Humour·Littérature anglaise

Dans la peau de Coventry

Dans la peau de Coventry de Sue Townsend
254 pages, éditions Charleston, à 18€

 

Résumé : Coventry Dakin, femme au foyer sans histoires, décide de s’enfuir à Londres après avoir tué son voisin par accident. Là-bas, elle rencontre une galerie de personnages excentriques : le professeur Willoughby d’Eresby et sa femme Letita, Dodo, une bourgeoise relogée chez les sans-abris, etc. Toutes ces rencontres vont permettre à Coventry de changer, comme elle n’aurait jamais pu l’imaginer…

Extraits :  « Il faut d’abord que je vous dise deux choses sur moi : la première, c’est que je suis belle, la deuxième, c’est que, hier, j’ai tué un homme du nom de Gerald Fox. Dans les deux cas, il s’agit d’un accident. »
« Laissez-moi vous dire une chose, mon vieux. On ne connaît jamais vraiment l’autre. On vit joue contre joue pendant des années, et puis, un jour, on s’aperçoit qu’on ne sait rien de ce qu’il ou elle est réellement. C’est d’une banalité effrayante. »

Mon avis :  Si vous n’aimez pas (ou ne comprenez pas) l’humour britannique, passez votre chemin. Car Sue Towsend est réputée pour son absurde légendaire.

L’histoire commence in medias res : Coventry tue un homme, Gerald Fox, avec une figure Iron Man. Elle s’enfuit alors en direction de Londres, par peur de moisir en prison. Sans argent, sans papiers, sans téléphone portable, elle va devoir survivre dans cette jungle londonienne. Lors de sa fuite, Coventry fera la rencontre de personnages hauts en couleurs : un couple atypique vivant dans la crasse, avec la mère qui se plaît à vivre nue et le fils qui ne sort jamais de sa chambre – même pas pour se nourir ; une SDF sympathique qui pourtant, à un frère éminément riche et célèbre. Bref, de banale, la vie de Coventry passe à un tourbillon d’aventures et de rencontres plus étonnantes les unes que les autres.

Après La femme qui décida de passer une année au lit de la même auteure, je redécouvre son style si particulier, ses personnages si décalés, que j’avais tant apprécié dans le premier roman que j’avais lu d’elle.
C’est drôle, c’est complètement décalé, les personnages sont loufoques et fous-fous. Coventry, en particulier, est complètement extraordinaire : telle une aventurière, elle s’aventure seule dans une contrée lointaine et inconnue, délaissant tout ce qui faisait son quotidien (sa famille, ses repaires). Elle ne s’offusque de rien, elle apprécie les petits instants de la vie qui lui sont offerts durant toute sa péripétie.

Derrière l’humour de l’auteur, se cache quand même des sujets sérieux. En effet, Coventry décide de quitter son train-train quotidien pour partir vivre une aventure unique en son genre, loin de toutes ses obligations de femme et de maman. Sue Towsend fait la satire de la société moderne, en dénonçant, à travers l’humour, les travers de notre civilisation. En y regardant bien, on peut effectivement voir les critiques qu’adressent l’auteure aux hommes (machistes, violents), et à la société dans son entièreté (hypocrisie, faux-fuyants). En plus d’être divertissant, ce livre nous fait nous interroger et nous fait énormément réfléchir !

Ce livre ne peut pas plaire à tout le monde, c’est évident. L’auteure a un style d’humour très particulier, qui pourrait déconcerter, voire choquer, certaines personnes. Il faut également réussir à passer outre son ton comique pour pouvoir percevoir la satire qui est faite de la société. Pour ma part, j’ai bien aimé lire ce livre, mais sans plus. Il est clair que j’ai beaucoup plus apprécié La femme qui décida de passer une année au lit, bien plus structuré et percutant !

 

Ma note : 6/1
Humour·Littérature anglaise

La femme qui décida de passer une année au lit

La femme qui décida de passer une
année au lit de Sue Townsend.
446 pages, éditions Charleston, à 21 €

 

Résumé : Le jour où ses jumeaux quittent la maison pour entrer à l’université, Eva se met au lit… et elle y reste. Depuis dix-sept ans que le train de la vie l’entraîne dans une course effrénée, elle a envie de hurler : « Stop ! Je veux descendre ! » Voilà enfin
l’occasion.

Son mari, Brian, astronome empêtré dans une liaison extraconjugale peu satisfaisante, est contrarié. Qui lui préparera son dîner ? Eva ne cherche qu’à attirer l’attention, prétend-il. Mais la rumeur se répand et des admirateurs par centaines, voyant dans le geste d’Eva une forme de protestation, se pressent sous la fenêtre de sa chambre, tandis que son nouvel ami, Alexander, l’homme à tout faire, lui apporte du thé, des toasts, et une sollicitude inattendue. Depuis son étrange prison, Eva va-t-elle trouver (enfin) le sens de la vie ?

Extraits :  « Les études montraient que le cerveau des hommes était sensiblement plus gros. Une main féminine avait annoté en marge : « Alors, pourquoi ces salauds d’hypercérébrés sont-ils incapables de se servir de la brosse à chiottes ? » »
« Elle se demanda si les pies étaient heureuses – ou bien le bonheur n’était-il qu’une notion propre à l’être humain ? »

Mon avis : Comme par hasard, j’ai commencé la lecture de ce livre le 8 mars (donc hier), pendant la journée de la femme… une lecture très appropriée pour cet évènement !

Ce roman a été une très grande et bonne surprise, je ne m’attendais pas du tout à découvrir une telle histoire en lisant les premières pages.

Eva est la maman de deux jumeaux surdoués, qui viennent de passer à l’université. Le jour même après leur départ, elle se sent soudainement soulagée, et décide de se coucher dans son lit… mais n’y ressort plus ! Son mari commence à s’inquiéter, il alerte toute leur famille, leurs amis, et quelques médecins, qui l’a prennent tous pour une folle. Mais Eva est catégorique : elle ne veut pas sortir de son lit ! Pendant de longs mois, elle va rester cloîtrée dans sa chambre, se faisant servir à manger, n’allant dans la salle de bain seulement en mettant un drap blanc par terre et en marchant dessus, ce qui permet de relier la salle d’eau à son lit : une manière de rester à moitié couché. Elle va également faire de sublimes rencontres, et va faire un gros bilan de toute sa vie…

Avant de commencer à lire ce roman, je suis allé voir quelques critiques postées par d’autres blogueurs, et les avis étaient assez mitigés. Certains avaient adorés et ri aux larmes, tandis que d’autres n’ont pas réussi à entrer dans l’atmosphère loufoque de l’auteure, et n’ont pas adhéré à l’humour anglais.
Pour ma part, je fais partie de la première catégorie de ces personnages-là : j’ai vraiment bien aimé ce livre (mais j’avoue ne pas avoir ri tout du long, mais certains passages m’ont quand même fait sourire !)
Ce roman se lit tout seul, il permet de se détendre, et de réfléchir à certaines questions, soulever certains interrogations.

Les personnages sont drôles, décalés et originaux. Ils sont tous très différents les uns des autres, totalement marginaux pour la plupart. On retrouve bien l’humour jusque dans les prénoms et noms des différents personnages : Brian (le papa), Brianne (la fille), Brian Junior (le fils), les Beavers (castors, en anglais) etc., c’est bien pensé !
La petite déception côté personnages à été vers la fin, à propos de Brian Junior et Brianne. J’aurais adoré savoir ce qu’il arrive aux deux jumeaux, à la fin du roman… je n’ai pas bien compris (ou peut-être est-ce mal expliqué), mais quand les « agents » les arrêtent, c’est assez compliqué de déterminer où ils les amènent.

L’humour de Sue Townsend est présent tout au long du récit, il est très agréable à lire, est met de bonne humeur à chaque fois !
En écrivant La femme qui décida de passer une année au lit, je pense que l’auteure à voulue pointer du doigt tous les travaux que peut faire une femme dans sa vie, et montrer toutes les personnes qui dépendent d’elle au quotidien. C’est pour cette raison qu’Eva décide de se reposer, de rester tranquille quelques temps, pour faire le point sur sa vie passée, et sa vie future. C’est un bon moyen pour se mettre les idées au clairs, j’aimerais beaucoup en faire autant…

Le gros point négatif que je tiens à relever, c’est le dénouement. Il m’a l’air bâclé, écrit à la va-vite… C’est vraiment dommage, je m’attendais à une fin surprenante, digne du roman entier !

Une comédie hilarante, des personnages originaux, et un thème qui devrait beaucoup plaire aux femmes.

 

Ma note : 8,5/10
Humour·Littérature française·Roman

Le Magasin des Suicides

Le magasin des suicides de Jean Teulé.
157 pages, éditions Gallimard à 17 €

 

Résumé : Imaginez un magasin où l’on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l’humeur sombre jusqu’au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre.

Extraits : « On ne meurt qu’une fois, alors autant que ce soit un moment inoubliable. »
« Ah, celui-là, avec son optimisme, il ferait fleurir un désert… »
« La vie est ce qu’elle est. Elle vaut ce qu’elle vaut ! Elle fait ce qu’elle peut elle aussi avec ses maladresses. Faut pas trop lui en demander non plus à la vie.« 

Mon avis : Quelle lecture agréable, pleine d’humour et d’ironie, un bon moment de divertissement.

Le magasin des Tuvache n’est pas un magasin ordinaire : chez eux, seuls les suicidaires peuvent venir. Entre cordes et tabourets, poisons en tout genre, parpaings, sacs… tout est rassemblé pour mourir une bonne fois pour toute. L’affaire familiale se porte bien, les clients sont nombreux. Jusqu’au jour où le fils cadet, Allan, si différent de toute sa famille accès sur la mort, va faire basculer l’esprit morbide qui règne dans la maison, et va insuffler un vent de bonheur et de joie dans le magasin et sur ses habitants…

Au tout début du livre, la violence avec laquelle Jean Teulé nous plonge dans le livre est assez déconcertante. On est tout à coup propulsé tête la première dans un univers plutôt glauque, avec des personnages particuliers, très originaux. Donc après cette première rencontre plutôt inattendue avec cette famille, on commence à comprendre le titre du livre Le magasin des suicides.

Tous les personnages de cette famille si particulière sont tous très différents, aussi originaux les uns que les autres.
Tout d’abord le père de famille, Mishima Tuvache, qui croit dur comme fer à son magasin et qui le dirige d’une main de maître.
Puis vient le tour de sa femme, Lucrèce Tuvache, qui au début du roman paraissait froide et méchante, sans coeur, même. Heureusement, grâce à son fils, elle commence à changer, et cette femme si méchante va se révéler être quelqu’un de très gentille.
Le fils aîné, Vincent Tuvache, a été le personnage le plus mystérieux de cette famille. Il n’impose pas ses choix, il se laisse bercer, se laisse vivre, impuissant…
La seule et unique jeune fille de la famille, Marilyn (prénom attribué en souvenir de la très célèbre Marilyn Monroe : j’ai bien aimé ce petit clin d’oeil de l’auteur), sait se faire entendre, ne se laisse pas marcher sur les pieds, et se fait respecter par tous.
Et pour finir en beauté, le fils cadet, Allan, qui a insufflé sur le livre un vent de bonheur et de joie de vivre. S’il n’avait pas été là, ce livre aurait été bien triste…

J’ai beaucoup aimé l’humour noir de l’auteur, et son style si particulier et unique. L’histoire est plus qu’originale, je me suis laissé entraîné par la magie de l’écriture de Jean Teulé dès les premières lignes. J’ai plus qu’adoré ce livre ! L’univers si sombre de la famille Tuvache m’a entraîné et happé, je n’ai pas pu me séparer de mon livre, il a fallut que je lise tout d’un coup.
Dommage qu’il soit aussi court, j’en aurais bien lu encore quelques centaines de pages…

A tous ceux qui ont le moral en baisse, je vous conseille de lire ce livre ! En plus, il a été adapté au cinéma : chouette, je pense que je vais aller télécharger la vidéo pour la regarder.

 

Ma note : 10/10

 

Humour·Littérature belge·Roman

Voyage de noces avec ma mère

Voyage de noces avec ma mère
de Véronique Sels
197 pages, éditions Calmann-lévy, à 16,50€
Résumé : 1987, Anne, fraîchement mariée à Raphaël, choisit la côte Ouest des États-Unis et une Ford Mustang rouge décapotable pour son voyage de noces. Joyeuses perspectives pour ce duo amoureux. Mais c’est compter sans sa mère, en plein divorce, qu’ils embarquent avec eux, n’ayant pas le cœur de la laisser seule avec son chagrin.
Commence alors un road-trip burlesque, où les personnages, une jeune mariée enceinte à bout de nerfs, une mère dispersée autant qu’envahissante et un gendre – à première vue – idéal, règlent leurs comptes, se déclarent l’amour ou la guerre, et ne cessent d’interroger les liens qui les lient les uns aux autres.
Dans leur périple, savant mélange d’épisodes hilarants et émouvants, se dessine en creux une carte postale de l’Amérique des années 80, ou tout peut arriver, même croiser un liquidateur professionnel de belles-mères…
Extraits : « Un jour, c’est sûr, il sera plus humiliant d’être obèse que d’être noir. Et ce jour-là pourrait arriver plus vite qu’on ne le pense. »
« Vous avez bien sujet d’accuser le temps qui passe. Il court sans vous attendre, vous laisse tellement triste. Les aiguilles de vos montres, perpétuelle menace, vous rappellent à chaque instant que vous allez mourant. Là est votre fardeau, petit homme rampant.« 

Mon avis : En lisant seulement le titre du roman, un léger sourire se fait ressentir sur mes lèvres. Voyage de noces avec ma mère, voilà qui est plutôt original, décalé, un titre accrocheur qui laisse penser à une comédie burlesque hilarante.

Evidemment, comme escompté, cet ouvrage se révèle être un road-trip burlesque autour de la côte Ouest des Etats-Unis. Ce voyage, initialement organisé comme voyage de noces pour Raphaël et Anne, se voit finalement devenir des vacances familiales, car la maman d’Anne, fraîchement divorcé, les accompagne sous la demande de sa fille, pour arrêter de broyer du noir. Ce trio surprenant ne surprend pas seulement les lecteurs, mais également les douaniers de l’aéroport, qui ne comprennent pas comment un voyage de noces à trois peut être possible. Maniaque, avare sur les bords, toujours en quête de la bonne occasion à saisir, Raphaël semble bien supporter la maman d’Anne, jeunette dans sa tête, ravie des aventures qui se présentent à elle. Anne, quant à elle, voit d’un très mauvais oeil ce séjour, devenant jalouse de sa propre mère, et remettant complètement en question sa relation avec Raphaël.

Ce livre a vraiment tout pour plaire. Drôle, il l’est. A chaque page, chaque phrase, chaque mot, soigneusement choisi pour faire rire aux éclats les lecteurs. Les situations abracadabrantes dans lesquels se retrouvent les personnages rendent de plus en plus fort le côté burlesque de ce roman. Véronique Sels met en scène des personnages sérieux et réalistes, qui vivent des choses complètement sidérantes, inhabituelles dans la vie de tous les jours, mais extrèmement drôles.

Le road-trip de ce trio infernal les emporte dans des endroits insoupçonnés, souvent majestueux, mais le plus souvent mystérieux. Ils se retrouvent dans une case en pleine nature sauvage, dans une station-service inhospitalière, dans des hôtels miteux… Ils vont également rencontrer des personnages ambigus, à l’identité incertaine, comme le Liquidateur de filles et de belles-mères, les faux-vétérans… qui rajoutent une touche de burlesque supplémentaire à cette comédie déjà bien garnie en humour.

Parmi cet univers brinquebalant, se cache des thèmes généraux plus sérieux, qui se rattachent à la place du couple au sein de la famille, à la jalousie naissante, à la relation mère-fille, ou encore au pouvoir de l’amour. Vous verrez que les liens familiaux et amoureux sont plus forts que tous les épisodes extraordinaires que peut vivre les protagonistes du roman.

J’ai vraiment adoré découvrir cet ouvrage. Il se lit très rapidement, avec une finesse de trait, un ton léger et humoristique, qui nous fait oublier tous les problèmes du quotidien. De plus, Véronique Sels nous fait voyager dans des contrées lointaines, sauvages, loin de nos préoccupations du quotidien. Un roman unique en son genre, que l’on ne risque pas de recroiser de plus bel.

Les lieux visités, les personnages, l’histoire… tout est sujet à rire, avec des situations déjantés, qui restent néanmoins réalistes. Je conseille vivement ce livre ; même si je doute fortement qu’il reste indélébile dans mon esprit, j’ai passé un excellent moment de lecture.

Ma note : 6,5/10
Humour

Meuh !

Meuh ! de François Morel
141 pages, éditions Folio

 

Résumé : Imaginez : hier encore, vous meniez la vie heureuse et insouciante d’un adolescent comme les autres, préoccupé essentiellement par les filles, l’acné et la mobylette. Et un beau matin, vous vous réveillez dans la peau d’une vache, d’une grosse vache de huit cents kilos. Cette singulière expérience, c’est celle que Philippe Bonneval a vécue. Lui, l’orgueil de sa famille, le fils unique du plus beau magasin de confection de Rochebrune, passe aujourd’hui ses journées vautré dans l’herbe à regarder passer les TGV en dodelinant doucement de la tête. Dans ce document bouleversant, il nous livre avec un courage et une dignité exemplaires les grands moments de sa vie de vache : sa première nuit de Noël à l’étable, sa rencontre avec Libertado, le fier taureau de Bilbao, et la naissance de Toto, leur adorable petit veau.

Extraits :  « Je cherche seulement à dire ici avec le plus de simplicité, le plus d’honnêteté possible comment je suis devenu une vache. »

« – On peut ressentir de la pitié, de l’apitoiement pour la vache. De la commisération, pourquoi pas. On peut être attendri, ému par une vache. On ne peut avoir de l’admiration pour la vache.
– On peut, fis-je, laconique.
 »

Mon avis :  Un grand merci au site Livraddict et aux éditions Folio pour cette surprenante découverte littéraire.

Ce livre est un petit ovni humoristique, unique en son genre. L’histoire est simple et peut se résumer en quelques mots seulement : Philippe Bonneval, jeune adolescent comme tant d’autres, se transforme progressivement en vache, et devient Blanchette.

L’humour de François Morel est un type d’humour vraiment spécifique. Un humour décalé, laconique, sans vraiment de sens, qui s’apparente à de l’absurde. J’admets que chaque lecteur ne sera pas sensible aux types de blagues écrites. Trop perchées, trop bizarres, dira-t-on. Quant à moi, eh bien sachez que j’adore le bizarre. J’ai donc adoré découvrir ce récit. J’ai ri à de multiples reprises – et j’ai tenté de faire rire mon entourage, en leur lisant des passages qui m’avaient particulièrement tordus. Même s’ils n’étaient pas tellement réceptifs à ce que leur racontait, j’ai au moins eu le mérite de tenter !

Ce qui est bien avec ce genre de récit-ovni, c’est que chacun peu s’en faire sa propre interprétation. Ici, François Morel décrit à de multiples reprises les conditions de vie animale – certes humoristiques, mais qui n’en demeurent pas moins réalistes. Certains y verraient là une remise en question de leurs conditions de vie ; d’autres pourraient déceler dans ce récit un plaidoyer en faveur du végétarisme ; d’autres encore ne pourraient y voir qu’un récit purement humoristique et loufoque.

Meuh ! c’est vraiment un livre à part entière, comme je n’en ai jamais lu auparavant. Parmi ce champ d’éloges, je voulais faire une petite mention particulière à Christine Patry, qui a réalisée quelques gravures qui accompagnent notre lecture. Des gravures joliment réalisées, qui ajoutent une touche supplémentaire d’originalité à l’ouvrage.

En somme, j’ai beaucoup aimé ce livre. Il raconte une histoire simple, brute, qui ne casse pas trois pattes à un canard, mais qui fait du bien. J’ai si bien adhéré à l’humour de François Morel, que cela m’a donné envie de visionner des films dans lesquels il a tourné, et de lire d’autres ouvrages qu’il a écrit.

Ma note : 7,5/10
Humour·Littérature anglaise

En attendant Doggo

En attendant Doggo de Mark Mills
297 pages, éditions Belfond, à 18€

 

Résumé : « Je te quitte. Je te confie le chien. Et surtout ne touche pas à ma petite sœur. »

Tel est en substance le contenu de la lettre que Clara vient de laisser à Dan, mettant fin à quatre années de vie commune. Une claque pour le jeune homme : sans boulot, sans copine, comment maintenir sa vie en équilibre ? Et, surtout, que faire de ce chien dont Clara s’était entichée quelques semaines plus tôt ?
Alors qu’il s’apprête à confier l’affreux toutou, mi-Pékinois, mi-épagneul, aux bons soins de la SPA, Dan est soudain pris d’angoisse lorsque la véto lui propose de le castrer. Hors de question de sacrifier la virilité du pauvre animal ! Dan assumera donc ce nouveau compagnon à poils. Et Doggo a plein d’atouts. À commencer par un immense capital sympathie qui se vérifie dans la nouvelle agence de pub où Dan vient d’être recruté. Doggo devient rapidement la mascotte du bureau. Et séduit même la jolie Edith… Au grand dam de Tristan, l’ambitieux collègue et amant de la belle, bien décidé à étouffer dans l’œuf cette complicité.
Nouveau job, nouvel amour… Et si la tornade Doggo se révélait le plus inattendu des porte-bonheur ?

Extraits :  « Je ne suis pas cynique et content de moi. C’était juste un petit jeu entre nous. On en a établi les règles ensemble : Clara s’emballait sur l’astrologie, les vies antérieures, les anges gardiens, toutes les idioties de ce genre, et moi, j’incarnais la voix de la raison. On ne pouvait pas être d’accord sur tout, on en riait d’ailleurs, parce qu’on vivait quelque chose de bien plus fort. Ce qu’on vivait, c’était l’amour. Là-dessus, on était bien d’accord. Elle n’a pas le droit de changer les règles du jeu. »
« Le travail est éphémère, l’amour peut durer toute la vie. »

Mon avis :  En voilà une comédie anglais agréable à lire et remplie d’humour. Si vous aimez les animaux – particulièrement les chiens -, si vous voulez rire et passer un bon moment, courrez découvrir En attendant Doggo.

Le roman commence in medias res avec Clara, qui envoie une lettre de rupture à Dan. Celui-ci est anéantit. Il décide de ramener à la SPA le petit chien qu’ils avaient adoptés ensemble. Mais le destin de ce petit chien, prénommé Doggo, a sans nul doute été tout tracé. Par la force du hasard, Doggo va rester aux côtés de Dan et va même apporter sa part de contribution dans le nouveau job trouvé par Dan. Doggo va devenir un emblème, un maillon essentiel de la vie quotidienne de Dan.

C’est vraiment très léger à lire et ça met de bonne humeur. En effet, loin de se laisser déboussoler par la cruauté de la vie, Dan va apprendre à apprécier les choses simples de son quotidien, en grande partie grâce à Doggo. Se promener dans les rues, faire les trajets maison-boulot à pied… des choses qui lui étaient encore tout à fait impensables de faire avant d’avoir Doggo. Comme quoi, un animal de compagnie peut prendre une place vraiment importante dans une vie humaine.
Après avoir lu Jules de Didier van Cauwelart un chien guide d’aveugles très attachants, je me suis prise d’affection pour Doggo, ce petit chien qualifié de « très laid » par tous les gens qui le regardent.

Bon, j’avoue quand même avoir été déçue de la très petite place de Doggo dans le roman. En arrière-plan, c’est vrai, il est présent continuellement. Mais il n’est presque jamais sur le devant de la scène. Doggo, en toute logique, devrait être le maître de ce roman . Alors qu’il est placé ici en ange gardien, qui veille seulement sur son maître. Il est quasiment inexistant, effacé.

C’est vraiment Dan le protagoniste, le personnage que l’on suit partout et tout le temps. On voit Dan triste lorsqu’il apprend que Clara a mit fin à leur relation. Dan pleins d’espoirs quand il retrouve un travail. Déterminé à se faire une place dans la nouvelle agence qu’il l’accueille. Heureux d’avoir fait la connaissance de Edie. Complice plus que jamais avec Doggo.

Aussi, vous aurez sans doute remarquer que le titre de ce livre n’est pas sans rappeler le célèbre En attendant Godot de Samuel Beckett. Les similitudes ? Beaucoup de scènes drôles, parfois surprenantes. Une dépendance preque inéluctable qui se créait entre Doggo et son maître – comme dans En attendant Doggo avec Ham, entièrement dépendant de son serviteur Clov. En outre, ces deux livres offres une image presque parfaite de la société moderne d’aujourd’hui.

En bref, c’est un ouvrage sympathique à lire, qui raconte la vie tumultueuse d’un homme, accompagné de son ami le plus fidèle : son chien. Un livre qui devrait plaire à tous les amoureux de boules de poils.

 

Ma note : 6,5/10
Autobiographie·Bande-dessinée·Humour

Alien triste

Alien triste de Pedro Mancini
118 pages, éditions Insula, à 17€

Résumé : Alien Triste porte un costume-cravate. Alien Triste est hanté par son passé. Alien Triste a une psy et aucun succès avec les femmes. Alien Triste s’appelle aussi Luis et il est dessinateur. Dans ce comic strip humoristique, Pedro Mancini rassemble ses souvenirs d’enfance, ses rêves et ses obsessions incarnés par un visqueux personnage tressaillant. Avec un ton pathético-délirant, il décrit l’entrée dans l’âge adulte et le sentiment d’être étranger au monde qui l’entoure.

Extraits :  « Il est peut-être temps d’arrêter de vivre dans un rêve… de se concentrer un peu plus sur la réalité… de poser les pieds sur terre. »

« Non, pas alcoolique, non. Je suis timide. »

Mon avis :  Un grand merci à Babelio, qui m’a permis de recevoir ce livre, remporté dans le cadre de la masse critique BD de décembre. Quelle surprise en le recevant, lorsque j’ai découvert le format atypique du livre : tout à l’horizontal. Il va falloir réfléchir avant de le placer dans la bibliothèque. Car des livres ovni comme cela, j’en ai pas des tonnes.

Alien triste, ce sont plusieurs planches de bande-dessinées indépendantes, d’abord publiées sur Internet, dans le blog de l’auteur, puis dans des fanzines (des périodiques réalisé par des auteurs amateurs passionnés, pour d’autres passionnés).

Vous l’aurez compris, autant matériellement que textuellement, ce livre est un vrai mystère. Le personnage principal est un homme en costume cravate, doté d’une tête d’alien. Cet alien est un artiste, plus spécifiquement un dessinateur de bandes-dessinées. Il porte en lui la marque significative de chacun des artistes : des êtres à part, solitaires, créatifs, un peu étrangers au monde qui les entoure.

On peut s’interroger sur une possible autobiographie cachée de l’auteur. Il faut dire que le protagoniste comporte bon nombre de caractéristiques propres à Pedro Mancini : ils sont tous deux des artistes, dessinateurs de bande-dessinées, qui publient sur des fanzines. De plus, sur une des planches, apparaît un personnage qui est pourvu de traits de caractères qui ressemblent grandement à l’auteur. Alors, écrits autobiographiques ou non ? Le doute est permis.

J’ai beaucoup aimé la marginalité du style d’écriture et l’originalité du dessin. Même si au début, la tête de l’alien intrigue et effraie, on s’y habitue peu à peu. Le mélange des genres est aussi étonnant. L’auteur combine une certaine tristesse mélancolique à de l’humour noir bien dosé. Tout le monde n’est pas sensible à ce genre de chose. Pour ma part, je l’ai bien apprécié. Même si je n’ai pas ri aux éclats, j’ai apprécié les petites blagues décalées.

Le seul petit reproche que j’aurais à faire, ce serait à la maison d’éditions que je le ferais : la prochaine fois, merci d’ajouter la numérotation de bas de pages. Ça peut paraître insignifiant et sans importance, mais ça aide beaucoup pour se repérer dans le livre, ou pour mémoriser des passages que l’on a plus aimé que d’autres…

Ma note : 7,5/10