Porter sa voix : S’affirmer par la parole


Porter sa voix : S’affirmer par la parole
de Stéphane de Freitas

431 pages, éditions Le Robert, à 22,90€


Résumé : Nous n’avons jamais autant eu l’illusion de pouvoir nous exprimer sur tout, partout et tout le temps. Mais sommes-nous écoutés ? Pour que nos envies, nos rêves puissent exister ailleurs que dans notre esprit, il nous faut apprendre à prendre la parole en public, à défendre clairement nos idées et à instaurer le dialogue. Pourtant la pratique de l’oral reste une compétence peu enseignée dans notre cursus scolaire. Pour beaucoup d’entre nous, elle est source de fragilité sociale et professionnelle.
Stéphane de Freitas a créé et anime depuis 2012 des ateliers de prise de parole auprès de nombreux élèves et d’étudiants. Les résultats sont remarquables. En apprenant à puiser au fond d’eux la force d’un discours authentique, en s’initiant aux techniques oratoires, ils retrouvent confiance et se révèlent aux autres et à eux-mêmes.
Dans ce livre fondateur, Stéphane de Freitas défend une véritable pédagogie de l’oral, fruit de son histoire personnelle et de son expérience auprès des jeunes. Il en expose avec clarté les grandes étapes et livre les outils pratiques pour développer individuellement et collectivement notre esprit critique et libérer notre parole, dès l’école et tout au long de la vie.
Pour que chaque personne puisse  » porter sa voix « , sa propre voix.


Extraits : « À voix haute a circulé dans de nombreux établissements scolaires. J’ai été contacté par des professeurs de collège et de lycée, des proviseurs, des animateurs de services jeunesse, des enseignants de centres de formation et d’apprentissage. Ils souhaitaient que leurs élèves ou les jeunes qu’ils encadraient bénéficient des mêmes engagements, afin qu’ils réfléchissent aux individus qu’ils étaient, qu’ils soient mieux outillés face au monde, qu’ils dialoguent plus facilement au quotidien. Cette éducation au savoir-être crée des cercles vertueux capables d’endiguer l’autocensure et la mauvaise estime de soi de nombreux jeunes. »

« Avec l’expérience, je dirais que les discours les plus « éloquents » que j’ai eu à entendre au cours de nos formations sont ceux qui ont été prononcés de la manière la plus authentique. Lorsque la personne qui parle ne triche pas, l’effet sur le public est immédiat, quels que soient son niveau de langue, son milieu social ou son âge. »


Mon avis : Beaucoup n’ont peut-être jamais entendu parler de Stéphane de Freitas, mais son film documentaire À voix haute La force de la parole ne vous ai certainement pas inconnue. Réalisé en 2016 et diffusé sur France 2, ce documentaire suit pendant 6 semaines des étudiants de Seine-Saint-Denis qui se sont lancés dans le concours de prise de parole Eloquentia. La diffusion de ce film est un succès – près de 600 000 spectateurs suivent sa diffusion – il est alors adapté en version longue pour le cinéma, puis primé au Festival 2 Valenciennes et nominé aux Césars dans la catégorie « meilleur film documentaire ». Un succès monstre, que Stéphane de Freitas a voulu développer davantage à travers ce livre-témoignage. Porter sa voix : S’affirmer par la parole reprend les grandes lignes de son programme « Porter sa voix » et du concours d’éloquence Eloquentia qu’il a développé dans les écoles et universités de France. Il explique la naissance de ces projets censées changer la perception de l’oralité en France, leur mise en place et leur développement accru des dernières années. Un succès mérité au vu du travail dantesque réalisé par l’auteur !

Porter sa voix : S’affirmer par la parole est un livre riche, concret, pratique, qui nous aide à réfléchir, à se remettre en cause, et à parfaire nos prises de parole. Il s’appuie sur les différentes méthodes enseignées par Stéphane de Freitas aux étudiants, enfants, adultes, qui souhaitent améliorer leur oralité. Une méthode qui a déjà porté ses fruits dans de nombreux établissements scolaires, notamment dans des universités de Seine-Saint-Denis, où cette pédagogie active est enseignée aux étudiants durant 6 semaines, pour les aider à s’exprimer librement et à prendre confiance en eux.

Ce livre est la bible de la prise de parole : tout y est expliqué avec simplicité et précision, pour permettre de comprendre au mieux ce qui distingue un bon orateur d’un autre et d’appliquer à notre cas les conseils prodigués. Ce livre-documentaire est découpé en cinq grandes parties distinctes : I – Porter sa voix, naissance d’une pédagogie, II – Porter sa voix pour être soi, III – Porter sa voix en groupe, IV – Porter sa voix individuellement et V – Préparer un concours d’éloquence. Plus de 430 pages qui peuvent se lire chronologiquement ou de façon plus morcelée, en fonction des besoins du lecteur.

Il est constitué de nombreux conseils et astuces pour améliorer sa prise de parole dans différentes situations : lors d’un exposé scolaire, d’un entretien d’embauche, d’une réunion d’entreprise, d’un concours d’éloquence… On y apprend que la voix est très importante, mais qu’elle constitue une infime partie d’un tout qui fait une bonne prise de parole : la gestuelle, la respiration, la préparation intellectuelle, écrite, argumentée…

Après la théorie, place à la pratique ! Pour permettre à chacun d’améliorer concrètement sa prise de parole, différents exercices ludiques sont proposés : à réaliser individuellement ou en groupe, pour des publics divers, ils ont des visées spécifiques qui vont nous aider à parfaire notre oral.

————         


Un très bon ouvrage de développement personnel, qui recèle de bons conseils et exercices pour favoriser ses prises de parole orale. Une aide précieuse pour développer sa confiance en soi, issue tout droit de la pédagogie « Porter sa voix » mise en place par Stéphane de Freitas. Une référence en la matière !

Ma note : 7/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-32101-290-0

Alma : Le vent se lève


Alma : Le vent se lève de Timothée de Fombelle

388 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : 1786. Quittant la vallée d’Afrique qui la protégeait du reste du monde, Alma, 13 ans, part seule à la recherche de son petit frère disparu. Pendant ce temps, à La Rochelle, le jeune Joseph Mars embarque clandestinement sur La Douce Amélie, l’imposant navire de traite du cruel capitaine Gardel. Il est en quête d’un immense trésor, mais c’est Alma qu’il va découvrir…


Extraits : « Depuis toujours, le visage et le coeur de sa mère sont pour Alma comme les nuits d’été : une vie ne suffirait pas à en compter les étoiles. Alors, quand on les contemple, malgré la fatigue, on repousse l’heure de fermer les yeux. On ne veut pas dormir. On ne veut rien rater de tant de beauté. »

« – Qu’est-ce qu’ils vont faire de nous ? souffle quelqu’un.
– Personne n’est revenu de là-bas pour le dire.


Mon avis : Timothée de Fombelle est sans conteste mon auteur français préféré. Il a le don de se renouveler à chacune de ses parutions, d’émerveiller, de surprendre son lectorat, tout en lui prodiguant des leçons de vie mémorables. Ses deux derniers albums jeunesse, Capitaine Rosalie et Quelqu’un m’attend derrière la neige ont été mes coups de coeur de l’année 2019. L’auteur a ce talent si particulier de condensé dans de très courtes histoires de terribles réalités historiques et sociétales, qui frappent, bousculent, chamboulent, émeuvent. Dans cette nouvelle saga jeunesse, il s’attaque à une thématique historique qui lui tenait particulièrement à coeur : la barbarie de l’esclavage du siècle dernier.

Durant sa prime jeunesse, Timothée de Fombelle a eu la chance d’habiter en Afrique, où il a pu se confronter à tout un pan de l’histoire coloniale passée. Cette vision cauchemardesque ne l’a jamais quittée : des années plus tard, il raconte l’histoire d’Alma, jeune Africaine des années 1786, percutée de pleins fouet par les blancs vendeurs d’esclaves. D’abord partie à la recherche de son jeune frère Lam, c’est l’ensemble de sa famille qui va imploser : son père part également chercher ses enfants, tandis que Nao, la maman, se retrouve embarquée par des bandits, qui les revendent, elle, son grand fils muet et le bébé qu’elle porte dans son ventre, à un marchand français. Sans le savoir, Alma se retrouve à bord du même bateau que sa mère, peuplé d’esclaves noirs, en partance pour la France.

Sur ce bateau, elle fera la rencontre du jeune Joseph Mars, un matelot embarqué clandestinement sur La Douce Amélie, à la recherche d’un trésor caché par le pirate Luc de Lerne. Le capitaine du navire, Gardel, homme impitoyable, assoiffé d’argent et de pouvoir, se sert de la perspicacité du jeune Joseph pour mettre la main sur ce magot d’or. Une référence directe à la piraterie, ces bandits des mers qui tentent de faire fortune en pillant des bateaux marchands. Cette traversée n’est pas sans encombre, elle est peuplée d’aventures, de rencontres, de déconvenues aussi, mais nous enseigne énormément de choses sur les réalités de l’esclavagisme des siècles passés.  

Illustrations de François Place

La force de cette histoire réside dans l’alliance parfaite entre une réalité historique au plus proche de la vérité – on sent avec bonheur que l’auteur s’est longuement documenté sur le sujet de l’esclavagisme -, et une part fictionnelle, fantastique, faite d’aventures extraordinaires, idéale pour transporter les jeunes – et moins jeunes – lecteurs dans des contrées lointaines.

L’auteur souhaitait avant tout mettre en lumière un pan peu glorieux de l’Histoire du monde : la traite négrière, adapté à un public jeune, peu sensibilisé à ce genre de thématique. On voit avec horreur les réalités de l’esclavage, notamment à travers le commerce triangulaire en plein essor au XVIIIème siècle : des milliers de noirs sont embarqués sur des navires, principalement européens, pour servir soit de monnaie d’échange soit de main-d’oeuvre gratuite. Sur La Douce Amélie, ils sont des centaines à être entassés dans les bas-fonds du navire, dans des conditions insalubres. Leur état d’être humain est totalement annihilé par les marchands, qui les traite comme de vulgaires bêtes sauvages. Parler de ce mal du siècle dernier – socle principal du développement du racisme, soit dit en passant -, permet d’ouvrir et d’éduquer son esprit, ainsi que sa culture sociétale et historique. C’est un ouvrage enrichissant, brillamment documenté, qui donne l’accès aux plus jeunes à un pan ombrageux et parfaitement honteux des siècles passés.

Un sujet délicat, encore difficile à aborder, d’autant plus par un écrivain blanc. Ce roman de Timothée de Fombelle fait actuellement débat, puisqu’il semblerait que sa thématique périlleuse puisse freiner sa traduction à l’étranger. En effet, les traducteurs craignent une polémique visant l’appropriation culturelle d’une population dominée par un blanc issu d’une culture dominante, qui profiterait des retombées économiques qui ne seraient pas reversés au pays concerné. Une question qui divise les médias et l’opinion publique.

Néanmoins, rassurez vous, point de soucis à se faire pour sa parution française : Alma : Le vent se lève est le premier tome d’une trilogie d’aventures qui annonce un succès retentissant et phénoménal. La suite ne sera disponible que dans l’année 2021… autant dire dans une éternité ! Je viens à peine de refermer cette histoire que j’ai déjà hâte de retrouver Alma, sa famille, Joseph, Poussin, Palardi, Amélie, les méchants pirates et les gentils matelots.


Timothée de Fombelle nous embarque à bord de La Douce Amélie, dans une splendide épopée historique où la réalité de l’esclavagisme côtoie des aventures fictionnelles passionnantes. Un voyage envoûtant et rythmé, que je ne peux que vous conseiller !

Ma note : 10/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-07-513910-6
Illustré par François Place

Il faut savoir perdre de vue le rivage


Il faut savoir perdre de vue le rivage de Sophie Machot

299 pages, éditions Eyrolles, à 16€


Résumé : La vie de Rose Baron part en miettes. Son mari l’a quittée, son frère Raphaël est mort prématurément, et son médecin la pense en burn-out. Lors de la soirée d’anniversaire organisée pour ses 40 ans, elle fait momentanément disparaître tous ses soucis en buvant plus que de raison. Le lendemain, Rose reçoit un message anonyme. Un mystérieux M. lui adresse l’un de ses propres commandements : « Rose Baron, tes commandements tu appliqueras ! ».
À partir de cet énigmatique rappel à l’ordre, Rose, assistée de sa joyeuse et fidèle bande d’amis, va mener l’enquête : qu’a-t-elle fait pendant cette soirée d’anniversaire dont elle n’a plus aucun souvenir ? Qui est M. et que lui veut-il ?


Extraits : « Vous me demandez où se cache le bonheur, madame ? Eh bien, partout ! Derrière le sourire de votre cher voisin, dans le rire de votre enfant, face à une mer dans laquelle se baigne l’horizon, dans la douceur sucrée d’une gorgée de chocolat chaud dégusté au coin d’un feu de cheminée… Il se cache derrière chaque recoin de votre vie et si vous vous donnez la peine de le chercher, vous le trouverez. En petits morceaux, certes, mais vous le trouverez. »

« Le bonheur nous échappe plus souvent qu’il ne s’offre à nous. La vie est pleine de rugosité. Mais elle est aussi remplie de moments de grâce que nous oublions parfois de vivre consciemment. Savoir reconnaître les petites joies du quotidien et les apprécier à leur juste valeur augmente notre sentiment de bonheur. »


Mon avis : Rose est une auteure à succès, qui a notamment écrit un livre de développement personnel pour trouver le chemin vers bonheur. Seul problème : elle n’applique pas les préceptes déclinés dans son livre à sa propre vie, qui part en lambeaux. Son mari l’a quitté, son frère est décédé et c’est tout son quotidien qui est remis en question. Elle s’isole, sombre dans la  déprime, au bord du burn out. Ses amis ne savent plus comment réagir. À sa soirée d’anniversaire, alors que tous ses proches sont réunis pour ses 40 ans, Rose, enivrée par l’alcool, s’éclipse soudainement. Personne ne sait où elle est passée. Lorsqu’elle se réveille chez elle le lendemain, elle ne se souvient plus de rien. De nombreuses questions la taraudent : qu’a-t-elle fait ? Avec qui ? Comment est-elle rentrée ? Pourquoi n’a-t-elle plus aucun souvenir de cette soirée ? Pour répondre à ces nombreuses questions, elle va retracer son itinéraire, qui sera son chemin de croix pour reprendre goût à la vie.

Sophie Machot distille avec parcimonie des conseils pour vivre le moment présent, profiter de chaque instant qui nous est offert, penser positif et croire au bonheur. Rose est le parfait exemple d’une personne au fond du trou, qui n’a plus rien à quoi se raccrocher, plus d’espoir ni d’attentes en la vie. Mais, en changeant sa façon de penser et de concevoir la vie, elle remonte peu à peu à la surface de son existence, retrouve le plaisir des petits choses quotidiennes, qui viennent égayer ses journées. J’ai beaucoup aimé la subtilité des conseils, qui ne sont pas seulement un étalage de catalogue d’astuces à mettre en oeuvre, mais plutôt une forme de mise en situation concrète pour permettre de les comprendre avant de pouvoir les appliquer. 

Rose essaie péniblement de remonter le cours de sa mémoire, pour découvrir où elle est allée le fameux soir de son anniversaire. À chaque fois qu’elle se souvient d’un lieu visité ou de personnes rencontrées, ces dernières lui remettent une mystérieuse lettre, signée par un certain « M ». Ces lettres contiennent les préceptes du bonheur décrites dans son propre livre, que le dénommé « M » exhorte Rose à appliquer. Le concept d’envoyer des petits mots anonymes encourageants et bienveillants à la protagoniste m’a vaguement rappelé le roman Aubrey écrit par Emma Evrard, où un correspondant envoyait des missives remplies d’espoir à l’héroïne, pour la faire réagir et sortir de l’anorexie où elle s’était enlisé. Une technique qui porte ses fruits dans les deux situations, puisque Rose, tout comme Aubrey – dans le roman éponyme – ouvrent les yeux sur leur condition, se sentent entourées, aimées, soutenues et rien que pour ça, vont tout mettre en oeuvre pour ne pas décevoir leur mystérieux correspondant. C’est peut-être aussi ça, l’une des clefs du bonheur : pouvoir se sentir bien grâce à l’appui bienveillante d’un entourage aimant. 

Rose est un personnage qui a vécu de terribles drames dans sa vie et qui mérite amplement cette paisible accalmie. On dit souvent que les pensées positives apportent du positif et bien, c’est le cas dans l’histoire personnelle de Rose : après une triste déconvenue avec son mari Raphaël,  il s’avère que la jeune femme renoue lentement des liens avec son amour de jeunesse. Une histoire d’amour naissante, agréable à suivre et voir évoluer, abordée avec délicatesse et pudeur. L’auteure ne le répétera jamais assez : il faut savoir perdre de vue le rivage… de belles choses vous attendent à l’horizon !

Mais Il faut savoir perdre de vue le rivage n’est pas qu’un livre de développement personnel, c’est aussi en quelque sorte un roman à suspense, puisqu’une certaine part de mystère entoure l’auteur des lettres anonymes. Qui est-il ? Que veut-il ? Pourquoi fait-il ça ? J’ai longuement réfléchi à ces questions, soupçonnant à tour de rôle l’ensemble des personnages présents dans l’histoire et échafaudant maintes et une théories toutes plus farfelues les unes que les autres, mais l’auteure a réussit à me surprendre avec brio à la toute fin de son récit. Si vous aimez les chutes ahurissantes, vous allez être servis ! 


Un bon roman de développement personnel, frais, pétillant qui redonne espoir. Rien n’ait jamais tout rose dans la vie, mais rappelez-vous : n’ayez pas peur de perdre de vue le rivage pour (re)trouver le bonheur !

Ma note : 7/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-212-56964-3

Je ne voulais pas vous faire pleurer


Je ne voulais pas vous faire pleurer de Charlotte Monnier

139 pages, éditions Slalom, à 10,90€


Résumé : Julie-Anne a 15 ans quand ses parents la déposent dans un hôpital psychiatrique pour adolescents. Anorexique, son poids est trop faible pour qu’elle puisse mener l’existence d’une jeune fille de son âge dans le monde extérieur. Elle doit prendre 7 kilos pour pouvoir sortir de l’hôpital et surtout, retrouver sa famille. Commence alors pour elle un long parcours, « enfermée » dans cette unité d’hôpital psychiatrique pour adolescents. Il va falloir s’y faire et malgré tout, s’y amuser. Mais elle va surtout y trouver un tout nouveau sens à sa vie grâce à des rencontres, les échanges avec sa meilleure amie, et… une passion inattendue.


Extraits : « Les filles restent parfois des heures à choisir un filtre sur Instagram. Elles hésitent mille ans. Ça n’est jamais bien, jamais « assez mieux » que la photo originale. Elles sont fatiguées, elles aussi, je m’en rends bien compte. Puis elles ont peur. Chaque selfie qu’elles publient sur leur profil est peut-être celle qui leur fera subir l’humiliation suprême de n’être pas « likée », pas « validée » par le tribunal virtuel de la beauté. Je n’ai même pas l’impression que les garçons trouvent ça particulièrement attirant. »

« J’ai compris que pour sortir d’ici, j’allais devoir avoir très faim… de vivre. »


Mon avis : Julie-Anne a 15 ans est vient de franchir pour la première fois de sa vie les portes d’un hôpital psychiatrique pour enfants. Son problème ? Elle est atteinte d’anorexie mentale, ne s’alimente plus et inquiète terriblement ses proches, qui ne savent plus comment réagir pour la guérir. Julie-Anne entre dans l’hôpital, mais ne sait pas quand elle pourra en ressortir. Son seul objectif : prendre 7 kilos avant de pouvoir revoir ses parents et espérer retourner à sa vie normale. Un défi de taille pour une jeune adolescente dans une période charnière de son existence.

L’histoire commence in medias res : Julie-Anne intègre directement l’hôpital, lecteurs compris. Là-bas, elle y rencontrera d’autres adolescents, qui, comme elle, se veulent du mal et inquiètent leurs proches. Jill, également atteinte d’anorexie, Kévin, qui a fait une tentative de suicide, ou encore les jumeaux, victimes d’un choc traumatique suite au décès brutal de leurs parents. Ils forment à eux tous une bande hétéroclite d’existences complexes et torturés, mais chacun démontre avec ferveur son envie de s’en sortir et d’aller mieux, pour eux-même, mais surtout pour leurs proches. Il est souvent aisé de vouloir aller mieux, mais plus compliqué de mettre en application ce principe. Seuls les plus courageux et téméraires, ceux ayant le plus de volonté pourront se targuer d’y arriver. Jill, par exemple, l’autre pensionnaire anorexique, semble ne pas progresser depuis son hospitalisation. Julie-Anne, qui souffre des mêmes maux que la jeune fille, comprend parfaitement ses blocages et tente de libérer Jill de ses tourments et angoisses. Mais cela n’est pas aisé : l’anorexie est une maladie mentale téméraire.

J’ai déjà pu lire plusieurs ouvrages jeunesse destinés à cette maladie, comme dernièrement Aubrey d’Emma Evrard, ou la biographie de Patrick Poivre d’Arvor, Elle n’était pas d’ici, consacrée à sa fille, malheureusement décédée des suites de cette maladie mentale. Mais je ne l’avais jamais abordée de l’intérieur, c’est-à-dire dans sa voie de guérison, aux côtés de jeunes encadrés par un personnel soignant, qui met tout en oeuvre pour redonner goût à la vie à ses adolescents mal dans leur peau.

Le personnel de l’hôpital est d’ailleurs aux petits soins pour leurs pensionnaires, à qui ils se confient en ouvrant leur coeur sans honte. Une solide amitié naît entre Julie-Anne est Clément, un infirmier, pilier de la jeune fille dans les pires tourments de sa vie. Le temps et l’énergie déployés par l’équipe pour sauver ces jeunes est remarquable. Grâce à eux, l’éloignement familial, le chamboulement de leur quotidien et leurs tracas personnels s’en voient allégés. Une belle émulation émane de cet hôpital, qui fait oublier les moments difficiles de l’existence.

J’ai bien aimé me plonger dans le quotidien tempétueux de cet hôpital psychiatrique pour adolescents. Je regrette seulement le manque d’approfondissement de certaines scènes, de certaines émotions, notamment celles de Julie-Anne, qui n’ouvre que très peu son coeur. Nous ne savons pas vraiment pour quelles raisons elle a sombré dans cette maladie, ni comment elle s’y ait prise, depuis combien de temps cela dure, comment elle vit réellement cet enfermement et l’éloignement de ses proches. Je pense que c’est en grande partie dû au fait que je sois maintenant une adulte et que ce livre cible principalement les jeunes adolescents. L’écriture est donc sans fioritures, simple et accessible, l’auteure ne souhaitant pas s’encombrer de détails superflus, pouvant paraître ennuyeux aux yeux de ses jeunes lecteurs. Une prise de position qui malheureusement m’a détachée de l’histoire, rendant tout attachement émotionnel à l’héroïne et aux personnages secondaires assez difficile.

Je regrette également le dénouement final de cet ouvrage. Somme toute, le début est brutal, puisque nous sommes directement projeté dans l’incorporation de Julie-Anne à l’hôpital sans l’avoir connue préalablement ; la fin l’est tout autant. Comme le début, elle est vite expédiée, bâclée. Je voyais le nombre de pages diminuer entre mes mains, alors que l’histoire n’était pas encore terminée, que Julie-Anne se trouvait encore à l’hôpital – je me suis même demandé si l’auteure souhaitait écrire un deuxième tome et faire de son histoire une saga. Mais non. J’aurais aimé que l’auteure nous décrive plus en longueur le processus de guérison de Julie-Anne, afin que l’aspect préventif et sensibilisant du récit puisse être bénéfique aux jeunes qui se sentent mal dans leur peau. Ça n’en reste pas moins une agréable lecture.


Un roman jeunesse optimiste et touchant qui prouve qu’avec de la volonté, chaque difficulté peut être surmontée. une histoire préventive, épurée et percutante, Idéale pour les jeunes lecteurs, mais sans doute trop simple pour des lecteurs plus avertis.

Ma note : 6/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-37554-232-3

Si belles en ce mouroir


Si belles en ce mouroir de Marie Laborde

263 pages, éditions François Bourin, à 19€


Résumé : Dans une résidence pour personnes âgées, Alexandrine, quatre-vingt-cinq ans, Gisèle, quatre-vingts ans et Marie-Thérèse, cent ans, fomentent des idées de vengeance contre des hommes qui les ont maltraitées : un mari, un voisin, un gendre. Les histoires du passé et les projets de meurtre s’entremêlent alors aux parties de Scrabble, promenades dans le parc, séances de kiné, bisbilles avec l’aide-soignante, déjeuners infects… et tout ce qui fait le quotidien des résidents. On rit de la mort, on s’indigne sans larmoyer, et l’on se révolte patiemment… Conjuguant récit à énigmes et satire sociale, Marie Laborde décrit, dans un style direct et avec un humour cinglant, les aléas du grand âge à travers le destin de ces trois héroïnes qui vont prouver qu’elles n’ont désormais plus rien à perdre.


Extraits : « Comme ces idiotes, j’ai épousé un Prince charmant, comme elles, j’ai assisté à la métamorphose du Prince en crapaud, comme elles, mes rêves de petite fille ont été emportés dans le fleuve des larmes intarissables et des regrets amers. Au moins je l’ai tué, et le conte de fées a pu se conclure pour toujours et à jamais par un happy end digne de ce nom. »

« Monsieur le Président de la République,
Je vous écris cette lettre que vous ne lirez jamais, d’abord parce que je ne vous l’enverrai pas, ensuite parce qu’elle émane d’une vieille femme de quatre-vingt-cinq ans et que vous, parce que les vieux ne descendent pas dans la rue, parce que leur désespoir ne fait pas la une des médias, parce qu’il ne franchit pas les murs derrière lesquels il est hermétiquement circonscrit, vous vous en foutez. Les vieux et le personnel surexploité qui les maltraite sont livrés au cynisme des rapaces aux griffes acérées et aux grandes fortunes pour qui la fin de vie représente une source de profits considérables. C’est une honte, c’est une infamie, c’est un scandale, c’est une atteinte criminelle à la dignité humaine, mais vous vous en foutez. « Vous », c’est vous et les présidents des gouvernements précédents, les parlementaires, les ministres de la Santé et les sommités médicales qui sont ou ont été ces vingt dernières années aux « responsabilités », ou plutôt devrions-nous dire aux « irresponsabilités ».
Honte à vous tous !
Veuillez agréer ma déconsidération distinguée.
Signé : Une vieille peau »


Mon avis : Alexandrine est une résidente temporaire de l’EHPAD Biarritz Bonheur, qui écrit son quotidien dans cet établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Elle se lie d’amitié avec Gisèle et Marie-Thérèse, deux résidentes permanentes, bientôt centenaires, avec qui elle va passer ses longues journées, rire, partager des moments de bonheur, comme des épisodes moins glorieux et plus tristes.

Ce livre met en relief la réalité de la vie en EHPAD. Rappelons qu’en France, pour l’année 2018, 10% des personnes âgées de plus de 75 ans résidaient en EHPAD, soit un total de près de 600 000 résidents français : un chiffre important, en constante augmentation lié directement au vieillissement de la population. Face à ce constant, Marie Laborde met en lumière les réelles difficultés sanitaires et sociales que vivent autant les résidents des EHPAD que le personnel soignant. Le manque d’effectif, les difficultés de recrutement et d’attractivité pour le métier, le manque de temps et d’attention à consacrer à chaque résident, le manque de place pour les résidents, la médicalisation insuffisante, obsolète, la dévalorisation salariale du personnel… Une situation qui va en s’aggravant, d’autant plus si l’on prend en compte les dernières statistiques liées à la crise sanitaire du COVID 19. Le constat est simple : les personnes âgées sont les grandes oubliées de ce dernier siècle.

Mais ne vous y méprenez pas, Si belles en ce mouroir n’est pas qu’un livre triste et noir qui dénonce les conditions dégradantes des EHPAD, c’est aussi un condensé de bonheurs simples et de gaietés futiles, grâce à la protagoniste Alexandrine. Cette petite mamie, enjouée, emphatique, est comme un rayon de soleil dans les couloirs de l’établissement. J’ai apprécié sa bonhomie, sa joie de vivre, qui se transmettent par réflection aux autres résidents qu’elle côtoie. Je retiendrai d’elle ses lettres ubuesques au Président de la République, écrite avec sincérité pour dénoncer les conditions de vie en EHPAD, honteusement cachées, mais jamais envoyées. Je retiendrai également son addiction pour les chocolats Mon Chéri, qui m’a rappelé ma propre grand-mère, également fan de ces chocolats à la liqueur. Les parties de Scrabble aux côtés de Gisèle et Marie-Thérèse, leurs cancanages sur les autres résidents ou sur Mademoiselle Claudie, aide-soignante rugueuse et frustre, qui manque de patience et de respect envers les résidents.

Je retiendrai également les côtés moins verdoyants de l’EHPAD : le peu de considération pour les résidents, les soignants n’hésitant pas à pénétrer l’intimité des personnes âgées sans autorisation préalable, ce qui m’a profondément choquée et attristée. Il y a aussi ces départs précipités et soudains sans retour possible, place laissée vacante, qui rappelle inexorablement que la fin est proche. Je n’ose imaginer l’état d’esprit des résidents, confrontés quotidiennement à la fin de vie, qui doivent accepter l’inéluctable sans pouvoir rien y changer. Quel sentiment atroce !

Ce livre ne changera sans doute pas grand chose aux conditions actuelles des EHPAD, mais j’espère qu’il contribuera à ouvrir les yeux de certains lecteurs sur celles-ci. Prendre conscience des difficultés sanitaires et sociales est la première étape avant un possible changement de mentalités et de politiques. 


Une lecture douloureuse de réalisme, qui met en lumière les conditions de vie en EHPAD des résidents et les difficultés sanitaires et sociales du personnel soignant. Heureusement que notre protagoniste Alexandrine, résidente temporaire, est là pour prodiguer sa joie de vivre et rendre cette histoire plus insouciante. J’ai beaucoup aimé ! 

Ma note : 8/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 979-10-252-0480-1