Je voulais juste te dire…


Je voulais juste te dire…
de Emily Trunko et Lisa Congdon

192 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 7,50€


Résumé : Cher Lecteur,
– T’es-tu déjà demandé pourquoi ton meilleur ami refusait de t’adresser la parole ?
–  Aimerais-tu avoir l’occasion de remercier la personne qui a changé ta vie ?

Ce livre est tiré d’un tumblr, Dear My Blank, qui a encouragé toute une communauté de personnes qui ne se connaissaient pas à partager leurs secrets, leurs chagrins d’amour, leurs regrets et leurs victoires à travers des milliers de lettres qui n’ont jamais été envoyées à leurs destinataires.


Extraits : « Laisse derrière toi les querelles, accepte les différences et aies, dès à présent, l’envie de bien faire… Ne garde jamais en toi trop de rancoeur et ose affronter l’adversité.
Et dis-toi que les mots offerts avec le coeur ont plus de valeur que tous les silences désapprobateurs. »

« Les enfants sont moins fragiles qu’on veut bien le croire. Les grands s’imaginent toujours qu’ils ne peuvent pas comprendre, cela les arrange. Mais souvent ils ont tord.
Ce sont au contraire les disputes et désaccords, querelles et manigances, intrigues et petits secrets, qui abîment les moments heureux de l’enfance. »


Mon avis : Je voulais juste te dire… est un recueil de lettres que des anonymes ont écrites, sans jamais oser les envoyer à leurs destinataires. À la place, ils ont fait le choix de les partager sur un Tumblr DearMyBlank, tenu par Emily Trunko, l’une des deux auteures de ce recueil. Son blog a connu un essor considérable en un laps de temps très court, si bien que des milliers de personnes se sont mises à poster des lettres anonymes pour soulager leurs coeurs. Dans Je voulais juste te dire…, se trouve une sélection des lettres les plus émouvantes, classées selon différentes thématiques : l’amour, l’amitié, la famille, la perte…

L’ensemble des lettres sont mises en scène grâce à des petites illustrations, ou des couleurs, qui viennent rappeler la thématique qu’elles abordent. Les caractères sont également changés, tout comme la taille des polices et le placement des lettres sur chacune des pages. J’ai beaucoup apprécié ce travail d’illustration, qui viennent dynamiser davantage les écrits et les placer dans un contexte où les lecteurs peuvent d’autant plus les apprécier.

   

J’ai été vraiment très émue de lire certaines lettres. Nous avons chacun des expériences de vies différentes, nous avons tous vécus des choses qui nous ont touchées, émues, marquées à tout jamais. Certaines lettres ont fait échos à des douleurs et à des sentiments que j’ai au plus profond de moi, sans pour autant arriver à mettre des mots dessus. Je me suis retrouvé à maintes reprises au bord des larmes, tant les lettres m’ont touchées – et croyez-moi, je ne pleure pas facilement avec des livres (j’aurais bien trop peur de les abîmer) ! On prend pleinement conscience des sentiments qui nous animent, en se projetant à travers les lettres, toutes écrites dans un style simple, souvent peu poétique, mais toutes justes et infiniment touchantes. C’est pur, ça vient du plus profond du coeur et ça fait du bien de lire ça, tout simplement !


Un très beau recueil de lettres, qui se lit en une heure à peine et nous émeut, tout en nous faisant prendre conscience de certaines choses. J’ai adoré ! 

 

Ma note : 9/10

Pour lire plus d’avis

 

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows.
391 pages, éditions NiL à 19,00€

 

Résumé : Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet de roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un inconnu, natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil des lettres qu’elle échange avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis : un étrange club de lecture inventé pour tromper l’occupant allemand, le « Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ». De lettre en lettre, Juliet découvre l’histoire d’une petite communauté débordante de charme, d’humour, d’humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guenersey…

Extraits : « Avez-vous remarqué que, lorsque votre esprit est focalisé sur une personne, sa présence se manifeste partout où vous allez ? »
« Je n’ai aucune envie de me marier pour me marier. Passer le restant de mes jours avec un être à qui je n’aurais rien à dire, ou pire, avec qui je ne pourrais pas partager de silences ? Je n’imagine pas d’existence plus solitaire.« 

Mon avis : J’ai avalé ce livre, je l’ai lu d’une traite, je l’ai dévoré même, en un temps record !
Mon avis ne sera qu’un petit avis de plus parmi ces plus de 400 critiques qui sont maintenant postées de ce livre, sur Babelio. Néanmoins, ayant été choisi pour la lecture commune de décembre 2012, j’ai donc découvert ce livre, qui me faisait de l’oeil depuis pas mal de temps.
J’ai été bluffé, et particulièrement surprise par ce que j’ai découvert à travers ses lignes. Je ne m’attendais pas du tout à lire ce genre de récit.
Ce roman épistolaire est très bien construit, il se lit rapidement et facilement, mais surtout, il raconte une histoire vraie, l’Occupation Allemande de Guenersey pendant la seconde Guerre Mondiale.
L’histoire qui se déroule, racontée à travers les lettres des personnes vivants à Guenersey, est forte en émotions, elle est triste, puissante et horrifiante à la fois. L’horreur de certaines conditions de vie pendant la guerre fait peur à lire, la manière dont les hommes étaient traités est révoltante…
A la fin de ma lecture, je me suis dis « heureusement que Juliet a inscrit son nom et son adresse au verso de la couverture du livre qui, jadis, lui avait appartenu et que Dawsey a racheté. Sinon, toutes ces échanges de lettres n’auraient jamais eu lieu. »
Les différents personnages sont attachants, leurs caractères sont très variés les uns des autres, ils inspirent à la confiance, à la confidence.
Je suis vraiment rentré dans la vie des personnages et de l’histoire racontée. Ce roman est vraiment passionnant, génial, captivant, mais surtout, il fait preuve d’une originalité hors pair et d’un vrai et incroyable talent de la part de l’auteure.
Si vous n’avez jamais lu ce livre, je vous le conseille fermement. N’hésitez pas, vous ne le regretterez certainement pas !

 

Ma note : 9/10

Lettres

Lettres de Madame de Sévigné
95 pages, éditions Larousse, collection Petits Classiques

 

Résumé : Les lettres de la marquise de Sévigné sont considérées aujourd’hui comme l’un des plus beaux témoignages sur le siècle de Louis XIV. D’une plume alerte et enjouée, l’épistolière raconte à ses nombreux correspondants les grands événements de son temps, du mariage de Lauzun à l’éxécution des grands empoisonneuses. Mais cette correspondance est surtout le plus vibrant témoignage d’amour d’une mère à sa fille, à qui la marquise enverra des centaines de lettres pour lui faire part aussi bien des derniers potins de la ville que de sa tendresse sans limite.

Extraits :  « Je vous cherche toujours, et je trouve que tout me manque, parce que vous me manquez. »
« Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’à aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie ; enfin une chose dont on ne trouve qu’un exemple dans les siècles passés : encore cet exemple n’est-il pas juste ; une chose que nous ne saurions croire à Paris, comment la pourrait-on croire à Lyon ? une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie Mme de Rohan et Mme d’Hauterive ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire, devinez-la, je vous le donne en trois ; jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous la dire : M. de Lauzun épouse dimanche au Louvre, devinez qui ? […] il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du roi, mademoiselle de… mademoiselle…, devinez le nom ; il épouse Mademoiselle, ma foi ! par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle, la Grande Mademoiselle, Mademoiselle, fille de feu Monsieur, Mademoiselle, petite-fille d’Henri IV, Mlle d’Eu, Mlle de Dombes, Mlle de Montpensier, Mlle d’Orléans, Mademoiselle, cousine germaine du roi ; Maddemoiselle, destinée au trône ; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur. »

Mon avis :  Marie de Rabutin-Chantale, plus connue sous son nom de mariée, Madame de Sévigné, est l’une des plus grandes épistolières française de l’époque (si ce n’est la plus grande). Ses lettres sont souvent étudiées dans les structures scolaires ; mais les amateurs de bons mots sont aussi ravis de lire le très grand nombre de lettres écrites par Madame de Sévigné.

La majeure partie des lettres de cette chère dame sont adressées à sa fille, devenue comtesse de Grignan, dans le sud de la France, en Provence. La correspondance avec sa fille va durer plus de 25 ans, avec un débit de deux à trois lettres envoyées par semaine. Une correspondance volumineuse, qui va être rendue public par la petite-fille de Madame de Grignan. Bien que les éditions Larousse n’aient publiées qu’une infime partie des lettres écrites, on y voit quand même nettement l’amour maternel débordant, presque excessif qu’exprime Madame de Sévigné à l’encontre de sa fille.
Il y a peu de temps, j’ai eu l’honneur de pouvoir lire un ouvrage regroupant des lettres d’artistes et/ou de personnages célèbres qui écrivaient à leur maman. Le livre s’intitule Lettres à ma mère ; il est plein d’amour, et pourrait vous intéresser.
Dans le cas de Madame de Sévigné, les lettres d’amour maternels sont assez délicates à écrire. D’un côté, elle veut ardemment écrire son amour à sa fille. Mais d’un autre, elle veut éviter un trop grand épanchement lyrique et redoute d’importuner sa fille en en disant trop. C’est là qu’on voit son talent d’écriture : elle va user de précautions et de tournures oratoires pour ne pas tomber dans le pathétique. Ainsi, l’humour et le burlesque vont être pleinement utilisés par cette charmante dame, ainsi que l’auto-dérision sur soi-même.

Mais la richesse des lettres de Madame de Sévigné est sans doute contenue dans son style d’écriture. Dans une seule lettre, de nombreuses informations sont présentes. On a tout d’abord les sentiments maternels qui apparaissent à chaque correspondance, mais nous avons aussi des nouvelles de la cour et de la vie à Paris (la mère habitant Paris, elle informe des actualités quotidiennes sa fille habitant la Provence). On trouve aussi une certaine dimension religieuse atténuée, avec un langage religieux couplé au romanesque, ce qui désacralise les passages bibliques « Nous vous aimons en vous, et par vous et pour vous« . L’art de la louange à sa fille est très présent dans les lettres, tout comme l’art du persiflage mondain, qui mène en jeu la satire.
Vraiment, tout le talent de cette épistolière réside dans sa capacité à écrire. Une fois les règles et codes de l’époque absout, elle laisse place à son talent et à sa qualité d’épistolière pour rédiger de magnifiques lettres.

Bien que les lettres de Madame de Sévigné soient constituées d’éléments hétéroclites (par exemple elle met sur le même plan des réflexion profonde face aux petites histoires de la cour), le fil rouge de ses lettres est incontestablement l’amour maternel qu’elle témoigne à sa fille. Par simple curiosité, lisez au moins une lettre de cette épistolière ; le maniement des mots est imppecable et l’écriture est tellement jolie… C’est un pur régal de lire ces lettres.

 

Ma note : 8/10

Une forme de vie

Une forme de vie d’Amélie Nothomb.

Résumé : Ce matin-là, je reçus une lettre d’un genre nouveau. A. N.

Extraits : « La nourriture est une drogue comme une autre mais il est plus facile de dealer les donuts que de la coke. » « De toutes les drogues,la bouffe est la plus nocive et la plus addictive. » « Tout écrivain contient un escroc.« 
Mon avis :  J’ai dévoré ce livre. C’est le premier roman d’Amélie Nothomb que je lis, et j’avoue ne pas être déçue : l’histoire, l’échange de lettres entre Melvin Mapple et Amélie m’a fasciné, le retournement de situation de la fin m’a aussi surprise, je ne m’y attendais pas du tout. C’est un livre qui se lit très facilement et auquel on s’accroche vite.
Ma note : 10/10

Lettres à ma mère

Lettres à ma mère de Didier Lett
127 pages, éditions Des lettres Le Robert, collection Mots intimes, à 9,90€

 

Résumé : Petite histoire des relations maternelles et filiales à travers la correspondance de personnages célèbres ou anonymes présentée par Didier Lett.
De Charles Baudelaire à Gérard Depardieu, en passant par Paul Éluard, Le Corbusier ou encore Marie Trintignant… Découvrez les plus belles lettres de relations maternelles et filiales de personnages célèbres et anonymes.
Didier Lett est agrégé d’Histoire et Professeur d’Histoire médiévale à l’Université Paris-Diderot (Paris VII). Il est spécialiste internationalement reconnu de l’histoire de l’enfance, de la famille, de la parenté et du genre.

Extraits :  « De Léopoldine Hugo à Madame Victor Hugo [4 mars 1843] : Ma mère bien-aimée, chaque mot d’amour que tu m’adresses retentit profondément dans mon coeur et le remplit de joie. »
« Pauvre petite maman si bonne que j’ai tant fait pleurer. » Paul Eluard

Mon avis :  Lettres à ma mère, c’est un recueil épistolaires de correspondances de personnages célèbres ou moins connus avec leur mère. Didier Lett a fait une petite sélection des lettres les plus émouvantes écrites par des enfants, souvent d’un âge avancé, à leur mère, pour exprimer ce qu’ils ont sur le coeur mais ne parviennent pas à oraliser. Avec ces lettres, une brève présentation des personnes auteurs de ces missives, ainsi que le contexte dans lequel ils ont rédigés ces lettres.

Ce recueil est construit de manière chronologique : la première lettre de Dhuoda – personne tout à fait inconnu à ma connaissance – date de l’an IX. La dernière est écrite par Reyhaneh Jabbari – encore une parfaite inconnue – mais à été rédigée en avril 2014. On a donc une progression chronologique bien organisée, qui évolue dans le temps et nous permet un tour d’horizons des modes de vie de chacun et des relations maternelles.

Dans la préface entièrement écrite par Didier Lett, il nous explique que la majorité des correspondances sont constituées de lettres d’hommes, car « les lettres masculines et d’adultes sont toujours jugées plus dignes d’intérêt et donc mieux conservées que celles des enfants et des femmes. » Néanmoins, certaines lettres de femmes célèbres comme Lélopoldine Hugo ou Madame de Sévigné ont été gardées.

Ce qu’il faut savoir – et qui est très bien expliqué dans les pages de présentations qui précèdent les lettres – c’est qu’aucune correspondance choisie par Didier Lett n’est anodine. Toutes les lettres racontent des histoires, très intimes, qui montrent au lecteur l’étendu de l’amour entre l’enfant et sa mère. Alors que certains enfants sont plus dans la retenue et la pudeur (comme Gérard Depardieu, fidèle à lui-même, qui montre son amour maternel à travers un humour constant), d’autres sont très expressifs et ne craignent pas de dévoiler leurs sentiments ouvertement (c’est le cas pour Antoine de Saint-Exupéry qui ouvre son coeur dans ses lettres et montre sa vulnérabilité presque infantine lorsqu’il est éloigné de sa mère).

Outre l’amour débordant qui transparaît dans toutes les missives, c’est aussi l’histoire quotidienne des personnages qui émeut le lecteur. Gaston Biron, par exemple, décrit à sa mère les journées horribles qu’il endure à la guerre. Sentant venir la mort, il confie ses craintes et réecrit tout l’amour qu’il ressent envers sa mère. Guy Môquet, jeune communiste et syndicaliste de 19 ans seulement, il est arrêté par les Allemands et fusillé. Quelques heures avant sa mort, il écrit une dernière lettre d’adieu bouleversants à sa famille.

L’amour maternel est ici explicité et montré sous toutes ses formes. Dans des lettres intimes rédigées par des personnages célèbres à leur maman, ils se livrent et mettent à nu leurs doutes, leur vulnérabilité, leur reconnaissance ou encore leurs reproches vis-à-vis d’elle. Un recueil qui touche, constitué d’histoires passionnantes autant qu’attristantes. Des témoignages débordants d’amour, très éclectiques, avec comme seul point commun : l’amour filial qu’ils vouent à leur mère.

 

Ma note : 7,5/10