Roman épistolaire·Seconde guerre mondiale

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows.
391 pages, éditions NiL à 19,00€

 

Résumé : Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet de roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un inconnu, natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil des lettres qu’elle échange avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis : un étrange club de lecture inventé pour tromper l’occupant allemand, le « Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ». De lettre en lettre, Juliet découvre l’histoire d’une petite communauté débordante de charme, d’humour, d’humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guenersey…

Extraits : « Avez-vous remarqué que, lorsque votre esprit est focalisé sur une personne, sa présence se manifeste partout où vous allez ? »
« Je n’ai aucune envie de me marier pour me marier. Passer le restant de mes jours avec un être à qui je n’aurais rien à dire, ou pire, avec qui je ne pourrais pas partager de silences ? Je n’imagine pas d’existence plus solitaire.« 

Mon avis : J’ai avalé ce livre, je l’ai lu d’une traite, je l’ai dévoré même, en un temps record !
Mon avis ne sera qu’un petit avis de plus parmi ces plus de 400 critiques qui sont maintenant postées de ce livre, sur Babelio. Néanmoins, ayant été choisi pour la lecture commune de décembre 2012, j’ai donc découvert ce livre, qui me faisait de l’oeil depuis pas mal de temps.
J’ai été bluffé, et particulièrement surprise par ce que j’ai découvert à travers ses lignes. Je ne m’attendais pas du tout à lire ce genre de récit.
Ce roman épistolaire est très bien construit, il se lit rapidement et facilement, mais surtout, il raconte une histoire vraie, l’Occupation Allemande de Guenersey pendant la seconde Guerre Mondiale.
L’histoire qui se déroule, racontée à travers les lettres des personnes vivants à Guenersey, est forte en émotions, elle est triste, puissante et horrifiante à la fois. L’horreur de certaines conditions de vie pendant la guerre fait peur à lire, la manière dont les hommes étaient traités est révoltante…
A la fin de ma lecture, je me suis dis « heureusement que Juliet a inscrit son nom et son adresse au verso de la couverture du livre qui, jadis, lui avait appartenu et que Dawsey a racheté. Sinon, toutes ces échanges de lettres n’auraient jamais eu lieu. »
Les différents personnages sont attachants, leurs caractères sont très variés les uns des autres, ils inspirent à la confiance, à la confidence.
Je suis vraiment rentré dans la vie des personnages et de l’histoire racontée. Ce roman est vraiment passionnant, génial, captivant, mais surtout, il fait preuve d’une originalité hors pair et d’un vrai et incroyable talent de la part de l’auteure.
Si vous n’avez jamais lu ce livre, je vous le conseille fermement. N’hésitez pas, vous ne le regretterez certainement pas !

 

Ma note : 9/10
Classique·Roman épistolaire

Lettres

Lettres de Madame de Sévigné
95 pages, éditions Larousse, collection Petits Classiques

 

Résumé : Les lettres de la marquise de Sévigné sont considérées aujourd’hui comme l’un des plus beaux témoignages sur le siècle de Louis XIV. D’une plume alerte et enjouée, l’épistolière raconte à ses nombreux correspondants les grands événements de son temps, du mariage de Lauzun à l’éxécution des grands empoisonneuses. Mais cette correspondance est surtout le plus vibrant témoignage d’amour d’une mère à sa fille, à qui la marquise enverra des centaines de lettres pour lui faire part aussi bien des derniers potins de la ville que de sa tendresse sans limite.

Extraits :  « Je vous cherche toujours, et je trouve que tout me manque, parce que vous me manquez. »
« Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’à aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie ; enfin une chose dont on ne trouve qu’un exemple dans les siècles passés : encore cet exemple n’est-il pas juste ; une chose que nous ne saurions croire à Paris, comment la pourrait-on croire à Lyon ? une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie Mme de Rohan et Mme d’Hauterive ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire, devinez-la, je vous le donne en trois ; jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous la dire : M. de Lauzun épouse dimanche au Louvre, devinez qui ? […] il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du roi, mademoiselle de… mademoiselle…, devinez le nom ; il épouse Mademoiselle, ma foi ! par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle, la Grande Mademoiselle, Mademoiselle, fille de feu Monsieur, Mademoiselle, petite-fille d’Henri IV, Mlle d’Eu, Mlle de Dombes, Mlle de Montpensier, Mlle d’Orléans, Mademoiselle, cousine germaine du roi ; Maddemoiselle, destinée au trône ; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur. »

Mon avis :  Marie de Rabutin-Chantale, plus connue sous son nom de mariée, Madame de Sévigné, est l’une des plus grandes épistolières française de l’époque (si ce n’est la plus grande). Ses lettres sont souvent étudiées dans les structures scolaires ; mais les amateurs de bons mots sont aussi ravis de lire le très grand nombre de lettres écrites par Madame de Sévigné.

La majeure partie des lettres de cette chère dame sont adressées à sa fille, devenue comtesse de Grignan, dans le sud de la France, en Provence. La correspondance avec sa fille va durer plus de 25 ans, avec un débit de deux à trois lettres envoyées par semaine. Une correspondance volumineuse, qui va être rendue public par la petite-fille de Madame de Grignan. Bien que les éditions Larousse n’aient publiées qu’une infime partie des lettres écrites, on y voit quand même nettement l’amour maternel débordant, presque excessif qu’exprime Madame de Sévigné à l’encontre de sa fille.
Il y a peu de temps, j’ai eu l’honneur de pouvoir lire un ouvrage regroupant des lettres d’artistes et/ou de personnages célèbres qui écrivaient à leur maman. Le livre s’intitule Lettres à ma mère ; il est plein d’amour, et pourrait vous intéresser.
Dans le cas de Madame de Sévigné, les lettres d’amour maternels sont assez délicates à écrire. D’un côté, elle veut ardemment écrire son amour à sa fille. Mais d’un autre, elle veut éviter un trop grand épanchement lyrique et redoute d’importuner sa fille en en disant trop. C’est là qu’on voit son talent d’écriture : elle va user de précautions et de tournures oratoires pour ne pas tomber dans le pathétique. Ainsi, l’humour et le burlesque vont être pleinement utilisés par cette charmante dame, ainsi que l’auto-dérision sur soi-même.

Mais la richesse des lettres de Madame de Sévigné est sans doute contenue dans son style d’écriture. Dans une seule lettre, de nombreuses informations sont présentes. On a tout d’abord les sentiments maternels qui apparaissent à chaque correspondance, mais nous avons aussi des nouvelles de la cour et de la vie à Paris (la mère habitant Paris, elle informe des actualités quotidiennes sa fille habitant la Provence). On trouve aussi une certaine dimension religieuse atténuée, avec un langage religieux couplé au romanesque, ce qui désacralise les passages bibliques « Nous vous aimons en vous, et par vous et pour vous« . L’art de la louange à sa fille est très présent dans les lettres, tout comme l’art du persiflage mondain, qui mène en jeu la satire.
Vraiment, tout le talent de cette épistolière réside dans sa capacité à écrire. Une fois les règles et codes de l’époque absout, elle laisse place à son talent et à sa qualité d’épistolière pour rédiger de magnifiques lettres.

Bien que les lettres de Madame de Sévigné soient constituées d’éléments hétéroclites (par exemple elle met sur le même plan des réflexion profonde face aux petites histoires de la cour), le fil rouge de ses lettres est incontestablement l’amour maternel qu’elle témoigne à sa fille. Par simple curiosité, lisez au moins une lettre de cette épistolière ; le maniement des mots est imppecable et l’écriture est tellement jolie… C’est un pur régal de lire ces lettres.

 

Ma note : 8/10
Littérature belge·Roman épistolaire

Une forme de vie

Une forme de vie d’Amélie Nothomb.

Résumé : Ce matin-là, je reçus une lettre d’un genre nouveau. A. N.

Extraits : « La nourriture est une drogue comme une autre mais il est plus facile de dealer les donuts que de la coke. » « De toutes les drogues,la bouffe est la plus nocive et la plus addictive. » « Tout écrivain contient un escroc.« 
Mon avis :  J’ai dévoré ce livre. C’est le premier roman d’Amélie Nothomb que je lis, et j’avoue ne pas être déçue : l’histoire, l’échange de lettres entre Melvin Mapple et Amélie m’a fasciné, le retournement de situation de la fin m’a aussi surprise, je ne m’y attendais pas du tout. C’est un livre qui se lit très facilement et auquel on s’accroche vite.
Ma note : 10/10
Roman épistolaire

Lettres à ma mère

Lettres à ma mère de Didier Lett
127 pages, éditions Des lettres Le Robert, collection Mots intimes, à 9,90€

 

Résumé : Petite histoire des relations maternelles et filiales à travers la correspondance de personnages célèbres ou anonymes présentée par Didier Lett.
De Charles Baudelaire à Gérard Depardieu, en passant par Paul Éluard, Le Corbusier ou encore Marie Trintignant… Découvrez les plus belles lettres de relations maternelles et filiales de personnages célèbres et anonymes.
Didier Lett est agrégé d’Histoire et Professeur d’Histoire médiévale à l’Université Paris-Diderot (Paris VII). Il est spécialiste internationalement reconnu de l’histoire de l’enfance, de la famille, de la parenté et du genre.

Extraits :  « De Léopoldine Hugo à Madame Victor Hugo [4 mars 1843] : Ma mère bien-aimée, chaque mot d’amour que tu m’adresses retentit profondément dans mon coeur et le remplit de joie. »
« Pauvre petite maman si bonne que j’ai tant fait pleurer. » Paul Eluard

Mon avis :  Lettres à ma mère, c’est un recueil épistolaires de correspondances de personnages célèbres ou moins connus avec leur mère. Didier Lett a fait une petite sélection des lettres les plus émouvantes écrites par des enfants, souvent d’un âge avancé, à leur mère, pour exprimer ce qu’ils ont sur le coeur mais ne parviennent pas à oraliser. Avec ces lettres, une brève présentation des personnes auteurs de ces missives, ainsi que le contexte dans lequel ils ont rédigés ces lettres.

Ce recueil est construit de manière chronologique : la première lettre de Dhuoda – personne tout à fait inconnu à ma connaissance – date de l’an IX. La dernière est écrite par Reyhaneh Jabbari – encore une parfaite inconnue – mais à été rédigée en avril 2014. On a donc une progression chronologique bien organisée, qui évolue dans le temps et nous permet un tour d’horizons des modes de vie de chacun et des relations maternelles.

Dans la préface entièrement écrite par Didier Lett, il nous explique que la majorité des correspondances sont constituées de lettres d’hommes, car « les lettres masculines et d’adultes sont toujours jugées plus dignes d’intérêt et donc mieux conservées que celles des enfants et des femmes. » Néanmoins, certaines lettres de femmes célèbres comme Lélopoldine Hugo ou Madame de Sévigné ont été gardées.

Ce qu’il faut savoir – et qui est très bien expliqué dans les pages de présentations qui précèdent les lettres – c’est qu’aucune correspondance choisie par Didier Lett n’est anodine. Toutes les lettres racontent des histoires, très intimes, qui montrent au lecteur l’étendu de l’amour entre l’enfant et sa mère. Alors que certains enfants sont plus dans la retenue et la pudeur (comme Gérard Depardieu, fidèle à lui-même, qui montre son amour maternel à travers un humour constant), d’autres sont très expressifs et ne craignent pas de dévoiler leurs sentiments ouvertement (c’est le cas pour Antoine de Saint-Exupéry qui ouvre son coeur dans ses lettres et montre sa vulnérabilité presque infantine lorsqu’il est éloigné de sa mère).

Outre l’amour débordant qui transparaît dans toutes les missives, c’est aussi l’histoire quotidienne des personnages qui émeut le lecteur. Gaston Biron, par exemple, décrit à sa mère les journées horribles qu’il endure à la guerre. Sentant venir la mort, il confie ses craintes et réecrit tout l’amour qu’il ressent envers sa mère. Guy Môquet, jeune communiste et syndicaliste de 19 ans seulement, il est arrêté par les Allemands et fusillé. Quelques heures avant sa mort, il écrit une dernière lettre d’adieu bouleversants à sa famille.

L’amour maternel est ici explicité et montré sous toutes ses formes. Dans des lettres intimes rédigées par des personnages célèbres à leur maman, ils se livrent et mettent à nu leurs doutes, leur vulnérabilité, leur reconnaissance ou encore leurs reproches vis-à-vis d’elle. Un recueil qui touche, constitué d’histoires passionnantes autant qu’attristantes. Des témoignages débordants d’amour, très éclectiques, avec comme seul point commun : l’amour filial qu’ils vouent à leur mère.

 

Ma note : 7,5/10
Fantastique·Littérature belge·Roman épistolaire

Le Passage des éphémères

Le Passage des éphémères
de Jacqueline Harpman
281 pages, éditions Le Livre de Poche, à 6€

 

Résumé : «Et puis, les mortels me font tellement pitié! Leur vie est si courte et leur ambition si grande que chacun aurait besoin de plusieurs siècles pour la réaliser… Ils ont à peine le temps d’étudier une maigre partie du savoir humain que déjà la retraite les guette, ils regardent la mort qui arrive, ils écrivent leur testament et se nourrissent de médicaments. Moi, j’ai le temps.»
Qui n’a pas rêvé d’immortalité? Adèle Salazine a eu seize ans au seizième siècle. Depuis, pâle et blonde, elle n’a pas changé.
Prostituée, fausse vierge, érudite, astrophysicienne, toujours en fuite, elle a vécu toutes les vies. Et si elle n’en voulait qu’une?
Ce roman épistolaire, «liaisons dangereuses» des Éphémères et des Immortels, fable contemporaine et féminine, traité sur la vanité de notre résistance au temps, nous fait voir drôlement nos propres vices, notre horreur de vieillir, notre place si précaire sous les étoiles.
Extraits :  « Depuis que j’avais cessé d’être effrayée par mon opiniâtre jeunesse, je ressentais la plus grande compassion pour le chagrin des femmes qui regardent leur beauté s’envoler. »
« Delphine et Werner qui sont amants depuis quarante ans ne se marient pas, Clarisse et Johann qui ont le ferme propos de ne jamais coucher ensemble se marient. Les Mortels sont bien étranges.« 

Mon avis :  Cela fait maintenant plusieurs mois que j’ai fermé la dernière page de ce livre. Je vais tenter tant bien que mal de vous en faire une brève critique – même si certains éléments ont, depuis, totalement disparus de mon esprit.

Le passage des éphémères, c’est une correspondance épistolaire entre plusieurs personnages, notamment entre Clarisse et Johann, astrophysiciens et Delphine et Werner, ex-astrophysicien, qui suivent de loin les travaux de leurs deux poulains. Toutes leurs lettres s’entrecroisent, parlant de sujets totalement variés – leur boulot, leur vie… A tout ce beau monde s’ajoute Adèle, jeune fille qui a vécue au XVIème siècle (oui, vous en rêvez pas !) et qui vit encore aujourd’hui, sorte d’ange immortelle qui suit des yeux l’existence des êtres humains.

La science-fiction s’incorpore dans ce récit contemporain, ajoutant une touche de merveilleux fabuleux au livre.
Un récit qui, en plus, se dote d’allusions plus ou moins explicites à des ouvrages antérieurs – dans la forme et la structure, vous pourrez y voir Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos ; d’autres éléments plus infimes rendent hommages au personnage de Harry Potter…

Jacqueline Harpman nous questionne sur la nature humaine, le pourquoi des sentiments, le pourquoi de la vie terrestre. Un personnage masculin est homosexuel. Un autre personnage, féminin, cette fois-ci, ne veut pas avoir de relations sexuelles. Les deux décident de se marier, à la surprise la plus totale. Quelle importance ?
En fin de compte, ce roman est vraiment tourné vers l’être humain, il est également assez spirituel, et donne à réfléchir. Adèle, la jeune fille immortelle, regarde de haut les humains et commente leurs comportements et leurs décisions. Le passage des éphémères, de part son titre très poétique, nous montre le passage sur terre des êtres humains, qui naissent, vivent et disparaissent. Les choses réalisées dans ce laps de temps. Les choix effectués. La briéveté du temps.

Un récit sympathique à lire, original de part sa forme et la thématique. Une plume totalement maîtrisée, mais qui ne m’a pas totalement satisfaite. Ce livre aura quand même eu le mérite de me faire rêver de l’immortalité de l’existence…

 

Ma note : 5,5/10
Littérature autrichienne·Roman épistolaire

Quand souffle le vent du nord

Quand souffle le vent du nord
de Daniel Glattauer
348 pages, éditions Le Livre de Poche, à 7,10€

 

Résumé : En voulant résilier un abonnement, Emma Rothner se trompe d’adresse et envoie un mail à un inconnu, un certain Leo Leike. Ce dernier, poliment, lui signale son erreur; Emma s’excuse, et, peu à peu, un dialogue s’engage entre eux, par mail uniquement.
Au fil du temps, leur relation se tisse, s’étoffe, et ces deux inconnus vont se mettre à éprouver l’un pour l’autre une certaine fascination. Alors même qu’ils décident de ne rien révéler de leurs vies respectives, ils cherchent à deviner les secrets de l’autre…
De plus en plus attirés et dépendants, Emmi et Leo repoussent néanmoins le moment fatidique de la rencontre.
Emmi est mariée, et Leo se remet à grand peine d’un chagrin d’amour. Un jour, pourtant – enfin ! –, ils décident de se donner rendez-vous dans un café bondé de la ville. Mais ils s’imposent une règle : reconnaître l’autre qu’ils n’ont pourtant jamais vu, avec interdiction formelle de lui parler…

Extraits :  « J’écris comme quelqu’un de quel âge ? J’ai quel âge ? Pourquoi ? Quand vous aurez résolu ces énigmes, révélez-moi quelle pointure je fais. »
« Vous savez, je ne vous connais pas du tout. Comment pourrais-je deviner votre âge ? Vous avez peut-être 20 ou 60 ans. Vous pesez peut-être 100 kilos pour 1,90m. Comme pointure, vous faites peut-être du 46 – et du coup vous n’avez que trois paires de chaussures, faites sur mesure. Pour pouvoir en acheter une quatrième, vous avez dû résilier votre abonnement à Like et envoyer des voeux à vos clients pour les brosser dans le sens du poil. »

Mon avis :  C’est beau, c’est romantique et ça fait rêver. A partir d’une correspondance de mails anodine, va naître une histoire sentimentale hors du commun.

C’est par pur hasard que Emma, alias Emmi, va accidentellement envoyer un email à Léo. De fil en aiguille, ces deux personnes vont apprendre à se connaître, vont se découvrir et s’ouvrir mutuellement leur coeur. Seulement voilà, ils ne se sont jamais vus, et ont peur de se rencontrer en vrai. La magie d’Internet, va-t-elle s’arrêter face à la brutalité de la réalité ?

Quand souffle le vent du nord, c’est avant tout une histoire romantique. On voit un amour qui naît, qui enfle et s’accroît de jour en jour (de mail en mail). Mais comme toutes histoires d’amour, des difficultés se font sentir. Emma est mariée et heureuse, et ne veut aucunement quitter son mari. Les sentiments sont présents, très forts, ils se manifestent dans des mails enflammés, qui n’en restent pas moins terre-à-terre.

Daniel Glattauer se place dans l’air du temps, en pointant du doigt les relations virtuelles, qui naissent sur les réseaux sociaux. En effet, écrire à longueur de journée à quelqu’un, sans jamais l’avoir rencontré en vrai, est-ce vraiment la connaître ? Tout le monde peut s’assimiler aux personnages, car dans notre ère de la modernité, les échanges de courriels électroniques ou de messages en lignes avec de parfaits inconnus n’est pas rare, bien au contraire !

La fin de ce premier opus est déchirante. J’aurais tellement souhaité enchaîner directement sur le second… malheureusement, je ne l’ai pas en ma possession. Alors, un conseil : ne commencez pas Quand souffle le vent du nord sans avoir La septième vague sous la main !

Tout le monde en a déjà entendu parler, beaucoup de gens l’ont déjà lu, et tous son unanimes sur la finesse et la simplicité des échanges ainsi que sur l’écriture trépidante et humoristique des protagonistes. Un livre réaliste et romantique, où les sentiments naissent, se mélangent et disparaissent dans la danse étourdissante du souffle du vent du nord.

 

Ma note : 7,5/10
Classique·Littérature française·Roman épistolaire

Les liaisons dangereuses

Les liaisons dangereuses
de Pierre Choderlos de Laclos.
573 pages, éditions Le Livre de Poche, à 5 €

 

Résumé : Au petit jeu du libertinage, l’adorable Valmont et la délicieuse Madame de Merteuil se livrent à une compétition amicale et néanmoins acharnée : c’est à celui qui aura le plus de succès galants, et le moins de scrupules. Peu importent les sentiments, seule la jouissance compte. Les conquêtes se succèdent de part et d’autre, jusqu’à ce que Valmont rencontre la vertu incarnée : la présidente de Tourvel. Elle est belle, douce, mariée et chaste : en un mot, intouchable. Voilà une proie de choix pour Valmont : saura-t-il relever ce défi sans tomber dans les pièges de l’amour ?
Extraits :  « L’amour est un sentiment indépendant, que la prudence peut faire éviter, mais qu’elle ne saurait vaincre ; et qui, une fois né, ne meurt que de sa belle mort, ou du défaut absolu d’espoir. »
« A force de chercher de bonnes raisons, on en trouve, on les dit ; et après on y tient, non pas tant parce qu’elles sont bonnes que pour ne pas se démentir.« 

Mon avis : Quel chef-d’oeuvre, je suis ravie d’avoir pu découvrir un aussi bon livre ! Je l’ai lu principalement pour le bac de français de fin d’année, mais cette lecture s’est avérée, au fil des pages, plus agréable que ce que je pensais.

La Marquise de Merteuil, voulant se venger de Mr de Gercourt, envoie son vieil ami et ancien amant le Vicomte de Valmont séduire la préposée future fiancée de Mr de Gercourt, la jeune Cécile Volanges. Mais cette dernière va rapidement tomber sous le charme du chevalier Danceny. De son côté, le Vicomte de Valmont va profiter de son séjour chez sa tant madame de Rosemonde pour établir sa « mission », et va s’amouracher d’une nouvelle conquête : La présidente de Tourvel.

Ce roman épistolaire, composait de 175 lettres au total, peut paraître volumineux aux premiers abords, mais les lettres présentées sont toutes très courtes (elles n’excellent pas 10 pages pour la plus longue), et on se prend très rapidement au jeu de l’échange. Le style d’écriture de Pierre Choderlos de Laclos n’est pas compliqué, il peut être à la portée de tous.

Dans ce roman, le libertinage et l’amour sont au centre de tout, présents à chaque page. Le lecteur, étant omniscient, semble découvrir, intimement, la vie de chacun.

Les personnages du roman sont séparés en deux groupes bien distincts ; les libertins, composés de la Marquise de Merteuil et du Vicomte de Valmont, ainsi que les victimes, qui sont toutes les autres personnes piégées et manipulées par les deux personnages sus-mentionnés.

Comme il n’y a pas de réel protagoniste, le lecteur est libre de se forger sa propre opinion sur les caractères de chacun.
Dans un premier temps, nous pouvons prétendre que les libertin sont des « méchants », méchanceté due à l’abus de la confiance des victimes. Ils s’amusent donc des mensonges qu’ils leurs livrent, et entretiennent une certaine complicité entre eux ; ils se révèlent tout, se raconte librement leurs mensonges et leurs mauvais agissements.
La facilité que les libertins ont à berner les victimes, montrent que ces dernières sont très naïves. On pourrait même penser qu’elles sont bêtes… ou trop gentilles. De là, naît un certain attachement à ces pauvres personnes.
Mais après-coup, les stratégies de ces deux compères pour arriver à leur fin nous amuse. Ils font preuve de beaucoup de persuasion, ils inspirent confiance aux victimes, de façon à se qu’elles se confient à eux, sans imaginer la supercherie qui se joue à l’arrière.

Subjuguée par les pages et par les intrigues amoureuses, je n’arrivais pas à lâcher ne serait-ce qu’un instant ce livre. Les mots de Pierre Choderlos de Laclos s’enchaînaient tout seul… le changement d’attitude de certains personnages s’est fait tellement doucement, que je ne m’en suis même pas rendu compte. Je prends en exemple la présidente de Tourvel ; si nous regardons seulement son état d’esprit au début et que nous le comparons à ce qu’elle ressent à la fin… c’est tout le contraire ! On assiste donc à de véritables retournements de situation, bien maîtrisés par l’auteur, qui arrive à les faire couler très doucement…

La fin du récit est très inattendue, c’est l’apothéose, une fin bouleversante, qui montre bien les limites de l’amour.

Si vous n’avez pas lu ce livre, je vous le recommande ardemment. Il est à lire absolument ! Après avoir traversé tant de siècles, il est toujours d’actualité, et apprécié à sa juste valeur. J’espère que des millions d’autres gens pourront, comme moi, avoir le plaisir de le lire…

 

Ma note : 10/10