Littérature française·Romance

L’amour à pleines dents !


L’amour à pleines dents ! de Cali Keys

315 pages, éditions Diva romance, à 14,90€


Résumé : À vingt-quatre ans, Mélissa Müller, compositrice-interprète, quitte la Suisse (et donc la fondue au fromage et le chocolat), direction le Québec (et donc la poutine et le smoked-meat) ! Mais ce qu’elle n’avait pas prévu (mais pas du tout du tout), c’était que son chéri la plaquerait en pleine balade romantique sur le Mont-Royal. Seulement Mélissa ne peut pas retourner en Suisse. Pas tout de suite, du moins. Car ce qu’elle n’a dit à personne, c’est qu’elle s’est inscrite au concours Best Singer, et qu’elle compte bien le gagner. Diane a perdu Charles, son mari, il y a quelques années. Pour ne pas sombrer dans la dépression, elle s’investit dans son magasin de cupcakes, Sweet Cuppins, et engage Mélissa sur-le-champ. Ensemble, elles vont apprendre à reprendre goût à la vie, à aller au bout de leurs aspirations. Et qui sait, peut-être vont-elles aussi retrouver l’amour ?


Extraits :  « Si Steve avait écouté une seule de mes chansons, il aurait compris que j’ai du talent et que je suis prête à travailler comme une forcenée pour réaliser mon rêve. Mais il préfère me regarder comme si j’étais un Teletubbie choupinet tout juste bon à émettre des sons monosyllabiques.« 

« Comment fait-il pour ne pas balancer son ordinateur et ses patrons par la fenêtre ? Moi, je péterais les plombs à rester assise douze heures par jour en costard et cravate si serrée qu’elle m’empêche de déglutir ! Je finirai par taper une crise, traiter mes collègues de tous les noms et les poursuivre dans les couloirs de l’entreprise en les menaçant avec une lampe de bureau !« 


Mon avisLa couverture donne le ton du récit. Il y aura de l’amour, de l’amour et encore de l’amour. Avec un peu d’humour aussi, des voyages et pleins de gourmandises. Les meilleurs ingrédients sont réunis pour passer un bon moment de lecture et de détente.

Mélissa, compositrice-interprète et vendeuse dans une boulangerie suisse, décide de tout plaquer pour suivre son compagnon Steve, muté au Québec. Une nouvelle vie s’offre à elle, avec une toute nouvelle chance de pouvoir s’épanouir dans le domaine qui lui plaît le plus : la musique. Sélectionnée pour participer au concours de chant Best Singer, Mélissa vit un rêve éveillé. Jusqu’au jour où Steve la quitte brutalement, protestant de leur non compatibilité commune. En parallèle, nous suivons Diane, une femme mûre, qui a perdu son mari Charles, avec qui elle était mariée depuis de nombreuses années. Elle n’arrive pas à se remettre de sa disparition, et travaille d’arrache pied dans sa boutique de cupcakes pour passer le temps. C’est d’ailleurs dans sa boutique qu’elle va faire la rencontre de Mélissa, venue lui déposer un CV puis recrutée dans la foulée. Les deux femmes vont devenir très vite complices, et vont s’aider mutuellement à reprendre goût à la vie.

Les deux protagonistes sont terriblement attachantes. La bonne humeur constante de Mélissa, sa détermination à arriver à ses fins, sa sympathie avec autrui, font d’elle un personnage au mental d’acier et à la jovialité qui n’est plus à prouver. Quant à Diane, bien que plus effacée que Mélissa, elle reste quand même un personnage fort, sorte de pilier qui soutient implicitement le récit. C’est une femme au grand coeur, qui fait passer les intérêts des autres avant les siens, douce et attentionnée, elle donne une très bonne image des valeurs québécoises.

Il n’y a pas à dire, L’amour à pleines dents ! est une lecture estivale. C’est le genre de lecture fraîche et légère, qui ne te prend pas la tête et te fait passer un agréable moment. J’ai adoré l’humour de l’auteure. Un humour un peu décalé, que certain(e)s peuvent ne pas apprécié, mais que j’ai trouvé, moi, totalement désopilant. Il y avait également beaucoup d’amour dans ce récit. Mélissa va s’enticher de Matthew, qui n’est autre qu’un membre du jury du concours Best Singer, auquel elle participe. Pas facile donc de mélanger travail et plaisir. Quant à Diane, elle va être poussée par Mélissa à retrouver un autre homme que son défunt Charles. Pour se faire, Mélissa va encore sa comparse sur un site de rencontres pour seniors. Un bon moyen de rencontrer des hommes tout en faisant une activité conjointe… mais difficile d’oublier l’amour de sa vie, l’homme que l’on considérait comme l’homme parfait. Vous l’aurez compris, l’amour est au rendez-vous, mais n’est pas facile d’accès. Mais ne dit-on pas que les plus belles histoires d’amour sont celles qui sont le plus difficiles à atteindre ? Patience et rigueur sont donc de mise pour Diane et Mélissa, déterminées à faire entrer de nouveau un homme dans leurs vies.

Un grand bravo à Cali Keys pour son prix de la meilleure romance 2017 : un prix bien mérité, qui récompense des histoires d’amour bien ficelées et attendrissantes, ainsi qu’une écriture plaisante et rafraîchissante. Un combo gagnant, qui a parfaitement fonctionné avec moi.


L’amour à pleines dents ! est une romance qui met du baume au coeur. Vous y retrouverez une formidable histoire d’amitié entre deux femmes brisées par la vie ; des histoires d’amour un tantinet compliquées mais attendrissantes ; des cupcackes bien sucrés pour les plus gourmands, ainsi qu’un soupçon d’humour pour alléger le tout. N’attendez pas que l’été se termine pour déguster ce met d’excellence.

 

Ma note : 8,5/10

 

Littérature française·Roman policier et polar

Les morsures de l’ombre


Les morsures de l’ombre de Karine Giebel

299 pages, éditions Pocket


Résumé : Une femme. Rousse, plutôt charmante. Oui, il se souvient. Un peu… Il l’a suivie chez elle… Ils ont partagé un verre, il l’a prise dans ses bras… Ensuite, c’est le trou noir. Quand il se réveille dans cette cave, derrière ces barreaux, il comprend que sa vie vient de basculer dans l’horreur. Une femme le retient prisonnier. L’observe, le provoque, lui fait mal. Rituel barbare, vengeance, dessein meurtrier, pure folie ? Une seule certitude : un compte à rebours terrifiant s’est déclenché. Combien de temps résistera-t-il aux morsures de l’ombre ?


Extraits :  « On agit mieux lorsque l’on comprend. On lutte plus facilement contre un adversaire dont on cerne la psychologie.« 

« Et ensuite… Où vont tous ces souvenirs ? Ils s’évaporent dans le néant, disparaissent en fumée, se décomposent à l’intérieur du cadavre pourrissant qui les avait minutieusement engrangés. Pour rien.« 


Mon avis : Pour commencer ma découverte de cette auteure française de romans policiers, j’ai ciblé une valeur sûre : Les morsures de l’ombre, prix SNCF du Polar 2009 et roman plébiscité par bon nombre de critiques français.

Je me suis donc jeté à corps perdu dans ce roman, comme ce pauvre Benoît, commissaire de police, s’est jeté tête la première dans la gueule du loup. Il se réveille enfermé dans une cave sombre, sans aucun souvenir des événements de la veille, avec pour seule compagnie : une jeune femme en talons hauts et au discours délirant. Elle va le torturer durant de longs jours et de longues nuits, en tentant de lui faire avouer un crime, qu’il jure ne pas avoir commis.

Que de mystères durant tout le récit. Les rouages de notre cerveau fonctionnent à plein régime pour tenter de percer les secrets de l’intrigue. Vous êtes obligés de ressentir une tension ambiante durant tout le roman. Ce genre de tension qui vous laisse hors d’haleine, manquant d’air, comme en apnée, tant la pression de l’intrigue est forte. Car Benoît souffre, chaque jour un peu plus. Assoiffé, affamé, roué de coups, drogué, électrocuté, frigorifié… chaque minute est une victoire sur la mort. On sent la mort arriver, de plus en plus proche, sans jamais savoir ce que le lendemain lui réserve. Car la mystérieuse Lydia veut le voir souffrir longuement et lentement, le tuant à petit feu. Ce qui ajoute à la tension déjà grande, c’est l’enquête de police menée en parallèle. Nous voyons les collègues de Benoît tout mettre en oeuvre pour tenter de le retrouver. Mais l’enquête piétine et part dans tous les sens, si bien que nos espoirs qu’ils retrouvent Benoît à temps, s’amenuisent.

Ce que j’adore faire, dans les romans policiers, c’est tenter de deviner le dénouement final. Je me plais donc à inventer la fin, à deviner le coupable idéal, si improbable soit-il. Mais ce que j’adore encore plus, c’est quand les auteurs arrivent à me berner et à déjouer mon enquête personnelle. Ce fût le cas avec Les morsures de l’ombre. J’ai imaginé presque l’intégralité des personnages comme étant coupables… sans me douter un seul instant du véritable coupable. Je peux donc dire que c’est un roman policier réussi, puisque l’auteure à achever son récit d’un coup de maître, déjouant toutes les insinuations des lecteurs et les surprenant avec une révélation finale totalement ahurissante. Je n’oublierai pas ce récit de si tôt, c’est certain !


Un polar réussi, avec un suspense intense et un dénouement surprenant. Surpassez vos peurs, et plongez tête la première au coeur de ce récit noir. 

Ma note : 8/10
Littérature française·Romance

Another story of Bad Boys, épisode 1


Another story of Bad Boys, épisode 1 de Mathilde Aloha

597 pages, éditions Hachette romans, à 18€


Résumé : Liliana Wilson ne pensait pas qu’en intégrant la célèbre université de Los Angeles pour étudier le journalisme, sa vie allait autant changer.L’absence de sa meilleure amie Rosie, plongée dans un coma dont elle ne se réveillera peut-être jamais, la faisait bien trop souffrir. Accablée par le chagrin et une forte culpabilité, elle avait décidé de prendre des distances avec son passé. Mais c’était sans compter sur le retour du dangereux Jace ? Elle voyait son avenir déjà tout tracé : obtenir d’ici quelques années son diplôme, puis parcourir le monde. Mais sa rencontre avec ses nouveaux colocataires, Evan et Cameron, vient bouleverser ses plans. Si le premier est le frère protecteur qu’elle n’a jamais eu, le second, non seulement méfiant et froid, se montre particulièrement infect à son égard.Lorsqu’elle découvre que ces deux-là, pourtant amis, rentrent régulièrement couverts de bleus et de blessures, elle s’interroge : jalousies masculines ? Sombre histoire de bad boys ? Que faire alors que la jeune femme se sent irrémédiablement attirée par l’un des deux, elle qui s’était pourtant jurée de faire passer son coeur bien après ses études ? Entre l’amour interdit qu’elle ressent et son passé qui la rattrape, Liliana en aura-t-elle jamais fini avec les drames de la vie ?


Extraits :  « Sois heureuse, Lili. La vie est trop courte. Prends chaque petit bonheur qui se présente à toi.« 

« Je ne conçois pas d’aimer quelqu’un lorsque cet amour est à sens unique, et je sais pertinemment au fond de moi que c’est ça dont j’ai peur : tomber éperdument amoureuse de Cameron et que lui ne m’aime pas. »


Mon avis : Certains mystères du monde littéraire me fascineront toujours. En premier lieu, celui-ci : pourquoi des auteurs français, ressentent-ils le besoin de titrer leur livre, également écrit en français, en anglais ? Pour quelqu’un qui défend la langue française comme moi, cela m’horripile. Mais soit, passons et revenir au récit.

Liliana Wilson est une jeune étudiante qui va intégrer les bancs de la célèbre université UCLA, pour tenter de devenir journaliste. Loin de sa famille, elle va donc vivre dans le campus universitaire, en colocation avec d’autres étudiants. Mais lors de la remise des clés, surprise : le service administratif s’est trompé dans le traitement du dossier de Liliana, et lui a attribué un appartement en colocation avec deux garçons, Evan et Cameron, meilleurs amis de longue date. A l’arrivée de Liliana, Evan s’est montré jovial et enjoué, tandis que Cameron s’est montré froid et hautain avec la jeune fille. Faisant fi du comportement de ce dernier, Liliana continue de vivre sa nouvelle vie d’étudiante, tout en se faisant de nombreux amis. Mais de lourds secrets de sa vie passée vont rapidement refaire surface et bousculer sa quiétude quotidienne.

Je suis quand même déçue du grand nombre de clichés qui se trouvent dans ce roman. Je pointe du doigt en particulier le personnage de Cameron, grand brun ténébreux, qui renvoie une vision de lui froide et solitaire ; mais qui va commencer à s’ouvrir et à ressentir des émotions au contact de la belle Liliana. Comme dans bon nombre de romances, il y a donc un effet de répulsion entre ces deux-là, avant qu’ils ne ressentent un désir d’attraction. Classique. Vu et déjà vu. Je passe également sur tous les clichés qui accompagnent l’histoire, notamment sur la vie menée par ces étudiants californien, à savoir une vie d’étudiants qui vivent sur un immense campus, vont faire du surf, sortent en boîte entre amis tous les week-ends… C’est un peu caricaturé et pas très représentatif de la réalité.

Heureusement, l’auteure incorpore à son récit quelques touches de mystères délectables. Il y a tout d’abord le mystère qui plane autour du personnage de Jace, ancien bourreau de Liliana, qui a causé la quasi-mort de Rosie, son ancienne meilleure amie. Mais aussi bon nombre de mystères qui entourent la bande de garçons, qui reviennent souvent à l’appartement couvert de sang et d’ecchymoses. Le point négatif de tout cela, c’est que ces histoires n’avancent pas. Après plus de 600 pages lues, les informations distillées sont toujours aussi floues. Je conçois que Mathilde Aloha ait voulue garder du suspense pour son deuxième tome, mais il fallait aussi contenter le lecteur et lui donner un peu plus de matière pour lui donner envie d’en savoir davantage. Cela ne va pas m’empêcher de lire le second volume ; en espérant que ces intrigues soient plus exploitées.


Another story of Bad Boys est un roman idéal pour les jeunes midinettes en vacances, qui souhaitent passer un agréable moment et rêver d’une future vie d’étudiante idyllique. Pour les autres, vous allez y voir une lecture sympathique, mais trop caricaturée, et qui tourne un peu en rond, sans jamais avoir de finalité. Par curiosité, je lirai le tome 2, en espérant que l’auteure (âgée de 17 ans à la publication de ce livre) ait mûrie dans son style d’écriture. 

Ma note : 5/10

Littérature française·Roman

La petite fille de Monsieur Linh


La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel

183 pages, éditions Le Livre de Poche, à 5,60€


Résumé : C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh.
Il est seul désormais à savoir qu’il s’appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort.
Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.


Extraits :  « Penser au village, même au passé, c’est un peu y être encore, alors qu’il sait qu’il n’en reste rien, que toutes les maisons ont été brûlées et détruites, que les animaux sont morts, chiens, cochons, canards, poules, ainsi que la plupart des hommes, et que ceux qui ont survécu sont partis aux quatre coins du monde, comme lui l’a fait.« 

« La mort lui a tout pris. Il n’a plus rien. Il est à des milliers de kilomètres d’un village qui n’existe plus, à des milliers de kilomètres de sépultures orphelines des corps morts à quelques pas d’elles. Il est à des milliers de kilomètres d’une vie qui fut jadis belle et délicieuse.« 


Mon avis : Je reste sans voix face à cette pépite. Un livre écrit d’une façon simple, mais qui délivre un message si fort et intense qu’on en perd ses mots…

Monsieur Linh est un vieux monsieur, qui a fuit son pays, où la guerre sévissait, pour se réfugier en sécurité en France. Séparé des siens et sans repères, il se sent perdu et seul dans cette grand ville, lui qui a vécu toute sa vie dans un petit village chaleureux et convivial, dans lequel chacun se connaissait. Son seul lien avec sa vie d’avant : Sang Diû, sa petite-fille de quelques semaines, qu’il a sauvé de la mort et à qui il veut offrir une nouvelle vie décente. Propulsé dans ce nouveau monde, Monsieur Linh va faire la connaissance de Monsieur Bark, un homme bon qui a perdu sa femme il y a peu, avec qui il va lier une amitié, qui va surpasser tous les obstacles langagiers. Une amitié authentique et émouvante, entre deux êtres peu épargnés par la vie.

Ce livre, c’est l’histoire d’un exil forcé. C’est le combat d’un homme seul, déraciné de son pays natal, de sa vie passée, qui va tenter de se reconstruire entièrement, dans un monde nouveau. C’est aussi l’histoire d’un deuil, celui de Monsieur Bark. La solitude l’empli chaque jour, alors qu’il se promène aux abords du parc dans lequel sa femme défunte travaillait. Ces deux destins meurtris vont se croiser et se lier. Ils vont partager des moments forts, et bâtir une amitié authentique, fondée sur le respect et l’humilité. Mutuellement, sans se connaître, sans se comprendre, insidieusement, sans même qu’ils le remarquent, ils vont s’entraider à surmonter les difficultés que la vie sème sur leur passage.

On peut aisément replacer cette histoire dans un contexte actuel, dans lequel on voit nombre de populations migrantes obligés de fuir leur vie passée, pour venir se réfugier dans un pays étranger, dans lequel tout est à apprendre (langue, coutumes…). Une bonne manière de se mettre à leur place et de mieux comprendre leur motivation et les sentiments qui les animent à leur arrivée en terre inconnue.

Ce que j’ai fortement apprécié avec l’écriture de Philippe Claudel, c’est qu’il parle de sujets graves, mais ne le fait pas de façon larmoyante. Je pense que l’auteur a voulu que son écriture soit la plus sobre et simplifiée possible pour faire ressortir toute l’intensité émotive des personnages qu’il met en scène. Et c’est réussi, puisqu’il arrive ainsi à tempérer les émotions de ses personnages, les rendant bien plus profonds que s’il les avait fait geindre à tout va. Tendresse et poésie font bon ménage dans ce récit.

Et pour démontrer sa puissance narrative et émotive, l’auteur nous a concocté un dénouement surprenant, qui vous laissera pantois. J’ose vous avouer qu’une fois le dénouement passé et la dernière page du livre tournée, je suis restée plusieurs minutes assise, les yeux dans le vague, à réfléchir sur ce que je venais de découvrir. Autant vous dire que l’intensité de cette lecture, cumulée à cette claque finale, c’est tellement percutant que ça pousse à la réflexion.


Une histoire forte, qui vante l’humain autant qu’il le condamne. Un roman empli de réflexions – sur la guerre, l’immigration, la solidarité… -, qui donne encore un mince espoir en l’humanité. C’est touchant, c’est profond, c’est poétique… on n’en ressort pas indemne. 


Ma note : 9/10
Littérature française·Roman

Hier encore, c’était l’été


Hier encore, c’était l’été de Julie de Lestrange

377 pages, éditions Le Livre de Poche, à 7,90€


Résumé : Alexandre, Marco, Sophie et les autres se connaissent
depuis l’enfance. Ensemble ils sont nés, ensemble ils
ont grandi, en toute insouciance. Mais lorsque la vie
les prend au sortir de l’adolescence, la chute est brutale. En une décennie, cette jeunesse perdue mais pas désillusionnée va devoir apprendre à se battre pour exister. À travers les drames subsistent alors l’amitié, les fous-rires et les joies. Et l’amour, qui les sauvera.

Tendre portrait d’une génération, Hier encore c’était l’été est un roman résolument optimiste qui accroche le coeur pour ne plus le lâcher. C’est l’histoire de nos guerres quotidiennes, de nos victoires et de nos peines.
C’est surtout l’histoire de la vie et d’une bande d’amis dont on voudrait faire partie.


Extraits :  « Parce que c’est ça, le problème, mon petit. Ce n’est pas que les gens ont peur de vieillir, c’est qu’ils ont peur de mourir.« 

« Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, ils se baignaient à vingt heures, buvaient à vingt-deux et dînaient d’une fondue à vingt-trois. Ils étaient libres et tout-puissants comme le sont les enfants de vingt ans.« 

Mon avis : Je voulais tout d’abord remercier l’auteure, pour la proposition de partenariat, ainsi que les éditions Le Livre de Poche, pour leur envoi.

Hier encore, c’était l’été, et Marco, Sophie, Alexandre et tous les autres, encore jeunes adolescents, passaient leur chaudes journées dans leur maison de vacances. Insouciants, ils jouissaient pleinement de chaque instant de la vie. Mais ce temps est maintenant révolu, tous ont grandis et se sont fait rattraper par la vie. Ils doivent maintenant assumer des responsabilités et faire face à des événements difficiles. Heureusement, leur amitié, inébranlable, vient apporter gaieté et bonne humeur dans leur vie morose.

C’est un véritable roman sur la vie que nous a concoctée l’auteure. Pour faire simple : on passe à travers toutes les émotions (joie, tristesse, colère…). De ce fait, ces émotions étant communes à chacun d’entre nous, on ne peut que s’identifier à certaines péripéties qui surviennent dans le récit. Personnellement, je me suis également beaucoup identifié aux personnages, tout simplement parce qu’ils correspondent à ma tranche d’âge (la vingtaine). Je me suis reconnue dans de nombreuses parties de l’histoire, calquant ma vie sur la leur. En faisant cela, je me suis presque intégré à cette bande de copains, devenant un membre à part entière de leur grande et belle famille.

Il faut dire aussi qu’il est facile de s’attacher à tous ces gens. On les voit tout gamins, insouciants et heureux. Puis le temps passant, les voilà qui grandissent et évoluent, s’éloignant parfois dans des chemins différents, mais ne s’oubliant jamais. Ce sont des personnages aux traits simples et ordinaires, mais qui ont le pouvoir de nous toucher.

C’est un roman tendre, rempli de douceur et plein de positivité. A l’image du titre à l’imparfait qui vire à la nostalgie, on en devient presque nous aussi nostalgiques lors de la fin de cette lecture. C’était bien… mais c’est fini.


Hier encore, c’était l‘été fût une lecture très agréable, relaxante, et pleine de vie. Amour, amitié, deuil, temps qui passe… l’auteure nous dépeint avec réalisme la vie, ses bonheurs et ses difficultés. C’est une histoire simple, mais qui trouvera échos dans chacun d’entre vous.   

Ma note : 7/10
Littérature française·Roman·Saga

Le retour de Jules


Le retour de Jules de Didier van Cauwelaert

166 pages, éditions Albin Michel, à 16,50€


Résumé : « Guide d’aveugle au chômage depuis qu’Alice a recouvré la vue, Jules s’est reconverti en chien d’assistance pour épileptiques. Il a retrouvé safierté, sa raison de vivre. Il est même tombé amoureux de Victoire, une collègue de travail. Et voilà que, pour une raison aberrante, les pouvoirs publics le condamnent à mort. Alice et moi n’avons pas réussi à protéger notre couple ; il nous reste vingt-quatre heures pour sauver notre chien. »

Au coeur des tourments amoureux affectant les humains comme les animaux, Didier van Cauwelaert nous entraîne dans un suspense endiablé, où se mêlent l’émotion et l’humour qui ont fait l’immense succès de Jules.


Extraits :  « C’est bien plus que le jouet de Victoire. C’est la clé de sa vocation, de son dressage et de ses six ans de carrière. Marjorie m’a expliqué que tous les composants d’explosifs possibles imprègnent la garniture du Marsupilami, afin que le chien détecteur mémorise les odeurs de chaque molécule. Ensuite, quand son maître lui cache son jouet, il va s’employer à en retrouver la trace olfactive dans un périmètre défini – stade, aéroport, école, salle de spectacle, appartement, voie publique, moyen de transport… En termes de motivation pour l’animal, la détection d’une ceinture explosive est fondée non pas sur la chasse à l’homme, mais sur le jeu. C’est pourquoi aucun kamikaze ne peut échapper à un chien qui traque son doudou.« 

« Pour demeurer en phase avec la femme qu’on aime, on est parfois obligé de la tromper.« 

Mon avis : Le retour de Jules, c’est la suite des aventures de Jules, l’ancien chien guide aveugle d’Alice, qui s’était retrouvé sans emploi, après qu’Alice ait retrouvé la vue. S’en était suivi une séparation douloureuse entre le chien et la maîtresse, Jules devant mettre ses talents au profit d’un autre aveugle. Mais l’expérience d’éloignement n’avait pas fonctionné et Jules était revenu auprès d’Alice.

Ici, nous retrouvons Jules, plus en forme que jamais, qui s’est trouvé une nouvelle vocation : chien d’assistance pour les épileptiques. Mais voilà, alors qu’il était en charge d’une vieille dame, Jules s’est subitement montré violent et à mordu le neveu de cette dame. Immédiatement embarqué à la fourrière, Jules est condamné à mort par les pouvoirs publics. Alice et Zibal, les anciens amoureux, vont tout faire pour comprendre ce qui a amené leur si gentil gentil à ce comportement violent, et vont tenter de le sauver de la mort.

Dans le premier tome, Jules a contribué à sauver sa maîtresse et Zibal, en leur amenant joie et gaieté et en leur redonnant goût à la vie. Dans ce tome-ci, l’inverse se produit : les maîtres vont tenter de sauver Jules de la mort. C’est un juste retour de bâton (admirez la subtilité du jeu de mot).

Après avoir découvert Jules dans la peau d’un chien guide d’aveugle, j’ai apprécié l’initiative de l’auteur de nous faire découvrir une autre faculté extraordinaire dont peuvent être capables les chiens. Ici, on découvre que les chiens peuvent être des assistants d’épileptiques et détecter les crimes épileptiques avant qu’elles ne se produisent. Mieux que la science. Dans sa note en post-scriptum, Didier van Cauwelaert raconte la naissance de ce deuxième opus et l’idée qui l’a conduit à mettre en scène Jules dans cette nouvelle vie de chien d’assistance. L’idée lui vient d’un professeur du CHU de Nancy, seul épileptologue français travaillant avec des chiens détecteur de crises. De cette rencontre naîtront le sujet de ce livre et le projet ESCAPE, dépeint brièvement dans le livre, qui va être véritablement lancé. Affaire à suivre… En tout cas, l’auteur conclue sa note d’intention d’une jolie phrase qui mérite réflexion : « Ainsi, agissant comme un catalyseur, la fiction peut-elle parfois bénéficier à la réalité dont elle s’inspire ».

Malgré la beauté du sujet abordé, il m’a manqué l’intense émotivité que j’avais tant apprécié dans le premier tome. Les personnages sont moins proches du lecteur, et donc moins attachants, tout comme Jules, que j’ai trouvé distant et un peu froid dans ses agissements. Une mince frontière s’est installée entre les personnages et moi, m’empêchant de savourer pleinement ma lecture. Néanmoins cette sensation étant purement subjective, faites-vous votre propre avis sur ce livre !


Dans la continuité de Jules, l’auteur met en avant une autre des capacités extraordinaires dont sont dotés les chiens. Un roman dynamique, qui manque quand même d’intensité. 

Ma note : 5,5/10
Littérature française·Roman

La lanterne des morts

 


La lanterne des morts de Janine Boissard

347 pages, éditions Fayard, à 20,90€


Résumé : Lila et Adèle sont sœurs. Belle, brillante, passionnée, Lila ne rêve que de mener la grande vie. Hélas elle est victime de bipolarité, cette terrible maladie où le meilleur côtoie le pire. Adèle est douce, tendre, responsable.
Les années passant, de lourds soupçons pèsent sur Lila. Autour d’elle, plusieurs événements tragiques, toujours liés à des affaires d’argent. Mais sans jamais la moindre preuve.
Voyant sa sœur s’attaquer à celui qu’elle aime, les yeux d’Adèle s’ouvrent enfin. Menant une discrète enquête, elle découvre la vérité. Mais cela suffira-t-il à sauver Vivien ?
C’est dans les beaux paysages du Périgord Noir, où flottent les arômes de truffe et de bon vin, que se passe cette histoire de famille comme Janine Boissard excelle à les raconter, mêlée d’un suspense qui ne faiblit jamais.

 

Extraits :  « J’avais confié à Lila mon appréhension de ce premier Noël sans papa, c’est l’absence de ses gros godillots, que nous accusions de déshonorer la fête, qui a soudain obstrué ma gorge et fait déborder mes yeux. On ne sait jamais à quelle occasion les disparus vont s’inviter.« 

« Et le temps, ça veut dire quoi exactement ? Papa affirme que les arbres l’effacent en nous répétant : « Quand tu n’étais pas là, moi j’existais déjà. Quand tu cesseras d’exister, moi je serai là.« 

Mon avis : Janine Boissard est une auteure française dont la réputation n’est plus à faire. Avec près de 40 romans à son actif, c’est une des auteures les plus appréciée des français. Et pour cause : ses romans, chargés d’une écriture douce, mettent en scène des paysages et traditions françaises, le tout baignés d’une atmosphère familiale, dans laquelle chacun peut s’immiscer et s’identifier.

La lanterne des morts n’échappe pas à la règle, puisque l’histoire se déroule dans le Périgord noir, en Nouvelle-Aquitaine, région rurale, fréquemment visitée et vantée pour ses sites préhistoriques, ses villages médiévaux ainsi que pour ses magnifiques paysages. Lila et Adèle sont deux soeurs, qui ont prit la suite de l’exploitation truffière à la mort de leur père. Tout semble aller bien pour elles, si ce n’est que Lila est victime d’une maladie nommée bipolarité, qui influe directement sur sa façon d’être et de se comporter avec les autres. Adèle, terrassée par les soucis de santé de sa soeur, en vient même à la soupçonner d’être à l’origine d’événements familiaux tragiques.

L’auteure a une façon tout à fait personnel de raconter son histoire et de la porter jusqu’aux lecteurs. Son écriture se déplie lentement, avec douceur et tendresse. Le lecteur ne peut que se laisser envoûter par la délicatesse d’écriture. Inconsciemment, on se laisse entraîner par le récit, on adhère à l’histoire et on prend à coeur tous les événement narrés. On s’attache également aux personnages. A Adèle particulièrement, cette petite fillette, que l’on voit grandir et s’épanouir sous nos yeux. A Vivien aussi, propriétaire d’un domaine viticole et grand ami de la famille, qui nous touche par sa douceur et sa bienveillance à l’égard des deux soeurs. Quant à Lila, personnage mystérieux et énigmatique, sa singulière personnalité vous fera oublier sur quel pied danser.

La lanterne des morts, c’est une sorte de roman policier, sans toutefois en être un. C’est un roman bien plus subtil, composé de décès, d’interrogations et de beaucoup de suspens. Il est dur de donner une étiquette à ce livre. On pourrait tout aussi bien le placer dans la catégorie « roman familial », puisque les énigmes tournent autour de secrets familiaux inavoués.


Venez savourer la délicate et élégante plume de Janine Boissard. Au menu : de l’amour, des secrets, la mise en lumière de la bipolarité, mais aussi un hommage rendu à la beauté des paysages et des cultures du Périgord. Un bon cru !

Ma note : 7/10