Le premier jour du printemps


Le premier jour du printemps de Nancy Tucker
331 pages, éditions Les Escales


Résumé :  » Alors donc, j’ai pensé, y avait que ça à faire, et ça suffisait pour que j’aie l’impression d’avoir tout le pouvoir du monde. Un matin, un instant, un petit garçon aux cheveux jaunes. En fait, c’était pas grand-chose.  »
Peut-on pardonner l’impardonnable ?
Chrissie est une enfant solitaire qui grandit dans une banlieue anglaise sordide. Délaissée par un père absent et une mère démissionnaire qui fait tout pour ne plus avoir à s’occuper d’elle, son quotidien est violent et misérable. La seule chose qui donne à Chrissie l’impression d’être vivante, c’est son secret. Et rien que d’y penser, elle en a des papillons dans le ventre.
Le premier jour du printemps, elle a tué un petit garçon.
Quinze ans plus tard, Chrissie s’appelle Julia. Elle cache sa véritable identité et tente d’être une bonne mère pour Molly, sa fille de cinq ans, malgré ses nombreuses inquiétudes. Va-t-elle pouvoir subvenir aux besoins de sa fille ? Réussir à lui donner ce qu’elle n’a jamais reçu ? Quand, un soir, elle commence à recevoir de mystérieux appels, elle craint que son passé ne refasse surface. Et que sa plus grande peur, celle de se voir retirer Molly, ne soit sur le point de se réaliser.


Extraits : « À même pas dix ans, on n’allait pas en prison et on n’avait pas droit à un procès, parce que quoi qu’on ait fait, on n’était qu’une gamine et ce n’était pas de votre faute. Je n’avais que huit ans mais j’ai pourtant eu droit à la cellule et au procès. Certains crimes étaient si terribles qu’on ne vous considérait plus comme une gamine. »

« Les gens passaient leur temps à vus promettre des trucs, comme s’ils comprenaient pas que « promesses », c’était juste un mot à la con. »


Mon avis : Le premier jour du printemps est un roman à suspense qui se découpe en deux narrations, composées de deux époques distinctes. Nous avons d’un côté Chrissie, une petite fille de 8 ans, qui vit dans la précarité, avec une mère peu soucieuse de s’occuper d’elle et un père absent. Heureusement, Chrissie peut compter sur sa meilleure copine Linda, chez qui elle trouve régulièrement refuge pour manger à sa faim et jouer pour oublier ses conditions de vie. Instable psychologiquement, très peu aimée, Chrissie est odieuse avec les autres enfants et se comporte de manière irrespectueuse avec les adultes qu’elle croise. Sans se l’expliquer, elle commet alors un acte impardonnable et totalement irréfléchi : elle tue de ses mains un jeune enfant et finit en prison, âgée d’à peine huit ans.

D’un autre côté, nous avons Julia, une mère célibataire attentionnée avec sa petite Molly, qui vit dans la crainte constante de se voir retirer la garde de sa fille. A juste titre, puisque Julia n’est autre que Chrissie, obligée de changer d’identité pour éviter les menaces, agressions et autres jugements de la population. Après une incarcération de plusieurs années en prison pour mineur, Julia est enfin libre de ses mouvements, mais à jamais enchaînée aux souvenirs de ses crimes odieux.

La construction du récit est originale et extrêmement bien amenée. Bien qu’on puisse être perdu au début, naviguant à vue sans vraiment comprendre le lien entre les deux personnages, les éléments se recoupent finalement pour n’en faire qu’un : Chrissie et Julia sont la même personne. Et pourtant, des doutes peuvent subsister, puisque le caractère de la petite Chrissie est loin d’être similaire à la jeune maman Julia. La maturité et les expériences de la vie ont diamétralement changés sa façon de se comporter et de réfléchir.

Chrissie était une enfante turbulente, délaissée, affamée, puisque sa mère ne s’occupait pas d’elle, elle était méprisante, elle volait sans vergogne, faisait mille et une bêtises, traînait sans arrêt dans la rue, alors qu’elle n’avait que huit ans. Les autres parents avaient pitié d’elle, tout en se sentant parfois envahis par la présence trop régulière de cette petite fille, qu’on aurait dit abandonnée. Finalement, son comportement reflète l’environnement et la façon dont elle a été élevée : sans amour, sans soutien, sans éducation et socle familial solide. J’ai ressenti des sentiments ambivalents à son égard : beaucoup de peine et de pitié, mais aussi de la colère pour le crime qu’elle a commis et son attitude nonchalant face à ça. Régulièrement, elle se rendait chez la famille dévastée du petit décédé sans jamais ressentir de regret face à son geste.

Heureusement, Julia est loin d’être Chrissie. C’est une mère qui essaie d’être exemplaire, qui travaille d’arrache-pied pour couvrir tous les besoins de sa fille et se montre la plus attentionnée possible. Elle est craintive, puisque les autorités l’ont laissé sous protection juridique, pour être sûr qu’elle est apte à s’occuper d’une enfant, alors qu’elle est une criminelle. Comme pour Chrissie, j’ai ressenti beaucoup de peine pour Julia, mais aussi de l’empathie face à cette mère imparfaite et maladroite, qui aime plus que tout sa fille mais à peur de ne pas être à la hauteur. Face à un crime tel que celui perpétué par Chrissie, peut-on pardonner ? se racheter ? oublier ? continuer à vivre normalement sans être constamment tiraillé par les erreurs du passé ? Autant de questions qui se bousculent quotidiennement dans l’esprit de Julia, hanté par son geste enfantin aux conséquences terribles.


Un premier roman à suspense finement construit, à la fois émouvant et éprouvant. J’espère pouvoir retrouver prochainement Nancy Tucker à travers une autre histoire.

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-36569-532-9
Traduction : Carine Chichereau

Le scoop


Le scoop de Michelle Frances
377 pages, éditions l’Archipel, à 22€


Résumé : Quand une jeune journaliste lanceuse d’alerte s’apprête à sortir un scoop, elle dérange… Au point qu’on l’élimine. Décidée à faire la lumière sur sa mort, Kate, sa mère, s’expose à son tour au danger. Encore faut-il savoir d’où il vient… Le nouveau suspense psychologique de Michelle Frances, autrice de La Petite Amie et de La Remplaçante.
Une mort suspecte. Un secret.
Une mère déterminée à trouver des réponses à ses questions.
Kate a élevé seule sa fille Beth, son unique amour, sa fierté. D’autant que celle-ci vole depuis peu de ses propres ailes. Devenue journaliste d’investigation, elle s’apprête même à sortir prochainement le scoop qui lancera sa carrière !
Mais Beth meurt subitement. D’abord anéantie, Kate cherche à comprendre les circonstances de l’accident. Peu à peu, elle en arrive à douter. Beth a-t-elle été éliminée ? Son enquête dérangeait-elle à ce point qu’on ait voulu la faire taire ?


Extrait : « La moitié d’entre nous a dû passer devant au moins un sans-abri pour venir ici, sans lui accorder un seul regard, pensa-t-elle. Il était tellement facile d’ignorer les malheureux quand on n’était pas directement concerné. Tellement facile d’oublier et de poursuivre son chemin. »


Mon avis : Beth est une jeune journaliste en devenir, actuellement stagiaire dans un quotidien national anglais, mais bien décidée à devenir reporter. Une place qu’elle convoite avec Piers, également journaliste. Pour se démarquer de son concurrent, Beth va tenter de mener une enquête dangereuse, qui sera un scandale national : dénoncer l’usage abusif de produits phytosanitaires et leurs dangers sur l’humain. Mais avant qu’elle ne puisse arriver à la conclusion de son enquête, Beth trouve la mort dans un accident à vélo. Sa mère, Kate, souhaite poursuivre les investigations, comme une forme d’hommage à sa fille décédée et un besoin d’aider les familles touchées par le malheur.

Kate est une femme pleine de courage et d’humanité. Délaissée par ses parents alors qu’elle était encore très jeune, obligée d’élever Beth seule, elle a toujours fait passer le bonheur de sa vie avant le sien. Elle s’est battue chaque jour de sa vie pour lui offrir le meilleur, travaillant jusqu’à l’épuisement, même sans diplôme et formation. La perte de sa fille unique est une tragédie inconcevable. Elle cherche d’abord à comprendre les conséquences de sa mort, avant d’accepter l’inacceptable et de tenter d’améliorer les choses, seule consolation à sa perte. Se mettre au service des autres devient son exutoire, son seul but, sa vengeance sur la vie. Elle veut aider les familles victimes de sévices et faire éclater au grand jour la vérité, comme l’aurait voulue sa fille. Rendre justice aux opprimés, c’est l’une des raisons principales qui a poussée Beth à devenir journaliste. Finis les faux-semblants, la malhonnêteté et l’injustice, Kate veut se battre pour la vérité. Un bel hommage rendu à sa fille décédée.

Hélas, le sujet est sensible et extrêmement polémique. Il a été rendu publique via l’affaire Monsanto, une entreprise américaine spécialisée dans la chimie et la biotechnologie pour le secteur agricole, accusée d’avoir rémunérée de faux scientifiques pour discréditer les lanceurs d’alerte et garder une image positive des produits vendus. Dans Le scoop, Michelle Frances met en avant une entreprise fictive similaire, qui se cache derrière de fausses expériences scientifiques pour réconforter la population sur les effets des produits qu’elle vend. Mais bizarrement, dans un petit village d’Angleterre, Beth découvre qu’énormément de familles sont victimes de cancer, leucémie ou autres maladies graves. Leur seul point commun : elles vivent à la campagne et sont donc en contact permanent avec les terres agricoles et les produits phytosanitaires qui y sont déversés quotidiennement.

Tenter de percer à jour les magouilles de ces multi-millionnaires est une entreprise risquée. Kate va l’apprendre à ses dépens lorsqu’elle recevra ses premières menaces anonymes – des courriers qui l’incitent à arrêter ses recherches ou elle devra en payer de sa vie. Ses messages d’horreur la font alors réfléchir sur les conditions de décès de sa fille : et si Beth ne s’était pas fait renverser accidentellement ? Les personnes qui se cachent derrière ces sociétés placées dans des paradis fiscales, seraient-elles prêtes à tout pour préserver leurs intérêts ? La tension est palpable et s’accentue au fur et à mesure de la lecture, ce qui donne un récit rythmé, qui nous tient suffisamment en haleine jusqu’au bout.


Un thriller prenant, qui dénonce les miasmes de certaines multinationales, prêtes à tout pour leurs profits. Bien qu’étant un récit assez noir, l’humanité prime sur la cruauté et contribue à la réflexion.

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-8098-4191-6
Traduction : Maryline Beury

Sous l’eau


Sous l’eau de Catherine Steadman
427 pages, éditions Les Escales, à 22€


Résumé : Une mystérieuse découverte bouleverse la vie d’un couple pendant sa lune de miel…
Le suspense qui a conquis plus d’un million de lecteurs dans le monde entier enfin traduit en France.
Mark et Erin, un jeune couple londonien, partent en lune de miel sur l’île paradisiaque de Bora Bora. Tout se passe à merveille, jusqu’au jour où les époux vont faire de la plongée sous-marine. Sous l’eau, ils découvrent quelque chose qu’ils n’auraient jamais dû trouver.
Ils décident de garder pour eux cette mystérieuse découverte : personne ne doit savoir. Mais très vite ils comprennent qu’ils ne sont pas les seuls à être au courant. Et, dans ce genre de situation, mieux vaut ne faire confiance à personne, pas même à ceux qui sont les plus proches de nous…


Extraits : « J’en viens parfois à m’interroger : suis-je moins observatrice que mes semblables ? Peut-être que je ne prête pas assez attention à ce qui se passe autour de moi ou peut-être que je ne suis tout simplement pas douée pour repérer les signes. Je suis souvent prise de court, par exemple quand Mark m’apprend qu’Untel n’apprécie pas Machin-chose, que quelqu’un a de l’attirance pour moi ou au contraire de l’antipathie à mon encontre. Je ne remarque jamais rien. Mais ce n’est probablement pas plus mal : ce qu’on ne sait pas ne peut pas nous atteindre. »

« Il me semble que la première classe est à l’économique ce que le bio est à l’élevage intensif. Les passagers de la classe économique sont entassés au fond, comme des poulets en batterie, pendant onze heures. Et nous, les poulets de plein air nourris au grain, pouvons picorer gaiement dans les hautes herbes. À moins que je ne me trompe de métaphore ? Et si nous, nous étions les fermiers ? »


Mon avis : Alors qu’ils sont tranquillement en lune de miel à Bora Bora, deux jeunes mariés tombent, au retour d’une session de plongée, sur un sac de sport suspect et des centaines de papiers qui flottent à la surface de l’eau. Ils s’en emparent, notent les coordonnées GPS et rentrent à leur hôtel. Là-bas, Mark et Erin décident d’ouvrir le sac pour tenter de trouver un indice sur l’identité de son propriétaire… mais ce qu’ils découvrent à l’intérieur risque de leur causer bien du soucis : des millions d’euros en cash et des centaines de diamant, qu’ils estiment à un ou deux millions. Paniqués, ils ne savent comment réagir et décident finalement de garder leurs trouvailles… à quel prix ?

Sous l’eau est un roman à suspense que j’ai beaucoup apprécié, qui a réussi à me tenir facilement en haleine jusqu’au dénouement final. Il faut dire que le premier chapitre donnait le ton : il s’agit ni plus ni moins que de la dernière scène du livre, brute, choquante, placée en premier pour plonger directement dans le bain et amener de multiples interrogations. Catherine Steadman a parfaitement compris comment garder l’attention de ses lecteurs : de cette manière, on ne peut qu’attendre frénétiquement et tenter de comprendre ce qui a bien pu se passer entre les chapitres paisibles et cette scène cauchemardesque. Je ne vais pas rentrer dans les détails de l’intrigue, de peur de vous révéler des éléments qui pourraient vous faire moins apprécier votre lecture, raison pour laquelle je reste assez vague dans cette chronique.

Néanmoins, je peux vous parler plus longuement de Mark et Erin, notre jeune couple de mariés, heureux détenteurs d’un pactole conséquent. Mark est trader et souffre du crash financier. Son patron n’a d’autre choix que de le licencier, ce qui le fait se retrouver au chômage, sans plan de secours. Il s’inquiète grandement de sa situation professionnelle mais surtout financière : son mariage avec Erin va d’ailleurs en prendre un coup, puisque les dépenses seront revues largement à la baisse. Quant à Erin, c’est une journaliste d’investigation compétente, qui travaille actuellement sur le sort des prisonniers et leur retour à la vie civile. Pour cela, elle a choisit trois profils – deux femmes et un homme -, qu’elle interviewe régulièrement pour apprendre à les connaître et voir comment ils font réagir à leur sortie de prison. C’est une jeune femme compétente mais surtout passionnée par son métier.

Le couple se dit heureux, bien que les apparences ne le laisse pas forcément penser. Mark semble plus détaché, un peu froid, il manque de sentiments, d’émotions et d’empathie, contrairement à Erin, que j’ai trouvé plus amoureuse, prête à faire de grosses concessions pour son homme. Ils n’ont sans doute pas l’aspect du couple idéal, mais ça a l’air de fonctionner quand même entre eux.

Comme je le disais, j’ai apprécié ma lecture, qui m’a fait passer un bon moment, entre voyage paradisiaque à Bora Bora et tensions extrêmes face aux découvertes du couple, excitantes et terrifiantes à la fois. Malgré tout, bien que cela n’ait rien enlevé au plaisir que j’ai eu à découvrir ce roman, j’ai trouvé que certaines scènes manquaient clairement de cohérences. Pour exemple, le comportement d’Erin face aux découvertes est tout sauf réaliste : elle se jette dans la gueule du loup et manque de discernement. Autre exemple : le fait de plonger seuls, à plus de vingt mètres de profondeur en pleine mer, sans aucune assistance… insensé ! Enfin, le dénouement, bien qu’intéressant, en phase avec le reste du récit, manque cruellement de crédibilité.


Un couple de jeunes mariés découvrent un trésor inestimable enfoui sous l’eau, qui va leur attirer bien des ennuis. Un roman au suspense haletant, que j’ai beaucoup apprécié, malgré quelques incohérences, qui n’ont en rien gênés ma lecture.

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-36569-698-2
Traduction : Isabelle Maillet

Qui a tué Rose ?


Qui a tué Rose ? de Claire Allan
377 pages, éditions l’Archipel, à 22€


Résumé : Quand Emily sort du centre commercial ce jour-là, elle assiste, impuissante, à un accident : une femme est renversée par un automobiliste qui prend la fuite.
Très vite, la presse locale relaie les détails du drame : la victime s’appelait Rose. Mère d’un petit garçon et épouse du célèbre écrivain Cian Grahame, elle travaillait comme assistante dans un cabinet dentaire.
En effectuant des recherches sur les réseaux sociaux, Emily se met à envier la vie si parfaite de Rose, elle qui enchaîne les échecs, tant professionnels que sentimentaux.
Mais, à présent, « la place est libre ». Emily réussit à obtenir le poste qu’occupait Rose et à se rapprocher de son ex-époux. Mais, sous le vernis des apparences, la réalité est parfois moins reluisante… voire dangereuse.


Extraits : « Comment faisons-nous pour surmonter tout ça ? ai-je pensé. Toutes ces tragédies que la vie nous inflige. Toutes ces embûches semées sur notre route. »

« On partage trop, vous savez. Tous autant que nous sommes. Même ceux d’entre nous qui affirment le contraire. Notre comportement nous trahit. Ce qu’on « like » – ou pas. Les comptes que nous suivons. Les vêtements que nous portons sur nos photos. Les citations que l’on poste – ou pas. La musique que l’on partage. Ce qu’on écrit quand on est fatigué. Quand on est sous le coup d’une émotion. Ou quand on est pompette.
Toute une vie que l’on expose à la vue des autres. Toute une vie que l’on s’invente. On en arrive bizarrement, en désespoir de cause, à prendre notre existence virtuelle sur Facebook pour notre vie réelle. »


Mon avis : Après Ne la quitte pas du regard, un polar psychologique qui m’avait beaucoup plût, Claire Allan sort son nouveau roman : Qui a tué Rose ?, un thriller glaçant, avec une dose de suspense tout à fait délectable.

Emily, notre protagoniste, assiste impuissante au meurtre de Rose, une passante, sauvagement renversée par un automobiliste qui prend la fuite. Dès lors, curieusement, la jeune femme ressent une irrésistible envie d’en apprendre plus sur la victime. Elle la cherche sur les réseaux sociaux, lit tous les articles qui la concernent et va même jusqu’à s’imaginer dans sa vie, aux côtés de son mari et de son petit garçon. Le point de bascule survient lorsqu’elle décide de postuler au poste laissé vacant par la défunte… et se retrouve embauchée comme assistante dentaire. Elle apprend à connaître les anciennes collègues de Rose, rêve de bâtir de solides amitiés avec elles… et découvre le mari de Rose, qui vient en consultation au cabinet pour son petit garçon. Le coup de foudre est immédiat, brutal, sans équivoque.

Comme dans Ne la quitte pas du regard, le suspense est à son comble et monte crescendo. Le profil psychologique d’Emily est particulièrement bien construit, puisque c’est un personnage auquel on s’attache facilement, tout en gardant quand même une certaine distance, rendue indispensable par ses agissements, qui parfois, dépassent l’entendement. Une certaine gêne s’installe, qui s’accentue au grès des événements malsains qui se déroulent sous nos yeux impuissants. Enfin, le mari, Cian, est un personnage également très intéressant, à la psyché complexe, que l’on apprend à connaître au fil des pages. Le mari idéal, attentionné et bienveillant que peut décrire Rose dans ses publications sur les réseaux sociaux, ne serait-il que façade ? Les apparences sont parfois trompeuses, il faut se méfier de ce que certaines personnes sont capables de faire.

Néanmoins, comme dans Ne la quitte pas du regard, j’ai trouvé le scénario un peu simpliste. Il faut dire que j’ai déjà eu l’occasion de lire un paquet de polars, aux intrigues qui vont de la plus basique à la plus emberlificotée. Ici, l’histoire plaira forcément aux novices du genre, qui apprécieront l’intrigue et le retournement de situation final.


Un polar à suspense, aux personnages psychologiquement bien construits, mais au scénario un peu trop simpliste pour les amateurs du genre, qui y trouveront forcément un goût de déjà lu.

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-8098-4372-9
Traduction : Nicolas Porret-Blanc

Scarlett et Browne, livre 1 : Récits de leurs incroyables exploits et crimes


Scarlett et Browne, livre 1 : Récits de leurs incroyables exploits et crimes de Jonathan Stroud
371 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Dans une Angleterre post-apocalyptique, la nature a repris ses droits et est désormais hostile aux humains. Soumis à des lois répressives, les survivants vivent dans des villes fortifiées. Scarlett, une rebelle recherchée dans toutes les cités, s’apprête à braquer une banque. Elle fait alors une rencontre qui bouleverse sa vie.


Extraits : « Ce matin-là, tandis que l’aube humide et blanchâtre s’étendait sur les marais, Scarlett McCain se réveilla auprès de quatre morts. Quatre ! Elle n’avait pas conscience d’avoir tué autant d’hommes. Pas étonnant qu’elle ait des courbatures. »

« Le secret d’un hors-la-loi, c’est sa rapidité. Voyager léger, n’avoir ni attache ni allégeance. Il pille une ville, passe à la suivante. Entre deux, il disparaît dans les terres inhabitées. Sans regrets. C’est ce qui le différencie de ces crétins qui tremblent derrière les murs de leur petite maison. La forêt est trop dangereuse pour qu’ils s’y aventurent à votre recherche. »


Mon avis : J’aime beaucoup les éditions Gallimard, qui ont la particularité dans leurs histoires, de nous embarquer dans des univers imaginaires fascinants, pour vivre mille et une aventures tout à fait étonnantes. La saga Scarlett et Browne n’échappe pas à la règle, puisque Jonathan Stroud a crée un monde dévasté, envahi par de vils créatures nommées les Infâmes. Dans ce monde apocalyptique, une jeune hors-la-loi, Scarlett McCain, tente de survivre en braquant notamment des banques pour récolter un butin considérable. Elle n’en est pas à son coup d’essai, puisque recherchée dans tout le pays. En prenant la fuite suite à un énième braquage, Scarlett va venir en aide à Andrew Browne, un jeune homme apeuré, maigrelet, qu’elle découvre coincé dans un bus renversé, où la totalité des passagers, hormis lui, a visiblement succombé à une attaque d’Infâmes. Sans s’expliquer pourquoi, Scarlett va prendre Albert sous son aile et va l’aider à réaliser son rêve : atteindre les Îles Libres – l’Angleterre -, où une vie meilleure l’attend soit-disant.

Le duo Scarlett/Albert est parfaitement étonnant, dans le sens où les deux jeunes gens sont totalement aux antipodes l’un de l’autre. On a d’un côté Scarlett, l’intrépide et vivace rebelle au caractère bien trempé, que rien ne semble effrayer. De l’autre, nous avons Albert, garçon chétif et mystérieux, réservé et facilement impressionnable, très curieux, mais naïf et insouciant. Toutes les qualités de l’une font défaut à l’autre et inversement. En somme, c’est un duo qui se complète parfaitement, mais qui demande quand même un certain temps d’adaptation.

Le personnage d’Albert est dès le départ très attachant. Il nous renvoie l’image d’un garçon perdu et apeuré, qui nous donne tout de suite envie de prendre soin de lui… contrairement à Scarlett, qui renvoie un visage froid et totalement fermé d’une jeune fille sans coeur ni sentiment. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences, puisque le gentil Albert cache bien des mystères sur sa personnalité. C’est là même le message principal que veut délivrer Jonathan Stroud : il ne faut jamais juger quelqu’un de premier abord, mais plutôt prendre le temps de le connaître avant de tirer des conclusions souvent trop hâtives.  

Nous voilà donc brinquebalé dans un road-trip détonnant, direction les terres dévastées de la Grande-Bretagne. Le paysage est changeant au fil du récit, puisque notre duo d’intrépides semble s’enfoncer toujours plus profondément dans les affres sombres d’un pays incertain, où règne terreur et créatures monstrueuses. Un milieu hostile, abîmé par les ans et les destructions successives, qui fait véritablement froid dans le dos. Ajoutez à cela des assaillants imprévus, venus récupérer de force ou de gré notre si gentil Albert, et vous aurez le cocktail parfait de ce roman d’aventures imaginaires.


Un roman post-apocalyptique intéressant, dynamique, à l’univers sombre et mystérieux. Nos deux protagonistes sont véritablement les piliers de ce récit, aux antipodes l’un de l’autre mais réellement attachants. j’ai hâte de découvrir la suite de leurs aventures mouvementées.

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-07-515899-2
Traduction : Laetitia Devaux