Bande-dessinée

Un bruit étrange et beau

Un bruit étrange et beau de Zep
84 pages, éditions Rue de Sèvres, à 19€

 

Résumé : Où est la valeur d’une vie ? Dans le bruit et la fureur ou dans le recueillement du silence ? Dans ses batailles ou ses renoncements ?
William, lui, a choisi la solitude et le silence il y a 25 ans en intégrant l’ordre religieux des chartreux. Quand un héritage le contraint à quitter le monastère pour Paris, c’est tout un monde nouveau qu’il doit apprivoiser, des certitudes longuement forgées à interroger et surtout, son ancienne vie, laissée là, qu’il va retrouver….
Sa rencontre avec Méry, jeune femme aux jours comptés du fait d’une maladie incurable mais résolument décidée à profiter du temps qu’il lui reste, le confrontera à de nouvelles questions et compliquera ses choix.
En filigrane de ce beau portrait d’homme, Zep interroge nos propres certitudes, avec un talent graphique réaliste qu’on ne se lasse pas de découvrir.

Extraits :  « La chartreuse de la Valsainte comptait 70 religieux au début du vingtième siècle… aujourd’hui nous ne sommes plus que 9. On ressent d’autant plus la solitude. »

« Pas besoin de dire : « Là ! Il y a un bouquetin ! ». Pas besoin de dire qu’il est magnifique… Vivre dans le silence nous réduit à l’essentiel. Je suis chartreux. Cloîtré depuis vingt-cinq ans et sept mois. Aujourd’hui, c’est le temps de la récréation : la promenade hebdomadaire. Trois ou quatre heures pendant lesquelles on peut parler. Mais on perd l’habitude. Le bruit des mots qui résonnent dans ma bouche me paraît étrange… inutile. »

Mon avis :  D’ordinaire, je ne lis que très peu de bande-dessinées. Je me concentre uniquement sur les romans, qui m’apportent cette narrativité romancée et ce suspens que j’aime tant. C’est donc avec appréhension que je débute Un bruit étrange et beau. Appréhension vite envolée, quand je découvre les traits si fins et si travaillés de Zep et son récit si original.

William est un chartreux, qui vit reclus dans un monastère depuis plus de vingt-cinq années. Vingt-cinq années sans jamais sortir de l’enceinte du monastère, avec comme seuls compagnons, huit autres chartreux, qui, comme William, ont fait don de silence et de pauvreté envers Dieu. Mais un beau jour, une de ses tantes, très riche, vient de mourir. William est donc convoqué à Paris, pour signer une succession d’héritage dans lequel son nom est présent. Pour la première fois depuis bien des années, il va sortir de sa zone de confort et va réapprendre à communiquer, va redécouvrir le monde, va se remémorer des souvenirs de son enfance ; en bref, il va réapprendre à vivre. Tout cela grâce aux contacts humains de Gabriel et Tolède, son cousin et sa cousine, et d’une certaine Méry, jeune femme atteinte d’un cancer, rencontrée inopinément dans un train.

L’imagination débordante de l’auteur m’a subjuguée. L’histoire est purement et simplement originale et surprenante. Je ne m’attendais pas du tout à une telle histoire de la part de Zep (qui, rappelons le, est quand même le papa de Titeuf).

Tels des grands curieux, nous allons suivre la vie bien particulière de William, ce religieux qui a donné sa vie à Dieu. William va nous montrer son quotidien ; un quotidien loin de ce que l’on connaît d’habitude. Silence et pauvreté sont de mises. La mort dicte le quotidien de cet homme, mort qui n’est pas montrée comme un tabou, mais bien comme une jolie conclusion de fin de vie. La mort et la vie s’entremêlent et dansent une sobre valse qui reste quand même périlleuse. Des couleurs sobres pour une histoire toute en pudeur et en retenue.

Une profonde émotion émane de cette BD. En quelques mots, en quelques coups de crayons, Zep nous hypnotise, nous embrigade dans son histoire pourtant noire et nous touche en plein cœur. On se questionne alors sur la vie, sur autrui, sur le monde et sur la mort. Mais avant d’avoir pu trouver des réponses à ces questions, on se retrouve, bien trop vite, à la dernière page, et on se dit… là, il s’est passé quelque chose de formidable ! Une fin à couper le souffle, que l’on ne voit pas venir.

Pour conclure, je peux le dire haut et fort : Un bruit étrange et beau est ma première BD coup de coeur. Une BD sobre dans sa représentation visuelle, mais forte de son point de vue textuel et des différentes façons dont elle arrive à nous faire réfléchir. A consommer d’urgence !

Ma note : 9,5/10————Votre note : ?

 

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Bande-dessinée

Une histoire d’hommes

Une histoire d’hommes de Zep.
64 pages, éditions Rue de Sèvres, à 18€

 

Résumé : Après s’être séparés plusieurs années auparavant, une bande de copains et membres d’un groupe de rock se retrouvent chez l’un d’eux, Sandro. Certains ont réussi, d’autres moins. Au détour de flash-back sur les concerts, la drogue, les amours passagères, ils comprennent les événements mal perçus à l’époque et découvrent que quelque chose de plus fort que la musique unit certains d’entre eux.

Extraits : « Le malheur, je le connais bien. Je m’y sens chez moi. »

Mon avis : Cette BD constitue le premier album réaliste que le très célèbre Zep, très connu par les plus jeunes pour sa saga Titeuf, confectionne. Très loin de son registre humoristique qui jalonnait les abords de Titeuf, personne n’aurait pu s’attendre à découvrir cet auteur dans un style tel qu’il nous le présente dans Une histoire d’hommes.

Comme je le disais précédemment, c’est un nouveau Zep que nous retrouvons là. Aux antipodes de ses précédentes BDs, celle-ci est plus accès pour les adultes ; elle est plus sophistiquée, mieux travaillée, et rend une sublime histoire à la clé.
Les illustrations sont magnifiques. Dans des tons plutôt sombres que l’auteur alterne au fur et à mesure du récit, il arrive à nous plonger complètement dans l’histoire, tant les personnages ont l’air réels. Il ne respecte aucun code pour ses dessins, et trace à sa guise les cadres et les contours, ce qui rend beaucoup plus original l’aspect visuel de la BD.

Et cet aspect visuel va être le point d’ancrage du roman. A partir de ses couleurs, des expressions des personnages, et des divers cadres dessinés, le lecteur peut d’ors et déjà ressentir l’atmosphère pesante et sombre de la bande dessinée. Car tout est noir, triste… le cadre correspond parfaitement aux sentiments qu’éprouvent les personnages.

Nos quatre protagonistes, des rockers (ou ex-rockers, tout dépend desquels nous parlons), ont tous un problème plus ou moins grave dans leur vie personnelle ou publique. Certains ressentent de la nostalgie, de la tristesse, de la rancoeur voire de la haine… Des sentiments qui semblent s’amoindrir lorsqu’ils sont ensemble, comme si un lien invisible les liaient et rendait leur fardeau moins lourd à supporter.

Beaucoup d’émotions transparaît au cours du récit. Certains thèmes abordés sont touchants, bouleversant et une fois encore, très réaliste. L’histoire est absorbante et additive, on se laisse très vite bercer dans cet univers pourtant si noir.
Grâce à ce trop-plein de réalisme, le lecteur ne peut que s’attacher trop grandement aux personnages. Par pitié ou simplement par sympathie, une chose est sûre : malgré le peu de pages que comporte Une histoire d’hommes, les personnages ont réussis à se graver dans ma mémoire.

On ne peut pas dire que ce livre soit très optimiste, bien au contraire, il est pessimiste par tous les bords. Aucune lumière, aucune clarté ne semble filtrer de ses pages. Mais où est donc passé notre Zep, avec son humour enfantin, sa joie de vivre et son fort caractère ? On voit bien que l’auteur a parfaitement réussi sa transaction, aucun lien ne pourrait relier ce livre à ses précédents ouvrages.
Si vous voulez être surpris, lisez ce livre, vous ne le regretterez sans doute pas.

 

Ma note : 8,5/10
Bande-dessinée

Fin de la parenthèse

Fin de la parenthèse de Joann Sfar
128 pages, éditions Rue de Sèvres, à 20€

 

Résumé : Seabearstein, peintre et amateur de femmes, reste enfermé quatre jours dans un hôtel particulier en compagnie de quatre jeunes filles afin de tenter de décryogéniser Salvador Dali par des mises en scène de ses tableaux. Une interrogation sur la vie, sur les pouvoirs de l’art et de l’amour, qui atteint son paroxysme lorsqu’il retrouve, au terme de son expérience, un Paris dévasté par la violence.

Extraits :  « Quand il se casse pendant dix secondes, je me dis : ouf ! Enfin tranquille. Et puis au bout de onze secondes, il me manque. »

« Pratiquer le nu sans désir, c’est sans doute devenir enfin un professionnel. »

Mon avis :  En avril dernier, j’ai tenté une première approche de l’auteur, avec sa bande-dessinée hautement originale, Tu n’as rien à craindre de moi. Mitigée à la fin de ma lecture, je n’avais pas su m’imprégner entièrement du style si particulier de l’auteur. J’ai donc retenté ma chance avec la suite de cette BD, Fin de la parenthèse.

Après avoir trouvé l’amour au soleil des îles, notre protagoniste doit par repartir dans la grisaille parisienne pour exercer son métier de peintre. A son arrivée à Paris, il va rencontrer Farida, responsable du centre Dalinien, qui va lui proposer une opportunité unique, une expérience exceptionnelle. Il va pouvoir s’enfermer pendant quatre jours dans un grand château, avec quatre jolies femmes nues, pour les dessiner. Une expérience déjà réalisée par le grand Salvador Dali, mort depuis, mais dont le corps est conservé précieusement. Une expérimentation durant laquelle les cinq personnages devraient pleinement plonger dans les méandres Dalinien.

La nudité est quasiment omniprésente dans ce second tome, bien plus que dans le premier. Les quatre filles, quatre mannequins, sont mandatées pour vivre nues durant quatre jours avec Seabearstein, le peintre. Tous sont coupés de l’actualité et des nouvelles technologies. Les femmes sont mises en avant, leurs physiques, leurs silhouettes, leurs seins et appareils génitaux ; elles se mettent à nues devant tous. Outre la nudité, on parle aussi crûment de sexe. Les âmes sensibles doivent donc se retenir de lire cet ouvrage.

J’aurais voulu aimer ce livre. Mais malheureusement, ce ne fût pas le cas. Je me suis ennuyée, et ce, dès les premières pages. Il faut dire qu’il ne se passe pas grand chose dans l’histoire, contrairement au premier tome, rempli d’amour et de questionnements sur les sentiments amoureux. Ici, Joann Sfar a préféré privilégier les dessins et l’essence mystique, tout en redonnant corps à Dali à travers l’art, au détriment d’une réelle trame fictionnelle. J’ai moins accroché…

L’auteur nous avait pourtant prévenu dans une courte lettre en guise de préface que son livre serait en quelque sorte un hommage au grand peintre. Eh bien, pour être un hommage, s’en est bien un. Fin de la parenthèse est presque aussi surréaliste que les peintures réalisées par Dali. Entre les champignons hallucinogènes ingurgités par les protagonistes, les idées farfelues des personnages et l’omniprésence de la nudité… c’est du Dali tout craché !

Une bande-dessinée étrange et fantasmagorique, qui redonne vie une seconde fois au grand peintre espagnol, Dali. Entre surréalisme, mysticisme et effets d’optiques, laissez-vous emporter dans la danse des mots et des dessins de Joann Sfar.

Ma note : 4/10
Bande-dessinée

Tu n’as rien à craindre de moi

Tu n’as rien à craindre de moi de Joann Sfar
98 pages, éditions Rue de Sèvres, à 18€

 

Résumé : Véritable portrait d’un couple contemporain, cet album traverse les questions éternelles de l’amour et les éternelles questions de son auteur : l’art, la religion, l’amitié.
C’est l’histoire des meilleurs moments de l’amour : ils se rencontrent, se regardent, se parlent des nuits entières, s’aiment sans cesse… il la peint, elle s’amuse à être peinte… et après ?

Extraits :  « La vie, c’est un envol. J’ignore si je vais m’envoler avec lui. »
« Je n’exige pas, je suggère qu’on fasse l’amour sur le capot encore brûlant de ce véhicule de luxe qui n’est pas à nous. »

Mon avis :  Chacun a sa propre façon de s’aimer et de montrer à l’être aimé ses sentiments. Pour Seabearstein, dessinateur juif, qui aime éperduement son amante Mireille Darc, sa passion envers la jeune femme se voit à travers son regard. Il la regarde et la déshabille des yeux. Un beau jour, il se met à la peindre dans son plus simple appareil. Mireille se laisse peindre, elle se laisse voir et regarder, elle se laisse aimer. Entre désir, passion et sentiments, Joann Sfar retrace avec intimité l’histoire d’amour de ces deux amants.

Les deux personnages se mettent à nu – c’est le cas de le dire -, Seabearstein dévoile ouvertement son désir et son amour à l’encontre de Mireille, tandis que cette dernière se laisse voir dans sa tenue d’Eve et s’offre entièrement à son homme. Chers futurs lecteurs, si j’ai un conseil à vous donner, ce serait celui de ne pas rester au premier degré de l’histoire : on voit des scènes de sexe et des appareils génitaux, certes. Mais essayez de voir ce qui se cache derrière ces images crues, ce que l’auteur a réellement voulu sous-entendre.

Outre ces deux héros, d’autres personnages donnent leur vision de l’amour. Nous avons tout d’abord la meilleure amie de Mirelle Darc, Protéine, qui se désole de ne pas trouver un homme capable de la comprendre. Elle réfléchit même à la possibilité de se tourner vers les femmes. Puis, Nosolo, cet homme si étrange qui ne supporte pas de vivre seul.

En mélangeant l’art et l’amour, l’auteur nous offre un tableau de sentiments éparses. Tant et si bien que l’histoire d’amour des deux protagonistes se fige sur un tableau ; leur histoire devient un tableau d’art contemporain. Leur histoire, tout comme l’art contemporain, voit une transgression des frontières du classique, une rupture brutale avec les règles établies. Et c’est justement cette forme de liberté – liberté de la représentation, liberté de leur relation – qui rend intéressante l’histoire.

L’auteur se laisse également une liberté dans la forme et dans le ton employé pour créer cette bande-dessinée. Il n’explique pas tout, il laisse sous-entendre. Il ne dessine pas des cases bien rangées et linéaires, il laisse le choix de lecture aux lecteurs. Il sort du chemin standard pour affirmer sa propre identité artistique. C’est vraiment bien fait. Assez surprenant au début, mais vraiment captivant.

Tu n’as rien à craindre de moi, c’est une histoire d’amour moderne, qui mêle art, religion, politique et sentiments. Allez regarder quelques planches de cette BD avant d’acheter le livre : vous pourrez être surpris de la manière dont Joann Sfar parle de l’amour…

 

Ma note : 6/10
Bande-dessinée

Le sculpteur

Le sculpteur de Scott McCloud
485 pages, éditions Rue de Sèvres, à 25€

 

Résumé : David Smith consacre sa vie à l’art – jusqu’à l’extrême. Grâce à un pacte avec le diable, le jeune artiste voit son rêve d’enfance réalisé : pouvoir sculpter tout ce qu’il souhaite, à mains nues. Mais ce pouvoir hors norme ne vient pas sans prix… il ne lui reste que 200 jours à vivre, pendant lesquels décider quoi créer d’inoubliable est loin d’être simple. D’autant que rencontrer l’amour de sa vie le 11ème jour ne vient rien faciliter !

Extraits : « David, c’est délirant ! Comment peux-tu encore croireque tu es amoureux de moi ??? Tu te sens seul, c’est tout. Déboussolé. Tu vois encore en moi cet ange venu du ciel juste pour toi… mais ce n’est pas moi, voyons ! »
« Pars ou reste. Mais quoi que tu fasses, fais-le vite. »

Mon avis : Quelle somptieuse découverte ! Cette bande-dessinée, plus familièrement appelée roman graphique, est originale au plus haut point. Elle est constituée de planches de dessins qui se rapprochent des dessins comics, mais avec un réalisme à couper le souffle.

Le protagoniste, David Smith, est un artiste sculpteur dont les oeuvres ne sont pas reconnues comme oeuvres d’art. Triste et déprimé, sa vision de la vie change le jour où l’apparition d’un de ses ancêtres morts se fait devant lui. Ce fantôme lui propose un deal : avoir le pouvoir de sculpter avec ses mains, en échange de quoi David devra lui laisser sa vie. Il n’hésite pas une seconde et le décompte de son existence commence dès lors. Mais ce qu’il ne savait pas, c’est que le destin nous réserve bien des surprises. Il en fera l’expérience en rencontrant la fille de ses rêves quelques jours plus tard.

Cette bande-dessinée est tout simplement étonnante. D’une part, elle est réaliste, avec la mise en scène d’êtres humains, des focalisations précises sur des détails minimes, des sentiments humains, comme l’amour, qui naissent durant l’histoire. Mais d’un autre côté, Le sculpteur se rattache aussi au genre fantastique, avec des apparitions de fantômes ou l’émergence de pouvoirs surnaturels qui proviennent du protagoniste. C’est une histoire mystérieuse, dont on s’imprègne totalement, en venant presque à ressentir les sons ou à renifler les odeurs qui émanent de l’intrigue.

L’histoire est essentiellement centrée sur le personnage principal. On voit un artiste incompris, qui baisse progressivement les bras après les multiples refus qu’il reçoit. Le lecteur voit la dépression de l’homme s’aggraver, avec une déperdition de ses biens sociaux, de ses espoirs et de son moral.
Seul brin d’espoir, seul soutient moral et artistique qui perce dans le roman ; c’est la jeune femme dont il s’est entiché, qui va essayer de l’aider à redonner un sens à sa vie.

J’ai beaucoup aimé ce roman, sa mise en scène, ses illustrations, ses histoires. Comme dit précédemment, ce roman graphique est très mystérieux, de sorte que le lecteur n’arrive pas vraiment à se figurer de la réelle teneur de l’intrigue. De plus, les transitions brutales de scènes entre le présent et le passé, la superposition d’histoires et les enchâssements brouillent l’esprit du lecteur, qui se perd de temps en temps dans les méandres de l’histoire.

Mais dans l’ensemble, j’ai apprécié cette bande-dessinée, qui sort vraiment du lot quotidien. Je recommande à tous de la découvrir.

Ma note : 9/10
Autobiographie·Bande-dessinée·Humour

Alien triste

Alien triste de Pedro Mancini
118 pages, éditions Insula, à 17€

Résumé : Alien Triste porte un costume-cravate. Alien Triste est hanté par son passé. Alien Triste a une psy et aucun succès avec les femmes. Alien Triste s’appelle aussi Luis et il est dessinateur. Dans ce comic strip humoristique, Pedro Mancini rassemble ses souvenirs d’enfance, ses rêves et ses obsessions incarnés par un visqueux personnage tressaillant. Avec un ton pathético-délirant, il décrit l’entrée dans l’âge adulte et le sentiment d’être étranger au monde qui l’entoure.

Extraits :  « Il est peut-être temps d’arrêter de vivre dans un rêve… de se concentrer un peu plus sur la réalité… de poser les pieds sur terre. »

« Non, pas alcoolique, non. Je suis timide. »

Mon avis :  Un grand merci à Babelio, qui m’a permis de recevoir ce livre, remporté dans le cadre de la masse critique BD de décembre. Quelle surprise en le recevant, lorsque j’ai découvert le format atypique du livre : tout à l’horizontal. Il va falloir réfléchir avant de le placer dans la bibliothèque. Car des livres ovni comme cela, j’en ai pas des tonnes.

Alien triste, ce sont plusieurs planches de bande-dessinées indépendantes, d’abord publiées sur Internet, dans le blog de l’auteur, puis dans des fanzines (des périodiques réalisé par des auteurs amateurs passionnés, pour d’autres passionnés).

Vous l’aurez compris, autant matériellement que textuellement, ce livre est un vrai mystère. Le personnage principal est un homme en costume cravate, doté d’une tête d’alien. Cet alien est un artiste, plus spécifiquement un dessinateur de bandes-dessinées. Il porte en lui la marque significative de chacun des artistes : des êtres à part, solitaires, créatifs, un peu étrangers au monde qui les entoure.

On peut s’interroger sur une possible autobiographie cachée de l’auteur. Il faut dire que le protagoniste comporte bon nombre de caractéristiques propres à Pedro Mancini : ils sont tous deux des artistes, dessinateurs de bande-dessinées, qui publient sur des fanzines. De plus, sur une des planches, apparaît un personnage qui est pourvu de traits de caractères qui ressemblent grandement à l’auteur. Alors, écrits autobiographiques ou non ? Le doute est permis.

J’ai beaucoup aimé la marginalité du style d’écriture et l’originalité du dessin. Même si au début, la tête de l’alien intrigue et effraie, on s’y habitue peu à peu. Le mélange des genres est aussi étonnant. L’auteur combine une certaine tristesse mélancolique à de l’humour noir bien dosé. Tout le monde n’est pas sensible à ce genre de chose. Pour ma part, je l’ai bien apprécié. Même si je n’ai pas ri aux éclats, j’ai apprécié les petites blagues décalées.

Le seul petit reproche que j’aurais à faire, ce serait à la maison d’éditions que je le ferais : la prochaine fois, merci d’ajouter la numérotation de bas de pages. Ça peut paraître insignifiant et sans importance, mais ça aide beaucoup pour se repérer dans le livre, ou pour mémoriser des passages que l’on a plus aimé que d’autres…

Ma note : 7,5/10
Bande-dessinée·Humour

Platon la Gaffe – Survivre au travail avec les philosophes

Platon la Gaffe – Survivre au travail avec les philosophes de Jul et Charles Pépin
92 pages, éditions Dargaud

 

Résumé : Kevin Platon va faire son stage d’observation de 3è dans une entreprise de Communication : la COGITOP… La devise de la boîte c’est « Un service, des cerveaux »… et pour cause : tous les employés sont des philosophes célèbres !De Nietzsche le DRH à Foucault, responsable de la vidéosurveillance, de Thérèse d’Avila secrétaire de Direction à Montaigne en période d’Essais, notre stagiaire va découvrir le monde du travail version philo. Jul et Charles Pépin nous offrent un véritable manuel pratique de la vie de bureau. Avec cet album, vous n’irez plus jamais travailler de la même façon !

Extraits : « Sous couvert de briser le format du bureau traditionnel et de créer une atmosphère de convivialité, l’open space impose en entreprise une forme de totalitarisme. »
« Les tyrans sont grands parce que, agenouillés, nous les voyons comme grands. Si nous nous relevons, ils tombent. Si nous cessons de fantasmer leur grandeur, ils la perdent. »

Mon avis : Quel régal, quel plaisir… que dis-je, un vrai délice ! Combiner philosophie, temps reculés, références intelligibles et intelligentes pour un minimum de culture philosophique avec des moments réalistes du travail au XXIème siècle, et de l’humour, auriez-vous cru que tout cela puisse s’assembler un jour ? Eh bien, Jul, sacré dessinateur, à la pointe endiablé, accompagné de son fidèle Charles Pépin au style si particulier, l’ont fait : dans un album tirant sur la bande-dessinée humoristique, ils narrent les grands fondements du monde du travail en intérim, avec en prime, un choix singulier de personnages : des grands philosophes ayant marqués l’histoire.

Si insensé soit-il, cet amalgame de thèmes, aux paroxysmes les uns des autres, forme pourtant un cocktail détonnant, moderne et animé, pour un effet fulminant, explosif, à la limite de la perfection tant recherchée dans les albums.
Il faut dire que ce genre de livre n’est pas banal.

Usant d’ingéniosité, les deux compères Jul et Charles Pépin ont mis en pratique leurs facilités pour donner aux lecteurs une masse de données plus compréhensibles, à la portée de chacun, pour les goûts les plus ardus. Décryptant parfaitement les conditions de travail des employés modernes, Charles Pépin y ajoute une analyse toute personnelle, une critique intime agrémentée de références philosophiques camouflée, et d’une large dose d’humour. Pour couronner le tout, Jul donne vie aux philosophes, en les représentant dans des caricatures invraisemblables, à l’orée de la vulgarisation, avec toujours, une attache à la réalité.

Je puis dire que ce livre m’a surprise, il m’a étonnée autant qu’il m’a appris. Le plaisir que j’ai pris à la lire m’a totalement fait oublier la difficulté et l’ennuie avec lequel je suis confronté en cours de philosophie. Ces deux messieurs ont le don de rendre attrayant ce qui ne l’est pas de base, un bon point dans un monde qui vire à l’extrême fainéantise. Les bases acquises en cours ont pu être mise en pratique ; retrouvant Socrate, Héraclite, Platon, Montaigne et ses essais, et d’autres grands auteurs français du XVIIIième siècle, dépendant du siècle des Lumières et philosophes à leurs heures perdues tels Jean-Jacques Rousseau et ses Rêveries du promeneur solitaire, ou son Contrat social, bien accompagné par Voltaire et son Candide. Que de belles références qui mériteraient une attention particulière, beaucoup plus assidue et approfondie de notre part, nous, pauvres lecteurs noyés dans ce flot d’informations.

Inutile de dire qu’une deuxième lecture est fortement conseillée, voire obligatoire pour les amateurs, pour acérer les renseignements, et permettre de repérer les détails qui ont manqués lors de notre première lecture.

En plus d’être fortement intéressant, ce livre est désopilant, tout en sachant garder une part des pieds sur terre. Je suis profondément épatée par cet album, en admiration devant tant de travail, de recherche et d’idées, qui forment, je le répète, un formidable mélange qui détonne.

 

Ma note : 9/10