L’envers du décor


L’envers du décor de MA2X

197 pages, éditions Hachette romans, à 15,90€


Résumé : Maxence, alias Ma2X, raconte les raisons qui l’ont fait arrêter la musique. Pour la première fois, il se livre à coeur ouvert sur trois années qui ont bouleversée sa vie à jamais : rupture amoureuse, coup de poignard, trahison.
Des photos exclusives (fournies par l’auteur) seront présentées sous forme de cahier central.


Extraits  « Vous savez, je suis convaincu que, quand on est bien avec quelqu’un, quand les sentiments sont sincères, il n’y a pas de place pour la jalousie. »

« La trahison est la plus douloureuse des blessures, celle qui ne cicatrice jamais. Toujours à vif, toujours enflammée, elle lance ses flashs de souffrance dans le corps et dans l’esprit. »


Mon avis : Qui est vraiment MA2X ? Au-delà du jeune chanteur beau gosse qui compose avec son coeur, se cache un garçon nommé Maxence, qui a vécu de nombreux coups durs. Dans L’envers du décor, il se livre avec émotion sur les grands temps forts qui ont rythmés sa vie ces dernières années : sa rupture douloureuse, mais aussi son agression au couteau, ou encore la trahison de son frère.

Même sans connaître l’artiste ou sans connaître ses chansons, vous pourrez réussir à aimer son témoignage. MA2X est un garçon attachant, qui a su toucher mon grand coeur de lectrice. Il se livre avec pudeur et sincérité sur ses histoires de coeur, et sur l’ensemble de sa vie en générale. J’ai découvert un garçon courageux, qui a su affronter avec force et audace les coups durs de la vie. Malgré les épreuves qui se trouvaient sur son chemin, il a réussi à passer outre, à relever la tête et à continuer d’avance avec le sourire. C’est un garçon au grand coeur, qui donne beaucoup d’amour, à ses parents, à ses amis (Yoyo, Emmy…), et qui reçoit beaucoup d’amour en retour, que ce soit de ses proches ou de ceux qu’il appelle « sa team » (ses fans). Il n’oublie pas de tous les remercier, à plusieurs reprises, et je trouve cette attention touchante.

A chaque début de chapitre, se trouve quelques paroles issues d’une chanson qu’il a écrite. J’avoue que je n’ai pas pu m’empêcher d’aller les écouter à chaque fois. Il m’est arrivé aussi d’en mettre quelques-unes en fond sonore, tout en lisant le témoignage de Maxence. Ça permet d’entrer encore plus étroitement dans sa vie, de comprendre un peu plus tout ce qu’il a ressenti et traversé. Beaucoup de citations en lien avec son histoire ponctuent également les différents chapitres. J’ai beaucoup apprécié les redécouvrir (puisqu’elles sont quand même, pour la plupart, très connues), et les lire dans ce contexte particulier.

Quant à la fin du livre, elle reste ouverte, presque écrite en pointillées… MA2X clôt son autobiographie sur une belle histoire, qui s’écrit au fur et à mesure avec Emmy (alias EmmyMakeUpPro). Histoire d’amitié ? Histoire d’amour ? Seul l’avenir nous le dira…


Le chanteur MA2X se livre, à travers une autobiographie touchante, sur les temps forts qui ont rythmés sa vie ces dernières années. Une autobiographie écrite avec sincérité, qui saura vous toucher. 

Ma note : 7/10

Pour lire plus d’avis

 

 

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Petite


Petite de Sarah Gysler

182 pages, éditions Équateurs, à 18€


Résumé : « Je suis née au milieu des années nonante dans une famille décomposée. On était de ces enfants qui grandissent avec une clef autour du cou, connaissent les numéros d’urgence par cœur et savent faire cuire des pâtes avant même d’être en mesure d’atteindre les casseroles. Petite, on a tenté de m’expliquer que j’avais des « origines » par ma mère et un père qui ne peut plus courir parce qu’il a trop travaillé. En classe, j’écoutais des professeurs désabusés me raconter comment réussir ma vie. Plus tard, on m’a dit que je travaillerai dans un bureau parce que c’est ce qu’il y avait de mieux pour moi, qu’assez vite j’aurai un mari, une maison, puis des enfants, qui verront le jour presque par nécessité. À vingt ans, j’ai arrêté d’écouter les gens et je suis partie. Seule, en stop et sans un sou en poche. J’ai traversé l’Europe jusqu’au Cap Nord, sans autre but que de ne pas pourrir chez moi. On peut dire que j’ai fui. C’était mon premier grand voyage. Dans ce livre, j’ai voulu raconter mes errances, mes chutes et comment la route m’a sauvée. » S. G.

Ce livre est un roman d’apprentissage foudroyant, celui d’une petite fille qui transforme sa colère en odyssée. Avec humour et tendresse, la jeune globe-trotteuse raconte les tourments de l’enfance, son dégoût d’une société uniformisée, mais aussi son irrésistible soif d’être libre qui la pousse à dépasser ses peurs.


Extraits « Mon père dit que l’adolescence est un tunnel, j’imagine plutôt un gouffre, un vortex qui nous aspire et nous recrache tout cabossés cinq ans après. »

« Souvent, j’essaye de fermer les yeux, de me préserver. Mais, très vite, la réalité me rattrape. Elle est partout, la garce, et elle court vite. »


Mon avis : Petite, c’est l’autobiographie de Sarah Gysler, une jeune aventurière qui, après 3 années de voyage, décide de partager ses péripéties à travail un livre. A 20 ans, Sarah décide de tout plaquer et de partir prendre la route, sans argent, uniquement avec son sac à dos et Mimou, son chat en peluche. Une aventure unique, que beaucoup n’ont pas compris. Une jeune femme seule, qui part sans itinéraire, sans argent en poche, qui se déplace uniquement en faisant du stop, qui compte sur la gentillesse des habitants locaux pour lui proposer le gîte et le couvert… ça a de quoi faire peur !

Mais Sarah est une jeune femme très courageuse. Alors qu’elle aurait pu abandonner face à l’adversité, au manque de confort, au manque de sa famille, à cause de toutes les difficultés du quotidien auxquelles est exposée une personne dite « nomade », Sarah a toujours su relever la tête et aller de l’avant. Je l’admire pour sa détermination.

En somme, grâce à tous les voyages effectués, Sarah a donné un sens à sa vie et à appris à se découvrir et à mieux se connaître. Petite est un livre que je pourrais recommander aux plus jeunes, pour leur montrer que tout est possible, qu’il ne faut jamais se cantonner à ce que la société veut nous imposer. Il faut suivre ses rêves et aller au bout des choses.

J’ai adoré l’écriture de Sarah, qui couche les mots sur le papier comme si elle nous parlait directement. Une certaine intimité naît entre le lecteur et l’auteure, si bien qu’à la fin du livre, j’ai eu l’impression que Sarah était devenue comme une amie.

Pour ceux qui aimeraient suivre les aventures de Sarah Gysler autour du monde, je vous donne rendez-vous sur son Blog laventurierefauchee.com ou sur sa page Facebook Sarah Gysler – L’aventurière Fauchée.


Une autobiographie émouvante sur le quotidien d’une jeune femme devenue nomade. 

Ma note : 7,5/10

Ni d’Ève ni d’Adam


Ni d’Ève ni d’Adam de Amélie Nothomb

182 pages, éditions Le Livre de Poche, à 6€


Résumé : « Stupeur et tremblements » pourrait donner l’impression qu’au Japon, à l’âge adulte, j’ai seulement été la plus désastreuse des employés. « Ni d’Ève ni d’Adam » révèlera qu’à la même époque et dans le même lieu, j’ai aussi été la fiancée d’un Tokyoïte très singulier. (A. N.)
Une initiation amoureuse et culturelle, drôle, savoureuse, insolite et instructive (si les codes de la société japonaise demeurent souvent impénétrables, l’étranger qu’est l’Occidental est aussi source de quiproquos et de malentendus…).


Extraits  « Il faudrait toujours se rendre dans les expositions ainsi, par hasard, en toute ignorance. Quelqu’un veut nous montrer quelque chose : cela seul compte. »

« Le moyen le plus efficace d’apprendre le japonais me parut d’enseigner le français.« 


Mon avisAprès plusieurs années sans ouvrir un seul Amélie Nothomb, un beau jour, en ayant marre des romans trop communs et decéptifs, j’ai eu envie de sortir Ni d’Ève ni d’Adam de ma Pile à Lire.

Amélie nous raconte son séjour à Tokyo, au Japon. Arrivée là-bas depuis peu, elle divulgue une annonce pour donner des cours de français. Un japonais la contacte, et les voilà tous les deux attablés à un café pour apprendre le français pour l’un, pour se perfectionner au japonais pour l’autre. S’ensuit une jolie histoire d’amitié, voire d’amour, entre deux êtres que tout oppose.

Ni d’Ève ni d’Adam n’est pas un roman, mais un bout de l’histoire de l’auteure, qui nous raconte un autre épisode de sa vie au Japon. J’en retiens un choc des cultures assez marqué, avec la jeune Européenne d’un côté et le jeune Tokyoïte de l’autre, qui s’efforcent de s’apprivoiser tant bien que mal. Les différences culturelles, linguistiques et traditionnelles sont souvent teintées d’incompréhension par qui ne sait pas les domestiquer. Je pense notamment à cette scène du dîner assez ahurissante, pendant laquelle Amélie a dû jouer l’hôtesse de maison à une dizaine d’amis de son hôte Japonais, totalement hagards et muets. J’ai néanmoins grandement apprécié d’être immergé dans cette culture japonaise intimiste et secrète.

Amélie se lance dans une relation mi-amoureuse mi-amicale avec ce jeune japonais rencontré au café. Une relation savoureuse, pudique et décalée, qui n’aura de cesse de vous surprendre… et de vous amuser !

Comme souvent, l’écriture de l’auteure est intelligente et peu surprendre les non-initiés. Nous faisons face à des situations souvent peu communes, parfois drôles, cocasses ou insolites. Du Amélie Nothomb tout craché, que je prends plaisir à découvrir chaque fois ! Avec cette auteure, on est sûr de sortir des chemins balisés et de pénétrer dans un univers original et dépaysant.


Un récit court mais tendre et intense à la fois, qui raconte l’idylle entre Amélie et un jeune Tokyoïte. Si vous souhaitez vivre un moment émouvant, drôle, et dépaysant, cette autobiographie est faite pour vous !

Ma note : 7,5/10

La nuit avec ma femme


La nuit avec ma femme de Samuel Benchetrit

158 pages, éditions J’ai Lu à 7,20€


Résumé : Un homme ouvre son cœur à sa femme disparue sous les coups d’un autre, venue le visiter le temps d’une nuit. Un voyage intérieur poétique, âpre et intime.

 » J’ai passé plus de temps que toi sur cette Terre. Et notre différence, c’est que moi, je t’ai perdue. C’est parce que j’ai continué à vivre que je le sais. J’ai voulu être seul souvent pour être avec toi. Il faut bien donner son temps aux amours invisibles. S’en occuper un peu. Encore maintenant je me demande comment tu vas. Ce que tu fais. Je cherche de tes nouvelles. J’invoque la colère pour que tu la calmes. Quelques rires où tu me rejoindrais. Et le soleil a changé, puisqu’il manque une ombre. Mais je suis heureux. Et c’est à ton absence que je dois de le savoir.  »


Extraits :  « Les vivants font plus de signes aux morts que les morts n’en font aux vivants. On a des cloches et des fêtes. Vous ne faites rien pour nous. Enfin, je crois. Juste de la peine et occuper les souterrains. »

« Écoute. Écoute ton rire mon amour. Peut-être que le temps a abîmé ta voix. Mais c’est mieux que rien. Et la technologie ne sert qu’à ça. Se donner des nouvelles du passé. On invente un futur pour mieux se souvenir des peines. »


Mon avisUn grand merci à Babelio, qui m’a permis de découvrir cet émouvant témoignage.

Samuel Benchetrit, auteur, scénariste et réalisateur français, a dû faire face, en 2003 à l’assassinat de son ex-femme, par son nouveau conjoint. Alors qu’ils avaient eu un enfant ensemble, Samuel se retrouve seul à l’élever. Il nous raconte ce qu’il a ressenti suite à ce drame, comment il a réagit, comment il a continuer malgré tout à vivre, pour lui, mais surtout pour leur enfant. Il va profiter d’une dernière nuit, le temps d’une dernière rencontre mystique avec celle qui fût sa femme, pour déverser tout ce qu’il a sur le coeur.

Ce livre est un concentré d’émotions. Je dois quand même avouer que le style narratif abrupte de l’auteur m’a un peu déstabilisé au début de ma lecture. Des phrases courtes, percutantes, quelques mots jetés ici ou là. Il m’a fallu un temps d’adaptation pour enfin pouvoir m’insérer dans l’histoire. C’est donc sans surprise que j’ai préféré découvrir la seconde partie du livre, que j’ai trouvé plus intense et surtout plus prenante que le début du récit.

La nuit avec ma femme aurait pu être un cri de colère face à l’homme jaloux qui a assassiné l’être aimé. Mais Samuel Benchetrit opère un tout autre virage dans son récit, en ne parlant que d’amour. C’est un témoignage poignant et touchant, qui nous prouve qu’après une dizaine d’années, l’auteur ne l’a toujours pas oublié et continue à penser très souvent à elle. Un livre  d’amour écrit comme un hommage, ou comme un adieu, à cette femme qu’il n’oubliera jamais.

Mais c’est aussi une histoire triste, qui nous rappelle que chaque jours, des femmes meurent sous les coups de leurs compagnons. En France, une femme meurt tous les trois jours des suite des coups de son compagnon. Mais ce n’est pas tout : 223 000 femmes sont chaque année victimes de violence physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ; 84 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol, chaque année en France. Des chiffres alarmants, mais bien réels. La nuit avec ma femme, même si ce n’est pas son but premier, sensibilise aux violences faites aux femmes. En mettant en lumière cette réalité et tout ce qui en découle, beaucoup peuvent se rendre compte de la gravité des faits et aider à leur échelle.


Samuel Benchetrit met son coeur à nu et se livre sur les sentiments qu’il ressent et à ressenti après l’assassinat de sa femme. Un récit profond et intense, qui ne laisse pas indifférent. 

Ma note : 6/10

La petite dernière


La petite dernière de Susie Morgenstern

222 pages, éditions Nathan, à 13,95€


Résumé : Les PETITES dernières aussi veut faire de GRANDES choses !

La petite Susie grandit dans les années 50, à Belleville, aux États-Unis, dans une famille juive de trois enfants. De trois filles plus exactement : Sandra, Effie, et elle, Susie « La petite dernière ». Et c’est son grand drame d’être la troisième ! Seules ses aînées se voient confier de véritables missions par sa mère : préparer les légumes, mettre la table… Elle, elle n’est même pas digne d’éplucher les patates ! Elle doit se contenter de faire ses devoirs. En plus, ses sœurs prennent toute la place : Sandra est « la plus jolie », Effie « la plus drôle ». Que lui reste-t-il de spécial ?

Des choses quotidiennes tendres et drôles, inspirées de la vie de l’auteure.


Extraits :  « Mais j’avais déjà en tête le plus grand projet de ma vie : lire tous les ouvrages posés sur les étagères de chêne, en débutant par les auteurs donc le nom commençait par A.
Peu importe ce que je lisais, ce qui m’intéressait c’était de lire, toujours et encore.« 

« Elle réussissait à rendre chaque minute de sa vie excitante dans ce trou qu’était Belleville. Elle était la première à dire qu’on a la vie qu’on se construit. »


Mon avisSusie Morgenstern est une auteure de livres jeunesse, qui place au coeur de ses histoires de nombreux enfants, et notamment des filles. C’est le cas avec sa saga La famille trop d’filles, qui met en scène une famille de six soeurs et un frère. Je n’ai donc pas été surprise lorsque j’ai appris que Susie Morgenstern était la cadette d’une famille de trois petites filles. On comprend bien que l’inspiration pour la saga précédemment citée a été puisée directement dans le quotidien de l’auteure.

La petite dernière, contrairement à ces autres ouvrages, est un récit autobiographique, dans lequel l’auteur nous fait part de quelques souvenirs de l’année de ses dix ans. Entre anecdotes croustillantes et rigolotes ou secrets inavoués, l’auteure nous emmène avec elle dans les années de sa folle jeunesse.

Plusieurs choses ont marqués particulièrement la petite fille qu’elle était. La première, c’est sa place de cadette. Ses parents ont fait un troisième enfant pour obtenir un garçon, et manque de chance, c’est la petite Susie qui est apparue. Après cette révélation, il n’est pas aisé de ne pas se sentir un peu coupable. De plus, précédée de deux grandes soeurs, Susie s’est vue reléguée au second plan, que ce soit dans les tâches ménagères à accomplir, ou dans le coeur de ses parents. Entre jalousie et admiration pour ses soeurs, et culpabilité envers ses parents, la troisième place de Susie n’a jamais été évidente !

Deuxième grand souvenir que Susie a conservé de son enfance, c’est la pratique religieuse quotidienne que ses parents lui imposaient. Sa famille étant juive, Susie a vécue à distance la seconde guerre mondiale, et l’antisémitisme qui sévissait gravement en Europe. Réfugiée aux États-Unis, ils pratiquaient tous, avec une assiduité marquante, les prières quotidiens et autres fêtes liées au judaïsme. Cette partie de l’histoire m’a particulièrement fascinée, puisque l’état d’esprit des gens  au regard de la religion, ainsi que la bonhomie qui planait dans ses années semblent être un temps totalement révolu. De nos jours, il est difficile de concevoir d’afficher aussi clairement sa religion sans se prendre des remarques ou insultes à tout va… Les souvenirs de Susie n’ont jamais aussi bien portés leurs noms : des événements passés et terminés, que l’on garde précieusement dans sa mémoire.

En plus de ces textes intimes, l’auteure a incorporé quelques dessins qu’elle a elle-même réalisé. En lien avec le récit, la plupart illustrent l’amour fraternel entre elle et ses soeurs. Ces dessins peuvent également être un moyen de se replonger un instant dans l’enfance merveilleuse, où dessiner constituait la tâche la plus importante à faire de la journée.

 


Une histoire pleine de tendresse et de douceur, qui évoque des souvenirs d’enfance chaleureux. Une parenthèse enchantée, qui vous rendra à la fois heureux et nostalgique.

Ma note : 6/10

 

J’ai réussi à rester en vie


J’ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates

529 pages, éditions Points, à 8,30€


Résumé : Le matin du 11 février 2008, Raymond Smith, le mari de Joyce Carol Oates, s’est réveillé avec un mauvais rhume. Il respire mal et son épouse décide de l’emmener aux urgences où l’on diagnostique une pneumonie sans gravité. Pour plus de sûreté, on le garde en observation. Une semaine plus tard, au moment même où il devait rentrer chez lui, Raymond meurt d’une violente et soudaine infection nosocomiale. Sans avertissement ni préparation d’aucune sorte, Joyce est soudain confrontée à la terrible réalité du veuvage. Au vide. À l’absence sans merci. J’ai réussi à rester en vie est la chronique du combat d’une femme pour tenter de remonter de ce puits sans fond. De poursuivre une existence amputée du partenariat qui l’a soutenue et définie pendant près d’un demi-siècle. En proie à l’angoisse de la perte, à la désorientation de la survivante cernée par un cauchemar de démarches administratives, et les absurdités pathétiques du commerce du deuil, Oates décrit l’innommable expérience du chagrin, dont elle ne peut s’extraire qu’à grand peine, de temps à autre, en se tournant vers ses amis. Avec sa lucidité coutumière, parfois sous-tendue d’un humour noir irrésistible (quand, par exemple, elle se lamente sur l’absurdité des luxueux paniers gargantuesques de saucissons et de pop corn au chocolat déposés devant sa porte en manière de condoléances), elle nous offre à travers ce livre, qui ne ressemble à rien de ce qu’elle a écrit jusqu’ici, non seulement une émouvante histoire d’amour mais aussi le portrait d’une Joyce Carol Smith inconnue et formidablement attachante.


 

Extraits :  « La plus délicieuse des intimités : ne pas avoir besoin de parler ».

« Quand on vit seul, prendre un repas a quelque chose de méprisable, de dérisoire. Car un repas est un rituel social, sans quoi ce n’est pas un repas, mais juste une assiette remplie de nourriture ».

Mon avisJoyce Carol Oates est une auteure américaine mondialement connue, qui comptabilise plus d’une centaine de livres à son actif (romans, nouvelles, pièces de théâtre…). Curieuse de découvrir son écriture, j’étais aussi curieuse de découvrir qui était cette grande dame. C’est pour cette raison que, comme première approche littéraire, j’ai fait le choix de lire un de ses témoignages les plus intimes et poignants qui soient, puisqu’il raconte la mort de son mari, Raymond, avec qui elle était mariée depuis près de cinquante ans et son veuvage précoce.

Il n’est jamais facile d’écrire un avis sur un témoignage, puisque cela revient à juger de la vie d’autrui, chose que je ne me permettrais jamais de faire. Dans cette chronique, je m’attacherais donc à vous témoigner toutes les émotions qui m’ont traversées à la lecture de ce récit.

Comme chaque lecture qui lit ce récit, j’ai éprouvé beaucoup de peine à l’annonce tragique de la mort de Ray Smith, et j’ai pu ressentir le choc que cela a dû être pour Joyce de constater la mort brutale de son mari, alors si en forme une semaine auparavant. Une mort prématurée, qui aurait pu être évitée. J’ai ressenti de la colère à l’encontre des membres hospitaliers, qui m’ont semblé peu bienveillants, assez froids, rigides. La présence constante de la mort dans leur vie leur a certainement forgé une carapace qui les empêche de ressentir de ressentir des émotions tragiques.

On ne peut que compatir à la tristesse de la veuve et calquer sa propre vie sur la sienne. Comment aurions-nous réagit si une telle chose nous arrivait dans la vie ? On s’identifie à l’auteure, on boit ses propos et on s’émeut intensément de ses paroles. C’est beau et touchant, c’est fort émotionnellement et bien écrit stylistiquement. Entre souvenirs heureux de leur vie commune et réflexions sur la perte et la période qui suit la perte de l’être cher, c’est un récit intime, plein d’émotions que nous livre l’auteur. Elle nous partage ses peines : lorsqu’elle rentre dans leur maison trop grande et trop vide, que tous les endroits où elle se rend lui rappelle Raymond, que les messages et cadeaux attendrissants arrivent par centaines… Elle doit maintenant faire face seule à la vie, et tenter de reprendre le court normal de son quotidien.

A ceux qui auraient peur de retrouver entre ces pages une effusion d’émotions tragiques, détrompez-vous. L’écriture de Joyce Carol Oates, bien loin d’être larmoyante et plaintive, est au contraire remplie d’une force expressive intimidante et d’une réflexion intelligente sur le deuil et la dépression. Ce livre représente un magnifique hommage à l’homme qu’elle a aimé, chérie et accompagné tout au long de sa vie. Pour finir cette chronique d’une touche d’espoir, sachez que le destin a décidé de faire recroiser le chemin de l’amour à Joyce. Depuis ce terrible drame, l’auteure s’est reconstruite auprès d’un autre homme. Rien ne pourra jamais lui faire oublier son Raymond, mais la vie est tellement courte, qu’il ne faut pas la passer à se morfondre, mais qu’il faut continuer à profiter, à avancer et à aimer. Bravo Joyce Carol Oates : j’admire votre courage et votre lutte acharnée pour réussir à rester en vie.

Ma note : 7/10

La Triomphante

La Triomphante de Teresa Cremisi

219 pages, éditions Folio

 

Résumé » Longtemps je n’avais pas compris que le fait d’être une femme était comme on dit un handicap ; je ne m’étais nullement attardée sur l’évidence qu’il était difficile d’envisager un destin à la Lawrence d’Arabie en étant de sexe féminin. Je n’avais d’ailleurs eu aucune alerte à ce sujet. Mes parents ayant oublié de m’interdire quoi que ce soit, je n’avais jamais de ma vie entendu dire que je ne pouvais pas entreprendre quelque chose parce que j’étais une fille.  »
La Triomphante est le portrait d’une aventurière : l’odyssée, réussie ou ratée, ne compte que pour elle-même. La Triomphante est l’histoire d’une enfant d’Orient rêvant à l’Europe : adaptation, dissimulation, transformation ; drôles de batailles, inévitables défaites. La Triomphante est un personnage qui a une conception primitive de l’amour : possible ou impossible, glorieux ou tragique. La Triomphante est un traité de survie, quand il faut traverser l’exil, tous les exils, dans un monde au bord du gouffre. La Triomphante est la cavalcade d’une étrangère dont la seule patrie est la littérature, l’humour, l’ironie. La Triomphante est aussi un bateau, une belle corvette, qui ne demande qu’à larguer les amarres.

Extraits « L’imagination me permettait alors d’entendre aussi les cris, les craquements affreux, les explosions. Plus tard, il m’apparut que les batailles navales, plus que les autres, étaient un symbole tragique. Tant de savoir-faire, de troncs d’arbres acheminés vers les chantiers par des péniches, de milliers d’heures de travail d’artisans habiles, tant d’intrépidité. Tout cela brûlé, noyé en quelques heures. Sans utilité aucune. »

« J’ai vite compris que c’était rare les petites filles qui aimaient les batailles navales et je me suis toujours montré discrète sur mon savoir maritime et militaire. Il était inexplicable, ne s’accompagnait pas d’un tempérament violent, ni d’une érudition utilitaire, en vue d’un quelconque profit. C’était un savoir autodidacte accumulé sans raison, ni intérêt, ni but. Il ne convenait pas à une enfant des années quarante, ni à la femme que je suis devenue. Aujourd’hui encore, c’est un savoir caché. Il me tient compagnie. »

 

Mon avis Je tenais à remercier le site Livraddict, ainsi que les éditions Folio, de m’avait permis de découvrir ce livre. Une biographie en demi-teinte, que j’ai apprécié lire, mais qui ne restera pas gravé longtemps dans mon esprit.

Teresa Cremisi, notre auteure et protagoniste, narre sa vie et ses origines. Elle nous raconte des bribes de sa vie, dans une autobiographie douce et touchante. Sa naissance en Orient, sa vie en Occident, les choix qu’elle a opéré tout au long de sa vie. Ses nombreuses origines et son identité contrasté ont fait d’elle une battante : forcée de s’imprégner du climat culturel des pays d’Occident, elle a dû se faire accepter par les autres pour éviter d’être rejeté. Certains épisodes tragiques ont jalonnés sa vie (comme la mort de ses parents), d’autres, plus joyeux, sont venus les contrebalancer (sa rencontre amoureuse).

Dans ce court récit, elle met en scène une rétrospective de sa vie passée. Son enfance, ses années à Milan, sa vie à Paris… Une vie qui passe, souvent trop vite, et s’évapore. Un regard sur le temps qui s’en va et qui ne reviendra plus. Le lecteur s’embarque avec elle dans tous ses périples, pour un voyage littéraire exotique et surprenant.

Un portrait sincère et exotique d’une jeune femme courageuse. Une lecture agréable, mais pas assez percutante pour devenir impérissable dans mon esprit.

Ma note : 5/10