Roman historique

Les Origines de Rome

Les Origines de Rome de Tite-Live
422 pages, éditions Folio classique

 

Résumé : La louve allaitant au bord du Tibre les deux jumeaux dont l’un va fonder la ville de Rome, les Sabines se jetant au mi-lieu de la bataille où s’affrontent leurs pères et leurs maris, le fondateur de la République Brutus appelant ses compatriotes à la révolte en brandissant le poignard dont Lucrèce, violée par le fils du tyran Tarquin le Superbe, vient de se percer le sein, toutes ces scènes hautes en couleurs, c’est Tite-Live qui nous les a rendues familières. Mais le premier des Livres depuis la fondation de Rome n’est pas seulement le merveilleux livre d’images où il fait ressurgir, avec un art consommé, les épisodes fameux de la naissance et des premiers temps de l’histoire de Rome, lorsqu’elle avait des rois à sa tête. C’est aussi l’œuvre de réflexion d’un historien confronté, des siècles avant ses successeurs modernes, à la dimension légendaire et mythique de cette histoire et cherchant à mettre en place les catégories qui lui permettront de l’appréhender.

Extrait : « . »Ainsi périsse quiconque franchia mes remparts ». Romulus reste donc seul maître du pouvoir et la ville qui venait d’être fondée prit le nom de son fondateur. »

Mon avis : En première année de faculté, de nouvelles matières, totalement novatrices, surprenantes mais fortement intéressantes ont fait leur apparition. J’ai notamment eu droit à une initiation à la civilisation et à la culture romaine, matière dans laquelle nous ont été présentés la fondation de Rome, toutes les conquêtes romaines du premier roi, Romulus, au dernier, Tarquin le Superbe. Les Origines de Rome raconte avec précision et facilité les étapes qui conduisent de la monarchie à la démocratie. De plus, cette édition est bilingue, découpée d’une part en latin, d’autre part en français moderne.

Les chapitres, très courts – ils n’excèdent pas cinq pages chacun -, font de ce livre un ouvrage facilement accessible à tous. L’écriture est adaptée aux lecteurs, dans une visée didactique, pour enseigner à un plus large public les formidables événements qui ont conduits à la formation de Rome.

Sept rois se succèdent, chacun plus différents les uns que les autres. Tantôt combattant pour la paix, comme Numa Pompilius, le second roi de Rome, ou choisissant la bataille, tel que Tullus Hostilius, le troisième roi. Quoi qu’il en soit, chacun a apporté sa touche personnelle à l’édifice, aussi infime soit-elle.

J’ai adoré découvrir cette histoire. Il est rare, voire quasiment exceptionnel, que je lise des romans historiques. Mais là, j’ai pris plaisir à lire cet ouvrage, qui se présente comme une histoire fictive, que l’on savoure savamment.

Mêlant culture latine et histoires historiques guerrières, Tite-Live retrace avec parcimonie les étapes de la création romaine. Un très bon ouvrage, qui a le luxe d’être à double voix : écrit en latin sur la page de gauche, et en français moderne à droite. Bravo pour cette édition !

Ma note : 7,5/10
Roman historique

Paris chaos

Paris Chaos de Noël Simsolo
340 pages, éditions L’Archipel, à 20€

 

Résumé : Dans la nuit du débarquement des alliés en Normandie (5 à 6 juin 1944), Jean Leblanc, illusionniste et pickpocket, guette l’officier allemand Friedrich Wolf à la sortie d’un cabaret de Pigalle pour lui dérober une enveloppe. Mais celui-ci est abattu sous ses yeux par un homme qui s’enfuit en vélo. Sortant alors d’une porte cochère, le jeune résistant, Paul Saltion, fait les poches de la victime et emporte l’enveloppe que Leblanc convoitait.
Quel est ce butin ? De l’argent, la photo d’un tableau de Velasquez, des documents stratégiques et la liste des conspirateurs préparant un attentat contre Adolf Hitler. Le voleur est alors traqué par la Gestapo, la police française, la pègre et la Résistance. Leblanc travaille pour le compte d’un collectionneur allemand au service de Goering. Il reconnaît enfin son voleur parmi les figurants des Visiteurs du soir de Carné…

Extraits : « Quelles que soient les difficultés, tout vaut mieux que d’être mis hors de combat sans combattre. »
« Nous avons tous une face obscure qui nous salit et nous dévore. C’est le paradoxe de l’être humain depuis le début des temps. »

Mon avis : Le thème de la Seconde Guerre Mondiale est souvent manipulé, pris, repris, écrit puis réécrit dans les romans. Ils n’en demeurent pas moins chacun unique dans leur genre, traitant différemment du sujet posé. Après avoir lu des romans traitant de la condition des déportés juifs, comme Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay, ou même Pardonne-lui de Jodi Picoult, et après avoir lu une BD sur la Résistance, celle d’Alain Grand et Marc Lévy, Les enfants de la liberté, Paris chaos reste dans le thème, mais l’approche d’une tout autre manière.

L’auteur décide de nous parler des mouvements de Résistance des français, mais également de la Gestapo allemande, de la police française, du régime de Vichy… vous l’aurez compris, il faut un minimum de connaissance sur cette partie de l’histoire pour pouvoir comprendre un tant soit peu le récit.

La première chose qui peut surprendre, quand on débute la lecture de ce roman, c’est le peu de pages que contiennent les chapitres. Je n’ai pas été outre-mesure surprise, ni gênée par ce peu de pages, bien au contraire, il a donné du rythme et de la vitesse au récit, comme si toute l’histoire se déroulait à vive allure.
A chaque fin de chapitre, c’est à un nouveau narrateur auquel nous avons à faire. L’auteur a choisi d’alterner la prise de parole et l’histoire des personnages, en les mélangeant assez simultanément, en faisant se suivre un chapitre concernant la Résistance par un nouveau sur les nazis. Ces changements brutaux rajoutent de la dynamique à l’ouvrage. Ne soyez pas surpris de ne pas retenir dès le départ le nom et le rôle de chaque personnage… au fil de votre lecture, vous arriverez plus aisément à apprivoiser chacun.

Noël Simolo ajoute, au début de chaque chapitre, le jour et l’heure à laquelle se déroule la scène qui va suivre. Connaissant les grands événements de cette seconde Guerre Mondiale, c’est avec une sorte d’anxiété que nous suivons ce chronomètre qui s’égrène lentement, et inexorablement…

Paris chaos représente bien la guerre telle quelle ; violente, cruelle et effroyable. Les scènes macabres sont nombreuses, plus sanguinolentes et cinglantes les unes que les autres. C’est avant tout un roman noir et sombre, telles les années de guerre qui se sont écoulées.
Mais à travers ses abondantes séquences bestiales, des scènes plus touchantes ont prouvées qu’il restait un semblant d’humanité et de sentimentalité dans cette guerre noire et sans merci.

Même si parfois certaines scènes ont pu être un peu brouillonnes, et qu’il était facile de se perdre dans le rôle que tenait chaque personnage, l’intrigue en elle-même est très bien menée, et nous apprends énormément de choses.

 

Ma note : 6,5/10
Roman historique·Seconde guerre mondiale

Le sel de nos larmes

Le sel de nos larmes de Ruta Sepetys
479 pages, éditions Gallimard, collection Scripto
Résumé : Hiver 1945. Quatre adolescents. Quatre destinées.

Chacun né dans un pays différent.
Chacun traqué et hanté par sa propre guerre.
Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l’avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes…
Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhem Gustloff, un énorme navire promesse de liberté…

Inspirée par la plus grande tragédie de l’histoire maritime, Ruta Sepetys lève le voile sur une catastrophe scandaleusement occultée de la Seconde Guerre mondiale, qui a fait au moins six fois plus de victimes que le Titanic en 1912.

Extraits :  « La fille aveugle, elle, a des pansements sur les yeux. Qu’est-ce que les aveugles voient dans leurs rêves ? Est-il possible de rêver d’une fleur quand on n’en a jamais vu dans la réalité ? »
« Les chaussures racontent toujours l’histoire de leur propriétaire. »

Mon avis :  Je dois dire qu’en ce moment, les éditions Gallimard me surprennent. Après mon coup de coeur pour Le garçon au sommet de la montagne de John Boyne d’il y a une dizaine de jours, je viens d’être frappée par la foudre grâce à ce livre de Ruta Sepetys.

C’est un livre à quatre voix, dans lequel nous voyons plusieurs personnages qui se mêlent et s’entremêlent. Il y a tout d’abord la belle Joana, médecin et Lituanienne, rapatriée en Allemagne. Emilia, la petite fille enceinte, qui fuit sa Pologne natale pour ne pas périr. Florian, le mystérieux soldat, sauveur de la jeune Emilia. Et enfin Alfred, le bon soldat Allemagne, naïf et benêt. La Seconde guerre mondiale va rapprocher tous ses personnages, qui n’ont rien en commun, mais qui vont devoir se serrer les coudes pour survivre. Ils n’ont tous qu’un but : quitter cette terre de guerre pour embarquer sur le Wilhelm Gustloff.

Lors de mes précédentes lectures, j’avais déjà eu l’honneur de croiser Ruta Sepetys dans Big easy. Ce dernier ne m’avait pas laissé une trace indélébile dans l’esprit. Or, je suis sûre et certaine que Le sel de nos larmes restera longtemps dans ma mémoire.

On y suit des réfugiés, des soldats et des citoyens, qui fuient leur pays, leur maison et leurs familles à cause de la guerre. Ils essaient de rejoindre au plus vite la mer Baltique pour tenter d’embarquer à bord d’un des navires qui les conduira en lieux sûrs. Cela ne vous rappelle-t-il rien ? 80 années plus tard, la guerre fait toujours rage dans le monde, les migrants et réfugiés sont encore nombreux, tout comme le nombre de morts.

L’écriture du livre est juste prodigieuse. Ruta Sepetys a un talent hors du commun. Je n’avais jamais ressenti quelque chose d’aussi fort en lisant un livre. Mais alors là, les mots étaient tellement justes et réalistes, que je me suis plongée corps et âme dans l’histoire. Je me suis attachée aux personnages, je vivais avec eux cette dangereuse traversée. On ressent vraiment intensément tout ce qui se passe dans ce livre.

Il y a constamment des alternances de voix narratives, avec des chapitres qui n’excèdent pas quatre pages. De quoi donner du dynamisme au récit… mais aussi de quoi apporter de grand moment de suspens.

500 pages de lecture qu’on ne voit pas passer. J’en redemande encore et encore ! Merci beaucoup Ruta Sepetys pour ce magnifique moment de lecture, ces multiples émotions que vous m’avez fait ressentir et cette mise en lumière d’un événement dramatique de la seconde Guerre mondiale. A mettre entre toutes les mains !

Ma note : 10/10
Littérature américaine·Roman historique

La plantation

La plantation de Leila Meacham
605 pages, éditions Charleston, à 8,90€

 

Résumé : Une fresque historique haletante, pleine de suspense, écrite comme on filme une série TV
Un siècle et demi d’aventures chez les Toliver, les Warwick et les DuMont ! Tout commence en Caroline du Sud, avant la guerre de Sécession. Privé de son héritage, Silas Toliver s’associe à son meilleur ami, Jeremy Warwick, pour monter une expédition ferroviaire vers un nouveau territoire portant le nom de Texas. Amour, mariages, amitié, trahison, tragédie et triomphe, tous les ingrédients qui ont fait le succès des Roses de Somerset sont là, avec en toile de fond l’esclavage et son abolition, la découverte de l’Ouest, la guerre de Sécession, bref, l’histoire des États-Unis.
Avec ce nouveau roman, Leila Meacham remet au goût du jour les grandes sagas.

Extraits :  « L’anneau est porté à l’annulaire de la main gauche depuis l’époque romaine car les Romains pensaient que la veine de ce doigt remontait jusqu’au coeur. »
« Si un jour j’offense l’un de vous, je lui enverrai une rose rouge pour lui demander pardon, expliqua-t-il. Et si j’en reçois une, je répondrai d’une rose blanche pour indiquer que tout est pardonné. »

Mon avis :  Ce fût un immense plaisir pour moi que de lire une aussi somptueuse histoire. Un roman historique qui remonte au temps des esclaves dans les champs de coton, doublé d’une saga familiale bouleversante.

En Caroline du Sud, dans les années 1835, Silas Toliver, un des fils d’un homme très influent en Amérique, se voit privé de l’héritage de son père, confié uniquement à son frère. Son rêve de partir au Texas fonder sa propre plantation s’effondre. Jessica Wyndham, de son côté, fille d’un riche propriétaire de terres, ne partage pas les idées de ses semblables sur la traite des esclaves. Son père, ne voulant plus entendre sa fille protester et souiller leur nom, va la marier de force à Silas, à qui il donnera de l’argent pour qu’il puisse partir au Texas poursuivre son rêve. Mais en partant, la mère de Silas lui promet une malédiction générationnelle qui s’abattra sur ses terres et sur sa vie.

Leila Meacham retrace 70 années de l’histoire Américaine : de la traite des noirs jusqu’à l’abolition de l’esclavage en 1865. Les états Américains sont divisés en deux groupes : les abolitionnistes, dont fait partie Jessica et les esclavagistes. Silas et ses amis, les Warwick et les Dumont, vont construire leur propre ville texanne, que l’on verra évoluer tout au long du récit. Bien que ce livre mette en avant les inégalités qui séparaient esclavages noirs et hommes blancs, Leila Meacham atténue cette séparation, en montrant par exemple Tippy, modèle d’une femme noire qui arrive par ses propres moyens, grâce à son talent, à devenir une jeune femme respectée et populaire. Quelques situations du récit peuvent faire penser au livre de Harriet Beecher Stowe La case de l’oncle Tom, avec un parallèlisme prononcé entre les bons maîtres et les maîtres sévères et une méditation sur la liberté rendue aux esclaves.

Mais La plantation, c’est aussi une réflexion sur la condition de la femme au XIXème siècle. Jessica se fait la figure phare de la femme indépendante, généreuse, active, qui veut faire entendre ses idées et ses choix et ne veut pas se laisser gouverner par la domination des hommes. C’est une femme aimante et aimée par son maris et ses amis et appréciée de tous. Mais dans ces temps-là, rares étaient les femmes qui pouvaient affirmer être aimées pour ce qu’elles étaient. On en a la preuve avec Priscillia, la femme de Thomas, qui est le fils de Jessica. Thomas a épousé Jessica par intérêt : il voulait qu’elle lui donne un enfant, un fils comme descendant, pour reprendre la main-mise sur le domaine de Somerset. En temps de guerre, il avait peur de perdre sa vie dans la mêlée et de faire sortir Somerset du nom des Toliver.

J’ai beaucoup aimé la saga familiale en elle-même. On suit une génération familiale dans son entièreté, des arrières grands-parents jusqu’aux arrières petits-enfants. De nombreux événements séparent ces deux générations : entre drames familiaux (la mort de nombreux enfants dûe à la « malédiction » lancée sur Somerset), guerres d’idéologies, mariages… toute l’histoire familiale des Toliver est retracée dans cet ouvrage. Bien que faisant plus de 600 pages (dans son format poche), j’aurais voulu en lire encore davantage. L’histoire est si prenante, si additive, les protagonistes si attachants, que j’aurais bien voulu une suite de ce livre.

Cette romance histoire est une vraie découverte. J’ai adoré me plonger dans ce récit, écrit avec réalisme, qui retrace avec brio un pan de l’histoire de l’Amérique. Les personnages m’ont touchés, tout comme leurs histoires, souvent dramatiques, elles n’en demeurent pas moins magnifiques. Je vous recommande chaudement ce livre, car pour moi, c’est un réel coup de coeur !

 

Ma note : 9,5/10
Littérature jeunesse·Roman historique

Les larmes noires

Les larmes noires de Julius Lester.
153 pages, éditions Poche Jeunesse

 

Résumé : La jeune Emma vit dans une plantation de coton entourée des siens et de la famille du maître, lorsqu’on la sépare de ses parents et de ceux qu’elle aime. À treize ans, elle est vendue, comme des centaines d’autres esclaves. Sarah, la fille du maître, très attachée à Emma, ne pardonnera jamais cette barbarie à son père…

Extraits : « On n’a pas toujours besoin d’avoir une raison pour être heureux. »
« Si ça te fait mal quand tu vois quelqu’un souffrir, c’est que tu as bon coeur. »
« L’époque change et, selon moi, ce n’est pas pour le mieux. »

Mon avis : Ce livre de Julius Lester est facile et rapide à lire, il peut être lu à la fois comme un roman, mais aussi comme une pièce de théâtre. Très émouvant, rempli d’émotions, il raconte, à travers des faits réels, la réalité de l’esclavage et les conditions de vie des différents esclaves dans les plantations. Très bon livre, qui marque les esprits.

 

Ma note : 6/10
Littérature américaine·Roman historique

Le train des orphelins

Le train des orphelins de Christina Baker Kline
340 pages, éditions Belfond, à 20,50€
Résumé : De l’Irlande des années 1920 au Maine des années 2000, en passant par les plaines du Midwest meurtries par la Grande Dépression, un roman ample, lumineux, où s’entremêlent les voix de deux orphelines pour peindre un épisode méconnu de l’histoire américaine.
Entre 1854 et 1929, des trains sillonnaient les plaines du Midwest avec à leur bord des centaines d’orphelins. Au bout du voyage, la chance pour quelques-uns d’être accueillis dans une famille aimante, mais pour beaucoup d’autres une vie de labeur, ou de servitude.
Vivian Daly n’avait que neuf ans lorsqu’on l’a mise dans un de ces trains. Elle vit aujourd’hui ses vieux jours dans une bourgade tranquille du Maine, son lourd passé relégué dans de grandes malles au grenier.
Jusqu’à l’arrivée de Mollie, dix-sept ans, sommée par le juge de nettoyer le grenier de Mme Daly, en guise de travaux d’intérêt général. Et contre toute attente, entre l’ado rebelle et la vieille dame se noue une amitié improbable. C’est qu’au fond, ces deux-là ont beaucoup plus en commun qu’il n’y paraît, à commencer par une enfance dévastée…

Extraits :  « Je voulais juste dire que ce qui est arrivé aux Indiens est exactement comme ce qui est arrivé aux Irlandais quans ils étaient sous la coupe des Anglais. Le combat était inégal. On leur a volé leurs terres, leur religion a été interdite et on les a forcés à se soumettre à une force étrangère. Qu’il s’agisse des Irlandais ou des Indiens, dans les deux cas, c’est injuste. »
« Je crois aux fantômes. Ce sont eux qui nous hantent, eux qui nous précèdent. Il m’est souvent arrivé de les sentir autour de moi, observateurs, témoins, alors que personne parmi les vivants ne savait ce qui se passait ou ne s’en souciait. »

Mon avis : Ce roman m’a tellement touché qu’il m’est dur de poser des mots sur ce que j’ai ressenti. Pleins de sentiments contradictoires envahissent mon esprit : de la pitié, beaucoup de colère, mais surtout, énormément de tristesse.

Commençons par le commencement. En 1929, Niamh est une petite Irlandaise, expatriée aux Etats-Unis avec sa famille, avant de devenir orpheline, suite au décès de ces derniers dans un terrible incendie. A partir de ce jour, Niamh va être envoyé dans un train, avec d’autres orphelins, avec pour but, de leur trouver une maison et une famille qui prenne soin d’eux. Niamh va être choisie, embauchée comme main-d’oeuvre et maltraitée par sa famille d’adoption.
En 2011, Molly, également orpheline, placée dans une famille d’accueil qui ne lui accorde pas l’attention voulue, va rencontrer une certaine Vivian, qui a vécue les trajets du train des orphelins. Malgré les années qui les séparent, les deux femmes vont se trouver des points communs, à tel point qu’une amitié va naître, entre cette vieille femme de 91 ans et l’adolescente de 17 ans.

Ce récit est inspiré de faits réels. Il y a tout d’abord une petite note sur la quatrième de couverture, qui stipule que Christina Baker Kline s’est inspirée de l’histoire familiale de son mari, David Kline, pour écrire son récit. Puis, les histoires d’immigrations sont des faits avérés. Comme raconté dans le récit, les immigrés entraient aux Etats-Unis par Ellis Island ; et les Irlandais faisaient partis de la population immigrée la plus importante aux Etats-Unis, au début des années 1900.

L’auteure nous dépeint avec réalisme et exactitude les conditions de vie déplorables auxquelles devaient faire face les habitants. Ainsi, Niamh a été embauchée de force dans une maison de couture, sans être rémunérée, sans pouvoir aller à l’école – alors qu’elle n’avait qu’une dizaine d’années -. On lui servait des repas insipides et on l’obligeait à dormir sur un matelas, dans un couloir où circulait tous les courants d’air. Des conditions de vie désastreuses, pour une jeune enfant déjà bien entamée par la vie.

Deux générations se rencontrent : Molly et Vivian, toutes deux orphelines. Le lecteur peut alors comparer avec allégresse les conditions de vie de ces deux personnes ; l’une étant maltraitée, mais silencieuse face à son malheur, l’autre, rebelle, ne se satisfait pas de tout ce que ses parents d’adoption lui offrent. C’est vraiment très bouleversant ; on se rend compte de la chance que l’on a de pouvoir vivre au XXIème siècle.

Lors de la Seconde guerre Mondiale en Europe, des milliers de juifs sont parqués dans des trains à bestiaux et envoyés dans des camps de concentration. Dans Le train des orphelins, des enfants sans attaches sont vendus comme des bêtes à des adultes souvent malintentionnés. Deux périodes différentes, deux histoires différentes, avec deux points communs : les trains, symbole de départ vers un ailleurs inconnu ; et la cruauté dont peuvent faire preuve les hommes à l’égard d’autrui.

C’est vraiment touchant et très bien écrit (il est rare qu’un roman historique soit aussi fluide). L’alternance des époques et des narrateurs – on passe du récit de Niamh en 1929 à 2011 – donne une dynamique à l’histoire. Ce qui fait que le lecteur n’a pas le temps de reprendre son souffle. De même, autant dans le passé que dans le présent, le suspens est maintenu, l’histoire est toute aussi prenante.

Ce livre met en lumière une face méconnue de l’histoire Américaine du début du XXième siècle. Empli d’humanisme, Christina Baker Kline prouve qu’avec de la volonté et un mental d’acier, rien ne peut vraiment nous atteindre. Après chaque malheur se cache un bonheur.

Ma note : 7/10
Roman historique

La mer en hiver

La mer en hiver de Susanna Kearsley
457 pages, éditions Charleston, à 22,50€

 

Résumé : Lorsque Carrie McClelland, auteur à succès, visite les ruines du château de Slains, elle est enchantée par ce paysage écossais, à la fois désolé et magnifique. La région lui semble étrangement familière, mais elle met de côté son léger sentiment de malaise afin de commencer son nouveau roman, pour lequel elle utilise le château comme cadre et l’une de ses ancêtres, Sophia, comme héroïne. Puis Carrie se rend compte que ses mots acquièrent une vie propre et que les lignes entre fiction et faits historiques se brouillent de plus en plus. Tandis que les souvenirs de Sophia attirent Carrie encore plus au coeur de l’intrigue de 1708, elle découvre une histoire d’amour fascinante, oubliée avec le temps. Après trois cents ans, le secret de Sophia doit être révélé.

Extraits :  « Les bébés sont des êtres incroyables, me dit Jane. De si petites choses, et pourtant une fois qu’ils arrivent dans votre vie ils la bouleversent complètement. Ils prennent le dessus. »
« Où que j’aille, mon Âme demeurera avec vous : ce n’est que mon Ombre qui s’éloigne de vous. »

Mon avis :  Quel livre ! Quelle histoire ! La magie romanesque, l’amour, l’histoire, les guerres passées se mélangent entre eux pour former un livre aux multiples facettes, pouvant plaire à tout un chacun.

L’histoire initiale est très simple : une jeune auteure est venue chercher l’inspiration pour son nouveau roman en Ecosse, lieu de l’intrigue de son prochain livre historique. Arrivée dans son nouvel habitat – un petit cottage en bord de mer, à Cruden Bay -, elle va ressentir des émotions tout à fait inconnues, surprenantes, voire effrayantes : comme des perceptions de déjà vu… voire déjà vécu. Son roman se passe au XVIIIème siècle, lors de la rebéllion jacobite, avec comme protagoniste Sophia, une jeune fille hébergée chez la comtesse d’Eroll, qui va être la triste spectatrice d’une guerre violente, pleine de ruses, de trahisons et emplie de sang.

J’ai tout d’abord été frappée par la dextérité et le talent de l’auteure, Susanna Kearsley qui arrive à faire une mise en abyme parfaite, sans jamais embrouiller le lecteur. En effet, ces deux histoires évoluent en parallèle, se faisant écho l’une à l’autre, n’empiétant pas sur la surface de l’autre, restant fidèle au contexte de leur temps. La modernité se fait ressentir lorsque Carrie McClelland est la protagoniste, avec une égalité des classes, sans distinction aucune (Jimmy accueille volontiers Carrie dans son cottage). Alors que l’on peut clairement voir une hiérarchie de classes avec une démarcation fortement marquée avec la vie des plus humbles (la comtesse d’Erroll, qui vit confortablement) contrairemet à la vie plus drastique de la soeur de Kirsty, la domestique (qui élève énormément d’enfants dans un petit espace). De plus, un sentiment de danger reste omniprésent lors de la narration de l’histoire de Sophia, ce qui renvoie aux nombreuses batailles qui ont eu lieu à cette époque-ci.

Concernant l’aspect historique de l’histoire de Sophia, je l’ai trouvé un peu flou, moyennement expliqué. Des noms inconnus fusés de toutes parts – la reine Anne, Jacques, les jacobites… – sans pour autant être clairement explicités. Deux théories s’offrent alors à moi : soit ma médiocrité en histoire m’empêche une nouvelle fois de comprendre entièrement le récit, soit l’auteure n’est pas allée jusqu’au bout de ses explications, privilégiant l’action sur la démonstration. Je pense que les deux raisons sont valables. Bien heureusement pour moi, la compréhension des grands événements historiques n’étaient pas obligatoires au bon entendement du récit.

Une chose est sûre : l’auteure a parfaitement réussie son retour dans le passé. Les scènes étaient tellement réalistes, que j’avais l’impression de ne plus être qu’une simple spectatrice de l’histoire, mais d’être bel et bien au coeur de l’histoire. Grâce à de nombreux détails, une description réaliste et enchanteresque, l’atmosphère du récit paraît se mouvoir dans la réalité, à tel point qu’il en devient quasiment vivant.

Je préfère vous prévenir maintenant : vous allez pleurer. Les mots qu’emploient l’auteure pour raconter son histoire, le déroulement totalement inattendu de l’intrigue, les scènes hautement émouvantes, voire déchirantes qui hantent le roman… tout concorde à émouvoir le lecteur. Même si vous ne versez pas de larmes, vous ne ressortirez pas entièrement indemne de cette lecture.
J’ai aimé les personnages féminins – Sophia et Carrie plus particulièrement, mais également Kirsty et la comtesse d’Erroll – qui paraissent toutes fragiles et vulnérables mais qui recèlent un tempérament de guerrières, avec une force de caractère hors du commun. J’ai aussi agréablement apprécié la bravoure des hommes – Moray, le comte d’Erroll, le duc d’Hamilton – qui vont au-devant de leurs valeurs défendre leur territoire et leur roi au péril de leur vie. La volupté de l’amour et la violence des batailles sont liés pour nous donner un cocktail explosif à déguster sans modération.

Entraîné entre romance, histoire et fiction, le lecteur n’est pas au bout de ses peines : les rebondissements surgissent à tout instant, le suspense est omniprésent, les actions ne manquent pas. Ne vous laissez pas rebuter par le grand nombre de pages de La mer en hiver : il vaut vraiment la peine d’être lu !

 

Ma note : 8/10