît mystérieusement alors qu’il jouait au cerf-volant avec sa soeur Rose. Il est retrouvé quelques semaines plus tard, assassiné. L’histoire est écrite avec une alternance d’époques : nous suivons Rose dans le passé, quelques temps seulement avant le meurtre. Rose est alors une jeune adolescente d’une quinzaine d’années, qui vit une vie ordinaire, entourée de ses parents, de son jeune frère et de sa meilleure amie Cassie. Un beau jour, un homme plus âgé qu’elle d’une dizaine d’années, prénommé Gareth, l’aborde et la séduit. Rose et Gareth vont vivre une histoire d’amour passionnée, qui va se transformer en cauchemar, où l’emprise totale, la jalousie, les mensonges et le chantage seront le socle de leur union.

Enfin, nous suivons également Rose dans le présent, une quinzaine d’années après le drame. Elle n’est pas encore totalement guérie des horreurs subies dans le passé ; le stresse, l’angoisse, la terrifient encore quotidiennement, l’empêchant de vivre une vie sereine. Ses parents ayant quitté ce monde depuis quelques années maintenant, Rose est restée dans sa maison d’enfance, s’occupant régulièrement de Ronnie, son vieux voisin, qui a été d’un soutien sans faille au moment des faits passés. Lorsque Ronnie fait un passage à l’hôpital pour un accident mineur, Rose en profite pour faire du ménage dans sa maison… et découvre la couverture de Billy, celle-là même qu’ils ont tant cherché sans jamais la trouver. Les doutes assaillent la jeune femme, qui remet en cause l’ensemble de l’enquête passée et surtout, l’identité du coupable du meurtre de son frère.

Sous mes yeux est tout ce que l’on peut attendre d’un bon polar : beaucoup de rythme dans l’intrigue, ce qui rend l’histoire captivante et addictive ; un meurtre mystérieux, plusieurs coupables présumés, beaucoup de suspense autour des faits, des questionnements à n’en plus finir et l’envie furieuse d’y répondre. L’intrigue en elle-même est bien écrite, mais elle manque clairement d’originalité, dans le sens où le scénario est assez quelconque, déjà lu et relu ; ainsi, malheureusement, l’histoire risque de ne pas rester très longtemps dans l’esprit des lecteurs. En revanche, l’une des principales forces de ce livre, c’est ses personnages, à la psychologie bien développée.

Il y a d’abord Rose, notre héroïne, jeune femme fragilisée par des tourments passés, esseulée, solitaire, elle m’a fait beaucoup de peine, puisqu’elle semble coincée dans le passé, incapable de voir la lumière au bout du chemin. Elle vit seule, n’a pas de conjoint ni d’enfant, elle ne sort quasiment pas, sauf cas de force majeure, elle n’est entourée seulement de ses collègues, à qui elle ne parle presque pas. Sans m’être forcément attachée à elle, je puis dire que cette jeune femme m’a touchée, par sa solitude presque forcée par les actes barbares du passé.

Enfin, le personnage de Gareth est celui qui ressort le plus du récit. C’est un homme indéfinissable, très mystérieux, qui apparaît subitement dans la vie de Rose et dans celle du village, tel le Messie que tout le monde attendait. Cet homme a deux visages : un visage apparent : celui qu’il montre aux yeux de tous, aimable, amoureux, travailleur, courageux ; et celui qu’il est en réalité : un  homme jaloux, violent, possessif, menteur. Il induit la jeune Rose dans une relation toxique, malsaine, et s’introduit également au coeur de sa famille, se rendant presque indispensable aux yeux de chacun. Bien qu’ayant un comportement horrifiant, j’ai trouvé que c’était un personnage fascinant, intéressant et bien construit.


Un polar psychologique à l’intrigue bien construite, aux personnages développés, qui aurait quand même mérité un scénario plus original et recherché.

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-38122-136-6
Traduction : Florence Moreau