Conte·Romance

L’histoire de la Bête


L’histoire de la Bête de Serena Valentino

189 pages, éditions Hachette romans, à 13,90€


Résumé : C’est une histoire vieille comme le monde : celle d’un prince cruel transformé en Bête.
Et celle d’une belle jeune fille qui surgit dans sa vie. Le monstre est métamorphosé par la compassion de la jeune fille et l’amour qu’il ressent pour elle.
Puis ils se marient et ont beaucoup d’enfants.

Mais comme pour chaque histoire, il y a plusieurs versions. Qu’importe ce que l’on a pu dire ou écrire, une seule question demeure : qu’est-ce qui a changé le prince en la Bête que l’on connaît ?

Voici l’une de ces histoires. Une histoire de bêtes, et, bien sûr, de belles.


Extraits :  « Pendant que l’on enseignait aux garçons des langues anciennes et l’Histoire, les petites filles, elles, devaient se contenter d’apprendre à être jolies et de marcher droit ! Peu surprenant que les hommes ne prissent pas au sérieux les femmes, lesquelles ne connaissaient du monde que ce que leur père ou leurs frères consentaient à leur apprendre et, si elles étaint chanceuses, leur époux daignait parfaire cette éducation. Cela lui avait toujours semblé injuste.« 

« – La Bête, si bête, a fait une bêtise !
– La Belle, si belle, s’est fait la belle !« 

Mon avis : Tout le monde connaît l’histoire de Belle, qui se sacrifie pour sauver son père, retenu prisonnier aux mains de la Bête. Ils vont vivre ensemble dans le château de la Bête, et vont se découvrir, pour finir par s’apprécier. Belle comprend alors que ce monstre surnommé Bête, est en fait un prince, victime d’un sortilège. Mais point d’informations supplémentaires sur ce sortilège ou la vie passée de la Bête. Pour notre plus grande joie, Serena Valentino s’est attelée à combler cette frustration quant au manque d’informations, en imaginant ce qu’avait pu être la vie princière de la Bête, sa personnalité et les causes qui l’ont amené à se transformer en monstre.

On (re)découvre la Bête, sous son apparence humaine. Et autant dire qu’il n’a strictement rien à voir avec la Bête que nous connaissons. En effet, ce prince altier, orgueilleux et vil, est au plus haut point détestable. Il se montre désagréable et cruel avec les autres (que ce soit avec ses invités, avec les femmes, ou même avec ses domestiques). Pour affirmer sa puissance, il écrase sans vergogne les personnes qui se dressent sur son chemin, et rabaisse ouvertement celles indignent de son rang. Alors qu’il devait s’engager avec une jolie femme, il découvre sa condition sociale inférieure à la sienne et la répudie. Malheureusement pour lui, cette femme est en fait dotée de pouvoirs magiques, dont elle va user pour se venger. Accompagnée de ses trois soeurs sorcières, elles vont transformer le prince en Bête, avec comme seule solution de repli : qu’il ressente un amour véritable pour une femme. Une affaire qui n’est pas gagnée d’avance, mais qui réjouie les sorcières, bien décidée à voir le prince rester monstre pour l’éternité.

L’auteure arrive à conserver l’esprit du monde de Disney, avec cet univers féerique, empli de magie et mystère, tout en y ajoutant sa petite analyse personnelle de l’histoire. Un mélange réussi, puisqu’il nous transporte aisément dans ce monde merveilleux, tout en comblant une partie restée vide de l’histoire de la Belle et la Bête. Même si je trouve que certains aspects de l’histoire auraient pu être travaillés et développés davantage, l’histoire est  originale, et prolongera l’engouement des fans inconditionnels des Disney.

Pour votre gouverne, sachez que les éditions Hachette romans publient régulièrement ce genre de petit récit, sorte d’histoire complémentaire d’un grand Disney. Vous pouvez donc retrouver l’histoire de la méchante Ursula, dans la Petite Sirène, ou encore l’histoire de la reine Grimhilde dans Blanche-Neige. De quoi rendre encore plus effrayants et antipathiques ces méchants personnages…

Ma note : 6,5/10
Conte·Littérature jeunesse

La Belle et la Bête – Histoire éternelle


La Belle et la Bête – Histoire éternelle de Jennifer Donnelly

292 pages, éditions Hachette romans, à 16€


Résumé : Il était une fois, caché au cœur de la bibliothèque de la Bête, un livre très mystérieux.
En le découvrant, Belle va pénétrer dans un univers fascinant. Mais ne dit-on pas que les apparences sont parfois trompeuses ? Belle retrouvera-t-elle le chemin du retour ?
L’histoire pourrait bien ne jamais la laisser partir.


Extraits « Si la Bête n’a pas réussi à conquérir l’amour de Belle quand le dernier pétale tombera, elle devra demeurer une bête à tout jamais, rappela la Mort. Vous avez fait un par, ma chère Soeur. Vous avez parié sur le coeur d’un être humain… quelle folie. Pour ma part, je suis prête à parier un million de louis d’or que la Bête échouera.« 

« Rire de ses problèmes, c’est déjà les surmonter à moitié.« 

Mon avisJe ne vous cache pas le plaisir que j’ai eu à redécouvrir la magnifique histoire de La Belle et la Bête. Jennifer Donnelly garde l’essence même de l’histoire – les personnages restent inchangés, tout comme la trame principale que l’on connaît tous – mais ajoute son empreinte personnelle au conte.

L’auteure part du principe que chaque lecteur de cette réécriture a déjà lu (ou vu) le conte original, elle nous évite de trop longues descriptions racontant le début de l’histoire. Elle se focalise plus sur la nouveauté qu’elle incorpore au récit, à savoir le monde merveilleux de Nervermore. Nevermore, qu’est-ce que c’est ? C’est un monde magique, accessible à partir d’un livre, dans lequel tout est beau et paraît formidable. Belle n’hésite pas à se rendre constamment dans ce livre imaginaire, pour échapper au calvaire qu’elle vit aux côtés de la Bête. Somptueux bals, voyages à gogo, rencontres spectaculaires… ce nouveau monde a tout pour la séduire. Mais ce que Belle ignore, c’est que Nevermore est un monde construit par la Mort, bien décidée à emprisonner Belle dans son univers, pour éviter à l’Amour de gagner. Entre l’Amour et la Mort, entre monde réel et monde imaginaire, qui Belle choisira-elle ?

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J’ai adoré me replonger dans cet univers féerique. Quel plaisir de retrouver Belle, la Bête, ainsi que tous les objets animés (Zip, Big Ben, madame Samovar…). Dans ce récit, l’auteure nous propose une variante du conte original, en incorpore un monde fantastique supplémentaire au monde féerique déjà en place. Si avec tous ces mondes magiques vous n’arrivez pas à vous transporter dans l’histoire, je pense que les contes ne sont pas fait pour vous ! En tout cas, la magie a opérée sur moi, puisque les pages défilaient inlassablement entre mes mains, tant et si bien que ce livre (de près de 300 pages, quand même !) a été entièrement lu en une après-midi. Il faut dire que l’histoire est dynamique. Tout s’enchaîne avec simplicité et souplesse, sans aucun temps mort, sans aucune longueur. Du pur plaisir, un régal absolu.

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Les amoureux inconditionnés de ce magnifique conte se feront un plaisir de découvrir cet ouvrage, sorte de prolongement féerique de l’univers de la Belle et la Bête. Je n’ai plus qu’une hâte : me précipiter au cinéma voir l’adaptation cinématographique avec Emma Watson !


 Ma note : 8/10

Conte

Contes inuit du Grand Nord revisités

Contes inuit du Grand Nord revisités
de Jack No
40 pages, éditions Mélibée, à 9,50€
Résumé : Ces contes inuit, connus dans tout le Grand Nord, sont sûrement les plus beaux, les plus émouvants du fonds traditionnel groenlandais. Ils ont été revisités par Jack No, étoffés, peaufinés. En général ils sont d’une grande sobriété, les personnages étant souvent anonymes ; ainsi ceux du conte sur la découverte de la musique, le petit ourson, ou encore le corbeau prétentieux n’ont pas de nom.
L’auteur fait vivre les personnages par des dialogues plus volumineux. S’appuyant sur ses années passées au Groenland, il plonge le lecteur dans l’atmosphère si mystérieuse et unique du Grand Nord, restitue le décor. La rudesse de cet environnement n’est pas oubliée, ni la lutte pour la vie. La mort n’est jamais bien loin. Mais ici, cette rudesse est moins abrupte que dans les contes traditionnels.
La pensée inuit transparaît, que ce soit à travers la découverte de la musique ou Nanonnguaq. Même les facettes peu glorieuses de l’être humain sont montrées, avec la métamorphose de Kroa en homme terre à terre et prétentieux. À leur façon, ces contes revisités sont porteurs d’un code de vie, de règles à suivre pour vivre en harmonie, en bonne entente avec cet environnement hostile : un message universel…

Extraits :  « Les hommes souffrent de la solitude car ils n’ont pas reçu cce cadeau qu’est la fête. »
« Chez les Inuits, le soleil ne peut être qu’une femme pour apporter tant de chaleur aux hommes. »

Mon avis :  Etant une grande férue d’histoires contées (les contes de Perrault et de Grimm ont bercés toute mon enfance), je me suis immédiatement jetée sur ce petit recueil de Jack No. Ignorante des contes inuits du Grand Nord, c’est avec une totale curiosité que j’ai commencé ma lecture.

Contes inuit du Grand Nord revisités, ce sont plusieurs contes, revisités par Jack No, mélange de féerie, de réalisme, de bonheur et de tristesse. Tous les contes narrés avaient comme un aura majestueux, une sorte de magie mystérieuse qui se dégageait d’eux. Dans une atmosphère toute singulière (l’histoire se passe dans des contrées lointaines du Grand Nord, où la solitude fait loi), se passe des choses extraordinaires.

L’auteur met en avant la vie l’âpreté de la vie au pôle nord : des hommes devant pêcher et chasser pour manger, devant survivre au temps colérique. Il montre également la fraternité, qualité indispensable à la survie des hommes (illustré très brillamment par le personnage de Naja, dans L’histoire de Nanonnguaq, vieille femme sans famille, qui doit son pain quotidien aux âmes généreuses du village).

Je n’avais encore jamais lu de livres parlant de cette partie très mystérieuse du monde. A travers tous ses contes très diversifiés, j’ai donc pu découvrir allégrement les conditions de vie et les croyances de ces habitants hors du commun. Un recueil bien trop court à mon goût : on aurait envie de s’immerger encore et encore dans ces contrées isolées. J’ai beaucoup aimé !

Ma note : 7,5/10
Conte·Littérature jeunesse

Contes et légendes – L’Odyssée

Contes et légendes, L’Odyssée
de Jean Martin et François Roca
58 pages, éditions Nathan, à 17,50€

 

Résumé : Voilà dix ans que la guerre de Troie s’est achevée. Mais Ulysse aux mille tours n’est toujours pas rentré à Ithaque, auprès de sa femme Pénélope et de leur fils Télémaque. Qu’est-il advenu de lui ? Alors que dans son palais, les prétendants veulent épouser la reine pour prendre le pouvoir, Ulysse affronte de terribles épreuves. Perdu en Méditerranée, il combat le Cyclope, rencontre les Sirènes, se retrouve chez la redoutable magicienne Circé… Parviendra-t-il à retrouver son royaume et son épouse ?

Extraits : « Mon enfant, c’est la loi même des humains quand ils meurent : les nerfs ne tiennent plus les chairs ni les os, l’âme, envolée, n’est plus qu’un rêve… Mais regagne vite la lumière ! »
« N’aie pas d’amertume ni de rancune si je ne t’ai pas ouvert mes bras dès que je t’ai vu : j’avais toujours la crainte dans le coeur qu’un homme vienne me tromper avec de belles paroles. »

Mon avis : Habile reprise d’une épopée classique de la mythologie grecque, L’Odyssée, initialement écrit par Homère, est ici remarquablement repris par Jean Martin et François Roca. Dans un album superbement illustré, ils rééditent les exploits d’Ulysse, en tronquant certains passages superflus, pour capter une plus large majorité de lecteurs.

Même si le début de l’album est assez abrupt, le lecteur réussis passablement à rattraper le film de l’histoire, et à s’immerger totalement dans les aventures d’Ulysse. Bien résumé, mais avec néanmoins un minimum de détails, L’Odyssée raconte avec minutie et magie les exploits traversés par notre fort et grand Ulysse, roi légendaire d’Ithaque.

Tout le monde a déjà entendu parler à un moment ou à un autre d’Ulysse, l’un des héros les plus connus de la mythologie grecque. Mais peu connaissent son entière histoire, de la guerre de Troie, au passage des Sirènes, à celui des Phéaciens, jusqu’au trône gardé si précieusement par Pénélope, elle-même entourée de ses nombreux prétendants. Un abus de personnages qui trouvent parfaitement leur place dans l’album, tant Jean Martin et François Roca ont pu simplifier au grand maximum le déroulement de l’histoire. De plus, les magnifiques images qui graduent l’histoire aident grandement à la compréhension, et apportent, entre autre, une touche de réalisme prépondérant à L’Odyssée.

Le culte autour du personnage mythique d’Ulysse prend enfin tout son sens. On l’aime pour son courage face aux épreuves qu’il endure, à sa patience, exilé loin de son royaume et de sa famille, dans la plus totale ignorance. On le vénère pour sa grandeur, sa carrure et son apparence, digne des plus grands, et on envie son détachement de la réalité, son manque de lucidité face aux événements présents.

Mais outre ces nombreux caractéristiques qualitatives, c’est l’amour, qui demeure, fort, profond et souverain de ses actes. Ulysse a prouvé, à travers les torrides épreuves qu’il traverse, que rien ne peut l’arrêter… hormis le manque d’amour de Pénélope. Une parfaite déclaration de sincérité, d’émotions et de courage se joue là, démontrant la perspicacité et l’assiduité des hommes de ce temps.

Un album contant les aventures d’Ulysse, simplifié et doté d’atours accueillants, qui devrait ravir les amateurs de mythologie grecque.

 

Ma note : 9/10
Conte·Fantastique·Littérature jeunesse

La terrifiante histoire et le sanglant destin de Hansel & Gretel

La terrifiante histoire et le sanglant destin de Hansel & Gretel d’Adam Gidwitz, illustré parNancy Pena et Joseph Vernot
248 pages, éditions Hachette, à 15,90€
Résumé : La sanglante histoire et le terrifiant destin de H. et G. … … ou la vraie-fausse histoire de Hansel et Gretel (celle que vos parents ne vous raconteront jamais). Vous y trouverez : * un roi amoureux, * un serviteur fidèle, * un dragon redoutable, * une boulangère mangeuse d’enfants, * du sang, * des doigts coupés, * des têtes tranchées, et vous savez quoi ? Vous allez adorer. P.S. : Aucun personnage n’a été blessé durant l’écriture de ce roman. P.P.S. : Enfin… Ils s’en sont bien remis. P.P.P.S. : Ne pas laisser à la portée de vos petits frères et sœurs. On vous aura prévenus…
Extraits : « Dans l’existence, c’est souvent dans les recoins les plus obscurs que se cachent la beauté la plus éclatante et la sagesse la plus lumineuse. »
« Il y a certaines douleurs qui peuvent vous transformer. La plus solide des épées, sous l’assaut d’un feu violent, ploiera et sa forme sera modifiée. »

Mon avis : Que celui ou celle qui ne connait pas le fabuleux conte d’Hansel et Gretel se dénonce ! Tout le monde a déjà entendu parler du frère et de sa soeur se rendant dans la forêt, atterrissant dans une maisonnée faite de pain d’épice, qui appartient en réalité à une sorcière mangeuse d’enfants.

Pour notre plus grand plaisir, Adam Gidwitz se réapproprie le conte, l’étoffe, tout en donnant une dimension lugubre et plus sombre à l’histoire initiale. Comme le dit l’auteur lui-même, ce récit n’est pas à mettre entre toutes les mains, surtout pas entre celles des jeunes enfants. Pour être terrifiante, le titre ne vous a pas menti, l’histoire l’est vraiment.

Le livre se découpe en plusieurs chapitres, qui chacun racontent un épisode différent des aventures des deux enfants. Mais plus les chapitres se succèdent, plus l’effroi monte en flèche, le danger, la peur du lecteur… tout s’accroît au fur et à mesure des pages.

Les enfants, bien qu’exceptionnellement petits, vont vivre des aventures extraordinaires, se retrouver dans des situations abracadabrantes, se heurter à des choix cruciaux, croire à des choses inimaginables. Mais c’est avec une maturité sans faille, un courage sans limite, une ténacité et une hargne qui leurs sont propres qu’ils vont réussir à franchir tous les obstacles qui les empêchent d’avancer.

Le sentiment le plus fort que nous puissions déceler, autre que le sensation de peur qui nous enveloppe tout au long du récit, c’est bel et bien les liens fraternels qui unissent Hansel et Gretel. Indissociables, se vouant un amoiur sans borne, solidaires entre eux, ils nous prouvent que l’amour entre frères et soeurs est plus fort que tout autre chose. Le lecteur est attendri par ces émulsions, touché au vif par les jeunes enfants, qui deviennent fortement attachants.
Hansel et Gretel semblent être la seule touche d’humanité qui persiste dans ce roman. Tout n’est qu’aventures extraordinaires, en bordure du fantastique. Pour entrer plus profondément dans cet univers merveilleux (ou monstreux, au choix), qu’Adam Gidwitz met en scène, Nancy Pena ainsi que Joseph Vernot illustrent brillamment les différents épisodes des aventures des enfants avec des dessins parfaitement représentatifs du texte. Des dessins uniquement dessinés de trois couleurs, le noir, couleur de la peur, le rouge, couleur du sang, ainsi que le blanc. Du talent à l’état pur, qui vient compléter parfaitement le récit narré.

Vous l’aurez compris, ne lisez pas ce roman avant de vous coucher. De terribles cauchemars pourraient entailler votre sommeil. Mais par curiosité, venez tout de même découvrir Hansel et Gretel comme vous ne les avez jamais vus ; vous ne le regretterez pas, j’en suis certaine.

Ma note : 9/10
Conte·Fantastique·Littérature jeunesse

Animale : La malédiction de Boucle d’or

Animale : La malédiction de Boucle d’Or
de Victor Dixen.
437 pages, éditions Gallimard jeunesse

 

Résumé : 1832. Blonde, 17 ans, orpheline, vit depuis toujours dans un couvent, entourée de mystères. Pourquoi les soeurs l’obligent-elles à cacher sa beauté troublante ? Qui sont ses parents et que leur est-il arrivé ? Blonde est différente et rêve de se mettre en quête de vérité : il y a au coeur de son histoire un terrible secret.
Et si le conte le plus innocent dissimulait l’histoire d’amour la plus terrifiante ?

Extraits : « La réalité est comme un glaçon flottant, dont seule la plus petite partie semble exister. »
« Les cheveux sont comme un flou qui gomme les défauts des visages imparfaits, mais qui voile aussi la perfection des visages sans défauts. »

Mon avis : Ce roman de Victor Dixen est le premier manuscrit des éditions Gallimard Jeunesse que je reçois en tant que chroniqueuse de la promotion 2013/2014. Je remercie une nouvelle fois cette maison d’éditions de m’avoir accepté dans leur équipe, et pour m’avoir fait découvrir ces épreuves non corrigées d’Animale, qui sort le 22 août prochain.

D’abord intriguée par le nom du livre et le thème qu’il semblait traiter, j’ai rapidement paniqué en pensant que cette histoire abritait bon nombre de phénomènes surnaturels, tout droit sortis du domaine de la science-fiction. Mais en commençant ma lecture, j’ai été agréablement surprise de découvrir l’originale histoire revisitée du conte de Boucle d’Or et les trois ours.

Dans un style très moderne, avec une écriture facile à la compréhension et accessible à tous, Victor Dixen nous narre une magnifique version de l’histoire de Boucle d’Or et les trois ours.
Tout commence par l’épopée de notre héroïne, Blonde, que nous apprenons à connaître en long, en large et en travers. Très discrète, et plutôt enviée par ses jeunes camardes, elle va réussir à passer outre cette jalousie, et à tracer sa propre route. Cette adolescente, ou cette jeune femme, devrais-je, ne dévoile que peu de choses de sa personnalité, elle vie recluse en elle-même, perdue dans ses pensées et ses obligations. D’où vient-elle, qui est-elle ? Nous, pauvres lecteurs, sommes autant plongés dans le flou que notre sublime protagoniste.

Très addictif, la première partie du roman se lit d’une traite, quasiment sans pause. Plongé dans l’univers de Blonde, les pages défilent sans qu’on le remarque, et l’intrigue se profile rapidement à l’horizon. Happé par ce mystère qui s’accroît au fil de notre lecture, nous ne voulons plus qu’une chose, lire, encore et encore, pour découvrir le fin mot de l’histoire.

Le conte de Boucle d’Or et les trois ours apparaît très rapidement dans l’intrigue de l’histoire, sombre, noir, tel que nous ne l’avions jamais vu. Victor Dixen fait des miracles en remettant au goût du jour ce somptueux conte connu de tous, et en le réadaptant dans une version forte originale principalement accès pour les adultes.

Malheureusement, arrivé à la moitié du livre, l’intrigue et le suspense commençait à s’étioler. Tout est devenu plus brouillon et moins attrayant. La magie du début, ainsi que le cadre dans lequel vivait notre héroïne s’est évaporé, pour ne laisser qu’un vaste champ assez flou d’un paysage qui semble toujours aussi noir. La science-fiction est réellement venue se mêler au récit dans la seconde partie du roman, ce qui a gêner ma lecture, moi, pauvre lectrice peu habituée à ce genre littéraire dont je n’arrive pas à percer le but.
Je suis quand même arrivé à terminer ma lecture, mais avec bien des difficultés. Ma fougue du début avait disparue, et la magie qui allait avec également.

Malgré la fin du roman qui m’a un peu refroidie, j’ai tout de même passé un bon moment en compagnie de ce livre. Le conte est bien traité et revisité au goût de l’auteur, il est assez présent dans le livre, et ne se diffère pas trop de l’original, si ce n’est par son atmosphère pesante et lugubre. (Je tiens à préciser que si ça n’avait dépendu que de moi, je n’aurais pas acheté ce livre, qui ne fait pas du tout partie du style de lectures que je lis habituellement).

 

Ma note : 6,5/10
Conte

Une bible – ancien testament

Une bible – ancien testament de Philippe Lechermeier, illustré par Rébecca Dautremer
235 pages, éditions Gautier Languereau, à 18,90€

 

Résumé : Un ancien testament extrait d’ « Une Bible », raconté comme un roman par Philippe Lechermeier.
Tous les grands textes de références traités ici pour leur valeur culturelle, sans aucun parti pris religieux, simplement la curiosité de découvrir ces grands récits fondateurs de nos civilisations.

Extraits :  « Pourquoi écrire une bible ?
Parce que raconter la Bible, c’est raconter notre histoire, une histoire faite de milliers de mythes, de contes et de légendes. Comment comprendre le monde sans tous ces récits ? Comment l’appréhender sans savoir qui sont Abraham, Goliath, la reine de Saba et Marie-Madeleine ? Comment décrypter l’art, l’architecture, la littérature sans connaître les fondations fabuleuses de notre société ? La Bible n’appartient pas qu’à une religion. La Bible est un bien commun. Qu’on soit croyant ou non croyant et qu’on le veuille ou non, ses mythes ont façonné nos sociétés, ils s’immiscent dans notre vie quotidienne, ils circulent dans notre inconscient. En écrivant ce texte, j’ai voulu que chacun puisse reprendre ce qui lui appartient.
Une bible est pas La Bible.
Une bible est faite d’histoires qui se répètent et se réinventent. Des histoires que l’on raconte. Qui nous racontent.

Philippe Lechermeier »

– Tu veux me jouer un tour, c’est ça ? Ce n’est pas beau de se moquer de la naïveté des gens…
– Alors ferme ta bouche, tu vas finir par avaler un moucheron qui se perdra dans ta tête tellement elle est vide !
 »

Mon avis :  Magnifique ! Je n’ai jamais rien vu de tel. C’est sans doute la première et la dernière fois que je vais écrire la phrase qui suit : c’est un véritable plaisir de lire la Bible. Car oui, la façon dont sont mis en scène les mythes et dont ils sont illustrés rend le récit paisible et agréable à découvrir. Bien loin des consensus religieux, l’auteur écrit d’une plume moderne les grands mythes qui ont bâtis notre ère.

C’est Philippe Lechermeier et son illustratrice Rébecca Dautremer qui se sont lancés le pari fou de réécrire les principaux mythes et légendes de l’Ancien Testament, en les modernisant. Ils restent fidèles aux mythes originaux, incorporant seulement quelques éléments narratifs par-ci par-là. On retrouve tous les plus grands mythes, constitutifs de notre culture générale : Adam et Eve qui ouvrent le bal, Noé et son arche, Moïse, Samson et ses cheveux, et bien d’autres encore. Des histoires que l’on ne présente plus, qu’il est bon de lire ou de relire à l’infini. J’ai également découvert des légendes intéressantes, qui m’étaient alors inconnues : les douze prodiges d’Élisée, ou l’histoire de Jephté. De quoi accroître davantage notre culture personnelle.

Ce que j’ai bien aimé aussi, c’est qu’on a une réelle dynamique du récit, avec un mélange des genres, qui passe par la théâtralisation (avec la sublime mise en scène du mythe de Joseph,par exemple), la versification ou encore la prose. Un mélange des styles également, avec des auteurs qui s’amusent à mélanger humour et sérieux. Les sublimes dessins, très originaux, permettent eux aussi de dynamiser la présentation des mythes. En plus de ça, ces dessins nous transportent dans un autre univers, où il est bon de se laisser guider au fil des pages.

Ce magnifique ouvrage est le fruit de plusieurs centaines d’heures de travail (au moins !). Entre la lecture des mythes originaux, la réappropriation personnelle de ces légendes, la modernisation des récits… l’auteur a du en baver. Mais le résultat est juste magnifique. Philippe Lechermeier peut être fier de lui. Une Bible est un véritable chef-d’oeuvre.

C’est un livre qui donne envie de s’y plonger. Son accessibilité aisée est un bon moyen pour faire découvrir aux plus jeunes des croyances enchanteresses des débuts de notre ère. Je suis admirative de cette jolie production très réussie : elle m’a entièrement comblée !

Ma note : 10/10