Fugitives


Fugitives d’Alice Munro

381 pages, éditions Points, à 7,60€


Résumé : Elles partent. Fuguent. S’enfuient. S’en vont voir ailleurs. Elles : des femmes comme les autres. Par usure ou par hasard, un beau matin, elles quittent le domicile familial (ou conjugal), sans se retourner. En huit nouvelles, Alice Munro met en scène ces vies bouleversées. Avec légèreté, avec férocité, elle traque les marques laissées sur les visages par le temps, les occasions perdues, les petits arrangements que l’on croyait provisoires.


Extraits : « Le truc, dans la vie, avait expliqué Harry à Lauren, était de vivre dans le monde avec intérêt. D’ouvrir l’oeil pour voir les possibilités – voir l’humanité – qui existait chez chacun de ceux qu’on rencontrait. Être à l’écoute. S’il avait quoi que ce soit à lui apprendre, c’était cela. Être à l’écoute. »

« Parce que les femmes ont toujours quelque chose, tu ne trouves pas, à quoi se raccrocher pour continuer. Quelque chose que les hommes n’ont pas. »


Mon avis : Première rencontre littéraire avec Alice Munro, détentrice du prix Nobel de littérature en 2013 et considérée comme l’une des plus grandes auteures anglo-saxons de notre époque. Autant vous dire que j’étais particulièrement impatiente de découvrir l’un de ses livres. J’ai jeté mon dévolu sur Fugitives, un recueil de nouvelles, qui me permettrait de découvrir non pas une, mais plusieurs histoires d’un coup. Comme son titre l’indique, l’ensemble des nouvelles abordent la fuite, de manière différentes.

Dans la première, une femme tente de fuir le mari dont elle est captive. Les trois suivantes ont comme particularité d’avoir la même héroïne : Juliet. Elles aborderont successivement la fuite d’un pays, de ses origines, l’abandon, en somme. Dans les suivantes, nous verront également la fuite de la vérité, les faux-semblants, le rejet, l’infidélité, la lâcheté.

Chacune des nouvelles met en scène une protagoniste féminine. Huit femmes qui doivent fuir leurs problèmes personnels. Peut-être pourrez-vous vous reconnaître dans le portrait de l’une d’entre elles…

J’avoue que pour ma part, je me suis passablement ennuyée dans chacune de ces nouvelles. Il n’y a quasiment aucun action, les récits ne sont pas rythmés, les personnages ne sont pas attachants et les histoires pas assez originales pour que l’on s’en souvienne bien. Déjà qu’il est compliqué de s’immerger totalement dans les nouvelles – qui sont, rappelons le, de très courtes histoires n’excédant pas une trentaine de pages ici -, alors si elles ne contiennent rien d’assez passionnant pour retenir notre attention, elles sont, comme on dit, vite lues et vite oubliées. Ce fût le cas pour la majeure partie de celles-ci.

D’autant que l’auteure a construit ses nouvelles d’une manière bien étrange : le dénouement de chacune d’entre elles n’en étaient pas réellement. Il n’y a pas de point final aux histoires, pas d’éclaircissements sur certaines nouvelles parfois intrigantes. Si bien qu’on ressort de ces récits avec des tonnes de questions qui resteront malheureusement sans réponse. Frustrant, ne trouvez-vous pas ?


Des nouvelles assez banales, peu captivantes, qui ne m’ont pas plût. Fugitives, c’est huit portraits de femmes en fuite, malheureusement pas assez aboutis, sans consistance ni point final. Passez votre chemin.

Ma note : 4/10

Pour lire plus d’avis

 

La Curieuse Histoire d’un chat Moribond


La Curieuse Histoire d’un chat Moribond de Marie-Renée Lavoie

117 pages, éditions Alice Deuzio, à 12€


Résumé : La curieuse histoire d’un chat Moribond, c’est l’histoire d’un chat qui s’appelle Ti-Chat parce qu’il ne grandit pas. Et accessoirement il meurt souvent. Ça ne dure jamais longtemps mais ça peut surprendre. Pas Ti-Chat : il est habitué. Ti-chat est très philosophe. Il a été retrouvé très loin de sa ferme dans le désert australien (Ti-chat a un très grand sens de l’orientation…) par une petite fille après avoir marché 2000 ans (et une horloge interne infaillible…) Il ne lui restait qu’une petite étincelle de vie et il s’y est accroché. Après tout, la famille qui le sauvait savait pêcher la boîte de thon. Et ça, pour un chat, c’est précieux…


Extraits « Ma mère disait que j’étais « spécial », pour faire joli. Les mères sont comme ça, elles transforment toujours les petits défauts en grosses qualités. »
« Ma mère m’avait dit, un jour, que les gens méchants ne sont que des gens malheureux. »

Mon avis : Je souhaite tout d’abord remercier Babelio ainsi que les éditions Alice Deuzio pour l’envoi de ce roman dans le cadre d’une Masse critique.

Amoureuse des chats depuis ma plus tendre enfance, je me suis laissée tenter par cette histoire, qui promettait un agréable moment de lecture aux côtés d’un chat moribond et plein d’humour. Ti-Chat, un tout petit chaton, s’est éloigné de chez lui et s’est perdu dans la forêt. Il va être vite recueilli par une petite fille qui va prendre soin de lui. Ti-Chat va découvrir une nouvelle maison, il va acquérir de nouvelles habitudes et se faire de nouveaux amis.

L’histoire est racontée du point de vue de ce petit chaton, que nous suivons dans ses aventures, toutes plus ou moins loufoques. Je suis certaine d’une chose : avec Ti-Chat, on ne s’ennuie pas ! Il nous en fait voir de toutes les couleurs et contrebalance le cliché du chat paresseux qui passe ses journées à se prélasser.

J’ai bien aimé le message d’entraide et de solidarité que Marie-Renée Lavoie fait passer à plusieurs reprises dans son récit. Ti-Chat qui aide un autre chat en difficulté, Ti-Chat qui est secouru par une armée d’araignées…

L’histoire est agréable à découvrir, autant pour les enfants que pour les adultes, et elle est agrémentée d’illustrations forts sympathiques, qui nourrissent davantage le récit.

 

 

Malgré le fait que j’ai vraiment apprécié découvrir cette histoire, je ne l’ai pas trouvée si exceptionnelle, dans le sens où une semaine seulement après avoir refermé le livre, l’histoire s’est déjà estompée de ma mémoire. Peut-être qu’écrire quelques pages supplémentaires auraient ancrées plus profondément le récit dans l’esprit du lecteur, je ne sais pas. Cela n’enlève en rien le fait que j’ai pris du plaisir à suivre les aventures de ce petit chaton si attachant.


Un récit original et gorgé d’humour, à mettre entre les mains des parents et des enfants et de tous les amoureux des chats. 

Ma note : 6/10

Pour lire plus d’avis

 

 

Sadie


Sadie de Courtney Summers

332 pages, éditions La Martinière fiction, à 16,90€


Résumé : Sadie, 19 ans, s’est volatilisée. Pour West McCray, journaliste à New York, il s’agit d’une banale disparition. Mais quand il découvre que sa petite soeur, Mattie, a été tuée un an auparavant et que sa mère a elle aussi disparu, sa curiosité est éveillée. West se lance alors à la recherche de Sadie et les témoignages qu’il recueille vont alimenter sa série de podcasts…

Sadie, elle, n’a jamais pensé que son histoire deviendrait le sujet d’une chronique à succès. Elle ne désire qu’une chose : trouver l’homme qui a tué sa soeur.

Qui est réellement cet homme ? Comment est-il entré dans la vie de Mattie ? Tandis que Sadie remonte la piste du tueur, West remonte celle de Sadie. Et se dessine, progressivement, la figure d’un homme – d’un monstre ! – qui pourrait bien frapper à nouveau…

West retrouvera-t-il Sadie à temps ?


Extraits « La fatigue est pire que l’ivresse. On dit des trucs qu’on n’a jamais voulu dire et quand on s’aperçoit qu’on n’aurait pas dû il est trop tard.. »
« Comme beaucoup d’histoires, celle-ci commence par une mort.« 

Mon avis : Un grand merci aux éditions La Martinière ainsi qu’à Babelio pour l’envoi de ce livre.

Sadie est une jeune femme de 19 ans, qui s’est mystérieusement volatilisée sans laisser de trace, ni prévenir quiconque de son entourage. En réalité, Sadie est partie à la recherche de l’homme qui a tué sa jeune soeur. En parallèle, West McCray, un journaliste, se passionne pour cette disparition et en fait une chronique à succès à la radio. Il entre dans l’intimité de la jeune fille, interroge ses proches, suit les indices qu’elle a semée pour tenter de la retrouver.

J’ai beaucoup aimé la construction du récit que je trouve originale : d’un côté nous vivons les aventures de Sadie en temps réel à ses côtés, tandis que de l’autre, dans une temporalité décalée, nous sommes aux côtés du journaliste West McCray, qui interview des personnes qui ont côtoyé ou vu Sadie, et suit du mieux qu’il le peut les traces de la jeune fille. Les deux récits s’entremêlent et s’imbriquent, l’un complétant parfaitement l’autre pour nous donner une vision globale et détaillée de l’histoire.

L’histoire est addictive au possible. Les chapitres s’enchaînent avec rythme et fluidité, sans temps mort, à tel point que je n’ai pas pu le lâcher, et l’ai lu d’une seule traite, en quelques heures à peine.

Ce qui m’a le plus touché, c’est la misère humaine que l’on ressent à chacune des pages. Avant son départ, Sadie vivait seule dans une caravane. Sa mère, Claire, alcoolique, étant partie depuis longtemps, les laissant seules, elle et sa jeune soeur, survivre comme elles le pouvaient. Une fois sa soeur décédée, Sadie se retrouve véritablement seule, et son geste irréfléchi de partir nous laisse percevoir tout le désespoir de la jeune fille. Même le prénom éponyme de la jeune fille, Sadie, qui me fait curieusement penser à « Sadness » (tristesse en anglais) nous laisse percevoir cette douleur quotidienne.

Sans vouloir vous en dire trop sur le récit, et pour vous laisser un peu de suspense, je m’arrêterais là de mon ressenti global sur l’histoire. Je tenais seulement à souligner l’audace dont a fait preuve l’auteure au moment d’écrire son dénouement : beaucoup vont être frustrés, ne vont pas comprendre ou vont au contraire vouloir comprendre sans toutefois y parvenir. C’est une fin en dent-de-scie que nous livre Courtney Summers, qui ne devrait pas faire l’unanimité. Ça passe ou ça casse, comme on dit. Pour ma part, c’est passé : j’ai laissé place à l’imaginaire !


Un polar original et dynamique, que j’ai dévoré en quelques heures à peine. Le rythme est effréné et l’histoire obsédante. je vous recommande vivement cette lecture !

Ma note : 8,5/10

Pour lire plus d’avis

 

Ce qu’est l’homme


Ce qu’est l’homme de David Szalay

546 pages, éditions Albin Michel


Résumé : Neuf hommes, âgés de 17 à 73 ans, tous à une étape différente de leur vie et dispersés aux quatre coins de l’Europe, essayent de comprendre ce que signifie être vivant. Tels sont les personnages mis en scène par David Szalay à la façon d’un arc de cercle chronologique illustrant tous les âges de la vie. En juxtaposant ces existences singulières au cours d’une seule et même année, l’auteur montre les hommes tels qu’ils sont : tantôt incapables d’exprimer leurs émotions, provocateurs ou méprisables, tantôt hilarants, touchants, riches d’envies et de désirs face au temps qui passe.
Et le paysage qu’il nous invite à explorer, multiple et kaléidoscopique, apparaît alors au fil des pages dans sa plus troublante évidence : il déroule le roman de notre vie.
Avec ce livre, finaliste du Man Booker Prize, le jeune auteur britannique offre un portrait saisissant des hommes du XXIe siècle et réussit, en disséquant ainsi la masculinité d’aujourd’hui, à dépeindre avec force le désarroi et l’inquiétude qui habitent l’Europe moderne.


Extraits  « Combien de moments pareils dans une vie ? Où tout bascule. Pas plus de quelques-uns. »

« Justement, c’est ça, le destin, cette façon de ne comprendre ce qui nous attend que quand il est trop tard pour changer quoi que ce soit. C’est bien ça que c’est le destin. Trop tard pour rien y faire. »


Mon avis : Fut un temps dans ma vie de lectrice où j’exécrais les nouvelles. Il faut dire que certaines m’avaient dégoûtées du genre, trop ennuyantes et mal écrites. Et puis, les années passant, je reprends goût tout doucement à la lecture de ce genre, grâce notamment à des recueils comme Ce qu’est l’homme, surprenant et envoûtant. Ma guérison littéraire est sur le bon chemin !

Ce qu’est l’homme, c’est un recueil de 9 nouvelles, qui place l’homme au centre de chacun des récits. Les neufs protagonistes sont tous différents, vivent tous dans des endroits différents, mais ont un point commun : ils cherchent à donner un sens à leur vie. Chacun a une relation particulière avec une femme : du dédain, de l’amour, du dégoût… des rapports aux femmes différents, qui nous permet d’avoir un kaléidoscope de portraits d’hommes. Car, si les protagonistes ont comme devoir de réfléchir sur le sens de leur vie, nous, lecteur, réfléchissons aussi sur ce qu’est l’homme.

David Szalay nous dresse des portraits d’hommes désoeuvrés, perdus, qui se contentent souvent de survivre, plutôt que de vivre pleinement leur vie. Ces hommes cherchent un sens à donner à leur quotidien, ils errent, solitaires, mélancolique, dans leur existence si vide.  En dressant ces portraits de l’homme moderne, l’auteur cherche à nous mettre en face de notre propre vie, à nous faire réfléchir sur la façon dont nous remplissons notre existence. Efficace ! Nous pouvons également percevoir des portraits d’hommes différents, qui regroupent l’ensemble des caractéristiques des hommes : séduisants, provocateurs, intelligents, émouvants, arrogants… une bonne manière de percevoir toutes les facettes que peuvent détenir les hommes de notre siècle.

Le style des nouvelles est sobre, parfois dur ou cru, constamment empli de noirceur, mais percutant. Les personnages nous émeuvent, nous font pitié, parfois nous mettent en colère. Même si l’action n’est que très peu présente, une chose est sûre : les scènes que nous voyons ne peuvent pas nous laisser indifférents. Le seul regret que j’aie, c’est que les récits ne soient pas plus longs. Mais je sais bien que cela fait partie du charme des nouvelles, d’être courtes et brèves, seulement de passage, comme l’être humain sur Terre.


Des nouvelles qui font réfléchir sur Ce qu’est l’homme, et sur le sens que nous donnons à notre vie. Des récits percutants et originaux, qui m’ont bien plût. 

Ma note : 7/10

 

Lait et miel


Lait et miel de Rupi Kaur

204 pages, éditions Charleston, à 17€


Résumé : Construit autour de courts poèmes en prose, « Lait et Miel » parle de survie. De l’expérience de la violence, des abus sexuels, de l’amour, de la perte et de la féminité.
Le recueil comprend quatre chapitres, et chacun obéit à une motivation différente, traite une souffrance différente, guérit une peine différente. « Lait et Miel » convie les lecteurs à un voyage à travers les moments les plus amers de l’existence, mais y trouve de la douceur, parce qu’il y a de la douceur partout si l’on sait regarder.


Extraits :  « tu n’étais peut-être pas mon premier amour
mais tu étais l’amour qui a rendu
toutes les autres amours
insignifiantes »

« j’apprends
à l’aimer
en m’aimant »


Mon avis : Parfois, il suffit de lire seulement quelques pages d’un livre pour savoir si on va l’aimer ou non. Pour Lait et miel, il m’a suffit de lire quatre poèmes pour savoir que ce livre allait devenir un véritable coup de coeur.

Mais que se cache-t-il derrière ce titre doucereux et mielleux ? Lait et miel, c’est un recueil de courts poèmes répartis en quatre parties distincts : Souffrir, Aimer, Rompre, Guérir. En somme, ce sont les grandes histoires de la vie que nous compte avec finesse Rupi Kaur. On a l’impression que certains de ces poèmes ont été écrits spécialement pour nous, tant leur beauté et leur justesse sonnent vrais à nos oreilles.

J’ai ressenti toutes sortes d’émotions en lisant ces poèmes. De la joie, de l’espoir, du désespoir, de la tristesse, de la colère aussi. Je me suis laissé transporter par les poèmes de l’auteure, je me suis totalement identifié aux mots que écrits. Des mots simples, mais puissants, qui touchent en plein coeur chaque lecteur.

Elle a osé aborder de fortes thématiques, souvent passées sous silence, comme l’abus sexuel ou le viol, et des thématiques plus universelles, tels que l’amour ou la perte de l’amour. Que ce soit à travers l’une ou l’autre, on ne peut pas rester indifférent face à ces mots. Selon moi, Lait et miel, c’est un peu un recueil de poèmes féministe, qui tendrait à faire valoir aux femmes que tout ce qu’elles vivent et toutes les émotions qu’elles ressentent ne sont pas des cas isolés.

Comme je n’arrive pas facilement à exprimer toute mon émotion post-lecture, j’ai fait le choix de vous donner un aperçu de quelques poèmes – que j’ai prit d’Internet, qui sont malheureusement en anglais, mais que vous pouvez traduire facilement.  Vous remarquerez les dessins réalisés par l’auteure elle-même, qui donnent plus de profondeur aux poèmes. J’espère que vous ressentirez l’intensité de ces quelques mots, simples, mais si percutants…

 

 

 


Je n’ai jamais lu une si belle chose. Des poèmes doux, écrits avec des mots simples, mais qui font échos à tous les sentiments humains. C’est beau, c’est puissant, c’est extraordinaire. A lire et à relire, encore et toujours. Je le recommande à tous.

Ma note : 10/10