Biographie·Littérature française·Témoignage

Belle de nuit


Belle de nuit de Sonia Frisco

351 pages, à 17€


Résumé : Deux Filles Deux Destins. Une Histoire. Il existe des réalités qui dépassent la plus incroyable fiction, des rêves pour lesquels on est prêt à tout donner, des amitiés plus fortes que toutes les adversités. La violence ne sévit pas toujours à visage découvert, bien souvent elle porte des masques, pour cacher sa laideur et sa misère. Dans un monde redoutable qui la veut prisonnière, Mia va lutter de toutes ses forces pour sauver son histoire personnelle et trouver l’amour, la liberté et la vie… avec, pour seuls alliés, un espoir, un rêve et une amie. On dit de la liberté qu’elle n’a pas de prix. C’est parce que sa valeur est inestimable…

Mais la liberté a toujours un prix.
Et quand on le connaît, on le paye.

Il doit certainement y avoir en nous le souvenir d’un monde ou d’un lieu où l’on a été heureux.

Qu’est-ce que la Vie ? Qu’est-ce que le Temps ? Qu’est-ce que l’amour, l’amitié et l’infini ?


Extraits :  « La plus cruelle prison de l’homme est souvent l’homme lui-même.« 

« Cela s’appelle le quotidien. Pour beaucoup, c’est la sécurité. Même laide, même meurtrissante, même traumatisante, terrifiante ou injuste, c’est la sécurité. »


Mon avis : Un grand merci à Babelio, ainsi qu’à Amazon Publising grâce à qui j’ai pu recevoir et lire ce livre signé Sonia Frisco.

Je parle bien de livre et non de roman, puisque même si une infime partie des lignes écrites sont fictives, la majeure partie de l’histoire est réelle. Les personnages sont de vraies personnes (seule leur véritable identité est tue) et les événements qui s’y déroulent se sont véritablement passés. Une fois qu’on sait ça, quand on commence à découvrir le récit, on ne peut qu’être touché, ému et attristé par la tragique histoire de Mia.

Mia, c’est une femme mariée à un homme qu’elle n’aime plus, mais qu’elle ne peut pas quitter, à cause de son manque d’argent et des critiques de sa famille. Mia, c’est une femme encastrée dans un quotidien morose et banal, qui ne lui apporte que tristesse et désespoir. Un beau jour, elle décide de mettre fin à cette vie là et de commencer véritablement à vivre pour elle. Mais les chemins vers la liberté sont difficiles à atteindre…

Belle de nuit, c’est le combat d’une femme, qui se bat pour sa liberté. Elle se bat pour connaître la vraie vie, et sortir du quotidien qu’on lui a imposé. Elle veut aussi découvrir l’amour, le véritable amour, l’amour passionnel, dont elle a tant entendue parler, mais qu’elle n’a jamais abordé.

Cette histoire, c’est aussi la mise en avant de la condition de la femme dans tout ce qu’elle a de plus restrictif. Une femme, corps sensuel qui se laisse manipuler et traiter comme un objet. Une femme, dépendante et soumise à une domination masculine. Une femme, encastrée dans des coutumes familiales avilissantes.

On réfléchit également beaucoup à la prostitution et aux conditions des femmes qui exercent cette activité. Prostituée libres ou exploitées ? Choix de vie ou contraint ? La prostitution est un vaste débat, qui encore aujourd’hui fait couler beaucoup d’encre. A chacun de s’en faire sa propre idée.

A travers cette tragique histoire, c’est surtout un message d’espoir que l’auteure souhaite faire passer. Elle invite également à la tolérance, au partage et à l’amour. Son message est admirablement mis en scène, puisqu’elle nous confie l’histoire intime de sa tendre amie, Mia. Un bel hommage, puissant, tragique, respectueux, mais surtout rempli d’amour.


Un récit dense, qui raconte avec justesse la quête d’une existence et des valeurs qui la composent. J’ai été touché par ce bel hommage. 

Ma note : 7,5/10
Biographie·Littérature jeunesse

De Gaulle, le résistant


De Gaulle, le résistant de Hélène Montardre

61 pages, éditions Nathan


Résumé : 1940. Les troupes allemandes de Hitler envahissent la France. En Lorraine, le colonel de Gaulle tente d’empêcher leur avancée. En vain. Nommé général, il clame, haut et fort, que la France doit continuer le combat. Le nouveau gouvernement de Pétain capitule face à Hitler. Le général part à Londres. Sur les ondes de la BBC, la radio anglaise, il appelle tous les Français à résister. Jamais il ne baissera les bras…


Extrait :  « La guerre commence bien mal ! Pourtant, il ne faut pas baisser les bras. Il faut se battre.
Alors, devant cette foule apeurée qui déferle sur les routes, il se fait une promesse : celle de ne jamais abandonner et de poursuivre le combat, là où il le faudra et tant qu’il le faudra.« 


Mon avis : En cette journée du 14 juillet 2017, jour de fête nationale française ponctuée de commémoration des corps armés, je publie ma chronique sur cette petite biographie relatant le combat de De Gaulle pour la France.

Charles de Gaulle était un militaire, qui s’est battu durant la première puis seconde guerre mondiale. Alors que les Allemands ont envahis la France, conquérant chaque jour davantage de terres, De Gaulle rejette l’armistice voulu par Pétain. Cela reviendrait à nuire à la France, à perdre son identité et ses valeurs qui la caractérisent tant. Condamné à mort, De Gaulle s’expatrie en Angleterre, terre à partir de laquelle il va mener son attaque. Grâce aux ondes de la radio BBC, il va reformer une armée, redonner confiance et espoir aux soldats et citoyens français.

Cette courte biographie relate les exploits de De Gaulle en tant que résistant à l’occupation nazie. Écrite dans des mots simples, ponctuée de dessins en noirs et blancs, elle est fidèle à la réalité, tout en étant simplifiée, pour permettre une plus grande compréhension par les plus jeunes.

 

 

De Gaulle était fort, courageux et téméraire. Il aimait plus que tout la France. Il a sacrifié sa vie à la France et aux français. C’est à ce grand homme qu’on doit le fait de vivre aujourd’hui dans une France libre. Merci monsieur, vos efforts n’ont pas été vains. Mais De Gaulle n’était pas seulement soldat, dirigeant et résistant, il était également époux et père de famille. Bien que l’affect personnel soit peu développé dans ce récit, Hélène Montardre a quand même insérée quelques passages où elle parle brièvement des enfants de De Gaulle, ainsi que de sa femme, Yvonne. De quoi ajouter une touche supplémentaire d’humanisme à ce grand combattant.


Une magnifique biographie simplifiée, qui relate avec précisions les faits de ce grand homme. C’est un très bon support pédagogique, pour apprendre aux plus jeunes qui était De Gaulle et quel fût ses actions pour sauver la France. Je recommande !

Ma note : 7/10

Biographie·Littérature jeunesse

Jules César


Jules César de Rachel Firth

62 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 5,50€


Résumé : Il mène les troupes romaines au-delà des frontières de son pays. Plus loin qu’elles n’ont jamais été. De Rome à Alexandrie, il voyage et triomphe. De ses mains, naît l’empire le plus puissant au monde. L’empire romain. Son nom ? Jules César.


Extrait :  « César observait la rue depuis son balcon, heureux d’être dans cette grande cité, le coeur de la puissante République romaine. Quiconque voulait devenir quelqu’un venait à Rome, et lui y habitait. Bien qu’il n’ait que quatorze ans, il était convaincu qu’il aurait un jour un rôle important à y jouer.« 


Mon avis : Le Livre de Poche jeunesse a sorti quatre petites biographiques illustrées sur des personnages illustres, qui ont marqué, d’une façon ou d’une autre, le monde entier. Ce qu’il y a de bien avec ces petites lectures, c’est qu’elles donnent aux jeunes lecteurs des clés pour mieux comprendre  certains grands faits de l’histoire. Il y a deux mois, j’avais découvert la courte biographie de Marie-Antoinette écrite par Katie Daynes, que j’avais pris beaucoup de plaisir à lire ; aujourd’hui, j’ai lu en une demi-heure la biographie de Jules César réalisée par Rachel Firth.

Vous allez découvrir les plus grandes lignes de la vie de Jules César. De sa jeunesse à Rome, rêveur et passif à son ascension fulgurante. Aux guerres qu’il a mené, parfois perdues, d’autres gagnées. Vous découvrirez ses amours et ses alliés, mais aussi ses ennemis, ceux-là même qui lui vaudront sa perte.

Toutes les informations y sont condensées, toute la vie de Jules César est diminuée pour ne tenir qu’en quelques pages. C’est un bon moyen d’attirer les enfants à découvrir sa majestueuse vie, sans pour autant les ennuyer. Mais, pour moi adulte, j’ai trouvé que cet amas d’informations était trop dense. Toutes les informations étaient données à la chaîne, les unes après les autres, sans laisser le temps au lecteur de tout emmagasiner. Ce qui fait qu’une fois ma lecture terminée, je ne me souviens que d’un infime pan de la vie de cet homme.

Outre cela, cette biographie est accompagnée de magnifiques illustrations. Elles prennent l’entièreté des doubles pages, et donnent un effet de profondeur très appréciable, qui permet aux lecteurs de s’introduire plus facilement dans l’histoire. Ajoutez à ces jolies mises en pages, une originalité au niveau textuel, puisque l’auteure alterne entre récit narratif traditionnel et insertion de bulles narratives, comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous.

J’ai (re)découvert Jules César comme je ne l’avais jamais vu. Jeune, vaillant, téméraire, amoureux parfois… Les nombreuses péripéties de son existence, lui ont prodiguées une vie bien remplie. César est, et restera, l’une des figure antique les plus célèbres de l’histoire du monde, c’est pour cela qu’il est important d’apprendre à connaître sa vie, ses motivations et ses agissements.


Une biographie illustrée de la digne vie de Jules César, qui devrait plaire aux plus jeunes. Enfourchez vos montures et partez à l’assaut de ce court récit.

Ma note : 6/10

 

Biographie·Témoignage

Cette étoile ne s’éteindra pas


Cette étoile ne s’éteindra jamais 

de Esther Earl, Lori et Wayne Earl

443 pages, éditions Nathan, à 17,95€


Résumé : La vie et les mots d’Esther Grace Earl, la jeune fille qui a inspiré le personnage d’Hazel à John Green. Un livre poignant, regroupant écrits et documents sur Esther Earl, la jeune fille qui a inspiré à John Green le personnage féminin de Nos étoiles contraires. Une jeune fille qui brille à travers tout le livre par sa joie et sa soif de vivre.


Extraits :  « Le monde dans lequel nous vivons est défini par ses limites. On ne peut pas voyager plus vite que la lumière. On mourra tous un jour. On ne peut pas y échapper. Mais la conscience humaine a ceci de miraculeux et d’encourageant qu’elle est capable de concevoir l’absence de limites.« 

« J’ai dit un peu plus haut que ce soir de 2009 où Esther m’a sauvé de la piste de danse n’était que le début d’une longue série. En fait, elle me sauve constamment. Dans ces pages et dans mes souvenirs, elle me rappelle que la vie n’a pas besoin d’être longue pour être heureuse et bien remplie, qu’on peut souffrir d’une dépression sans la laisser nous dévorer, et que le sens de notre existence passe par les autres, par la famille et les amis qui transcendent et surmontent toutes les formes de souffrance. Pour citer le Cantique des cantiques, « l’amour est aussi fort que la mort ». Peut-être même plus. »


Mon avis : Cette étoile ne s’éteindra pas est un livre-hommage à Esther Earl, une jeune fille atteinte d’un cancer de la thyroïde, qui s’est éteinte en août 2010, à l’âge de 16 ans.

Ce livre regroupe des écrits d’Esther, que ce soit des écrits réalisés dans son journal intime, qui parlent de l’avancée de sa maladie et des émotions qu’elle éprouve ; ou des lettres d’amour destinés à son entourage. J’ai été surprise par la créativité de la jeune fille, qui accompagnait chaque écrits d’illustrations ou de petits dessins humoristiques. De plus, à la la fin de l’ouvrage, ses parents ont compilés quelques ébauches de fictions commencées par Esther… il n’y a pas à dire, cette jeune fille avait une âme d’artiste !

Vous retrouverez également quelques photos d’Esther, souriante, avec ses amis, sa famille, ou John Green ; ainsi que de magnifiques témoignages de son entourage (des écrits de ses parents, de ses amis…) qui débordent d’amour envers Esther et de remerciements, au vu de tout ce qu’elle leur a apporté.

Un exemple d’une page du livre, avec la transcription en français d’une lettre d’Esther pour l’anniversaire de son père, accompagné d’une photo d’eux deux. L’amour transpire de chaque mot.

 

Esther était une jeune fille exceptionnelle, à la maturité bien trop avancée. Sa maladie l’a fait grandir trop vite. C’était quelqu’un de très créatif, optimiste, toujours de bonne humeur, avec des mots doux et personnels pour chaque personne de son entourage. Ce qu’il y avait de merveilleux avec elle, c’est que malgré tous les maux qui l’accablaient, Esther n’a jamais dramatisé sa situation, au contraire, elle est restée celle qu’elle avait toujours été : souriante, rigolote, sympathique, empathique. Cette jeune fille, du haut de ses 16 ans, est un vrai modèle de gaieté et de courage.

Elle s’exprimait à travers son journal, à travers son blog, ses vidéos Youtube… elle faisait entendre sa voix, et souhaitait changer et améliorer le monde. Esther vivra encore longtemps, dans l’esprit de ses proches, et à travers ses nombreuses actions à l’encontre des personnes dans le besoin.

Pour information complémentaire, Esther est la jeune fille qui a inspirée John Green, l’auteur de Nos étoiles contraires, un roman jeunesse sorti en 2012, resté plus de sept semaines à la tête du New York Times Best Seller list. Leur passion commune pour Harry Potter les a fait se rencontrer lors d’un événement organisé pour les fans de la série. Esther appréciait John Green, alors connu pour les vidéos YouTube qu’il tournait avec son frère Hank. Une jolie amitié va naître entre ces deux personnes, tant et si bien que l’auteur, très affecté par le décès d’Esther, survenu la veille de son propre anniversaire, lui rendra hommage à travers son livre.

Les parents de Esther, Lori et Wayne, perpétuent la mémoire de leur fille et les valeurs qu’elle incarnait, à travers l’association TSWGO qui signifie This Star Won’t Go Out. Ils récoltent de l’argent, pour aider financièrement les familles qui ont un enfant atteint du cancer. Les traitements sont très onéreux ; Esther a eu la chance d’avoir une famille aimante et attentionnée, qui s’est privée, allant parfois jusqu’à avoir du mal à joindre les deux bouts, pour assurer sa guérison partielle. Une belle initiative, qui permettra d’apaiser quelque peu les souffrances quotidiennes des proches.

Pour l’achat de ce livre, 1 euro sera reversé à l’association Imagine for Margo, qui aide les enfants atteints d’un cancer.


Ce livre-hommage est à l’image d’Esther : coloré, vivant, rempli d’amour. Un récit poignant, qu’il faut lire en ayant le coeur bien accroché. 

Ma note : 8/10

 

Biographie·Littérature jeunesse

Marie-Antoinette


Marie-Antoinette de Katie Daynes

62 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 5,50€


Résumé : À onze ans, Marie-Antoinette quitte l’Autriche pour épouser le futur roi de France. À Versailles, la princesse, bientôt reine, ne pense qu’à s’amuser. Mais le peuple a faim, des rumeurs s’élèvent contre elle et la Révolution se dessine. Quand la jeune reine décide de changer, il est déjà trop tard.


Extrait :  « Si vous savez danser, chanter et broder, répétait sa gouvernante, vous ne manquerez pas d’impressionner votre futur époux.« 


Mon avis : La quasi-totalité des gens connaissent l’histoire tragique de Marie-Antoinette, au moins dans ses grandes lignes. Alors qu’à notre époque, certains voient en elle une figure de femme forte et libérée, il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, Marie-Antoinette a été la reine la plus haïe de France.

Pour faire découvrir aux plus jeunes la terrible histoire de cette grande dame, Katie Daynes a réalisé une biographie imagée de Marie-Antoinette. On peut la voir petite fille, lorsqu’elle vivait en Autriche, aux côtés de sa mère et de ses soeurs et frère. Puis on la voit partir pour Paris, où elle va épouser Louis XVI, futur roi de France, qui va la faire devenir reine de France et va lui donner plusieurs enfants. Enfin, on voit la descente aux enfers du roi et de la reine, jusqu’à l’épisode final que nous ne connaissons que trop bien : la guillotine.

L’attrait principal de cette biographie, c’est qu’elle retrace avec clarté la vie de Marie-Antoinette, en décrivant dans des termes simples et aisés à comprendre pour des enfants la vie de la reine. De plus, les magnifiques illustrations viennent dynamiser le récit, le rendant encore plus vivant et facile à assimiler.

Un exemple d’illustration sur laquelle vous pouvez voir le futur roi Louis XVI embrasser sur la joue sa promise, la magnifique Marie-Antoinette, drapée d’une robe d’or. Cette image représente leur première rencontre, qui se déroula sous le regard avisé du grand-père de Louis XVI, Louis XV, ainsi que des trois tantes du jeune homme.

 

Ce que j’ai le plus apprécié dans cette jolie biographie, c’est l’image que donne l’auteure à la figure de Marie-Antoinette. En effet, elle est mise en avant comme étant une femme simple et aimante (elle s’occupe bien de ses enfants, elle écrit souvent à sa mère restée en Autriche, elle respecte son époux et ses nombreux serviteurs). L’image positive qui est dressée de la jeune femme rend encore plus injuste la décision finale. Rien dans ses agissements ou dans sa façon d’être n’aurait pu lui faire mériter la guillotine.

Je n’aurais qu’un seul reproche à faire à ce livre : il fût bien trop court et aurait mérité un petit peu plus de développement historique (mais est idéal pour les enfants).


Les adultes, comme les plus jeunes, peuvent prendre plaisir à (re)découvrir la destinée tragique de cette reine de France. Drapez vous de vos plus beaux atours, enfilez vos souliers et plongez en plein coeur du XVIIIème siècle, temps des Lumières et de la Révolution française… 

Ma note : 7,5/10
Autobiographie·Biographie·Témoignage

J’ai réussi à rester en vie


J’ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates

529 pages, éditions Points, à 8,30€


Résumé : Le matin du 11 février 2008, Raymond Smith, le mari de Joyce Carol Oates, s’est réveillé avec un mauvais rhume. Il respire mal et son épouse décide de l’emmener aux urgences où l’on diagnostique une pneumonie sans gravité. Pour plus de sûreté, on le garde en observation. Une semaine plus tard, au moment même où il devait rentrer chez lui, Raymond meurt d’une violente et soudaine infection nosocomiale. Sans avertissement ni préparation d’aucune sorte, Joyce est soudain confrontée à la terrible réalité du veuvage. Au vide. À l’absence sans merci. J’ai réussi à rester en vie est la chronique du combat d’une femme pour tenter de remonter de ce puits sans fond. De poursuivre une existence amputée du partenariat qui l’a soutenue et définie pendant près d’un demi-siècle. En proie à l’angoisse de la perte, à la désorientation de la survivante cernée par un cauchemar de démarches administratives, et les absurdités pathétiques du commerce du deuil, Oates décrit l’innommable expérience du chagrin, dont elle ne peut s’extraire qu’à grand peine, de temps à autre, en se tournant vers ses amis. Avec sa lucidité coutumière, parfois sous-tendue d’un humour noir irrésistible (quand, par exemple, elle se lamente sur l’absurdité des luxueux paniers gargantuesques de saucissons et de pop corn au chocolat déposés devant sa porte en manière de condoléances), elle nous offre à travers ce livre, qui ne ressemble à rien de ce qu’elle a écrit jusqu’ici, non seulement une émouvante histoire d’amour mais aussi le portrait d’une Joyce Carol Smith inconnue et formidablement attachante.


 

Extraits :  « La plus délicieuse des intimités : ne pas avoir besoin de parler ».

« Quand on vit seul, prendre un repas a quelque chose de méprisable, de dérisoire. Car un repas est un rituel social, sans quoi ce n’est pas un repas, mais juste une assiette remplie de nourriture ».

Mon avisJoyce Carol Oates est une auteure américaine mondialement connue, qui comptabilise plus d’une centaine de livres à son actif (romans, nouvelles, pièces de théâtre…). Curieuse de découvrir son écriture, j’étais aussi curieuse de découvrir qui était cette grande dame. C’est pour cette raison que, comme première approche littéraire, j’ai fait le choix de lire un de ses témoignages les plus intimes et poignants qui soient, puisqu’il raconte la mort de son mari, Raymond, avec qui elle était mariée depuis près de cinquante ans et son veuvage précoce.

Il n’est jamais facile d’écrire un avis sur un témoignage, puisque cela revient à juger de la vie d’autrui, chose que je ne me permettrais jamais de faire. Dans cette chronique, je m’attacherais donc à vous témoigner toutes les émotions qui m’ont traversées à la lecture de ce récit.

Comme chaque lecture qui lit ce récit, j’ai éprouvé beaucoup de peine à l’annonce tragique de la mort de Ray Smith, et j’ai pu ressentir le choc que cela a dû être pour Joyce de constater la mort brutale de son mari, alors si en forme une semaine auparavant. Une mort prématurée, qui aurait pu être évitée. J’ai ressenti de la colère à l’encontre des membres hospitaliers, qui m’ont semblé peu bienveillants, assez froids, rigides. La présence constante de la mort dans leur vie leur a certainement forgé une carapace qui les empêche de ressentir de ressentir des émotions tragiques.

On ne peut que compatir à la tristesse de la veuve et calquer sa propre vie sur la sienne. Comment aurions-nous réagit si une telle chose nous arrivait dans la vie ? On s’identifie à l’auteure, on boit ses propos et on s’émeut intensément de ses paroles. C’est beau et touchant, c’est fort émotionnellement et bien écrit stylistiquement. Entre souvenirs heureux de leur vie commune et réflexions sur la perte et la période qui suit la perte de l’être cher, c’est un récit intime, plein d’émotions que nous livre l’auteur. Elle nous partage ses peines : lorsqu’elle rentre dans leur maison trop grande et trop vide, que tous les endroits où elle se rend lui rappelle Raymond, que les messages et cadeaux attendrissants arrivent par centaines… Elle doit maintenant faire face seule à la vie, et tenter de reprendre le court normal de son quotidien.

A ceux qui auraient peur de retrouver entre ces pages une effusion d’émotions tragiques, détrompez-vous. L’écriture de Joyce Carol Oates, bien loin d’être larmoyante et plaintive, est au contraire remplie d’une force expressive intimidante et d’une réflexion intelligente sur le deuil et la dépression. Ce livre représente un magnifique hommage à l’homme qu’elle a aimé, chérie et accompagné tout au long de sa vie. Pour finir cette chronique d’une touche d’espoir, sachez que le destin a décidé de faire recroiser le chemin de l’amour à Joyce. Depuis ce terrible drame, l’auteure s’est reconstruite auprès d’un autre homme. Rien ne pourra jamais lui faire oublier son Raymond, mais la vie est tellement courte, qu’il ne faut pas la passer à se morfondre, mais qu’il faut continuer à profiter, à avancer et à aimer. Bravo Joyce Carol Oates : j’admire votre courage et votre lutte acharnée pour réussir à rester en vie.

Ma note : 7/10
Biographie

Weidmann, le tueur aux yeux de velours

Weidmann, le tueur aux yeux de velours
de Philippe Randa
234 pages, éditions French Pulp, à 18,99€

 

Résumé : Eugène a un charme fou, des yeux de velours et une étrange maladie : pour de maigres sommes, il tue et dépouille ceux qui ont le malheur de croiser son chemin. Meurtrier sans émotion, uniquement attiré par l’appât du gain ? Ou agent nazi, envoyé en France pour d’obscures raisons politiques ? Alors que l’Europe s’apprête à s’embraser, le destin de cet assassin singulier va cristalliser les tensions et donner lieu à d’innombrables fantasmes… au point qu’aujourd’hui encore la vie de celui qui fut le dernier guillotiné en place publique continue de susciter les passions.

Extraits :  « Le changement d’attitude est tel que le juge Berry est de nouveau désarçonné. D’évidence, Weidmann ne simule pas son chagrin. Lui qui a tué avec un terrible sang-froid une demi-douzaine de personnes s’effondre à la pensée du chagrin qu’il fait à sa mère. »

« Une vérité se fonde sur la coïncidence de plusieurs témoignages ; un mensonge, lui, n’est jamais dit que par une seule personne. Même si deux suspects se sont mis d’accord sur une version celle-ci peut être facilement démontée lors d’un troisième interrogatoire. »

Mon avis :  Eugène Weidmann, surnommé le tueur aux yeux de velours. Son nom ne vous dira peut-être rien, mais pour la justice française, il représente beaucoup. Puisque que Eugène Weidmann est le dernier guillotiné en place publique en France, en 1939.

En septembre dernier, j’ai eu l’opportunité de participer à une conférence sur Détective, l’hebdomadaire français traitant des petits faits divers ou des affaires criminelles plus importantes. Il va sans dire que ce journal a largement traité et abusé de l’affaire Weidmann, une affaire à scandales, pour vendre du papier en grand nombre. Cette conférence donc, traitant en grande partie de Weidmann, m’a fortement intriguée et m’a donnée envie d’en apprendre davantage sur ce tueur si mystérieux.

Mais qui est ce Weidmann, au nom si connu, mais à la figure si mystérieuse ? Weidmann, c’est un jeune homme d’une trentaine d’années, accusé d’avoir tué six personnes pour leur soustraire quelques petites sommes d’argent. Mais, au-delà de ses crimes, c’est son personnage entier qui fascine. Weidmann est mystérieux, angoissant, insondable et totalement indifférent aux crimes et à la peine qu’il encourt. Un monstre, presque inhumain, qui ne recule devant rien, si ce n’est devant sa mère.

Comme le souligne à maintes reprises Philippe Randa, il y a toujours eu beaucoup de mystères (et il y en a encore beaucoup aujourd’hui), autour des réels mobiles et agissements qui ont poussés Weidmann à de tels actes. Dans ce contexte de Guerre Mondiale, nombreux sont ceux qui ont évoqués la possible infiltration nazie (car Weidmann était un allemand réfugié en France). Mais rien n’a jamais été certifié, car Weidmann a été guillotiné.

Là s’impose un petit point historique : la guillotine a fonctionné la première fois en France vers le milieu du XVIIIème siècle (vers 1763) et la dernière fois en 1977 à la prison des Baumettes, puisqu’en 1981, la peine de mort est définitivement abolie. Quant à Weidmann, c’est le dernier homme a avoir été guillotiné en place publique, où tout un tas de spectateurs avaient le droit d’assister à l’exécution. Comme l’affaire Weidmann était fortement médiatisée, l’exécution a dégénérée : certains journalistes ont réussis à se trouver des places de rois en hauteur et ont peut filmer aisément toute la scène de l’exécution (pour les plus curieux, la vidéo se trouve sur Youtube) ; des femmes ont chantées et bues du champagne suite à la mort de l’homme. Un spectacle macabre qui mènera à une interdiction d’exécution publique.

J’ai trouvé très intéressant ce roman-documentaire. Philippe Randa reprend avec exactitude les grands traits biographiques de la vie de Weidmann (les noms évoqués restent inchangés, tout comme les crimes ou les lieux), tout en y ajoutant une part romancée, pour rendre plus dynamique et vivante la lecture de l’ouvrage. Un grand bravo pour ce magnifique travail de recherche accompli !

Ma note : 8/10