Littérature afghane·Roman

Les cerfs-volants de Kaboul

Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini
458 pages, éditions France Loisirs
Résumé : Kaboul, dans les années 70. Bien que frères de lait et élevés au sein de la même propriété, Amir et Hassan ont grandi dans des mondes différents : le premier est le fils d’un riche commerçant, membre de l’élite pachtoune du pays, le second est fils de leur serviteur, issu de la minorité ethnique des Hazaras, méprisée de tous. Inséparables, liés par une même passion pour les cerfs-volants, les deux enfants se vouent une amitié indéfectible.
Mais l’été de ses treize ans, alors qu’il désespère de gagner l’affection d’un père qu’il vénère et redoute à la fois, Amir commet la pire des trahisons : lors du combat de cerfs-volants organisé comme chaque hiver dans leur quartier, Amir abandonne Hassan à un sort tragique.
Lorsque les Soviétiques envahissent le pays et qu’il fuit en Californie avec son père, Amir pense qu’une nouvelle vie s’ouvre à lui.
Mais le souvenir d’Hassan le poursuit partout. Été 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux États-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan. Il existe un moyen de te racheter, lui annonce la voix au bout du fil.
Mais ce moyen passe par une plongée au cœur de l’Afghanistan des talibans… et de son propre passé.
Extraits :  « Au final, je restais un Pachtoune et lui un Hazara. J’étais sunnite et lui chiite. Personne n’y pouvait rien changer. Personne. Nous n’en étions pas moins des garçons qui avaient appris à marcher ensemble, et cela, l’histoire, les ethnies, la société et la religion n’y changeraient rien non plus. »
« Cette tendance à l’exagération propre malheureusement à presque tous les Afghans – au point que lorsque l’un d’eux se vante d’avoir un fils médecin, il y a de fortes chances pour que ce dernier ait simplement réussi un devoir de biologie au lycée.« 

Mon avis :  WAHOU !!! Une histoire si bouleversante, si tragique, mais pourtant si réelle…

Amir est le fils d’un riche commerçant Afghans, qui vit dans une vaste demeure, avec Ali comme serviteur, et son jeune fils, Hassan. Amir et Hassan ont presque le même âge, ils jouent donc quotidiennement ensemble, se considérant comme des frères. Mais voilà, un fossé ethnique et hiérarchique sépare ces deux enfants. L’un est Hazara, une race mineure d’Afghanistan, méprisée et haït, tandis que l’autre est au sommet de la hiérarchie Afghane. Lorsque la guerre éclate dans le pays, les deux enfants vont être séparés… à jamais.

Ce roman aurait pu être une histoire vraie. En tout cas, les descriptions réalistes, la profondeur du récit et l’emotion que transmet Khaled Hosseini aurait pu présager une histoire pleinement réaliste. Seulement une partie de l’histoire est véritablement racontée : les conditions de vie – de survie, devrais-je dire – en Afghanistan.

La premier guerre Afghane éclate en 1979, elle se termine en 1989 et une second s’enchaîne, jusqu’en 1992, et ainsi de suite ; jusqu’à l’année à laquelle j’écris cette chronique. L’auteur narre avec beaucoup d’émotions la vie Afghane avant l’explosion des premières bombes sur le sol Afghan jusqu’à l’éradication presque totale du pays. Lors de l’enfance d’Amir et Hassan, la vie était paisible, la joie était palpable. Une image presque invraisemblable quand on termine le roman, sur fond de mendicité démultiplié, de maisons en ruines et de grande terreur ; un contraste saisissant, qui fait froid dans le dos. Et c’est malheureusement cette dernière image de l’Afghanistan qui s’ancre dans l’esprit des humains du monde entier. Un pays très pauvre, dévasté par la guerre, aux émigrés fuyant la souffrance.

De plus, Khaled Hosseini dresse un portrait global du vrai visage de l’Afghanistan. Outre ses guerres à répétitions et sa pauvreté lancinante, l’auteur montre les inégalités nettement perceptibles dans ce pays tourmenté. Le père d’Amir est un homme imposant, à la réputation nationale et à la richesse importante. De ce fait, Amir et son père peuvent se permettre d’abandonner Kaboul pour se réfugier en lieu sûr, dans un nouveau pays accueillant, où les diasporas Afghanes sont nombreuses : aux Etats-Unis. L’autre visage de l’Afghanistan se révèle dans le portrait d’Hassan, fils d’un serviteur, qui vit dans une cabane en bois au fond d’un petit jardin. Par manque de moyens financiers, sa vie se résumera à Kaboul, à la guerre, la souffrance et la peur.

Surpassant les différences de religions, d’ethnies, de finances ou autres, Amir et Hassan se vouent une amitié indéfectible, touchante au plus haut point. Lorsqu’ils se séparent à cause de la guerre, ils ne resteront pas en contact, mais ne s’oublieront jamais. Quelques années plus tard, quand Amir, parti aux Etats-Unis, devenu écrivain et marié à Soraya reçoit un coup de téléphone de son vieil ami Rahim khan l’enjoignant de revenir à Kaboul, le jeune homme n’hésite pas une seconde. Tout ce qu’il découvrira alors changera sa vie à jamais.

Je peux l’écrire en gras, le crier haut et fort, le hurler sur les toits : Les cerfs-volants de Kaboul est un livre coup de coeur. Coup du coeur du mois, coup de coeur de l’année 2015, coup de foudre. Une histoire toute en retenue et tristement émouvante, qui cache en son sein des sujets épineux et sensibles, que Khaled Hosseini manie avec bienséance. Un magnifique hommage de la part de Khaled Hosseini à la terre qui l’a vue naître, à cette population privée de liberté, qui fuit son pays, apeurée par la barbarie des envahisseurs.
Quelle tristesse quand j’ai tourné la dernière page ! Je souhaitais tellement que l’histoire continue encore et encore sur des centaines de pages… Une chose est certaine : je lirai d’autres livres de cet auteur.

 

Ma note : 10/10