Classique·Littérature norvégienne

Une maison de poupée

Une maisin de poupée de Ibsen
153 pages, éditions Le Livre de Poche, à 4,10€

Résumé : D’abord jolie poupée cajolée et préservée au beau temps de son enfance, Nora est devenue l’adorable petit merle chanteur toujours gai aux yeux d’Helmer, son mari. En effet, elle danse, rit et chante, et emplit sa maison d’une joie enfantine. Pourtant, au-delà de la charmante frivolité toute féminine propre à séduire son mari, se dessine un caractère volontaire, une femme disposée aux plus grands sacrifices par amour. Davantage sensible aux inflexions du coeur qu’aux discours raisonnables, Nora poursuit le fol espoir d’une idylle réciproque capable de transcender les conventions sociales et l’ordre établi. Mais, dans la Norvège des années 1870, où l’on se doit d’être épouse et mère avant d’être femme, de telles aspirations paraissent de vaines promesses. Qu’importe si la faute de Nora fut commise par amour, Helmer ne peut lui pardonner l’opprobre qui désormais menace la famille. Nora qui attendait fébrile qu’advienne le « prodige », fuira sereine et pour son propre salut, ce qui ne lui ressemble plus. –Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot

Extraits :  « NORA. Ne me regarde pas comme cela, Torvald !
HELMER. Pourquoi est-ce que je ne regarderais pas mon bien le plus précieux ? Toute cette splendeur qui m’appartient, à moi seul, et sans réserve ?
 »
« NORA. Oui, voyez-vous, il y a les personnes qu’on aime le plus, et celles dont on préfère presque la compagnie.« 

Mon avis :  Rares sont les livres norvégiens que je lis. Alors, du théâtre norvégien, imaginez-vous : je ne vais pas en croiser beaucoup durant ma vie. Mais là, j’étais dans l’obligation de le faire : Une maison de poupée figurait dans la liste des livres à lire obligatoirement pour mon quatrième semestre. Bon.

Dans les années 1870, la société imposait des règles genrées implicites dans chaque foyer. L’homme devait contrôler la maison et subvenir aux besoins de sa famille, tandis que la femme devait prendre soin de sa famille et bien s’occuper du foyer. Le couple que forme Torvald et Nora s’échappe pas à la règle. Mais voilà, Nora a enfreint cette règle dans le dos de son mari. En effet, Torvald étant malade, Nora s’est débrouillée pour pouvoir le soigner au mieux. Mais cette guérison imposait à Nora de mentir à son mari.

Une maison de poupée, c’est un drame bourgeois réaliste, dans lequel Ibsen représente des clichés genré au sein d’un couple hiérarchisé. Nora et Torvald n’affichent pas les mêmes valeurs : tandis que l’une ne pense qu’à la santé de son époux, l’autre pense à la représentation sociale que lui donne son pouvoir économique. Il y a donc une rupture au sein du couple, qui, d’un point de vue psychologique, ne se comprennent pas.

Nora fait figure de femme-enfant, de petit animal, emplie de naïveté. On ne compte plus les fois où Torvald l’appelle d’un nom grotesque, comme s’il qualifiait un animal domestique, voire pis. Les deux personnages tiennent leur rôle avec perfection, chacun muré dans les clichés de genres que la société attend d’eux. Torvald est vraiment un personnage insupportable, englué dans ses stéréotypes sur les femmes, il n’arrive pas à poser un regard objectif sur Nora, qu’il considère comme une moins que rien.

Le lecteur s’aperçoit très vite que les bases de ce couple reposent sur l’argent. C’est en effet l’argent qui contrôle toute la maisonnée. Dès le début du livre, Torvald nous apprend qu’il a été promu directeur de la banque et que donc, son salaire va augmenter. Soit. Nora, quant à elle, fait des achats en comptant le prix, pour tenter de faire des économies dans le but de rembourser ses dettes. C’est l’argent même qui donne une place sociale au couple. Tout tourne autour de l’argent.

Mais tout tourne aussi autour du mensonge. Nora joue un double jeu face à Torvald. Elle se montre frivole, légère, naïve et dépensière, alors que dans la réalité, c’est une femme forte, qui essaie tant bien que mal de rembourser les dettes accumulées dans le dos de son mari. Bien évidemment, le mensonge de Nora sert au bonheur collectif ; loin de vouloir le tromper, elle ne voulait que le protéger.

Puis, peu à peu, Nora va tenter de s’affirmer et d’obtenir une parole réelle dans le couple. Elle va vouloir se faire entendre et, de ce fait, va faire tomber son masque de femme idéale pour nous faire découvrir la vraie Nora. Sans vouloir vous dévoiler la fin de ce livre, je voudrais juste dire que j’éprouve une grande admiration face au personnage de Nora. Cette petite jeune femme, qui semble toute chétive, va aller contre les conventions de l’époque, dans l’espoir de faire ouvrir les yeux à son mari. Il faut du culot et beaucoup d’audace pour accomplir un tel geste. De ce fait, je pense que Nora mérite le titre d’héroïne !

Grâce à une écriture moderne et à des thèmes encore d’actualité – la place de la femme dans la société et dans le couple, l’argent, le mensonge -, Ibsen fait de son oeuvre une pièce de théâtre intemporelle. Toutes les femmes devraient l’adorer – les hommes aussi, mais d’une autre manière. Ravie de cette lecture !

Ma note : 6,5/10

Littérature norvégienne

Le monde de Sophie

Le monde de Sophie de Jostein Gaarder.
625 pages, éditions Points, à 9,45€

 

Résumé : Qu’est-ce qu’il y a de plus important dans la vie ? Tous les hommes ont évidemment besoin de nourriture. Et aussi d’amour et de tendresse. Mais il y a autre chose dont nous avons tous besoin : c’est de savoir qui nous sommes et pourquoi nous vivons.
Extraits : « La raison comme la conscience peuvent être comparées à un muscle. Si on ne se sert pas d’un muscle, il devient progressivement de plus en plus faible. »
« Un philosophe, c’est quelqu’un qui n’a jamais vraiment pu s’habituer au monde.« 

Mon avis : Le monde de Sophie est le second roman philosophique que mon futur professeur en cette même matière m’a donné à lire durant les vacances. Ayant commencé par lire Présentations de la philosophie écrit par André-Comte Sponville, j’ai pu aisément débuter ma lecture de cet assez volumineux pavé.

Dès les premières pages, je me suis facilement laissé transporter par l’histoire. Ce livre, outre son côté initiatique au monde philosophique, raconte une réelle histoire, tel un véritable roman. Jostein Gaarder arrive à mélanger fiction et réalité, et cette idée de mêler ces deux travers rend beaucoup plus accessible la lecture, et l’allège allègrement. Il faut dire que déblatérer sur la philosophie pendant plus de 600 pages aurait été assez pénible (surtout pour une novice comme moi), mais grâce à la légère intrigue mise en place par l’auteur, tout devient plus simple.

Les différents aspects de la philosophie sont découpées en parties logiques, souvent suivant l’ordre chronologique des événements qui sont arrivés. Rien n’est laissé par hasard par l’auteur, tous les grands thèmes sont abordés, tous plus variés les uns que les autres ! Tout est bien expliqué, détaillé et décrit minutieusement, avec des mots simples à la compréhension, et divers exemples tirées de la vie réelle. De plus, ce que j’ai particulièrement apprécié, ça a été les quelques lignes biographiques qui retracent la vie et le parcours des plus grands philosophes de tous les temps. Certes, je les « connaissais » de nom, j’en avais déjà entendu parler ou j’avais lu quelques-unes de leurs très célèbres phrases, mais jamais je n’ai su qui ils étaient réellement. Maintenant, Socrate, Aristote, Platon, Jésus, Descartes, Hume, Freud, et bien d’autres… ils n’ont plus de secret pour moi !

L’auteur nous amène, nous, lecteurs, à nous poser des questions existentielles sur le sens de la Vie. Questions qui n’ont jamais de réelles réponses, mais où Jostein Gaarder propose plusieurs théories intéressantes quant à leur origine. Le monde de Sophie fait beaucoup réfléchir, et nous amène à penser par nous-même. Je pense que grâce à ce livre, nous pouvons grandir un minimum mentalement et psychologiquement. Notre mode de pensée et notre esprit s’élargissent pour permettre l’entrée de plusieurs hypothèses concernant l’existence terrestre, jusque là ignorer ou repousser par le genre humain.

Ce roman devrait être conseillé à tous ceux qui débutent dans la philosophie. Très bien écrit, recelant bien des mystères et des grandes surprises, il est capable de nous faire apprendre bien plus en quelques heures qu’en un mois de cours. En étant à la fois ludique, sympathique et intelligent, il regroupe toutes les qualités pour séduire un maximum de personnes censées.
De plus, un index est à la disposition des lecteurs à la fin du livre ; il regroupe tous les philosophes cités, ainsi que leurs dates de vie et la page à laquelle l’auteur leur fait référence.

Je tiens à préciser que la fin m’a énormément surprise, et m’a même fait douter sur ma propre existence, c’est pour dire si l’auteur est fort…
En tout cas, merci à mon professeur de philosophie pour cette découverte, sans lui, je n’aurais même pas posé un oeil sur ce livre… et je serais passé à côté de quelque chose d’immensément intéressant !

 

Ma note : 8,5/10