Autobiographie·Témoignage

La nuit avec ma femme


La nuit avec ma femme de Samuel Benchetrit

158 pages, éditions J’ai Lu à 7,20€


Résumé : Un homme ouvre son cœur à sa femme disparue sous les coups d’un autre, venue le visiter le temps d’une nuit. Un voyage intérieur poétique, âpre et intime.

 » J’ai passé plus de temps que toi sur cette Terre. Et notre différence, c’est que moi, je t’ai perdue. C’est parce que j’ai continué à vivre que je le sais. J’ai voulu être seul souvent pour être avec toi. Il faut bien donner son temps aux amours invisibles. S’en occuper un peu. Encore maintenant je me demande comment tu vas. Ce que tu fais. Je cherche de tes nouvelles. J’invoque la colère pour que tu la calmes. Quelques rires où tu me rejoindrais. Et le soleil a changé, puisqu’il manque une ombre. Mais je suis heureux. Et c’est à ton absence que je dois de le savoir.  »


Extraits :  « Les vivants font plus de signes aux morts que les morts n’en font aux vivants. On a des cloches et des fêtes. Vous ne faites rien pour nous. Enfin, je crois. Juste de la peine et occuper les souterrains. »

« Écoute. Écoute ton rire mon amour. Peut-être que le temps a abîmé ta voix. Mais c’est mieux que rien. Et la technologie ne sert qu’à ça. Se donner des nouvelles du passé. On invente un futur pour mieux se souvenir des peines. »


Mon avisUn grand merci à Babelio, qui m’a permis de découvrir cet émouvant témoignage.

Samuel Benchetrit, auteur, scénariste et réalisateur français, a dû faire face, en 2003 à l’assassinat de son ex-femme, par son nouveau conjoint. Alors qu’ils avaient eu un enfant ensemble, Samuel se retrouve seul à l’élever. Il nous raconte ce qu’il a ressenti suite à ce drame, comment il a réagit, comment il a continuer malgré tout à vivre, pour lui, mais surtout pour leur enfant. Il va profiter d’une dernière nuit, le temps d’une dernière rencontre mystique avec celle qui fût sa femme, pour déverser tout ce qu’il a sur le coeur.

Ce livre est un concentré d’émotions. Je dois quand même avouer que le style narratif abrupte de l’auteur m’a un peu déstabilisé au début de ma lecture. Des phrases courtes, percutantes, quelques mots jetés ici ou là. Il m’a fallu un temps d’adaptation pour enfin pouvoir m’insérer dans l’histoire. C’est donc sans surprise que j’ai préféré découvrir la seconde partie du livre, que j’ai trouvé plus intense et surtout plus prenante que le début du récit.

La nuit avec ma femme aurait pu être un cri de colère face à l’homme jaloux qui a assassiné l’être aimé. Mais Samuel Benchetrit opère un tout autre virage dans son récit, en ne parlant que d’amour. C’est un témoignage poignant et touchant, qui nous prouve qu’après une dizaine d’années, l’auteur ne l’a toujours pas oublié et continue à penser très souvent à elle. Un livre  d’amour écrit comme un hommage, ou comme un adieu, à cette femme qu’il n’oubliera jamais.

Mais c’est aussi une histoire triste, qui nous rappelle que chaque jours, des femmes meurent sous les coups de leurs compagnons. En France, une femme meurt tous les trois jours des suite des coups de son compagnon. Mais ce n’est pas tout : 223 000 femmes sont chaque année victimes de violence physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ; 84 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol, chaque année en France. Des chiffres alarmants, mais bien réels. La nuit avec ma femme, même si ce n’est pas son but premier, sensibilise aux violences faites aux femmes. En mettant en lumière cette réalité et tout ce qui en découle, beaucoup peuvent se rendre compte de la gravité des faits et aider à leur échelle.


Samuel Benchetrit met son coeur à nu et se livre sur les sentiments qu’il ressent et à ressenti après l’assassinat de sa femme. Un récit profond et intense, qui ne laisse pas indifférent. 

Ma note : 6/10
Autobiographie

La petite dernière


La petite dernière de Susie Morgenstern

222 pages, éditions Nathan, à 13,95€


Résumé : Les PETITES dernières aussi veut faire de GRANDES choses !

La petite Susie grandit dans les années 50, à Belleville, aux États-Unis, dans une famille juive de trois enfants. De trois filles plus exactement : Sandra, Effie, et elle, Susie « La petite dernière ». Et c’est son grand drame d’être la troisième ! Seules ses aînées se voient confier de véritables missions par sa mère : préparer les légumes, mettre la table… Elle, elle n’est même pas digne d’éplucher les patates ! Elle doit se contenter de faire ses devoirs. En plus, ses sœurs prennent toute la place : Sandra est « la plus jolie », Effie « la plus drôle ». Que lui reste-t-il de spécial ?

Des choses quotidiennes tendres et drôles, inspirées de la vie de l’auteure.


Extraits :  « Mais j’avais déjà en tête le plus grand projet de ma vie : lire tous les ouvrages posés sur les étagères de chêne, en débutant par les auteurs donc le nom commençait par A.
Peu importe ce que je lisais, ce qui m’intéressait c’était de lire, toujours et encore.« 

« Elle réussissait à rendre chaque minute de sa vie excitante dans ce trou qu’était Belleville. Elle était la première à dire qu’on a la vie qu’on se construit. »


Mon avisSusie Morgenstern est une auteure de livres jeunesse, qui place au coeur de ses histoires de nombreux enfants, et notamment des filles. C’est le cas avec sa saga La famille trop d’filles, qui met en scène une famille de six soeurs et un frère. Je n’ai donc pas été surprise lorsque j’ai appris que Susie Morgenstern était la cadette d’une famille de trois petites filles. On comprend bien que l’inspiration pour la saga précédemment citée a été puisée directement dans le quotidien de l’auteure.

La petite dernière, contrairement à ces autres ouvrages, est un récit autobiographique, dans lequel l’auteur nous fait part de quelques souvenirs de l’année de ses dix ans. Entre anecdotes croustillantes et rigolotes ou secrets inavoués, l’auteure nous emmène avec elle dans les années de sa folle jeunesse.

Plusieurs choses ont marqués particulièrement la petite fille qu’elle était. La première, c’est sa place de cadette. Ses parents ont fait un troisième enfant pour obtenir un garçon, et manque de chance, c’est la petite Susie qui est apparue. Après cette révélation, il n’est pas aisé de ne pas se sentir un peu coupable. De plus, précédée de deux grandes soeurs, Susie s’est vue reléguée au second plan, que ce soit dans les tâches ménagères à accomplir, ou dans le coeur de ses parents. Entre jalousie et admiration pour ses soeurs, et culpabilité envers ses parents, la troisième place de Susie n’a jamais été évidente !

Deuxième grand souvenir que Susie a conservé de son enfance, c’est la pratique religieuse quotidienne que ses parents lui imposaient. Sa famille étant juive, Susie a vécue à distance la seconde guerre mondiale, et l’antisémitisme qui sévissait gravement en Europe. Réfugiée aux États-Unis, ils pratiquaient tous, avec une assiduité marquante, les prières quotidiens et autres fêtes liées au judaïsme. Cette partie de l’histoire m’a particulièrement fascinée, puisque l’état d’esprit des gens  au regard de la religion, ainsi que la bonhomie qui planait dans ses années semblent être un temps totalement révolu. De nos jours, il est difficile de concevoir d’afficher aussi clairement sa religion sans se prendre des remarques ou insultes à tout va… Les souvenirs de Susie n’ont jamais aussi bien portés leurs noms : des événements passés et terminés, que l’on garde précieusement dans sa mémoire.

En plus de ces textes intimes, l’auteure a incorporé quelques dessins qu’elle a elle-même réalisé. En lien avec le récit, la plupart illustrent l’amour fraternel entre elle et ses soeurs. Ces dessins peuvent également être un moyen de se replonger un instant dans l’enfance merveilleuse, où dessiner constituait la tâche la plus importante à faire de la journée.

 


Une histoire pleine de tendresse et de douceur, qui évoque des souvenirs d’enfance chaleureux. Une parenthèse enchantée, qui vous rendra à la fois heureux et nostalgique.

Ma note : 6/10

 

Autobiographie·Biographie·Témoignage

J’ai réussi à rester en vie


J’ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates

529 pages, éditions Points, à 8,30€


Résumé : Le matin du 11 février 2008, Raymond Smith, le mari de Joyce Carol Oates, s’est réveillé avec un mauvais rhume. Il respire mal et son épouse décide de l’emmener aux urgences où l’on diagnostique une pneumonie sans gravité. Pour plus de sûreté, on le garde en observation. Une semaine plus tard, au moment même où il devait rentrer chez lui, Raymond meurt d’une violente et soudaine infection nosocomiale. Sans avertissement ni préparation d’aucune sorte, Joyce est soudain confrontée à la terrible réalité du veuvage. Au vide. À l’absence sans merci. J’ai réussi à rester en vie est la chronique du combat d’une femme pour tenter de remonter de ce puits sans fond. De poursuivre une existence amputée du partenariat qui l’a soutenue et définie pendant près d’un demi-siècle. En proie à l’angoisse de la perte, à la désorientation de la survivante cernée par un cauchemar de démarches administratives, et les absurdités pathétiques du commerce du deuil, Oates décrit l’innommable expérience du chagrin, dont elle ne peut s’extraire qu’à grand peine, de temps à autre, en se tournant vers ses amis. Avec sa lucidité coutumière, parfois sous-tendue d’un humour noir irrésistible (quand, par exemple, elle se lamente sur l’absurdité des luxueux paniers gargantuesques de saucissons et de pop corn au chocolat déposés devant sa porte en manière de condoléances), elle nous offre à travers ce livre, qui ne ressemble à rien de ce qu’elle a écrit jusqu’ici, non seulement une émouvante histoire d’amour mais aussi le portrait d’une Joyce Carol Smith inconnue et formidablement attachante.


 

Extraits :  « La plus délicieuse des intimités : ne pas avoir besoin de parler ».

« Quand on vit seul, prendre un repas a quelque chose de méprisable, de dérisoire. Car un repas est un rituel social, sans quoi ce n’est pas un repas, mais juste une assiette remplie de nourriture ».

Mon avisJoyce Carol Oates est une auteure américaine mondialement connue, qui comptabilise plus d’une centaine de livres à son actif (romans, nouvelles, pièces de théâtre…). Curieuse de découvrir son écriture, j’étais aussi curieuse de découvrir qui était cette grande dame. C’est pour cette raison que, comme première approche littéraire, j’ai fait le choix de lire un de ses témoignages les plus intimes et poignants qui soient, puisqu’il raconte la mort de son mari, Raymond, avec qui elle était mariée depuis près de cinquante ans et son veuvage précoce.

Il n’est jamais facile d’écrire un avis sur un témoignage, puisque cela revient à juger de la vie d’autrui, chose que je ne me permettrais jamais de faire. Dans cette chronique, je m’attacherais donc à vous témoigner toutes les émotions qui m’ont traversées à la lecture de ce récit.

Comme chaque lecture qui lit ce récit, j’ai éprouvé beaucoup de peine à l’annonce tragique de la mort de Ray Smith, et j’ai pu ressentir le choc que cela a dû être pour Joyce de constater la mort brutale de son mari, alors si en forme une semaine auparavant. Une mort prématurée, qui aurait pu être évitée. J’ai ressenti de la colère à l’encontre des membres hospitaliers, qui m’ont semblé peu bienveillants, assez froids, rigides. La présence constante de la mort dans leur vie leur a certainement forgé une carapace qui les empêche de ressentir de ressentir des émotions tragiques.

On ne peut que compatir à la tristesse de la veuve et calquer sa propre vie sur la sienne. Comment aurions-nous réagit si une telle chose nous arrivait dans la vie ? On s’identifie à l’auteure, on boit ses propos et on s’émeut intensément de ses paroles. C’est beau et touchant, c’est fort émotionnellement et bien écrit stylistiquement. Entre souvenirs heureux de leur vie commune et réflexions sur la perte et la période qui suit la perte de l’être cher, c’est un récit intime, plein d’émotions que nous livre l’auteur. Elle nous partage ses peines : lorsqu’elle rentre dans leur maison trop grande et trop vide, que tous les endroits où elle se rend lui rappelle Raymond, que les messages et cadeaux attendrissants arrivent par centaines… Elle doit maintenant faire face seule à la vie, et tenter de reprendre le court normal de son quotidien.

A ceux qui auraient peur de retrouver entre ces pages une effusion d’émotions tragiques, détrompez-vous. L’écriture de Joyce Carol Oates, bien loin d’être larmoyante et plaintive, est au contraire remplie d’une force expressive intimidante et d’une réflexion intelligente sur le deuil et la dépression. Ce livre représente un magnifique hommage à l’homme qu’elle a aimé, chérie et accompagné tout au long de sa vie. Pour finir cette chronique d’une touche d’espoir, sachez que le destin a décidé de faire recroiser le chemin de l’amour à Joyce. Depuis ce terrible drame, l’auteure s’est reconstruite auprès d’un autre homme. Rien ne pourra jamais lui faire oublier son Raymond, mais la vie est tellement courte, qu’il ne faut pas la passer à se morfondre, mais qu’il faut continuer à profiter, à avancer et à aimer. Bravo Joyce Carol Oates : j’admire votre courage et votre lutte acharnée pour réussir à rester en vie.

Ma note : 7/10
Autobiographie

La Triomphante

La Triomphante de Teresa Cremisi

219 pages, éditions Folio

 

Résumé » Longtemps je n’avais pas compris que le fait d’être une femme était comme on dit un handicap ; je ne m’étais nullement attardée sur l’évidence qu’il était difficile d’envisager un destin à la Lawrence d’Arabie en étant de sexe féminin. Je n’avais d’ailleurs eu aucune alerte à ce sujet. Mes parents ayant oublié de m’interdire quoi que ce soit, je n’avais jamais de ma vie entendu dire que je ne pouvais pas entreprendre quelque chose parce que j’étais une fille.  »
La Triomphante est le portrait d’une aventurière : l’odyssée, réussie ou ratée, ne compte que pour elle-même. La Triomphante est l’histoire d’une enfant d’Orient rêvant à l’Europe : adaptation, dissimulation, transformation ; drôles de batailles, inévitables défaites. La Triomphante est un personnage qui a une conception primitive de l’amour : possible ou impossible, glorieux ou tragique. La Triomphante est un traité de survie, quand il faut traverser l’exil, tous les exils, dans un monde au bord du gouffre. La Triomphante est la cavalcade d’une étrangère dont la seule patrie est la littérature, l’humour, l’ironie. La Triomphante est aussi un bateau, une belle corvette, qui ne demande qu’à larguer les amarres.

Extraits « L’imagination me permettait alors d’entendre aussi les cris, les craquements affreux, les explosions. Plus tard, il m’apparut que les batailles navales, plus que les autres, étaient un symbole tragique. Tant de savoir-faire, de troncs d’arbres acheminés vers les chantiers par des péniches, de milliers d’heures de travail d’artisans habiles, tant d’intrépidité. Tout cela brûlé, noyé en quelques heures. Sans utilité aucune. »

« J’ai vite compris que c’était rare les petites filles qui aimaient les batailles navales et je me suis toujours montré discrète sur mon savoir maritime et militaire. Il était inexplicable, ne s’accompagnait pas d’un tempérament violent, ni d’une érudition utilitaire, en vue d’un quelconque profit. C’était un savoir autodidacte accumulé sans raison, ni intérêt, ni but. Il ne convenait pas à une enfant des années quarante, ni à la femme que je suis devenue. Aujourd’hui encore, c’est un savoir caché. Il me tient compagnie. »

 

Mon avis Je tenais à remercier le site Livraddict, ainsi que les éditions Folio, de m’avait permis de découvrir ce livre. Une biographie en demi-teinte, que j’ai apprécié lire, mais qui ne restera pas gravé longtemps dans mon esprit.

Teresa Cremisi, notre auteure et protagoniste, narre sa vie et ses origines. Elle nous raconte des bribes de sa vie, dans une autobiographie douce et touchante. Sa naissance en Orient, sa vie en Occident, les choix qu’elle a opéré tout au long de sa vie. Ses nombreuses origines et son identité contrasté ont fait d’elle une battante : forcée de s’imprégner du climat culturel des pays d’Occident, elle a dû se faire accepter par les autres pour éviter d’être rejeté. Certains épisodes tragiques ont jalonnés sa vie (comme la mort de ses parents), d’autres, plus joyeux, sont venus les contrebalancer (sa rencontre amoureuse).

Dans ce court récit, elle met en scène une rétrospective de sa vie passée. Son enfance, ses années à Milan, sa vie à Paris… Une vie qui passe, souvent trop vite, et s’évapore. Un regard sur le temps qui s’en va et qui ne reviendra plus. Le lecteur s’embarque avec elle dans tous ses périples, pour un voyage littéraire exotique et surprenant.

Un portrait sincère et exotique d’une jeune femme courageuse. Une lecture agréable, mais pas assez percutante pour devenir impérissable dans mon esprit.

Ma note : 5/10
Autobiographie·Littérature française

Rien ne s’oppose à la nuit

Rien ne s’oppose à la nuit
de Delphine de Vigan.
437 pages, éditions JC Lattès à 19,00€

 

Résumé : Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre.
Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.

Extraits : « La mémoire enregistre tout, et le tri s’effectue après coup, une fois la crise passée. »
« J’ai pensé qu’être adulte ne prémunissait pas de la peine vers laquelle j’avançais, que ce n’était pas plus facile qu’avant, quand nous étions enfants, qu’on avait beau grandir et faire son chemin et construire sa vie et sa proprez famille, il n’y avait rien à faire, on venait de là, de cette femme ; sa douleur ne nous serait jamais étrangère. »
« L’écriture me met à nu, détruit une à une mes barrière de protection, défait en silence mon propre périmètre de sécurité.« 

Mon avis : Wahou, wahou, wahou… quel splendide roman, je comprends maintenant la raison pour laquelle il a reçu deux prix !!!
Depuis le temps que ce livre me fait de l’oeil, j’ai enfin réussi à l’emprunter à la bibliothèque, et je l’ai lu dans la foulée. Lu d’une traite, en un rien de temps, j’ai dévoré ce livre, emportée et happée par l’histoire que ce superbe roman de Delphine de Vigan offre à découvrir à tous les lecteurs avides d’émotions.
Basé en grande partie sur les liens familiaux qui unissent les personnes d’une même famille, ainsi que les différents échanges et sentiments qui peuvent se passer entre eux, Rien ne s’oppose à la nuit relate l’histoire d’une jeune fille, qui, suite au suicide de sa mère, écrit un livre où elle va raconter tous les obstacles et périples traversées au cours de son existence, et de l’existence de toute sa famille. Elle recueillera des témoignages familiaux, ainsi que des photos, des vidéos, des objets, et décrit, tout en émotions, l’horrible vie qu’elle a vécue.
Avec la sensation de la mort qui plane au-dessus du livre tout au long du récit, Delphine de Vigan nous plonge dans la vie de ses personnages hors du communs, originaux et un temps soit peu mystérieux.
Ce livre est très touchant, il m’a ému. La tristesse, mais également la compassion vis-à-vis des personnages, la peine qu’ils laissent entrevoir, émeut le lecteur, qui ne peut que comprendre et compatir à l’appel au secours de Lucile, et au manque d’amour de la narratrice.
Si vous ne connaissez pas ce livre, je vous le recommande vivement, il se lit facilement et rapidement, il rempli de diverses émotions qui vont littéralement vous bouleversez.

 

Ma note : 10/10
Autobiographie·Littérature française

L’enfant

L’enfant de Jules Vallès
348 pages, éditions Le Livre de Poche

 

Résumé : Fils d’un professeur de collège méprisé et d’une paysanne bornée, jules Vallès raconte : « Ma mère dit qu’il ne faut pas gâter les enfants et elle me fouette tous les matins. Quand elle n’a pas le temps le matin, c’est pour midi et rarement plus tard que quatre heures. » Cette enfance ratée, son engagement politique pour créer un monde meilleur, l’insurrection de la Commune, jules Vallès les évoqua, à la fin de sa vie, dans une trilogie : L’Enfant, Le Bachelier et L’Insurgé. La langue de jules Vallès est extrêmement moderne. Pourtant l’histoire de jacques Vingtras fut écrite en 1875 et c’est celle des mal-aimés de tous les temps.

Extraits :  « Je trouve des pères qui pleurent, des mères qui rient : chez moi, je n’ai jamais vu pleurer, jamais rire : on geint, on crie. C’est qu’aussi mon père est un professeur, un homme du monde, c’est que ma mère est une mère courageuse et ferme qui vuet m’élever comme il faut. »
« Ma mère apparaît souvent pour me prendre par les oreilles et me calotter. C’est pour mon bien ; aussi, plus elle m’arrache de cheveux, plus elle me donne de taloches, et plus je suis persuadé qu’elle est une bonne mère et que je suis un enfant ingrat. »

Mon avis :  L’Enfant est le premier tome de la trilogie autobiographique Jacques Vingtras où Jules Vallès dépeint sa triste vie dans les moindres détails. Dans ce premier tome au titre parlant, il sera question de l’enfance de l’auteur ; ses années de formations scolaires, son évolution sociale, ses liens avec ses parents… le tout dans un contexte de pauvreté extrême. Un roman difficile à lire, assez sombre, très bouleversant.

Jacques Vingtras – ou plutôt Jules Vallès – est un jeune enfant d’apparence normale, à la maturité déjà très prononcée. Malgré la pauvreté ambiante dans laquelle il vit, loin de se montrer malheureux, il positivise à longueur de journée, apportant de l’espoir tout autour de lui. Pourtant, sa vie est loin d’être gaie. Depuis son plus jeune âge, sa mère le bat sans aucune raison. Elle l’humilie publiquement – par exemple en le forçant à porter des haillons défraîchis pour ne pas user les piètres économies de la famille -, ou le rabaisse constamment. Jacques est une sorte de fardeau pour sa famille. Fils de professeur, ses parents l’obligent à apprendre le grec et le latin pour suivre les traces de son père. Or, le jeune garçon s’épanouit bien plus aux côtés des petites gens qui exercent des activités manuelles. Un choix que se parents ne peuvent concevoir.

Jules Vallès nous fait l’honneur d’ouvrir sa mémoire aux souvenirs dévastateurs. Grâce à de nombreuses descriptions très réalistes, il dresse un portrait très complet de la misère sociale de son époque et des différences de classes qui existent dans la société. Avec des airs de Victor Hugo ou d’Emile Zola, il met en avant les valeurs humaines, le savoir-vivre et le respect d’autrui, en surpassant les dommages et obstacles du quotidien.

Les aventures narrées par l’auteur semblent souvent irréalistes – fouetter son enfant par pur égoïsme, ne jamais lui prouver son amour, lui faire clairement comprendre la place et la multitudes de dépenses qu’il occasionne dans la famille -, mais c’est bien là un fait avéré. Malgré que tous et tout tournait le dos à Jacques, le jeune homme a sût faire profil bas et avancer coûte que coûte, sans jamais baisser les bras. De ce fait, grâce à l’espoir nourrit, il réussit à intégrer de grandes écoles parisiennes, il s’engage politiquement et se fait entendre, il arrive à rendre fiers ses parents et même à faire changer littéralement d’attitude sa mère et son père vis-à-vis de sa personne. Il offre donc à tous l’espoir d’un futur meilleur, plus lumineux que tous les présents obscures que nous aurions à traverser.

Un roman à fendre l’âme. Un style léger, avec une narration à la première personne du singulier, qui rend plus vivant encore l’histoire. Une voix enfantine naïve, pleine d’espoir et de lucidité ; un personnage attachant, bien que bouleversant. Certains passages du livre – dont deux passages qui m’ont le plus frappés, que j’ai cité plus haut dans les extraits -, sont tellement incisifs et brutaux que le lecteur ne sait pas s’il doit ressentir de la tristesse vis-à-vis de l’enfant ou de la colère vis-à-vis des parents. C’est bien écrit, c’est agréable à lire. Même si quelques longueurs se faisaient sentir, elles ne duraient pas longtemps. Les péripéties de Jacques étaient si nombreuses que je n’ai pas pu m’ennuyer un seul instant.

Se soumettre ou protester, voilà là une difficile question que se pose notre très cher auteur/protagoniste. Une lecture dramatique, une enfance gâchée, rythmée au son de la violence et de beaucoup de misère…

 

Ma note : 6/10
Autobiographie·Témoignage

Lettre à Hervé

Lettre à Hervé de Eric Sagan
109 pages à 9,90€

 

Résumé : Il était une fois un garçon d’une vingtaine d’années. Qui tombe amoureux d’un mec. D’un mec hétéro. Rien de très original.

Mais ce garçon se met en tête d’écrire une lettre. Dans cette lettre, il va raconter sa vie, son enfance, ses peurs, ses péripéties d’enfant normal, ou presque, péripéties touchantes, souvent drôles, parfois choquantes, toujours humaines.

Cette lettre il la donne à Hervé. Et il la donnera également plus tard à ses parents, en se rendant compte qu’il n’avait jamais rien écrit de mieux pour expliquer qu’il était différent. Des années passent. Il reçoit alors l’appel d’un inconnu : le psychologue de son père. Il apprend que son père s’était lui aussi servi de cette fameuse lettre, pour parler de son fils sur le divan. Pourquoi ce psy avait-il appelé ? Pour demander l’autorisation de faire lire cette lettre à un autre patient, dont le fils était gay, lui aussi. Pour l’aider à accepter son fils.

Cette histoire, vraie, et d’autres événements de la vie, allaient finir par convaincre l’auteur de publier cette lettre, sous forme de fiction, en préservant l’authenticité de l’original.

Extraits :  « Ce que je vais te raconter, j’aurais été incapable de le faire face à toi. C’est tellement plus simple de parler à du papier. C’est gentil le papier, ça absorbe l’encre bien noire, gentiment, sans rien dire. Ça ne dit rien, ça accepte tout. »
« La vie d’un gosse est riche de ces humiliations dont on pense ne jamais se relever. »

Mon avis :  Ce livre, bien que très court, envoi du lourd, comme on dit. Ces cent pages ne vous laisseront pas indifférents, j’en suis certaine.

C’est un ouvrage fort en émotions. Je ne peux clairement pas juger cette histoire – qui est une histoire autobiographique -, mais je vais tâcher quand même de vous en parler. Lettre à Hervé, c’est une longue lettre, découpée en plusieurs chapitres, rédigée par l’auteur lui-même, dans laquelle est racontée l’histoire de sa vie. De sa plus tendre enfance, de ses années d’école, jusqu’à ses vingt-quatre ans. Dans cette lettre, l’auteur se livre. On apprend à le connaître, à découvrir sa personnalité et son identité.

Eric Sagan met en lumière l’homosexualité. On apprend, presque en même temps que le protagoniste, sa singularité : il est attiré par les garçons. Il y a une scène forte que je retiendrais particulièrement : celle du bus. Quand, enfant, il s’est assi à l’arrière d’un bus scolaire, à côté d’une fille, qu’il s’est endormi sur elle en lui prenant la main. Avec ces quelques mots de l’auteur : « Il n’y a aucune différence entre cette scène qui s’est déroulée il y a quelques années dans ce bus qui revenait d’Angleterre, que chacun vécue d’une manière ou d’une autre, et la même scène, entre deux garçons« . A travers ces quelques phrases, Eric Sagan tente de désacraliser la figure du couple et de changer la façon dont les gens regardent les couples homosexuels.
Bon, la prochaine fois, il faudrait que l’auteur tente de parler de couples d’hommes sans discréditer les femmes. Dans certains passages, l’évocation de la figure féminine était faite dans une parole un peu trop crue à mon goût.

Néanmoins, j’ai quand même été touchée par ce récit, qui est vraiment très poignant. L’auteur couche sur papier sa vie, en écrivant autant les bons que les mauvais moments qui ont peuplés son existence. C’est un joli condensé d’amour, de désir, de découverte de soi, d’insouciance.

Il faut avoir le coeur bien accroché quand on lit cette lettre. Il y a déjà la vie de l’auteur qui n’a pas été de tout repos, et qui nous émeut fortement. Puis, l’arrivée de la dernière lettre, comme dénouement, qui est un point final terriblement déchirant. Je pense que la note que j’ai attribué à ce livre est en partie dûe à cette dernière lettre. Je n’en dirais pas plus, vous laissant la surprise de découvrir ce qu’elle contient.

Je remercie vivement le site Livraddict pour m’avoir permise de découvrir cette fabuleuse lettre. Ce fut une lecture riche en émotions et très surprenante. J’en viens même à en redemander. A quand un prochain livre ?

 

Ma note : 9,5/10