Littérature française·Première guerre mondiale·Roman historique

Au revoir là-haut


Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

619 pages, éditions Le Livre de Poche, à 8,60€


Résumé : « Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »
Sur les ruines du plus grand carnage du XX° siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec Ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.


Extraits :  « Ce qui l’avait transpercé, c’était l’âge des morts. Les catastrophes tuent tout le monde, les épidémies déciment les enfants et les vieillards, il n’y a que les guerres pour massacrer les jeunes gens en si grand nombre.« 

« Même les grandes joies vous laissent un peu de regret, il y a un fond de manque dans tout ce qu’on vit. »


Mon avisC’est avec excitation que j’ai débuté ma lecture d’Au revoir là-haut. Depuis qu’il a été primé par le Goncourt en 2013, je n’avais de cesse d’entendre des louanges sur cette histoire. J’étais d’autant plus impatience de redécouvrir la si jolie écriture de Pierre Lemaitre, si changeante mais si belle, que j’avais pu admirer il y a peu dans son thriller Robe de marié. Dans Au revoir là-haut, l’auteur nous délivre une nouvelle forme que peut revêtir sa plume, à mille lieux de ses précédents ouvrages, mais toujours aussi bien écrit, aussi prenant et captivant.

Albert et Edouard ne se connaissaient pas avant d’être rassemblé pour faire la guerre. Une guerre désastreuse, où la mort ne signifie plus rien, tant elle est devenue monnaie courante. Mais en cette année 1918, les soldats entraperçoivent la finalité de cette bataille qui a duré plus de 4 années. Albert et Edouard, qui ont survécus durant tout ce temps, vont mener leur dernière offensive, en combattant les soldats sur la côte 113. Mais ils n’en ressortiront pas indemne. Albert frôle la mort de justesse, tandis qu’Edouard devient un blessé de guerre, totalement défiguré par un obus. La vie continue néanmoins, les deux hommes essaient de se reconstruire et d’oublier les horreurs qu’ils ont connus. Mais cela n’est pas évident, notamment pour Edouard, dont la figure, si différente qu’auparavant, lui rappelle sans cesse ce qu’il a vécu sur le champ de bataille. Pour se venger de cette guerre et des hauts placés qui ont ruinés leurs vies, les deux comparses vont imaginer une arnaque de niveau nationale. A l’heure où les communes s’empressent d’enterrer et de célébrer leurs morts, ils vont tenter de revendre des faux monuments aux morts à la France entière. De quoi leur rapporter un sacré pactole…

L’histoire est tellement bien écrite que les 600 pages du livre défilent à une vitesse folle. Pour tout vous dire, à chaque fin de chapitre, j’avais l’irrésistible envie de débuter un nouveau chapitre. Comme je cède souvent à la tentation, sachez que les chapitres s’enchaînaient les uns après les autres, sans temps mort.

Pierre Lemaitre retrace avec brio une période assez noire de l’histoire française. La première guerre mondiale et les conséquences qui ont suivies cette guerre (morts, blessés, traumatismes psychologiques, deuil, tristesse…). Autant d’émotions que les lecteurs ressentiront intensément. Il pointe particulièrement du doigt les injustices de ce conflit, la couardise des hauts gradés, le manque de reconnaissance après-guerre.

En attendant l’adaptation cinématographique de ce roman, prévu en octobre prochain, je vous laisse découvrir la bande-annonce ci-dessous. J’ai vraiment hâte de découvrir la façon dont les scénaristes se sont appropriés le récit. Car 600 pages d’écriture à raccourcir dans 1h30 de film sans dénaturer l’histoire, ça demande du temps et beaucoup de talent.


Au revoir là-haut est un magnifique roman historique, qui retrace une période après-guerre très noire. Avec humour, cynisme, volupté et poésie, Pierre Lemaitre réalise un coup de maître, en créant une ambiance réaliste, bourrée d’intenses émotions, dans une histoire totalement fictive. J’ai beaucoup apprécié le récit et les personnages et attend avec impatience de découvrir l’adaptation cinématographique réalisée par Albert Dupontel

Ma note : 8/10

 

Littérature anglaise·Roman historique·Saga familiale

L’île des oubliés


L’île des oubliés de Victoria Hislop

519 pages, éditions Le Livre de Poche, à 7,90€


Résumé : Alexis, une jeune Anglaise, ignore tout de l’histoire de sa famille. Pour en savoir plus, elle part visiter le village natal de sa mère en Crète. Elle y fait une terrible découverte : juste en face se dresse Spinalonga, la colonie où l’on envoyait les lépreux… et où son arrière-grand-mère aurait péri.
Quels mystères effrayants recèle cette île des oubliés ? Pourquoi la mère d’Alexis a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? La jeune femme est bien décidée à lever le voile sur la déchirante destinée de ses aïeules et sur leurs sombres secrets…

 


Extraits :  « La solitude ne signifiait pas nécessairement être seul. On pouvait se sentir seul au milieu d’une foule.« 

« La musique était un territoire neutre où la richesse et l’origine sociale n’avaient aucune importance. »


Mon avisEn débutant ma lecture, je pensais découvrir un polar ou thriller qui se serait passé en Crète. Mais je me suis vite rendue compte que L’île des oubliés est en fait une saga familiale, qui raconte le passé extraordinaire des ancêtres d’Alexis.

Alexis est une jeune Anglaise, qui ignore tout de ses racines. Sa mère reste étonnamment fermée face aux nombreuses interrogations de la jeune femme. C’est pour cette raison que Alexis entreprend un voyage en Crète, dans le petit village natal de sa mère, pour tenter de combler son ignorance. Là-bas, elle va faire la rencontre de Fotini, une femme qui a vu naître sa mère et qui connaît parfaitement l’histoire de sa famille. Fotini va entreprendre de lui raconter son histoire, en commençant par le commencement : l’enfermement de son arrière-grand-mère Eleni, atteinte de la lèpre, sur l’île des lépreux.

J’ai beaucoup apprécié l’historicité du récit. L’auteure prend comme point d’appui Spinalonga, une île crétoise qui a été le lieu de réclusion de toutes les personnes atteintes de la lèpre de 1904 à 1975. A partir de ce fait historique, elle va développer son histoire, en présentant Eleni, jeune mère de famille et institutrice, atteinte par la lèpre à cause d’un de ses élèves. Elle va rejoindre l’île pour y vivre et éviter de propager davantage cette maladie. Le lecteur va s’immiscer dans le quotidien des lépreux ; on va partager leurs vies, leurs émotions, les difficultés qu’ils rencontrent.

Même si les thématiques abordées ne sont pas très gaies, elles permettent de s’enrichir et de découvrir quelques pans importants de l’histoire mondiale, malheureusement trop peu connues.

Ces petites virée à Spinalonga, Agios Nikoalos ou Héracklion, m’ont donnés des envies de voyages. Si un jour je m’aventure en Crète, je suis certaine de faire un détour par ces coins-là. L’ambiance familiale de ces villages, la générosité des habitants et les traditions culturelles et religieuses décrites m’ont touchées.

Ci-dessous, une photographie de l’île de Spinalonga, sur laquelle étaient parquées les personnes atteintes de la lèpre. Suite à la découverte d’un traitement contre la lèpre, ce village a été totalement laissé à l’abandon. Aujourd’hui, il constitue un site touristique majeur crétois.

L’histoire est passionnante, et les personnages sont fantastiques et terriblement attachants. Tout est réuni pour nous faire passer un bon moment. On voyage, dans l’espace et le temps, on réfléchit aussi, notamment sur la léproserie et l’horrible réclusion des lépreux sur l’île. Pour ceux qui l’ignorent, la lèpre est une maladie infectieuse qui créée des déformations de la peau, rendant toute personne atteinte méconnaissable. Le fait que ces malades soient défigurés par la lèpre, couplé au fait qu’ils soient obligés de se parquer sur une île, isolé de tout, ont fait d’eux des parias de la société.

Dans l’époque à laquelle on vit, il est difficile de se représenter une telle horreur. Pourtant, cela s’est passé il y a moins d’un siècle. L’atrocité humaine face aux populations opprimées est désopilante. Heureusement, quelques personnes au grand coeur et au courage démesuré (je pense notamment aux deux médecins, Kyritsis et Patrakis, qui se rendaient sur l’île chaque semaine pour venir en aide aux lépreux), ont contribué à mettre un terme à cette politique d’isolement totalement inhumaine. Grâce au remède trouvé pour éviter la transmission de la lèpre, toutes les personnes isolées sur Spinalonga ont pu sortir de l’île et reprendre une vie (presque) normale.


L’île des oubliés, c’est une saga familiale qui mêle expérience historique et humaine. En mettant en avant l’exclusion dont on été victimes les personnages atteintes de la lèpre au XXème siècle, Victoria Hislop nous délivre un beau message de tolérance, d’amour et d’espoir. Une histoire qu’il faut lire absolument.

Ma note : 8/10

 

Roman historique

Les Origines de Rome

Les Origines de Rome de Tite-Live
422 pages, éditions Folio classique

 

Résumé : La louve allaitant au bord du Tibre les deux jumeaux dont l’un va fonder la ville de Rome, les Sabines se jetant au mi-lieu de la bataille où s’affrontent leurs pères et leurs maris, le fondateur de la République Brutus appelant ses compatriotes à la révolte en brandissant le poignard dont Lucrèce, violée par le fils du tyran Tarquin le Superbe, vient de se percer le sein, toutes ces scènes hautes en couleurs, c’est Tite-Live qui nous les a rendues familières. Mais le premier des Livres depuis la fondation de Rome n’est pas seulement le merveilleux livre d’images où il fait ressurgir, avec un art consommé, les épisodes fameux de la naissance et des premiers temps de l’histoire de Rome, lorsqu’elle avait des rois à sa tête. C’est aussi l’œuvre de réflexion d’un historien confronté, des siècles avant ses successeurs modernes, à la dimension légendaire et mythique de cette histoire et cherchant à mettre en place les catégories qui lui permettront de l’appréhender.

Extrait : « . »Ainsi périsse quiconque franchia mes remparts ». Romulus reste donc seul maître du pouvoir et la ville qui venait d’être fondée prit le nom de son fondateur. »

Mon avis : En première année de faculté, de nouvelles matières, totalement novatrices, surprenantes mais fortement intéressantes ont fait leur apparition. J’ai notamment eu droit à une initiation à la civilisation et à la culture romaine, matière dans laquelle nous ont été présentés la fondation de Rome, toutes les conquêtes romaines du premier roi, Romulus, au dernier, Tarquin le Superbe. Les Origines de Rome raconte avec précision et facilité les étapes qui conduisent de la monarchie à la démocratie. De plus, cette édition est bilingue, découpée d’une part en latin, d’autre part en français moderne.

Les chapitres, très courts – ils n’excèdent pas cinq pages chacun -, font de ce livre un ouvrage facilement accessible à tous. L’écriture est adaptée aux lecteurs, dans une visée didactique, pour enseigner à un plus large public les formidables événements qui ont conduits à la formation de Rome.

Sept rois se succèdent, chacun plus différents les uns que les autres. Tantôt combattant pour la paix, comme Numa Pompilius, le second roi de Rome, ou choisissant la bataille, tel que Tullus Hostilius, le troisième roi. Quoi qu’il en soit, chacun a apporté sa touche personnelle à l’édifice, aussi infime soit-elle.

J’ai adoré découvrir cette histoire. Il est rare, voire quasiment exceptionnel, que je lise des romans historiques. Mais là, j’ai pris plaisir à lire cet ouvrage, qui se présente comme une histoire fictive, que l’on savoure savamment.

Mêlant culture latine et histoires historiques guerrières, Tite-Live retrace avec parcimonie les étapes de la création romaine. Un très bon ouvrage, qui a le luxe d’être à double voix : écrit en latin sur la page de gauche, et en français moderne à droite. Bravo pour cette édition !

Ma note : 7,5/10
Roman historique

Paris chaos

Paris Chaos de Noël Simsolo
340 pages, éditions L’Archipel, à 20€

 

Résumé : Dans la nuit du débarquement des alliés en Normandie (5 à 6 juin 1944), Jean Leblanc, illusionniste et pickpocket, guette l’officier allemand Friedrich Wolf à la sortie d’un cabaret de Pigalle pour lui dérober une enveloppe. Mais celui-ci est abattu sous ses yeux par un homme qui s’enfuit en vélo. Sortant alors d’une porte cochère, le jeune résistant, Paul Saltion, fait les poches de la victime et emporte l’enveloppe que Leblanc convoitait.
Quel est ce butin ? De l’argent, la photo d’un tableau de Velasquez, des documents stratégiques et la liste des conspirateurs préparant un attentat contre Adolf Hitler. Le voleur est alors traqué par la Gestapo, la police française, la pègre et la Résistance. Leblanc travaille pour le compte d’un collectionneur allemand au service de Goering. Il reconnaît enfin son voleur parmi les figurants des Visiteurs du soir de Carné…

Extraits : « Quelles que soient les difficultés, tout vaut mieux que d’être mis hors de combat sans combattre. »
« Nous avons tous une face obscure qui nous salit et nous dévore. C’est le paradoxe de l’être humain depuis le début des temps. »

Mon avis : Le thème de la Seconde Guerre Mondiale est souvent manipulé, pris, repris, écrit puis réécrit dans les romans. Ils n’en demeurent pas moins chacun unique dans leur genre, traitant différemment du sujet posé. Après avoir lu des romans traitant de la condition des déportés juifs, comme Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay, ou même Pardonne-lui de Jodi Picoult, et après avoir lu une BD sur la Résistance, celle d’Alain Grand et Marc Lévy, Les enfants de la liberté, Paris chaos reste dans le thème, mais l’approche d’une tout autre manière.

L’auteur décide de nous parler des mouvements de Résistance des français, mais également de la Gestapo allemande, de la police française, du régime de Vichy… vous l’aurez compris, il faut un minimum de connaissance sur cette partie de l’histoire pour pouvoir comprendre un tant soit peu le récit.

La première chose qui peut surprendre, quand on débute la lecture de ce roman, c’est le peu de pages que contiennent les chapitres. Je n’ai pas été outre-mesure surprise, ni gênée par ce peu de pages, bien au contraire, il a donné du rythme et de la vitesse au récit, comme si toute l’histoire se déroulait à vive allure.
A chaque fin de chapitre, c’est à un nouveau narrateur auquel nous avons à faire. L’auteur a choisi d’alterner la prise de parole et l’histoire des personnages, en les mélangeant assez simultanément, en faisant se suivre un chapitre concernant la Résistance par un nouveau sur les nazis. Ces changements brutaux rajoutent de la dynamique à l’ouvrage. Ne soyez pas surpris de ne pas retenir dès le départ le nom et le rôle de chaque personnage… au fil de votre lecture, vous arriverez plus aisément à apprivoiser chacun.

Noël Simolo ajoute, au début de chaque chapitre, le jour et l’heure à laquelle se déroule la scène qui va suivre. Connaissant les grands événements de cette seconde Guerre Mondiale, c’est avec une sorte d’anxiété que nous suivons ce chronomètre qui s’égrène lentement, et inexorablement…

Paris chaos représente bien la guerre telle quelle ; violente, cruelle et effroyable. Les scènes macabres sont nombreuses, plus sanguinolentes et cinglantes les unes que les autres. C’est avant tout un roman noir et sombre, telles les années de guerre qui se sont écoulées.
Mais à travers ses abondantes séquences bestiales, des scènes plus touchantes ont prouvées qu’il restait un semblant d’humanité et de sentimentalité dans cette guerre noire et sans merci.

Même si parfois certaines scènes ont pu être un peu brouillonnes, et qu’il était facile de se perdre dans le rôle que tenait chaque personnage, l’intrigue en elle-même est très bien menée, et nous apprends énormément de choses.

 

Ma note : 6,5/10
Roman historique·Seconde guerre mondiale

Le sel de nos larmes

Le sel de nos larmes de Ruta Sepetys
479 pages, éditions Gallimard, collection Scripto
Résumé : Hiver 1945. Quatre adolescents. Quatre destinées.

Chacun né dans un pays différent.
Chacun traqué et hanté par sa propre guerre.
Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l’avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes…
Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhem Gustloff, un énorme navire promesse de liberté…

Inspirée par la plus grande tragédie de l’histoire maritime, Ruta Sepetys lève le voile sur une catastrophe scandaleusement occultée de la Seconde Guerre mondiale, qui a fait au moins six fois plus de victimes que le Titanic en 1912.

Extraits :  « La fille aveugle, elle, a des pansements sur les yeux. Qu’est-ce que les aveugles voient dans leurs rêves ? Est-il possible de rêver d’une fleur quand on n’en a jamais vu dans la réalité ? »
« Les chaussures racontent toujours l’histoire de leur propriétaire. »

Mon avis :  Je dois dire qu’en ce moment, les éditions Gallimard me surprennent. Après mon coup de coeur pour Le garçon au sommet de la montagne de John Boyne d’il y a une dizaine de jours, je viens d’être frappée par la foudre grâce à ce livre de Ruta Sepetys.

C’est un livre à quatre voix, dans lequel nous voyons plusieurs personnages qui se mêlent et s’entremêlent. Il y a tout d’abord la belle Joana, médecin et Lituanienne, rapatriée en Allemagne. Emilia, la petite fille enceinte, qui fuit sa Pologne natale pour ne pas périr. Florian, le mystérieux soldat, sauveur de la jeune Emilia. Et enfin Alfred, le bon soldat Allemagne, naïf et benêt. La Seconde guerre mondiale va rapprocher tous ses personnages, qui n’ont rien en commun, mais qui vont devoir se serrer les coudes pour survivre. Ils n’ont tous qu’un but : quitter cette terre de guerre pour embarquer sur le Wilhelm Gustloff.

Lors de mes précédentes lectures, j’avais déjà eu l’honneur de croiser Ruta Sepetys dans Big easy. Ce dernier ne m’avait pas laissé une trace indélébile dans l’esprit. Or, je suis sûre et certaine que Le sel de nos larmes restera longtemps dans ma mémoire.

On y suit des réfugiés, des soldats et des citoyens, qui fuient leur pays, leur maison et leurs familles à cause de la guerre. Ils essaient de rejoindre au plus vite la mer Baltique pour tenter d’embarquer à bord d’un des navires qui les conduira en lieux sûrs. Cela ne vous rappelle-t-il rien ? 80 années plus tard, la guerre fait toujours rage dans le monde, les migrants et réfugiés sont encore nombreux, tout comme le nombre de morts.

L’écriture du livre est juste prodigieuse. Ruta Sepetys a un talent hors du commun. Je n’avais jamais ressenti quelque chose d’aussi fort en lisant un livre. Mais alors là, les mots étaient tellement justes et réalistes, que je me suis plongée corps et âme dans l’histoire. Je me suis attachée aux personnages, je vivais avec eux cette dangereuse traversée. On ressent vraiment intensément tout ce qui se passe dans ce livre.

Il y a constamment des alternances de voix narratives, avec des chapitres qui n’excèdent pas quatre pages. De quoi donner du dynamisme au récit… mais aussi de quoi apporter de grand moment de suspens.

500 pages de lecture qu’on ne voit pas passer. J’en redemande encore et encore ! Merci beaucoup Ruta Sepetys pour ce magnifique moment de lecture, ces multiples émotions que vous m’avez fait ressentir et cette mise en lumière d’un événement dramatique de la seconde Guerre mondiale. A mettre entre toutes les mains !

Ma note : 10/10
Littérature américaine·Roman historique

La plantation

La plantation de Leila Meacham
605 pages, éditions Charleston, à 8,90€

 

Résumé : Une fresque historique haletante, pleine de suspense, écrite comme on filme une série TV
Un siècle et demi d’aventures chez les Toliver, les Warwick et les DuMont ! Tout commence en Caroline du Sud, avant la guerre de Sécession. Privé de son héritage, Silas Toliver s’associe à son meilleur ami, Jeremy Warwick, pour monter une expédition ferroviaire vers un nouveau territoire portant le nom de Texas. Amour, mariages, amitié, trahison, tragédie et triomphe, tous les ingrédients qui ont fait le succès des Roses de Somerset sont là, avec en toile de fond l’esclavage et son abolition, la découverte de l’Ouest, la guerre de Sécession, bref, l’histoire des États-Unis.
Avec ce nouveau roman, Leila Meacham remet au goût du jour les grandes sagas.

Extraits :  « L’anneau est porté à l’annulaire de la main gauche depuis l’époque romaine car les Romains pensaient que la veine de ce doigt remontait jusqu’au coeur. »
« Si un jour j’offense l’un de vous, je lui enverrai une rose rouge pour lui demander pardon, expliqua-t-il. Et si j’en reçois une, je répondrai d’une rose blanche pour indiquer que tout est pardonné. »

Mon avis :  Ce fût un immense plaisir pour moi que de lire une aussi somptueuse histoire. Un roman historique qui remonte au temps des esclaves dans les champs de coton, doublé d’une saga familiale bouleversante.

En Caroline du Sud, dans les années 1835, Silas Toliver, un des fils d’un homme très influent en Amérique, se voit privé de l’héritage de son père, confié uniquement à son frère. Son rêve de partir au Texas fonder sa propre plantation s’effondre. Jessica Wyndham, de son côté, fille d’un riche propriétaire de terres, ne partage pas les idées de ses semblables sur la traite des esclaves. Son père, ne voulant plus entendre sa fille protester et souiller leur nom, va la marier de force à Silas, à qui il donnera de l’argent pour qu’il puisse partir au Texas poursuivre son rêve. Mais en partant, la mère de Silas lui promet une malédiction générationnelle qui s’abattra sur ses terres et sur sa vie.

Leila Meacham retrace 70 années de l’histoire Américaine : de la traite des noirs jusqu’à l’abolition de l’esclavage en 1865. Les états Américains sont divisés en deux groupes : les abolitionnistes, dont fait partie Jessica et les esclavagistes. Silas et ses amis, les Warwick et les Dumont, vont construire leur propre ville texanne, que l’on verra évoluer tout au long du récit. Bien que ce livre mette en avant les inégalités qui séparaient esclavages noirs et hommes blancs, Leila Meacham atténue cette séparation, en montrant par exemple Tippy, modèle d’une femme noire qui arrive par ses propres moyens, grâce à son talent, à devenir une jeune femme respectée et populaire. Quelques situations du récit peuvent faire penser au livre de Harriet Beecher Stowe La case de l’oncle Tom, avec un parallèlisme prononcé entre les bons maîtres et les maîtres sévères et une méditation sur la liberté rendue aux esclaves.

Mais La plantation, c’est aussi une réflexion sur la condition de la femme au XIXème siècle. Jessica se fait la figure phare de la femme indépendante, généreuse, active, qui veut faire entendre ses idées et ses choix et ne veut pas se laisser gouverner par la domination des hommes. C’est une femme aimante et aimée par son maris et ses amis et appréciée de tous. Mais dans ces temps-là, rares étaient les femmes qui pouvaient affirmer être aimées pour ce qu’elles étaient. On en a la preuve avec Priscillia, la femme de Thomas, qui est le fils de Jessica. Thomas a épousé Jessica par intérêt : il voulait qu’elle lui donne un enfant, un fils comme descendant, pour reprendre la main-mise sur le domaine de Somerset. En temps de guerre, il avait peur de perdre sa vie dans la mêlée et de faire sortir Somerset du nom des Toliver.

J’ai beaucoup aimé la saga familiale en elle-même. On suit une génération familiale dans son entièreté, des arrières grands-parents jusqu’aux arrières petits-enfants. De nombreux événements séparent ces deux générations : entre drames familiaux (la mort de nombreux enfants dûe à la « malédiction » lancée sur Somerset), guerres d’idéologies, mariages… toute l’histoire familiale des Toliver est retracée dans cet ouvrage. Bien que faisant plus de 600 pages (dans son format poche), j’aurais voulu en lire encore davantage. L’histoire est si prenante, si additive, les protagonistes si attachants, que j’aurais bien voulu une suite de ce livre.

Cette romance histoire est une vraie découverte. J’ai adoré me plonger dans ce récit, écrit avec réalisme, qui retrace avec brio un pan de l’histoire de l’Amérique. Les personnages m’ont touchés, tout comme leurs histoires, souvent dramatiques, elles n’en demeurent pas moins magnifiques. Je vous recommande chaudement ce livre, car pour moi, c’est un réel coup de coeur !

 

Ma note : 9,5/10
Littérature jeunesse·Roman historique

Les larmes noires

Les larmes noires de Julius Lester.
153 pages, éditions Poche Jeunesse

 

Résumé : La jeune Emma vit dans une plantation de coton entourée des siens et de la famille du maître, lorsqu’on la sépare de ses parents et de ceux qu’elle aime. À treize ans, elle est vendue, comme des centaines d’autres esclaves. Sarah, la fille du maître, très attachée à Emma, ne pardonnera jamais cette barbarie à son père…

Extraits : « On n’a pas toujours besoin d’avoir une raison pour être heureux. »
« Si ça te fait mal quand tu vois quelqu’un souffrir, c’est que tu as bon coeur. »
« L’époque change et, selon moi, ce n’est pas pour le mieux. »

Mon avis : Ce livre de Julius Lester est facile et rapide à lire, il peut être lu à la fois comme un roman, mais aussi comme une pièce de théâtre. Très émouvant, rempli d’émotions, il raconte, à travers des faits réels, la réalité de l’esclavage et les conditions de vie des différents esclaves dans les plantations. Très bon livre, qui marque les esprits.

 

Ma note : 6/10