Tout ce que je ne t’ai pas dit


Tout ce que je ne t’ai pas dit de Kylie Fornasier

379 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 6,90€


Résumé : Incapable de parler dans certaines situations, Piper Rhodes souffre de mutisme sélectif. Elle rencontre West, le joueur star de l’équipe de foot, celui dont tout le lycée parle. Malgré ses angoisses et son isolement, la jeune fille se lie à West, sans que jamais elle ne réussisse à prononcer un seul mot… Une histoire de confiance, d’amitié et d’amour, où se révèle le pouvoir des mots qu’on dit, et de ceux qu’on ne dit pas.


Extraits : « Les émotions ne se rangent pas gentiment en ligne, bien classées, comme ma collection de paires de chaussures. Elles sont plutôt comme les chaussures de ma petite soeur Evie : il y en a partout et dans tous les sens. Impossible de traverser le couloir sans se prendre les pieds dedans. »

« Les langues, c’est un peu comme de la cuisine : il y a des règles à suivre, comme les étapes d’une recette. On ne peut pas juste mettre un peu de ci et un peu de ça. »


Mon avis : Piper est atteinte de mutisme sélectif, un trouble de la communication qui l’empêche de parler normalement. Elle souffre cruellement de cette différence, qui est souvent mal perçue par les personnes qu’elle côtoie. Si Piper ne parle pas, certains pensent que c’est dû à un manque de politesse, à une forme de caprice et n’hésitent pas à mettre la jeune fille face à son handicap social : confrontation directe, menaces, chantage… Heureusement, certains se montrent plus compréhensif vis-à-vis de cette phobie sociale particulière. West, par exemple, un jeune homme avec qui Piper se lie d’amitié, se montre particulièrement patient et bienveillant envers elle. Une amitié solide va naître entre les deux jeunes gens, basée sur la confiance et l’entraide.

Pour être honnête, je n’avais jamais entendu parler du mutisme sélectif. Je remercie donc infiniment Kylie Fornasier d’avoir abordé cette maladie dans son livre. Pour les ignorants comme moi, le mutisme sélectif est un trouble anxieux qui empêche une personne de parler lorsqu’elle se trouve dans une situation qu’elle ne contrôle pas (en présence d’inconnus ou de personnes extérieures à la famille immédiate, lorsqu’elle se trouve dans des lieux publics ou à l’école). En revanche, la personne atteinte de mutisme sélectif peut parfaitement parler lorsqu’elle est en présence de sa famille proche, dans un cadre de vie familier. D’où le terme de « sélectif ». Un trouble social qui touche essentiellement les enfants et jeunes adolescents et qui se résoudra avec le temps, en étant patient et compréhensif. Aborder cette thématique, en grande partie inconnue du grand public, permet d’informer et de sensibiliser les jeunes lecteurs – tout comme les adultes – à cette particularité, qui touche plus d’1 enfant sur 140.

Pour en revenir à l’histoire, j’ai trouvé que le mutisme sélectif était très bien expliqué. On ressent avec force les difficultés que doit affronter Piper lorsqu’elle est en société – stresse, anxiété, angoisse, incapacité de se faire comprendre, peur du regard d’autrui, manque de considération… À cette thématique centrale viennent s’ajouter des thématiques secondaires d’actualité, notamment le harcèlement scolaire, l’intimidation et la jalousie. Des sujets que l’on retrouve souvent dans les romans jeunesse, qui permettent de sensibiliser et de prévenir que ces pratiques peuvent être dangereuses pour les personnes qui en sont victimes.

Malheureusement, malgré tout l’intérêt que j’ai éprouvé à découvrir le mutisme sélection, trouble trop peu connue de la sphère publique, je reste quand même sur ma fin concernant l’histoire globale. Les personnages n’étaient pas assez détaillés, ils manquaient de profondeur et de consistance, ce qui se répercute directement sur la vision que l’on a d’eux : un manque d’attachement probant et une certaine vision de personnages « passe-partout » et interchangeables. 

Je pourrais même dire que l’histoire d’amour qui se tisse entre Piper et West était vraiment trop simple, prévisible dès le début du livre, presque identique à des milliers d’autres histoires. Je comprends que ce roman est destiné aux adolescents et de ce fait, l’auteure a souhaitée simplifier son récit pour le rendre le plus compréhensible et plaisant possible. Mais il n’en reste pas moins qu’un peu plus de travail en profondeur et d’originalité narrative auraient rendu ce livre encore mieux… !


Un roman jeunesse écrit avec simplicité, qui nous en apprend plus sur le mutisme sélectif.

Ma note : 6/10

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ISBN : 978-2-01-628804-7
Traducteur : Camille Roze

Strawberry Moon – La fille de la lune


Strawberry Moon – La fille de la lune de Laia Lopez

185 pages, éditions Hachette romans, à 13,90€


Résumé : Sur un campus universitaire situé au bord d’une lagune, des événements inquiétants se succèdent. Des étudiants disparaissent pendant plusieurs heures, puis réapparaissent, hagards, comme vidés de leur âme. Il n’en faut pas plus pour que la rumeur se propage : le campus est hanté. Diana, elle, a fait sa rentrée universitaire comme tous les autres étudiants, mais elle cache un secret. C’est une sirène. Elle vient de la lagune et a choisi, à ses 18 ans, de venir vivre sur la terre ferme pour échapper à la solitude de sa condition aquatique, d’autant plus qu’étant une espèce rare et puissante de sirène, elle a grandi à l’écart des autres. Grâce à d’autres étudiants sirènes, elle essaie de s’intégrer à la vie étudiante et de passer inaperçue, comme l’exigent les règles du monde aquatique. Mais ce n’est pas si simple. Un garçon nommé Eiden attire son attention et les deux se rapprochent beaucoup, alors que les relations entre humains et sirènes sont très mal vues par le Conseil de la lagune…


Extraits : « Désormais nous sommes unis par le destin. Nous sommes une famille. Et en famille, on n’est jamais seul. »

« Ce qu’il devait faire, c’était entamer une conversation à la fois amusante et naturelle. Paradoxalement, il n’y avait évidemment rien de moins naturel que de réfléchir aux sujets de conversation qui paraîtraient les plus naturels. »


Mon avis : Strawberry Moon est une saga jeunesse dont la particularité est que l’histoire se décline en partie sous forme de roman graphique, avec de magnifiques illustrations réalisées par l’auteure elle-même. C’est vraiment l’atout majeur de ce livre, le petit plus qui fait toute la différence, qui enrichit et sublime parfaitement le texte. J’ai eu un véritable coup de coeur pour ces planches colorées, à la lisière entre le manga et les dessins animés.

Pour parler de l’histoire, nous voici plongé dans le monde fantastique des sirènes. Diana, une jolie sirène blonde, a passé l’étape du Conseil de la Lagune qui l’autorise à résider sur la terre ferme, dans le monde des humains. Elle y rejoint Mako, Lucas, Edlyn et Isla, eux-même habitant de la lagune, qui ont transformé leurs queue de sirènes et tritons en jambes humaines. Mais les humains ne savent pas qu’il existe des êtres surnaturels vivants sous la mer et ils ne doivent en aucun cas être au courant de leur existence, au risque de mettre en péril la vie de l’ensemble des sirènes. Mais lorsque Diana rencontre Eiden, un jeune humain sympathique et séduisant, le coup de foudre est immédiat. Bien que les relations entre humains et sirènes soient proscrites, Diana se rapproche dangereusement du jeune homme.

Les amoureux de l’univers Disney, avec notamment La Petite Sirène, devraient apprécier ce roman. Il y a peu, j’ai lu The surface breaks de Louise O’Neill, qui était une revisite de l’histoire originelle, où l’on retrouvait une sirène, privée de sa voix et propulsée parmi les humains. Dans Strawberry Moon, la revisite du mythe est plus libre, mais on y décèle tout de même des éléments légendaires communs à La Petite Sirène : la lagune, les sirènes, les tritons et les terribles murènes. L’univers est fantastique, on se sent vite transporté dans ce monde féerique.

Néanmoins, j’ai trouvé l’histoire d’ensemble un peu simple, trop enfantine. Certes, c’est un livre à visée adolescents, mais il n’empêche qu’avec des personnages un peu plus travaillés et plus de vraisemblance dans l’histoire, cela aurait contribué à rendre le récit plus attractif et pérenne dans l’esprit des lecteurs. On constate également un déséquilibre flagrant dans la narration, avec une première partie assez lente, où Laia Lopez pose les bases de son histoire, présente les personnages et déploie contexte et atmosphère voulus. Puis une seconde partie beaucoup plus rapide, sans doute trop rapide même, où les actions s’enchaînent sans vrai liant. Une inégalité rythmique qui surprend, décontenance et aurait mérité plus de subtilités, où du moins un juste milieu entre ces temps tempo opposés. Strawberry Moon n’en reste pas moins agréable à découvrir et fera sans doute le bonheur des jeunes lecteurs !

Un second tome est actuellement en préparation et devrait voir le jour en novembre prochain.  Le dénouement de ce premier tome apporte son lot de surprises et d’actions, c’est un très bon cliffhanger, qui présage une suite détonnante ! Par conséquent, je pense me procurer le tome 2, pour pouvoir continuer à suivre les aventures de nos jeunes sirènes et tritons et en apprendre plus sur les mystères qui entourent la lagune.


Un roman jeunesse aux graphiques sublimes, qui nous plonge dans l’univers féerique des sirènes. Bien qu’assez simple, l’histoire reste plaisante à lire.

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-01-628581-7
Traductrice : Sandrine Faoro

Alma : Le vent se lève


Alma : Le vent se lève de Timothée de Fombelle

388 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : 1786. Quittant la vallée d’Afrique qui la protégeait du reste du monde, Alma, 13 ans, part seule à la recherche de son petit frère disparu. Pendant ce temps, à La Rochelle, le jeune Joseph Mars embarque clandestinement sur La Douce Amélie, l’imposant navire de traite du cruel capitaine Gardel. Il est en quête d’un immense trésor, mais c’est Alma qu’il va découvrir…


Extraits : « Depuis toujours, le visage et le coeur de sa mère sont pour Alma comme les nuits d’été : une vie ne suffirait pas à en compter les étoiles. Alors, quand on les contemple, malgré la fatigue, on repousse l’heure de fermer les yeux. On ne veut pas dormir. On ne veut rien rater de tant de beauté. »

« – Qu’est-ce qu’ils vont faire de nous ? souffle quelqu’un.
– Personne n’est revenu de là-bas pour le dire.


Mon avis : Timothée de Fombelle est sans conteste mon auteur français préféré. Il a le don de se renouveler à chacune de ses parutions, d’émerveiller, de surprendre son lectorat, tout en lui prodiguant des leçons de vie mémorables. Ses deux derniers albums jeunesse, Capitaine Rosalie et Quelqu’un m’attend derrière la neige ont été mes coups de coeur de l’année 2019. L’auteur a ce talent si particulier de condensé dans de très courtes histoires de terribles réalités historiques et sociétales, qui frappent, bousculent, chamboulent, émeuvent. Dans cette nouvelle saga jeunesse, il s’attaque à une thématique historique qui lui tenait particulièrement à coeur : la barbarie de l’esclavage du siècle dernier.

Durant sa prime jeunesse, Timothée de Fombelle a eu la chance d’habiter en Afrique, où il a pu se confronter à tout un pan de l’histoire coloniale passée. Cette vision cauchemardesque ne l’a jamais quittée : des années plus tard, il raconte l’histoire d’Alma, jeune Africaine des années 1786, percutée de pleins fouet par les blancs vendeurs d’esclaves. D’abord partie à la recherche de son jeune frère Lam, c’est l’ensemble de sa famille qui va imploser : son père part également chercher ses enfants, tandis que Nao, la maman, se retrouve embarquée par des bandits, qui les revendent, elle, son grand fils muet et le bébé qu’elle porte dans son ventre, à un marchand français. Sans le savoir, Alma se retrouve à bord du même bateau que sa mère, peuplé d’esclaves noirs, en partance pour la France.

Sur ce bateau, elle fera la rencontre du jeune Joseph Mars, un matelot embarqué clandestinement sur La Douce Amélie, à la recherche d’un trésor caché par le pirate Luc de Lerne. Le capitaine du navire, Gardel, homme impitoyable, assoiffé d’argent et de pouvoir, se sert de la perspicacité du jeune Joseph pour mettre la main sur ce magot d’or. Une référence directe à la piraterie, ces bandits des mers qui tentent de faire fortune en pillant des bateaux marchands. Cette traversée n’est pas sans encombre, elle est peuplée d’aventures, de rencontres, de déconvenues aussi, mais nous enseigne énormément de choses sur les réalités de l’esclavagisme des siècles passés.  

Illustrations de François Place

La force de cette histoire réside dans l’alliance parfaite entre une réalité historique au plus proche de la vérité – on sent avec bonheur que l’auteur s’est longuement documenté sur le sujet de l’esclavagisme -, et une part fictionnelle, fantastique, faite d’aventures extraordinaires, idéale pour transporter les jeunes – et moins jeunes – lecteurs dans des contrées lointaines.

L’auteur souhaitait avant tout mettre en lumière un pan peu glorieux de l’Histoire du monde : la traite négrière, adapté à un public jeune, peu sensibilisé à ce genre de thématique. On voit avec horreur les réalités de l’esclavage, notamment à travers le commerce triangulaire en plein essor au XVIIIème siècle : des milliers de noirs sont embarqués sur des navires, principalement européens, pour servir soit de monnaie d’échange soit de main-d’oeuvre gratuite. Sur La Douce Amélie, ils sont des centaines à être entassés dans les bas-fonds du navire, dans des conditions insalubres. Leur état d’être humain est totalement annihilé par les marchands, qui les traite comme de vulgaires bêtes sauvages. Parler de ce mal du siècle dernier – socle principal du développement du racisme, soit dit en passant -, permet d’ouvrir et d’éduquer son esprit, ainsi que sa culture sociétale et historique. C’est un ouvrage enrichissant, brillamment documenté, qui donne l’accès aux plus jeunes à un pan ombrageux et parfaitement honteux des siècles passés.

Un sujet délicat, encore difficile à aborder, d’autant plus par un écrivain blanc. Ce roman de Timothée de Fombelle fait actuellement débat, puisqu’il semblerait que sa thématique périlleuse puisse freiner sa traduction à l’étranger. En effet, les traducteurs craignent une polémique visant l’appropriation culturelle d’une population dominée par un blanc issu d’une culture dominante, qui profiterait des retombées économiques qui ne seraient pas reversés au pays concerné. Une question qui divise les médias et l’opinion publique.

Néanmoins, rassurez vous, point de soucis à se faire pour sa parution française : Alma : Le vent se lève est le premier tome d’une trilogie d’aventures qui annonce un succès retentissant et phénoménal. La suite ne sera disponible que dans l’année 2021… autant dire dans une éternité ! Je viens à peine de refermer cette histoire que j’ai déjà hâte de retrouver Alma, sa famille, Joseph, Poussin, Palardi, Amélie, les méchants pirates et les gentils matelots.


Timothée de Fombelle nous embarque à bord de La Douce Amélie, dans une splendide épopée historique où la réalité de l’esclavagisme côtoie des aventures fictionnelles passionnantes. Un voyage envoûtant et rythmé, que je ne peux que vous conseiller !

Ma note : 10/10

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ISBN : 978-2-07-513910-6
Illustré par François Place

Je ne voulais pas vous faire pleurer


Je ne voulais pas vous faire pleurer de Charlotte Monnier

139 pages, éditions Slalom, à 10,90€


Résumé : Julie-Anne a 15 ans quand ses parents la déposent dans un hôpital psychiatrique pour adolescents. Anorexique, son poids est trop faible pour qu’elle puisse mener l’existence d’une jeune fille de son âge dans le monde extérieur. Elle doit prendre 7 kilos pour pouvoir sortir de l’hôpital et surtout, retrouver sa famille. Commence alors pour elle un long parcours, « enfermée » dans cette unité d’hôpital psychiatrique pour adolescents. Il va falloir s’y faire et malgré tout, s’y amuser. Mais elle va surtout y trouver un tout nouveau sens à sa vie grâce à des rencontres, les échanges avec sa meilleure amie, et… une passion inattendue.


Extraits : « Les filles restent parfois des heures à choisir un filtre sur Instagram. Elles hésitent mille ans. Ça n’est jamais bien, jamais « assez mieux » que la photo originale. Elles sont fatiguées, elles aussi, je m’en rends bien compte. Puis elles ont peur. Chaque selfie qu’elles publient sur leur profil est peut-être celle qui leur fera subir l’humiliation suprême de n’être pas « likée », pas « validée » par le tribunal virtuel de la beauté. Je n’ai même pas l’impression que les garçons trouvent ça particulièrement attirant. »

« J’ai compris que pour sortir d’ici, j’allais devoir avoir très faim… de vivre. »


Mon avis : Julie-Anne a 15 ans est vient de franchir pour la première fois de sa vie les portes d’un hôpital psychiatrique pour enfants. Son problème ? Elle est atteinte d’anorexie mentale, ne s’alimente plus et inquiète terriblement ses proches, qui ne savent plus comment réagir pour la guérir. Julie-Anne entre dans l’hôpital, mais ne sait pas quand elle pourra en ressortir. Son seul objectif : prendre 7 kilos avant de pouvoir revoir ses parents et espérer retourner à sa vie normale. Un défi de taille pour une jeune adolescente dans une période charnière de son existence.

L’histoire commence in medias res : Julie-Anne intègre directement l’hôpital, lecteurs compris. Là-bas, elle y rencontrera d’autres adolescents, qui, comme elle, se veulent du mal et inquiètent leurs proches. Jill, également atteinte d’anorexie, Kévin, qui a fait une tentative de suicide, ou encore les jumeaux, victimes d’un choc traumatique suite au décès brutal de leurs parents. Ils forment à eux tous une bande hétéroclite d’existences complexes et torturés, mais chacun démontre avec ferveur son envie de s’en sortir et d’aller mieux, pour eux-même, mais surtout pour leurs proches. Il est souvent aisé de vouloir aller mieux, mais plus compliqué de mettre en application ce principe. Seuls les plus courageux et téméraires, ceux ayant le plus de volonté pourront se targuer d’y arriver. Jill, par exemple, l’autre pensionnaire anorexique, semble ne pas progresser depuis son hospitalisation. Julie-Anne, qui souffre des mêmes maux que la jeune fille, comprend parfaitement ses blocages et tente de libérer Jill de ses tourments et angoisses. Mais cela n’est pas aisé : l’anorexie est une maladie mentale téméraire.

J’ai déjà pu lire plusieurs ouvrages jeunesse destinés à cette maladie, comme dernièrement Aubrey d’Emma Evrard, ou la biographie de Patrick Poivre d’Arvor, Elle n’était pas d’ici, consacrée à sa fille, malheureusement décédée des suites de cette maladie mentale. Mais je ne l’avais jamais abordée de l’intérieur, c’est-à-dire dans sa voie de guérison, aux côtés de jeunes encadrés par un personnel soignant, qui met tout en oeuvre pour redonner goût à la vie à ses adolescents mal dans leur peau.

Le personnel de l’hôpital est d’ailleurs aux petits soins pour leurs pensionnaires, à qui ils se confient en ouvrant leur coeur sans honte. Une solide amitié naît entre Julie-Anne est Clément, un infirmier, pilier de la jeune fille dans les pires tourments de sa vie. Le temps et l’énergie déployés par l’équipe pour sauver ces jeunes est remarquable. Grâce à eux, l’éloignement familial, le chamboulement de leur quotidien et leurs tracas personnels s’en voient allégés. Une belle émulation émane de cet hôpital, qui fait oublier les moments difficiles de l’existence.

J’ai bien aimé me plonger dans le quotidien tempétueux de cet hôpital psychiatrique pour adolescents. Je regrette seulement le manque d’approfondissement de certaines scènes, de certaines émotions, notamment celles de Julie-Anne, qui n’ouvre que très peu son coeur. Nous ne savons pas vraiment pour quelles raisons elle a sombré dans cette maladie, ni comment elle s’y ait prise, depuis combien de temps cela dure, comment elle vit réellement cet enfermement et l’éloignement de ses proches. Je pense que c’est en grande partie dû au fait que je sois maintenant une adulte et que ce livre cible principalement les jeunes adolescents. L’écriture est donc sans fioritures, simple et accessible, l’auteure ne souhaitant pas s’encombrer de détails superflus, pouvant paraître ennuyeux aux yeux de ses jeunes lecteurs. Une prise de position qui malheureusement m’a détachée de l’histoire, rendant tout attachement émotionnel à l’héroïne et aux personnages secondaires assez difficile.

Je regrette également le dénouement final de cet ouvrage. Somme toute, le début est brutal, puisque nous sommes directement projeté dans l’incorporation de Julie-Anne à l’hôpital sans l’avoir connue préalablement ; la fin l’est tout autant. Comme le début, elle est vite expédiée, bâclée. Je voyais le nombre de pages diminuer entre mes mains, alors que l’histoire n’était pas encore terminée, que Julie-Anne se trouvait encore à l’hôpital – je me suis même demandé si l’auteure souhaitait écrire un deuxième tome et faire de son histoire une saga. Mais non. J’aurais aimé que l’auteure nous décrive plus en longueur le processus de guérison de Julie-Anne, afin que l’aspect préventif et sensibilisant du récit puisse être bénéfique aux jeunes qui se sentent mal dans leur peau. Ça n’en reste pas moins une agréable lecture.


Un roman jeunesse optimiste et touchant qui prouve qu’avec de la volonté, chaque difficulté peut être surmontée. une histoire préventive, épurée et percutante, Idéale pour les jeunes lecteurs, mais sans doute trop simple pour des lecteurs plus avertis.

Ma note : 6/10

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ISBN : 978-2-37554-232-3

20, Allée de la Danse : Une rencontre imprévue


20, Allée de la Danse : Une rencontre imprévue
d’Elizabeth Barféty

156 pages, éditions Nathan, à 10,95€


Résumé : La journée « portes ouvertes » de l’Opéra Garnier est imminente !
Les petits rats de l’École de Danse donneront de courtes représentations un peu partout dans le prestigieux bâtiment. Mais Constance ne parvient pas à se concentrer sur les préparatifs : son père, qu’elle n’a jamais connu, vient de surgir dans sa vie…


Extraits : « – L’idée, explique sa Petite Mère, les yeux brillants, c’est d’ouvrir le Palais Garnier à un nouveau public. De faire découvrir la danse et l’Opéra à ceux qui ne les connaissent pas, qui croient ne pas les aimer, que ce n’est pas pour eux…
Mila poursuit, convaincue :
– Il y a beaucoup de gens qui n’osent pas prendre des places pour voir un ballet, tu sais. Qui ne savent pas comment s’habiller, comment se comporter, qui sont intimidés, en fait. Eh bien, cette fois, on va les inviter. Leur dire qu’ils peuvent venir en jean et en baskets, en pleine journée. Qu’ils peuvent ne rester qu’une demi-heure et repartir, ou bien, au contraire, y passer deux heures. »

« – Tu pourrais écrire ? suggère-t-elle. Tout ce que tu ressens, en vrac, juste pour toi. C’est une technique qui fonctionne bien pour moi. Quand les émotions débordent, ça m’aide à mieux comprendre ce qui m’arrive. Et ce que je veux.« 


Mon avis : Dernier tome (provisoire, certainement), de la saga 20, Allée de la Danse que j’affectionne tout particulièrement. Un 16ème tome fidèle à ses prédécesseurs, c’est-à-dire ludique, entraînant, qui véhicule de belles valeurs à destination autant des plus jeunes que des moins jeunes.

Cette fois-ci, c’est notre belle brune Constance qui se retrouve au devant de la scène. La jeune fille surprend une conversation entre sa mère Helena et sa grand-mère Mamita, au sujet de son père, lâchement parti avant sa naissance. Ce dernier s’est manifesté dernièrement, en énonçant le souhait de rencontrer sa fille qu’il n’a jamais connu. Constance est bouleversée par cette perspective, qui l’effraie autant qu’elle l’excite.

En parallèle, l’École de Danse s’apprête à organiser sa première Journée Portes Ouvertes au Palais Garnier. Les jeunes danseurs sont sollicités pour monter des spectacles vivants partout dans le palais, pour donner envie aux spectateurs d’en apprendre plus sur ce milieu, souvent apparenté comme un milieu réservé à l’élite suprême, à la noblesse et aux gens de constitution supérieure. Grâce à ces journées inédites, la directrice, Mademoiselle Pita, entend changer le regard des spectateurs sur le ballet et l’opéra.

Comme souvent, Elizabeth Barféty ne se cantonne pas à parler de danse classique, mais elle lie ce thème central à des thématiques plus quotidiennes et accessibles, comme ici, avec la relation père/fille, l’abandon et la parentalité. Avec pudeur et finesse, l’auteure a réussi à dégager des émotions de cette histoire, plus commune dans la vie quotidienne, que l’on pourrait le soupçonner.

Comme d’habitude, de jolies illustrations en noir et blanc apparaissent sporadiquement dans le récit, pour dynamiser l’écriture et rendre plus vivant les personnages et les scènes narrées. C’est un gros point positif qui plaît beaucoup aux jeunes lecteurs, souvent très visuels.


Un très bon tome sur les relations parents-enfants, où pointent de belles valeurs, comme le courage, la bienveillance, le respect et l’amitié. C’est toujours un plaisir de lire cette saga !

Ma note : 7,5/10

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ISBN : 978-2-09-258818-5