Humour·Littérature belge·Roman

Voyage de noces avec ma mère

Voyage de noces avec ma mère
de Véronique Sels
197 pages, éditions Calmann-lévy, à 16,50€
Résumé : 1987, Anne, fraîchement mariée à Raphaël, choisit la côte Ouest des États-Unis et une Ford Mustang rouge décapotable pour son voyage de noces. Joyeuses perspectives pour ce duo amoureux. Mais c’est compter sans sa mère, en plein divorce, qu’ils embarquent avec eux, n’ayant pas le cœur de la laisser seule avec son chagrin.
Commence alors un road-trip burlesque, où les personnages, une jeune mariée enceinte à bout de nerfs, une mère dispersée autant qu’envahissante et un gendre – à première vue – idéal, règlent leurs comptes, se déclarent l’amour ou la guerre, et ne cessent d’interroger les liens qui les lient les uns aux autres.
Dans leur périple, savant mélange d’épisodes hilarants et émouvants, se dessine en creux une carte postale de l’Amérique des années 80, ou tout peut arriver, même croiser un liquidateur professionnel de belles-mères…
Extraits : « Un jour, c’est sûr, il sera plus humiliant d’être obèse que d’être noir. Et ce jour-là pourrait arriver plus vite qu’on ne le pense. »
« Vous avez bien sujet d’accuser le temps qui passe. Il court sans vous attendre, vous laisse tellement triste. Les aiguilles de vos montres, perpétuelle menace, vous rappellent à chaque instant que vous allez mourant. Là est votre fardeau, petit homme rampant.« 

Mon avis : En lisant seulement le titre du roman, un léger sourire se fait ressentir sur mes lèvres. Voyage de noces avec ma mère, voilà qui est plutôt original, décalé, un titre accrocheur qui laisse penser à une comédie burlesque hilarante.

Evidemment, comme escompté, cet ouvrage se révèle être un road-trip burlesque autour de la côte Ouest des Etats-Unis. Ce voyage, initialement organisé comme voyage de noces pour Raphaël et Anne, se voit finalement devenir des vacances familiales, car la maman d’Anne, fraîchement divorcé, les accompagne sous la demande de sa fille, pour arrêter de broyer du noir. Ce trio surprenant ne surprend pas seulement les lecteurs, mais également les douaniers de l’aéroport, qui ne comprennent pas comment un voyage de noces à trois peut être possible. Maniaque, avare sur les bords, toujours en quête de la bonne occasion à saisir, Raphaël semble bien supporter la maman d’Anne, jeunette dans sa tête, ravie des aventures qui se présentent à elle. Anne, quant à elle, voit d’un très mauvais oeil ce séjour, devenant jalouse de sa propre mère, et remettant complètement en question sa relation avec Raphaël.

Ce livre a vraiment tout pour plaire. Drôle, il l’est. A chaque page, chaque phrase, chaque mot, soigneusement choisi pour faire rire aux éclats les lecteurs. Les situations abracadabrantes dans lesquels se retrouvent les personnages rendent de plus en plus fort le côté burlesque de ce roman. Véronique Sels met en scène des personnages sérieux et réalistes, qui vivent des choses complètement sidérantes, inhabituelles dans la vie de tous les jours, mais extrèmement drôles.

Le road-trip de ce trio infernal les emporte dans des endroits insoupçonnés, souvent majestueux, mais le plus souvent mystérieux. Ils se retrouvent dans une case en pleine nature sauvage, dans une station-service inhospitalière, dans des hôtels miteux… Ils vont également rencontrer des personnages ambigus, à l’identité incertaine, comme le Liquidateur de filles et de belles-mères, les faux-vétérans… qui rajoutent une touche de burlesque supplémentaire à cette comédie déjà bien garnie en humour.

Parmi cet univers brinquebalant, se cache des thèmes généraux plus sérieux, qui se rattachent à la place du couple au sein de la famille, à la jalousie naissante, à la relation mère-fille, ou encore au pouvoir de l’amour. Vous verrez que les liens familiaux et amoureux sont plus forts que tous les épisodes extraordinaires que peut vivre les protagonistes du roman.

J’ai vraiment adoré découvrir cet ouvrage. Il se lit très rapidement, avec une finesse de trait, un ton léger et humoristique, qui nous fait oublier tous les problèmes du quotidien. De plus, Véronique Sels nous fait voyager dans des contrées lointaines, sauvages, loin de nos préoccupations du quotidien. Un roman unique en son genre, que l’on ne risque pas de recroiser de plus bel.

Les lieux visités, les personnages, l’histoire… tout est sujet à rire, avec des situations déjantés, qui restent néanmoins réalistes. Je conseille vivement ce livre ; même si je doute fortement qu’il reste indélébile dans mon esprit, j’ai passé un excellent moment de lecture.

Ma note : 6,5/10
Autobiographie·Littérature belge·Roman

Métaphysique des tubes

Métaphysique des tubes d’Amélie Nothomb
171 pages, éditions France Loisirs, collection Piment

 

Résumé : Amélie Nothomb replonge dans ses premières années… Déjà à l’époque elle ne faisait rien comme tout le monde ! Bébé-plante, bébé-tube, cette enfant apathique et atypique contemple le monde de sa bulle face à des parents déroutés.

Loin des traditionnels récits de souvenirs, Amélie Nothomb propose dans Métaphysique des tubes une évocation piquante et drôle de sa prime enfance au Japon, ainsi qu’une surprenante réflexion sur la vie et sur Dieu.

Extraits : « Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n’en ont pas ? Cette différence a un nom : c’est la vie. »
« Dire les choses à haute voix est différent : cela confère au mot prononcé une valeur exceptionnelle.« 
Mon avis : Déroutée et mitigée, je ne sais que penser de cet unique et au combien original, roman autobiographique.
Amélie Nothomb, fidèle à elle-même, surprend ses lecteurs à chaque nouvel ouvrage publié, avec ses histoires extraordinaires, singulières et reconnaissables entre toutes. Son style d’écriture personnel prouve l’unicité de l’auteure, sa personnalité hors du commun la confère au rang d’auteure à succès. Aussi mystérieuse dans sa vie intime qu’à travers ses histoires, le talent de la belge Amélie Nothomb n’a pas encore fini de nous étonner ; après la signature de son vingt-deuxième roman en 2013, ses fidèles lecteurs attendent encore et encore des récits bringuebalants, venus de l’au-delà des mots.Métaphysique des tubes fait partie de l’un des monuments autobiographiques de l’auteure, qui se livre, à coeur ouvert, à travers des lignes, à la limite du fictif. Racontant son enfance passée au Japon avec sa gouvernante Nishio-San et sa famille, Amélie Nothomb décrit avec clarté ses quelques années enfantines japonaises.

D’abord étonnée par la teneur du récit, je me suis retrouvée à l’orée de la haine envers l’auteure. Métaphysique des tubes étant une autobiographie, les propos tenus par Amélie Nothomb étaient quelque peu glorifiants, prétentieux, à la limite du narcissisme. Ecoeurée par tant d’autos-éloges – la comparaison d’elle-même et Dieu m’a achevé -, mon envie de lâcher ce livre était belle et bien présente. Mais connaissant l’auteure, son arrogance n’aurait pas dû me toucher outre-mesure. Heureusement, son insolence s’est estompée pour laisser libre cour à l’histoire pimentée de sa fastidieuse enfance.

Accompagnée d’une bonne dose d’humour noir, Amélie Nothomb étale sans vergogne sa prime vie, peuplée d’événements plus ou moins grandioses, que le lecteur cherche à déchiffrer du mieux possible.
Son amour pour le Japon est omniprésent, voire envahissant. Le comble revient à faire ressentir à tout un chacun l’addiction et l’attraction qu’éprouve l’auteure pour ce pays, si hautement plébiscité dans ses romans.

Pris d’affection pour la protagoniste – donc pour Amélie Nothomb elle-même – on en vient à regretter la fin si abrupte du roman. Le grand talent de l’auteure vient à placer comme banals des événements passagers extraordinaires, qui auraient fait tâches et auraient probablement choqués les lecteurs dans d’autres circonstances, en une lignée ordinaire, du quotidien.

En y réfléchissant bien, Métaphysique des tubes est une autobiographie bien noire, qui ne laisse percevoir que très peu de lumière. Le paradoxe reviendrait à dire que l’histoire est comptée par une enfant de trois ans, ayant un regard critique et éclairé du monde dans lequel nous vivons. De réelles questions peuvent subsister de ce livre, remettant en cause l’intégrale conscience réflexive que nous avons de la vie.

Le titre donné à l’ouvrage est quelque peu intriguant, et n’englobe pas spécifiquement le récit qu’écrit alors l’auteure. Un choix mystérieux, à la hauteur de la personnalité exceptionnelle d’Amélie Nothomb. A souligner également la grandeur du choix lexical qu’elle emploie, et l’honneur qu’elle met à représenter la langue française dans toute sa splendeur.

Ne vous laissez pas avoir par l’ambition grandissante du personnage Nothomb, et plongez dans l’incroyable aventure Japonaise qu’elle nous dévoile. Un roman atypique, qui vous laissera de marbre.

 

Ma note : 7/10
Littérature belge·Roman

Barbe bleue

Barbe bleue d’Amélie Nothomb.
170 pages, éditions Albin Michel, à 16,50 €

 

Résumé : La colocataire est la femme idéale.

Extraits : « Je me méfie de ceux qui se déclarent secrets. Ce sont les mêmes qui, cinq minutes plus tard, vous révèlent les moindres détails de leur vie privée. »
« Les gens ne sont jamais aussi contents, désormais, que quand on leur affirme que le mal n’existe pas. Mais non, les méchants ne sont pas de vrais méchants, le bien les séduit, eux aussi.« 

Mon avis : Ce nouveau roman d’Amélie Nothomb date de la rentrée littéraire de 2012. Fidèle à elle-même, elle sort une nouvelle fois un livre d’une grande originalité, surprenant par son contenu, et absorbant à souhait.

Mon avis ne sera que minime par rapport à tous ceux postés bien avant le miens, mais je tiens quand même à faire part de mon ressenti vis-à-vis de ce nouvel ouvrage.

La quatrième de couverture, très courte, « La colocataire est la femme idéale » m’avait beaucoup intrigué. Cette petite phrase, qui est en réalité une citation de l’ouvrage, résume en grande partie le livre et l’histoire. J’aime beaucoup la couverture de ce roman, mais je trouve qu’à force de la regarder, elle commence à me faire un peu peur, elle m’angoisse. Le titre du livre, Barbe bleue fait référence aux contes de Charles Perrault, dont le personnage principal a les mêmes valeurs que Don Elemirio, les mêmes centres d’intérêts, et le même caractère.

Je suis resté sur ma faim : le thème principal du livre est sympathique, mais ça ne va pas plus loin. Certains passages sont répétitifs, on reste centrés sur la maison de Don Elemirio, on n’en apprend rien de plus, comme coupés de l’extérieur du monde.

Les personnages sont assez spéciaux, très originaux. Déjà, ils se démarquent par leurs prénoms, qui désignent toutes une déesse, une sainte catholique… ils ont tous une signification bien précise. La protagoniste de l’histoire, la colocataire Saturnine, a un caractère fort, elle n’a peur de rien, elle est courageuse et téméraire. Malheureusement, je n’ai pas réussi à me la représenter physiquement : il n’y avait que trop peu d’indices la concernant susceptible de la visualiser clairement. Le propriétaire de la maison, Don Elemirio, est un être qui fait assez peur, il a l’air âgé, il n’est pas sorti de chez lui depuis plus de 20 ans, il tut des femmes chez lui… vraiment, je ne l’ai pas beaucoup aimé.

L’histoire en elle-même est vraiment originale, mais elle n’apporte rien du tout au lecture… sauf peut-être une petite morale, comme quoi il ne faut pas être trop curieux dans la vie, car il pourrait y avoir des conséquences. Barbe bleue est essentiellement composé d’un long dialogue entre les deux personnages principaux de l’histoire, avec quelques manifestations des gens de second plan, comme les domestiques, ou l’amie de Saturnine.
L’histoire m’a captivé, j’ai dévoré le livre, mais je suis vraiment déçue à la fin de ma lecture. Je m’attendais à un rebondissement final, mais non, rien du tout. Avec le peu d’actions qu’il y a eu, et le dénouement qui n’en est pas un, mais qui est plutôt un point final, ou la conséquence des actes orchestré tout au long de la vie de Don Elemirio, cette fin, que dis-je, ce livre, a été très décevant.

Amélie Nothomb sait quand même tenir le lecteur jusqu’au bout, mais il faudrait essayer de donner plus de croustillant au récit, avec un rebondissement final, un retournement de situation qui surprendrait le lecteur. Décevant, mais sympathique à lire.

 

Ma note : 5/10
Littérature belge·Roman épistolaire

Une forme de vie

Une forme de vie d’Amélie Nothomb.

Résumé : Ce matin-là, je reçus une lettre d’un genre nouveau. A. N.

Extraits : « La nourriture est une drogue comme une autre mais il est plus facile de dealer les donuts que de la coke. » « De toutes les drogues,la bouffe est la plus nocive et la plus addictive. » « Tout écrivain contient un escroc.« 
Mon avis :  J’ai dévoré ce livre. C’est le premier roman d’Amélie Nothomb que je lis, et j’avoue ne pas être déçue : l’histoire, l’échange de lettres entre Melvin Mapple et Amélie m’a fasciné, le retournement de situation de la fin m’a aussi surprise, je ne m’y attendais pas du tout. C’est un livre qui se lit très facilement et auquel on s’accroche vite.
Ma note : 10/10
Littérature belge·Littérature jeunesse

Timide

Timide de Sarah Morant
448 pages, éditions Hachette romans, à 16,90€

 

Résumé : Discrète, discrète, discrète… Parce que c’est tellement plus facile de fuir le jugement des gens plutôt que de l’affronter en face. Réservée, réservée, réservée… Parce qu’elle se sent tellement mieux en faisant comme si rien ne c’était passé. Aimée, aimée, aimée Parce qu’il va entrer dans sa vie, et tout bouleverser tel un jeu de quilles… Une fille timide peut cacher tellement plus. Il faut juste qu’une personne prenne la peine de le découvrir.
Sarah Morant n’a que 17 ans quand elle décide de publier son premier roman sur la plateforme d’écriture WATTPAD. C’est ainsi qu’est né TIMIDE, un texte qui a très vite compté plus de 4 millions de vues et conquis une véritable communauté de fans.
Extraits :  « On ne naît pas en étant timide.
Soit les autres, et leurs regards, nous mettent mal à l’aise. Peut-être parce qu’on est mal dans sa peau. Peut-être parce qu’on a peur d’être jugé ou qu’on a des complexes. On peut alors surmonter ce fichu trait de caractère qui bousille nos examens oraux. Pour certains, il suffit d’un relooking, d’un régime ou d’une nouvelle coupe de cheveux pour s’accepter et s’ouvrir aux autres.
Soit on s’est simplement renfermé après avoir affronté un obstacle trop grand… Et il est presque impossible de s’en sortir seul.
«  »J’avais cherché à me fondre dans le paysage, en grosse froussarde que j’étais. Car, si certains craignaient les gens, j’avais surtout peur de leurs jugements. Ces préjugés de tout le monde envers ses contemporains. »

Mon avis :  Timide, c’est un adjectif qui me définie bien, et qui définie bien le récit narré. Un récit simple, tout en douceur et en pudeur.

Eleonore est une jeune fille réservée, qui n’a que très peu d’amis. Cela est sans doute dû au fait qu’elle ait perdue sa mère et Léo il y a peu, ses deux piliers dans la vie. Sans socle solide, son quotidien devient bancal. Très solitaire et renfermée sur elle, elle ne s’attendait pas à ce qu’un jeune homme, nommé Jason, s’intéresse autant à elle. De petites attentions en petites attentions, les deux jeunes gens vont vite se rapprocher, pour devenir de vrais amis. Mais la tranquillité de ce duo va être rompue par le retour de Tyler, l’ex meilleur ami de Eleonore, parti faire ses études loin d’ici. Une tension va naître entre Jason et Tyler, les deux garçons. Car attention, entre entre amour et amitié, la frontière est bien mince. Vers qui penchera le coeur d’Eleonore ?

C’est donc une romance que nous propose Sarah Morant. Au début de l’histoire, j’étais ravie du lien qui naissait entre Eleonore et Jason. Mais hélas ! dans la deuxième partie du récit, il a fallu que l’auteure incorpore un troisième personne à cette histoire. Nous voilà donc en plein coeur d’un trio amoureux comme on en voit si souvent. Quel dommage. Chaque chapitre voit donc l’alternance de voix narratives, avec tantôt l’histoire racontée du point de vue d’Eleonore, de Jason ou encore de Tyler. Mais, chose étrange, l’auteure n’a pas écrit ces chapitres à la première personne du singulier ; elle a préférée les écrire à base de « il », ou de « elle ». Ça déstabilise.

Au fil de l’histoire, la jeune fille va peu à peu commencer à s’ouvrir aux autres, aux garçons qui l’entourent et aux spectateurs. Dès lors où elle va commencer à extérioriser toutes ses émotions, on ne va plus la voir comme une jeune fille timide et mystérieuse, mais comme une personne forte, qui a su encaisser les coups durs de la vie.

Étant timide de nature, je me suis donc totalement identifiée à la protagoniste. La façon dont elle ressent les choses et les mots qu’elle pose sur ses craintes et ses angoisses traduisent à merveille ce que je ressens moi même. Malheureusement, cet aspect de la jeune fille timide, qui a peur de mal faire et peur du regard des autres – qui pourtant devrait être au coeur de l’intrigue – s’efface progressivement au profit de la romance du trio.

Je n’ai apprécié qu’à moitié cette histoire. La première partie est ma préférée : on voit la jeune fille telle qu’elle est, timide et réservée, on comprend ses doutes et ses peurs. La seconde partie était un peu trop banale à mon goût : dixit la timidité, l’auteure nous fait osciller dans une romance à trois qui n’a que très peu d’intérêt. Mitigée quant à cette histoire.

Ma note : 6/10
Fantastique·Littérature belge·Roman épistolaire

Le Passage des éphémères

Le Passage des éphémères
de Jacqueline Harpman
281 pages, éditions Le Livre de Poche, à 6€

 

Résumé : «Et puis, les mortels me font tellement pitié! Leur vie est si courte et leur ambition si grande que chacun aurait besoin de plusieurs siècles pour la réaliser… Ils ont à peine le temps d’étudier une maigre partie du savoir humain que déjà la retraite les guette, ils regardent la mort qui arrive, ils écrivent leur testament et se nourrissent de médicaments. Moi, j’ai le temps.»
Qui n’a pas rêvé d’immortalité? Adèle Salazine a eu seize ans au seizième siècle. Depuis, pâle et blonde, elle n’a pas changé.
Prostituée, fausse vierge, érudite, astrophysicienne, toujours en fuite, elle a vécu toutes les vies. Et si elle n’en voulait qu’une?
Ce roman épistolaire, «liaisons dangereuses» des Éphémères et des Immortels, fable contemporaine et féminine, traité sur la vanité de notre résistance au temps, nous fait voir drôlement nos propres vices, notre horreur de vieillir, notre place si précaire sous les étoiles.
Extraits :  « Depuis que j’avais cessé d’être effrayée par mon opiniâtre jeunesse, je ressentais la plus grande compassion pour le chagrin des femmes qui regardent leur beauté s’envoler. »
« Delphine et Werner qui sont amants depuis quarante ans ne se marient pas, Clarisse et Johann qui ont le ferme propos de ne jamais coucher ensemble se marient. Les Mortels sont bien étranges.« 

Mon avis :  Cela fait maintenant plusieurs mois que j’ai fermé la dernière page de ce livre. Je vais tenter tant bien que mal de vous en faire une brève critique – même si certains éléments ont, depuis, totalement disparus de mon esprit.

Le passage des éphémères, c’est une correspondance épistolaire entre plusieurs personnages, notamment entre Clarisse et Johann, astrophysiciens et Delphine et Werner, ex-astrophysicien, qui suivent de loin les travaux de leurs deux poulains. Toutes leurs lettres s’entrecroisent, parlant de sujets totalement variés – leur boulot, leur vie… A tout ce beau monde s’ajoute Adèle, jeune fille qui a vécue au XVIème siècle (oui, vous en rêvez pas !) et qui vit encore aujourd’hui, sorte d’ange immortelle qui suit des yeux l’existence des êtres humains.

La science-fiction s’incorpore dans ce récit contemporain, ajoutant une touche de merveilleux fabuleux au livre.
Un récit qui, en plus, se dote d’allusions plus ou moins explicites à des ouvrages antérieurs – dans la forme et la structure, vous pourrez y voir Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos ; d’autres éléments plus infimes rendent hommages au personnage de Harry Potter…

Jacqueline Harpman nous questionne sur la nature humaine, le pourquoi des sentiments, le pourquoi de la vie terrestre. Un personnage masculin est homosexuel. Un autre personnage, féminin, cette fois-ci, ne veut pas avoir de relations sexuelles. Les deux décident de se marier, à la surprise la plus totale. Quelle importance ?
En fin de compte, ce roman est vraiment tourné vers l’être humain, il est également assez spirituel, et donne à réfléchir. Adèle, la jeune fille immortelle, regarde de haut les humains et commente leurs comportements et leurs décisions. Le passage des éphémères, de part son titre très poétique, nous montre le passage sur terre des êtres humains, qui naissent, vivent et disparaissent. Les choses réalisées dans ce laps de temps. Les choix effectués. La briéveté du temps.

Un récit sympathique à lire, original de part sa forme et la thématique. Une plume totalement maîtrisée, mais qui ne m’a pas totalement satisfaite. Ce livre aura quand même eu le mérite de me faire rêver de l’immortalité de l’existence…

 

Ma note : 5,5/10
Littérature belge·Roman

Une vie à t’attendre

Une vie à t’attendre de Alia Cardyn
267 pages, éditions Charleston, à 18€

 

Résumé : Rose a 6 ans quand ses parents disparaissent mystérieusement.
A Bali, seize ans après leur disparition, Rose découvre quelques mots sur un carton.
Ils sont les premiers d’un cheminement : comprendre ce qui est arrivé à ses parents, tisser un lien puissant avec une mère qu’elle découvre à travers l’écriture et commencer à s’aimer.
Extraits :  « Les mystères peuplent déjà leur vie d’enfant. Pourquoi papa s’assied quand maman range ? Pourquoi maman préfère-t-elle jouer toute seule dans sa cuisine plutôt qu’avec nous dans le salon ? Pourquoi faut-il prendre un bain tous les jours alors qu’on se salit le lendemain et qu’il faut tout recommencer ? »
« J’ai toujours admiré ceux qui savent être détendus en toutes circonstances. Ces êtres qui se promènent comme s’ils avaient tout le temps, comme si rien ne pouvait jamais être grave ni urgent. Convaincus que rien ne pourra leur arriver, ils traversent la vie, un sourire sur les lèvres.« 

Mon avis :  Pour un premier roman, je trouve que Alia Cardyn s’en sort vraiment pas mal ! Voici le syllabus de son récit : Alors qu’elle n’avait que six ans, Rose va vivre la pire chose qu’il puisse arriver dans la vie d’une enfant : elle va perdre ses parents. Un beau matin, elle se réveille, sans personne dans sa maison. Ses parents se sont purement volatilisés. Les investigations qui ont suivies cette disparition n’ont rien données. Rose va être placée en orphelinat. Seize années après ce terrible drame, Rose découvre un petit mot qui risquerait bien de bouleverser sa vie. Existe-t-il encore un espoir de revoir ses parents vivants ?

La première chose qui déroute dans ce roman, c’est sa construction narrative. Un chapitre est situé dans le passé, au moment de la disparition des parents de Rose, un autre dans le présent, au moment du regain d’espoir de Rose, un autre encore se situe dans le futur, avec une Rose heureuse et épanouie, entourée de son mari et de ses enfants. Au début, ce schéma narratif est assez déconcertant ; il faut savoir s’accrocher et réajuster toutes les pièces du puzzle pour suivre le fil du récit.

Nous suivons donc Rose dès l’enfance, avec son placement en orphelinat, sa séparation d’avec tous ses repères et sa croissance dans un univers démuni de pivots centraux. Depuis la disparition de ses parents, Rose ne trouve plus la paix. Elle est comme en sursis, elle vit, mais sans vraiment vivre. Elle est étrangère au monde et à ceux qui l’entourent. Elle en vient même à devenir étrangère aux lecteurs. En effet, pour ma part, je n’ai pas vraiment réussie à déchiffrer entièrement Rose. Ce n’est pas un personnage que j’ai trouvé particulièrement attachant.

Bien plus que Rose, c’est sa mère qui m’a émue. Gabrielle, cette femme que l’on apprend à connaître à travers ses écrits, dans son journal intime, que Rose a découvert par hasard. Gabrielle, une femme épanouie, pleine de vie, curieuse de nature, toujours souriante et avenante. Mais derrière cette jolie façade, se cache une enfance bancale, à cause de la désertion d’une figure masculine, qu’elle n’a jamais connue. Quand on dit que l’enfance peut ériger toute une vie, je pense que c’est vrai. Du moins, dans le cas de Gabrielle. Pour ne pas revivre cet abandon d’un père, Gabrielle va se tourner vers un homme totalement stable, Charles, futur papa de Rose. Au détriment d’un autre homme, John, qui lui, la faisait vraiment vibrer. On découvre alors une femme forte, qui fait passer les besoins des siens avant les siens. Une femme généreuse, qui a bâtie son caractère sur des apparences trompeuses.

Il est vrai que j’ai été intriguée dès le début du récit. Cette mystérieuse disparition avait de quoi susciter ma curiosité. Mais très vite, j’ai découvert le fin mot de l’histoire. Un petit peu plus d’originalité, de suspens et de réalisme n’auraient pas été de tout refus !

En définitive, j’ai passé un bon moment de lecture. Pas mémorable, mais agréable. Venez plonger au coeur d’une quête identitaire, dans laquelle Rose tentera de percer le mystère de la disparition de ses parents. C’est puissant, mais un peu brouillon. Sur la même thématique, je pourrais vous conseiller Les Lettres de Rose écrit par Clarisse Sabard, toujours aux éditions Charleston, qui est un roman familial, dans lequel la protagoniste, Lola, adoptée très jeune, va enquêter sur ses origines pour se forger une vraie identité. J’avais beaucoup aimé.

Ma note : 6/10