Poésie

Mise en pages

Mise en pages de Emmanuelle Imhauser.
éditions Agneau à 13,30€

 

Résumé : L’écriture, autobiographique, se love dans le quotidien comme au creux du lit. Ainsi le «moi» est-il mis en pages. S’arrêter sur des objets : le bouquet de lys. Des moments : le jour de l’an ou un 12 mars. Des lieux : la cuisine, la rue, le jardin. De grands moments de sensualité : «souffle sur la soie tiède qui fait voler la page» L’écriture et le corps, les plaisirs. Traversées de nostalgie. Flashes d’enfance pour chasser «l’arrêt judicieux du décompte final». Il y a aussi des vagabondages : rester ou partir ?

Extraits : « La phrase s’organise avec ses mots de lune de courbure et d’espace. Elle s’écoule infinie dans un berceau géant. »
« C’est parce que passent les nuages que le temps n’est pas gris partout.« 

Mon avis : Livre reçu dans le cadre de la Masse Critique de septembre 2012, Mise en pages est une autobiographie de l’auteur, qui est, comme son nom l’indique, mise en pages sous forme de court poèmes sans ponctuations ni lettres majuscules.
J’ai lu le livre d’une traite, mais en le survolant, je n’ai pas adhéré aux écrits, je trouvais certains poèmes un peu dénués de sens, assez abstrait. Dommage, j’ai été déçue de cet ouvrage.

 

Ma note : 1/10
Littérature française·Poésie

Les mains libres

Les mains libres de Paul Eluard et Man Ray
137 pages, éditions Gallimard, collection NRF, Poésie

 

Résumé :« Le papier, nuit blanche. Et les plages désertes des yeux du rêveur. Le cœur tremble ».

De la page aux plages comme échappées du rêve, de la lecture, Les Mains libres de Paul Eluard et Man Ray, recueil de 1937, reparaît en collection de poche chez Poésie/Gallimard. Une édition magnifique, un beau livre, en petit format. L’occasion de (re)découvrir les dessins de Man Ray illustrés par les poèmes de Paul Eluard. Car les textes illustrent ici le dessin, et non l’inverse, en une réappropriation moderne, surréaliste des livres d’emblèmes de la Renaissance.

Extrait : « J’espère
Ce qui m’est interdit.
 »
« Comme un bloc de cristal
Je me mêle à la nuit.
 »

Mon avis : Je doute que ce livre puisse intéresser grand monde (sait-on jamais), mais au vu de l’étude approfondie que j’en ai faites en cette dernière année de lycée, je me dois bien de poster une petite chronique pour exprimer mon ressenti.

Au premier feuilletage de ce recueil de poèmes, nous pouvons dire unanimement que rien ne semble avoir ni queue ni tête. Les mots sont lancés sur le papier sans connivence, les dessins sont aussi étranges qu’intriguant. Pour s’imprégner de l’atmosphère surréaliste des deux auteurs, une connaissance minimale de leurs pratiques, du mouvement auquel ils font partis, est requise, sans quoi Les mains libres devient vide indolore.

Pour débuter, il est juste de préciser que Man Ray, jusqu’alors photographe, s’est lancé dans le dessin, et à débuter la réalisation du recueil avec ses nombreux énigmatiques dessins. Paul Eluard a alors entreprit d’illustrer les dessins de Man Ray ; dure réalisation, qui ne doit ni dénaturer l’oeuvre, mais révéler aux lecteurs les infimes détails que le talentueux dessinateur a incorporé à ses oeuvres. La tâche est ardue quand l’on pense à la complexité du mouvement surréaliste. Ce groupe d’hommes ont dans l’esprit de se séparer des conventions, de ne pas suivre la tradition des oeuvres et de casser les genres.

Au niveau des poèmes, les significations sont nombreuse et souvent relatives à chacun. Il n’existe en effet aucune description précise de telle ou telle oeuvre, le lecteur est dans son bon droit de laisser courir son imagination au grès des pages. Néanmoins, certains poèmes de Paul Eluard laisse percevoir des pointes de ressentiments personnels, comme Main et fruits ou Le mannequin, qui renvoient à l’époque nostalgique de l’enfance de l’auteur. Man Ray fait pareil au niveau des dessins et laisse quelques indications personnelles sur la date, le lieu de production de l’oeuvre (tel Lans dans le dessin du poème Fil et aiguille), ou il y appose un titre personnel que Paul Eluard reprendra dans ses poèmes (comme Burlesque ou Le temps qu’il faisait le 14 mars).

Les deux auteurs entretiennent un dialogue muet entre dessin et poème. Ils jouent également sur la fausse simplicité des dessins, avec une illustration poétique qui chamboule et dérange la compréhension. Les mains, thème central du recueil, sont omniprésent dans les dessins ou poèmes, chaque fois changeantes, originalement mises en scène, elles sont l’organe commun aux deux hommes pour la production du livre. D’autres sujets reviennent sans cesse, comme les femmes ; présentées sous différentes formes, elles sont tantôt femmes-objets, femme-nature, fécondée, qui donne la vie, dominée, femme qui s’offre ou source de désirs. En jouant autour de ces deux thématiques principales, ils y rajoutent des plus globales, comme le temps qui passe, les rencontres, la solitude et l’isolement, la découverte ou la nostalgie.

Je ne qualifierais pas ce livre d’un livre à proprement parler, mais plutôt d’une oeuvre d’art, qui doit être regardée, déchiffrée, comprise et admirée. Prenez le temps d’apprécier à sa juste valeur les représentations artistiques que nous offrent les deux hommes surréalistes. Usez de votre imagination, pénétrez votre âme et faites surgir de vos entrailles les sentiments les plus viles que vous ressentez à l’encontre de ce recueil. Je ne peux que vous souhaiter bonne chance et que poids de l’imagination soit avec vous.

Ma note : 6/10