Littérature anglaise·Roman historique·Saga familiale

L’île des oubliés


L’île des oubliés de Victoria Hislop

519 pages, éditions Le Livre de Poche, à 7,90€


Résumé : Alexis, une jeune Anglaise, ignore tout de l’histoire de sa famille. Pour en savoir plus, elle part visiter le village natal de sa mère en Crète. Elle y fait une terrible découverte : juste en face se dresse Spinalonga, la colonie où l’on envoyait les lépreux… et où son arrière-grand-mère aurait péri.
Quels mystères effrayants recèle cette île des oubliés ? Pourquoi la mère d’Alexis a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? La jeune femme est bien décidée à lever le voile sur la déchirante destinée de ses aïeules et sur leurs sombres secrets…

 


Extraits :  « La solitude ne signifiait pas nécessairement être seul. On pouvait se sentir seul au milieu d’une foule.« 

« La musique était un territoire neutre où la richesse et l’origine sociale n’avaient aucune importance. »


Mon avisEn débutant ma lecture, je pensais découvrir un polar ou thriller qui se serait passé en Crète. Mais je me suis vite rendue compte que L’île des oubliés est en fait une saga familiale, qui raconte le passé extraordinaire des ancêtres d’Alexis.

Alexis est une jeune Anglaise, qui ignore tout de ses racines. Sa mère reste étonnamment fermée face aux nombreuses interrogations de la jeune femme. C’est pour cette raison que Alexis entreprend un voyage en Crète, dans le petit village natal de sa mère, pour tenter de combler son ignorance. Là-bas, elle va faire la rencontre de Fotini, une femme qui a vu naître sa mère et qui connaît parfaitement l’histoire de sa famille. Fotini va entreprendre de lui raconter son histoire, en commençant par le commencement : l’enfermement de son arrière-grand-mère Eleni, atteinte de la lèpre, sur l’île des lépreux.

J’ai beaucoup apprécié l’historicité du récit. L’auteure prend comme point d’appui Spinalonga, une île crétoise qui a été le lieu de réclusion de toutes les personnes atteintes de la lèpre de 1904 à 1975. A partir de ce fait historique, elle va développer son histoire, en présentant Eleni, jeune mère de famille et institutrice, atteinte par la lèpre à cause d’un de ses élèves. Elle va rejoindre l’île pour y vivre et éviter de propager davantage cette maladie. Le lecteur va s’immiscer dans le quotidien des lépreux ; on va partager leurs vies, leurs émotions, les difficultés qu’ils rencontrent.

Même si les thématiques abordées ne sont pas très gaies, elles permettent de s’enrichir et de découvrir quelques pans importants de l’histoire mondiale, malheureusement trop peu connues.

Ces petites virée à Spinalonga, Agios Nikoalos ou Héracklion, m’ont donnés des envies de voyages. Si un jour je m’aventure en Crète, je suis certaine de faire un détour par ces coins-là. L’ambiance familiale de ces villages, la générosité des habitants et les traditions culturelles et religieuses décrites m’ont touchées.

Ci-dessous, une photographie de l’île de Spinalonga, sur laquelle étaient parquées les personnes atteintes de la lèpre. Suite à la découverte d’un traitement contre la lèpre, ce village a été totalement laissé à l’abandon. Aujourd’hui, il constitue un site touristique majeur crétois.

L’histoire est passionnante, et les personnages sont fantastiques et terriblement attachants. Tout est réuni pour nous faire passer un bon moment. On voyage, dans l’espace et le temps, on réfléchit aussi, notamment sur la léproserie et l’horrible réclusion des lépreux sur l’île. Pour ceux qui l’ignorent, la lèpre est une maladie infectieuse qui créée des déformations de la peau, rendant toute personne atteinte méconnaissable. Le fait que ces malades soient défigurés par la lèpre, couplé au fait qu’ils soient obligés de se parquer sur une île, isolé de tout, ont fait d’eux des parias de la société.

Dans l’époque à laquelle on vit, il est difficile de se représenter une telle horreur. Pourtant, cela s’est passé il y a moins d’un siècle. L’atrocité humaine face aux populations opprimées est désopilante. Heureusement, quelques personnes au grand coeur et au courage démesuré (je pense notamment aux deux médecins, Kyritsis et Patrakis, qui se rendaient sur l’île chaque semaine pour venir en aide aux lépreux), ont contribué à mettre un terme à cette politique d’isolement totalement inhumaine. Grâce au remède trouvé pour éviter la transmission de la lèpre, toutes les personnes isolées sur Spinalonga ont pu sortir de l’île et reprendre une vie (presque) normale.


L’île des oubliés, c’est une saga familiale qui mêle expérience historique et humaine. En mettant en avant l’exclusion dont on été victimes les personnages atteintes de la lèpre au XXème siècle, Victoria Hislop nous délivre un beau message de tolérance, d’amour et d’espoir. Une histoire qu’il faut lire absolument.

Ma note : 8/10

 

Littérature anglaise·Roman

Quelques jours de nos vies


Quelques jours de nos vies de Clare Swatman

351 pages, éditions Presses de la cité, à 20,50€


Résumé : Si vous pouviez revenir en arrière, que changeriez-vous ?

Zoe et Ed se sont rencontrés à l’université et sont mariés depuis plus de dix ans. Un matin, après une violente dispute, Ed, en route pour le travail, est victime d’un accident. Inconsolable, Zoe fait un malaise. Quand elle reprend connaissance, elle a dix-huit ans et se prépare à entrer à l’université. La vie vient de lui offrir un cadeau : tout recommencer.


Extraits :  « Le destin ? C’est une chose qu’on crée soi-même.« 

« Ed m’a quittée, mais il m’a laissé le plus beau des cadeaux. Une part de lui-même. »


Mon avis : Avant de vous divulguer mon avis sur ce roman, je souhaitais remercier le site Babelio, qui m’a proposé ce partenariat, ainsi que les éditions Presses de la cité, qui m’on fait parvenir ce livre. Lorsqu’ils m’ont envoyé cette demande de partenariat, j’ai immédiatement été charmée par la sublime couverture. J’ai également été intriguée par le résumé, qui en disait juste assez pour titiller la curiosité. Ni une ni deux, j’ai accepté et attendu fébrilement, chaque jour, la venue de mon facteur, jusqu’à recevoir ce roman tant désiré, et le débuter dans la foulée.

Le speech a de quoi séduire : Ed et Zoé, en couple et mariés depuis de nombreuses années, vivent un amour passionnel, qui connaît, comme tous les couples, des hauts et des bas. Sauf qu’un matin, à la suite d’une dispute, les deux jeunes gens se séparent pour une journée de travail, et ne se verront plus jamais. Et pour cause : un accident de la route, qui a fauché la vie de Ed. Zoé, bouleversée par la nouvelle, va se morfondre nuits et jours, pendant des mois. Jusqu’au moment où il lui est permis de revivre entièrement les grands moments de sa vie, pour tenter d’en modifier le cours et de changer le drame final.

Cette idée de créer une histoire réaliste avec un zeste de fantastique (qui permet de voyager dans le temps, de revenir dans le passé et de modifier le cours des choses), est bonne. Cela permet d’incorporer une dose de magie dans l’histoire ordinaire qui est racontée.

A travers un couple d’amoureux banal, Clare Swatman retrace l’évolution que connaît chaque histoire d’amour : la rencontre initiale, la façon de s’apprivoiser, l’amour passionnel, l’engagement, le désir d’enfant… Bien évidemment, cette rétrospective ne serait pas fidèle à la réalité si on n’y incorporait pas quelques mauvais moments, comme en connaissent chaque couple. Engueulades, opinions divergentes… s’immiscent aussi dans chaque histoire d’amour et aident parfois, au sortir des tempêtes, à resserrer davantage les liens amoureux.

Au-delà de l’histoire narrée, c’est une véritable leçon de vie que l’auteure souhaite nous faire passer. La mort soudaine de Ed nous fait prendre conscience qu’il faut profiter de chaque instant de notre vie, pour ne rien avoir à regretter par la suite. Une bonne manière de se remettre en question et de profiter davantage de chaque instants vécus.

Hélas, malgré que l’histoire ait été sympathique à découvrir, je n’ai pas tellement aimé ma lecture. Retourner dans le passé pour tenter de changer des choses, je trouve l’idée bonne, mais elle est mal mise en place ici. J’avais l’impression que les jours se suivaient, mais que rien changeait vraiment. J’ai eu l’impression que l’auteure nous déroulait seulement les grands moments de la vie passée des deux jeunes gens, mais sans rien modifier. C’est surtout que ce n’est pas évident de percevoir les modifications si nous n’avons pas l’histoire de base… J’ai donc ressenti une certaine gêne tout au long de ma lecture, qui ne s’est estompée qu’à la fin, lors du retour dans le « moment présent ».

De plus, j’ai gardé une certaine distance avec les personnages. Le fait qu’ils racontent leur histoire d’amour, singulière, certes, mais universelle dans les grandes lignes, m’a fait m’identifier à l’histoire narrée, et non aux personnages maîtres de cette histoire. Ainsi, je n’ai pas forcément adhéré à leurs sentiments, que j’ai trouvé trop peu développés, voire superficiels. Seul l’un des éléments central du récit : le désir d’enfant du couple, mais leur échec à chaque tentative, m’a fait ressentir quelques touches d’émotions à l’encontre des deux personnages. On voit leurs désirs d’enfant s’intensifier, leurs déceptions lorsqu’ils comprennent qu’ils ne pourront pas en avoir par voie normale, leurs espoirs en l’avancée médicale, puis leurs désillusions à chaque échecs. Tout cela les rend très touchants.


Un roman sympathique, qui fait réfléchir sur le temps qui passe, le deuil, sur son rapport à l’autre, sur l’amour que l’on donne et que l’on reçoit. Une jolie histoire, agréable à lire, mais qui manque quand même de vitalité et de profondeur.

Ma note : 5,5/10
Classique·Littérature anglaise·Roman

Mrs Dalloway

Mrs Dalloway de Virginia Woolf
358 pages, éditions Folio classique, à 6,40€
Résumé : Le roman, publié en 1925, raconte la journée d’une femme élégante de Londres, en mêlant impressions présentes et souvenirs, personnages surgis du passé, comme un ancien amour, ou membres de sa famille et de son entourage. Ce grand monologue intérieur exprime la difficulté de relier soi et les autres, le présent et le passé, le langage et le silence, le mouvement et l’immobilité. La qualité la plus importante du livre est d’être un roman poétique, porté par la musique d’une phrase chantante et comme ailée. Les impressions y deviennent des aventures. C’est pourquoi c’est peut-être le chef-d’œuvre de l’auteur – la plus grande romancière anglaise du XXe siècle.

Extraits :  « A son âge encore il avait, comme un adolescent ou même une adolescente, de ces changements d’humeur ; les bons jours, les mauvais jours, sans la moindre raison ; le bonheur de voir un joli visage, et le comble du malheur à voir un laideron. »
« Les femmes vivent beaucoup plus que nous dans le passé. Elles s’attachent aux lieux ; et à leur père – une femme est toujours fière de son père. »

Mon avis :  Après tant d’années à entendre parler de Virginia Woolf, j’ai enfin pu découvrir un de ces classiques tant aimés. Mais alors, quelle déception !!!

Si je n’avais pas fait de recherches un petit peu poussées pour comprendre le sens et la portée des écrits de l’auteure, j’aurais complètement détruit ce livre dans cette chronique. Selon moi, le sens du livre a beaucoup plus de contenance que les mots eux-mêmes. C’est un livre spirituel, qui ne raconte pas vraiment d’histoires, mais qui se base sur la conscience des personnages. Dans un Londres d’après première guerre mondiale, le personnage éponyme du livre, Clarissa Dalloway, donne une réception chez elle, dans son milieu mondain bon chic bon genre.

C’est un ouvrage déroutant. L’histoire se passe sur une seule journée. Mais il y a à la fois beaucoup et peu de choses qui se passent durant cette journée. On voit la journée se dérouler à travers le prisme de conscience des personnages, avec une narration intersubjective, qui saute d’une conscience d’un personnage à une autre. De ce fait, la vie intérieure est narrativisée. Le lecteur connaît intimement les personnages ; les barrières tombent entre les paroles réelles et les pensées des personnages.
Le contexte spatio-temporel du livre est tout aussi déboussolant, avec un récit au présent, mais des sauts dans le passé marquées par les souvenirs des personnages qui ressurgissent dans leurs consciences. Seul élément qui rappelle le temps présent : les coups du Big Ben, qui rythment le temps qui passe.

Un simple détail aperçu peut permettre de développer plusieurs pages de descriptions hargneuses et longuées. Les impressions deviennent des aventures. Mrs Dalloway rompt complètement avec les formes traditionnels du roman (c’est d’ailleurs ce qui a causé mon grand désarroi).

Ce roman moderniste aborde des sujets très multiples. Il se questionne notamment sur le genre et la condition de la femme, avec la protagoniste, engluée dans son mariage et dans un milieu mondain, enfermée dans une vie factice, faite d’apparences où l’on se cache derrière un nom. D’ailleurs, le nom Dalloway n’a pas été choisi par hasard. En anglais, Dally veut dire badinage et Way chemin ; on voit donc un personnage totalement dépossédé de son identité. Certaines similitudes entre l’héroïne et l’auteure peuvent être décelés, comme le féminisme poussé dont faisait part Virginia Woolf, la volonté d’émancipation de la femme (l’auteure a soutenue les suffragettes à Londres), ou encore les pensées suicidaires de l’héroïne, qui rappellent le suicide par noyade de l’auteure.

Un autre personnage se suicidera dans le roman. C’est Septimus, le vétéran de la première guerre mondiale. Il souffre d’hallucinations, il est incapable de sentiments et à des difficultés à interagir avec les gens qui l’entourent. Le rapport au temps est devenu trop insupportable pour Septimus, agonie d’une âme mortelle face à l’immortalité du temps. L’échec de la première guerre mondiale (rappelons que Mrs Dalloway se place dans un contexte d’après-guerre) va causer l’échec des personnages. De ce fait, le monde de Virginia Woolf est vu à travers la folie et la raison. L’auteure réfléchie et faire réfléchir ses lecteurs sur l’existence et sur la vie. Selon elle, il vaut mieux être spirituel que matérialiste, car le spiritualisme est la configuration la plus à même de proposer une fable du monde.

Bien que je n’ai pas accroché au livre lui-même, les explications trouvées sur Internet m’ont fait apprécier un petit peu l’écriture si spéciale de l’auteure. Nous avons donc là la représentation errante de pensées descriptives, qui permettent, selon Virginia Woolf de rendre plus vraisemblable la représentation de la vraie vie.

Ma note : 3/10————Votre note : ?
Classique·Fantastique·Littérature anglaise

Le portrait de Dorian Gray

Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde.
328 pages, éditions Gallimard Jeunesse

 

Résumé : Le peintre Basil Hallward vient d’achever son meilleur tableau. Invité à se contempler, Dorian Gray, son modèle, fait alors un voeu insensé : que le portrait vieillisse à sa place et que lui conserve éternellement sa jeunesse et sa beauté. Quelles ne sont pas sa stupeur et son effroi quand son voeu se réalise ! Le tableau devient alors le miroir de son âme…

Extraits : « La jeunesse sourit sans motif. C’est un de ses plus grands charmes. »
« Il arrive souvent que lorsque nous pensons expérimenter sur autrui, nous soyons en réalité en train d’expérimenter sur nous-mêmes. »
« La chose la plus banale devient délicieuse dès l’instant qu’on la dissimule.« 

Mon avis : Depuis le temps que j’en entendais parler… je me suis enfin décidé à lire ce chef-d’oeuvre d’Oscar Wilde.

Avec une écriture simple, agréable à lire et à la portée de tous, enfants comme adulte, Oscar Wilde nous raconte une histoire fantastique dont lui seul à le secret. Le portrait de Dorian Gray traverse les époques, et séduit toujours autant les lecteurs. C’est un mythe à découvrir obligatoirement !!!

Dorian Gray est un jeune homme qui s’est révélé tout au long du livre. Introverti, timide et ayant peu confiance en lui au début du roman, il va changer du tout au tout, et va finir par devenir l’exact opposé du personnage qu’il était alors.
Lord Henry a assurément été mon personnage favori. Même s’il n’était pas la principale personne qui devait dicter le roman, avec son sens de la réflexion poussé au maximum et son intelligence sur-dimensionnée, il va être le mentor du jeune Dorian Gray et va devenir le principal acteur du changement de comportement de celui-ci. Car derrière ses airs de dandy et de beau parleur se cache un homme manipulateur malgré lui, dont les paroles sont souvent assez cruels, voire choquantes.

Le lecteur est obligé d’être absorbé par cette lecture. Oscar Wilde captive l’attention, et la retient grâce à une intrigue originale qui aiguise la curiosité. Mais ce roman n’est pas simplement une histoire mystérieuse qui critique la société victorienne, c’est également un ouvrage philosophique, qui traite de sujets de la vie indirectement.

C’est quand même étrange de penser qu’Oscar Wilde n’a écrit qu’un seul roman, celui-ci. Ça aurait été avec une grande joie de découvrir une autre histoire de ce même auteur, j’ai tellement apprécié son style d’écriture et son univers…

 

Ma note : 10/10
Humour·Littérature anglaise

Dans la peau de Coventry

Dans la peau de Coventry de Sue Townsend
254 pages, éditions Charleston, à 18€

 

Résumé : Coventry Dakin, femme au foyer sans histoires, décide de s’enfuir à Londres après avoir tué son voisin par accident. Là-bas, elle rencontre une galerie de personnages excentriques : le professeur Willoughby d’Eresby et sa femme Letita, Dodo, une bourgeoise relogée chez les sans-abris, etc. Toutes ces rencontres vont permettre à Coventry de changer, comme elle n’aurait jamais pu l’imaginer…

Extraits :  « Il faut d’abord que je vous dise deux choses sur moi : la première, c’est que je suis belle, la deuxième, c’est que, hier, j’ai tué un homme du nom de Gerald Fox. Dans les deux cas, il s’agit d’un accident. »
« Laissez-moi vous dire une chose, mon vieux. On ne connaît jamais vraiment l’autre. On vit joue contre joue pendant des années, et puis, un jour, on s’aperçoit qu’on ne sait rien de ce qu’il ou elle est réellement. C’est d’une banalité effrayante. »

Mon avis :  Si vous n’aimez pas (ou ne comprenez pas) l’humour britannique, passez votre chemin. Car Sue Towsend est réputée pour son absurde légendaire.

L’histoire commence in medias res : Coventry tue un homme, Gerald Fox, avec une figure Iron Man. Elle s’enfuit alors en direction de Londres, par peur de moisir en prison. Sans argent, sans papiers, sans téléphone portable, elle va devoir survivre dans cette jungle londonienne. Lors de sa fuite, Coventry fera la rencontre de personnages hauts en couleurs : un couple atypique vivant dans la crasse, avec la mère qui se plaît à vivre nue et le fils qui ne sort jamais de sa chambre – même pas pour se nourir ; une SDF sympathique qui pourtant, à un frère éminément riche et célèbre. Bref, de banale, la vie de Coventry passe à un tourbillon d’aventures et de rencontres plus étonnantes les unes que les autres.

Après La femme qui décida de passer une année au lit de la même auteure, je redécouvre son style si particulier, ses personnages si décalés, que j’avais tant apprécié dans le premier roman que j’avais lu d’elle.
C’est drôle, c’est complètement décalé, les personnages sont loufoques et fous-fous. Coventry, en particulier, est complètement extraordinaire : telle une aventurière, elle s’aventure seule dans une contrée lointaine et inconnue, délaissant tout ce qui faisait son quotidien (sa famille, ses repaires). Elle ne s’offusque de rien, elle apprécie les petits instants de la vie qui lui sont offerts durant toute sa péripétie.

Derrière l’humour de l’auteur, se cache quand même des sujets sérieux. En effet, Coventry décide de quitter son train-train quotidien pour partir vivre une aventure unique en son genre, loin de toutes ses obligations de femme et de maman. Sue Towsend fait la satire de la société moderne, en dénonçant, à travers l’humour, les travers de notre civilisation. En y regardant bien, on peut effectivement voir les critiques qu’adressent l’auteure aux hommes (machistes, violents), et à la société dans son entièreté (hypocrisie, faux-fuyants). En plus d’être divertissant, ce livre nous fait nous interroger et nous fait énormément réfléchir !

Ce livre ne peut pas plaire à tout le monde, c’est évident. L’auteure a un style d’humour très particulier, qui pourrait déconcerter, voire choquer, certaines personnes. Il faut également réussir à passer outre son ton comique pour pouvoir percevoir la satire qui est faite de la société. Pour ma part, j’ai bien aimé lire ce livre, mais sans plus. Il est clair que j’ai beaucoup plus apprécié La femme qui décida de passer une année au lit, bien plus structuré et percutant !

 

Ma note : 6/1
Humour·Littérature anglaise

La femme qui décida de passer une année au lit

La femme qui décida de passer une
année au lit de Sue Townsend.
446 pages, éditions Charleston, à 21 €

 

Résumé : Le jour où ses jumeaux quittent la maison pour entrer à l’université, Eva se met au lit… et elle y reste. Depuis dix-sept ans que le train de la vie l’entraîne dans une course effrénée, elle a envie de hurler : « Stop ! Je veux descendre ! » Voilà enfin
l’occasion.

Son mari, Brian, astronome empêtré dans une liaison extraconjugale peu satisfaisante, est contrarié. Qui lui préparera son dîner ? Eva ne cherche qu’à attirer l’attention, prétend-il. Mais la rumeur se répand et des admirateurs par centaines, voyant dans le geste d’Eva une forme de protestation, se pressent sous la fenêtre de sa chambre, tandis que son nouvel ami, Alexander, l’homme à tout faire, lui apporte du thé, des toasts, et une sollicitude inattendue. Depuis son étrange prison, Eva va-t-elle trouver (enfin) le sens de la vie ?

Extraits :  « Les études montraient que le cerveau des hommes était sensiblement plus gros. Une main féminine avait annoté en marge : « Alors, pourquoi ces salauds d’hypercérébrés sont-ils incapables de se servir de la brosse à chiottes ? » »
« Elle se demanda si les pies étaient heureuses – ou bien le bonheur n’était-il qu’une notion propre à l’être humain ? »

Mon avis : Comme par hasard, j’ai commencé la lecture de ce livre le 8 mars (donc hier), pendant la journée de la femme… une lecture très appropriée pour cet évènement !

Ce roman a été une très grande et bonne surprise, je ne m’attendais pas du tout à découvrir une telle histoire en lisant les premières pages.

Eva est la maman de deux jumeaux surdoués, qui viennent de passer à l’université. Le jour même après leur départ, elle se sent soudainement soulagée, et décide de se coucher dans son lit… mais n’y ressort plus ! Son mari commence à s’inquiéter, il alerte toute leur famille, leurs amis, et quelques médecins, qui l’a prennent tous pour une folle. Mais Eva est catégorique : elle ne veut pas sortir de son lit ! Pendant de longs mois, elle va rester cloîtrée dans sa chambre, se faisant servir à manger, n’allant dans la salle de bain seulement en mettant un drap blanc par terre et en marchant dessus, ce qui permet de relier la salle d’eau à son lit : une manière de rester à moitié couché. Elle va également faire de sublimes rencontres, et va faire un gros bilan de toute sa vie…

Avant de commencer à lire ce roman, je suis allé voir quelques critiques postées par d’autres blogueurs, et les avis étaient assez mitigés. Certains avaient adorés et ri aux larmes, tandis que d’autres n’ont pas réussi à entrer dans l’atmosphère loufoque de l’auteure, et n’ont pas adhéré à l’humour anglais.
Pour ma part, je fais partie de la première catégorie de ces personnages-là : j’ai vraiment bien aimé ce livre (mais j’avoue ne pas avoir ri tout du long, mais certains passages m’ont quand même fait sourire !)
Ce roman se lit tout seul, il permet de se détendre, et de réfléchir à certaines questions, soulever certains interrogations.

Les personnages sont drôles, décalés et originaux. Ils sont tous très différents les uns des autres, totalement marginaux pour la plupart. On retrouve bien l’humour jusque dans les prénoms et noms des différents personnages : Brian (le papa), Brianne (la fille), Brian Junior (le fils), les Beavers (castors, en anglais) etc., c’est bien pensé !
La petite déception côté personnages à été vers la fin, à propos de Brian Junior et Brianne. J’aurais adoré savoir ce qu’il arrive aux deux jumeaux, à la fin du roman… je n’ai pas bien compris (ou peut-être est-ce mal expliqué), mais quand les « agents » les arrêtent, c’est assez compliqué de déterminer où ils les amènent.

L’humour de Sue Townsend est présent tout au long du récit, il est très agréable à lire, est met de bonne humeur à chaque fois !
En écrivant La femme qui décida de passer une année au lit, je pense que l’auteure à voulue pointer du doigt tous les travaux que peut faire une femme dans sa vie, et montrer toutes les personnes qui dépendent d’elle au quotidien. C’est pour cette raison qu’Eva décide de se reposer, de rester tranquille quelques temps, pour faire le point sur sa vie passée, et sa vie future. C’est un bon moyen pour se mettre les idées au clairs, j’aimerais beaucoup en faire autant…

Le gros point négatif que je tiens à relever, c’est le dénouement. Il m’a l’air bâclé, écrit à la va-vite… C’est vraiment dommage, je m’attendais à une fin surprenante, digne du roman entier !

Une comédie hilarante, des personnages originaux, et un thème qui devrait beaucoup plaire aux femmes.

 

Ma note : 8,5/10
Littérature anglaise·Roman·Seconde guerre mondiale

L’ami retrouvé

L’ami retrouvé de Fred Uhlman
111 pages, éditions Folio junior

 

Résumé : Agé de seize ans, Hans Schwartz, fils unique d’un médecin juif, fréquente le lycée le plus renommé de Stuttgart. Il est encore seul et sans ami véritable lorsque l’arrivée dans sa classe d’un garçon d’une famille protestante d’illustre ascendance lui permet de réaliser son exigeant idéal de l’amitié, tel que le lui fait concevoir l’exaltation romantique qui est souvent le propre de l’adolescence. C’est en 1932 qu’a lieu cette rencontre, qui sera de courte durée, les troubles déclenchés par la venue de Hitler ayant fini par gagner la paisible ville de Stuttgart. Les parents de Hans qui soupçonnent les vexations que subit le jeune homme au lycée, décident de l’envoyer en Amérique, où il fera sa carrière et s’efforcera de rayer de sa vie et d’oublier l’enfer de son passé. Ce passé qui se rappellera un jour à lui de façon tragique.

Extraits : « Je savais qu’un million de soldats étaient morts à Verdun. Mais ce n’étaient là que des abstractions, des chiffres, des statistiques, des informations. On ne peut souffrir pour un million d’êtres. »
« Je puis me rappeler le jour et l’heure où, pour la première fois, mon regard se posa sur ce garçon qui allait devenir la source de mon plus grand bonheur et de mon plus grand désespoir. »

Mon avis : Initialement recommandé aux plus jeunes (comme le prouve l’édition dans laquelle j’ai lu le l’ouvrage), il est aussi abondamment lu et enseigné dans les écoles. L’ami retrouvé illustre simplement, dans une quantité restreinte de pages, l’idée générale de l’atmosphère qui découle de la Seconde Guerre mondiale. S’allie à ce thème (sur lequel les mots sont durs à se mettre en place), une douce amitié, originale et bouleversante, qui fera voir d’un autre oeil les terribles événements des années 40.

L’histoire débute dans une salle de classe, en Allemagne, à l’intérieur de l’illustre école renommée de Stuttgart, à l’orée du déclenchement de ce qui sera appelé plus tard la Grande guerre. Hans, jeune élève juif, solitaire et marginal, ne reste pas de marbre lors de l’arrivée d’un nouvel élève, si différent des autres, protestant, à la famille historique. Commence alors entre les deux adolescents une histoire d’amitié hors du commun, unique en son genre, qui sera rapidement mise à mal par l’arrivée d’Hitler en tant que chancelier en 1933.

Je tiens avant tout à dire et à appuyer sur le contenu partiel et vraisemblablement superficiel du récit. Bien que très intense, fluide et à la compréhension aisée, l’auteur est resté sur la couche supérieure de son thème, sans toutefois le développer. Une qualité néanmoins efficace, bien que destiné aux plus jeunes et partiellement approfondi.

Fred Uhlman attaque son roman en douceur, en présentant gentiment les différents acteurs de l’histoire, tout en appuyant sur les intérêts communs et ressemblances des deux adolescents. Puis l’histoire se dégrade, l’intrigue se met en place, comme une énigme lancée en avant. Pour continuer dans sa décadence, l’auteur fini par présenter les divergences idéologiques qui régissent les vies des deux « anciens amis ». Un déclin progressif, une descente vertigineuse, qui fait passer les personnages auréolés de bonheur au gouffre le plus sombre.

Les lieux, bien Allemands à en juger par le nombre de villes citées, l’atmosphère, assez pensante, fragile et noire, les mystères qui entourent l’histoire et les zones d’ombres du roman plongent radicalement le lecteur au centre de l’état d’esprit de cette guerre.

Il y ajoute de tristes bouleversements, en prenant l’exemple d’une amitié impossible, basée sur les différences raciales et familiales des deux enfants, emportés par la vague de l’époque, dépossédés de leur capacité de décision, contraint à se séparer. Un déchirant choix, qu’engendre l’histoire politique de cette époque.

Poétiquement formulé, l’auteur écrit avec honnêteté et sentiment la triste histoire de deux jeunes gens, victime de la Seconde guerre mondiale. Bien que la quantité ne fasse pas la qualité, un développement plus approfondi aurait permis une plus complète pénétration du contexte historique.
La petite bande-annonce postée ci-dessous, annonce une approche cinématographique plus humaine, centrée sur la relation entre les deux personnages, qui doit amplifier le tragique du livre. A voir, si possible.

Ma note : 6/10