Portrait au couteau


Portrait au couteau de Malika Ferdjoukh
234 pages, éditions Bayard, à 13,90€


Résumé : Hiver 1910. Tous les jeudis, la jeune danseuse Marie Legay quitte l’Opéra de Paris et s’en va poser pour le peintre Odilon Voret. C’est un grand homme sombre, terrifiant, qui peint au couteau. Elle l’a surnommé « l’Ogre ». Ce jeudi-là, le destin de Marie bascule dans l’effroi…
XXIe siècle. Antonin et Élisabeth, étudiants en art, observent avec stupeur la jeune fille qui pose pour la classe de dessin. Flavie – c’est son nom – porte en effet, au niveau du coeur, des cicatrices étranges, semblables à cinq coups de couteau.
Quelques jours plus tard, au musée d’Orsay, Antonin découvre, stupéfait, fasciné, un tableau signé Odilon Voret. Intitulé « Le coeur déchiré », il représente une jeune fille assassinée de cinq coups de couteau…
Qui est-elle ? A-t-elle un lien avec Flavie ? Et lequel ?
C’est le début d’une dangereuse enquête, une enquête dans les mystères du temps, qui va mener Antonin, Élisabeth et Flavie bien plus loin qu’ils ne l’imaginaient…


Extraits« Ils ne croisèrent personne sous la bruine, hormis un couple d’amoureux abrité sous un des saules. Antonin ne put s’empêcher de sourire. Tant qu’il y aurait des amoureux, Paris demeurerait Paris. Ces deux-là ignoraient qu’ils étaient le remède imparable au syndrome de Paris des touristes japonais, le séduisant cliché qui soignait de tous les maux. Autant que les saules qui baignaient leurs souples chevelures dans cette Seine au noir scintillant, ou que la pierre blanche illuminée de La Samaritaine, là-haut. »

« Pour lui, le destin était une idée romanesque, mais pas sérieusement envisageable dans la vraie vie. »


Mon avis : Malika Ferdjoukh est une écrivaine française, auteure de nombreux romans jeunesse : j’ai été particulièrement impatiente de découvrir sa plume, que je ne connaissais pas.

Portrait au couteau est une histoire très intéressante, qui mélange les genres. On a tout d’abord un peu d’historique, puisque le récit débute au XXème siècle, en 1910 très précisément, aux côtés d’une jeune fille, Marie Legay, danseuse à l’Opéra de Paris, modèle photo sur son temps libre, et d’un vieil artiste peintre, prénommé Odilon Voret. Marie est particulièrement réfractaire à ces séances de pose, puisque le peintre, qu’elle surnomme « l’Ogre », l’effraie énormément. Mais elle a besoin des sept francs hebdomadaire qu’il lui remet pour s’acheter des équipements de danse. Après sa séance de la semaine, alors qu’elle s’apprête à quitter l’immeuble de cet homme qui l’effraie tant, une personne l’attend dans l’escalier et l’assassine froidement.

Nous quittons brutalement Marie Legay pour atterrir des années plus tard, au XXIème siècle, aux côtés d’Antonin et d’Elisabeth, étudiants aux Beaux-Arts et de Flavie, une jeune modèle photo, qui comporte une singularité : des cicatrices au niveau du coeur. Intrigués, Antonin se rende au musée d’Orsay et tombe nez à nez avec le tableau d’Odilon Voret, Coeur déchiré, qui représente la mort de la jeune Marie Legay. Après une courte enquête, il s’avère que Flavie est l’héritière d’Odilon Voret. Ensemble, les enfants vont tenter de percer le mystère qui entoure la mort de Marie, un siècle plus tôt.

Après le contexte historique du début, le lecteur est embarqué dans une enquête policière trépidante, où se mêle des scènes fantastiques, qui dépassent l’entendement. L’atmosphère est angoissante, le spectre de fantômes décédés cent ans auparavant plane constamment au-dessus de nos esprits. Un triangle amoureux émerge également entre nos trois jeunes protagonistes, ce qui ajoute une intrigue romanesque légère, à la trame principale déjà bien chargée.

J’ai aimé la première partie, alors que j’ai moins accroché à la seconde. Le contexte historique me plaisait beaucoup, la découverte de cultures et de traditions différentes m’enjouaient particulièrement. La seconde partie est moins enrichissante, mais elle n’en reste pas moins agréable à découvrir. Le tout donne un bel aperçu artistique aux jeunes lecteurs, qui pourraient se découvrir des vocations de peintre ou tout simplement leur donner envie d’approfondir leurs connaissances dans le domaine de l’histoire de l’art.

Petit hic pour le dénouement, avec le dévoilement du nom du tueur, qui était plus que prévisible. Je sais que ce récit est destiné aux jeunes, mais il n’empêche qu’une issue plus recherchée et plus surprenante aurait été de meilleur aloi.


Un récit jeunesse intéressant et haletant, qui mélange habilement les genres : historique, policier, fantastique, romance. J’ai beaucoup aimé l’histoire, qui pourrait susciter des vocations artistiques chez le jeune public. En revanche, j’ai trouvé le dénouement peu recherché et bien trop prévisible.

Ma note : 7/10

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ISBN : 979-1-0363-1934-1

L’énigme Edna


L’énigme Edna de Florence Hinckel
332 pages, éditions Nathan, à 14,95€


Résumé : Un thriller à la manière de Carrie de Stephen King
Edna, 17 ans, vit seule avec son beau-père, dans une petite ville du sud de la France.
Depuis la mort de sa mère du covid, la jeune fille s’est refermée sur elle-même et est devenue le souffre-douleur du lycée, où elle est en section pro.
Alors qu’elle souhaite emprunter Ulysse de James Joyce au CDI, les membres du club lecture l’humilient pour son choix élitiste et le plus virulent, Eliott, l’agresse physiquement. Fils d’un homme politique local, Eliott ne sera pas sanctionné, tandis que la victime, Edna, est exclue. Pour réparer cette injustice, Chaïnez l’aide à participer à un concours littéraire très en vue dans le lycée. Mais Elliot, ivre de colère contre cette moins-que-rien qui ose le défier, prépare sa vengeance…
Un roman pour les adolescents dès 14 ans.


Extraits« Chaque fois qu’on croise quelqu’un, il faut se souvenir : cet individu est une vraie personne, qui a une âme et des sentiments. »

« Même à onze ans, on a besoin du sourire des gens, car tout le monde ne sait pas rire avec les yeux. »


Mon avis : Florence Hinckel est une auteure française de romans jeunesse que j’ai déjà eu l’opportunité de découvrir avec Nos éclats de miroir en 2019, sa saga Le grand saut en 2018 ou encore sa saga jeunesse Chat va faire mal et Superchat Pitre en 2017. Bien que j’ai apprécié lire chacun de ses titres, aucun n’était véritablement sorti du lot, ou du moins, aucun n’avait réussi à me transcender. Il me restait à chaque fois un sentiment de trop peu, d’inachevé. C’est sans doute le sentiment final qui se dégage aussi de ce livre-ci.

Avec L’énigme Edna, l’auteure s’engouffre dans un genre littéraire nouveau : une sorte de thriller pour adolescents, qui glace le sang et provoque des sueurs froides. En cause, sa protagoniste, Edna, une jeune fille d’origine africaine, qui vit seule avec son beau-père, suite au décès subit de sa mère, morte du coronavirus. Edna est une adolescente mystérieuse, qui ne s’ouvre quasiment jamais, préférant intérioriser ses sentiments. Elle souffre clairement d’un manque de confiance en soi et se retrouve écrasée par les normes édictées par notre société, exclue des schémas classiques, pointée du doigt comme étant une fille noire, bizarre, rejetée et harcelée par ses camarades d’école.

La goutte d’eau qui a véritablement fait déborder le vase aura lieu un jour d’école, alors qu’Edna souhaitait emprunter Ulysse de Joyce au CDI. Elliott, un élève membre du club de lecture, va se moquer ouvertement du choix d’Edna, allant jusqu’à l’humilier publiquement et rabaisser son niveau intellectuel. Dans un élan de rage, Edna va le gifler. Un geste qui impliquera un conseil de discipline et une exclusion de l’école. Car Elliott est ce qu’on peut appeler un gosse de riche ; son père détient un poste à haute responsabilités dans la sphère régionale, pouvant peser sur l’impact budgétaire de l’école. Les membres du conseil de discipline ont donc choisi l’injustice et la prudence en punissant la mauvaise personne. La corruption politique, l’abus de pouvoir, sont plus que jamais présents dans toutes les couches de notre société. 

Les sujets de L’énigme Edna sont donc variés : on parle bien de différence, de tolérance, d’injustice, de harcèlement scolaire, physique et psychique. En toile de fond, berçant toutes ces thématiques, Florence Hinckel place la littérature au cœur de son histoire, comme un remède immanquable face à la noirceur du monde, une bulle protectrice, qu’il est bon d’habiter et de nourrir. Chaque membre du club de lecture est amené à choisir un livre et à le présenter, via une mise en scène, lors des journées portes ouvertures de l’école. Cette représentation comptant dans la notation des élèves, les volontaires sont donc nombreux. Les choix de livres sont multiples : classiques, contemporains, romans graphiques… chacun est libre d’interpréter comme il le souhaite sa lecture. Edna, obligée par le conseil de discipline à participer, était d’abord réticente, avant d’être poussée par Chaïnez, sa nouvelle amie, à monter sur scène. Il faut dire que ce monde littéraire, assez étriqué, élitiste pour certains, est gouverné par des élèves qui se pensent au-dessus des autres intellectuellement, qui visent de hautes et longues études, bien loin des aspirations d’Edna. Le décalage est donc immense entre Edna et les autres, l’intégration n’est pas chose aisée. Néanmoins, l’auteure démonte les schémas classique et prouve que chacun peut y arriver, peu importe son appartenance social et les difficultés de chacun. La littérature a toujours été et sera toujours universelle, intemporelle, vivante et ouverte à tous.

Enfin, une bonne dose de fantastique/thriller, vient s’ajouter au récit, le rendant plus qu’original. Des phénomènes climatiques étranges perturbent le cours de l’histoire, des irruptions impromptues, qui dénotent, faisant planer une chape de terreur au-dessus de la tête des lecteurs. Car l’effet dramatique voulu par l’auteure ne va cesser de s’accroitre jusqu’à l’apocalypse final, le drame suprême, le ras de marée Edna, qui va tout brûler sur son passage. On va rapidement comprendre que la jeune Edna est victime d’essais cliniques douteux, qui la pousse à des comportements irraisonnés et destructeurs. Malheureusement, cette partie de l’intrigue n’est pas exploitée, Florence Hinckel nous laissant totalement hagards et paniqués face à l’incompréhensible. Sans doute l’auteure a-t-elle voulue faire écho à l’actualité qui gangrène notre société actuelle, avec la crise de coronavirus et les vaccins encore peu fiables, qui pullulent, sans que personne n’en ait une réelle connaissance.


Un roman jeunesse d’anticipation, qui nous donne à réfléchir sur des sujets d’actualité : le harcèlement scolaire, la tolérance, l’injustice, la corruption politique, les essais cliniques… Une histoire sombre, complexe, effrayante et inattendue, assurément à ne pas mettre entre toutes les mains !

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-09-259155-0

Paraddict


Paraddict de Pauline Pucciano
460 pages, éditions Gallimard jeunesse, à 19€


Résumé : 2071. Entre chaleur équatoriale et alertes à la bombe, le monde est en proie à l’insécurité et son gouvernement semble en panne de solutions… Flic désenchanté, adepte du Paraddict, un univers virtuel où la liberté individuelle a encore une signification, Alvar Costa enquête sur un meurtre qui risque de révéler un projet politique particulièrement dérangeant. Mais il va devoir composer avec son frère Abel et leur soeur aînée, Elzé. Ces deux-là se sont fait une place dans les hautes sphères de la World Administration. Et ils entendent bien protéger à tout prix les secrets du gouvernement…


Extraits« Abel avait besoin de sensations fortes. De drogues, de danger, de défis. Lorsqu’il n’en avait pas, il avait l’impression de ne vivre qu’à moitié, dans une existence anesthésiée. »

« C’est comme ça que j’ai toujours vu le rôle du langage. Le langage déplie le réel. Il révèle sa forme interne, il lui permet de s’épanouir. »


Mon avis : Je suis assez déçue de cette lecture, longue et sans réelle saveur, qui pourtant, promettait une histoire créative et intéressante pour réfléchir sur le futur.

Nous sommes en 2071, dans un monde futuriste où vivent Elzé et ses deux frères, Abel et Alvar. Issus de la même famille, ces trois jeunes gens sont pourtant diamétralement opposés : l’une est une politique engagée, intellectuellement supérieure, elle fait le bonheur et la fierté de son père, Francis. Le jeune Abel vient de finir ses études et choisit de rejoindre l’Intellagency pour servir dans le renseignement. Enfin, Alvar est un policier chevronné, très attaché à son métier. Ce dernier tente justement de mettre en lumière le mystérieux décès d’un jeune homme issu des gens du voyage. Au milieu d’eux trois se trouve le Paraddict, un espace virtuel, lieu infini à explorer, où la création et l’imagination permettent une évasion sans limite.

Paraddict est finalement une dystopie assez politisé, qui disserte longuement sur la politique futuriste du pays, ses instances dirigeantes, les décisions prises et les conséquences qui en découlent sur les populations. Elzé est nommée secrétaire générale à la tête du gouvernement. Elle est épaulée par Terence Oxford, son plus proche conseiller et futur mari, mais aussi par Karl Courseul, son conseiller en communication, ainsi que par une équipe de scientifiques-chercheurs, qui ont consacré plus d’une vingtaine d’années de leur vie à un projet conséquent : Léviathan. Cette machine a la capacité d’aider à la gouvernance et aux choix politiques. Les avis divergent sur sa réelle utilité, mais Elzé est conquise par l’outil et ne se gênent pas pour profiter de son intelligence supérieure à tout être humain.

J’ai trouvé le récit vraiment très long. Il ne se passe finalement pas grand chose, pourtant les chapitres s’étirent en longueurs et en palabres inutiles, qui rendent indigeste et ennuyant l’histoire en elle-même. Enfin, les personnages, bien qu’assez intéressants de part leurs profils très différents, ne sont pas si attachants que ça. Aucun ne sort véritablement du lot : on ne s’attache à aucun d’entre eux, on reste totalement hermétique aux aventures qui peuvent leur arriver.


Un dystopie qui fait réfléchir sur les années à venir : intelligence artificielle, décisions politiques, mondes virtuels, surpopulation… quel sera notre futur ? Une fiction intéressante, mais qui manque cruellement de dynamisme.

Ma note : 3,5/10

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ISBN : 978-2-07-514175-8

Grim fils du marais


Grim fils du marais de Gaël Aymon
330 pages, éditions Nathan, à 16,95€


Résumé : Un roman d’aventures au style inimitable.
Alors qu’il fuit un mystérieux danger, Grim, un garçon muet qui cache son passé, découvre un monde peuplé de différentes espèces humaines, au milieu de forêts mauves. Il débute alors un voyage vers le palais de la reine afin de l’avertir d’un complot qui se trame contre elle.


Extraits« Parce que, tant qu’on est pas complètement mort, c’est la vie qui commande. Et toi, tu obéis. »

« L’intelligence, elle se sent, comme la bêtise. »


Mon avis : Gaël Aymon est un auteur français de romans jeunesse que je connais bien, puisque j’ai déjà pu apprécier dans le passé plusieurs de ses histoires. Ces dernières étaient plutôt réalistes et rationnelles, elles traitaient de thématiques actuelles, je pense notamment à Silent boy, qui parlait d’harcèlement scolaire, ou à Et ta vie m’appartiendra, sorte de réécriture du célèbre roman d’Honoré de Balzac, Peau de chagrin. Avec Grim fils du marais, Gaël Aymon nous embarque dans un univers fantastique et merveilleux sorti tout droit de son imagination.

Grim, un jeune enfant muet vivant dans une forêt mystérieuse, fui un ennemi inconnu. Il se réfugie dans une Ruche, lieu intriguant, où des Nourrices élèvent des enfants et leur apprennent à vivre dans un monde complexe. Jarvin, l’une des Nourrice, prend Grim sous son aile. La Nourrice essaie tant bien que mal de cerner ce garçon et de comprendre ce qui l’amène dans la Ruche : fuit-il un ennemi ? est-il un fugueur ? Lorsqu’il est l’heure pour les enfants de rejoindre leurs Maisons respectives – Auxiliants, Combattants, Servants ou Reproduisants… -, la couvée censée les remplacer se trouve vide. Jarvin décide de percer à jour ce mystère et emmène Grim avec lui jusqu’au Haras où se trouve les Dames et Sieurs qui fournissent les Damoiselles au Palais de la Reine pour qu’elle puisse faire naître de nouveaux enfants. Là-bas, c’est avec horreur que Jarvin et Grim se retrouvent au coeur d’un complot qui les dépasse : les Haras se révoltent et veulent renverser le Palais et tuer la Reine. Une décision qui mettrait en péril toute l’humanité.

J’ai été comblée par l’inventivité de l’auteur. Je ne suis pas une grande adepte du fantastique et encore moins de la fantasy ; pourtant, ici, le doux mélange des genres crée un univers onirique accessible à tous, qui nous plonge immédiatement dans un monde féerique, où l’on se retrouve comme des enfants émerveillés. C’est une histoire dynamique, dans laquelle on ne s’ennuie pas. Les aventures s’enchaînent avec aisance et volupté. De nombreuses références sont faites aux contes et légendes anciennes, dans lesquels des héros tels que Ulysse, Lancelot et j’en passe, réussissent des exploits hors du commun. Nos héros s’identifient aisément à ces héros : ils sont engagés, même au péril de leur vie, terriblement courageux et ils accomplissent des exploits au profit d’une communauté, celle de la Reine, dont dépend la survie de leur Maison, de leur vie et de l’humanité toute entière.

J’ai adoré découvrir les différentes particularités des personnages qui parsèment l’histoire. J’ai particulièrement apprécié la joyeuse bande de héros que nous suivons du début à la fin : Grim, Jarvin, Felée, Halona, Cheveyo. Malgré les différences de culture, d’éducation, de façons de penser, ils arrivent à cohabiter et à avancer ensemble vers un objectif commun. Une belle et solide amitié naît entre ces cinq personnages, qui fait chaud au coeur et plaisir à voir.

J’adresse une maison spéciale à la maison d’éditions, qui s’est surpassée sur le design du livre, en produisant une magnifique couverture, lumineuse, vive, qui promet des aventures merveilleuses. L’histoire est également entrecoupée de dessins en noir et blanc réalisés par Violaine Leroy, que j’aurais grandement apprécié voir plutôt en couleurs. Mais sans doute est-ce une question de coût (fournir des dessins en papier glacé et en couleurs aurait augmenté considérablement le prix du livre). Tout de même, elles permettent de se représenter encore plus concrètement cet univers fantastique qui nous enchante.

Le seul point négatif que je vois à souligner, c’est le style d’écriture. Le narrateur, qui est également notre héros, Grim, s’exprime d’une manière un peu niaise, en coupant volontairement certaine phrase, en mâchant certains mots, en obstruant totalement la forme négative ; ce qui donne un style décousu, un peu simple, peu français finalement, qui pourrait donner un mauvais exemple aux jeunes lecteurs qui le lit.


Un roman fantastique féerique, qui nous plonge dans un univers onirique merveilleux, tout en nous faisant vivre milles aventures extraordinaires. C’est une réussite : bravo !

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-09-249207-9
Illustrations : Violaine Leroy

L’oeil du loup


L’oeil du loup de Daniel Pennac
115 pages, éditions Nathan, à 9,95€


Résumé : Un loup tournant en rond dans sa cage au zoo, aperçoit un enfant nommé Afrique, qui le regarde avec insistance. le loup ne veut pas voir les hommes qui le retiennent prisonnier et lui ont fait du mal à lui et aux siens. Puis le loup se met à fixer l’enfant avec son oeil unique créant un lien qui va permettre aux deux êtres de communiquer.
Un classique à ne pas manquer tant pour la jeunesse, que pour les adultes. Une histoire ou se mêlent la nostalgie, l’émotion et la tendresse.


Extraits« – À quoi ils ressemblent ?
– Les hommes ? Deux pattes et un fusil. »

« – Tu ris trop, grondait Loup Bleu, ce n’est pas sérieux.
– Et toi, tu es trop sérieux, ce n’est pas drôle. »


Mon avis : L’oeil du loup est un classique de la littérature jeunesse. Écrit en 1984 par l’écrivain français Daniel Pennac, il connût immédiatement un vif succès, qui lui permis d’être notamment adapté dans un court-métrage d’animation pour la télévision, mais aussi adapté en musique et réédité par de nombreuses maisons d’éditions.

En 2021, ce sont les éditions Nathan qui prennent le parti de remettre le récit sur le devant de la scène, en le modernisant. De belles illustrations en noir et blanc signées François Roca viennent ponctuer l’histoire et y ajouter une dose de tendresse, de chaleur, d’humanité, d’espoir, supplémentaires. Ces images devraient permettre aux jeunes lecteurs de s’imprégner davantage de l’histoire et la découvrir plus facilement ; le livre en lui-même est déjà succincte (100 pages), alors y ajouter des dessins permet une lecture avec des temps de pause, donc encore plus simplifiée et rapide.

Pour ceux qui ne connaissent pas L’oeil du loup – il n’y a aucune honte à avoir, j’en faisais partie avant cette lecture. C’est l’histoire d’un loup, emprisonné dans un zoo, qui tourne en rond quotidiennement dans sa cage, encore plus depuis que sa compagne de prison s’est éteinte. Puis, un beau jour, un petit garçon noir se plante devant sa cage et le fixe sans mot dire. Ce scénario se répète pendant des jours, jusqu’à ce que le loup, curieux, intrigué, décide d’en savoir plus sur ce garçon si mystérieux. Le loup et l’enfant se confient alors l’un à l’autre. Chacun, ils ont vécu dans des terres reculées, – l’un en Afrique, l’autre en Alaska -, où la nature prospérait, où la vie était féconde, à l’abri de l’assouvissement des hommes. Ils ont ensuite dû fuir leur terre ; l’un à cause de la guerre, l’autre arraché à sa terre natale. Deux êtres que tout oppose, mais qui ont bien plus en commun qu’il n’y paraît : ils ont vécu mille aventures, tantôt tristes ou joyeuses, avant de se retrouver dans une société où ils ont été forcé d’entrer, qui ne leur apporte rien, si ce n’est tristesse et mélancolie.

Les thèmes du livre sont nombreux. Le plus important : les effets que peuvent avoir la violence et le comportement cruel des hommes ; la chasse, la destruction de la vie, de la nature, des animaux, des lieux de vie. Autant de sujets et de situations qui nous font prendre conscience de la cruauté de l’homme et de son égoïsme. Mais dans ce roman sombre pointe quand même quelques traces de luminosité. Je pense notamment aux belles leçons d’amitié que nous donne notre jeune héros. Ce petit garçon, ami des bêtes, est un allié solide, de confiance, à qui les animaux n’hésitent pas à se confier, qui les comprend et les aide du mieux qu’il peut. C’est un homme différent des autres, qui donne l’espoir d’un avenir meilleur.


L’oeil du loup, c’est livre qui fait voyager et rêver sans bouger, de l’Afrique à l’Alaska. Mais c’est avant tout un récit philosophique, qui nous permet de réfléchir à des thématiques variées : la chasse, la destruction, la fuite, le braconnage, la déforestation… Un roman jeunesse plein d’humanité, qui devrait plaire aux enfants !

Ma note : 7,5/10

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ISBN : 978-2-09-249358-8
Illustrations : François Roca