Classique·Littérature française

L’Assommoir

L’assommoir d’Emile Zola.
319 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 4,95 €
Résumé : Paris, ville de toutes les promesses, ouvre les bras à Gervaise Macquart et son amant, Auguste Lantier. Pourtant, les dernières économies dépensées, Lantier s’enfuit avec une autre femme. Seule avec ses deux enfants, Gervaise surmonte cette épreuve à force de travail. D’abord blanchisseuse, elle parvient à ouvrir sa propre boutique avec son nouveau mari. Mais la pauvreté guette sans relâche.
Extraits :  « Les enfants poussaient sur la misère comme des champignons sur le fumier. »
« Souviens-toi que le producteur n’est pas un esclave, mais que quiconque n’est pas producteur est un frelon. »

Mon avis : ENFIN je découvre la superbe plume d’Emile Zola ! Il était temps… En commençant ma lecture, j’avais une certaine appréhension vis-à-vis de cette édition qui vise plus la jeunesse, grâce au texte abrégé, et à cause de la compréhension de l’histoire, dont j’avais peur de passé à côté. Heureusement, il en est tout autre ! Emile Zola m’a définitivement réconcilié avec les classiques (que je lisais jusqu’à maintenant seulement pour les cours, en lecture obligatoire).

L’histoire se déroule dans la très grande ville de Paris, aux alentours du XVIIIème siècle. Emile Zola va entièrement focaliser son oeuvre sur une partie bien distincte des habitants de Paris, à savoir la classe ouvrière, un rang de société bien moins reluisant que tous les bourgeois peuplant Paris à cette époque. Gervaise, la principale héroïne du roman, travaille comme blanchisseuse chez Mme Fauconnier, sa patronne, principalement pour subvenir aux besoins de ses enfants, et de son mari, Coupeau. Peu à peu, Gervaise va commencer à s’émancipait et ouvrir sa propre boutique de blanchisserie, avec en prime, deux employés. C’était sans compter sur son mari, qui va tombait peu à peu dans l’alcool, pour oublier la misère dans laquelle ils vivent…

Dès les premières lignes du roman, Emile Zola arrive à capter l’attention du lecteur et à l’attirer dans son histoire.

On pénètre dans la triste vie de Gervaise, et on découvre toutes ses connaissances et sa famille. Elle vient de quitter à contre-coeur son premier mari, qui lui avait fait cocu, et elle rencontre dans la foulée Coupeau, avec qui elle se marie, sans savoir ce que cet homme lui réserve. Suite à cette nouvelle, Gervaise va faire la connaissance de toute la famille de Coupeau, notamment les Lorilleux, qui vont l’accueillir à reculons, comme si c’était une moins que rien et qu’elle ne méritait pas d’entrer dans leur famille. Elle va se conduire dignement et très gentiment avec eux, car elle laisse couler, en pensant que ça leur passera. A côté de ça, Gervaise élève ses enfants, deux garçons qu’elle a eut avec son premier mari, et sa dernière petite fille, conçue avec Coupeau.

Côté travaille, elle est donc employée comme blanchisseuse chez Mme Fauconnier, de chez qui elle partira pour ouvrir sa propre boutique, jusqu’à ce que l’argent manque et qu’elle revienne retravailler pour cette dame. Son mari, lui, travaillait au début de leur relation, mais de fil en aiguille, voyant que la vie commence à devenir de plus en plus cher comparée aux sous qui entraient dans la caisse, et suite à un accident de travail, il ne peut et ne veut plus retourner bosser. Il occupe désormais ses journées à boire dans des bars avec ses amis, qui lui offrent des tournées. Gervaise est donc la seule à s’occuper du foyer et à gagner sa vie.

Emile Zola nous raconte avec tristesse et finesse la vie des pauvres populations de classe moyenne de cette époque. Gervaise touche le lecteur de part sa volonté de bien faire, son grand coeur, et son acharnement au travail. Bien qu’elle ait eût un certain côté trop gentille et trop sage au début de l’histoire, elle va commençait à prendre de l’assurance vers la moitié du texte, et va dire tout haut ce qu’elle pense tout bas.
La misère de cette jeune femme (et de tous les personnages présentés, d’ailleurs), ne peut qu’attrister le lecteur.
Ajouté à cette misère l’alcool qui s’en découle. C’est bien connu, les gens les plus pauvres se réfugient souvent dans la boisson pour diverses raisons. C’est malheureusement ce qu’à fait Coupeau, qui décida un beau jour d’arrêter de se battre, et de se laisser chavirer dans ce tourbillon infernal qu’est l’alcoolisme. Mais en sombrant, ce n’est pas seulement sa vie qu’il a fait tomber en ruines, mais également celle de toute sa famille.

La fin du roman est totalement géniale ! Je ne m’attendais à aucune fin en particulier (je me suis laissé glisser pendant toute la durée du roman, emportée par les mots d’Emile Zola), mais celle-ci dépasse en loin toutes mes espérances. Je n’aimerais pas révéler ce superbe dénouement aux personnes qui lisent ma chronique (je vous remercie, au passage), mais soyez sûr d’une chose : ça va vous surprendre… et vous émouvoir, sans doute.

Vous l’aurez compris, L’assommoir a été un véritable coup de coeur, autant qu’un coup de poing. Les thèmes soulevés dans ce roman sont réels et d’actualité,ils ne sont encore que trop présents encore aujourd’hui dans notre société, ce sont des sujets sensibles autant qu’émouvant. Emile Zola en parle avec profondeur, il touche le lecteur et le captive jusqu’au dernier mot.

C’est ma première rencontre avec ce grand auteur, et pour une première, c’est réussi ! J’ai vraiment hâte de lire un autre de ses chefs-d’oeuvres, celui-ci m’a comblée…

Ma note : 10/10
Classique·Littérature anglaise·Roman

Mrs Dalloway

Mrs Dalloway de Virginia Woolf
358 pages, éditions Folio classique, à 6,40€
Résumé : Le roman, publié en 1925, raconte la journée d’une femme élégante de Londres, en mêlant impressions présentes et souvenirs, personnages surgis du passé, comme un ancien amour, ou membres de sa famille et de son entourage. Ce grand monologue intérieur exprime la difficulté de relier soi et les autres, le présent et le passé, le langage et le silence, le mouvement et l’immobilité. La qualité la plus importante du livre est d’être un roman poétique, porté par la musique d’une phrase chantante et comme ailée. Les impressions y deviennent des aventures. C’est pourquoi c’est peut-être le chef-d’œuvre de l’auteur – la plus grande romancière anglaise du XXe siècle.

Extraits :  « A son âge encore il avait, comme un adolescent ou même une adolescente, de ces changements d’humeur ; les bons jours, les mauvais jours, sans la moindre raison ; le bonheur de voir un joli visage, et le comble du malheur à voir un laideron. »
« Les femmes vivent beaucoup plus que nous dans le passé. Elles s’attachent aux lieux ; et à leur père – une femme est toujours fière de son père. »

Mon avis :  Après tant d’années à entendre parler de Virginia Woolf, j’ai enfin pu découvrir un de ces classiques tant aimés. Mais alors, quelle déception !!!

Si je n’avais pas fait de recherches un petit peu poussées pour comprendre le sens et la portée des écrits de l’auteure, j’aurais complètement détruit ce livre dans cette chronique. Selon moi, le sens du livre a beaucoup plus de contenance que les mots eux-mêmes. C’est un livre spirituel, qui ne raconte pas vraiment d’histoires, mais qui se base sur la conscience des personnages. Dans un Londres d’après première guerre mondiale, le personnage éponyme du livre, Clarissa Dalloway, donne une réception chez elle, dans son milieu mondain bon chic bon genre.

C’est un ouvrage déroutant. L’histoire se passe sur une seule journée. Mais il y a à la fois beaucoup et peu de choses qui se passent durant cette journée. On voit la journée se dérouler à travers le prisme de conscience des personnages, avec une narration intersubjective, qui saute d’une conscience d’un personnage à une autre. De ce fait, la vie intérieure est narrativisée. Le lecteur connaît intimement les personnages ; les barrières tombent entre les paroles réelles et les pensées des personnages.
Le contexte spatio-temporel du livre est tout aussi déboussolant, avec un récit au présent, mais des sauts dans le passé marquées par les souvenirs des personnages qui ressurgissent dans leurs consciences. Seul élément qui rappelle le temps présent : les coups du Big Ben, qui rythment le temps qui passe.

Un simple détail aperçu peut permettre de développer plusieurs pages de descriptions hargneuses et longuées. Les impressions deviennent des aventures. Mrs Dalloway rompt complètement avec les formes traditionnels du roman (c’est d’ailleurs ce qui a causé mon grand désarroi).

Ce roman moderniste aborde des sujets très multiples. Il se questionne notamment sur le genre et la condition de la femme, avec la protagoniste, engluée dans son mariage et dans un milieu mondain, enfermée dans une vie factice, faite d’apparences où l’on se cache derrière un nom. D’ailleurs, le nom Dalloway n’a pas été choisi par hasard. En anglais, Dally veut dire badinage et Way chemin ; on voit donc un personnage totalement dépossédé de son identité. Certaines similitudes entre l’héroïne et l’auteure peuvent être décelés, comme le féminisme poussé dont faisait part Virginia Woolf, la volonté d’émancipation de la femme (l’auteure a soutenue les suffragettes à Londres), ou encore les pensées suicidaires de l’héroïne, qui rappellent le suicide par noyade de l’auteure.

Un autre personnage se suicidera dans le roman. C’est Septimus, le vétéran de la première guerre mondiale. Il souffre d’hallucinations, il est incapable de sentiments et à des difficultés à interagir avec les gens qui l’entourent. Le rapport au temps est devenu trop insupportable pour Septimus, agonie d’une âme mortelle face à l’immortalité du temps. L’échec de la première guerre mondiale (rappelons que Mrs Dalloway se place dans un contexte d’après-guerre) va causer l’échec des personnages. De ce fait, le monde de Virginia Woolf est vu à travers la folie et la raison. L’auteure réfléchie et faire réfléchir ses lecteurs sur l’existence et sur la vie. Selon elle, il vaut mieux être spirituel que matérialiste, car le spiritualisme est la configuration la plus à même de proposer une fable du monde.

Bien que je n’ai pas accroché au livre lui-même, les explications trouvées sur Internet m’ont fait apprécier un petit peu l’écriture si spéciale de l’auteure. Nous avons donc là la représentation errante de pensées descriptives, qui permettent, selon Virginia Woolf de rendre plus vraisemblable la représentation de la vraie vie.

Ma note : 3/10————Votre note : ?
Classique·Fantastique·Littérature anglaise

Le portrait de Dorian Gray

Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde.
328 pages, éditions Gallimard Jeunesse

 

Résumé : Le peintre Basil Hallward vient d’achever son meilleur tableau. Invité à se contempler, Dorian Gray, son modèle, fait alors un voeu insensé : que le portrait vieillisse à sa place et que lui conserve éternellement sa jeunesse et sa beauté. Quelles ne sont pas sa stupeur et son effroi quand son voeu se réalise ! Le tableau devient alors le miroir de son âme…

Extraits : « La jeunesse sourit sans motif. C’est un de ses plus grands charmes. »
« Il arrive souvent que lorsque nous pensons expérimenter sur autrui, nous soyons en réalité en train d’expérimenter sur nous-mêmes. »
« La chose la plus banale devient délicieuse dès l’instant qu’on la dissimule.« 

Mon avis : Depuis le temps que j’en entendais parler… je me suis enfin décidé à lire ce chef-d’oeuvre d’Oscar Wilde.

Avec une écriture simple, agréable à lire et à la portée de tous, enfants comme adulte, Oscar Wilde nous raconte une histoire fantastique dont lui seul à le secret. Le portrait de Dorian Gray traverse les époques, et séduit toujours autant les lecteurs. C’est un mythe à découvrir obligatoirement !!!

Dorian Gray est un jeune homme qui s’est révélé tout au long du livre. Introverti, timide et ayant peu confiance en lui au début du roman, il va changer du tout au tout, et va finir par devenir l’exact opposé du personnage qu’il était alors.
Lord Henry a assurément été mon personnage favori. Même s’il n’était pas la principale personne qui devait dicter le roman, avec son sens de la réflexion poussé au maximum et son intelligence sur-dimensionnée, il va être le mentor du jeune Dorian Gray et va devenir le principal acteur du changement de comportement de celui-ci. Car derrière ses airs de dandy et de beau parleur se cache un homme manipulateur malgré lui, dont les paroles sont souvent assez cruels, voire choquantes.

Le lecteur est obligé d’être absorbé par cette lecture. Oscar Wilde captive l’attention, et la retient grâce à une intrigue originale qui aiguise la curiosité. Mais ce roman n’est pas simplement une histoire mystérieuse qui critique la société victorienne, c’est également un ouvrage philosophique, qui traite de sujets de la vie indirectement.

C’est quand même étrange de penser qu’Oscar Wilde n’a écrit qu’un seul roman, celui-ci. Ça aurait été avec une grande joie de découvrir une autre histoire de ce même auteur, j’ai tellement apprécié son style d’écriture et son univers…

 

Ma note : 10/10
Classique·Littérature russe·Roman

Anna Karénine

Anna Karénine de Léon Tolstoï
980 pages, éditions Pocket, à 4,90€

Résumé :  En gare de Moscou, deux jeunes gens s’aiment au premier regard. Femme d’un haut fonctionnaire, ornement de la société tsariste de son temps, Anna Karénine éblouit le frivole comte Wronsky par sa grâce, son élégance et sa gaieté. À ce bonheur, à cette passion réciproque porteuse de scandale et de destruction, ils ne résistent pas longtemps. En écho à cette tragédie programmée, on entend toute l’âme d’un peuple et les premiers craquements de l’Empire russe en train de se lézarder.

Extraits :  « La liberté ? pourquoi la liberté ? Le bonheur pour moi consiste à aimer, à vivre de ses pensées, de ses désirs à elle, sans aucune liberté. Voilà le bonheur ! »
« Pour pardonner, il faut avoir souffert. »

Mon avis :  J’avais ce livre dans ma pile de livres à lire depuis un petit moment, et l’épaisseur de cet ouvrage m’effrayait un peu – il fait quand même plus de 980 pages ! Quand Anna Karénine a été sélectionnée comme lecture commune du mois de février 2016 sur le forum de Babelio, j’ai été enchantée : j’allais enfin pouvoir découvrir ce classique de la littérature russe !

Je vais tenter de vous résumer l’histoire – mais mon résumé n’aura jamais assez d’importance en comparaison de l’admirable monde construit pas Léon Tolstoï. Anna est marié à Alexis Karénine, un homme haut placcé dans l’administration russe. Kitty refuse l’amour de Lévine, un simple paysan, pour celui de Wronsky. Stéphane Arcadiévitch, le frère d’Anna Karénine, est marié à Dolly, la soeur aînée de Kitty. Au détour d’une gare, Anna croise le regard de Wronsky. A partir de ce moment-là, Anna va découvrir l’amour… et ses difficultés. En se séparant de son mari et en courtisant un autre homme, Anna va s’attirer les regards, les médisances et les commérages. Alors qu’elle croyait que l’amour de Wronsky allait être comme un renouveau existentiel pour elle, les malheurs vont s’enchaîner, au point de douter constamment de son amour.

Anna Karénine, c’est un livre d’une modernité déconcertante, dans lequel chaque lecteur va pouvoir s’identitifer. On y trouve des questionnements sur l’amour – qu’est-ce que l’amour, qu’apporte l’amour… -, et tout ce qui en découle : désillusions, souffrance, désespoir, légèreté, jalousie… Les histoires d’amour dans ce roman ne sont jamais heureuses. Dans chaque couple sus-mentionnés, vient se greffer des problèmes.
On peut quand même dire que Léon Tolstoï était doté, au XIXème siècle, d’un regard visionnaire : il a anticipé sur les lois du divorce, les lois du mariage, de la garde alternée, de l’émancipation et des droits accordés à la femme. Autant de sujets qui prouvent la modernité de l’oeuvre !

Le personnage éponyme, Anna, est forcément la figure la plus complexe de l’oeuvre. Elle se montre tantôt amoureuse, tantôt déçue, tantôt joyeuse, tantôt triste, rêveuse ou désillusionnée, courageuse ou démotivée. Bien que sa personnalité soit difficile à définir, elle est quand même extrêmement attachante.

Mais, pour contrebalancer le romantique de l’oeuvre, l’auteur va incorporer des problèmes politiques et administratifs à l’intrigue initiale. Il va dépeindre avec exactitude les questions soulevées par les dirigeants de la Russie au XIXème siècle, concernant les droits des travailleurs, la montée du communisme, etc. De ce fait, nous sommes totalement plongés au coeur de ce siècle, ce qui permet de montrer un pan historique qui s’accorde idéalement avec l’intrigue amoureuse.

Bon, pour être honnête, les passages historiques me paraissent assez lourds à lire ; mais grâce au découpage en micros-chapitres, le rythme restait quand même assez soutenu. Certains n’osent pas s’attaquer à des monuments de la littérature – comme cet ouvrage-ci – de peur de passer complètement à côté de l’histoire ou de ne pas accrocher à l’écriture classique des auteurs ; ce fût mon cas. Mais mon jugement s’est avéré complètement faussé après que j’eus lû les premiers chapitres d’Anna Karénine. Cette lecture était emplie de douceur ; en effet, ce livre est simple et rapide à lire, dans un style grammatical moderne, traitant de thèmes abordables, ancrés dans l’air du temps.

Pour les moins courageux – 1000 pages, ce n’est pas rien ! -, vous pouvez allez voir l’adaptation cinématographique réalisée par Joe Wright en 2012. Je vous assure que cette histoire d’amour est une histoire à lire absolument ! Pour les romantiques et les sensibles (comme moi), vous serez comblés.

 

Ma note : 8/10
Classique·Roman épistolaire

Lettres

Lettres de Madame de Sévigné
95 pages, éditions Larousse, collection Petits Classiques

 

Résumé : Les lettres de la marquise de Sévigné sont considérées aujourd’hui comme l’un des plus beaux témoignages sur le siècle de Louis XIV. D’une plume alerte et enjouée, l’épistolière raconte à ses nombreux correspondants les grands événements de son temps, du mariage de Lauzun à l’éxécution des grands empoisonneuses. Mais cette correspondance est surtout le plus vibrant témoignage d’amour d’une mère à sa fille, à qui la marquise enverra des centaines de lettres pour lui faire part aussi bien des derniers potins de la ville que de sa tendresse sans limite.

Extraits :  « Je vous cherche toujours, et je trouve que tout me manque, parce que vous me manquez. »
« Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’à aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie ; enfin une chose dont on ne trouve qu’un exemple dans les siècles passés : encore cet exemple n’est-il pas juste ; une chose que nous ne saurions croire à Paris, comment la pourrait-on croire à Lyon ? une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie Mme de Rohan et Mme d’Hauterive ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire, devinez-la, je vous le donne en trois ; jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous la dire : M. de Lauzun épouse dimanche au Louvre, devinez qui ? […] il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du roi, mademoiselle de… mademoiselle…, devinez le nom ; il épouse Mademoiselle, ma foi ! par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle, la Grande Mademoiselle, Mademoiselle, fille de feu Monsieur, Mademoiselle, petite-fille d’Henri IV, Mlle d’Eu, Mlle de Dombes, Mlle de Montpensier, Mlle d’Orléans, Mademoiselle, cousine germaine du roi ; Maddemoiselle, destinée au trône ; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur. »

Mon avis :  Marie de Rabutin-Chantale, plus connue sous son nom de mariée, Madame de Sévigné, est l’une des plus grandes épistolières française de l’époque (si ce n’est la plus grande). Ses lettres sont souvent étudiées dans les structures scolaires ; mais les amateurs de bons mots sont aussi ravis de lire le très grand nombre de lettres écrites par Madame de Sévigné.

La majeure partie des lettres de cette chère dame sont adressées à sa fille, devenue comtesse de Grignan, dans le sud de la France, en Provence. La correspondance avec sa fille va durer plus de 25 ans, avec un débit de deux à trois lettres envoyées par semaine. Une correspondance volumineuse, qui va être rendue public par la petite-fille de Madame de Grignan. Bien que les éditions Larousse n’aient publiées qu’une infime partie des lettres écrites, on y voit quand même nettement l’amour maternel débordant, presque excessif qu’exprime Madame de Sévigné à l’encontre de sa fille.
Il y a peu de temps, j’ai eu l’honneur de pouvoir lire un ouvrage regroupant des lettres d’artistes et/ou de personnages célèbres qui écrivaient à leur maman. Le livre s’intitule Lettres à ma mère ; il est plein d’amour, et pourrait vous intéresser.
Dans le cas de Madame de Sévigné, les lettres d’amour maternels sont assez délicates à écrire. D’un côté, elle veut ardemment écrire son amour à sa fille. Mais d’un autre, elle veut éviter un trop grand épanchement lyrique et redoute d’importuner sa fille en en disant trop. C’est là qu’on voit son talent d’écriture : elle va user de précautions et de tournures oratoires pour ne pas tomber dans le pathétique. Ainsi, l’humour et le burlesque vont être pleinement utilisés par cette charmante dame, ainsi que l’auto-dérision sur soi-même.

Mais la richesse des lettres de Madame de Sévigné est sans doute contenue dans son style d’écriture. Dans une seule lettre, de nombreuses informations sont présentes. On a tout d’abord les sentiments maternels qui apparaissent à chaque correspondance, mais nous avons aussi des nouvelles de la cour et de la vie à Paris (la mère habitant Paris, elle informe des actualités quotidiennes sa fille habitant la Provence). On trouve aussi une certaine dimension religieuse atténuée, avec un langage religieux couplé au romanesque, ce qui désacralise les passages bibliques « Nous vous aimons en vous, et par vous et pour vous« . L’art de la louange à sa fille est très présent dans les lettres, tout comme l’art du persiflage mondain, qui mène en jeu la satire.
Vraiment, tout le talent de cette épistolière réside dans sa capacité à écrire. Une fois les règles et codes de l’époque absout, elle laisse place à son talent et à sa qualité d’épistolière pour rédiger de magnifiques lettres.

Bien que les lettres de Madame de Sévigné soient constituées d’éléments hétéroclites (par exemple elle met sur le même plan des réflexion profonde face aux petites histoires de la cour), le fil rouge de ses lettres est incontestablement l’amour maternel qu’elle témoigne à sa fille. Par simple curiosité, lisez au moins une lettre de cette épistolière ; le maniement des mots est imppecable et l’écriture est tellement jolie… C’est un pur régal de lire ces lettres.

 

Ma note : 8/10
Classique·Théâtre

Bérénice

Bérénice de Racine
184 pages, éditions GF Flammarion, à 3,50€

Résumé : Bérénice appartient à l’histoire romaine et orientale. Son action est sans violence, son dénouement n’est pas dicté par la passion. Ce n’en est pas moins une tragédie : un personnel de princes et de rois fait son malheur en une série de discours réglés.C’est le personnage le plus dépendant, le moins libre, qui donne son nom à la pièce ; Titus, qui congédie la femme qu’il aime, fait sans cesse un effort douloureux sur lui-même, jusqu’au transport d’héroïsme final. Le sujet de la pièce est le renvoi de Bérénice, qui ne fait aucun doute : il est dicté par la tradition romaine. L’action se réduit à retracer les souffrances que cette nécessité entraîne : tout l’art de Racine, ici, est dans le suspens, dans le retard, dans l’attente de l’aveu et de l’adieu.

Extraits :  « Je l’aime, je le fuis ; Titus m’aime, il me quitte. »
« Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre,
Que mon coeur de moi-même est prêt à s’éloigner ;
Mais il ne s’agit plus de vivre, il faut régner.
« 

Mon avis :  Bérénice est une tragédie écrite par Racine en 1670. Eternel grand rival de Corneille, ce dernier publiera son propre ouvrage, Tite et Bérénice, à seulement une semaine d’intervalle du Bérénice de Racine.

C’est une histoire tragique facilement à comprendre. En effet, Bérénice aime l’empereur de Rome, Titus, mais Titus ne peut pas continuer à aimer Bérénice, à cause des lois romaines qui lui sont imposées. Les personnages sont en prise avec leurs passions, ils s’aiment, mais ne peuvent pas s’aimer pleinement. Car Bérénice est une reine étrangère. Après la mort du père de Titus, celui-ci se retrouve à la tête de l’état et renvoie Bérénice avec la formule latine « invitus invitam » qui signifie « malgré lui, malgré elle. Le dilemme amour et honneur qui gouverne le récit m’a très clairement rappelé une pièce de son rival, Corneille. En effet, dans Le Cid Chimène est tiraillée entre son honneur, bafoué par Rodrigue, mais son intense amour pour ce dernier. Une décision dure à prendre, tout comme l’est celle de Titus.

Dans ce recueil, les passions sont questionnées. On assiste à un triangle des passions, avec comme personnages principaux : Titus, Bérénice et Antiochus, serviteur de Titus et amoureux de Bérénice. Chacun d’eux est tiraillé par une contradiction interne qui les empêche de se réaliser pleinement : Titus est à la fois amant et empereur, Bérénice femme et reine, Antiochus ami et amant.

Ne vous attendez pas à une énorme quantité d’action. Dans Bérénice, il ne se passe rien, tout naît de la parole. Une parole lyrique où transparaitra l’expression des sentiments intérieurs des personnages, qui se livrent sans retenue aux lecteurs. Une parole amoureuse, qui sera rapidement critiquée et rapprochée de la poésie pastorale. Ce manque d’action sera une spécificité qui lui sera longuement reproché ; il ne se passe tellement rien que la pièce sera très peu jouée.

La vision tragique est mise en avant : nous avons deux personnages qui se retrouvent anéantis par la fatalité de leur destin. Ils sont tous les deux amoureux l’un de l’autre, mais ils ne peuvent pas s’aimer. Les trois personnages souffrent en se laissant aller à l’élégie. Dans leur grand désespoir, ils vont tous aller jusqu’à évoquer la mort par suicide, tant ils sont minés par ce destin tragique qui s’abat sur eux. La pièce se clôturera d’ailleurs par un bref mot prononcé par Antiochus, « hélas », touche forte en faveur de la déploration.

J’ai pris beaucoup de plaisir à étudier cette oeuvre. L’étude psychologique des sentiments est très intéressante, tout comme l’acceptation (ou non) du dilemme – ils s’aiment mais doivent se quitter. Bérénice est vraiment une femme que j’aime beaucoup et que j’admire énormément : elle aime un homme qui ne peut pas l’aimer parce qu’elle est étrangère. Elle va donc renoncer et accepter les aléas du destin. Malgré l’expansion de ses sentiments intimes et l’humiliation du renoncement de Titus, on ressent une force de caractère phénoménale qui fait d’elle une vraie reine, digne des plus grands honneurs. Ravie de cette lecture !

Ma note : 9/10
Classique·Littérature française

Zazie dans le métro

Zazie dans le métro de Raymond Queneau
342 pages, éditions Folio Plus classiques

 

Résumé : – Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t’y conduirai.
– Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m’intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.
– Qu’est-ce qui t’intéresse alors ?
Zazie répond pas.
– Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu’est-ce qui t’intéresse ?
– Le métro.

Extraits :  « – Tu as de drôle d’idées, tu sais, pour ton âge.
– Ça c’est vrai, je me demande même où je vais les chercher.
 »
« Tu causes, dit Laverdure, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire. »

Mon avis :  Ce roman surréaliste, très étudié au cours du cycle scolaire, déroute tout un chacun. En effet, Raymond Queneau joue avec les codes traditionnels du roman : il créait une rupture avec le langage habituel en incorporant dans son récit des propos grossiers ou des fautes d’orthographe voulues. Certains apprécieront, d’autres moins. Une chose est sûre, même si ce livre semble mal écrit, sans intrigue et vide de sens, l’auteur a quand même prit une quizaine d’années de sa vie pour le finaliser ! C’est pas rien.

La trame de l’histoire est facile à comprendre : une petite fille du nom de Zazie se retrouve à Paris chez son oncle le temps d’un week-end, et son seul souhait est de prendre le métro. Manque de bol, il est en grève. Suit alors les petites péripéties de Zazie dans les rues de Paris.
Si cette intrigue vous paraît vide de sens, je peux vous l’assurer : elle l’est. Car Raymond Queneau n’a pas misé sur une histoire romancée banale, mais s’est plutôt interrogé sur le rôle et la place du langage.

Vous pensez que Zazie est la protagoniste de l’histoire ? Et si je vous disais que c’est en fait le langage, qui est le personnage principal ?! L’auteur nous dresse une critique du langage quotidien, qu’il voit comme creux, vide de sens. En effet, les petites péripéties qu’il narre dans son roman, sont peuplés de dialogues, qui ne servent à rien. Il conteste un emploi formaté du langage, qui s’adapte aux idées pré-conçues. Les grossièretés fusent, les fautes d’orthographes s’enchaînent, tout comme les défauts de prononciation (les deux exemples qui m’ont le plus frappés : hormossesuel et eczagérer…). Les personnages s’emballent, ils parlent pour rien dire, sans aucune pensée novatrice.
C’est principalement le perroquet Laverdure qui dénonce la perte de sens du langage en répétant inlassablement sa réplique « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire« . Zazie est elle aussi une figure de dénonciation, en terminant ses répliques par « mon cul », elle se place en contestataire face aux adultes.

Zazie dans le métro, c’est aussi un livre comique et absurde, où se profile beaucoup d’ironies. Aucune scène n’est sérieuse, bien au contraire, le comique de situation est omniprésent, à tel point qu’on se retrouve avec des situations qui tournent en boucle, sans finalité.

Comme je le disais dans mon introduction, certaines personnes percevront ce que l’auteur a voulu suggérer et adhéreront totalement à sa cause. D’autres, comme moi, plus dubitatifs, ne seront pas vraiment touchés par cette harangue. Bien au contraire, cette lecture a été un supplice, tant la langue française a été détournée, rabaissée et injuriée.
Chez Raymond Queneau, tout n’est qu’ambiguîté et suggestion : autant au niveau de la forme que prend le récit, qu’au niveau des personnages, qui ne sont pas décrits, pas exploités ni approfondit. Le lecteur est obligé de chercher lui-même des informations, notamment pour faire le portrait de Gabriel, l’oncle de Zazie.

Cette oeuvre de Raymond Queneau a été adapté au cinéma par Louis Malle un an après sa publication. Les deux hommes recherchaient de l’innovation, pour ne pas divertir le lecteur, mais pour le déstabiliser et l’obliger à prendre du recul par rapport à l’oeuvre. L’un s’étant amusé avec le langage dans Zazie dans le métro, l’autre cherchant à retranscrire l’amusement du langage au cinéma.

Raymond Queneau revendique une nouvelle façon d’écrire : à travers l’apparence d’une histoire banale, il pointe du doigt la place du langage dans la société. Un langage appauvrit, académique et pré-conçu. Un livre à double tranchant, qu’on saura apprécier ou qu’on détestera.

 

Ma note : 6/10