Biographie·Témoignage

Cette étoile ne s’éteindra pas


Cette étoile ne s’éteindra jamais 

de Esther Earl, Lori et Wayne Earl

443 pages, éditions Nathan, à 17,95€


Résumé : La vie et les mots d’Esther Grace Earl, la jeune fille qui a inspiré le personnage d’Hazel à John Green. Un livre poignant, regroupant écrits et documents sur Esther Earl, la jeune fille qui a inspiré à John Green le personnage féminin de Nos étoiles contraires. Une jeune fille qui brille à travers tout le livre par sa joie et sa soif de vivre.


Extraits :  « Le monde dans lequel nous vivons est défini par ses limites. On ne peut pas voyager plus vite que la lumière. On mourra tous un jour. On ne peut pas y échapper. Mais la conscience humaine a ceci de miraculeux et d’encourageant qu’elle est capable de concevoir l’absence de limites.« 

« J’ai dit un peu plus haut que ce soir de 2009 où Esther m’a sauvé de la piste de danse n’était que le début d’une longue série. En fait, elle me sauve constamment. Dans ces pages et dans mes souvenirs, elle me rappelle que la vie n’a pas besoin d’être longue pour être heureuse et bien remplie, qu’on peut souffrir d’une dépression sans la laisser nous dévorer, et que le sens de notre existence passe par les autres, par la famille et les amis qui transcendent et surmontent toutes les formes de souffrance. Pour citer le Cantique des cantiques, « l’amour est aussi fort que la mort ». Peut-être même plus. »


Mon avis : Cette étoile ne s’éteindra pas est un livre-hommage à Esther Earl, une jeune fille atteinte d’un cancer de la thyroïde, qui s’est éteinte en août 2010, à l’âge de 16 ans.

Ce livre regroupe des écrits d’Esther, que ce soit des écrits réalisés dans son journal intime, qui parlent de l’avancée de sa maladie et des émotions qu’elle éprouve ; ou des lettres d’amour destinés à son entourage. J’ai été surprise par la créativité de la jeune fille, qui accompagnait chaque écrits d’illustrations ou de petits dessins humoristiques. De plus, à la la fin de l’ouvrage, ses parents ont compilés quelques ébauches de fictions commencées par Esther… il n’y a pas à dire, cette jeune fille avait une âme d’artiste !

Vous retrouverez également quelques photos d’Esther, souriante, avec ses amis, sa famille, ou John Green ; ainsi que de magnifiques témoignages de son entourage (des écrits de ses parents, de ses amis…) qui débordent d’amour envers Esther et de remerciements, au vu de tout ce qu’elle leur a apporté.

Un exemple d’une page du livre, avec la transcription en français d’une lettre d’Esther pour l’anniversaire de son père, accompagné d’une photo d’eux deux. L’amour transpire de chaque mot.

 

Esther était une jeune fille exceptionnelle, à la maturité bien trop avancée. Sa maladie l’a fait grandir trop vite. C’était quelqu’un de très créatif, optimiste, toujours de bonne humeur, avec des mots doux et personnels pour chaque personne de son entourage. Ce qu’il y avait de merveilleux avec elle, c’est que malgré tous les maux qui l’accablaient, Esther n’a jamais dramatisé sa situation, au contraire, elle est restée celle qu’elle avait toujours été : souriante, rigolote, sympathique, empathique. Cette jeune fille, du haut de ses 16 ans, est un vrai modèle de gaieté et de courage.

Elle s’exprimait à travers son journal, à travers son blog, ses vidéos Youtube… elle faisait entendre sa voix, et souhaitait changer et améliorer le monde. Esther vivra encore longtemps, dans l’esprit de ses proches, et à travers ses nombreuses actions à l’encontre des personnes dans le besoin.

Pour information complémentaire, Esther est la jeune fille qui a inspirée John Green, l’auteur de Nos étoiles contraires, un roman jeunesse sorti en 2012, resté plus de sept semaines à la tête du New York Times Best Seller list. Leur passion commune pour Harry Potter les a fait se rencontrer lors d’un événement organisé pour les fans de la série. Esther appréciait John Green, alors connu pour les vidéos YouTube qu’il tournait avec son frère Hank. Une jolie amitié va naître entre ces deux personnes, tant et si bien que l’auteur, très affecté par le décès d’Esther, survenu la veille de son propre anniversaire, lui rendra hommage à travers son livre.

Les parents de Esther, Lori et Wayne, perpétuent la mémoire de leur fille et les valeurs qu’elle incarnait, à travers l’association TSWGO qui signifie This Star Won’t Go Out. Ils récoltent de l’argent, pour aider financièrement les familles qui ont un enfant atteint du cancer. Les traitements sont très onéreux ; Esther a eu la chance d’avoir une famille aimante et attentionnée, qui s’est privée, allant parfois jusqu’à avoir du mal à joindre les deux bouts, pour assurer sa guérison partielle. Une belle initiative, qui permettra d’apaiser quelque peu les souffrances quotidiennes des proches.

Pour l’achat de ce livre, 1 euro sera reversé à l’association Imagine for Margo, qui aide les enfants atteints d’un cancer.


Ce livre-hommage est à l’image d’Esther : coloré, vivant, rempli d’amour. Un récit poignant, qu’il faut lire en ayant le coeur bien accroché. 

Ma note : 8/10

 

Autobiographie·Biographie·Témoignage

J’ai réussi à rester en vie


J’ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates

529 pages, éditions Points, à 8,30€


Résumé : Le matin du 11 février 2008, Raymond Smith, le mari de Joyce Carol Oates, s’est réveillé avec un mauvais rhume. Il respire mal et son épouse décide de l’emmener aux urgences où l’on diagnostique une pneumonie sans gravité. Pour plus de sûreté, on le garde en observation. Une semaine plus tard, au moment même où il devait rentrer chez lui, Raymond meurt d’une violente et soudaine infection nosocomiale. Sans avertissement ni préparation d’aucune sorte, Joyce est soudain confrontée à la terrible réalité du veuvage. Au vide. À l’absence sans merci. J’ai réussi à rester en vie est la chronique du combat d’une femme pour tenter de remonter de ce puits sans fond. De poursuivre une existence amputée du partenariat qui l’a soutenue et définie pendant près d’un demi-siècle. En proie à l’angoisse de la perte, à la désorientation de la survivante cernée par un cauchemar de démarches administratives, et les absurdités pathétiques du commerce du deuil, Oates décrit l’innommable expérience du chagrin, dont elle ne peut s’extraire qu’à grand peine, de temps à autre, en se tournant vers ses amis. Avec sa lucidité coutumière, parfois sous-tendue d’un humour noir irrésistible (quand, par exemple, elle se lamente sur l’absurdité des luxueux paniers gargantuesques de saucissons et de pop corn au chocolat déposés devant sa porte en manière de condoléances), elle nous offre à travers ce livre, qui ne ressemble à rien de ce qu’elle a écrit jusqu’ici, non seulement une émouvante histoire d’amour mais aussi le portrait d’une Joyce Carol Smith inconnue et formidablement attachante.


 

Extraits :  « La plus délicieuse des intimités : ne pas avoir besoin de parler ».

« Quand on vit seul, prendre un repas a quelque chose de méprisable, de dérisoire. Car un repas est un rituel social, sans quoi ce n’est pas un repas, mais juste une assiette remplie de nourriture ».

Mon avisJoyce Carol Oates est une auteure américaine mondialement connue, qui comptabilise plus d’une centaine de livres à son actif (romans, nouvelles, pièces de théâtre…). Curieuse de découvrir son écriture, j’étais aussi curieuse de découvrir qui était cette grande dame. C’est pour cette raison que, comme première approche littéraire, j’ai fait le choix de lire un de ses témoignages les plus intimes et poignants qui soient, puisqu’il raconte la mort de son mari, Raymond, avec qui elle était mariée depuis près de cinquante ans et son veuvage précoce.

Il n’est jamais facile d’écrire un avis sur un témoignage, puisque cela revient à juger de la vie d’autrui, chose que je ne me permettrais jamais de faire. Dans cette chronique, je m’attacherais donc à vous témoigner toutes les émotions qui m’ont traversées à la lecture de ce récit.

Comme chaque lecture qui lit ce récit, j’ai éprouvé beaucoup de peine à l’annonce tragique de la mort de Ray Smith, et j’ai pu ressentir le choc que cela a dû être pour Joyce de constater la mort brutale de son mari, alors si en forme une semaine auparavant. Une mort prématurée, qui aurait pu être évitée. J’ai ressenti de la colère à l’encontre des membres hospitaliers, qui m’ont semblé peu bienveillants, assez froids, rigides. La présence constante de la mort dans leur vie leur a certainement forgé une carapace qui les empêche de ressentir de ressentir des émotions tragiques.

On ne peut que compatir à la tristesse de la veuve et calquer sa propre vie sur la sienne. Comment aurions-nous réagit si une telle chose nous arrivait dans la vie ? On s’identifie à l’auteure, on boit ses propos et on s’émeut intensément de ses paroles. C’est beau et touchant, c’est fort émotionnellement et bien écrit stylistiquement. Entre souvenirs heureux de leur vie commune et réflexions sur la perte et la période qui suit la perte de l’être cher, c’est un récit intime, plein d’émotions que nous livre l’auteur. Elle nous partage ses peines : lorsqu’elle rentre dans leur maison trop grande et trop vide, que tous les endroits où elle se rend lui rappelle Raymond, que les messages et cadeaux attendrissants arrivent par centaines… Elle doit maintenant faire face seule à la vie, et tenter de reprendre le court normal de son quotidien.

A ceux qui auraient peur de retrouver entre ces pages une effusion d’émotions tragiques, détrompez-vous. L’écriture de Joyce Carol Oates, bien loin d’être larmoyante et plaintive, est au contraire remplie d’une force expressive intimidante et d’une réflexion intelligente sur le deuil et la dépression. Ce livre représente un magnifique hommage à l’homme qu’elle a aimé, chérie et accompagné tout au long de sa vie. Pour finir cette chronique d’une touche d’espoir, sachez que le destin a décidé de faire recroiser le chemin de l’amour à Joyce. Depuis ce terrible drame, l’auteure s’est reconstruite auprès d’un autre homme. Rien ne pourra jamais lui faire oublier son Raymond, mais la vie est tellement courte, qu’il ne faut pas la passer à se morfondre, mais qu’il faut continuer à profiter, à avancer et à aimer. Bravo Joyce Carol Oates : j’admire votre courage et votre lutte acharnée pour réussir à rester en vie.

Ma note : 7/10
Autobiographie·Témoignage

Lettre à Hervé

Lettre à Hervé de Eric Sagan
109 pages à 9,90€

 

Résumé : Il était une fois un garçon d’une vingtaine d’années. Qui tombe amoureux d’un mec. D’un mec hétéro. Rien de très original.

Mais ce garçon se met en tête d’écrire une lettre. Dans cette lettre, il va raconter sa vie, son enfance, ses peurs, ses péripéties d’enfant normal, ou presque, péripéties touchantes, souvent drôles, parfois choquantes, toujours humaines.

Cette lettre il la donne à Hervé. Et il la donnera également plus tard à ses parents, en se rendant compte qu’il n’avait jamais rien écrit de mieux pour expliquer qu’il était différent. Des années passent. Il reçoit alors l’appel d’un inconnu : le psychologue de son père. Il apprend que son père s’était lui aussi servi de cette fameuse lettre, pour parler de son fils sur le divan. Pourquoi ce psy avait-il appelé ? Pour demander l’autorisation de faire lire cette lettre à un autre patient, dont le fils était gay, lui aussi. Pour l’aider à accepter son fils.

Cette histoire, vraie, et d’autres événements de la vie, allaient finir par convaincre l’auteur de publier cette lettre, sous forme de fiction, en préservant l’authenticité de l’original.

Extraits :  « Ce que je vais te raconter, j’aurais été incapable de le faire face à toi. C’est tellement plus simple de parler à du papier. C’est gentil le papier, ça absorbe l’encre bien noire, gentiment, sans rien dire. Ça ne dit rien, ça accepte tout. »
« La vie d’un gosse est riche de ces humiliations dont on pense ne jamais se relever. »

Mon avis :  Ce livre, bien que très court, envoi du lourd, comme on dit. Ces cent pages ne vous laisseront pas indifférents, j’en suis certaine.

C’est un ouvrage fort en émotions. Je ne peux clairement pas juger cette histoire – qui est une histoire autobiographique -, mais je vais tâcher quand même de vous en parler. Lettre à Hervé, c’est une longue lettre, découpée en plusieurs chapitres, rédigée par l’auteur lui-même, dans laquelle est racontée l’histoire de sa vie. De sa plus tendre enfance, de ses années d’école, jusqu’à ses vingt-quatre ans. Dans cette lettre, l’auteur se livre. On apprend à le connaître, à découvrir sa personnalité et son identité.

Eric Sagan met en lumière l’homosexualité. On apprend, presque en même temps que le protagoniste, sa singularité : il est attiré par les garçons. Il y a une scène forte que je retiendrais particulièrement : celle du bus. Quand, enfant, il s’est assi à l’arrière d’un bus scolaire, à côté d’une fille, qu’il s’est endormi sur elle en lui prenant la main. Avec ces quelques mots de l’auteur : « Il n’y a aucune différence entre cette scène qui s’est déroulée il y a quelques années dans ce bus qui revenait d’Angleterre, que chacun vécue d’une manière ou d’une autre, et la même scène, entre deux garçons« . A travers ces quelques phrases, Eric Sagan tente de désacraliser la figure du couple et de changer la façon dont les gens regardent les couples homosexuels.
Bon, la prochaine fois, il faudrait que l’auteur tente de parler de couples d’hommes sans discréditer les femmes. Dans certains passages, l’évocation de la figure féminine était faite dans une parole un peu trop crue à mon goût.

Néanmoins, j’ai quand même été touchée par ce récit, qui est vraiment très poignant. L’auteur couche sur papier sa vie, en écrivant autant les bons que les mauvais moments qui ont peuplés son existence. C’est un joli condensé d’amour, de désir, de découverte de soi, d’insouciance.

Il faut avoir le coeur bien accroché quand on lit cette lettre. Il y a déjà la vie de l’auteur qui n’a pas été de tout repos, et qui nous émeut fortement. Puis, l’arrivée de la dernière lettre, comme dénouement, qui est un point final terriblement déchirant. Je pense que la note que j’ai attribué à ce livre est en partie dûe à cette dernière lettre. Je n’en dirais pas plus, vous laissant la surprise de découvrir ce qu’elle contient.

Je remercie vivement le site Livraddict pour m’avoir permise de découvrir cette fabuleuse lettre. Ce fut une lecture riche en émotions et très surprenante. J’en viens même à en redemander. A quand un prochain livre ?

 

Ma note : 9,5/10
Témoignage

Positive

Positive de Paige Rawl
410 pages, éditions Hachette romans, à 17€

 

Résumé : Paige Rawl est une adolescente rayonnante. Pom-pom girl, footballeuse, excellente élève, tout semble lui réussir. Jusqu’au jour où elle révèle son secret à sa meilleure amie : elle est séropositive, sa mère lui a transmis le HIV. Dans les heures qui suivent, le harcèlement commence. Ses camarades laissent des mots cruels dans son casier. Ils chuchotent sur son passage. Paige ne s’est jamais sentie aussi seule. Pour la première fois, elle ne sourit plus. Cela aurait pu être la fin de son histoire. Mais cela en était le début.

Extraits :  « Le VIH, ou virus de l’immodéficience humaine, est un virus. Les virus, c’est bizarre : on pense que ce sont des organismes vivants, or ça ne vit pas. Enfin, pas vraiment. Les virus ne peuvent grandir ou se reproduire, mais une fois qu’ils envahissent des cellules vivantes, ils se comportent comme de organismes vivants. Ils prennent le contrôle des cellules et en détournent le métabolisme à leur profit pour se reproduire. D’une certaine façon, on peut dire que les virus empruntent du vivant, ou le volent. »

« Fréquenter l’hôpital si régulièrement et dès le plus jeune âge peut paraître terrible. Mais n’est-ce pas plutôt une chance que d’avoir été entourée, dès la plus petite enfance, par tant de chaleur humaine et de gentillesse ? N’y a-t-il pas pire début dans la vie ? »

Mon avis :  Quelle émotion… Paige Rawl est une jeune femme que rien ne différencie des autres. Si c’est son secret, qu’elle garde enfouie au plus profond de son être depuis toujours : elle est séropositive, puisque sa mère lui a transmit le VIH à sa naissance. Un secret qu’elle dévoilera innocemment à sa meilleure amie Yasmine, qui le communiquera à tout le lycée de Clarkstone où les deux filles sont scolarisées. A partir de là, commencera le harcèlement verbal, les insultes de ses camarades, les surnoms moqueurs (Paids, contraction de son prénom « Paige » et de « Aids », le sida en anglais), ainsi que l’incompréhension et l’inaction des adultes face à ce harcèlement de plus en plus blessant.

L’auteure se livre sur ces années scolaires difficiles à vivre. En changeant seulement les noms des protagonistes, elle raconte avec exactitude les brimades et autres maux dont elle a été victime. Des mots et des actes qui choquent, mais qui sont le quotidien de quantités de jeunes partout dans le monde.

Paige, la jeune fille heureuse et souriante que l’on peut retrouver sur les photos souvenirs insérées entre les chapitres, va se transformer en une adolescente malheureuse et seule, abandonnée et incomprise. Ce harcèlement insistant va avoir un tel impact sur sa vie, qu’elle songera plusieurs fois à se suicider.

L’ignorance et la fermeture d’esprit dont font preuve les jeunes et les moins jeunes face à cette maladie est une honte. Paige tente de changer les moeurs, en expliquant à plusieurs reprises d’où vient cette maladie (de son père, infidèle à sa mère, il le lui a transmit lors d’un rapport sexuel), comment peut-on la contracter, qu’elle est-elle réellement, comment agit-elle, comment peut-on la traiter… Elle insiste grandement sur la différence entre le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) qui affaiblit le système immunitaire en le rendant vulnérable à toute les maladies, et le sida, qui est le stade le plus avancé d’un VIH. Ces deux maladies ne sont transmissibles que par des rapports sexuels. Il n’existe à ce jour malheureusement aucun traitement permettant de soigner entièrement ces deux maladies.

Ce livre est un témoignage coup de poing, qui nous met face à plusieurs grandes thématiques dont l’on entend presque quotidiennement parler dans les médias. Le harcèlement scolaire d’abord, qui ne fait que s’accroître d’année en année. Insultes, moqueries, puis cyber-harcèlement, sont la plus grande cause de suicides chez les adolescents. Mettre en lumière ce mal doit permettre de faire prendre conscience aux jeunes de l’impact que peuvent avoir leurs agissements.
Le VIH et le sida, ensuite, dont on entend de plus en plus parler. Paige Rawl réagit avec maturité face à ce mal qui la ronge, puisque dans son livre, elle explique avec sérieux les caractéristiques de ces maladies. Les pointer du doigt, c’est faire acte de prévention, pour que chacun puisse les connaître et se prémunir contre elles.

Un grand bravo à Paige Rawl pour ce magnifique ouvrage. Cette jeune femme très courageuse a su ouvrir sa bouche pour tenter de faire évoluer les moeurs et de changer le regard que l’on peut porter sur ce virus de l’immunodéficience humaine. Malgré les épreuves traversées dans sa vie, elle a su rester positive et se battre contre elle-même et contre les autres. Un bel exemple de persévérance et d’audace. Je le recommande à tous.

Ma note : 8,5/10
Témoignage

Quand je me suis arrêtée de manger

Quand je me suis arrêtée de manger
de Léa Mauclère
251 pages, éditions City, à 17,95€
Résumé :Il y a dix ans, Léa s’est arrêtée de manger. Cette jeune adolescente était douée à l’école, faisait beaucoup de sport et semblait très épanouie. On ne cessait pourtant de lui dire qu’il fallait souffrir pour être belle. Et, au fond d’elle-même, Léa se sentait comme morte, n’ayant plus aucun désir de manger et de vivre. Une vraie maladie.

D’abord anorexique, la jeune fille devient ensuite boulimique, avalant tout et n’importe quoi avant de se faire vomir, alternant séances chez le psy et séjours à l’hôpital. Léa raconte ces années de souffrance et de douleur. Dix années de lutte contre une maladie qui l’a rongée au point de la conduire tout près de la mort…
Un bouleversant récit de 10 années d’enfer entre anorexie et boulimie.

Extraits : « Si l’amour fait autant souffrir, pourquoi aimer à nouveau un jour ? Autant profiter et ne pas s’accrocher.  »
« Lire pour vivre une vie meilleure, pleine d’aventures, de rebondissements, une vie différente de la mienne, si lisse en apparence.  »

Mon avis : Quel plus grand acte de courage que de balancer sur le papier l’histoire la plus noire, la plus terrible que l’on puisse vivre un jour ? Un récit cru, tordant et émouvant sur les années d’anorexie de Léa Mauclère, rongée par la maladie, qui détruit peu à peu sa vie, corporelle et sociale. Un témoignage bouleversant sur le combat d’une vie, prouvant la détermination de l’auteure et les méfaits qui accompagnent l’anorexie.

Bien connue pour toucher relativement tôt les adolescentes, l’auteure n’a pas échappée à la cruelle règle, et s’est laissée submergée par l’anorexie. Souvent dans le but de peaufiner son physique, de plaire ou de ressembler à des mannequins fines et sveltes, les jeunes filles se laissent peu-à-peu sombrer dans le cycle infernal de l’anorexie, se séparant de la société le temps de se laisser mourir à petit feu. L’expérience de Léa Mauclère est identique tout en étant différente. Dégoûtée du quotidien, de la nourriture, éprouvée par la vie, elle ne ressent plus le besoin d’exister et cesse de s’alimenter. Une descente aux enfers commence alors, une épopée qui dure depuis plus d’une dizaine d’années, avec ses hauts et ses bas, entièrement contrôlé par la maladie, où la nourriture est au centre de tout.

On peut facilement voir que l’auteure a gâchée une partie de sa vie pour ce qui semble être des atrocités inutiles et futiles, des détails insignifiants qui ne devraient même pas exister.

Entre allers et retours à l’hôpital, au collège où elle travaille et aux toilettes pour vomir, le quotidien de Léa Mauclère est dicté par l’anorexie, omniprésente, la rongeant de l’intérieur, détruisant sa vie sociale et ses repères. Bien qu’ambitieuse de réussir, de se sortir de cet engrenage infernal, le corps et l’esprit de coïncident plus, déconnectés l’un de l’autre, ils agissent indépendamment de tout, prennent des directions différentes pour finalement se rejoindre et anéantir la triste jeune femme. Le filet d’espoir qui arrive à suinter est vite balayé par la maladie, se rappelant irrémédiablement à elle.

Le fait d’écrire ce témoignage, de partager son histoire, de s’ouvrir au vu et au su de tous, prouve la force et la ténacité avec laquelle l’auteure souhaite se départir de l’anorexie. Pour ne pas perdre pied, pour se raccrocher à la vie, pour garder un semblant d’espoir en la vie. Quand je me suis arrêtée de manger est un récit coup de poing, moyen de pression et de dissuasion envers celles – et ceux, plus rares mais existants -, qui commencent à s’engouffrer dans les âpres souterrains de l’anorexie.

Ce profond récit est émouvant au plus haut point. Les points les plus poignants sont certainement ceux des crises à répétitions – de la façon avec laquelle cette jeune femme se nourrissait durant plusieurs heures, pour ensuite se vider complètement, jusqu’à se sentir amoindri. Ses décisions de s’en sortir, de quitter cette affreuse dépendance à la nourriture, montrent la lucidité avec laquelle elle combat. Mais tiraillée entre son poids, son apparence physique, ses proches professionnels, sa vie sociale et son état d’esprit, la remontée n’est pas aisée. Il faut du temps, de la force et du courage pour surpasser tant d’années de galères, pour tenter d’oublier tout ce mal subit.

Ma notation quant à ce témoignage repose essentiellement sur la qualité d’écriture, et le contenu pertinent du livre. Je ne juge en aucun cas la véracité ou les atrocités dépeintes. J’apporte tout mon soutient à l’auteure, lui souhaite le meilleur pour la suite, et la remercie pour la force qu’elle a dépensée dans la confection de son ouvrage, fugaces et tristes moments d’une vie bafouée et gâchée par la maladie.

Ma note : 8,5/10
Témoignage

Israël : Les blessures d’un destin

Israël : Les blessures d’un destin
d’Aude Marcovitch
90 pages, éditions Nevicata, collection L’âme des peuples, à 9€

 

Résumé : Ils sont Israéliens et ils le crient. Avec leurs lots de joies, de peines, de colères et de blessures. Dans cet éternel champ de bataille qu’est leur petite terre tant convoitée depuis des millénaires, les citoyens de l’État hébreu racontent avec leurs mots le destin du pays qu’ils continuent de construire et celui des communautés dont ils sont issus. Leurs paroles, rythmées par les prières des croyants, tracent le sillon d’une réalité bigarrée, entre modernisme débridé et hyper-conservatisme.
Ce petit livre n’est pas un guide. C’est un décodeur. Il revisite, à travers une dizaine de portraits puis à l’écoute de grandes voix israéliennes, l’image d’un pays façonné au gré des confrontations religieuses et d’une histoire souvent tragique. Un voyage au coeur des passions israéliennes pour mieux en découvrir l’infinie complexité. Au fil de destins entremêlés.

Extraits : « La meilleure manière de contrôler les gens sur le long terme, c’est qu’ils aient peur de toi. »
« Contrairement à un certain conservatisme européen qui exige que le chemin soit précisément balisé avant de se lancer dans une entreprise personnelle, les Israéliens osent, réussissent, échouent parfois, sans pour autant se formaliser de l’échec. »

Mon avis : Comme stipulé dans le résumé ci-dessus, Israël : Les blessures d’un destin n’est pas un livre de fiction, mais bel et bien un récit, composé de témoignages véridiques, qui convergent sur un même sujet. Ce court recueil peut s’apparenter à un voyage initiatique au coeur du nouvel état israélien, de ses conflits, ses tensions et ses divisions.

Avant toute chose, je tiens à dire qu’une connaissance minime du Proche et du Moyen-Orient et principalement de l’histoire israélienne est primordiale pour comprendre les grandes lignes de ce recueil. Les principaux événements du siècle dernier sont évoqués brièvement sans pour autant être développés et expliqués (la guerre du Kippour, la guerre des Six Jours, les accords d’Oslo…). Un travail personnel doit être réalisé en amont, avant la lecture de ce livre. Bien sûr, même sans connaître ces grandes lignes, vous pouvez vous lancer dans la lecture de ces témoignages, mais vous ne comprendrez que le message explicite que développe les différents protagonistes.

Le recueil se découpe en plusieurs parties, plusieurs histoires et témoignages qui n’excèdent pas une dizaine de pages chacun. Aude Marcovitch, journaliste probablement, mais avant tout passionnée de l’histoire israélienne, elle va à la rencontre des populations, et écoute leurs vécus, leurs opinions, leurs convictions, leurs vies autant sociale, politique ou religieuse, avec comme but ultime, celui de dépayser le lecteur, de le plonger au coeur de la réalité d’Israël. Souvent originaux, singuliers et typique de ce Proche-Orient pourtant si lointain, les récits collectés par la jeune femme choquent autant qu’ils fascinent.

Le témoignage qui m’a le plus ému, est sans doute celui de la page 25, Dans la peau d’un espion, qui narre la poignante histoire de Moshe, jeune espion israélien du Mossad, qui va baser sa vie sur des mensonges, qui va se mettre à craindre tout et n’importe quoi, qui survivra dans la peur, dans la peau d’un autre. Le plus touchant reste les dernières lignes de ce témoignage, quand le protagoniste nous parle rapidement de la mort de son père, et qu’il apprend, dans le laps de temps qui suit les funérailles, que son père n’était pas policier, mais qu’il faisait le même métier que lui ; espion.

Ce n’est qu’un exemple de la réalité militaire et sociale qui existe en Israël. La majeure partie des témoignages du recueil sont axés sur la religion, et la division ethnique du territoire. On apprend les coutumes des ultraorthodoxes, les principales sources des ashkénazes et des sépharades, la tradition des yeshivas… Jusqu’alors, je n’avais jamais entendu parler de telles pratiques, tout comme je ne connaissais pas l’existence des multiples convergences religieuses qui existent au sein même d’une seule religion. Pour être enrichissant, ça l’est !

Le voyage initiatique que nous permet de faire l’auteure, ouvre notre esprit, accroît nos connaissances du monde, et de la civilisation israélienne. C’est une expérience passionnante, bien que très courte. Quelques pages supplémentaires ou une plus profonde descriptions de la vie quotidienne ou passée des habitants auraient accrus notre dépendance et notre effusion pour ce livre.

Un bon moment de découverte et de plongée au coeur de l’Israël mystérieuse et énigmatique à travers les portraits prolifiques de destins croisés, divers et touchants. Ne vous laissez pas décourager par la complexité de certains termes ou passages, et laissez-vous pénétrer du sentiment d’appartenir à ce peuple opprimé, mais vaillant.

Ma note : 7,5/10
Autobiographie·Littérature italienne·Seconde guerre mondiale·Témoignage

Si c’est un homme

Si c’est un homme de Primo Levi,
213 pages, éditions Pocket
Résumé : « On est volontiers persuadé d’avoir lu beaucoup de choses à propos de l’holocauste, on est convaincu d’en savoir au moins autant. Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l’accumulation, on a envie de crier grâce.
C’est que l’on n’a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l’état du malheur. Peu l’ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l’air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n’est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n’est que futilité. » – Angelo Rinaldi
Extraits :  « Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre coeur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.
«  »C’est cela, l’enfer. Aujourd’hui, dans le monde actuel, l’enfer, ce doit être cela : une grande salle vide, et nous qui n’en pouvons plus d’être debout, et il y a un robinet qui goutte avec de l’eau qu’on ne peut pas boire, et nous qui attendons quelque chose qui ne peut être que terrible, et il ne se passe rien, il continue à ne rien se passer.  »

Mon avis :  Qu’il est dur de commenter et de noter un livre tel que celui-ci. Car, loin de tous les romans et documents historiques qui traitent de l’holocauste, Primo Levi dresse ici des souvenirs intimes et humains de cette terrible période. Critiquer ce livre, cela reviendrait à poser un jugement sur une vie entière.

C’est avec une grande objectivité que Primo Levi pose des mots sur des événements marquants. Ce juif italien, déporté avec des milliers d’autres vers les camps Allemands, raconte les horreurs vues et vécues, les ignominies faites par les nazis, les conditions de vie lamentables et les morts regrettables. A travers les souvenirs de l’auteur, on suit la vie menée par les détenus. Ils vivent dans des conditions déplorables, dorment à plusieurs dans des lits étroits et durs. Ils doivent travailler jusqu’à l’épuisement et n’ont qu’une infime part de ration alimentaire. Les plus forts physiquement et mentalement et les plus téméraires arrivent à s’en sortir, grâce au vol de matériels, qu’ils échangent ensuite contre des mets alimentaires. Mais les plus faibles ou les moins courageux partent dans les chambres à gaz.

Bien des années avant, Jean-Paul Sartre écrivait « L’enfer, c’est les autres« , quelques petits mots qui prennent sens avec ce livre. Les prisonniers doivent résister et survivre tandis que d’autres veulent les anéantir coûte que coûte.

Primo Levi réussit à rester vivant jusqu’à la libération des camps. Malheureusement, après avoir vécu de telles horreurs, il est dur de reprendre le cours d’une vie normale. C’est sans doute à cause de ce poids du passé trop intense qu’il se suicidera quelques années plus tard.

Un roman documentaire déjà largement étudié dans les collèges et lycées, pour faire connaître les atrocités perpétrés par les nazis et pour se souvenir des martyrs de cette époque. Si c’est un homme est un témoignage profond et poignant qui nous enseigne de nombreuses choses sur la nature humaine. A lire au moins une fois !

Ma note : 7,5/10