L’air était tout en feu


L’air était tout en feu de Camille Pascal
347 pages, éditions Robert Laffont, à 22€


Résumé : 27 avril 1718. Un incendie ravage le Petit-Pont, menaçant Notre-Dame. Alors qu’à Paris l’air est tout en feu, au château de Sceaux, la duchesse du Maine souffle sur un autre brasier bien plus dangereux pour le Régent, celui du complot.
Mariée à l’aîné des bâtards de Louis XIV, haute comme trois pommes mais animée de l’orgueil d’une princesse du sang, cette précieuse règne sur sa petite cour de beaux esprits comme sur son mari. Soutenue en secret par le prince de Cellamare, ambassadeur du roi d’Espagne, et encouragée par les survivants de la vieille cour du Roi-Soleil, elle va intriguer avec passion.
Ainsi, en ce printemps 1718, un vent de fronde se lève sur la France et une véritable course-poursuite pour le pouvoir s’engage entre la duchesse d’un côté et le Régent de l’autre.
À travers les méandres des conspirations politiques, les haines familiales et une galerie de portraits tous plus extravagants les uns que les autres, Camille Pascal fait renaître avec virtuosité le temps enflammé et haletant de la Régence.


Mon avis : Je remercie Babelio, ainsi que les éditions Robert Laffont, de m’avoir sélectionnée pour découvrir ce livre de Camille Pascal, qui sortira lors de la rentrée littéraire de septembre. J’étais volontaire et motivée pour lire cet auteur que je ne connaissais pas, et surtout pour explorer un genre littéraire dont je ne suis pas coutumière : le roman historique.

Malheureusement, sans doute suis-je trop novice, ou peut-être pas assez intéressée par l’histoire des rois de France, mais je suis passé totalement à côté du récit… si bien que j’ai décidé de l’abandonner au bout de la centième page. Il faut dire que les noms se succèdent, tout comme les mésaventures et que je n’ai pas su replacer qui était qui par rapport à qui et qui faisait quoi dans tout ce bourbier de personnages hétéroclites.

C’est un récit complexe, qui demande une certaine culture historique et une concentration plus élevée que pour les romans classiques. Je dois avouer néanmoins que l’écriture est sublime. Camille Pascal est un agrégé d’histoire, également directeur de la communication de France Télévisions, d’où la plume aérienne, presque mélodieuse, avec laquelle il écrit ses pages. C’était un vrai plaisir de lire ses lignes, même si le fond m’était totalement incompréhensible.


Une lecture décevante, puisque trop dense et totalement incompréhensible pour moi. Mais je ne doute pas que les amateurs de romans historiques puissent y trouver leur compte. 

Ma note : 1/10

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ISBN : 978-2-221-26370-9

Brigantessa


Brigantessa de Giuseppe Catozzella
371 pages, éditions Buchet Chastel, à 22,50€


Résumé : Calabre, milieu du XIXe siècle. L’enfance de Maria Olivero est bercée par la misère et la pauvreté, dans une famille où l’amour se tapit et où la liberté ne connaît pas de visage. Sa mère est tisserande, son père journalier, ensemble ils peinent à subvenir aux besoins de leurs quatre enfants. Un événement inattendu va alors bouleverser l’enfance de Maria et l’équilibre de la fratrie. Teresa, l’aînée que l’on avait confié à une riche famille dans l’espoir de lui offrir un avenir meilleur fait son retour à la maison après le décès brutal de ses parents adoptifs.
Méprisante et détestable, l’adolescente promet à Maria de lui gâcher la vie. Victime des caprices de son aînée, celle-ci est très vite envoyée chez sa tante Maddalena qui l’éduquera à la solitude et esquissera pour elle les prémices d’une vie au coeur des montagnes dans la vallée de la Sila. C’est le début d’une rivalité sans fin entre les deux soeurs qui marquera considérablement la vie de Maria.
La jeune femme découvrira l’amour et la passion auprès de son mari Pietro, dont les idéaux le porteront à s’engager en faveur de l’unité italienne aux côtés de Garibaldi, mais également le cri de la violence et de la trahison. Malgré les tentatives assidues de Teresa de la réduire à néant, Maria est forte, elle ne fléchit pas. La vengeance mûrit, en elle tout explose, elle devient alors Ciccilla, l’indomptable brigantessa dont le destin et le nom, bien au-delà de la vallée, seront bientôt connus dans toute l’Italie.


Extraits : « Nous sommes des femmes, Mari, il aurait mieux valu être des hommes. Nous ne pouvons que subir. Fais attention, car il n’y a pas beaucoup d’hommes honnêtes. »

« Si tu veux avoir des droits, si tu veux changer ton destin, il faut que tu lises, il faut que tu fasses des études. »


Mon avis : Brigantessa est un livre assez complexe, qu’il m’a été donné l’opportunité de lire grâce à Babelio. L’histoire se passe au XIXème siècle en Calabre, au sud-ouest de l’Italie, dans un milieu où la pauvreté fait rage. Les promesses données par les dirigeants ne sont pas tenues : l’usage collectif des terres, l’abolition des impôts sur la farine et le sel, ou encore le partage des terres… les puissants gardent à leur main et ne répartissent pas parmi la population, affamée, appauvrie, totalement désespérée. Pour palier à la déchéance familiale, les parents de Maria ont fait le choix d’envoyer leur fille aînée, Teresa, vivre dans une famille aisée de Naples. Maria devait sa soeur quelques temps plus tard, mais le décès subit des parents adoptifs fait revenir les deux jeunes filles au foyer familial. Une dégringolade sociale inacceptable pour Teresa, qui renie les siens et va jusqu’à leur faire vivre un enfer, en particulier à Maria, qu’elle juge comme responsable de sa situation nouvelle. Heureusement, Teresa croise la route d’un jeune homme fort fortuné, qui va lui redonner l’aisance financière et sociale opportune, au désarroi de sa famille, restée dans le besoin.

J’ai été totalement dépaysée en débutant dans cette lecture. Le contexte historique, sociétal et géographique s’y prête totalement, puisque l’histoire se passe dans un lieu que je ne connais pas, à une époque dont je suis peu familière, dans des circonstances sociales bien éloignées de ce que nous pouvons connaître dans notre monde moderne. Autant dire que le choc est brutal, peut-être bien un peu trop, puisqu’un temps d’adaptation est nécessaire pour pleinement prendre plaisir à lire Brigantessa. De surcroît, c’est une histoire assez complexe, qui narre un pan historique intéressant mais très dense sur les bouleversements politiques, les brigandages et toute la soif de liberté qui en découle. Le roman est richement documenté, mais des recherches complémentaires sont nécessaires pour se saisir pleinement du contexte ; d’où l’impression de distance que j’ai ressentis tout au long de ma lecture.

Pour être parfaitement honnête, l’histoire ne m’a pas passionnée. Les personnages sont finalement assez quelconque, il ne s’en dégage aucune énergie spécifique, pas de caractère ou de personnalité intéressant, hormis sans doute Teresa, une figure froide, antipathique, sans émotions, qui sort du lot et dont on se souvient. L’écriture en elle-même est assez plate, les aventures historiques se déroulent uniquement en toile de fond mais ne m’ont pas particulièrement transcendées. Je ressors quand même déçue de cette lecture, que j’ai presque totalement oubliée, dix jours seulement après avoir lu la dernière page.


Un roman historique assez complexe, riche d’informations mais en définitive assez plat, qui ne m’a pas particulièrement passionnée.

Ma note : 4/10

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ISBN : 978-2-283-03566-5
Traduction : Nathalie Bauer

Au nom de ma mère


Au nom de ma mère de Hanni Münzer
473 pages, éditions l’Archipel, collection Archipoche, à 8,95€


Résumé : Étudiante à Seattle, Felicity reçoit un appel : Martha, sa mère, a disparu… Felicity la retrouve à Rome, où Martha s’est enfuie avec des archives familiales.
Martha a en effet découvert une longue lettre écrite par sa propre mère, Deborah, fille d’une diva qui connut son heure de gloire aux débuts du IIIe Reich. Une lettre qui va plonger Felicity dans une quête douloureuse.
Alternant passé et présent, ce roman mêle amour et trahison, colère et culpabilité, péché et expiation, autour d’un secret de famille courant sur quatre générations.


Extraits« On dit que le poids de la vérité est trop lourd à porter même pour Dieu.
La vérité possède ses propres lois physiques. Au moment où on l’attend le moins, elle remonte à la surface comme une bulle pour nous accuser. »

« Nous autres êtres humains formons les maillons d’une longue chaîne qui nous relie les uns aux autres, car chacun de nous porte en soi un fragment de l’existence et des pensées de ceux qui l’ont précédé. Si l’amour est le coeur, le souvenir est l’âme et tous deux sont immortels. »


Mon avis : L’histoire se déroule dans une Allemagne plongée en plein coeur de la seconde Guerre Mondiale. Nous y faisons la connaissance d’Elisabeth, une cantatrice réputée à travers le monde pour son art, de son mari Gustav, un médecin juif reconnue et apprécié et de leurs deux enfants : Deborah et Wolfgang. Lorsqu’il devient évident que l’ensemble de la population juive est menacée par les idées hégémoniques d’Hitler, Gustav et Elisabeth décident de fuir l’Allemagne pour se réfugier en Angleterre. Mais leur fuite ne se déroule pas comme prévue : Gustav disparaît mystérieusement en chemin vers Londres, laissant seuls sa femme et ses deux enfants. Elisabeth doit faire des choix pour protéger coûte que coûte ses enfants de l’ennemi nazi.

L’histoire alterne entre ce récit au passé et quelques bribes de présent, principalement insérés au début et à la fin du livre, comme introduction et conclusion du récit. Dans ces épisodes présents, nous y découvrons Félicity et sa mère Matha, qui partent à Rome, sur les traces de la grande-mère de l’une et mère de l’autre : Deborah, la fille d’Elizabeth. L’histoire qu’elles vont découvrir va les emporter tout droit dans l’horreur de la seconde Guerre Mondiale.

C’est un roman intéressant, mélange savant d’épisodes historiques et d’une histoire familiale émouvante. On ressent l’atmosphère effroyable de la guerre, la tension palpable, le danger omniprésent, la montée du nazisme, les crimes qui se préparent, l’avenir qui s’assombrit. Attention tout de même pour les personnes qui souhaiteraient lire Au nom de ma mère pour le contexte historique : la guerre est insérée en toile de fond du livre et ne permet pas d’approfondir ses connaissances sur cette période. Toutefois, le tout donne un récit bien construit, uni, dynamique, prenant, qui se laisse lire avec fluidité.

Néanmoins, bien que j’ai grandement apprécié lire ce livre, je n’en ai plus qu’un vague souvenir quelques jours seulement après la fin de ma lecture. Ce qui signifie qu’il ne m’a pas forcément marqué, qu’il n’est pas sorti du lot, que le récit n’était pas assez original peut-être, qu’il manquait de consistance et de matière certainement. Il est vrai que cette période de l’histoire a déjà été énormément apporté dans la littérature. Hanni Münzer a tenté d’innover, en liant une juive et un nazi, en parlant de manipulation, de chantage, de secrets, d’espionnage en y ajoutant une dose de mystères et pleins de suspense… mais rien n’y a fait : ce genre de récit a déjà été abordé trop de fois et souvent bien mieux que ne l’a fait l’auteure d’Au nom de ma mère. Enfin, il m’a certainement manqué de la subtilité dans le récit, de l’émotion, des personnages plus caractériels et dessinés. Je suis resté en surface de l’histoire, appréciant découvrir cette romance dramatique, mais sans forcément m’y attacher. 


Au nom de ma mère lie habilement roman historique et saga familiale dans une histoire prenante sur la seconde Guerre Mondiale. J’ai bien aimé le récit, mais j’insiste sur le fait que cet angle a déjà été abordé maintes fois en littérature et qu’il manquait cruellement de consistance : il n’est donc ni novateur ni pérenne dans l’esprit des lecteurs.

Ma note : 6/10

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ISBN : 978-2-37735-407-8
Traduction : Anne-Judith Descombey

Le pacte des diables


Le pacte des diables de Roger Moorhouse

506 pages, éditions Buchet Chastel, à 26€


Résumé : Le 23 août 1939, une délégation allemande, avec à sa tête le ministre des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop, se rend à Moscou. Sur place, un accord est signé avec le pouvoir soviétique. Il entrera dans l’histoire sous le nom de Pacte Ribbentrop-Molotov ou Pacte Germano-Soviétique, et sa signature sera le signal du coup d’envoi de la Seconde Guerre mondiale. Pendant près de deux ans, les deux régimes totalitaires vont cohabiter dans une association sanglante qui leur permettra d’étendre leur pouvoir, par la guerre et la tyrannie, sur la Pologne, les Pays Baltes, la Finlande et la Roumanie. A l’aube du 22 juin 1941, l’idylle prend fin avec l’invasion allemande de l’Union soviétique. Mais le Pacte aura bouleversé l’équilibre européen pour un demi-siècle jusqu’à la chute du Mur de Berlin en 1989.


Extraits : « Le 23 août 1939, Staline but à la santé de Hitler. Même si les dictateurs ne devaient jamais se rencontrer, l’accord forgé ce jour-là allait changer le monde. »

« Le pacte germano-soviétique sortait de l’ombre. Il ne tomberait plus dans l’oubli, ne serait plus tabou. Il constituait une part essentielle de l’histoire. »


Mon avis : Comme beaucoup, je connais les grandes lignes de l’histoire de France et particulièrement des guerres qui ont éclatées le siècle dernier. La Grande Guerre de 1914-1918, guerre totale, tragique et meurtrière, qui a causée la mort de dix millions de civils et militaires, blessant environ vingt millions d’hommes. Elle fût suivi quelques années plus tard par la seconde Guerre Mondiale en 1939-1945, opposant l’Axe (Allemagne nazie, Japon et Italie fasciste) et les Alliés (États-unis, Union soviétique et Royaume-Unis), qui tua environ soixante millions d’hommes de part le monde, devenant le conflit le plus coûteux en pertes humaines de toute l’histoire de l’humanité.

C’est dans ce contexte que se place le pacte des diables. Le 23 août 1939, Molotov, chef du gouvernement de l’URSS et Ribenttrop, ministre des affaires étrangères allemandes, signent le tristement célèbre pacte germano-soviétique, avec l’aval de Staline et Hitler. Il s’agit d’un pacte de non-agression entre l’Union soviétique et l’Allemagne nazie, qui promet un renoncement au conflit entre les deux pays, mais qui, en sus, comportait bien d’autres clauses secrètes. En effet, le pacte prévoyait notamment une délimitation de la sphère d’influence de chacun des pays, avec, par exemple un partage de la Pologne entre les deux puissances. Les deux puissances trouvaient facilement leur intérêt dans cette alliance, avec un agrandissement de leur influence terrestre respective (invasion puis partage de la Pologne, invasion de la Finlande et des pays baltes), des échanges économiques et commerciales importantes, comme l’envoi de matières premières soviétiques en Allemagne en échange d’armement, de machines-outils et d’équipements en tout genre.

Une alliance incongrue, stupéfiante, qui fit couler beaucoup d’encre et laissa circonspect, inquiétant les puissances alentours : français, anglais, américains… tous se questionnent sur les réelles motivations des deux grands. Il faut dire qu’il y a de quoi : deux dictateurs, alors pires ennemis, l’Union soviétique et l’Allemagne nazie qui décident brutalement de se rapprocher, changeant de cap sans préambules. Si leur vision s’oppose, une idée les unie : imposer leur idéologie au reste du monde. Cela passe notamment par l’annexion, l’invasion, l’occupation, la propagande. D’ailleurs, l’auteur en rend fidèlement compte dans son récit : les deux puissances ont conclues un pacte, elles doivent, en théorie, évoluer conjointement, mais Hitler, tout comme Staline, profitent des bénéfices de l’alliance, tout en pensant à sa finalité, aux intérêts indépendants qu’ils pourraient en tirer.

Roger Moorhouse a réalisé un travail de recherche incroyable, qui permet de se rendre compte en détails de l’évolution du pacte. Il dissèque avec parcimonie les échanges entre les deux présidents, s’appuyant allègrement sur des documents et textes historiques qui nous plongent dans ce contexte si particulier et inquiétant. J’ai été impressionnée et suis totalement admirative du travail et du fond documentaire proposé (conversations privées, rencontres méconnues…). Ce livre ne s’adresse pas uniquement aux amoureux de l’Histoire et connaisseurs de l’époque, mais bien à un large public de curieux, qui souhaiteraient en apprendre davantage sur cette part méconnue de l’Histoire. Il faut parfois s’accrocher pour suivre certaines références, mais je vous assure que le style narratif est entraînant et suffisamment accessible pour prendre plaisir à découvrir l’Histoire. Plus que des références, l’auteur enrichit son texte par des photos d’archives extraordinaires, qui viennent rendre compte de la réalité des faits. Sur une quinzaine de pages, nous pouvons admirer Staline, Hitler, leurs représentants, se félicitant du pacte, ou encore des familles contraintes à l’exil, des troupes de soldats, envahissants, tuants, selon les directives des commandants.

Le pacte prit fin le 22 juin 1941 par l’invasion de l’Allemagne nazie en URSS, qui déclenche l’opération tristement célèbre Barbarossa, la plus grande invasion de l’histoire militaire en termes d’effectifs et de pertes.


Découvrez tout ce que vous devriez savoir sur le pacte germano-soviétique de la seconde Guerre Mondiale, un épisode historique méconnu, qui tend à être mis en lumières. Un immense bravo à Roger Moorhouse pour son travail de recherche titanesque, qui a reconstitué au mieux les faits qui se sont déroulés à cette époque peu reculée.

Ma note : 8,5/10

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ISBN : 978-2-283-03307-4
Traduction : Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat

La jeune fille à la perle


La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier

313 pages, éditions Folio


Résumé : La jeune et ravissante Griet est engagée comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Nous sommes à Delft, au dix-septième siècle, l’âge d’or de la peinture hollandaise. Griet s’occupe du ménage et des six enfants de Vermeer en s’efforçant d’amadouer l’épouse, la belle-mère et la gouvernante, chacune très jalouse de ses prérogatives.
Au fil du temps, la douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille émeuvent le maître qui l’introduit dans son univers. À mesure que s’affirme leur intimité, le scandale se propage dans la ville…
Un roman envoûtant sur la corruption de l’innocence, l’histoire d’un coeur simple sacrifié au bûcher du génie.


Extraits : « Disons qu’elle n’est pas belle, mais qu’il la rend belle, ajouta-t-elle. Ça devrait se vendre un bon prix. »

« – […] Et maintenant, quelles couleurs voyez-vous dans les nuages ?
– J’y vois du bleu, répondis-je, après les avoir étudiés quelques minutes. Et aussi du jaune. Et même un peu de vert ! » Je les montrai du doigt, excitée que j’étais. Toute ma vie, j’avais vu des nuages mais j’eus à cet instant l’impression de les découvrir. »


Mon avis : La jeune fille à la perle est un roman historique et intemporel sur la création du tableau du même nom, par le célèbrissime Johannes Vermeer. Souvent étudié dans les écoles, j’aurais été ravie de pouvoir le découvrir dans ce cadre, pour approfondir davantage cette lecture, qui m’a enchantée.

Vermeer est un peintre hollandais du XVIIème siècle, peu connu de son vivant, dont les oeuvres ont été mises en lumière seulement à la moitié du XIXème siècle, grâce à un critique d’oeuvres d’art. Vermeer est essentiellement reconnu pour ses scènes de genre, qui représentent la vie domestique avec familiarité, naturel et poésie. La jeune fille à la perle, La laitière, ou encore L’astronome, comptent parmi les tableaux les plus célèbres au monde.

Portrait de Johannes Vermeer

Tracy Chevalier s’appuie sur des éléments historiques et biographiques liés à Vermeer et y associe avec habileté des composants fictionnels pour écrire son roman. Ainsi, nous découvrons avec bonheur la vie de Veermer à travers Griet, jeune demoiselle de seize ans qui entre au service de la famille Vermeer. Nous faisons la connaissance de Catharina, la femme de Vermeer, leur nombreuse progéniture, ainsi que Maria Thins, la mère de Catharina, qui vivent tous ensemble dans le petit village de Delft. Griet n’est pas la seule servante à servir la famille, puisque Tanneke travaille également dans la maison familiale pour Maria Thins depuis de nombreuses années. Griet s’intègre difficilement à cette maisonnée, les membres de la  famille semblant être assez réticents à l’idée d’accueillir une nouvelle servante dans leur intimité, certains comme la jeune Cornelia allant même jusqu’à lui faire de mauvaises farces pour la discréditer aux yeux du couple Vermeer. Mais Griet a besoin de ce travail et du faible revenu qui lui revient chaque semaine pour aider ses parents. Son père, faïencier de son métier, est devenu aveugle des suites de son difficile labeur. Sa mère ne pouvant pas subvenir convenablement à leurs besoins, c’est Griet qui vient compenser le manque financier de ses parents.

Vue de Delft (Pays-Bas)

Tracy Chevalier retrace avec subtilité une vie de village des années 1660. Dans le petit village de Delft, Griet sort chaque jour au Marché pour s’approvisionner en viandes, ou chez l’apothicaire, pour ramener des ingrédients utiles à Vermeer pour peindre ses oeuvres. Le village est animé, on ressent avec bonheur ce petit centre vivre : c’est un réel plaisir que d’être transporté au coeur d’un quotidien ordinaire et simple comme celui-là. C’est d’ailleurs au marché aux viandes que Griet fera la connaissance de Pieter fils, le boucher. Un jeune homme un peu plus âgé qu’elle, aux premiers abords frustre, mais bienveillant envers la jeune femme et ses parents. Il accorde beaucoup d’attentions à Griet, lui faisant plus ou moins subtilement sentir tout l’intérêt qu’il accorde à sa personne.

Mais Griet est entièrement focalisée sur le peintre Vermeer, qui la fascine littéralement. Ce mystérieux homme, solitaire, constamment enfermé dans son atelier, va laisser à Griet le loisir de pénétrer son intimité. Elle deviendra sa secrétaire, l’aidera dans ses préparations de toiles, avant de finir par poser pour lui. Des tâches quotidiennes loin de ses obligations de servantes, qui ne raviront pas Catharina, la femme du peintre, jalouse du lien indicible qui se créait entre son mari et cette servante.

On se plait à prendre comme acquises les explications données par Tracy Chevalier sur cette magnifique oeuvre d’art qu’est La jeune fille à la perle. Malheureusement, la réalité est toute autre : la jeune fille représentée est anonyme, peut-être une des filles du peintre. Les hypothèses  sur son identité vont bon train, mais nul ne n’aura jamais le fin mot de l’histoire.

La jeune fille à la perle (1665-1667)

Jalousies, réprimandes, secrets, sont le lot quotidien de Griet. Ajoutez à cela l’attention toute particulière que lui confère Van Ruijven, un riche commerçant d’art, également ami des Vermeer. Du haut de son misérable statut de servante, Griet ne peut que se plier aux exigences de ses maîtres, obéir sans vergogne sans jamais faire de reproche. On ressent avec affliction l’étendue de la servitude et la dépendance financière et émotionnelle de Griet à leur encontre : sa précarité sociale ne lui permettait pas de s’affirmer.

Le Concert (1664-1667)

C’est avec bonheur que j’ai découvert plus en détails la vie du peintre Vermeer. C’est un personnage énigmatique, que l’on peine à cerner, qui semble être étranger même à sa propre famille. Il évolue comme dans une bulle artistique, n’exprime pas ses émotions par des paroles ou des gestes, mais il les réserve dans ses peintures, qui parlent d’elles-mêmes. Il allie avec merveille l’ombre et la lumière, il positionne avec minutie le décor, il fait en sorte de créer de l’émotion, de l’immédiateté, du mouvement, une sorte d’illusion de la vie. Appliqué et méthodique, jouant avec subtilité et minutie de ses pinceaux, une seule de ses toiles pouvait lui prendre près de quatre mois. Un manque de productivité critiqué par sa femme : sans entrée d’argent, difficile de nourriture les nombreuses bouches de sa progéniture et de rembourser les dettes accumulées. J’ai pris beaucoup de plaisir à voir travailler Vermeer, je me suis sentie privilégiée, presque intime avec le peintre.

Au vu du succès international de ce roman, l’oeuvre a été adaptée au cinéma en 2003, avec un casting de choix : Scarlett Johansson dans le rôle principal, et Colin Firth dans celui du peintre. Une adaptation saluée par la critique, que je me ferais une joie de découvrir prochainement !


Un roman historique passionnant, qui met en lumière la vie du peintre Vermeer à travers Griet, la jeune fille à la perle. Un chef-d’oeuvre littéraire et artistique !

Ma note : 10/10

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ISBN : 2-07-041794-8
Traduction : Marie-Odile Fortier-Masek