Développement personnel·Littérature canadienne

Le jour où je me suis aimé pour de vrai


Le jour où je me suis aimé pour de vrai de Serge Marquis

250 pages, éditions de la Martinière, à 14,90€


Résumé :  » Et vous, avez-vous commencé à vivre ?  » Charlot, 9 ans
Maryse est une éminente neuropédiatre, une femme belle et intelligente, affreusement narcissique et persuadée d’avoir toujours raison. Elle est aussi la mère de Charlot, fils singulier, qui l’émerveille et l’exaspère à la fois. C’est que Charlot, Petit Prince désarmant de vérité, la confronte à des questions philosophiques. Quel sens donner à sa vie lorsqu’on traverse des épreuves ? Où se cache l’amour lorsqu’on fait face à l’intimidation, la bêtise, la peur de l’autre ? Et surtout, qu’est-ce que l’ego, cette chose dont tout le monde semble souffrir ?
Animé d’un courage fou, d’une humanité à fleur de peau, Charlot va apprendre à sa mère, et à beaucoup d’autres, qu’en se dépouillant de ses certitudes, en cessant de se regarder le nombril, on peut enfin accéder à la vraie joie, celle du lâcher prise et de l’intelligence du cœur. Et surtout : apprendre à s’aimer pour de vrai.
Une extraordinaire leçon de vie, profonde et lumineuse, dont on sort bouleversé d’émotion.


Extraits :  « Il est très fréquent que les humains parlent sans savoir de quoi ils parlent, mon chéri… Je dirais même que c’est comme ça la plupart du temps. Et le pire, c’est qu’ils ne s’en rendent pas compte.« 

« Il parle de la consommation comme je parle du cancer… Deux voleurs d’enfance. »

« Il est là, le véritable harcèlement, Maryse. Quand les coups s’inscrivent dans le mental. Un simple regard du bourreau suffit à tout déclencher. Charlot a été kidnappé de l’intérieur. Il est maintenant l’otage de ses propres pensées. »


Mon avis : Pour être totalement franche avec vous, j’ai choisi de découvrir ce livre, non pas parce que le résumé m’intriguait, mais seulement pour lire un livre de développement personnel. J’ai fait le choix de prendre celui-ci, parce qu’il donnait l’opportunité d’aborder l’aspect développement personnel à travers une histoire fictive. Je n’ai donc pas été dépaysée outre mesure, en restant partiellement dans une zone de confort narrative.

Ce livre met en avant Maryse, grande neuropédiatre reconnue dans son milieu, qui soigne des enfants atteints du cancer. Seulement voilà, Maryse est une femme égocentrique et narcissique, qui ne fait preuve que de peu d’empathie, que ce soit envers ses patients, ou envers son propre fils, Charlot. Ce dernier, âgé d’une dizaine d’années, va montrer une grande maturité face au comportement de sa mère : patient et respectueux, il va lui apprendre progressivement à changer de comportement et à s’ouvrir aux autres.

Cette lecture donne à réfléchir, notamment sur la définition que l’on peut fixer au mot « ego ». Qu’est-ce que l’ego ? Comment se manifeste-t-il ? Comment s’en dépêtrer ? Ce que j’ai retenu de toutes ces informations sur l’ego, c’est que l’ego est une chose mauvaise, qui nous pourrit de l’intérieur, et qui nous empêche de vivre pleinement notre vie. A trop vouloir la célébrité, à trop vouloir la puissance ou l’argent, on en oublie les moments simples de la vie.

Je ne pensais pas écrire ceci après ma lecture, mais oui, ce livre et ses conseils m’ont servis. Maintenant, à chaque fois que mon esprit divague dans le passé ou qu’il se met à imaginer le futur, me reviennent ses quelques mots émit par Mary-Lou, mourante, à son copain Charlot : « N’oublie jamais de revenir ici, Charlot, à chaque instant. Dans tes mains, tes oreilles, tes lèvres. Dans chacun de tes pas, de tes gestes, dans chaque inspiration, expiration. Fais-le vraiment ! ».  J’applique alors ses conseils, et je reviens profiter de chaque instant présents que m’offre la vie. Une bonne manière de profiter plus intensément de chaque moments.

Finalement, la seule chose qui m’a déplût dans cette lecture, c’est l’aspect fictif. Pour propager ses conseils, il a décidé de mettre en scène une histoire fictionnelle, dans laquelle le lecteur pourrait s’insérer et ainsi mieux ressentir tous les sentiments des personnages. Via les sentiments et le vécu des personnages, l’auteur dispense ses recommandations et entame la partie développement personnelle. Mais hélas, j’ai trouvé la narration un peu trop grossière, avec des personnages caricaturés au maximum – Maryse, la méchante mère, repliée sur elle-même, qui ne ressent aucune émotion ; Charlot, le fils prodige, intelligent, attendrissant et sociable… Les écarts de comportements étaient un peu poussés à l’extrême ; sans doute pour nous faire faire prendre conscience des problèmes de chacun, et nous faire ressentir plus profondément les conseils dispensés pour réduire ses problèmes… Mais ce n’était pas, à mon sens, nécessaire.


Même si au jour d’aujourd’hui mon ego prend encore le pas sur l’instant présent, les bons conseils prodigués dans ce livre, mis en application, devraient permettre d’améliorer les choses. Un bon livre de développement personnel, qui incite à la réflexion et à la remise en question. Dommage que l’aspect fictionnel ait été moins bien travaillé.  

Ma note : 7/10
Littérature canadienne·Roman

Un dimanche à la piscine à Kigali

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Un dimanche à la piscine à Kigali de Gil Courtemanche

325 pages, éditions Folio


Résumé : « A cette heure précise où les buses s’installent autour de la piscine, les parachutistes français, dans leurs transats de résine, se donnent des airs de Rambo, des coopérants québécois rivalisent de rires bruyants avec des coopérants belges. En ce dimanche tranquille, un ancien ministre de la justice se livre à d’intenses exercices d’échauffement sur le tremplin, quelques carcasses rondouillettes ou faméliques troublent l’eau, et Valcourt, qui note ces observations, les marmonne, souvent avec rage, parfois avec tendresse, mais toujours ostensiblement ». Bernard Valcourt, journaliste revenu de tout, de la famine en Ethiopie à la guerre au Liban, se rend au Rwanda pour une bien futile et utopique mission, mettre sur pied un service de télévision libre. Il y découvre un pays ravagé par la misère, la corruption, le sida, et l’amour au travers de Gentille, une Hutue aux traits fins de Tutsie. Et, tandis que la petite colonie occidentale se détend au bord de la piscine à Kigali, un peuple sombre dans la folie exterminatrice.


Extraits :  « Régulièrement, il faut qu’ils s’entre-tuent. C’est comme le cycle menstruel, de grandes coulées de sang, puis tout revient à la normale.« 

« Le fonctionnaire lui expliqua que le Canada, pays sans importance dans le concert des nations, exerçait néanmoins dans certaines régions du monde une influence qui pouvait en déterminer l’avenir et surtout l’accès à la démocratie. C’était le cas du Rwanda. Le gouvernement canadien avait accepté d’y financer avec quelques autres partenaires l’établissement d’une télévision dont la première mission serait éducative, en particulier dans les domaines de la santé communautaire et du sida.
– On commence par les besoins hygiéniques, par des émissions sur la prévention, sur les régimes alimentaires, puis l’information circule, et l’information, c’est le début de la démocratie et de la tolérance.« 

Mon avis : Gil Courtemanche est un journaliste Canadien, qui a été un correspondant à l’étranger, notamment en Afrique, pour la télévision Radio-Canada… comme Bernard Valcourt, le protagoniste qu’il met en scène dans Un dimanche à la piscine à Kigali. Cet ouvrage est donc une sorte de témoignage subjectif qui s’inspire de scènes ayant véritablement eu lieu, de personnes ayant véritablement existé ; le tout étant de mettre en lumière les problèmes sociétaux, politiques et économiques du Rwanda.

Kigali, capitale du Rwanda, fut le théâtre de l’attentat contre son président en 1994, événement déclencheur du génocide rwandais. Cet événement fait suite à la guerre civile qui sévit entre les Tutsis  (population la plus riche) et les Hutus (constitué en majorité de paysans), qui perçoivent différemment l’histoire du Rwanda. Suite à cela, durant plus de cent jours, plusieurs milliers de personnes périront. Gil Courtemanche raconte la mise en place progressive de la haine entre Tutsis et Hutus, et montre les atrocités commises par les deux « peuples ennemis ».

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L’auteur parle de sujets forts, comme le génocide, le sida, les guerres interculturelles… Il fait le choix d’en parler dans des termes froids, avec une certaine distance. Toutes ses paroles sont souvent accompagnées de scènes crues et choquantes, à la limite du supportable, visant sans doute à frapper le lecteur, pour qu’il prenne conscience des crimes perpétrés au Rwanda. L’indifférence des pays occidentaux face à ces terribles guerres est difficile à concevoir, mais tellement réelle. Enfouis dans l’ignorance, aucun pays ne va venir aider ce peuple en guerre, en proie aux massacres et aux maladies contagieuses. Le contraste est d’ailleurs frappant entre les occidentaux, tranquillement installés dans leur hôtel, totalement indifférents aux massacres des populations locales, qui se déroulent à l’extérieur des murs.

On ne peut pas poser un jugement de valeur sur ce genre d’oeuvre. Le fait est que les événements narrés ont existé, et aussi cruellement soient-ils, ils sont retranscrit presque à l’identique, dans le but de choquer. Un parti pris qui a fonctionné sur ma personne, puisqu’une semaine après avoir fini ma lecture, je peux me représenter fidèlement de brèves scènes marquantes (le massacre d’une famille, les tortures perpétrées…). Je conseille à ceux qui souhaiteraient en savoir davantage sur le génocide Rwandais, le livre de Scholastique Mukasonga, Notre-Dame du Nil qui a remporté le prix Renaudot 2012. Son écriture est plus douce, voire pudique, mais la réalité narrée est presque identique.

Au coeur de toute cette haine et de ces meurtres quotidiens, Gil Courtemanche incorpore un zeste d’amour qui vient contrebalancer le récit et lui apporter une dose de délicatesse. Cette dualité amour/haine prouve que l’homme, malgré la barbarie auquel il est confronté, reste un homme, empli de sentiments humains qui ne peuvent s’altérer. Le lecteur est autant touché par les événements dont il fait face que par ces sentiments amoureux naissants, qui envahissent un temps l’atmosphère ambiante.

De cette lecture, j’en ressors grandie, puisque moins ignorante sur un pan très important de l’histoire du Rwanda. Une histoire atroce, souvent tue ou très peu connue. Pour pousser plus loin ma découverte de ce pays et des constituants de son histoire, je pense regarder prochainement l’adaptation cinématographique de ce roman… en espérant ne pas être trop choquée par les images montrées.

Ma note : 6,5/10

Chick-lit·Littérature canadienne

Qu’est-ce qui fait courir Julia Verdi ?

Qu’est-ce qui fait courir Julia Verdi ?
de Geneviève Lefebvre
285 pages, éditions NiL, à 19€

 

Résumé : L’histoire comique et émouvante d’une « working girl » célibataire à qui un petit chien va donner une vraie leçon de vie.

365 jours, 50 ruptures amoureuses, 70 bouteilles de pomerol, 1 chienne adoptée… Un désopilant marathon sentimental.

« Cette histoire commence avec un rejet. Pour être franche, cette histoire est ponctuée de rejets. Celui que j’avais infligé dans la cruelle insouciance de mes dix-sept ans à un garçon qui n’en méritait pas tant, et celui qui allait me renverser comme une grosse boule déterminée à abattre toutes les quilles d’un seul et sale coup. Bang. »

Qu’est-ce qui fait courir Julia Verdi, cette cadre de 37 ans haut placée dans une entreprise de bois à Montréal ?
La recherche de gloire et d’argent ?
Ses relations avec des hommes qui semblent parfaits sur le papier, mais qui la quittent les uns après les autres ?
La maladie de sa mère, qu’elle fuit ?
À force de ne pas se remettre en question, Julia court surtout le risque de finir seule et malheureuse.
Mais un soir, au coin d’une ruelle, voilà qu’une petite chienne abandonnée tourne ses yeux noirs vers elle. Qui aurait cru que cet animal allait tout changer ?
Un roman plein d’entrain qui ne se lâche pas.
Une étonnante leçon de vie pour tous ceux qui tournent en rond.

Extraits : « Il n’y a que les livres ou les chiens que l’on puisse adopter ainsi. Sans trop savoir d’où ils viennent, par quoi ils sont passés et dans quoi on s’embarque. »
« La vie est un sac de fille, bordélique et exaspérant. »

Mon avis : Ce livre est étonnant. L’illustration de la couverture, avec un petit chiot au centre de l’image, ainsi que le titre assez explicite ne laissent guère présager de doute quant au thème principal du récit. En effet, ce livre parle d’animal, notamment d’un petit chiot salement abandonné dans la rue, qui va se faire adopter par notre protagoniste Julia Verdi. Mais l’histoire est bien plus profonde ; il faut creuser en profondeur dans les affres intérieurs de l’héroïne pour découvrir la réelle trame du récit.

Geneviève Lefebvre a constituée une pâle copie ironique d’un roman chick-lit. Avec une héroïne girly comme personnage principale, constamment occupée de sa petite personne, plutôt superficielle, arrogante, parlant sans cesse d’amour sur un ton humoristique, mais éternellement repoussée par les hommes et se réfugiant dans son travail professionnel. Mais cette description correspond seulement à la personnalité de surface de Julia Verdi. En creusant inténsément, on voit une jeune femme malheureuse, qui coule peu à peu dans sa vie privée et professionnelle, sans réelles attaches.

C’est là qu’intervient le talent de l’auteure, qui arrive à combiner un ton humoristique loufoque rattaché au genre de la chick-lit avec des sujets graves, comme par exemple la mort accidentelle de David sur la route, faisant une embardée pour éviter un chien.

La première apparition du chien se fait dans une scène dramatique et choquante, autant pour le lecteur que pour Julia. Mais l’auteure va aller plus loin, et va jouer sur l’intensité de la situation pour placer un petit chiot au bout d’une corde, pile dans la rue de Julia. Le lecteur ne peut qu’être peiné et ressentir de la pitié pour cette jeune femme, sur qui tous les malheurs du monde semblent s’abattre.
D’abord hésitante, Julia va finalement adopter le chiot – qui se révèlera être une chienne -. Plus le temps passe, et plus elle s’attache à l’animal, qui va la faire peu à peu sortir de sa solitude, de son état végétatif et désespérée. Elle retrouve goût à la vie, recommence à prendre soin d’elle, et renaît grâce à cet animal, presque tombé du ciel. Une symbiose presque parfaite se créait entre l’être humain et l’animal ; l’amour qu’elles se portent l’une l’autre croît de jour en jour, et prouve le côté presque humain des animaux.

C’est une réelle leçon de vie que nous apporte là Geneviève Lefebvre. Profiter de chaque instant de notre vie intensément, car tout peut disparaître du jour au lendemain. Aimer la vie et ce qu’elle nous apporte. Mais surtout savoir la partager, apprendre des autres, recevoir et donner du bonheur.
Mais c’est aussi un coup de gueule contre les personnes, qui, chaque jour, abandonnent dans la rue des animaux, pour multiples raisons. Des bêtes inoffensives, lâchées dans la nature, sans ressource, sans abri, qui passent d’un foyer aimant à l’obligation d’errer pour survivre.

C’est une lecture que j’ai passablement appréciée. La protagoniste, qui semble si froide et presque sans coeur quitte progessivement sa carapace pour s’ouvrir à un petit animal. Une histoire facile à lire, parfaitement réaliste, qui narre des épisodes qui pourraient appartenir à la vie quotidienne de tout un chacun. Néanmoins, la rudesse de certains propos de l’auteure – la mort accidentelle de David en voiture, julia Verdi et son voisin homosexuel, Rosario, qui fantasment l’un sur l’autre et veulent coucher ensemble seulement pour avoir un enfant… – peuvent choquer les plus jeunes. Mais le fond de la narration, moderne, fluide et joviale nous fait passer un bon moment de lecture.

Ma note : 6,5/10
Littérature canadienne·Littérature jeunesse

Le chat sur le mur

Le chat sur le mur de Deborah Ellis
169 pages, éditions Hachette romans, à 14,90€

 

Résumé :  Clare avait 13 ans quand elle est morte et qu’elle s’est réveillée dans le corps d’un chat errant, à Bethlehem, en Cisjordanie. Réfugiée dans une maison avec deux soldats israéliens et un petit garçon palestinien, elle va partager pendant quelques jours leur quotidien. Entre incompréhensions et émeutes qui divisent les deux peuples, elle va essayer de sauver sa vie, et peut être même celle de ses trois compagnons de hasard.
Mais comment aider son prochain lorsqu’on est un chat ? Comment trouver sa place dans un univers chaotique, ravagé par la peur et la colère ?

Extraits :  « Simcha a saisi son fusil. Il répétait les seules phrases en arabe qu’il savait : « Sors de là ! Haut les mains ! »
– Du calme, a dit Aaron. C’est rien qu’un chat.
– Un chat ? A voir comme tu as bondi, j’ai cru que c’était un terroriste.
 »
« C’est le bruit des armes qui m’a réveillée. Je déteste ça. Si les gens tiennent absolument à tirer sur leurs semblables, qu’ils s’arrangent pour le faire sans bruit, que les chats puissent continuer leur sieste tranquillement, tout de même. »

Mon avis :  Avez-vous déjà rêvé de vous réincarner en chat ? Si oui, venez vite découvrir l’étrange réincarnation subie par Claire, après sa mort humaine.

Claire passe d’une vie banale de petite fille de treize ans, allant tous les jours à l’école, bien entourée de sa famille et de ses amis, à une vie de chat errant en Cisjordanie. Cette métamorphose extraordinaire va changer le regard de la jeune fille sur la vie. Elle va découvrir la guerre, avec les nombreuses difficultés liées au conflit israélo-palestinien, ainsi que la désolation et la misère des pauvres habitants de ce pays.

On peut vraiment parler de voyage initiatique, au sein d’un problème encore d’actualité aujourd’hui : le conflit israélo-palestinien. Chacun d’entre nous a, au moins une fois, voulu être une petite souris pour se glisser dans une pièce et observer de l’intérieur les gens qui y étaient présents. Eh bien, ici, c’est un chat, qui se place comme spectateur stoïque, incapable de pouvoir aider les hommes. C’est à travers ses yeux que nous sommes plongés dans l’intimité des habitants de la ville de Bethléem, ville assiégée par de multiples soldats.

Deborah Ellis met en scène une situation assez brouillonne, qui correspond parfaitement à la vision de la guerre que nous, européens, avons. Deux soldats sont réfugiés dans une maison, avec un petit garçon. La maîtresse du petit pense à une prise d’otage, elle rameute les habitants du quartier, qui arrivent de tout côté pour sortir d’affaire le petit. Sans savoir la réelle motivation des soldats, sans même penser au danger encouru par le petit garçon, les balles fusent dans la maison. Une image qui montre bien l’absurdité de la guerre.

Mais ce qui est le plus important à retenir de cette lecture, c’est le profond message de paix et d’espoir que balance inlassablement l’auteure. A travers un poème nommé Désirs, appris par coeur par tous les enfants scolarisés à Bethléem, la cohabitation, l’apaisement et l’amour sont mis en avant. Deux maîtresses d’école sont mises en scène : l’une, surnommée Madame Nulle, professeur de Claire, lui donnait ce poème à recopier, comme signe de punition. L’autre, Madame Fahima, a apprit à ses élèves le poème, et essaie tant bien que mal de le mettre en scène – notamment en tentant de s’interposer entre tous les soldats. Symbole ultime de l’unification des peuples : le chat, qui, dans ce roman, comprend chaque langue parlée et aime chaque homme tel qu’il est.

Ce livre, très poétique, se présente à la fois comme un conte fantastique et un roman historique, traitant du conflit du Proche Orient. Deborah Ellis essaie de promulguer un message de paix, d’amour et de réconciliation qui donne du baume au coeur. Un livre tout en douceur, qui se lit très rapidement.

 

Ma note : 7/10

Littérature canadienne

Sous le manteau du silence

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Sous le manteau du silence
de Claire Bergeron.
304 pages, éditions De Borée collection Terres de femmes, à 21 €

 

Résumé : La mort suspecte du curé Charles-Eugène Aubert dans l’hôpital où elle est infirmière va contraindre Rosalie Lambert à se confronter à des souvenirs qu’elle avait jusque-là enfouis. C’est plus de vingt-cinq ans plus tôt, dans le dispensaire où elle exerçait, qu’elle avait fait la connaissance de ce curé si charismatique. Le soupçonnant d’avoir commis des actes allant à l’encontre de son devoir, elle avait dû s’enfuir, laissant derrière elle son grand amour. Alors que ses souvenirs reviennent la tourmenter et se mêler au présent, elle va devoir convaincre les jurés qu’elle n’est pas coupable du terrible crime dont on l’accuse…
Extraits :  « C’est fou ce que la vie a de chemins détournés pour remettre en présence deux êtres qui ne se sont jamais oubliés. »
« Il y a de ces douleurs qui ne se cicatrisent jamais et qui laissent sur le coeur un poids bien lourd.« 

Mon avis : L’histoire se déroule en 1967, au Québec, dans la petite ville de Saint-Anselme. Rosalie, infirmière, se retrouve accusé d’avoir causé la mort d’un vieux curé nommé Charles-Eugène Aubert, qu’elle aurait connu il y a maintenant plus de vingt-cinq ans. Elle affirmera avoir été perturbée de le revoir, et que l’erreur de médicament administré au curé n’était pas voulu. Mais qu’a-t-il bien pu se passer vingt-cinq ans plus tôt avec ce curé, pour bouleverser cette femme, à tel point qu’elle commette de graves fautes ?

Claire Bergeron, l’auteure du roman, est originaire du Canada, plus précisément du Québec, là même où se déroule l’histoire. La plupart des lieux qu’elle cite, tels que l’Abitibi, Amos ou encore Senneterre son réels, de façon à se que l’on puisse bien se représenter l’endroit où se passe l’action. L’histoire se déroule la majeure partie du temps en 1967, mais une importante part du roman est également consacrée aux souvenirs de Rosalie, donc dans les années 1941.

Ce roman est en partie une autobiographie de la vie de l’auteure, car elle-même « rêvait de devenir médecin mais les études n’étant pas accessibles aux jeunes filles dans ce Québec des années 60, elle choisit de devenir infirmière« , tout comme notre héroïne.

Une héroïne bien courageuse et très généreuse. Elle n’hésite pas à venir en aide aux gens dans le besoin ; son grand coeur lui a permit de se faire rapidement apprécier par la population de l’Abitibi. Je pense que Rosalie avait toutes les qualités nécessaires pour devenir une bonne et grande infirmière. En tout cas, elle le méritait beaucoup.

Malheureusement pour elle, l’antipathique curé Charles-Eugène Aubert a, pour ainsi dire, ruiné sa vie. Son caractère a eut le don de m’énerver… mais il m’a aussi intrigué. Sous ses airs de curé tout gentil, se cache un homme méchant, prêt à tout pour obtenir ce qu’il souhaite.

Dans les années 1940, comme l’explique très bien Claire Bergeron dans ce roman, les femmes avaient un rôle bien précis et restreint vis-à-vis de diverses professions. Elles ne pouvaient pas exercer certains travaux, considérés réservés uniquement aux hommes. De plus, une fois mariées, elles devaient arrêter de travailler pour s’occuper de leurs enfants, leur mari, et du foyer. Des conditions épouvantables et rabaissantes pour ces pauvres femmes, qui ne demandaient qu’une chose : être l’égal de l’homme.
La contraception et l’avortement n’étaient d’ailleurs pas encore autorisés du temps où l’histoire se passe, mais les femmes essayaient néanmoins de se faire avorter illégalement, au risque de leur vie… Le chanoine Aubert, d’ailleurs, conseille fortement aux femmes de procréer, même si leur vie en dépend… Des paroles qui semblent sorties tout droit de l’esprit d’un fou, mais apparemment, ces parties de l’histoire racontées étaient bien réelles à l’époque, au Québec.
Mes précédents propos par rapport à la procréation des femmes me fait légèrement penser au roman La servante écarlate de Margaret Atwood, elle-même Canadienne… comme quoi, cette époque a choquée et horrifiée à vie tous les Canadiens.

Pour continuer dans la lancée sur les femmes, l’auteure nous livre avec effroi les conditions intimes dont elle devaient faire face. Souvent abusées par des représentants de l’église, elles ne pouvaient rien dire, de peur de se faire traiter de menteuses. En parlant de l’église, la religion avait une très grande importance dans ces années-là, on y voit d’ailleurs très nettement sa large puissance.

Sous le manteau du silence a des thèmes principaux très intéressants, qui m’ont appris pas mal de choses sur les conditions de vie des femmes dans les années 40, au Canada. Sur ce point-là, je ne peux pas le nier, Claire Bergeron a très bien expliqué et fait passer son message.

Néanmoins, l’écriture de l’auteure contenait certaines longueurs, notamment dans la seconde partie du roman. Outre ce point négatif, j’ai trouvé l’histoire général originale et captivante. La protagoniste est une battante, elle luttera pendant presque tout le récit pour enfin être Libre. Le suspense n’était pas présent, mais les sentiments y étaient.

 

Ma note : 6/10
Littérature canadienne

Putain

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Putain de Nelly Arcan
186 pages, éditions Seuil, à 14,94€

 

Résumé : Putain ! Le titre a le mérite d’être clair, sans détour. Putain est une vie de putain. Un récit cru, pur jus, qui ne triche pas, le premier roman d’une jeune Québécoise. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir, peut-être sans jamais avoir osé le demander ! Du parcours, fatal, forcément fatal, au plaisir qu’on éprouve ! Tout y est. Une éducation religieuse, trop religieuse, une mère absente, trop absente, l’envie de donner un coup de fouet à une morne vie… et l’existence de basculer, le quotidien de s’habiller de chair et de sperme, les hommes de filer à vos pieds, de défiler entre vos jambes, de passer dans votre bouche. Les uns désœuvrés, les autres obsédés, les porcs et les gros porcs, les illuminés, les glamours, jusqu’à ceux qui veulent vous « sortir de là »… Derrière cet autoportrait, la confession, parfois comme un long râle plaintif, est un travail introspectif. Pour l’auteur, il s’agit moins de savoir comment on en est arrivé là que de vouloir se connaître, se reconnaître, plutôt que de paraître. Bien. Fallait-il en passer par un déballage moins cocasse que tapageur ? Putain se voudrait un roman réaliste. Avec ce qu’il faut de racoleur pour attirer le chaland. C’est tout juste un témoignage (un de plus) de femme, prostituée moderne de luxe, qui trimbale son fardeau familial. Il y a un avantage : on y lit ce qu’on attend. Sans être volé sur la marchandise. Sans plus. Et l’on reste finalement sur sa faim. –Céline Darner
Extraits : « On s’habitue vite aux choses lorsqu’on ne peut y échapper. »
« Mais une femme n’est jamais une femme que comparée à une autre, une femme parmi d’autres.« 

Mon avis : Je ne vais pas m’étaler longuement sur ce roman autobiographique de Nelly Arcan que j’ai trouvé affreusement ennuyant et fort mal construit.

L’auteure nous raconte avec mille détours et figures de style ces trépidantes années de prostituée à l’hôtel, années noires, lugubres et cauchemardesques, qui ont marquées sa vie à jamais et lui ont fait prendre un tournant radical.
Le problème de ce livre, c’est la construction de l’histoire. Aucun événement ne vient relever le récit, les mots sont balancés à la pelle sans queue ni tête, sans élément connecteurs. Comme dans Belle du seigneur d’Albert Cohen, Nelly Arcan, par coquetterie ou pour donner un rythme essoufflé à ses propos, limite au possible les points finaux censés clore ses phrases. Un genre quelque peu lourd à lire, sans but précis, qui ne m’a pas intéressé plus que ça.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas vraiment apprécié le style d’écriture de l’auteure. Mais je souligne l’intimité des propos, les confessions secrètes, souvent pudiques, qui peuvent être choquantes par moment. Pour décrire avec autant de précision les pires moments de sa vie, il faut un profond courage, une clairvoyance à la hauteur des insanités subies. Je respecte le travail effectué, même s’il ne m’a pas touché plus qu’escompté.

Ma note : 1,5/10