Montagnes russes


Montagnes russes de Gwénola Morizur
80 pages, éditions Grand angle


Résumé : Avoir un enfant est devenu une idée fixe pour Aimée et les échecs successifs de FIV sont de plus en plus durs à accepter. Dans la crèche où elle travaille, la jeune femme fait alors la connaissance de Charlie qui élève seule ses enfants. Elle s’attache rapidement à l’un d’eux, Julio, et se met peu à peu à outrepasser ses fonctions. Malgré cela, une amitié de plus en plus forte se tisse entre Aimée et Charlie. Mais quand la maman de Julio se rend compte du comportement d’Aimée vis-à-vis de son fils, elle se sent trahie par son amie. Les disputes et les règlements de compte entraînent alors les deux femmes sur les montagnes russes, dans ces hauts et ces bas qui ressemblent à la vie et dans ces sensations fortes à l’image de leur amitié.


Extrait : « On a rangé nos espoirs dans une boîte, et lorsque l’on s’est retournés, notre amour était bien là, intact.« 


Mon avis : Montagnes russes est une bande-dessinée originale et très émouvante sur une thématique d’actualité, sans doute trop peu abordée dans les médias qu’elles qu’ils soient : le désir d’enfant non assouvi. Gwénola Morizur a écrit un sublime scénario, rempli de pudeur et justesse, magnifiquement illustré par la talentueuse Camille Benyamina dans des planches intimistes, aux couleurs tantôt froides ou chaudes, qui recèlent un sens profond et beaucoup d’émotions.

Nous faisons la rencontre d’Aimée, institutrice auprès des jeunes enfants et de son homme, Jean. Tous les deux rêvent d’avoir un enfant ; néanmoins, malgré de nombreuses tentatives, naturelles et artificielles, ils n’arrivent pas à donner la vie. Des échecs qui impactent leur moral à tous les deux, et particulièrement celui d’Aimée, qui se retrouve confrontée quotidiennement, de part son métier, aux enfants, à leurs parents et à leur bonheur conjoints. Lors d’une nouvelle rentrée scolaire, Aimée fait la rencontre d’une jeune mère de famille, qui s’occupe seule de ses trois enfants, deux adolescents et Julio, un petit garçon scolarisé dans la classe d’Aimée. Cette dernière, sentant la détresse de la jeune maman, se porte volontaire pour l’aider à cumuler sa vie de mère de famille, sa vie professionnelle et personnelle. Une proposition bienveillante, qui se retournera contre elle.

Montagnes russes met en scène une magnifique histoire d’amour, entre deux personnes attendrissantes, qui m’ont beaucoup émues. Malgré leurs échecs à répétition, Aimée et Julien se soutiennent, se consolent, s’épaulent, continuent à s’aimer, bien que de nombreux obstacles viennent se placer sur leur chemin de vie. C’est un très beau témoignage d’amour sincère, qui vient redonner espoir en des sentiments profonds et vrais. De même, l’amitié qui se tisse entre Aimée et la jeune maman est touchante à suivre. Toutes deux très différentes, elles se retrouvent dans la douceur de leurs gestes, dans leur amour maternel, leur combativité face à la vie. Ce sont deux belles personnes tourmentées par un quotidien compliqué, qui s’entraident mutuellement.

On comprend aisément le titre de la bande-dessinée une fois que l’on est passé par tout un panel d’émotions contradictoires : beaucoup d’espoir, des déceptions à répétition, de la tristesse face à des nouvelles peu encourageantes, de la joie quelques fois, mais surtout beaucoup d’amour et de tendresse. En somme, les auteures ont tenté de coller au plus près d’une vie banale, sans jamais embellir le quotidien, mais en le montrant tel qu’il est réellement : malgré les apparences et ce que chacun peut laisser percevoir de son quotidien, tout n’est pas toujours rose, chaque personne rencontre des problèmes personnels plus ou moins graves. C’est le véritable schéma de la vie, tout simplement.


Une très belle histoire d’amour et d’amitié, écrite et dessinée avec justesse, pleine de tendresse et de pudeur. Les auteures ont pris plaisir à jouer avec mes sentiments : tristesse, joie, déception, espoir… de véritables montagnes russes d’émotions !

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-8189-7600-5
Illustrations : Camille Benyamina

Simone de Beauvoir : une jeune fille qui dérange


Simone de Beauvoir : une jeune fille qui dérange de Sophie Carquain et Olivier Grojnowski
128 pages, éditions Marabulles, à 17,95€


Résumé : L’enfance et l’éducation d’une jeune fille qui va devenir une des plus brillantes intellectuelles du 20ème siècle et une des féministes les plus engagées.
Un récit qui s’attache à montrer le parcours d’une toute jeune femme dont la passion pour les lettres et la connaissance est née dès l’enfance, dans un milieu et à une époque où il n’était pas si facile d’être une femme libre.


Extraits« Pourquoi les femmes ont une vie si triste ? Papa, il s’amuse, lui.« 

« La désillusion nourrit l’adolescence, l’adolescence nourrit la désillusion. »


Mon avis : Depuis toujours admirative de l’engagement d’abord philosophique puis féministe de Simone de Beauvoir, de son individualité, de sa force de caractère, je suis particulièrement heureuse d’avoir pu découvrir plus en profondeur l’histoire familiale et intime de cette grande dame du XXème siècle.

Née dans une famille traditionnelle catholique, Simone est une petite fille agitée, qui, bien que très jeune, a déjà des idées arrêtées et un caractère bien trempé. Elle ne souhaite pas reproduire le schéma familial qu’elle a sous les yeux : sa mère à la maison, bonne ménagère qui s’occupe convenablement du foyer et des enfants, pendant que son père se rend à son travail et jouit de libertés plus accentuées. Très tôt, Simone se veut anticonformiste, rebelle, elle s’opposera ostensiblement à ses parents, notamment en ce qui concerne leur manière de vivre, les conventions maritales et la question religieuse. Simone est une femme libre, indépendante, détachée de tout engagement ; elle affirme sa voix, n’a pas peur des préjugés, se veut forte et engagée dans des combats féministes, pour libérer la femme des carcans imposés. 

On plonge dans l’intimité de Simone, pour y découvrir l’histoire d’amour naissante qu’elle entretient avec le célèbre écrivain et philosophe, Jean-Paul Sartre. Leur relation est libre, indépendante, anticonformiste, à l’image même de leurs façons de penser et des personnages qu’ils incarnent aux yeux du grand public. Ils vivent une histoire feutrée, discrète, que réprouve sans vergogne les parents de Simone. Malgré cela, la jeune fille devenue véritable femme, confirmera ses convictions : sans jamais se marier ni avoir d’enfant avec Jean-Paul Sartre, ils incarnent néanmoins l’un des couples les plus mythiques du XXème siècle.

L’ensemble de l’histoire est retranscrite dans une bande-dessinée aux dessins en noir et blanc, où les représentations visuelles de notre protagoniste Simone m’ont souvent fait penser à la célèbre petite Sophie dans Les malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur. Les deux petites filles ont d’ailleurs de nombreux points communs : rebelles, contestataires, très curieuses, elles sont très éloignées du schéma de la petite fille modèle voulu par leurs parents respectifs. Les dessins sont simples, mais efficaces, ils présentent avec douceur une grande partie de la prime jeunesse de Simone.

En revanche, cette bande-dessinée retrace uniquement les premières années de la vie de Simone de Beauvoir, avec ses relations familiales, amoureuses et amicales et la naissance de son engagement féministe. Il n’est point mention de toutes les actions concrètes qu’elle a ensuite déployée en faveur des femmes ; peut-être cela sera-t-il l’occasion pour Sophie Carquain et Olivier Grojnowski de se retrouver pour sortir une suite ? J’en serais la plus heureuse !


Une bande-dessinée en noir et blanc, intimiste et émouvante, qui retrace la jeunesse et l’adolescence de Simone de Beauvoir. Des dessins pleins de douceur, qui rendent un hommage vibrant à cette grande dame du XXème siècle.

Ma note : 9/10

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ISBN : 978-2-501-14699-9

N.É.O, tome 1 : La chute du soleil de fer


N.É.O, tome 1 : La chute du soleil de fer
de L’Hermenier et Djet
70 pages, éditions Jungle


Résumé : Dans un monde où les adultes ont disparu, il existe deux refuges pour les deux bandes rivales qui ont survécu au cataclysme : le tipi et le château. Les uns chassent pour se nourrir, les autres vivent reclus et protégés. Bientôt, une étrange maladie fait peser un risque de famine sur le clan du tipi, le privant de ses proies. Et si ceux du château étaient à l’origine de cet empoisonnement ? L’heure de la confrontation est venue : la guerre entre les deux tribus peut-elle encore être évitée, alors que la nature est plus menacée que jamais ? Zyzo, l’espion au grand coeur du tipi, et Alixe, la reine du château, sauront-ils unir leurs forces pour déjouer les mystères, les intrigues et les trahisons ?


Extraits« La paix ne viendra pas de la forêt. La paix ne viendra que si nous savons gagner la guerre…« 

« Je suis le chef depuis toujours pour les guider, pas pour les conduire à la mort. Le plus grand courage n’est-il pas d’accepter la défaite ? »


Mon avis : N.É.O est le premier tome d’une bande-dessinée adaptée d’un roman de Michel Bussi du même nom. C’est une histoire dystopique qui se déroule dans un Paris dévasté du futur. Une terrible épidémie a eu lieu, empoisonnant l’ensemble de la population humaine et animale du monde entier. Seuls les nouveaux-nés ont pu survivre à ces terribles tragédies. Depuis devenus des adolescents, ils se sont reconstitués en deux tribus distincts. Les premiers vivent reclus au château, où ils ont pu développer un système éducatif efficace, guidés par Marie-Lune, la dernière adulte jadis vivante, qui leur a laissé l’ensemble des connaissances dont ils avaient besoin pour survivre. Ils vivent en autarcie complète, dans un monde en paix. Au-dehors, au pied de la Tour Eiffel, rebaptisée le Tipi, vivent la tribu que les gens du château appellent les sauvages. Des enfants qui chassent dans les rues désertées de Paris, qui se contentent de peu de choses pour survivre. Mais depuis peu, les animaux meurent, empoisonnés. Aux antipodes l’une de l’autre, les deux tribus envoient des éclaireurs pour tenter d’éclairer ce mystère et de sonder les intentions de l’autre. Ils se préparent à faire la guerre.

Nous sommes plongés au coeur d’un Paris apocalyptique, où plus rien ne subsiste : les rues sont désertes, les millions d’habitants décimés, les édifices en parties détruites. J’ai adoré cette ambiance oppressante magnifiquement représentée dans les planches dessinées par les deux illustrateurs.

Les personnages principaux sont magnifiquement décrits en première page et en dernière page, de sorte que nous ayons un aperçu global de leurs caractéristiques principales, de leurs traits de caractère spécifiques et de leurs affinités.

Quant à l’histoire en elle-même, elle est tout simplement addictive. Les aventures sont omniprésentes, intéressantes et bien décrites, les rebondissements se succèdent avec rythme, ne nous laissant pas de temps morts. La galerie des personnages est aussi très intéressantes, avec deux clans totalement différents qui se rencontrent : une communauté bien organisée d’un côté, avec les enfants présents au coeur du château et de l’autre, des enfants plus sauvages, qui survivent avec brio dans un Paris dévasté. Ensemble, ils vont devoir faire fi de leurs différences pour se lier afin d’affronter les difficultés du quotidien. Un bel exemple de collaboration, qui prouve aux jeunes lecteurs que l’entraide est la meilleure solution pour avancer et dépasser les obstacles.


La chute du soleil de fer est le premier tome d’une bande-dessinée jeunesse haletante, aux personnages singuliers et attachants et à l’univers qui oscille entre féerie et horreur. Dans ce monde dystopique, la guerre des clans est enclenchée ; les différents enfants arriveront-ils à cohabiter dans un Paris dévasté ? J’ai déjà hâte de lire la suite !

Ma note : 9/10

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ISBN : 978-2-822-23259-3

Terrien, t’es rien !


Terrien, t’es rien ! de Valott
103 pages, éditions Favre, à 14€


Résumé : Comme le disait l’auteur de BD Moebius : « Dessinateur est le métier le plus libre du monde. On vous enferme dans une pièce et vous faites ce que vous voulez. »
Tout dessinateur est un confiné d’origine. Il utilise sa planche à dessin comme une planche de salut et dessine pour s’évader. Dès que la pandémie a débuté, Valott a traduit ce que nous traversions grâce à la finesse de ses traits. Il a réalisé des instantanés du quotidien, tout en y ajoutant sa touche humoristique, mais aussi ses références artistiques et philosophiques; sans faire l’impasse sur la franche rigolade, si essentielle à la survie.
Cet ouvrage, c’est l’occasion de revenir sur un phénomène qui a touché la terre entière et nous a tous réunis. Un combat à coup de crayons pour ne pas oublier que nous avons vécu une partie de l’Histoire qu’il faut faire nôtre. Il y a des leçons à tirer, des réflexions à mener et une solidarité à entretenir.


Extraits : « Dès qu’une actu tombe, le dessinateur se trouve face à d’innombrables chemins qui pourraient le mener à « l’Idée ». Graal que tout illustrateur espère trouver mais qu’il ne déniche que rarement, hélas… Dès que le virus a commencé à faire des ravages à Wuhan, j’ai tracé rapidement quelques pistes graphiques histoire de planter le décor. J’ignorais alors que j’allais m’y balader pendant des semaines… »

« Le virus, l’impuissance des humains et l’image mythique de l’homme face aux tanks sur la place Tian’anmen se sont téléscopés dans mon esprit. »


Mon avis : Valott est un artiste, dessinateur, caricaturiste, très actif sur sa page Facebook du même nom, où il publie presque quotidiennement des dessins, croquis, esquisses, qu’il réalise. Durant la pandémie mondiale, et notamment lors du premier confinement, l’artiste a abondamment dessiné pour occuper ses journées. Il soumettait chaque jour ses créations aux internautes, pour apporter gaieté et bonne humeur en ces temps sombres et tristes.

Les éditions Favre ont choisi de regrouper ses meilleurs dessins sur le coronavirus en un album d’illustrations humoristiques et loufoques. L’auteur y ajoute quelques petits commentaires personnels, ainsi que la date de publication Facebook du dessin.

Je dois avouer que je ne connaissais pas cet artiste avant d’ouvrir ce livre, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ses planches et à les partager à mon entourage. Les dessins de Valott ne sont pas  équivoques : simples, concis, mais tellement parlant !

                                     

J’ai aimé cet ouvrage : c’est une bonne manière de dédramatiser la situation actuelle, d’apporter de la légèreté à un quotidien parfois trop lourd à supporter. Valott tourne également en dérision des situations parfois incongrues et inédites auxquelles nous avons dû faire face. Avec du recul, nous prenons conscience de certaines réactions, certaines actions ou certaines mesures qu’il aurait été plus judicieux de faire différemment.


Une bande-dessinée originale, qui aborde avec humour la pandémie mondiale. De quoi apporter sourires et gaieté dans notre quotidien morose, hanté par la COVID19. 

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-8289-1859-0

Chroniques d’une survivante


Chroniques d’une survivante de Catherine Bertrand

150 pages, éditions de La Martinière, à 14€


Résumé : Rescapée des attentats du Bataclan le 13 novembre 2015, je découvre, tout comme des centaines, voire des milliers de victimes directes du terrorisme, les conséquences de cet évènement traumatique sur beaucoup d’aspects de ma vie.

Seule avec mes symptômes de stress post-traumatique, incomprise par mes proches, regardée comme un animal de foire par les curieux, il me fallait extérioriser pour survivre et recréer du lien avec ma famille, mes amis.

Dessinatrice amatrice, c’est la bande dessinée qui est apparue comme une évidence pour m’aider à encaisser le choc.


Extraits : « Je ne comprenais pas pourquoi je n’étais pas bien vu que je m’en étais sortie vivante. J’aurais dû être heureuse de vivre, d’autres n’avaient pas eu cette chance…« 

« Car pour aller mieux, il faut accepter d’aller mal, et donc accepter le statut de victime de guerre… »


Mon avis : Catherine Bertrand est une survivantes de l’attentat du Bataclan, qui a fait plus de 130 morts le 13 novembre 2015. C’est sous un pseudo que cette femme se confie dans un livre, sorte d’exutoire à toutes les horreurs qu’elle a connue, pendant, mais surtout après ce terrible événement. 

Pour celles et ceux qui l’auraient oublié, le vendredi 13 novembre 2015, dans la soirée, des terroristes se font exploser aux abords du Stade de France, où se joue un match de football France-Allemagne en présence de François Hollande, alors Président de la République française. Puis, d’autres attaques ont lieu dans plusieurs rues du 10 et 11ème arrondissement de Paris, où des individus mitrailles des terrasses de cafés. Enfin, la plus longue et meurtrière a lieu a Bataclan, où se déroule le concert du groupe de rock américain Eagles of Death Metal. Plus de 1 500 personnes assistent alors au spectacle. Plusieurs terroristes tirent dans la foule, tuant froidement des centaines  de personnes.

Ces attaques ont choqués l’ensemble de la France. Ces attentats sont les plus meurtriers qu’est connue la France depuis la Seconde guerre mondiale. Depuis ce jour, subsiste peur, tristesse, colère, en chacun de nous, mais plus encore chez les survivants. Catherine Bertrand nous explique, par des mots percutants et des dessins simples mais explicites tout ce dont elle a du affronter après ces épisodes du Bataclan. Le regard des autres, la compassion, la pitié. La peur, omniprésente, quotidiennement, mieux connue sous l’appellation de stress post-traumatique. Un témoignage intéressant sur ce trouble, causé par un événement traumatique. Grâce aux métaphores utilisées et aux illustrations dessinées, on comprend parfaitement ce que l’auteure, ainsi que des milliers d’autres personnes, peuvent bien vivre et ressentir. Beaucoup trouveront peut-être échos à leur mal-être grâce aux mots et aux situations décrites.


Un témoignage graphique original, puissant et bouleversant d’une survivante du Bataclan. Un livre pour ne pas oublier ce que beaucoup ont dû vivre et vivent encore quotidiennement. 

Ma note : 7,5/10

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