Comment les pingouins ont sauvé Veronica


Comment les pingouins ont sauvé Veronica de Hazel Prior
452 pages, éditions l’Archipel, à 20€


Résumé : Le cœur ne gèle jamais, même au milieu des icebergs. Au crépuscule de sa vie, Veronica McCreedy, 84 ans, se replonge dans son existence pour chercher ses
héritiers. Elle retrouve la trace de Patrick, un petit-fils de vingt ans abandonné par son père et orphelin depuis l’âge de six ans, après le suicide de sa mère. Mais le jeune homme ne plaît pas à cette grand-mère acariâtre.
À la suite de cette rencontre désastreuse, Veronica décide de léguer ses biens aux pingouins et obtient
d’accompagner une mission scientifique en Antarctique pour observer ses petits protégés.
Mais Veronica tombe malade lors de ce voyage et Patrick, sa seule famille, est appelé à son chevet. Comme deux animaux sauvages, ils vont apprendre à s’apprivoiser au milieu des icebergs…


Extraits« Et vous savez ce que c’est, la curiosité ? C’est comme un ver qui vous grignote. Il grignote et grignote jusqu’à ce que vous cédiez. »

« Le tic-tac de l’horloge me semble particulièrement bruyant aujourd’hui. Je déteste les horloges mais, comme les politiciens et le paracétamol, elles ont trouvé le moyen de se rendre indispensables dans ce monde. »


Mon avis : Le titre du livre d’Hazel Prior a de quoi. Comment les pingouins ont sauvé Veronica est un tantinet loufoque, grotesque, il nous semble annoncer une histoire légère, un peu comique. Néanmoins, il n’en est rien : c’est un roman tout à fait sérieux, émouvant, un peu larmoyant, mais rempli d’amour.

Veronica McCreedy, notre protagoniste, est une vieille dame âgée de quatre-vingt-six ans. Très solitaire, elle n’a aucune famille, excepté Eileen, son aide ménagère, qui vient quotidiennement la seconder dans ses tâches journalière. Sentant son heure approcher, Veronica décide de rechercher ses proches. Car, dans un passé très très lointain, la vieille dame a enfanté un garçon, qu’elle a dû abandonner de force. Après plusieurs recherches menées par des spécialistes, elle découvre qu’elle est grand-mère d’un certain Patrick, un jeune homme d’une trentaine d’années. Veronica lui écrit, avant d’aller le rencontrer… mais de vite déchanter. Patrick est un jeune chômeur à l’hygiène douteuse, qui noie ses problèmes dans la drogue et ne semble s’émouvoir que de l’argent que pourrait lui rapporter la vieille dame. Attristée et déçue, Veronica décide de reverser son argent à une cause qui lui importe plutôt qu’à son petit-fils : les pingouins.

Grâce à un reportage tourné en Antarctique, Veronica découvre la vie des pingouins et la mission des scientifiques, qui luttent pour sauvegarder l’espèce. Très émue, la vieille dame réserve sur un coup de tête un voyage aller-retour de trois semaines en Antarctique. Une aventure hors du commun et périlleuse l’attend : l’aventure de sa vie. Mais à son grand âge, celle-ci va vite tourner à la catastrophe.

D’une écriture fluide, Hazel Prior nous fait rêver et voyager, en nous emmenant dans un pays lointain, à la découverte des pingouins. Les paysages décrits sont somptueux ; les étendues de neige à perte de vue, les milliers de manchots qui vivent en totale liberté, l’absence de présence humaine (hormis les trois scientifiques), la vie rudimentaire, spartiate du campement. C’est une véritable bouffée d’air frais, qui nous rappelle néanmoins avec horreur les conséquences des actions des hommes sur la nature : le réchauffement climatique, la disparition d’espèces sauvages, qui devrait se multiplier davantage dans les années à venir. Le récit est entrecoupé de quelques pages du blog de Terry, l’une des scientifiques du campement, qui nous en apprend plus sur le mode de vie des pingouins, la façon dont ils survivent, se reproduisent, de quoi ils se nourrissent et de quelle façon ils trouvent leur nourriture… des informations bienvenues, qui nous rendent ces petits êtres de la banquise encore plus attachants.

Outre ce voyage totalement dépaysant, l’auteure nous entraîne dans un voyage dans le temps, dans la jeunesse de Veronica. A travers ses journaux intimes, envoyés à son petit-fils Patrick, on découvre une autre Veronica : jeune, insouciante, malmenée par la vie dure, solitaire, mais très amoureuse. J’ai été très émue de découvrir sa tragique histoire. Après la perte de ses deux parents, Veronica se retrouve seule avec sa tante M, qu’elle déteste. Abandonnée également par ses amies, elle trouve du réconfort uniquement dans les bras d’un homme qu’elle ne peut aimer publiquement : Giovanni, un prisonnier de guerre italien. Une histoire peu banale, qui a forgé le caractère de Veronica. Aujourd’hui, toujours aussi solitaire, elle s’est repliée sur elle-même, elle a verrouillé son coeur, ne souhaitant plus qu’une quelconque mauvaise nouvelle ne vienne la frapper une nouvelle fois. Cette femme, à l’apparence glaciale, renferme bien plus de blessures que nous ne pouvions l’imaginer. Son courage est admirable.

L’arrivée de Patrick, son petit-fils, dans sa vie, semble être une nouvelle étape vers l’acceptation, vers le renouveau, le retour à la vie et à tous ses plaisirs. Il apporte une bouffée d’air frais à son quotidien morose. C’est d’ailleurs à son contact, mais également grâce aux pingouins, en particulier à son petit protégé Pip, que nous voyons Veronica changer, se transformer, s’ouvrir et s’épanouir au fil des pages. Ces rencontres et ce voyage ont contribué à la résilience, au pardon, à l’ouverture et au renouveau.


Un roman rempli d’amour et de vie, qui nous emmène en plein coeur de l’Antarctique, aux côtés de milliers de manchots Adélie. Une histoire engagée et humaine, qui enjoint à la préservation de la nature. J’ai beaucoup aimé !

Ma note : 8/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-8098-4220-3

Les soeurs du mal


Les soeurs du mal de Alice Clark-Platts
357 pages, éditions Hauteville, à 8,20€


Résumé : « Leur maison avait été recouverte d’insultes, leur boîte aux lettres recouverte d’excréments. On avait envoyé un cocktail Molotov contre leur porte d’entrée. Les lettres de menaces s’étaient multipliées. Une fois le procès terminé, la police leur avait conseillé de déménager et de changer d’identité. Si elles venaient à être démasquées, on leur ferait du mal. » 1997, dans une petite ville d’Angleterre. Une fillette est sauvagement assassinée après avoir été torturée par Lila et Rose Bowman, respectivement âgées de dix et six ans. L’affaire défraye la chronique et les deux sœurs font la une de la presse à scandale. Si Lila est jugée coupable de meurtre, Rose, trop jeune pour répondre de ses actes, est remise en liberté sous une autre identité. Près de vingt ans plus tard, alors que Lila est toujours derrière les barreaux, sa sœur passe des vacances dans le Devon avec son compagnon. Quand une fillette disparaît de l’hôtel où elle réside, elle redoute que sa véritable identité soit révélée, car elle risque fort de devenir le suspect numéro un…


Extraits« Est-ce cela, le mariage ? se demande-t-elle. Un équilibre permanent entre désir et impatience ? »

« Personne ne vient jamais à votre secours dans la vie, on est seul jusqu’au bout. Du premier au dernier jour. »


Mon avis : Rose et Lila ont respectivement six et dix ans. Alors qu’elles jouaient au parc pour enfants, elles vont torturer puis assassiner sauvagement une petite fille. Lila est jugée coupable ; Rose étant trop jeune pour répondre de ses actes. Près de vingt ans plus tard, Lila est toujours derrière les barreaux à purger sa peine, depuis longtemps abandonnée par toute sa famille, hormis son oncle, également son avocat, qui tente depuis des années de la disculper. Tandis que Rose, devenue Hazel, a construit sa vie. Elle vit maintenant avec un homme, papa d’une jeune fille, devenue la belle-fille de Rose. Mais le passé va la rattraper, lorsqu’une jeune fille disparaît mystérieusement de l’hôtel où elle était en vacances avec sa nouvelle famille. Bien qu’elle ait changée d’identité depuis des années maintenant, un écrivain du nom de Max va faire le rapprochement avec l’affaire des deux soeurs, dite les « Flowers Girls ». Les journalistes et les enquêteurs vont également faire le lien et la prendre comme suspect numéro un dans la disparition.

Alice Clark-Platts aborde une thématique que je n’avais encore jamais lu : le  crime réalisé par des enfants. C’est un sujet assez sensible, puisque les opinions diverges grandement : faut-il juger un jeune enfant comme un adulte ? Quelle peine lui affliger ? En sachant qu’ils ne sont encore que des enfants, qu’ils n’ont pas forcément développés toute leur réflexion, faut-il leur laisser une deuxième chance ? Un enfant est-il conscient de ces actes ? Autant d’interrogations qui, encore aujourd’hui, alimentent le débat. Me concernant, j’ai été très étonnée de voir une toute jeune fille aller en maison de correction pour mineure aussi longtemps, puis enchaîner sur une prison pour adultes. Même si le crime est odieux, je pense sincèrement que la peine aurait dû être moindre, puisque la jeune fille n’était qu’une enfant au moment des faits, d’autant plus qu’elle n’a jamais reconnu le crime et qu’aucun témoin n’était présent sur les lieux du meurtre. Des imprécisions qui rendent l’affaire invraisemblable et le système judiciaire décrit peu réaliste.

Dans le cadre de ce thriller, l’auteure s’est basée sur une histoire vraie, en se donnant la liberté de remanier certaines scènes avec des épisodes fictionnels. Bien que j’ai grandement apprécié découvrir ce récit, riche en rebondissements, avec une tension adéquate, bien dosée, j’ai trouvé que certains passages manquaient de réalisme, comme souligné plus haut. Je n’ai jamais entendu parler d’une peine de prison aussi longue allouée à une enfant (mais peut-être puis-je me tromper). Aussi, j’ai trouvé que l’avocate de la partie adverse, s’acharnait trop cruellement contre Lila ; elle souhaite vaille que vaille que cette dernière continue le plus longtemps possible à purger sa peine de prison. Après tant d’années, même s’il est toujours impossible de pardonner, on pourrait penser que la coupable et sa famille ont suffisamment payé pour le crime commis. Aux propos de l’avocate s’ajoute la liesse de l’opinion publique et des médias, chacun y allant de son avis et de son commentaire. Le retentissement médiatique est énorme, la pression ressentie par Rose et Lila l’est tout autant. Injures, violences, dégradations matérielles…, la foule en folie est assoiffée de sang et souhaite faire justice elle-même. Une image un peu forci de la mentalité de notre société actuelle.

Quant au dénouement, bien que sympathique à lire, ce n’était clairement pas le point fort du livre, puisqu’il était un peu trop prévisible. Mais sans doute les lecteurs les moins avertis seront étonnés de cette fin.


Un polar à suspense, rythmé et intéressant, dans lequel deux héroïnes mineures sont accusées du meurtre d’une petite fille. Alice Clark-Platts alimente le débat en nous faisons réfléchir sur la responsabilité des enfants face au crime.

Ma note : 6,5/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-38122-135-9
Traduction : Emmanuelle Ghez

The Remnant Chronicles, livre 1 : The kiss of deception


The Remnant Chronicles, livre 1 : The kiss of deception de Mary E. Pearson
475 pages, éditions La Martinière fiction, à 20€


Résumé : Lia est princesse de Morrighan, un royaume englué dans ses traditions. En tant que première née de sa famille, elle doit épouser un prince dont elle ne sait presque rien et qu’elle n’a jamais rencontré… Mais leur union est capitale pour la bonne entente de leurs deux royaumes. Pour fuir ce destin tracé pour elle et la vie étriquée qui l’attend, Lia s’enfuit le matin de ses noces pour commencer une nouvelle vie dans l’anonymat le plus complet. Mais on n’humilie pas deux royaumes impunément… Les émissaires de son père se lancent sur sa piste. Le prince éconduit est bien décidé à la retrouver. Et un mystérieux assassin envoyé par un royaume tierce se lance à sa recherche. Lia ne sait pas qu’elle est traquée. Et quand deux hommes font irruption dans sa nouvelle vie, elle ignore que l’un deux est le prince, et l’autre l’assassin. Lia court un grave danger. Mais elle pourrait bien aussi tomber éperdument amoureuse et percer à jour les secrets et les complots qui gangrènent les royaumes.


Extraits« Tromper délibérément quelqu’un, ce n’est pas une erreur. C’est une décision froide et calculatrice. Surtout lorsque la victime est une personne que l’on prétend aimer. »

« Il y a deux façons d’affronter l’inévitable : y aller à reculons ou passer à l’offensive. »


Mon avis : En ce moment, je sors de ma zone de confort littéraire pour découvrir des titres assez éloignés de mon genre de prédilection. Ici, avec ce roman Young Adult tourné vers le fantastique, c’est pour moi un saut dans l’inconnu le plus total… mais un saut réussi ! En effet, j’ai vraiment adoré cette lecture. Sorte de conte de fée revisité, nous suivons Lia, une jeune princesse engluée dans les traditions de son royaume, qui n’aspire qu’à la liberté et à l’indépendance. Alors qu’elle est promise par son père au fils du roi d’à côté, Lia décide de s’enfuir, laissant derrière elle ses proches, son devoir et son identité de princesse. Elle chevauche durant des jours aux côtés de sa fidèle servante Pauline, avant d’atterrir dans un charmant village, où les deux jeunes femmes reconstruiront leurs vies et leurs identités, en travaillant notamment dans une auberge comme serveuses. Mais on ne peut pas disparaître aussi facilement dans la nature… deux hommes se lancent à la poursuite de la princesse : son prince, celui pour lequel elle était promise, désireux d’en apprendre plus sur cette jeune femme au tempérament bien trompé ; puis un mystérieux assassin, envoyé par un autre royaume pour assassiner Lia. Ils la retrouvent, se cachent, la jaugent, s’engouffrent dans son quotidien pour mener à bien leurs missions respectives.

Le roman se découpe en plusieurs chapitres qui donnent la parole à nos trois protagonistes : Lia a la part de parole la plus conséquente, avec de longs chapitres consacrés à son point de vue ; puis Rafe et Kaden, le prince et le meurtrier, héritent eux aussi de chapitres, mais bien moins étoffés que ceux de Lia. Petite particularité pour ces deux hommes : Mary E. Pearson, désireuse de laisser planer le doute sur l’identité du prince et du meurtrier, ne révèle pas qui de Rafe ou de Kaden est quel personnage. Par ce mystère supplémentaire, une certaine tension vient accroître les pages du livre, car notre jeune Lia se rapproche dangereusement de l’un des hommes… qui pourrait être son meurtrier !

J’ai beaucoup aimé la dynamique du récit, de part l’alternance des chapitres d’une part, mais aussi par la rythmique des actions, assez nombreuses, qui s’enchaînent avec aisance et fluidité. Pour être tout à fait claire : on ne s’ennuie pas une seule seconde avec cette histoire ! Certains diront que c’est un conte de fée revisité déjà vu et lu plusieurs fois ; même si le récit n’est pas totalement novateur, j’ai été totalement happée dans l’histoire, j’ai appréciée découvrir Lia et suivre ses nombreuses aventures.

Enfin, l’auteure a réussie à me plonger dans un univers reculé, sans doute moyenâgeux, un monde dangereux, en guerre, où s’affronte plusieurs clans redoutables. Nous intégrons un petit village typique d’antan, avec des tours d’ivoire, des chevaux de trait et des traditions singulières. Elle mêle à cette atmosphère d’antan une pincée de magie, que l’on retrouve dans des mystérieux livres anciens qu’essaie péniblement de déchiffrer Lia, dans des dons et pouvoirs surnaturels rapidement évoqués, des créatures mythiques du fantastique (je pense notamment au dragon, qui n’apparaît pas clairement dans l’histoire, mais qui est évoqué à plusieurs reprises). Ainsi, Mary E. Pearson met timidement en place une atmosphère particulière, que j’espère voir encore plus approfondi dans le deuxième tome de cette saga.


Un premier tome réussi, dynamique, addictif, qui mêle habilement romance, fantastique et guerre de pouvoir. J’attends la suite avec beaucoup d’impatience.

Ma note : 8/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-7324-9904-8
Traduction : Alison Jacquet-Robert

Le portrait du mal


Le portrait du mal de Graham Masterton
475 pages, éditions Bragelonne terreur, à 7,90€


Résumé : Ils étaient prêts aux pires atrocités pour conserver l’éternelle jeunesse que leur conférait le portrait maléfique.
Un portrait de douze personnages au visage en décomposition… La toile est l’oeuvre d’un certain Waldegrave, ami d’Oscar Wilde et passionné d’occultisme, mais elle est sans valeur et plutôt médiocre.
Alors pourquoi la mystérieuse Cordélia Gray veut-elle à tout prix s’en emparer ? Quel est le secret du portrait ? Qui sont ces douze personnages ?
Vincent Pearson, l’actuel propriétaire du tableau, découvre un lien entre cette oeuvre démoniaque, et une série de meurtres particulièrement abominables qui secouent depuis quelques mois la Nouvelle-Angleterre…


Extraits« Ils savaient que, chaque fois que quelqu’un fait votre portrait ou vous prend en photo, c’est exactement ce qu’il fait… littéralement il prend quelque chose de vous, un peu de votre image, un peu de vous-même. Votre image ne vieillit pas de l’intérieur, par suite de l’âge, mais de l’extérieur, du fait de l’usage et de l’abus qu’en font d’autres personnes. Votre visage vieillit à force d’être regardé, à force d’être photographié. »

« Certaines parties de la présence humaine survivent longtemps après qu’elles sont censées avoir disparu. Qui oserait affirmer le contraire ? »


Mon avis : Vincent Perason est un galeriste, collectionneur d’oeuvres d’art, qui va voir sa vie bousculer par un tableau de Walter Waldegrave, un ami d’Oscar Wilde, représentant douze personnes aux visages en décomposition. Ce tableau est dans la famille de Vincent depuis plusieurs générations, ses aïeuls lui ayant fortement recommandé de ne pas s’en séparer. Néanmoins, depuis plusieurs jours, Vincent se rend compte que ce Waldegrave lui apporte de nombreux désagréments : son collaborateur est trouvé mort chez lui, grouillant de vers ; le chat de son ami est retrouvé écorché vif, pendu à un arbre ; l’ex-compagne de son collaborateur est portée disparue… autant de malheurs qui arrivent soudainement, sans toutefois trouver d’explications logiques.

Pour être original, Le portrait du mal, c’est original ! Un savant mélange entre un roman d’horreur et un récit policier, agrémenté d’une bonne dose de fantastique, qui donne un résultat détonnant. Pour les lecteurs les plus réfractaires au domaine fantastique, n’ayez crainte (sans mauvais jeu de mot) : ic, il est amené avec douceur, particulièrement bien dosé, avec une alternance efficace avec des éléments du réel. Ainsi, réel et fantastique se superposent durant l’ensemble de l’histoire, donnant une histoire terrifiante, qui tient ses promesses.

Mais Le portrait du mal est avant tout un roman d’horreur : les meurtres sont perpétrés de manière cruelles et non conventionnels. Des cadavres dépecés, des automutilations horrifiantes, des visages en décomposition… tout est réuni pour faire frémir les lecteurs. Sans en avoir eu des sueurs froides non plus, je pense qu’un public non averti pourrait quand même refermer bruyamment le livre sans jamais en lire la fin. Certaines scènes sont particulièrement crues, racontées avec maintes détails, pour que le lecteur se sente au plus proche de la situation qui se joue sous nos yeux : glaçant !

Malheureusement, bien que j’ai apprécie le cadre global ainsi que le savant mélange des genres, j’ai trouvé que l’histoire restait quand même assez brouillonne. Je n’ai pas su capter correctement l’ensemble des éléments fantastiques expliqués. Il faut dire que je ne suis pas une lectrice très habituée du genre fantastique ; c’est une sorte de défi pour moi que de me pencher sur ce genre littéraire. Ainsi, je n’ai pas réussi à saisir toutes les subtilités du récit, qui étaient quand même assez complexes je pense, même pour un lecteur plus averti. Je parle notamment des quelques cent dernières pages, qui commencent à partir un peu dans tous les sens. Je ferme la dernière page de ce livre satisfaite d’avoir découvert cet auteur que je ne connaissais pas, qui m’a fait lire une histoire originale, mais pas assez aboutie.


Le portrait du mal est un savant mélange de genres : roman d’horreur, policier et fantastique se rejoignent pour livrer un récit détonnant, hautement original. Je salue l’audace de l’auteur, bien que j’estime que cette histoire, trop brouillonne, aurait pu être plus longuement travaillée. 

Ma note : 5,5/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 979-10-281-1601-9
Traduction : François Truchaud

Pour tout te dire


Pour tout te dire de Gilly Macmillan
357 pages, éditions Les Escales, à 21,50€


Résumé : Le talent d’écrivaine de Lucy Harper lui a tout donné : la gloire, la fortune et des fans par millions. Il lui a aussi donné Dan, son mari jaloux dont la carrière d’écrivain est au point mort.

Un jour, Dan disparaît ; ce n’est pas la première fois qu’une personne disparaît dans la vie de Lucy. Trois décennies plus tôt, son petit frère Teddy s’est lui aussi volatilisé et n’a jamais été retrouvé. Lucy, seul témoin, n’a jamais dit la vérité sur cette soirée, au grand désarroi de ses parents. C’est à ce moment-là qu’elle a développé son talent de conteuse.
Mais aujourd’hui Lucy est une femme adulte qui ne peut plus se cacher derrière la fiction. Le monde entier la regarde, et sa vie est passée au peigne fin. Une vie faite d’histoires, certaines plus plausibles que d’autres. Aurait-elle pu blesser Teddy ? A-t-elle tué Dan ?
Lucy Harper devra enfin dire la vérité. Croix de bois, croix de fer, si elle ment, elle va en enfer.


Extraits« Si mon expérience m’a bien appris une chose, c’est qu’il faut toujours être soi-même, ma chère. La vie est trop courte pour endosser le costume de quelqu’un d’autre. »

« Je suis capable de déceler la beauté dans les choses les plus surprenantes. Il le faut, quand la violence imprègne votre travail. Tous les auteurs de thrillers doivent avoir leur propre façon de gérer ça, je suppose. »


Mon avis : Pour tout te dire est un polar original, doté d’une intrigue prenante, qui nous tient en haleine jusqu’au dénouement. Il met en scène Lucy Harper, une auteure de polars, qui a connu le succès grâce à sa série sur Eliza Grey, une détective redoutable. Sauf que cette année, Lucy Harper décide de se séparer d’Eliza en la faisant disparaître. Une décision qui influe directement sur sa vie réelle, puisque ce fameux personnage n’est autre qu’une amie imaginaire, qui apparaît aux côtés de Lucy depuis sa plus tendre enfance, la suit partout, l’aide, la guide, mais est aussi responsable de nombreuses décisions négatives. Son mari, Dan, également en charge de tout le côté administratif de la carrière de sa femme, veut l’aider dans son travail d’écriture et décide d’acheter une nouvelle maison dans un endroit reculé, entouré de forêts : Charlotte Close. Un lieu inconnu des lecteurs, mais qui résonne étrangement familièrement dans l’esprit de Lucy.

En effet, des années plus tôt, alors qu’elle n’était qu’une petite fille, Lucy s’échappe de sa maison en pleine nuit, suivie par son petit frère Teddy, pour assister à une fête organisée dans la forêt à l’occasion du solstice d’été. Une imprudence qui lui sera fatal : cette nuit-là, alors qu’elle ramène Teddy dans un bunker secret pour qu’il puisse se reposer, ce dernier disparaît, sans que personne ne puisse rien y comprendre. Des années plus tard, cette affaire n’est toujours pas résolue et Lucy vit avec ce poids quotidien sur la conscience. Alors, quand Dan, son mari, disparaît à son tour, s’en est trop pour Lucy : l’enquête est réouverte, elle souhaite à tout prix comprendre comment et pourquoi surviennent ces étranges disparitions.

L’histoire est intéressante, les questions se bousculent dans l’esprit du lecteur, au fur et à mesure que nous avançons dans notre récit. Pour tout te dire est construit dans deux temporalités différentes, avec d’un côté le présent, où l’on côtoie une Lucy adulte, qui se questionne et cherche à mettre en lumière ces mystères ; puis de l’autre, des événements du passé, avec une Lucy petite fille, qui nous explique en détails la disparition de son frère Teddy et les innombrables heures d’interrogatoires qui en ont découlée.

Les personnages restent impénétrables. Il y a d’abord notre  héroïne Lucy – mystérieuse, imaginative, peut-être un peu trop, elle surfe à la lisière de la folie, avec un comportement souvent énigmatique, incompris des autres. Désireuse de tirer au clair cette affaire, elle en vient néanmoins à mentir ouvertement aux forces de polices, à nier des faits, à en cacher d’autres. Son honnêteté est donc mise en doute. Il y a aussi son mari, Dan, qui reste également une énigme : pourtant protecteur et attentionné aux premiers abords, son attitude, que ce soit avec d’autres femmes ou dans la vie quotidienne, laisse imaginer un homme vicieux, malintentionné, qui pourrait même nuire pernicieusement à sa femme pour arriver à ses fins. Car Dan est un écrivain frustré. Sa femme a fait carrière, alors que lui est resté sur la touche, obligé de travailler dans l’ombre de cette dernière. Souhaite-il se venger ? Dans quel but ? Par quels moyens ? Les questions se bousculent dans l’esprit du lecteur, qui cherche avec impatience à comprendre le fin mot de l’histoire.


Un très bon thriller psychologique, impénétrable, prenant, avec lequel on passe un bon moment de lecture. Les questions sont nombreuses, c’est bien pour accaparer l’attention du lecteur, mais ça l’est moins quand elles restent sans réponse.

Ma note : 7,5/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-36569-565-7
Traduction : Isabelle Maillet