Vasco, messager de Verdun


Vasco, messager de Verdun de Évelyne Brisou-Pellen
151 pages, éditions Nathan, à 5,95€


Résumé : Nous sommes en 1916.
Louis, 16 ans, fait de la contrebande, aidé de son chien Vasco.
Un matin, ils sont arrêtés par les gendarmes. Pour Vasco, c’est la mort assurée ! Afin de le sauver, Louis le confie à l’armée qui a besoin de chiens pour porter des messages, sauver les blessés ou défendre les tranchées. Loin de son maître, le pauvre Vasco se retrouve au front, au milieu des champs de mines. Pourtant, grâce à son courage et son ingéniosité, Vasco deviendra l’un des héros de la Première Guerre Mondiale.
Un roman historique passionnant pour les enfants dès 10 ans.


Extraits : « Les voyages forment la jeunesse et déforment l’avenir. »

« Verdun n’est pas vraiment un endroit vert. »


Mon avis : Vasco est un chien de contrebande, arrêté avec son maître Louis par les gendarmes et condamné à mort. Pour le sauver, Louis propose aux gendarmes de se mobiliser avec Vasco dans la grande guerre. Ensemble, ils sont envoyés au front, pour aider à lutter contre l’ennemi allemand. Vasco est formé comme chien de liaison à apporter des messages dans les tranchées, à sauver des blessés et à donner l’alerte en cas de bombardements imminents. Quant à Louis, il sera chargé de l’éducation des chiens-soldats.

C’est avec beaucoup d’émotions que je découvre l’importance des animaux durant la première guerre mondiale et en particulier des chiens, qui avaient une place prépondérante aux côtés des hommes du front. L’aide des chiens est très peu relatée dans les récits d’histoire, ce qui est fort curieux puisqu’ils étaient pourtant d’une aide précieuse pour les hommes et d’un réconfort sans pareil. Évelyne Brisou-Pellen rend donc un bel hommage à ces animaux, décriés au fil des ans, mais pourtant d’un soutien sans faille. Vasco, notre protagoniste, se montre particulièrement courageux, téméraire, mais aussi fidèle à son maître et pédagogue vis-à-vis des hommes et des chiens en souffrance. Tout le monde rêverait d’avoir un Vasco à soi.

Dans Vasco, messager de Verdun, la narration est originale, puisque c’est le chien lui-même qui raconte son histoire. Totalement immergés à ses côtés, on vit de l’intérieur la guerre, les difficultés à communiquer, l’insalubrité, les attaques incessantes, les tensions constantes, la fatigue croissante, mais aussi la solidarité et l’amour. Les quelques ondes positives sont les bienvenues parmi les affres sombres de la guerre omniprésente.


Un roman jeunesse intéressant et immersif sur le soutien des chiens durant la seconde Guerre Mondiale. un livre à parcourir dès 10 ans, mais que les adultes prendront également plaisir à découvrir.

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-09-249604-6

À l’ouest rien de nouveau


À l’ouest rien de nouveau de Erich Maria Remarque
219 pages, éditions Le Livre de Poche


Résumé : Quand nous partons, nous ne sommes que de vulgaires soldats, maussades ou de bonne humeur et, quand nous arrivons dans la zone où commence le front, nous sommes devenus des hommes-bêtes… »
Témoignage d’un simple soldat allemand de la guerre de 1914-1918, A l’ouest rien de nouveau, roman pacifiste, réaliste et bouleversant, connut, dès sa parution en 1928, un succès mondial retentissant et reste l’un des ouvrages les plus forts dans la dénonciation de la monstruosité de la guerre.


Extraits : « Ainsi voilà ce qu’ils pensent, voilà ce qu’ils pensent, les cent mille Kantoreks ! « Jeunesse de fer. » Jeunesse ? Aucun de nous n’a plus de vingt ans. Mais quant à être jeune ! Quant à la jeunesse ! Tout cela est fini depuis longtemps. Nous sommes de vieilles gens. »

« Il est, d’ailleurs, comique que le malheur du monde vienne si souvent de gens de petite taille : ils sont beaucoup plus énergiques et insupportables que les personnes de haute stature. Je me suis toujours efforcé de ne pas faire partie de détachements commandés par des chefs de petite taille : ce sont, le plus souvent, de maudites rosses. »


Mon avis : Sans doute connaissez-vous déjà ce titre, ou du moins, en avez-vous déjà entendu parler, que ce soit du roman d’Enrique Maria Remarque ou des nombreuses adaptations cinématographiques de 1930, 1979 ou plus récemment, celle de 2015. À l’ouest rien de nouveau narre le quotidien éreintant des soldats allemands au front lors de la première Guerre mondiale. Une expérience immersive exceptionnelle, qui nous fait prendre pleinement conscience des dures réalités de la guerre.

La violence est omniprésente. La tension est palpable à chacune des pages, l’effroi, la peur. Ses soldats ne vivent pas au jour le jour, pire, ils tentent de survivre de minute en minute. L’auteur décrit avec minutie les attaques successives, les courses effrénées sur le champ de bataille, le bruit assourdissant des salves des armes, les détonations des obus. Ajoutons à cela l’hécatombe impressionnante des corps, les régiments décimés, l’odeur de sang omniprésente, les blessés par milliers. Le personnel soignant fait son possible pour venir en aide aux plus meurtris, mais rares sont ceux qui arrivent à s’en sortir indemnes. Les plus chanceux (bien que cela ne s’apparente aucunement à une chance telle quelle), retourneront combattre au front, jusqu’à la prochaine blessure… ou jusqu’à la mort.

J’ai été particulièrement touchée par la désolation du narrateur face à l’arrivée de très jeunes recrues. Déjà que lui-même, à peine âgé de dix-neuf ans, a été mobilisé au front sans grande préparation militaire ou psychologique ; il voit arriver avec horreur des centaines de renforts, des jeunes à peine sortie de l’adolescence, qui ne savent pas manipuler d’armes, qui se retrouvent projetés, seuls, dans une bataille qui les dépasse. Sans entraînement ni préparation suffisante, les pertes sont nombreuses, incalculables.  Comme l’explique si justement l’auteur, ces jeunes n’ont encore rien vécus de leur vie et se retrouvent au coeur d’un conflit mondial, dont ils ne savent même pas les tenants et aboutissants. L’absurdité de cette guerre meurtrière est plus que jamais pointée du doigt.

Dans les tranchées, le confort est sommaire. Les rations sont maigres, quand elles ne sont pas absentes. Les rats pullulent et mangent continuellement les provisions que les soldats gardent en prévision des jours prochains. Un ennemi de plus, aussi petit soit-il, qui vient ajouter une difficulté supplémentaire à leur quotidien déjà très sombre.

Les permissions sont également des moments forts de la vie des soldats. Un temps qu’ils prennent pour eux, pour leur famille aussi, soulagée et heureuse de les voir rentrer vivants. Mais c’est un temps éphémère, qui cause souvent bien plus de mal qu’il n’apporte de bien : les retrouvailles sont furtives, le départ inexorable guette, les prochaines rencontres sont incertaines. Mais pour le soldat qui retrouve sa famille, c’est avant tout un sentiment de lâcheté qui s’empare de lui ; il se sent honteux de laisser ses camarades d’armes combattre au front, alors que lui profite d’instants heureux, en sécurité à l’arrière. De retour dans les tranchées, notre narrateur, emprunt d’une culpabilité grandissante, essaiera de compenser son absence par une présence toujours plus accrue dans la bataille.

On ressent avec puissance cet aspect communautaire et solidaire qui lie les soldats entre eux. Dans cette guerre meurtrière, il est essentiel de se soutenir les uns les autres. Dans ces moments sombres, l’humour devient important : les blagues s’enchaînent, apportant un semblant d’insouciance et de légèreté. Mais très vite, la réalité reprend ses droits, la folie des hommes se développe, la mélancolie, puis la désespérance.

Enfin, vient l’inexorable sentiment de traumatisme. Après avoir vu tant d’horreurs, le cerveau humain peut-il continuer à vivre comme si de rien n’était ? Comment reprendre une vie normale, quand tant d’autres ont péris ?


Un roman historique émouvant sur le quotidien terrifiant des soldats du front. Il met en lumière toute l’horreur et l’absurdité de la première Guerre Mondiale, les combats, les peurs, les espoirs et désespoirs, la fraternité, devenue essentielle durant ce sanglant conflit. Un livre dur, qui rend un hommage bouleversant aux jeunes générations sacrifiées.

Ma note : 8,5/10

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ISBN : 2-253-00670-X
Traduction : Alzir Hella et Olivier Bournac

Capitaine Rosalie


Capitaine Rosalie de Timothée de Fombelle,
illustré par Isabelle Arsenault

61 pages, éditions Gallimard jeunesse, à 12,90€


Résumé : Alors que son père est à la guerre, Rosalie se lance dans une mission secrète.
Hiver 1917. Rosalie a cinq ans et demi. Son père est au front et sa mère travaille à l’usine. Alors, même si elle n’a pas encore l’âge, Rosalie passe ses journées à l’école, dans la classe des grands.
On croit qu’elle rêve et dessine en attendant le soir. Mais Rosalie s’est fabriqué une mission, comme celles des véritables soldats. Elle est capitaine et elle a un plan.


Extraits  « Ma chérie, je pense à vous. Je sais que Rosalie est sage. Et que le maître d’école est content de l’avoir. Et toi, je sais que ton travail est fatigant. Tu aimerais passer plus de temps avec ta petite fille. Mais quand je mets un obus dans le canon, je me dis toujours que c’est peut-être toi qui l’as fabriqué à l’usine. Comme si tu étais à mes côtés dans la bataille. Oui, les dames nous aident en travaillant si dur dans ces usines, et les enfants nous soutiennent en prêtant leurs mamans et en les attendant sagement. »

« Quand la classe s’assied enfin, je fais semblant d’être ailleurs, dans mes pensées, alors que je suis parfaitement concentrée. Je suis le Capitaine Rosalie, infiltrée dans ce peloton, un matin d’automne 1917. Je sais ce que j’ai à faire. Un jour, on me donnera une médaille pour cela. Elle brille déjà au fond de moi. »


Mon avis : Un grand merci aux éditions Gallimard jeunesse grâce à qui j’ai pu découvrir ce magnifique album jeunesse.

Écrit par Timothée de Fombelle et magnifiquement illustré par Isabelle Arsenault, il raconte l’histoire de la jeune Rosalie. Rosalie est une enfant de la guerre, dont le père est parti au front et la mère réquisitionné dans une usine à munitions. Rosalie se retrouve seule toute la journée et contrainte d’attendre sa mère au fond d’une classe d’un petit village.

Capitaine Rosalie, comme elle se nomme elle-même, est une petite fille très clairvoyante, qui, malgré son jeune âge, comprend parfaitement ce qui est en train de se passer dans le monde entier. C’est une jeune fille très courageuse, dotée d’un caractère bien trempé, mais elle reste quand même une petite fille, idéaliste et rêveuse.

Les planches sont tout simplement sublimes, et je pense que c’est le gros point fort de ce livre. Dessinées dans des couleurs sombres, avec une touche d’orangée, elles nous plongent parfaitement dans un contexte de grande guerre. Seule la couleur orangée donne une lueur d’espoir dans un monde bien trop noir.

 

Évidemment, au vu de la thématique abordée, à savoir la Première guerre mondiale, l’atmosphère générale du livre est pesante. Pesante dans le sens où la guerre est dans toutes les têtes, elle est présente dans le quotidien de chacun, personne ne peut l’ignorer, même pas les jeunes enfants. On ne peut rester insensible face à une telle histoire. La force et le talent de Timothée de Fombelle, réside dans le fait de créer des émotions, un contexte, une atmosphère particulière, un personnage attachant, une histoire multi-cibles, accessibles à la fois aux enfants et aux adultes… le tout en une soixantaine de pages seulement. C’est admirable, je ne peux qu’applaudir cet exploit, et celui d’Isabelle Arsenault, bien évidemment. Ensemble, ils ont réussi à créer un petit livre remarquable, touchant et impactant : bravo !


Un magnifique album, pleins d’émotions et d’humanité,  qui ne vous laissera pas indifférent. Préparez vos mouchoirs et lisez-le !

Ma note : 10/10

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Au revoir là-haut


Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

619 pages, éditions Le Livre de Poche, à 8,60€


Résumé : « Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »
Sur les ruines du plus grand carnage du XX° siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec Ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.


Extraits :  « Ce qui l’avait transpercé, c’était l’âge des morts. Les catastrophes tuent tout le monde, les épidémies déciment les enfants et les vieillards, il n’y a que les guerres pour massacrer les jeunes gens en si grand nombre.« 

« Même les grandes joies vous laissent un peu de regret, il y a un fond de manque dans tout ce qu’on vit. »


Mon avisC’est avec excitation que j’ai débuté ma lecture d’Au revoir là-haut. Depuis qu’il a été primé par le Goncourt en 2013, je n’avais de cesse d’entendre des louanges sur cette histoire. J’étais d’autant plus impatience de redécouvrir la si jolie écriture de Pierre Lemaitre, si changeante mais si belle, que j’avais pu admirer il y a peu dans son thriller Robe de marié. Dans Au revoir là-haut, l’auteur nous délivre une nouvelle forme que peut revêtir sa plume, à mille lieux de ses précédents ouvrages, mais toujours aussi bien écrit, aussi prenant et captivant.

Albert et Edouard ne se connaissaient pas avant d’être rassemblé pour faire la guerre. Une guerre désastreuse, où la mort ne signifie plus rien, tant elle est devenue monnaie courante. Mais en cette année 1918, les soldats entraperçoivent la finalité de cette bataille qui a duré plus de 4 années. Albert et Edouard, qui ont survécus durant tout ce temps, vont mener leur dernière offensive, en combattant les soldats sur la côte 113. Mais ils n’en ressortiront pas indemne. Albert frôle la mort de justesse, tandis qu’Edouard devient un blessé de guerre, totalement défiguré par un obus. La vie continue néanmoins, les deux hommes essaient de se reconstruire et d’oublier les horreurs qu’ils ont connus. Mais cela n’est pas évident, notamment pour Edouard, dont la figure, si différente qu’auparavant, lui rappelle sans cesse ce qu’il a vécu sur le champ de bataille. Pour se venger de cette guerre et des hauts placés qui ont ruinés leurs vies, les deux comparses vont imaginer une arnaque de niveau nationale. A l’heure où les communes s’empressent d’enterrer et de célébrer leurs morts, ils vont tenter de revendre des faux monuments aux morts à la France entière. De quoi leur rapporter un sacré pactole…

L’histoire est tellement bien écrite que les 600 pages du livre défilent à une vitesse folle. Pour tout vous dire, à chaque fin de chapitre, j’avais l’irrésistible envie de débuter un nouveau chapitre. Comme je cède souvent à la tentation, sachez que les chapitres s’enchaînaient les uns après les autres, sans temps mort.

Pierre Lemaitre retrace avec brio une période assez noire de l’histoire française. La première guerre mondiale et les conséquences qui ont suivies cette guerre (morts, blessés, traumatismes psychologiques, deuil, tristesse…). Autant d’émotions que les lecteurs ressentiront intensément. Il pointe particulièrement du doigt les injustices de ce conflit, la couardise des hauts gradés, le manque de reconnaissance après-guerre.

En attendant l’adaptation cinématographique de ce roman, prévu en octobre prochain, je vous laisse découvrir la bande-annonce ci-dessous. J’ai vraiment hâte de découvrir la façon dont les scénaristes se sont appropriés le récit. Car 600 pages d’écriture à raccourcir dans 1h30 de film sans dénaturer l’histoire, ça demande du temps et beaucoup de talent.


Au revoir là-haut est un magnifique roman historique, qui retrace une période après-guerre très noire. Avec humour, cynisme, volupté et poésie, Pierre Lemaitre réalise un coup de maître, en créant une ambiance réaliste, bourrée d’intenses émotions, dans une histoire totalement fictive. J’ai beaucoup apprécié le récit et les personnages et attend avec impatience de découvrir l’adaptation cinématographique réalisée par Albert Dupontel

Ma note : 8/10

 

Le mystère du Lucy Lost

Le mystère du Lucy Lost de Michael Morpurgo
429 pages, éditions Gallimard jeunesse
Résumé : Mai 1915…
Sur une île de l’archipel des Scilly, un pêcheur et son fils découvrent une jeune fille blessée et hagarde, à moitié morte de faim et de soif. Elle ne parvient à prononcer qu’un seul mot : Lucy. D’ou vient-elle? Est-elle une sirène ou, plutôt comme le laisse entendre la rumeur, une espionne au service des Allemands ?
De l’autre côté de l’Atlantique, le Lusitania, l’un des plus rapide et splendides paquebots de son temps, quitte le port de New-York. A son bord, la jeune Merry, accompagnée de sa mère, s’apprete a rejoindre son père blessé sur le front et hospitalisé en Angleterre…
Extraits : « Être différent dans ce monde ignorant est souvent pris pour de la folie. »
« C’est terrible pour un marin de couler un navire, de le voir s’enfoncer dans les vagues, de voir des hommes mourir. On les entend crier, on les entend hurler. Pour un marin, tuer un marin, c’est comme tuer un frère. »

Mon avis : Un pur régal, un ovni dans le genre littéraire, un livre à découvrir absolument ! Si vous aussi, vous avez pleuré des dizaines de fois devant le film Titanic, vous pleurerez d’autant plus en lisant Le mystère de Lucy Lost.

En pleine première guerre mondiale, alors que le monde assiste impuissant à la disparition de centaines de milliers de vies humaines, des hommes se battent constamment pour défendre leur patrie. C’est le cas du papa de Merry, un américain partit en renfort en Angleterre, mais gravement blessé au front. Sans hésiter une seconde, Merry et sa maman sautent dans le premier bateau venu pour rejoindre l’Angleterre : Le Lusitania, le plus grand paquebot transversant l’Atlantique… bateau détruit par un U-boot, un sous-marin ennemi, causant des milliers de morts. Seule Merry, tentant tant bien que mal de survivre, se voit sauvée par des marins, puis déposée sur l’île des Pestiférés, départ d’une nouvelle vie, sans souvenirs du traumatisme passé.

Avant toute chose, comme le précise si bien le livre dans ses dernières pages, l’histoire est fictive, mais certains éléments sont véridiques, comme le naufrage du Lusitania, l’archipel des îles Scilly ou échoue la jeune Merry, ou encore les U-boots sous-marins. Au plus sombre de l’histoire mondiale, Michael Morpurgo met en avant l’horrible guerre, causant volontairement des milliers de morts innocents.

La protagoniste, jeune fille âgée tout juste d’une douzaine d’années, arbore la fragilité de l’enfance, détruite par les horreurs causées par cette guerre sans merci. Une guerre traumatisante, qui fait partiellement perdre sa mémoire à Merry, qui se rebaptisera elle-même Lucy en l’honneur du paquebot naufragé, lui ôtant dans un même temps la parole et le goût de la vie.
Alfie et ses parents, famille bienheureuse de pêcheurs, qui se complaisent dans une vie simple sans chichi, recueillent les bras ouverts la jeune Lucy, se questionnant sans discontinuer sur son identité. Cette famille au grand coeur intégrera directement la jeune fille parmi eux, sans jamais la brusquer, la protégeant comme leur propre fille. Bien plus qu’une soeur pour Alfie, Lucy se révèle être totalement en symbiose avec le jeune garçon, s’adonnant tous les deux à des loisirs partagés, se comprenant en un regard, sans même que Lucy n’ait besoin de dire une parole. C’est entièrement grâce à cette famille que Lucy retrouvera goût à la vie, et s’épanouiera comme une jeune fille normale.
A travers les dimensions psychologiques de son histoire, l’auteur met en avant la reconstruction possible des personnages. Le miracle est intervenu progressivement pour Lucy, qui, grâce à des habitudes anciennes retrouvées, a été capable de renouer avec passé. Mais c’est également le cas avec le frère de madame Wheatcrof (la maman d’Alfie), qui se nomme Billy, interné dans un asile, mais sorti par sa soeur. Il reconstruit depuis quelques années L’Hispaniola, un bateau amoché, que personne ne pensait pouvoir revoir voguer un jour. Le miracle se produit également, avec un bateau qui vogue sur l’eau, avec à son bord, le capitaine Billy. Une touche d’espoir et de couleur vive, qui met du baume au coeur aux lecteurs.

Un roman plus que touchant, bouleversant, avec lequel s’opère un devoir de mémoire, pour ne jamais oublier toutes les personnes qui ont péris durant cette guerre, ou celles traumatisées à vie par les événements. Le mystère de Lucy Lost est un voyage spatio-temporel, un retour dans les temps de guerre, et un voyage plaisant au coeur de contrées lointaines, reculées, peu habitées et peu connues du grand public. Des espaces sauvages, où l’homme et la nature cohabitent parfaitement (en référence aux nombreux animaux présents dans la narration, à la pêche, métier qui leur permet de survivre, tout comme les poules, qui les nourrissent en partie).

Je vous en prie, n’hésitez pas une seule seconde, et lancez-vous à corps perdu dans la lecture de ce somptueux livre. Il a été un véritable coup de coeur pour moi, un livre comme je n’en avais pas lu depuis bien trop longtemps ; un contexte historique, mêlé à une histoire émouvante, un paysage paradisiaque et des personnages détonnants. J’aurais voulu que rien ne puisse jamais arrêter ma lecture de ce roman… Lisez-le impérativement !!!

Ma note : 10/10