Littérature anglaise·Roman·Roman psychologique

L’ombre de l’autre femme


L’ombre de l’autre femme de Dorothy Koomson

569 pages, éditions Charleston Noir, à 8,90€


Résumé : Libby vit une belle histoire avec Jack, jusqu’au jour où un terrible accident de voiture jette un voile de soupçon sur son mariage. Eve, la première femme de Jack, est morte dans d’étranges circonstances. Libby doit-elle également se croire en danger ?
En mettant la main sur le journal intime d’Eve, elle comprend que ses craintes sont plus que fondées. Dans sa grande demeure de Brighton, Libby sent la menace se rapprocher…


Extraits « Si vous n’aviez pas le choix, si vous deviez décider entre votre vie et la sienne, vous choisiriez la vôtre. Moi, je choisirais la sienne. Toujours. »

« Quand il s’est effondré sur le lit, il s’est mis en tête de me faire promettre que je ne mourrais pas en premier. Si je devais mourir, je devais le prévenir pour qu’il puisse se suicider et ne pas avoir à vivre sans moi. »


Mon avis : Les éditions Charleston, spécialisées dans les histoires de femmes, sortent une nouvelle collection de roman : Charleston Noir. Dans cette collection, les lecteurs pourront découvrir des thrillers ou romans policiers qui mettent en scène des protagonistes féminines. Intriguée par cette nouveauté, je me suis laissé tenter par L’ombre de l’autre femme de Dorothy Koomson, le premier thriller publié aux éditions Charleston Noir.

Libby rencontre Jack, un homme avec qui elle entretient une relation amoureuse, puis se marie. Tout se passe au mieux dans leur couple, jusqu’au jour où Libby et Jack sont impliqués dans un accident de voiture. Jack est indemne, mais Libby salement amochée. Au-délà des dégâts matériels et physiques, cet accident va mettre en lumière le passé de Jack. En effet, avant de connaître Libby, Jack a été marié à Eve, une jeune femme qui s’est tuée dans les escaliers de leur maison. Sans le vouloir, Libby va mettre la main sur le journal intime d’Eve et va découvrir des choses qu’elle n’aurait jamais dû découvrir.

C’est une enquête passionnante et prenante que nous livre l’auteure. Dès le début du récit, j’ai été littéralement embarquée dans cette histoire. Les actions sont récurrentes, les révélations permanentes, donc le récit est dynamique et vivant.

Ma lecture s’est découpée en plusieurs temps, avec d’abord le début du roman, qui était très prenant, puisqu’on apprend à connaître les personnages et à s’y attacher. Ensuite le milieu du récit, qui s’étirait un peu en longueur, avec quelques répétitions et des passages pas forcément pertinent. Puis le dénouement final, qui a remonté mon intérêt pour l’histoire, puisqu’il offre suspenses et surprises. Des moments de lectures un peu inégalitaires, mais l’histoire reste dans l’ensemble très bien.

Le personnage de Eve m’a plus touché que celui de Libby ou de Jack. En effet, à travers les journaux intimes d’Eve, nous plongeons dans son intimité et découvrons tous ses secrets. L’auteure s’est plus attardé à développer le personnage d’Eve au détriment de ceux de Libby ou de Jack, qui ont été effacés et relégués au second plan. D’où le manque d’empathie et le peu d’attachement que j’ai ressenti à leurs encontre.

Un roman qui se déroule avec souplesse et fluidité. Sans vouloir vous dévoiler l’intrigue principale, sachez que ce livre s’adresse à un public adulte et averti, puisqu’il aborde longuement la thématique de la prostitution.


Plongez au coeur des secrets d’une vie bien difficile. Un premier Charleston Noir convaincant qui me donne envie d’en découvrir d’autres. 

Ma note : 7/10

Littérature anglaise·Thriller

Une autre histoire

 


Une autre histoire de Sarah J. Naughton

409 pages, éditions Sonatine, à 21€


Résumé : La vérité n’est jamais là où on l’attend. Élevée par un père violent et une mère soumise, Mags a fui l’Angleterre dès qu’elle a pu pour devenir une brillante avocate à Las Vegas. Lorsqu’elle apprend que son jeune frère, Abe, a été victime d’un accident et se trouve dans le coma, elle revient pour la première fois depuis longtemps à Londres. Là, elle a la surprise de rencontrer sa petite amie, Jody, dont il ne lui avait jamais parlé. Elle est plus surprise encore quand Jody, inconsolable, lui révèle qu’il ne s’agit pas d’un accident mais d’un suicide. Dépressif, Abe s’est jeté par la fenêtre.
Peu à peu, la version officielle semble néanmoins présenter d’étranges incohérences. Jody dit-elle toute la vérité ? Était-elle vraiment la petite amie d’Abe ou une experte en manipulation ?
À ce stade du résumé, votre opinion est sans doute déjà faite. Jody est coupable, elle a d’une façon ou d’une autre participé à la chute d’Abe, Mags va découvrir la vérité. C’est du tout cuit : un thriller de plus parmi tant d’autres. Eh bien, détrompez-vous. Si les apparences sont en effet trompeuses, vous n’imaginez pas à quel point.
Vous êtes surtout loin de vous douter avec quelle maestria Sarah Naughton vous manipule. Vous croyez lire une histoire et c’en est une autre, bien plus captivante, qui va se dévoiler.


Extraits  « La vérité, ça n’existe pas ; la seule chose qui compte, c’est ce qu’on arrive à faire croire aux gens. »

« Toutes les tragédies ne sont pas des crimes. »


Mon avis : Abe, le frère de Mags vient de mourir. Il a été retrouvé au pied de la cage d’escalier de son immeuble. Pour tout le monde, Abe s’est suicidé, mais Mags n’y crois pas. La jeune femme va mener l’enquête pour découvrir ce qu’il s’est passé.

L’auteure s’amuse à nous faire tourner en rond. Vous aurez beau tenter de percer par vous-mêmes le mystère de cette mort, vous n’arriverez jamais à trouver par vous-même le fin mot de cette histoire. La vérité n’est jamais là où on l’attend, et c’est justement ce qui m’a plût dans cette histoire. Suspense et surprise étaient au rendez-vous pour mon plus grand bonheur !

Les personnages sont bien construits et dégagent une aura mystérieuse qui donne envie de creuser pour découvrir qui ils sont réellement. Jody en particulier m’a énormément intriguée. C’est une jeune femme à la fois extravagante et introvertie, qui cache de multiples secrets. De copine éplorée, elle va perdre son statut de victime pour devenir la coupable suspectée du meurtre. Avec elle, c’est sûr, vous ne saurez plus sur quel pied danser !

Malheureusement, l’ensemble de l’histoire ne m’a pas entièrement convaincue. Il manquait d’actions dans le récit et de rebondissement. Sans parler de certaines scènes qui me paraissaient totalement invraisemblables, comme le dénouement final, que j’ai trouvé trop tiré par les cheveux et trop peu crédible. Somme toute, ce thriller psychologique est finalement banal et ressemble à bien d’autres histoires. Manque d’originalité et d’éléments impactants, dommage !


Un thriller psychologique intéressant, mais qui ne laisse pas un souvenir impérissable. 

Ma note : 6,5/10

 

Littérature anglaise·Roman policier et polar

Le crime de l’Orient-Express

Le crime de l’Orient-Express de Agatha Christie

412 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 6,30€


Résumé : Alors qu’il rentre de mission et compte s’arrêter quelques jours à Istanbul, Hercule Poirot est rappelé d’urgence à Londres. On est en hiver et à cette époque de l’année, l’Orient Express roule habituellement quasiment à vide. Pourtant, sans l’aide du directeur de la compagnie, Hercule Poirot n’aurait pas trouvé de place à bord, comme si tous les voyageurs s’étaient donné rendez-vous dans ce train ! Dès la première nuit, un homme est assassiné. Le train est immobilisé par la neige qui empêche l’assassin de s’enfuir. Dans les wagons isolés du reste du monde, Hercule Poirot, au sommet de son art, mène l’enquête. Et ce ne sont pas les pistes qui manquent!


Extrait  « J’en ai la tête qui tourne !… Dites quelque chose, mon cher ami, je vous en conjure !… Montrez-moi comment l’impossible peut bien être possible !… »


Mon avisJe m’attendais à du grandiose et j’ai été servi ! La reine du crime a plus d’un tour dans son sac, et elle le prouve une nouvelle fois avec Le Crime de l’Orient-Express.

Un meurtre a été commis en pleine nuit dans le célèbre train de l’Orient-Express. La victime n’est autre que Ratchett, un vieil homme autrefois bandit. Les passagers du train vont être tour à tour interrogés par Hercule Poirot. L’inspecteur va chercher des indices, analyser leurs témoignages et recouper toutes les preuves qu’il possède pour voir clair dans ce crime. Et ce qu’il va découvrir va bien au-delà de tout ce qu’on aurait pu imaginer.

Une nouvelle fois, Agatha Christie a réussie à me bluffer. Sa faculté à construire des intrigues aussi complexes et bien ficelées, m’impressionne.

Néanmoins, j’ai remarqué quelques longueurs, qui m’ont un peu peinés. J’aurais sans doute attendu plus de dynamisme dans l’enquête menée par Poirot. Pour vous donner un exemple : tous les passagers du train sont longuement interrogés les uns après les autres, et Agatha Christie retrace avec minutie tous les dires des passagers. Bien que ce soit essentiel au récit et à l’enquête, j’ai trouvé que cela étirait le récit en longueur, et n’apportait pas le dynamisme que j’aurais espéré trouvé dans l’enquête de Poirot. Ce huis-clos est un classique de la littérature policière, mais ce n’est, à mon sens, pas le meilleur récit de l’auteure. Je vous recommande fortement Dix petits nègres, qui est un véritable chef-d’oeuvre du genre, avec du suspense, une intrigue bien ficelée, et surtout, une fin extraordinaire.

Pour en revenir à ce titre, il est quand même extrêmement bien écrit, avec un suspense démentiel. Je souhaitais prévenir tous les petits curieux qui tenteraient de découvrir le visage du coupable avant Hercule Poirot, sachez qu’il vous faudra être fin et surtout très chanceux pour découvrir le fin mot de l’histoire avant lui !


Le Crime de l’Orient-Express est un huis-clos oppressant et pesante, qui va vous faire tourner en rond. Attention : l’Orient-Express en direction de Paris va partir. Assurez-vous d’être confortablement installés. Je vous souhaite un excellent voyage et une très bonne lecture. 

Ma note : 8/10

Dystopie·Littérature anglaise·Littérature jeunesse·Saga

Cell.7, tome 2 – La mort vous attend


Cell.7, tome 2 de Kerry Drewery

391 pages, éditions Hachette romans, à 18€


Résumé : En Grande-Bretagne, c’est un jury populaire qui décide du sort des prisonniers à travers une émission télévisée. Martha est sortie indemne de son jugement, mais elle a échoué dans sa volonté de dénoncer cette pratique. Maintenant, c’est la vie de son ami Issac qui est en jeu. Etant surveillée sans répit, Martha ne sait comment l’aider.


Extraits  « C’est bizarre, la mémoire ; les choses qu’elle vous rappelle, le moment où elle vous les rappelle. »

« La vie est un château de cartes, des fois, hein ? On en fait tomber une par maladresse, et tout s’écroule.« 


Mon avis : Un an que j’avais terminé le premier tome de Cell.7, un an que j’attendais avec impatience la suite de cette histoire.

Pour ceux qui ne connaissent pas la saga Cell.7, c’est une dystopie des temps modernes. La peine de mort a été rétablie sous forme de jeu de télé-réalité : tout le peuple a un droit de vote sur la sentence, chacun peut décider de la mort ou non du coupable présumé. Un système terrifiant, qu’a expérimenté Martha, une jeune fille jugée coupable de l’assassinat du milliardaire Jackson. Après sept jours de détention, Martha se trouvait dans la Cell.7, la dernière cellule où se trouve la chaise électrique. Persuadée de mourir ce jour, un surprenant retournement de situation a lieu et Isaac, son petit ami, se retrouve accusé à sa place. Martha s’en sort indemne, mais c’est au tour d’Isaac d’être enfermé dans le couloir de la mort. Martha et ses amis ont sept jours pour tenter d’interférer dans le système et de sauver Isaac.

Je retrouve les ingrédients que j’avais tant apprécié dans le premier tome : un rythme effréné, avec une histoire qui ne connaît pas de temps mort ; du suspense à chaque fin de chapitre ; des personnages attachants et surprenants.

Dans ce deuxième tome, Kerry Drewery va plus loin dans son intrigue et crée une propagande des temps modernes. On y voit plus clairement la mise en place de l’endoctrinement des masses via des médias popularisés, le bourrage de crâne des populations, les informations cachées, falsifiées, censurées…  C’est une bonne alternative pour faire comprendre concrètement aux plus jeunes comment se crée les propagandes, comment elles évoluent et se dispersent à une population entière. Certains ne pourront s’empêcher de faire un parallèle avec la propagande nazie du XXème, qui a utilisé les mêmes moyens (détournement et censure des médias, barricadement des idées…) pour parvenir à leurs fins.

J’ai ressenti comme un sentiment de lassitude au courant de ma lecture. En effet, les personnages se retrouvent seuls à se battre contre une population entière. Quoi qu’ils fassent, où qu’ils aillent, ils seront rattrapés, jugés, condamnés. D’une certaine façon, on retrouve un peu le même schéma que dans le tome précédent, avec seulement une personne différente présente dans le couloir de la mort. Comment peuvent-ils espérer s’en sortir ? J’espère que le troisième tome apportera des idées un peu plus novatrices permettant de faire avancer l’histoire.

En tout cas, si je dois reconnaître un talent à Kerry Drewery, c’est qu’elle sait mettre l’eau à la bouche à ses lecteurs. La fin de ce second tome me laisse encore plus en haleine que la fin du premier. D’un côté, cela me plaît, puisque je vais avoir l’opportunité de revoir ces personnages que j’adore et de poursuivre la découverte de cette intrigue si prenante. D’un autre côté, je me désole en sachant pertinemment que le troisième tome ne sortira sans doute pas avant des mois… C’est un mal pour un bien !


Une dystopie dynamique et prenante, qui manie avec brio les outils de propagande des temps modernes. A glisser entre les mains de tous les adolescents. 

 

Ma note : 7,5/10

Littérature anglaise·Roman historique·Saga familiale

L’île des oubliés


L’île des oubliés de Victoria Hislop

519 pages, éditions Le Livre de Poche, à 7,90€


Résumé : Alexis, une jeune Anglaise, ignore tout de l’histoire de sa famille. Pour en savoir plus, elle part visiter le village natal de sa mère en Crète. Elle y fait une terrible découverte : juste en face se dresse Spinalonga, la colonie où l’on envoyait les lépreux… et où son arrière-grand-mère aurait péri.
Quels mystères effrayants recèle cette île des oubliés ? Pourquoi la mère d’Alexis a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? La jeune femme est bien décidée à lever le voile sur la déchirante destinée de ses aïeules et sur leurs sombres secrets…

 


Extraits :  « La solitude ne signifiait pas nécessairement être seul. On pouvait se sentir seul au milieu d’une foule.« 

« La musique était un territoire neutre où la richesse et l’origine sociale n’avaient aucune importance. »


Mon avisEn débutant ma lecture, je pensais découvrir un polar ou thriller qui se serait passé en Crète. Mais je me suis vite rendue compte que L’île des oubliés est en fait une saga familiale, qui raconte le passé extraordinaire des ancêtres d’Alexis.

Alexis est une jeune Anglaise, qui ignore tout de ses racines. Sa mère reste étonnamment fermée face aux nombreuses interrogations de la jeune femme. C’est pour cette raison que Alexis entreprend un voyage en Crète, dans le petit village natal de sa mère, pour tenter de combler son ignorance. Là-bas, elle va faire la rencontre de Fotini, une femme qui a vu naître sa mère et qui connaît parfaitement l’histoire de sa famille. Fotini va entreprendre de lui raconter son histoire, en commençant par le commencement : l’enfermement de son arrière-grand-mère Eleni, atteinte de la lèpre, sur l’île des lépreux.

J’ai beaucoup apprécié l’historicité du récit. L’auteure prend comme point d’appui Spinalonga, une île crétoise qui a été le lieu de réclusion de toutes les personnes atteintes de la lèpre de 1904 à 1975. A partir de ce fait historique, elle va développer son histoire, en présentant Eleni, jeune mère de famille et institutrice, atteinte par la lèpre à cause d’un de ses élèves. Elle va rejoindre l’île pour y vivre et éviter de propager davantage cette maladie. Le lecteur va s’immiscer dans le quotidien des lépreux ; on va partager leurs vies, leurs émotions, les difficultés qu’ils rencontrent.

Même si les thématiques abordées ne sont pas très gaies, elles permettent de s’enrichir et de découvrir quelques pans importants de l’histoire mondiale, malheureusement trop peu connues.

Ces petites virée à Spinalonga, Agios Nikoalos ou Héracklion, m’ont donnés des envies de voyages. Si un jour je m’aventure en Crète, je suis certaine de faire un détour par ces coins-là. L’ambiance familiale de ces villages, la générosité des habitants et les traditions culturelles et religieuses décrites m’ont touchées.

Ci-dessous, une photographie de l’île de Spinalonga, sur laquelle étaient parquées les personnes atteintes de la lèpre. Suite à la découverte d’un traitement contre la lèpre, ce village a été totalement laissé à l’abandon. Aujourd’hui, il constitue un site touristique majeur crétois.

L’histoire est passionnante, et les personnages sont fantastiques et terriblement attachants. Tout est réuni pour nous faire passer un bon moment. On voyage, dans l’espace et le temps, on réfléchit aussi, notamment sur la léproserie et l’horrible réclusion des lépreux sur l’île. Pour ceux qui l’ignorent, la lèpre est une maladie infectieuse qui créée des déformations de la peau, rendant toute personne atteinte méconnaissable. Le fait que ces malades soient défigurés par la lèpre, couplé au fait qu’ils soient obligés de se parquer sur une île, isolé de tout, ont fait d’eux des parias de la société.

Dans l’époque à laquelle on vit, il est difficile de se représenter une telle horreur. Pourtant, cela s’est passé il y a moins d’un siècle. L’atrocité humaine face aux populations opprimées est désopilante. Heureusement, quelques personnes au grand coeur et au courage démesuré (je pense notamment aux deux médecins, Kyritsis et Patrakis, qui se rendaient sur l’île chaque semaine pour venir en aide aux lépreux), ont contribué à mettre un terme à cette politique d’isolement totalement inhumaine. Grâce au remède trouvé pour éviter la transmission de la lèpre, toutes les personnes isolées sur Spinalonga ont pu sortir de l’île et reprendre une vie (presque) normale.


L’île des oubliés, c’est une saga familiale qui mêle expérience historique et humaine. En mettant en avant l’exclusion dont on été victimes les personnages atteintes de la lèpre au XXème siècle, Victoria Hislop nous délivre un beau message de tolérance, d’amour et d’espoir. Une histoire qu’il faut lire absolument.

Ma note : 8/10

 

Littérature anglaise·Roman

Quelques jours de nos vies


Quelques jours de nos vies de Clare Swatman

351 pages, éditions Presses de la cité, à 20,50€


Résumé : Si vous pouviez revenir en arrière, que changeriez-vous ?

Zoe et Ed se sont rencontrés à l’université et sont mariés depuis plus de dix ans. Un matin, après une violente dispute, Ed, en route pour le travail, est victime d’un accident. Inconsolable, Zoe fait un malaise. Quand elle reprend connaissance, elle a dix-huit ans et se prépare à entrer à l’université. La vie vient de lui offrir un cadeau : tout recommencer.


Extraits :  « Le destin ? C’est une chose qu’on crée soi-même.« 

« Ed m’a quittée, mais il m’a laissé le plus beau des cadeaux. Une part de lui-même. »


Mon avis : Avant de vous divulguer mon avis sur ce roman, je souhaitais remercier le site Babelio, qui m’a proposé ce partenariat, ainsi que les éditions Presses de la cité, qui m’on fait parvenir ce livre. Lorsqu’ils m’ont envoyé cette demande de partenariat, j’ai immédiatement été charmée par la sublime couverture. J’ai également été intriguée par le résumé, qui en disait juste assez pour titiller la curiosité. Ni une ni deux, j’ai accepté et attendu fébrilement, chaque jour, la venue de mon facteur, jusqu’à recevoir ce roman tant désiré, et le débuter dans la foulée.

Le speech a de quoi séduire : Ed et Zoé, en couple et mariés depuis de nombreuses années, vivent un amour passionnel, qui connaît, comme tous les couples, des hauts et des bas. Sauf qu’un matin, à la suite d’une dispute, les deux jeunes gens se séparent pour une journée de travail, et ne se verront plus jamais. Et pour cause : un accident de la route, qui a fauché la vie de Ed. Zoé, bouleversée par la nouvelle, va se morfondre nuits et jours, pendant des mois. Jusqu’au moment où il lui est permis de revivre entièrement les grands moments de sa vie, pour tenter d’en modifier le cours et de changer le drame final.

Cette idée de créer une histoire réaliste avec un zeste de fantastique (qui permet de voyager dans le temps, de revenir dans le passé et de modifier le cours des choses), est bonne. Cela permet d’incorporer une dose de magie dans l’histoire ordinaire qui est racontée.

A travers un couple d’amoureux banal, Clare Swatman retrace l’évolution que connaît chaque histoire d’amour : la rencontre initiale, la façon de s’apprivoiser, l’amour passionnel, l’engagement, le désir d’enfant… Bien évidemment, cette rétrospective ne serait pas fidèle à la réalité si on n’y incorporait pas quelques mauvais moments, comme en connaissent chaque couple. Engueulades, opinions divergentes… s’immiscent aussi dans chaque histoire d’amour et aident parfois, au sortir des tempêtes, à resserrer davantage les liens amoureux.

Au-delà de l’histoire narrée, c’est une véritable leçon de vie que l’auteure souhaite nous faire passer. La mort soudaine de Ed nous fait prendre conscience qu’il faut profiter de chaque instant de notre vie, pour ne rien avoir à regretter par la suite. Une bonne manière de se remettre en question et de profiter davantage de chaque instants vécus.

Hélas, malgré que l’histoire ait été sympathique à découvrir, je n’ai pas tellement aimé ma lecture. Retourner dans le passé pour tenter de changer des choses, je trouve l’idée bonne, mais elle est mal mise en place ici. J’avais l’impression que les jours se suivaient, mais que rien changeait vraiment. J’ai eu l’impression que l’auteure nous déroulait seulement les grands moments de la vie passée des deux jeunes gens, mais sans rien modifier. C’est surtout que ce n’est pas évident de percevoir les modifications si nous n’avons pas l’histoire de base… J’ai donc ressenti une certaine gêne tout au long de ma lecture, qui ne s’est estompée qu’à la fin, lors du retour dans le « moment présent ».

De plus, j’ai gardé une certaine distance avec les personnages. Le fait qu’ils racontent leur histoire d’amour, singulière, certes, mais universelle dans les grandes lignes, m’a fait m’identifier à l’histoire narrée, et non aux personnages maîtres de cette histoire. Ainsi, je n’ai pas forcément adhéré à leurs sentiments, que j’ai trouvé trop peu développés, voire superficiels. Seul l’un des éléments central du récit : le désir d’enfant du couple, mais leur échec à chaque tentative, m’a fait ressentir quelques touches d’émotions à l’encontre des deux personnages. On voit leurs désirs d’enfant s’intensifier, leurs déceptions lorsqu’ils comprennent qu’ils ne pourront pas en avoir par voie normale, leurs espoirs en l’avancée médicale, puis leurs désillusions à chaque échecs. Tout cela les rend très touchants.


Un roman sympathique, qui fait réfléchir sur le temps qui passe, le deuil, sur son rapport à l’autre, sur l’amour que l’on donne et que l’on reçoit. Une jolie histoire, agréable à lire, mais qui manque quand même de vitalité et de profondeur.

Ma note : 5,5/10
Classique·Littérature anglaise·Roman

Mrs Dalloway

Mrs Dalloway de Virginia Woolf
358 pages, éditions Folio classique, à 6,40€
Résumé : Le roman, publié en 1925, raconte la journée d’une femme élégante de Londres, en mêlant impressions présentes et souvenirs, personnages surgis du passé, comme un ancien amour, ou membres de sa famille et de son entourage. Ce grand monologue intérieur exprime la difficulté de relier soi et les autres, le présent et le passé, le langage et le silence, le mouvement et l’immobilité. La qualité la plus importante du livre est d’être un roman poétique, porté par la musique d’une phrase chantante et comme ailée. Les impressions y deviennent des aventures. C’est pourquoi c’est peut-être le chef-d’œuvre de l’auteur – la plus grande romancière anglaise du XXe siècle.

Extraits :  « A son âge encore il avait, comme un adolescent ou même une adolescente, de ces changements d’humeur ; les bons jours, les mauvais jours, sans la moindre raison ; le bonheur de voir un joli visage, et le comble du malheur à voir un laideron. »
« Les femmes vivent beaucoup plus que nous dans le passé. Elles s’attachent aux lieux ; et à leur père – une femme est toujours fière de son père. »

Mon avis :  Après tant d’années à entendre parler de Virginia Woolf, j’ai enfin pu découvrir un de ces classiques tant aimés. Mais alors, quelle déception !!!

Si je n’avais pas fait de recherches un petit peu poussées pour comprendre le sens et la portée des écrits de l’auteure, j’aurais complètement détruit ce livre dans cette chronique. Selon moi, le sens du livre a beaucoup plus de contenance que les mots eux-mêmes. C’est un livre spirituel, qui ne raconte pas vraiment d’histoires, mais qui se base sur la conscience des personnages. Dans un Londres d’après première guerre mondiale, le personnage éponyme du livre, Clarissa Dalloway, donne une réception chez elle, dans son milieu mondain bon chic bon genre.

C’est un ouvrage déroutant. L’histoire se passe sur une seule journée. Mais il y a à la fois beaucoup et peu de choses qui se passent durant cette journée. On voit la journée se dérouler à travers le prisme de conscience des personnages, avec une narration intersubjective, qui saute d’une conscience d’un personnage à une autre. De ce fait, la vie intérieure est narrativisée. Le lecteur connaît intimement les personnages ; les barrières tombent entre les paroles réelles et les pensées des personnages.
Le contexte spatio-temporel du livre est tout aussi déboussolant, avec un récit au présent, mais des sauts dans le passé marquées par les souvenirs des personnages qui ressurgissent dans leurs consciences. Seul élément qui rappelle le temps présent : les coups du Big Ben, qui rythment le temps qui passe.

Un simple détail aperçu peut permettre de développer plusieurs pages de descriptions hargneuses et longuées. Les impressions deviennent des aventures. Mrs Dalloway rompt complètement avec les formes traditionnels du roman (c’est d’ailleurs ce qui a causé mon grand désarroi).

Ce roman moderniste aborde des sujets très multiples. Il se questionne notamment sur le genre et la condition de la femme, avec la protagoniste, engluée dans son mariage et dans un milieu mondain, enfermée dans une vie factice, faite d’apparences où l’on se cache derrière un nom. D’ailleurs, le nom Dalloway n’a pas été choisi par hasard. En anglais, Dally veut dire badinage et Way chemin ; on voit donc un personnage totalement dépossédé de son identité. Certaines similitudes entre l’héroïne et l’auteure peuvent être décelés, comme le féminisme poussé dont faisait part Virginia Woolf, la volonté d’émancipation de la femme (l’auteure a soutenue les suffragettes à Londres), ou encore les pensées suicidaires de l’héroïne, qui rappellent le suicide par noyade de l’auteure.

Un autre personnage se suicidera dans le roman. C’est Septimus, le vétéran de la première guerre mondiale. Il souffre d’hallucinations, il est incapable de sentiments et à des difficultés à interagir avec les gens qui l’entourent. Le rapport au temps est devenu trop insupportable pour Septimus, agonie d’une âme mortelle face à l’immortalité du temps. L’échec de la première guerre mondiale (rappelons que Mrs Dalloway se place dans un contexte d’après-guerre) va causer l’échec des personnages. De ce fait, le monde de Virginia Woolf est vu à travers la folie et la raison. L’auteure réfléchie et faire réfléchir ses lecteurs sur l’existence et sur la vie. Selon elle, il vaut mieux être spirituel que matérialiste, car le spiritualisme est la configuration la plus à même de proposer une fable du monde.

Bien que je n’ai pas accroché au livre lui-même, les explications trouvées sur Internet m’ont fait apprécier un petit peu l’écriture si spéciale de l’auteure. Nous avons donc là la représentation errante de pensées descriptives, qui permettent, selon Virginia Woolf de rendre plus vraisemblable la représentation de la vraie vie.

Ma note : 3/10————Votre note : ?