Chroniques d’une survivante


Chroniques d’une survivante de Catherine Bertrand

150 pages, éditions de La Martinière, à 14€


Résumé : Rescapée des attentats du Bataclan le 13 novembre 2015, je découvre, tout comme des centaines, voire des milliers de victimes directes du terrorisme, les conséquences de cet évènement traumatique sur beaucoup d’aspects de ma vie.

Seule avec mes symptômes de stress post-traumatique, incomprise par mes proches, regardée comme un animal de foire par les curieux, il me fallait extérioriser pour survivre et recréer du lien avec ma famille, mes amis.

Dessinatrice amatrice, c’est la bande dessinée qui est apparue comme une évidence pour m’aider à encaisser le choc.


Extraits : « Je ne comprenais pas pourquoi je n’étais pas bien vu que je m’en étais sortie vivante. J’aurais dû être heureuse de vivre, d’autres n’avaient pas eu cette chance…« 

« Car pour aller mieux, il faut accepter d’aller mal, et donc accepter le statut de victime de guerre… »


Mon avis : Catherine Bertrand est une survivantes de l’attentat du Bataclan, qui a fait plus de 130 morts le 13 novembre 2015. C’est sous un pseudo que cette femme se confie dans un livre, sorte d’exutoire à toutes les horreurs qu’elle a connue, pendant, mais surtout après ce terrible événement. 

Pour celles et ceux qui l’auraient oublié, le vendredi 13 novembre 2015, dans la soirée, des terroristes se font exploser aux abords du Stade de France, où se joue un match de football France-Allemagne en présence de François Hollande, alors Président de la République française. Puis, d’autres attaques ont lieu dans plusieurs rues du 10 et 11ème arrondissement de Paris, où des individus mitrailles des terrasses de cafés. Enfin, la plus longue et meurtrière a lieu a Bataclan, où se déroule le concert du groupe de rock américain Eagles of Death Metal. Plus de 1 500 personnes assistent alors au spectacle. Plusieurs terroristes tirent dans la foule, tuant froidement des centaines  de personnes.

Ces attaques ont choqués l’ensemble de la France. Ces attentats sont les plus meurtriers qu’est connue la France depuis la Seconde guerre mondiale. Depuis ce jour, subsiste peur, tristesse, colère, en chacun de nous, mais plus encore chez les survivants. Catherine Bertrand nous explique, par des mots percutants et des dessins simples mais explicites tout ce dont elle a du affronter après ces épisodes du Bataclan. Le regard des autres, la compassion, la pitié. La peur, omniprésente, quotidiennement, mieux connue sous l’appellation de stress post-traumatique. Un témoignage intéressant sur ce trouble, causé par un événement traumatique. Grâce aux métaphores utilisées et aux illustrations dessinées, on comprend parfaitement ce que l’auteure, ainsi que des milliers d’autres personnes, peuvent bien vivre et ressentir. Beaucoup trouveront peut-être échos à leur mal-être grâce aux mots et aux situations décrites.


Un témoignage graphique original, puissant et bouleversant d’une survivante du Bataclan. Un livre pour ne pas oublier ce que beaucoup ont dû vivre et vivent encore quotidiennement. 

Ma note : 7,5/10

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Putain de chat, tome 1


Putain de chat, tome 1 de Lapuss’

61 pages, éditions Kennes, à 8€


Résumé : La vérité sur les chats enfin révélée! Vous aimez les chats? Ils sont mignons, joueurs et espiègles, et leurs yeux sont remplis de malice quand ils vous réclament une caresse ou des croquettes. En apparence seulement, car un funeste dessein les ronge au plus profond de leur âme et seul votre malheur les intéresse. Au péril de sa vie, Lapuss’ vous dévoile enfin ce qu’il se passe dans la tête de l’animal le plus maléfique de la création : Le chat. Faites attention à vous !


Extraits : « Merci à tous ces putains de chats qui ont croisé ma route depuis toujours de m’avoir gratifié de leur dédain et de leur indifférence, et à plusieurs occasions, de ce qui ressemblait à s’y m’éprendre à de l’amour.« 

« – Je veux entrer ! Je veux entrer ! Je veux entrer ! Je veux entrer !
– Ça va bien ? Ça fait dix minutes que tu miaules pour entrer et sortir…
– Ouais, je teste ton obéissance ! Je veux sortir ! Je veux sortir ! Je veux sortir ! »


Mon avis : Putain de chat, c’est une saga de bande-dessinés composé de plusieurs tomes – cinq sortis à ce jour -, qui nous révèle la vérité sur les chats.

Les dessins sont simples, en noir et blanc, sans détails superflus, uniquement composés du personnage principal, à savoir le chat, de son maître et des amis chats de notre héros. Rien d’extraordinaire, me diriez-vous, oui, mais le succès de cet album tient dans les échanges entre le maître et son chat. Car le chat noir est un chat méchant, fourbe et égoïste, qui provoque continuellement son pauvre maître, ce dernier restant sensible et à l’écoute de son félin adoré. Car, les amoureux des chats pourront en témoigner : malgré toutes les bêtises faites par nos chers animaux, on ne peut s’empêcher de s’attendrir quand ils sont en face de nous.

Ce qui est marrant dans cet album, c’est que Lapuss’ imagine les raisons des agissements – parfois étranges, intrigants ou marrants -, de nos chats. Et c’est vraiment hilarant. C’est parfois assez cru, donc à réserver pour un public averti et pas trop jeune, qui pourront apprécier l’humour noir de l’auteur.

Les personnes qui possèdent ou ont possédés des chats pourront aisément reconnaître certains comportements et pourquoi pas, enfin comprendre les raisons de ces comportements. Parce qu’une image vaut mille mots, je vous partage quelques planches que vous pourrez retrouver dans ce premier tome.

Lu en une vingtaine de minutes à peine, je suis arrivée à la dernière page de cet album en souhaitant en découvrir plus. Je serais curieuse de lire les autres tomes, pour voir comment l’auteur arrive à se renouveler.


Une bande-dessinée hilarante, mais trop courte à mon goût. J’en redemande !

Ma note : 7/10

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Les porteurs d’eau


Les porteurs d’eau de Fred Duval et Nicolas Sure

135 pages, éditions Delcourt/Mirages


Résumé : Jérôme et Florian sont sur le point d’acheter des produits dopants lorsque la douane débarque, obligeant les deux jeunes espoirs du cyclisme à prendre la fuite, le coffre plein d’argent et de marchandise. Leur cavale va les mener de Dieppe jusqu’au Mont Ventoux. Une poursuite tragi-comique durant laquelle le petit Pignon devra également affronter le fantôme de son père, coureur professionnel mort à 37 ans d’une embolie pulmonaire.


Extrait « J’écoutais la radio avant le coup de fil de ma grand-mère. Tu fais les titres, entre Ebola, la crise en Ukraine et le prix Nobel de littérature à Modiano : le fils du coureur Pascal Pignon mêlé à une affaire de trafic de produits dopants… Bravo »


Mon avisJe ne lis que très rarement des bandes-dessinées, mais à chaque fois que j’aie la chance d’en découvrir une nouvelle, j’ai toujours cette même excitation post-lecture, comme un enfant qui attendrait Noël avec impatience.

Ici, deux étoiles montantes du cyclisme français se retrouvent en cavale, après avoir acheté une dose importante de produits dopages à des revendeurs. L’un est mineur, l’autre majeur. L’un a perdu son père très jeune, alors qu’il était cycliste professionnel : malgré les nombreuses rumeurs qui accusent son père d’avoir consommé des substances illicites pour doper ses performances, jamais personne n’a pu affirmer qu’il en consommait. Les jeunes s’enfuit, poursuivis par la police et par les revendeurs, qui veulent récupérer leur butin. A la manière d’un Tour de France, nous allons suivre les deux jeunes dans leur fuite, traversant monts et vallées pour échapper à leurs poursuivants.

Les Porteurs d’eau, c’est une bande-dessinée qui parle du dopage dans le milieu du cyclisme. A travers son récit, Fred Duval ne cherche pas à porter de jugement sur ce phénomène, mais essaie seulement de comprendre ce qui a pu amener les cyclistes à se doper.

N’étant pas une spécialiste du milieu du cyclisme, j’ai apprécié que l’auteur use de mots simples pour décrire certaines spécificités du milieu. Même si je n’ai sans doute pas compris toutes les références et les jeux de mots utilisés, j’ai quand même réussi à suivre le déroulé de l’histoire et à pénétrer dans l’ambiance.

Malheureusement, je trouve que le scénario est un peu facile. Des histoires de cyclistes qui se dopent, ou qui achètent de la marchandise pour en revendre dans leur cercle professionnel, c’est du vu et déjà vu. Pour moi, il manquait cruellement d’originalité dans le récit. De plus, parler de dopage dans le milieu du cyclisme, je trouve ça un peu surfait et cliché, puisque le dopage est presque automatiquement assimilé au milieu du cyclisme, alors que c’est loin d’être le seul sport qui use de ce genre de substances.


Un scénario simple, mais dynamique et plein de rebondissements. Même si j’aurais apprécié plus d’originalité dans le récit, j’ai aimé découvrir cette histoire. 

Ma note : 6,5/10

 

Un bruit étrange et beau

Un bruit étrange et beau de Zep
84 pages, éditions Rue de Sèvres, à 19€

 

Résumé : Où est la valeur d’une vie ? Dans le bruit et la fureur ou dans le recueillement du silence ? Dans ses batailles ou ses renoncements ?
William, lui, a choisi la solitude et le silence il y a 25 ans en intégrant l’ordre religieux des chartreux. Quand un héritage le contraint à quitter le monastère pour Paris, c’est tout un monde nouveau qu’il doit apprivoiser, des certitudes longuement forgées à interroger et surtout, son ancienne vie, laissée là, qu’il va retrouver….
Sa rencontre avec Méry, jeune femme aux jours comptés du fait d’une maladie incurable mais résolument décidée à profiter du temps qu’il lui reste, le confrontera à de nouvelles questions et compliquera ses choix.
En filigrane de ce beau portrait d’homme, Zep interroge nos propres certitudes, avec un talent graphique réaliste qu’on ne se lasse pas de découvrir.

Extraits :  « La chartreuse de la Valsainte comptait 70 religieux au début du vingtième siècle… aujourd’hui nous ne sommes plus que 9. On ressent d’autant plus la solitude. »

« Pas besoin de dire : « Là ! Il y a un bouquetin ! ». Pas besoin de dire qu’il est magnifique… Vivre dans le silence nous réduit à l’essentiel. Je suis chartreux. Cloîtré depuis vingt-cinq ans et sept mois. Aujourd’hui, c’est le temps de la récréation : la promenade hebdomadaire. Trois ou quatre heures pendant lesquelles on peut parler. Mais on perd l’habitude. Le bruit des mots qui résonnent dans ma bouche me paraît étrange… inutile. »

Mon avis :  D’ordinaire, je ne lis que très peu de bande-dessinées. Je me concentre uniquement sur les romans, qui m’apportent cette narrativité romancée et ce suspens que j’aime tant. C’est donc avec appréhension que je débute Un bruit étrange et beau. Appréhension vite envolée, quand je découvre les traits si fins et si travaillés de Zep et son récit si original.

William est un chartreux, qui vit reclus dans un monastère depuis plus de vingt-cinq années. Vingt-cinq années sans jamais sortir de l’enceinte du monastère, avec comme seuls compagnons, huit autres chartreux, qui, comme William, ont fait don de silence et de pauvreté envers Dieu. Mais un beau jour, une de ses tantes, très riche, vient de mourir. William est donc convoqué à Paris, pour signer une succession d’héritage dans lequel son nom est présent. Pour la première fois depuis bien des années, il va sortir de sa zone de confort et va réapprendre à communiquer, va redécouvrir le monde, va se remémorer des souvenirs de son enfance ; en bref, il va réapprendre à vivre. Tout cela grâce aux contacts humains de Gabriel et Tolède, son cousin et sa cousine, et d’une certaine Méry, jeune femme atteinte d’un cancer, rencontrée inopinément dans un train.

L’imagination débordante de l’auteur m’a subjuguée. L’histoire est purement et simplement originale et surprenante. Je ne m’attendais pas du tout à une telle histoire de la part de Zep (qui, rappelons le, est quand même le papa de Titeuf).

Tels des grands curieux, nous allons suivre la vie bien particulière de William, ce religieux qui a donné sa vie à Dieu. William va nous montrer son quotidien ; un quotidien loin de ce que l’on connaît d’habitude. Silence et pauvreté sont de mises. La mort dicte le quotidien de cet homme, mort qui n’est pas montrée comme un tabou, mais bien comme une jolie conclusion de fin de vie. La mort et la vie s’entremêlent et dansent une sobre valse qui reste quand même périlleuse. Des couleurs sobres pour une histoire toute en pudeur et en retenue.

Une profonde émotion émane de cette BD. En quelques mots, en quelques coups de crayons, Zep nous hypnotise, nous embrigade dans son histoire pourtant noire et nous touche en plein cœur. On se questionne alors sur la vie, sur autrui, sur le monde et sur la mort. Mais avant d’avoir pu trouver des réponses à ces questions, on se retrouve, bien trop vite, à la dernière page, et on se dit… là, il s’est passé quelque chose de formidable ! Une fin à couper le souffle, que l’on ne voit pas venir.

Pour conclure, je peux le dire haut et fort : Un bruit étrange et beau est ma première BD coup de coeur. Une BD sobre dans sa représentation visuelle, mais forte de son point de vue textuel et des différentes façons dont elle arrive à nous faire réfléchir. A consommer d’urgence !

Ma note : 9,5/10————Votre note : ?

 

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Une histoire d’hommes

Une histoire d’hommes de Zep.
64 pages, éditions Rue de Sèvres, à 18€

 

Résumé : Après s’être séparés plusieurs années auparavant, une bande de copains et membres d’un groupe de rock se retrouvent chez l’un d’eux, Sandro. Certains ont réussi, d’autres moins. Au détour de flash-back sur les concerts, la drogue, les amours passagères, ils comprennent les événements mal perçus à l’époque et découvrent que quelque chose de plus fort que la musique unit certains d’entre eux.

Extraits : « Le malheur, je le connais bien. Je m’y sens chez moi. »

Mon avis : Cette BD constitue le premier album réaliste que le très célèbre Zep, très connu par les plus jeunes pour sa saga Titeuf, confectionne. Très loin de son registre humoristique qui jalonnait les abords de Titeuf, personne n’aurait pu s’attendre à découvrir cet auteur dans un style tel qu’il nous le présente dans Une histoire d’hommes.

Comme je le disais précédemment, c’est un nouveau Zep que nous retrouvons là. Aux antipodes de ses précédentes BDs, celle-ci est plus accès pour les adultes ; elle est plus sophistiquée, mieux travaillée, et rend une sublime histoire à la clé.
Les illustrations sont magnifiques. Dans des tons plutôt sombres que l’auteur alterne au fur et à mesure du récit, il arrive à nous plonger complètement dans l’histoire, tant les personnages ont l’air réels. Il ne respecte aucun code pour ses dessins, et trace à sa guise les cadres et les contours, ce qui rend beaucoup plus original l’aspect visuel de la BD.

Et cet aspect visuel va être le point d’ancrage du roman. A partir de ses couleurs, des expressions des personnages, et des divers cadres dessinés, le lecteur peut d’ors et déjà ressentir l’atmosphère pesante et sombre de la bande dessinée. Car tout est noir, triste… le cadre correspond parfaitement aux sentiments qu’éprouvent les personnages.

Nos quatre protagonistes, des rockers (ou ex-rockers, tout dépend desquels nous parlons), ont tous un problème plus ou moins grave dans leur vie personnelle ou publique. Certains ressentent de la nostalgie, de la tristesse, de la rancoeur voire de la haine… Des sentiments qui semblent s’amoindrir lorsqu’ils sont ensemble, comme si un lien invisible les liaient et rendait leur fardeau moins lourd à supporter.

Beaucoup d’émotions transparaît au cours du récit. Certains thèmes abordés sont touchants, bouleversant et une fois encore, très réaliste. L’histoire est absorbante et additive, on se laisse très vite bercer dans cet univers pourtant si noir.
Grâce à ce trop-plein de réalisme, le lecteur ne peut que s’attacher trop grandement aux personnages. Par pitié ou simplement par sympathie, une chose est sûre : malgré le peu de pages que comporte Une histoire d’hommes, les personnages ont réussis à se graver dans ma mémoire.

On ne peut pas dire que ce livre soit très optimiste, bien au contraire, il est pessimiste par tous les bords. Aucune lumière, aucune clarté ne semble filtrer de ses pages. Mais où est donc passé notre Zep, avec son humour enfantin, sa joie de vivre et son fort caractère ? On voit bien que l’auteur a parfaitement réussi sa transaction, aucun lien ne pourrait relier ce livre à ses précédents ouvrages.
Si vous voulez être surpris, lisez ce livre, vous ne le regretterez sans doute pas.

 

Ma note : 8,5/10

Fin de la parenthèse

Fin de la parenthèse de Joann Sfar
128 pages, éditions Rue de Sèvres, à 20€

 

Résumé : Seabearstein, peintre et amateur de femmes, reste enfermé quatre jours dans un hôtel particulier en compagnie de quatre jeunes filles afin de tenter de décryogéniser Salvador Dali par des mises en scène de ses tableaux. Une interrogation sur la vie, sur les pouvoirs de l’art et de l’amour, qui atteint son paroxysme lorsqu’il retrouve, au terme de son expérience, un Paris dévasté par la violence.

Extraits :  « Quand il se casse pendant dix secondes, je me dis : ouf ! Enfin tranquille. Et puis au bout de onze secondes, il me manque. »

« Pratiquer le nu sans désir, c’est sans doute devenir enfin un professionnel. »

Mon avis :  En avril dernier, j’ai tenté une première approche de l’auteur, avec sa bande-dessinée hautement originale, Tu n’as rien à craindre de moi. Mitigée à la fin de ma lecture, je n’avais pas su m’imprégner entièrement du style si particulier de l’auteur. J’ai donc retenté ma chance avec la suite de cette BD, Fin de la parenthèse.

Après avoir trouvé l’amour au soleil des îles, notre protagoniste doit par repartir dans la grisaille parisienne pour exercer son métier de peintre. A son arrivée à Paris, il va rencontrer Farida, responsable du centre Dalinien, qui va lui proposer une opportunité unique, une expérience exceptionnelle. Il va pouvoir s’enfermer pendant quatre jours dans un grand château, avec quatre jolies femmes nues, pour les dessiner. Une expérience déjà réalisée par le grand Salvador Dali, mort depuis, mais dont le corps est conservé précieusement. Une expérimentation durant laquelle les cinq personnages devraient pleinement plonger dans les méandres Dalinien.

La nudité est quasiment omniprésente dans ce second tome, bien plus que dans le premier. Les quatre filles, quatre mannequins, sont mandatées pour vivre nues durant quatre jours avec Seabearstein, le peintre. Tous sont coupés de l’actualité et des nouvelles technologies. Les femmes sont mises en avant, leurs physiques, leurs silhouettes, leurs seins et appareils génitaux ; elles se mettent à nues devant tous. Outre la nudité, on parle aussi crûment de sexe. Les âmes sensibles doivent donc se retenir de lire cet ouvrage.

J’aurais voulu aimer ce livre. Mais malheureusement, ce ne fût pas le cas. Je me suis ennuyée, et ce, dès les premières pages. Il faut dire qu’il ne se passe pas grand chose dans l’histoire, contrairement au premier tome, rempli d’amour et de questionnements sur les sentiments amoureux. Ici, Joann Sfar a préféré privilégier les dessins et l’essence mystique, tout en redonnant corps à Dali à travers l’art, au détriment d’une réelle trame fictionnelle. J’ai moins accroché…

L’auteur nous avait pourtant prévenu dans une courte lettre en guise de préface que son livre serait en quelque sorte un hommage au grand peintre. Eh bien, pour être un hommage, s’en est bien un. Fin de la parenthèse est presque aussi surréaliste que les peintures réalisées par Dali. Entre les champignons hallucinogènes ingurgités par les protagonistes, les idées farfelues des personnages et l’omniprésence de la nudité… c’est du Dali tout craché !

Une bande-dessinée étrange et fantasmagorique, qui redonne vie une seconde fois au grand peintre espagnol, Dali. Entre surréalisme, mysticisme et effets d’optiques, laissez-vous emporter dans la danse des mots et des dessins de Joann Sfar.

Ma note : 4/10

Tu n’as rien à craindre de moi

Tu n’as rien à craindre de moi de Joann Sfar
98 pages, éditions Rue de Sèvres, à 18€

 

Résumé : Véritable portrait d’un couple contemporain, cet album traverse les questions éternelles de l’amour et les éternelles questions de son auteur : l’art, la religion, l’amitié.
C’est l’histoire des meilleurs moments de l’amour : ils se rencontrent, se regardent, se parlent des nuits entières, s’aiment sans cesse… il la peint, elle s’amuse à être peinte… et après ?

Extraits :  « La vie, c’est un envol. J’ignore si je vais m’envoler avec lui. »
« Je n’exige pas, je suggère qu’on fasse l’amour sur le capot encore brûlant de ce véhicule de luxe qui n’est pas à nous. »

Mon avis :  Chacun a sa propre façon de s’aimer et de montrer à l’être aimé ses sentiments. Pour Seabearstein, dessinateur juif, qui aime éperduement son amante Mireille Darc, sa passion envers la jeune femme se voit à travers son regard. Il la regarde et la déshabille des yeux. Un beau jour, il se met à la peindre dans son plus simple appareil. Mireille se laisse peindre, elle se laisse voir et regarder, elle se laisse aimer. Entre désir, passion et sentiments, Joann Sfar retrace avec intimité l’histoire d’amour de ces deux amants.

Les deux personnages se mettent à nu – c’est le cas de le dire -, Seabearstein dévoile ouvertement son désir et son amour à l’encontre de Mireille, tandis que cette dernière se laisse voir dans sa tenue d’Eve et s’offre entièrement à son homme. Chers futurs lecteurs, si j’ai un conseil à vous donner, ce serait celui de ne pas rester au premier degré de l’histoire : on voit des scènes de sexe et des appareils génitaux, certes. Mais essayez de voir ce qui se cache derrière ces images crues, ce que l’auteur a réellement voulu sous-entendre.

Outre ces deux héros, d’autres personnages donnent leur vision de l’amour. Nous avons tout d’abord la meilleure amie de Mirelle Darc, Protéine, qui se désole de ne pas trouver un homme capable de la comprendre. Elle réfléchit même à la possibilité de se tourner vers les femmes. Puis, Nosolo, cet homme si étrange qui ne supporte pas de vivre seul.

En mélangeant l’art et l’amour, l’auteur nous offre un tableau de sentiments éparses. Tant et si bien que l’histoire d’amour des deux protagonistes se fige sur un tableau ; leur histoire devient un tableau d’art contemporain. Leur histoire, tout comme l’art contemporain, voit une transgression des frontières du classique, une rupture brutale avec les règles établies. Et c’est justement cette forme de liberté – liberté de la représentation, liberté de leur relation – qui rend intéressante l’histoire.

L’auteur se laisse également une liberté dans la forme et dans le ton employé pour créer cette bande-dessinée. Il n’explique pas tout, il laisse sous-entendre. Il ne dessine pas des cases bien rangées et linéaires, il laisse le choix de lecture aux lecteurs. Il sort du chemin standard pour affirmer sa propre identité artistique. C’est vraiment bien fait. Assez surprenant au début, mais vraiment captivant.

Tu n’as rien à craindre de moi, c’est une histoire d’amour moderne, qui mêle art, religion, politique et sentiments. Allez regarder quelques planches de cette BD avant d’acheter le livre : vous pourrez être surpris de la manière dont Joann Sfar parle de l’amour…

 

Ma note : 6/10