Littérature française·Roman

La petite fille de Monsieur Linh


La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel

183 pages, éditions Le Livre de Poche, à 5,60€


Résumé : C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh.
Il est seul désormais à savoir qu’il s’appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort.
Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.


Extraits :  « Penser au village, même au passé, c’est un peu y être encore, alors qu’il sait qu’il n’en reste rien, que toutes les maisons ont été brûlées et détruites, que les animaux sont morts, chiens, cochons, canards, poules, ainsi que la plupart des hommes, et que ceux qui ont survécu sont partis aux quatre coins du monde, comme lui l’a fait.« 

« La mort lui a tout pris. Il n’a plus rien. Il est à des milliers de kilomètres d’un village qui n’existe plus, à des milliers de kilomètres de sépultures orphelines des corps morts à quelques pas d’elles. Il est à des milliers de kilomètres d’une vie qui fut jadis belle et délicieuse.« 


Mon avis : Je reste sans voix face à cette pépite. Un livre écrit d’une façon simple, mais qui délivre un message si fort et intense qu’on en perd ses mots…

Monsieur Linh est un vieux monsieur, qui a fuit son pays, où la guerre sévissait, pour se réfugier en sécurité en France. Séparé des siens et sans repères, il se sent perdu et seul dans cette grand ville, lui qui a vécu toute sa vie dans un petit village chaleureux et convivial, dans lequel chacun se connaissait. Son seul lien avec sa vie d’avant : Sang Diû, sa petite-fille de quelques semaines, qu’il a sauvé de la mort et à qui il veut offrir une nouvelle vie décente. Propulsé dans ce nouveau monde, Monsieur Linh va faire la connaissance de Monsieur Bark, un homme bon qui a perdu sa femme il y a peu, avec qui il va lier une amitié, qui va surpasser tous les obstacles langagiers. Une amitié authentique et émouvante, entre deux êtres peu épargnés par la vie.

Ce livre, c’est l’histoire d’un exil forcé. C’est le combat d’un homme seul, déraciné de son pays natal, de sa vie passée, qui va tenter de se reconstruire entièrement, dans un monde nouveau. C’est aussi l’histoire d’un deuil, celui de Monsieur Bark. La solitude l’empli chaque jour, alors qu’il se promène aux abords du parc dans lequel sa femme défunte travaillait. Ces deux destins meurtris vont se croiser et se lier. Ils vont partager des moments forts, et bâtir une amitié authentique, fondée sur le respect et l’humilité. Mutuellement, sans se connaître, sans se comprendre, insidieusement, sans même qu’ils le remarquent, ils vont s’entraider à surmonter les difficultés que la vie sème sur leur passage.

On peut aisément replacer cette histoire dans un contexte actuel, dans lequel on voit nombre de populations migrantes obligés de fuir leur vie passée, pour venir se réfugier dans un pays étranger, dans lequel tout est à apprendre (langue, coutumes…). Une bonne manière de se mettre à leur place et de mieux comprendre leur motivation et les sentiments qui les animent à leur arrivée en terre inconnue.

Ce que j’ai fortement apprécié avec l’écriture de Philippe Claudel, c’est qu’il parle de sujets graves, mais ne le fait pas de façon larmoyante. Je pense que l’auteur a voulu que son écriture soit la plus sobre et simplifiée possible pour faire ressortir toute l’intensité émotive des personnages qu’il met en scène. Et c’est réussi, puisqu’il arrive ainsi à tempérer les émotions de ses personnages, les rendant bien plus profonds que s’il les avait fait geindre à tout va. Tendresse et poésie font bon ménage dans ce récit.

Et pour démontrer sa puissance narrative et émotive, l’auteur nous a concocté un dénouement surprenant, qui vous laissera pantois. J’ose vous avouer qu’une fois le dénouement passé et la dernière page du livre tournée, je suis restée plusieurs minutes assise, les yeux dans le vague, à réfléchir sur ce que je venais de découvrir. Autant vous dire que l’intensité de cette lecture, cumulée à cette claque finale, c’est tellement percutant que ça pousse à la réflexion.


Une histoire forte, qui vante l’humain autant qu’il le condamne. Un roman empli de réflexions – sur la guerre, l’immigration, la solidarité… -, qui donne encore un mince espoir en l’humanité. C’est touchant, c’est profond, c’est poétique… on n’en ressort pas indemne. 


Ma note : 9/10
Littérature française·Roman

Hier encore, c’était l’été


Hier encore, c’était l’été de Julie de Lestrange

377 pages, éditions Le Livre de Poche, à 7,90€


Résumé : Alexandre, Marco, Sophie et les autres se connaissent
depuis l’enfance. Ensemble ils sont nés, ensemble ils
ont grandi, en toute insouciance. Mais lorsque la vie
les prend au sortir de l’adolescence, la chute est brutale. En une décennie, cette jeunesse perdue mais pas désillusionnée va devoir apprendre à se battre pour exister. À travers les drames subsistent alors l’amitié, les fous-rires et les joies. Et l’amour, qui les sauvera.

Tendre portrait d’une génération, Hier encore c’était l’été est un roman résolument optimiste qui accroche le coeur pour ne plus le lâcher. C’est l’histoire de nos guerres quotidiennes, de nos victoires et de nos peines.
C’est surtout l’histoire de la vie et d’une bande d’amis dont on voudrait faire partie.


Extraits :  « Parce que c’est ça, le problème, mon petit. Ce n’est pas que les gens ont peur de vieillir, c’est qu’ils ont peur de mourir.« 

« Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, ils se baignaient à vingt heures, buvaient à vingt-deux et dînaient d’une fondue à vingt-trois. Ils étaient libres et tout-puissants comme le sont les enfants de vingt ans.« 

Mon avis : Je voulais tout d’abord remercier l’auteure, pour la proposition de partenariat, ainsi que les éditions Le Livre de Poche, pour leur envoi.

Hier encore, c’était l’été, et Marco, Sophie, Alexandre et tous les autres, encore jeunes adolescents, passaient leur chaudes journées dans leur maison de vacances. Insouciants, ils jouissaient pleinement de chaque instant de la vie. Mais ce temps est maintenant révolu, tous ont grandis et se sont fait rattraper par la vie. Ils doivent maintenant assumer des responsabilités et faire face à des événements difficiles. Heureusement, leur amitié, inébranlable, vient apporter gaieté et bonne humeur dans leur vie morose.

C’est un véritable roman sur la vie que nous a concoctée l’auteure. Pour faire simple : on passe à travers toutes les émotions (joie, tristesse, colère…). De ce fait, ces émotions étant communes à chacun d’entre nous, on ne peut que s’identifier à certaines péripéties qui surviennent dans le récit. Personnellement, je me suis également beaucoup identifié aux personnages, tout simplement parce qu’ils correspondent à ma tranche d’âge (la vingtaine). Je me suis reconnue dans de nombreuses parties de l’histoire, calquant ma vie sur la leur. En faisant cela, je me suis presque intégré à cette bande de copains, devenant un membre à part entière de leur grande et belle famille.

Il faut dire aussi qu’il est facile de s’attacher à tous ces gens. On les voit tout gamins, insouciants et heureux. Puis le temps passant, les voilà qui grandissent et évoluent, s’éloignant parfois dans des chemins différents, mais ne s’oubliant jamais. Ce sont des personnages aux traits simples et ordinaires, mais qui ont le pouvoir de nous toucher.

C’est un roman tendre, rempli de douceur et plein de positivité. A l’image du titre à l’imparfait qui vire à la nostalgie, on en devient presque nous aussi nostalgiques lors de la fin de cette lecture. C’était bien… mais c’est fini.


Hier encore, c’était l‘été fût une lecture très agréable, relaxante, et pleine de vie. Amour, amitié, deuil, temps qui passe… l’auteure nous dépeint avec réalisme la vie, ses bonheurs et ses difficultés. C’est une histoire simple, mais qui trouvera échos dans chacun d’entre vous.   

Ma note : 7/10
Littérature française·Roman·Saga

Le retour de Jules


Le retour de Jules de Didier van Cauwelaert

166 pages, éditions Albin Michel, à 16,50€


Résumé : « Guide d’aveugle au chômage depuis qu’Alice a recouvré la vue, Jules s’est reconverti en chien d’assistance pour épileptiques. Il a retrouvé safierté, sa raison de vivre. Il est même tombé amoureux de Victoire, une collègue de travail. Et voilà que, pour une raison aberrante, les pouvoirs publics le condamnent à mort. Alice et moi n’avons pas réussi à protéger notre couple ; il nous reste vingt-quatre heures pour sauver notre chien. »

Au coeur des tourments amoureux affectant les humains comme les animaux, Didier van Cauwelaert nous entraîne dans un suspense endiablé, où se mêlent l’émotion et l’humour qui ont fait l’immense succès de Jules.


Extraits :  « C’est bien plus que le jouet de Victoire. C’est la clé de sa vocation, de son dressage et de ses six ans de carrière. Marjorie m’a expliqué que tous les composants d’explosifs possibles imprègnent la garniture du Marsupilami, afin que le chien détecteur mémorise les odeurs de chaque molécule. Ensuite, quand son maître lui cache son jouet, il va s’employer à en retrouver la trace olfactive dans un périmètre défini – stade, aéroport, école, salle de spectacle, appartement, voie publique, moyen de transport… En termes de motivation pour l’animal, la détection d’une ceinture explosive est fondée non pas sur la chasse à l’homme, mais sur le jeu. C’est pourquoi aucun kamikaze ne peut échapper à un chien qui traque son doudou.« 

« Pour demeurer en phase avec la femme qu’on aime, on est parfois obligé de la tromper.« 

Mon avis : Le retour de Jules, c’est la suite des aventures de Jules, l’ancien chien guide aveugle d’Alice, qui s’était retrouvé sans emploi, après qu’Alice ait retrouvé la vue. S’en était suivi une séparation douloureuse entre le chien et la maîtresse, Jules devant mettre ses talents au profit d’un autre aveugle. Mais l’expérience d’éloignement n’avait pas fonctionné et Jules était revenu auprès d’Alice.

Ici, nous retrouvons Jules, plus en forme que jamais, qui s’est trouvé une nouvelle vocation : chien d’assistance pour les épileptiques. Mais voilà, alors qu’il était en charge d’une vieille dame, Jules s’est subitement montré violent et à mordu le neveu de cette dame. Immédiatement embarqué à la fourrière, Jules est condamné à mort par les pouvoirs publics. Alice et Zibal, les anciens amoureux, vont tout faire pour comprendre ce qui a amené leur si gentil gentil à ce comportement violent, et vont tenter de le sauver de la mort.

Dans le premier tome, Jules a contribué à sauver sa maîtresse et Zibal, en leur amenant joie et gaieté et en leur redonnant goût à la vie. Dans ce tome-ci, l’inverse se produit : les maîtres vont tenter de sauver Jules de la mort. C’est un juste retour de bâton (admirez la subtilité du jeu de mot).

Après avoir découvert Jules dans la peau d’un chien guide d’aveugle, j’ai apprécié l’initiative de l’auteur de nous faire découvrir une autre faculté extraordinaire dont peuvent être capables les chiens. Ici, on découvre que les chiens peuvent être des assistants d’épileptiques et détecter les crimes épileptiques avant qu’elles ne se produisent. Mieux que la science. Dans sa note en post-scriptum, Didier van Cauwelaert raconte la naissance de ce deuxième opus et l’idée qui l’a conduit à mettre en scène Jules dans cette nouvelle vie de chien d’assistance. L’idée lui vient d’un professeur du CHU de Nancy, seul épileptologue français travaillant avec des chiens détecteur de crises. De cette rencontre naîtront le sujet de ce livre et le projet ESCAPE, dépeint brièvement dans le livre, qui va être véritablement lancé. Affaire à suivre… En tout cas, l’auteur conclue sa note d’intention d’une jolie phrase qui mérite réflexion : « Ainsi, agissant comme un catalyseur, la fiction peut-elle parfois bénéficier à la réalité dont elle s’inspire ».

Malgré la beauté du sujet abordé, il m’a manqué l’intense émotivité que j’avais tant apprécié dans le premier tome. Les personnages sont moins proches du lecteur, et donc moins attachants, tout comme Jules, que j’ai trouvé distant et un peu froid dans ses agissements. Une mince frontière s’est installée entre les personnages et moi, m’empêchant de savourer pleinement ma lecture. Néanmoins cette sensation étant purement subjective, faites-vous votre propre avis sur ce livre !


Dans la continuité de Jules, l’auteur met en avant une autre des capacités extraordinaires dont sont dotés les chiens. Un roman dynamique, qui manque quand même d’intensité. 

Ma note : 5,5/10
Littérature française·Roman

La lanterne des morts

 


La lanterne des morts de Janine Boissard

347 pages, éditions Fayard, à 20,90€


Résumé : Lila et Adèle sont sœurs. Belle, brillante, passionnée, Lila ne rêve que de mener la grande vie. Hélas elle est victime de bipolarité, cette terrible maladie où le meilleur côtoie le pire. Adèle est douce, tendre, responsable.
Les années passant, de lourds soupçons pèsent sur Lila. Autour d’elle, plusieurs événements tragiques, toujours liés à des affaires d’argent. Mais sans jamais la moindre preuve.
Voyant sa sœur s’attaquer à celui qu’elle aime, les yeux d’Adèle s’ouvrent enfin. Menant une discrète enquête, elle découvre la vérité. Mais cela suffira-t-il à sauver Vivien ?
C’est dans les beaux paysages du Périgord Noir, où flottent les arômes de truffe et de bon vin, que se passe cette histoire de famille comme Janine Boissard excelle à les raconter, mêlée d’un suspense qui ne faiblit jamais.

 

Extraits :  « J’avais confié à Lila mon appréhension de ce premier Noël sans papa, c’est l’absence de ses gros godillots, que nous accusions de déshonorer la fête, qui a soudain obstrué ma gorge et fait déborder mes yeux. On ne sait jamais à quelle occasion les disparus vont s’inviter.« 

« Et le temps, ça veut dire quoi exactement ? Papa affirme que les arbres l’effacent en nous répétant : « Quand tu n’étais pas là, moi j’existais déjà. Quand tu cesseras d’exister, moi je serai là.« 

Mon avis : Janine Boissard est une auteure française dont la réputation n’est plus à faire. Avec près de 40 romans à son actif, c’est une des auteures les plus appréciée des français. Et pour cause : ses romans, chargés d’une écriture douce, mettent en scène des paysages et traditions françaises, le tout baignés d’une atmosphère familiale, dans laquelle chacun peut s’immiscer et s’identifier.

La lanterne des morts n’échappe pas à la règle, puisque l’histoire se déroule dans le Périgord noir, en Nouvelle-Aquitaine, région rurale, fréquemment visitée et vantée pour ses sites préhistoriques, ses villages médiévaux ainsi que pour ses magnifiques paysages. Lila et Adèle sont deux soeurs, qui ont prit la suite de l’exploitation truffière à la mort de leur père. Tout semble aller bien pour elles, si ce n’est que Lila est victime d’une maladie nommée bipolarité, qui influe directement sur sa façon d’être et de se comporter avec les autres. Adèle, terrassée par les soucis de santé de sa soeur, en vient même à la soupçonner d’être à l’origine d’événements familiaux tragiques.

L’auteure a une façon tout à fait personnel de raconter son histoire et de la porter jusqu’aux lecteurs. Son écriture se déplie lentement, avec douceur et tendresse. Le lecteur ne peut que se laisser envoûter par la délicatesse d’écriture. Inconsciemment, on se laisse entraîner par le récit, on adhère à l’histoire et on prend à coeur tous les événement narrés. On s’attache également aux personnages. A Adèle particulièrement, cette petite fillette, que l’on voit grandir et s’épanouir sous nos yeux. A Vivien aussi, propriétaire d’un domaine viticole et grand ami de la famille, qui nous touche par sa douceur et sa bienveillance à l’égard des deux soeurs. Quant à Lila, personnage mystérieux et énigmatique, sa singulière personnalité vous fera oublier sur quel pied danser.

La lanterne des morts, c’est une sorte de roman policier, sans toutefois en être un. C’est un roman bien plus subtil, composé de décès, d’interrogations et de beaucoup de suspens. Il est dur de donner une étiquette à ce livre. On pourrait tout aussi bien le placer dans la catégorie « roman familial », puisque les énigmes tournent autour de secrets familiaux inavoués.


Venez savourer la délicate et élégante plume de Janine Boissard. Au menu : de l’amour, des secrets, la mise en lumière de la bipolarité, mais aussi un hommage rendu à la beauté des paysages et des cultures du Périgord. Un bon cru !

Ma note : 7/10
Littérature française·Roman

La Plage de la mariée

dbc


La Plage de la mariée de Clarisse Sabard

440 pages, éditions Charleston, à 19€


Résumé : Zoé, 30 ans, est en pleine dispute avec sa conseillère Pôle Emploi lorsque sa vie bascule. L’hôpital l’appelle, ses parents viennent d’avoir un grave accident de moto. Son père est décédé sur le coup, sa mère est trop grièvement blessée pour espérer survivre, mais encore assez lucide pour parler. Celle-ci va révéler à Zoé qu’elle lui a menti depuis toujours : l’homme qui l’a élevée n’est pas son véritable père. Elle donne un seul indice à sa fille pour retrouver son père biologique : « La Plage de la mariée ». Zoé va rester quatre mois dans le déni, puis finit par craquer et se décide à partir à la recherche de la vérité. Elle atterrit en Bretagne et se fait embaucher dans une « cupcakerie » tenue par une ancienne psychologue franco-américaine, Alice. Dans ce salon de thé à l’américaine, plusieurs personnages se croisent et voient leurs destins se mêler, tandis que Zoé part à la recherche de son père et tente de comprendre pourquoi sa mère lui a menti durant toutes ces années. L’arrivée d’un beau touriste pas comme les autres, Nicolas, va la perturber au plus haut point.


Extraits :  « Il n’y a rien de plus triste que d’imaginer d’autres personnes dans l’appartement dans lequel on a grandi, où l’on a beaucoup de souvenirs joyeux. Il n’y a rien de plus cruel lorsque tout cela survient beaucoup trop prématurément.« 

« Une personne peut être perçue de manière totalement différente, d’un individu à l’autre. Tu risques d’entendre plusieurs versions radicalement opposées, selon les gens. Mais l’essentiel, c’est le souvenir que toi, tu garderas d’elle. Telle que tu l’as connue. Tout ce qu’on pourra te dire doit avant tout t’aider à reconstituer un puzzle aux pièces éparses. Pas à en modifier le dessin.« 


Mon avis : Clarisse Sabard est une auteure que j’ai eu l’occasion de découvrir à travers son roman Les Lettres de Rose que j’avais particulièrement apprécié. Dans La Plage de la mariée, on retrouve le style d’écriture et de narration propres à l’auteure, avec des thématiques presque similaires à son précédent ouvrage, à savoir le voyage initiatique et la quête identitaire.

Zoé, 30 ans, vient de perdre ses parents dans un terrible accident de la route. Mais avant de mourir, sa mère, sur son lit de mort, révèle à Zoé que Zoran, qu’elle pensait être son père, n’est pas son père biologique et qu’il faut qu’elle se rende sur la plage de la mariée pour retrouver ses origines. Face à cette révélation subite, la jeune femme décide de suivre son instinct et de donner des réponses aux nombreuses interrogations qui la taraudent. Elle part donc en Bretagne, à Saoz, à la poursuite de sa véritable identité. Là-bas, elle va faire des rencontres fantastiques. Entre Alice, qui l’embauche dans sa cupcakerie, Gäel et Capucine, des clients fidèles, mais aussi Nicolas, un beau jeune homme aux allures mondaines, Zoé va se sentir à son aise, assez tranquille et sereine pour débuter ses recherches paternelles.

Même si à première vue ce livre vous semble triste, détrompez-vous, c’est un concentré de bonne humeur et de gaieté. Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres. Ils sont prévenants, attendrissants, gentils… on rêve de s’en faire des amis.

De plus, Clarisse Sabard a réussie à me donner envie de découvrir la Bretagne et ses petits villages. Qui l’aurait crû ! Mais les paysages décrits sont somptueux, l’ambiance de ces villages est chaleureuse et conviviale, on s’y sent agréablement bien.

Pour contrebalancer ce côté lumineux et gaie de l’histoire, l’auteure y ajoute une intrigue plus sombre. Zoé doit retrouver son père et recevoir des explications de sa part. Une recherche laborieuse, qui va s’affiner au fur et à mesure de notre lecture. Néanmoins, je trouve que l’intrigue, dans ce récit, est écrasée par la bonhomie et la présence massive des personnages secondaires. En effet, le suspense n’est pas aussi intense qu’on l’aurait crût, l’intrigue ne prend pas une place prédominante dans l’histoire, devancée par les déboires et histoires secondaires des autres personnages. De ce fait, le dénouement ne nous réserve pas une si grande surprise que ça, puisque la tension narrative n’a pas été continue durant notre lecture.


La légèreté de cette histoire nous fait passer un très bon moment, aux côtés de personnages gentils et attendrissants, qui nous transmettent leur amour pour la Bretagne et leur envie de profiter de la vie. C’est un bonheur de lecture. 

Ma note : 8/10
Littérature française

Rage

dbc


Rage de Orianne Charpentier

103 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : RAGE… C’est le surnom que son amie lui a donné.
C’est désormais ainsi qu »elle se nomme, pour oublier son prénom, ce nom d’avant, celui de son enfance, d’avant l’exil, la déchirure. Son pays d’origine, on ne le connaîtra pas.
Il nous suffit de deviner que Rage a eu affaire à la violence des hommes, de la guerre. Et voilà réfugiée en France, sans plus de repères, ni de famille. Telle une bête traquée, elle se méfie de tous. Mais un soir, sa route croise celle d’un chien – dangereux, blessé, visiblement maltraité. Désormais, sa propre survie passe par celle de l’animal…

Extraits « Rage le sait, le corps est un traître. Il dit tout, même ce que l’on veut taire.« 

« Une pensée étrange lui vient : ce qui sépare le plus deux êtres humains, ce n’est pas l’âge, la langue, la fortune ou la culture. Ce qui les sépare le plus, c’est la souffrance qu’ils n’ont pas partagée.« 

Mon avis : Si vous recherchez une lecture originale, rapide à lire et poignante, arrêtez-vous, vous êtes bien tombé !

Rage, une jeune fille mystérieuse, émigrée d’un pays en guerre, est arrivée en France il y a peu de temps, seule, sans sa famille, sans aucune connaissance. Sa vie reste floue aux yeux des lecteurs, seule certitude : Rage a vécue de terribles drames. Ses drames transparaissent dans sa personnalité, dans sa façon d’être, et dans son surnom aussi, donné par son amie, Artémis. La jeune fille, introvertie et refermée sur elle-même, va faire la rencontre d’un chien errant, maltraité et blessé à mort par ses maîtres. Se liant instantanément d’affection avec lui, elle va tout faire pour le sauver.

Deux destins identiques qui se croisent, deux êtres bousculés et endommagés par la vie, innocentes et fragiles, qui vont se sauver mutuellement.

Rage est une histoire qui se lit très vite, presque d’un seul coup. Dès les premières pages, on plonge au coeur de ce récit, intrigués par cette jeune fille, désireux d’en savoir un peu plus sur elle. Ce roman bref se passe en une journée seulement (24h), mais énormément de choses adviennent en ce court laps de temps.

La jeune Rage distille un message de tolérance et d’acceptation. Elle insuffle également au monde entier un vent de courage, de générosité et de persévérance. Pour les lecteurs, elle est vue comme une héroïne des temps modernes, à qui le surnom Rage va comme un gant. Pour Jean – ami et connaissance de Rage, qui l’accompagne jusqu’au vétérinaire pour sauver le chien -, Rage n’est pas Rage, elle est Antigone. Une héroïne tragique qui se bat pour ses idéaux, courageuse et engagée. Exactement le portrait de Rage.

Une jeune réfugiée, un chien maltraité, deux âmes bousillées par la vie, qui gardent quand même une rage de vivre. Jolie histoire, douce et poignante, qui nous délivre un fort message de tolérance et de persévérance.

Ma note : 7/10
Classique·Littérature française

L’Assommoir

L’assommoir d’Emile Zola.
319 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 4,95 €
Résumé : Paris, ville de toutes les promesses, ouvre les bras à Gervaise Macquart et son amant, Auguste Lantier. Pourtant, les dernières économies dépensées, Lantier s’enfuit avec une autre femme. Seule avec ses deux enfants, Gervaise surmonte cette épreuve à force de travail. D’abord blanchisseuse, elle parvient à ouvrir sa propre boutique avec son nouveau mari. Mais la pauvreté guette sans relâche.
Extraits :  « Les enfants poussaient sur la misère comme des champignons sur le fumier. »
« Souviens-toi que le producteur n’est pas un esclave, mais que quiconque n’est pas producteur est un frelon. »

Mon avis : ENFIN je découvre la superbe plume d’Emile Zola ! Il était temps… En commençant ma lecture, j’avais une certaine appréhension vis-à-vis de cette édition qui vise plus la jeunesse, grâce au texte abrégé, et à cause de la compréhension de l’histoire, dont j’avais peur de passé à côté. Heureusement, il en est tout autre ! Emile Zola m’a définitivement réconcilié avec les classiques (que je lisais jusqu’à maintenant seulement pour les cours, en lecture obligatoire).

L’histoire se déroule dans la très grande ville de Paris, aux alentours du XVIIIème siècle. Emile Zola va entièrement focaliser son oeuvre sur une partie bien distincte des habitants de Paris, à savoir la classe ouvrière, un rang de société bien moins reluisant que tous les bourgeois peuplant Paris à cette époque. Gervaise, la principale héroïne du roman, travaille comme blanchisseuse chez Mme Fauconnier, sa patronne, principalement pour subvenir aux besoins de ses enfants, et de son mari, Coupeau. Peu à peu, Gervaise va commencer à s’émancipait et ouvrir sa propre boutique de blanchisserie, avec en prime, deux employés. C’était sans compter sur son mari, qui va tombait peu à peu dans l’alcool, pour oublier la misère dans laquelle ils vivent…

Dès les premières lignes du roman, Emile Zola arrive à capter l’attention du lecteur et à l’attirer dans son histoire.

On pénètre dans la triste vie de Gervaise, et on découvre toutes ses connaissances et sa famille. Elle vient de quitter à contre-coeur son premier mari, qui lui avait fait cocu, et elle rencontre dans la foulée Coupeau, avec qui elle se marie, sans savoir ce que cet homme lui réserve. Suite à cette nouvelle, Gervaise va faire la connaissance de toute la famille de Coupeau, notamment les Lorilleux, qui vont l’accueillir à reculons, comme si c’était une moins que rien et qu’elle ne méritait pas d’entrer dans leur famille. Elle va se conduire dignement et très gentiment avec eux, car elle laisse couler, en pensant que ça leur passera. A côté de ça, Gervaise élève ses enfants, deux garçons qu’elle a eut avec son premier mari, et sa dernière petite fille, conçue avec Coupeau.

Côté travaille, elle est donc employée comme blanchisseuse chez Mme Fauconnier, de chez qui elle partira pour ouvrir sa propre boutique, jusqu’à ce que l’argent manque et qu’elle revienne retravailler pour cette dame. Son mari, lui, travaillait au début de leur relation, mais de fil en aiguille, voyant que la vie commence à devenir de plus en plus cher comparée aux sous qui entraient dans la caisse, et suite à un accident de travail, il ne peut et ne veut plus retourner bosser. Il occupe désormais ses journées à boire dans des bars avec ses amis, qui lui offrent des tournées. Gervaise est donc la seule à s’occuper du foyer et à gagner sa vie.

Emile Zola nous raconte avec tristesse et finesse la vie des pauvres populations de classe moyenne de cette époque. Gervaise touche le lecteur de part sa volonté de bien faire, son grand coeur, et son acharnement au travail. Bien qu’elle ait eût un certain côté trop gentille et trop sage au début de l’histoire, elle va commençait à prendre de l’assurance vers la moitié du texte, et va dire tout haut ce qu’elle pense tout bas.
La misère de cette jeune femme (et de tous les personnages présentés, d’ailleurs), ne peut qu’attrister le lecteur.
Ajouté à cette misère l’alcool qui s’en découle. C’est bien connu, les gens les plus pauvres se réfugient souvent dans la boisson pour diverses raisons. C’est malheureusement ce qu’à fait Coupeau, qui décida un beau jour d’arrêter de se battre, et de se laisser chavirer dans ce tourbillon infernal qu’est l’alcoolisme. Mais en sombrant, ce n’est pas seulement sa vie qu’il a fait tomber en ruines, mais également celle de toute sa famille.

La fin du roman est totalement géniale ! Je ne m’attendais à aucune fin en particulier (je me suis laissé glisser pendant toute la durée du roman, emportée par les mots d’Emile Zola), mais celle-ci dépasse en loin toutes mes espérances. Je n’aimerais pas révéler ce superbe dénouement aux personnes qui lisent ma chronique (je vous remercie, au passage), mais soyez sûr d’une chose : ça va vous surprendre… et vous émouvoir, sans doute.

Vous l’aurez compris, L’assommoir a été un véritable coup de coeur, autant qu’un coup de poing. Les thèmes soulevés dans ce roman sont réels et d’actualité,ils ne sont encore que trop présents encore aujourd’hui dans notre société, ce sont des sujets sensibles autant qu’émouvant. Emile Zola en parle avec profondeur, il touche le lecteur et le captive jusqu’au dernier mot.

C’est ma première rencontre avec ce grand auteur, et pour une première, c’est réussi ! J’ai vraiment hâte de lire un autre de ses chefs-d’oeuvres, celui-ci m’a comblée…

Ma note : 10/10