Hôtel Iris


Hôtel Iris de Yôko Ogawa

158 pages, éditions J’ai Lu


Résumé : Mari est réceptionniste dans un hôtel appartenant à sa mère. Un soir, le calme des lieux est troublé par des éclats de voix: une femme sort de sa chambre en insultant le vieillard élégant et distingué qui l’accompagne, l’accusant des pires déviances. Fascinée par le personnage, Mari le retrouve quelques jours plus tard, le suit et lui offre bientôt son innocente et dangereuse beauté.
Cette étonnante histoire d’amour, de désir et de mort entraîne le lecteur dans les tréfonds du malaise dont Yôko Ogawa est sans conteste l’une des adeptes les plus douées.


Extraits : « C’était sa voix qui me donnait du plaisir en même temps que la douleur. »

« – Le russe est une langue amusante à regarder même si on ne la comprend pas.
– Pourquoi ?
– On dirait un langage crypté destiné à des secrets romantiques. »


Mon avis : L’Hôtel Iris est tenu par la mère de Mari, elle-même réceptionniste. Leur hôtel, en apparence calme, est troublé un soir par les cris d’une femme, qui sort d’une chambre en insultant un vieil homme. Cet homme, Mari va le retrouver quelques jours plus tard, et va littéralement tomber sous son charme. Entre eux, va naître une histoire spéciale, indescriptible, mais secrète, qu’elle taira durant de longs mois à sa mère.

Je ne suis pas habituée à lire des romans japonais – pour tout vous avouer, le dernier roman japonais que j’ai lu n’était autre que Kafka sur le rivage de Haruki Murakami, un récit très étrange, mais qui m’avait envoûté. Avec L’Hôtel Iris, je retrouve cette même ambiance, avec des sensations et émotions assez bizarres qui s’emparent de moi… comme si cela était propre à la littérature japonaise !

En revanche, contrairement à Kafka sur le rivage, roman qui m’avait désarçonné mais bien plût, j’ai eu plus de mal à entrer dans l’univers de Yôko Ogawa. Durant toute ma lecture, j’ai ressenti une forme de malaise, envers les personnages d’abord. Un vieil homme et une très jeune fille qui se cherchent, se trouvent, vivent une histoire que je ne peux pas vraiment qualifier d’amour, mais plutôt une histoire physique, remplie de désirs et sévices sexuels.

J’ai décelé une forme de cruauté et de perversité dans le comportement de cet homme envers Mari. Certaines scènes du livre peuvent choquer, je pense notamment aux nombreuses scènes de sexe, qui se révèlent triviales et humiliantes pour Mari, même si cette dernière semble y prendre beaucoup de plaisir. Comme un animal domestique, elle obéit aveuglément aux ordres de l’homme, prête à faire tout ce qu’il demande, même les choses les plus dégradantes. Je n’ai pas compris ses agissements, je n’ai pas compris la relation qui s’était créée entre ces deux personnes, elle m’a mise mal à l’aise, m’a terriblement dérangée.

Je n’ai pas trouvé d’utilité particulière à cette histoire, je n’ai vraiment pas compris où l’auteure voulait nous mener. C’est certain, Yôko Ogawa chamboule les convenances et la morale populaire, en mettant en avant une relation proscrite, incomprise, basée sur la domination et la violence. C’était sans doute le but de l’auteure : écrire une ode à la liberté, la liberté d’agir, de se comporter comme bon nous semble, de faire ce que nous voulons avec notre corps, notre temps… L’intention était bonne, mais la mise en scène ratée ! 


Un roman violent et cruel qui met en scène une relation étrange, toxique, dérangeante et perverse… Je n’ai pas du tout appréciée cette histoire, que je juge sans intérêt.

Ma note : 3/10

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Je vais bien, ne t’en fais pas


Je vais bien, ne t’en fais pas de Olivier Adam

155 pages, éditions Pocket


Résumé : Une autre lettre de Loïc. Elles sont rares. Quelques phrases griffonnées sur un papier. Il va bien. Il n’a pas pardonné. Il ne rentrera pas. Il l’aime. Rien d’autre. Rien sur son départ précipité. Deux ans déjà qu’il est parti. Peu après que Claire ait obtenu son bac. De retour de vacances, il n’était plus là. Son frère avait disparu, sans raison. Sans un mot d’explication. Claire croit du bout des lèvres à une dispute entre Loïc et son père. Demain, elle quittera son poste de caissière au supermarché et se rendra à Portbail. C’est de là-bas que la lettre a été postée. Claire dispose d’une semaine de congés pour retrouver Loïc. Lui parler. Comprendre.


Extraits : « Il fallait partie, s’enfuir, quitter la France, qui sentait le renfermé, où on était à l’étroit, ou alors au contraire s’y enfoncer pour de bon, sillonner, aller vers l’océan, trouver des racines là où on déciderait de les planter, s’inventer une vie, aller partout ou aller nulle part, puisque venant d’ici, de la banlieue parisienne, on ne venait de nulle part, on venait d’un no man’s land et que tout restait à bâtir. »

« C’est quand même pas notre faute si les bougnoules en banlieue sont trop cons à faire les marioles pendant les cours. Après ils ont l’air de quoi. Les garçons deviennent dealers, les filles caissières au supermarché et basta, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. »


Mon avis : Je me faisais une joie de découvrir cette histoire, dont j’entends parler depuis si longtemps. Je vais bien, ne t’en fais pas est un récit souvent plébiscité par la critique, qui a même eu le privilège d’être adapté au cinéma.

On pénètre dans la vie de Claire, une jeune femme, caissière à Paris, dont l’existence a pris un tour morose et triste suite à la disparition brutale de son frère Loïc. Loïc est parti après s’être disputé avec son père, Paul. Personne ne sait où il est allé. Seules quelques cartes postales, envoyées depuis des villages de campagnes, permettent de maintenir l’espoir en Claire : Loïc va bien, il est vivant, peut-être qu’il reviendra un jour.

J’avoue que je n’ai pas compris l’engouement qu’il y a autour de cette histoire. L’écriture est saccadée, c’est une suite de phrases et de chapitres qui ne s’emboîtent pas parfaitement, qui semblent être posées là, les unes à la suite des autres, sans suite logique.

L’histoire dans son ensemble est creuse, vide, froide, les mots défilaient devant mes yeux sans qu’aucun ne vienne me toucher. Je suis restée étrangère à l’histoire, insensible aux personnages et aux drames qui se jouent dans leur vie. Rien n’est détaillé, l’auteur s’en tenant au strict minimum, ce qui nous tient d’autant plus à l’écart du récit. On attend avec fébrilité plus d’explications sur les événements qui se produisent sous nos yeux, sur la mystérieuse absence de ce frère, sur la tournure qu’à pris la vie de Claire… mais rien ne vient. Pas d’éclaircissement, mais toujours plus de flou et de questionnements.  Heureusement que le livre est court et que les chapitres sont brefs : cela m’a évité de trop longueurs heures de lecture vaine et d’ennui.

Apparemment, ce livre d’Olivier Adam n’est pas le meilleur qu’il ait écrit. Je ne me laisse donc pas décourager par cette déception, et je lirai très probablement Peine perdue ou À l’ouest, qui attendent tous les deux sagement dans ma Pile À Lire. De même, après avoir lu quelques avis d’autres blogueurs, certains mentionnent l’adaptation cinématographique, qui est bien plus agréable à découvrir : donc pourquoi pas découvrir le film, pour me réconcilier avec le livre ?


Une histoire creuse, vide de sens, qui ne m’a pas touchée. Ennui et déception sont les deux seuls mots qui me viennent pour décrire ce livre.

Ma note : 2/10

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Terrible vertu


Terrible vertu de Ellen Feldman

301 pages, éditions Cherche Midi, à 21€


Résumé : « Le devoir d’une femme : regarder le monde bien en face, avec une lueur infernale dans les yeux ; avoir un idéal ; parler et agir en dépit de toutes les conventions. » Telle était la philosophie de Margaret Sanger et telle a été sa vie.
Portrait d’une des figures les plus influentes et les plus controversées du XXe siècle, ce roman met en scène cette femme indomptable.

Élevée dans un milieu pauvre, par une mère épuisée par treize grossesses, Margaret se fait très jeune le serment de ne jamais subir la vie d’une femme au foyer. Devenue infirmière à une époque où la contraception est illégale, elle décide de se consacrer aux femmes et met sur pied en 1916 la première clinique clandestine de contrôle des naissances. C’est le début d’une vie de luttes enfiévrées qui la conduiront à créer en 1952 le planning familial, avant de militer, par tous les moyens, pour la légalisation de la pilule. Son acharnement la conduira plusieurs fois en prison, elle sera contrainte de fuir les États-Unis pour l’Angleterre et la France, où, là encore, toujours aussi indomptable et provocante, elle poursuivra son inlassable combat pour l’égalité des sexes.

Ellen Feldman nous restitue ici la vie d’une femme hors du commun, mais aussi de ses proches, mari, amants, enfants, famille, dont l’existence a souvent été malmenée par cette héroïne en quête d’absolu, qui a changé la vie de toutes les femmes, peut-être aux dépens de la sienne.


Extraits : « J’étais devant le miroir de l’entrée, en train de mettre mon chapeau et de me faire la réflexion qu’être désirée était bien meilleur pour le teint que toutes les crèmes du monde. »

« Promettre d’aimer à jamais est aussi irréfléchi que promettre de vivre à jamais.« 


Mon avis : Terrible vertu est une biographie romancée de Margaret Sanger, une militante qui lutta pour la liberté d’expression de la femme et le libre accès à la contraception. Malheureusement, son nom n’est que très peu connu dans la sphère publique, puisque pour ma part, je n’avais jamais entendu parler de cette illustre femme. Chose faite maintenant, et je vais tâcher de vous la présenter au mieux, afin que vous vous rendiez compte de l’immensité de ses actions.

Élevée dans un milieu pauvre, entouré de 12 frères et soeurs, Margaret Sanger voit dépérir sa mère, femme au foyer usée par les grossesses. Ne voulant point devenir comme elle, Margaret va devenir infirmière et se concentrer uniquement aux femmes. Elle va ouvrir la première clinique clandestine de contrôle des naissances, va informer et sensibiliser les femmes sur la contraception et les risques encourues des grossesses successives, publier des magazines clandestins, le tout au détriment de sa vie et de sa liberté.

Car les actions qu’elle menait étaient illégales et pénalement répréhensibles. Margaret, tout comme l’une de ses soeurs, qui a rejoint son combat, ont d’ailleurs passer plusieurs longs mois derrière les barreaux. Margaret Sanger a également dû faire nombre de sacrifices dans sa vie : elle a notamment délaissé ses enfants durant de longs mois (si ce n’est pendant des années), pour se consacrer à la cause qu’elle défendait. Je pense que c’est l’une des seules choses pour laquelle je ne suis pas en accord avec elle : laisser ses trois enfants en bas âge seul, pour militer pour les femmes. Je suis convaincue qu’elle pouvait trouver un arrangement pour pouvoir allier les deux.

Margaret Sanger couvre sa bouche en signe de protestation après avoir été privée du droit de parler de contrôle des naissances, le 17 avril 1929.

J’ai trouvé ce livre particulièrement intéressant. Sensible à la cause féminine, je suis de très près toutes les évolutions qui se déroulent au XXIème siècle en faveur des femmes – égalité des sexes et des salaires, sensibilisation au cancer du sein, etc. Mais je ne m’étais jamais vraiment penché sur les figures féminines qui avaient oeuvrés pour que nous puissions, nous, femmes du XXIème siècle, bénéficier de tout ce dont nous bénéficions aujourd’hui. Et je peux dire aisément que cette Margaret Sanger est une héroïne du XXème siècle. Très peu de femmes auraient osé s’exposer ainsi publiquement et réaliser de telles actions, souvent vaines, peu écoutées, ou immédiatement arrêtées par les hommes.

Loin d’être soporifique, Terrible vertu est écrit d’une manière simple, accessible à un large public, pour que chaque lecteur puisse découvrir avec facilité le portrait de cette femme et les actions qu’elle a mené. 

Un grand merci aux éditions Le Cherche Midi et à Babelio pour cet envoi. Je ne regrette pas un seul instant d’avoir découvert ce livre, qui m’apporta beaucoup pour ma culture personnelle et ma vision de la vie. C’est sûr, maintenant, je ne verrais plus les contraceptifs de la même manière !


Une biographie romancée sur une figure féminine qui a milité activement pour les droits de la femme et son libre accès à la contraception. Je recommande ce livre, ne serait-ce que pour votre culture personnelle.

Ma note : 7,5/10

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Attendre un fantôme


Attendre un fantôme de Stéphanie Kalfon

128 pages, éditions Joelle Losfeld, à 15€


Résumé : Kate, jeune fille de dix-neuf ans, vit un drame : la mort brutale de son amoureux dans un attentat. Tout pourrait s’arrêter là. Mais ce serait sans compter sa mère, les gens qui l’entourent et la manière dont ce drame résonne en eux, dont ils s’en emparent, dont ils décident que ce sera le leur – et le transforment en traumatisme. Voici des personnages qui sont comme des poupées russes : chaque membre de la famille de Kate semble en cacher un autre, ou se cacher derrière un autre, les histoires des autres venant hanter la mémoire des uns. Le roman explore les relations qui lient une famille où il fait bon se taire. La violence rôde mais on ne la voit pas. Si la violence est ici dangereuse, c’est qu’elle passe par le banal ; voilà son déguisement, sa petite excuse, la main tendue d’une mère affirmant porter secours tandis qu’elle étouffe. Kate va suivre les fantômes qui mènent à la possibilité de vivre encore. En affrontant l’emprise de sa mère, en la mettant au jour, elle parvient à faire sauter un à un, cran après cran, les rouages mécaniques de la violence. Pour cela il lui faut cesser d’attendre, pour prendre le risque d’exister.


Extraits : « Il n’y a pas de mot dans la langue française pour dire quand nous, parents, on perd un enfant. Quel statut on a. Pour les enfants il y a le mot « orphelin » mais pour les parents il n’y a pas de place dans le dictionnaire, ça n’existe pas en français, il est là le scandale… »

« Le souvenir qui lui reste, c’est l’absence de certitude d’avoir été seulement aimée. Un manque de souvenirs. Le souvenir d’un manque.« 


Mon avis : De prime abord, ce roman avait tout pour me plaire : un résumé alléchant, qui tire sur l’émotion et le larmoyant, sans pour autant tomber dans le pathos. Mais à la lecture, le ton et le style narratif ne m’ont pas entièrement convaincus, et m’ont laissé circonspecte.

Kate est une jeune fille de 19 ans, qui vient de perdre son petit ami, assassiné en Israël, lors d’un attentat terroriste dans l’université où il étudiait. C’est la mère de Kate qui lui apprend la nouvelle, un mois après le meurtre, alors que la jeune fille rentre tout juste de vacances. Désemparée de ne pas avoir pu faire ses au revoir au jeune homme, Kate en veut à sa mère de lui avoir caché la vérité pendant tout ce temps. Elle va sombrer dans un abime sans fond, où le désespoir, la tristesse et la déception se mélangent à l’infini.

On suit tout d’abord Kate, cette jeune fille dont la vie va changer du tout au tout suite à la terrible tragédie qui la bouleverse. Comment se remettre de la mort d’un être aimé ? Comment faire son deuil et tourner la page d’une histoire, alors que cette histoire n’a jamais pu être terminée ?  Cette première thématique est celle qui m’a intéressée lorsque j’ai lu la quatrième de couverture de ce roman. Mais malheureusement, le sujet est traité superficiellement, bâclé, vite passé et relégué au second plan, pour laisser place nette à la réflexion sur la relation mère-fille de Kate et sa madone.

En effet, en parallèle, nous suivons la mère de Kate, cette femme froide et manipulatrice, au coeur de pierre et à la présence toxique. La relation qu’elle et Kate entretienne est cordiale, comme deux amis, presque deux inconnus, auraient pu avoir. Point d’amour ou de sentiment trop prononcé, point d’atermoiement ni de soutient envers sa fille : la mère de Kate surprend par son insensibilité et par sa manière égoïste de toujours tout ramener à elle. C’est simple : elle veut être le centre du monde et n’accepte pas que sa fille souffre. C’est finalement sa mère qui va peu à peu prendre le plus de place dans cette histoire, devenant progressivement la protagoniste à la place de Kate. Et c’est assez déroutant, puisque cette femme est détestable à souhait. Tout, dans son comportement, sa manière de se tenir, de parler et d’agir, nous amène à la haïr profondément.

J’ai donc été déçu de ne pas retrouver la thématique que j’étais venue chercher prioritairement dans ce livre, à savoir : une réflexion face au deuil. De plus, j’ai trouvé le style narratif un peu trop alambiqué, avec des pensées qui virevoltent en tout sens, qui s’enchaînent parfois sans cohérence ni continuité.


Un récit alambiqué et confus, qui manque de consistance. 

Ma note : 4/10

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La porte des Enfers


La porte des Enfers de Laurent Gaudé

283 pages, éditions J’ai Lu, à 6,90€


Résumé : Au lendemain d’une fusillade à Naples, Matteo voit s’effondrer toute raison d’être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giuliana, disparaît. Lui-même s’enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville.

Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l’impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d’étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu’on peut y descendre…

Ceux qui meurent emmènent dans l’Au-Delà un peu de notre vie, et nous désespérons de la recouvrer, tant pour eux-mêmes que pour apaiser notre douleur. C’est dans la conscience de tous les deuils – les siens, les nôtres – que Laurent Gaudé oppose à la mort un des mythes les plus forts de l’histoire de l’humanité. Solaire et ténébreux, captivant et haletant, son nouveau roman nous emporte dans un « voyage » où le temps et le destin sont détournés par la volonté d’arracher un être au néant.


Extraits : « En une fraction de seconde, tout change. Je le sais mieux que personne. La vie que l’on avait envisagée disparaît d’un coup et il faut faire avec le malheur qui ne veut plus vous lâcher. »

« Je sais que la mort nous mange le coeur, répondit le professore en fixant Matteo droit dans les yeux. Absolument. Je sais qu’elle se loge en nous et ne cesse de croître tout au long de notre vie. »


Mon avis : Depuis longtemps en attente dans ma Pile à Lire, je me suis enfin décidé à sortir ce petit roman de Laurent Gaudé. Cela faisait maintenant plusieurs années que j’avais très envie de découvrir la plume de cet écrivain français, dont le talent n’est plus à prouver.

La Porte des Enfers raconte l’histoire d’une famille brisée par un accident. Alors que Matteo promène son fils dans les rues de Naples, une fusillade éclate. Le petit garçon est touché par une balle et meurt sur le coup. Matteo, et plus encore sa femme, Giuliana, sont inconsolables. Cette dernière demande à Matteo de retrouver la trace de l’assassin de leur fils et de venger sa mémoire, puis de ramener leur fils d’entre les morts. Matteo accepte ce défi fou. Accompagné de personnages loufoques, il va réussir un prodige : descendre en Enfer, pour tenter de ramener son fils à la vie.

C’est une histoire assez perturbante que nous livre là Laurent Gaudé. Il y a d’un côté le réalisme de l’histoire, avec l’ancrage historique – le récit se déroule à Naples, durant le célèbre tremblement de terre de 1980 qui a fait plus de 2 700 morts dû à ce phénomène météorologique -, et d’un autre côté, nous avons un récit fantastique, avec des personnages qui se disent prêts à descendre aux Enfers et à y faire revenir quelqu’un. J’ai beaucoup aimé la dualité des genres, qui peut paraître assez surprenante au début, mais qui est parfaitement dosée ici, et donne un récit magnifiquement rédigé.

Laurent Gaudé confronte les lecteurs à l’une des interrogations les plus récurrentes : la mort, et principalement la potentielle vie après la mort. Que nous arrive-t-il quand on meurt ? Notre âme quitte-t-elle véritablement notre corps pour poursuivre son existence ailleurs ? Renaissons-nous d’une manière différente ? L’auteur va mettre en scène sa représentation de la mort, ou plutôt des « Enfers » comme il l’écrit à de multiples reprises. Il s’est habilement inspiré de l’Enfer de Dante, comme décrit dans son oeuvre de La Divine Comédie, qui illustre son idée des Enfers comme un cône inversé à neuf cercles, correspondant chacun à un degré du crime commis par le damné. Laurent Gaudé va également nous immerger dans cet au-delà noirâtre, où les âmes en peines errent dans les ténèbres. Plus que jamais, la frontière entre la vie et la mort est ténue, elle ne tient qu’à un fil. Glaçant, mais fascinant à la fois !

Avant d’achever cette chronique, je voulais souligner le fait qu’on ne peut pas lire sans livre sans avoir une petite pensée pour nos proches disparus… Alors merci monsieur Gaudé pour cette beauté littéraire, qui m’a beaucoup émue. J’ai maintenant très envie de découvrir d’autres oeuvres de ce grand écrivain !


Ce livre est un ovni de la littérature : inclassable, tant il est ambigu et ambivalent. Je vous recommande chaudement cette lecture, qui va vous surprendre et restera très longtemps dans votre mémoire.

Ma note : 8,5/10

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Julien, le bienfaiteur


Julien, le bienfaiteur de Gilles Gérardin

269 pages, éditions Eyrolles, à 16€


Résumé : Julien, la quarantaine, marié, père de famille, est au chômage depuis plus d’un an. Au fil des jours, l’espoir de retrouver un emploi s’amenuise et le trou de ses dettes se creuse. Prenant conscience de l’inutilité de son existence, il décide d’y mettre fin. Mais au moment de passer à l’acte, il découvre que les assurances indemnisent beaucoup mieux le décès accidentel qu’un banal suicide. Julien entreprend donc d’organiser sa mort « accidentelle ».
Ne reste plus qu’à régler quelques petits détails, le choix du cimetière et celui du moyen le plus efficace de passer de vie à trépas. Plus les préparatifs avancent, plus l’échéance fatale se rapproche, plus Julien hésite. Il n’est pas si facile de se résoudre à sa propre mort.
La nouvelle de son généreux sacrifice s’ébruite. L’entourage se ligue alors pour l’aider à accomplir le destin exemplaire qu’il s’est choisi : devenir « le Bienfaiteur », ce héros des temps modernes prêt à offrir sa vie pour sauver sa famille.


Extraits « Les garçons sympathiques font de bons amis, mais en tant qu’amants on est en droit de rêver mieux. »

 

« Certaines personnes se souviennent très longtemps, parfois leur vie durant, de la date à laquelle elles ont arrêté de fumer. Moi, celle que je n’oublierai jamais, c’est le jour où j’ai décidé de me donner la mort. »

Mon avis : Pour un premier roman, Gilles Gérardin a frappé fort, avec une histoire originale, qui détonne dans l’univers littéraire habituel.

Julien est au chômage. Du haut de ses quarante ans, et malgré son expérience professionnelle, il n’arrive pas à retrouver un emploi. Ayant été à son compte durant les dernières années, il n’a même pas le droit à l’allocation chômage. Il se retrouve, avec sa femme et ses deux filles, sans aucune ressource financière. Les factures à payer s’amoncellent et aucune rentrée d’argent n’arrive. Désespéré, Julien pense à se suicider, avant de se rendre compte que s’il arrivait à mourir accidentellement, il rendrait service à sa famille, qui toucherait l’argent des assurances suite à son décès. D’abord convaincu par son choix, il s’en ouvre à sa famille, qui se voit déjà couverte d’argent. Mais plus l’échéance approche et plus Julien hésite : la vie est quand même belle, ne vaudrait-elle pas le coût d’être vécue plus longtemps encore ? Mais son entourage va se liguer contre lui, pour lui faire prendre conscience de son geste salvateur et nécessaire.

Il n’y a pas à dire, des romans comme celui-ci, on n’en croise pas tous les jours ! Dans la même veine de roman à l’humour noir et macabre, j’ai le vague souvenir du roman de Jean Teulé, Le magasin des suicides, que j’avais lu il y a quelques années déjà, et que j’avais beaucoup aimé. Gilles Gérardin, tout comme Jean Teulé, désacralise la mort en la tournant en dérision.

Ne vous laissez pas avoir par votre premier impression et foncez découvrir cette histoire, qui ne vous laissera certainement pas indifférent. Malgré la thématique assez sombre, bonne humeur et fous rires sont au rendez-vous ! Le sujet est cocasse et les situations loufoques se succèdent : Julien qui choisit son cercueil, sa femme et ses filles qui le poussent à mourir, Guillaume Paulin, cet adolescent orphelin qui veut se faire adopter par la famille… tout est tiré par les cheveux, mais comme on dit : plus c’est gros et mieux ça passe !

Je me suis régalé de ces scènes si particulières et de ces personnages si différents de ceux que je croise d’habitude dans mes lectures. J’ai été agacé par certains d’entre eux – la femme de Julien,  m’a tout particulièrement irritée, avec son manque d’empathie et son égoïsme exubérant. Julien m’a lui-même énervé, par sa naïveté et sa trop grande soumission. Mais c’est, je pense, l’effet que recherchais l’auteur : se détourner des codes traditionnels des romans, casser les stéréotypes et les idées préconçues, emmener le lecteur dans ses retranchements, dans des chemins qu’il n’a encore jamais parcouru. Et avec moi, ça a fonctionné !

 


Un premier roman réussi, où l’humour noir et le cynisme offriront des francs éclats de rire aux lecteurs. Personne ne peut sortir indifférent de cette histoire !

Ma note : 8/10

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Égarer la tristesse


Égarer la tristesse de Marion McGuinness

295 pages, éditions Eyrolles, à 16€


Résumé : À 31 ans, Élise vit recluse dans son chagrin. Quelle idée saugrenue a eu son mari de mourir sans prévenir alors qu’elle était enceinte de leur premier enfant ?

Depuis ce jour, son fils est la seule chose qui la tient en vie, ou presque. Dans le quartier parisien où tout lui rappelle la présence de l’homme de sa vie, elle cultive sa solitude au gré de routines farouchement entretenues : les visites au cimetière le mardi, les promenades au square avec son petit garçon, les siestes partagées l’après-midi…

Pourtant, quand sa vieille voisine Manou lui tend les clés de sa maison sur la côte atlantique, Élise consent à y délocaliser sa tristesse. À Pornic, son appétit de solitude va vite se trouver contrarié : un colocataire inattendu s’invite à la villa, avec lequel la jeune femme est contrainte de cohabiter.


Extraits « Ça ne rend pas aveugle l’amour, ça rend idiot. »
« À quoi bon se laver si personne ne vous voit, à quoi bon manger si on a juste la force nécessaire, à quoi bon sortir quand on n’a envie de parler à personne ? Éliser s’était mise en veille – vivre lui coûtait trop cher et elle sentait bien qu’elle n’en avait pas les moyens. »

Mon avisÉgarer la tristesse, c’est l’histoire d’une mort aussi tragique que brutale. Celle d’un époux, d’un mari aimant, qui attendait de devenir papa. Depuis un an, Élise se morfond sur son sort et sur la perte de son époux. Sa seule consolation : la naissance de son fils, pour qui elle continue de vivre et de se lever chaque matin. Dans sa tristesse, Élise a rencontré Manou, sa vieille voisine du dessus à qui elle tient souvent compagnie. Mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que Manou, tel un ange gardien, va sauver Élise en la ramenant à la vie.

Certains aspects de cette histoire m’ont fait penser à un roman que j’ai lu en début d’année, qui s’intitule S’inventer une île, écrit par Alain Gillot. Dans ce dernier, c’est face à la mort brutale d’un petit garçon que notre protagoniste va sombrer dans une face de dépression dont il est difficile de se retirer. C’est grâce à une délocalisation de sa tristesse sur une île de Bretagne qu’elle va réussir à remonter la pente. Exactement ce que fait notre protagoniste Élise, qui va aller séjourner dans la maison familiale de Manou, à Pornic. Là-bas, accompagnée de son fils, elle va peu à peu réapprendre à profiter de la vie. C’était sans compter sur l’aide d’un charmant jeune homme, petit-fils de Manou, qui va l’aider à s’extraire de ses pensées noires.

J’ai beaucoup aimé le style d’écriture de l’auteure, franc, délicat, poétique, rempli d’émotions. Les tournures de phrases qu’elle utilise ne peut pas laisser les lecteurs indifférents.

La protagoniste, Élise, est également émouvante dans tout ce qu’elle recèle de fragilité. Attristée par la mort de son mari, elle reste forte et courageuse pour son fils, à qui elle dédie entièrement chaque seconde de sa vie, s’oubliant complètement. Elle a vécu des épreuves très compliquées, que je ne souhaite à personne de devoir vivre, et elle semble les avoir traversées seules. Très peu entourée, seulement d’une mère qu’elle exècre, cela prouve une nouvelle fois la vaillance de la jeune femme.

Par contre, j’ai beaucoup moins accroché au personnage de Clément, le petit-fils de Manou, et en particulier à sa manière empressée d’aborder Élise. Déjà, lorsqu’il rejoint la jeune femme dans la maison familiale, je doute qu’une personne censée accepte aimablement de séjourner avec un parfait inconnu. Les deux jeunes gens ont, semble-t-il, trouvé ça normal. Ensuite, l’histoire qui naîtra entre ces deux-là est un peu précipitée à mon goût, et trop peu vraisemblable. En tout cas, ce sont les sentiments de Clément à l’égard d’Élise que j’ai eu du mal à trouver réaliste, tant ceux-ci paraissent instantanément et irrémédiable… chose qui n’est que très peu courant dans la vraie vie, uniquement entraperçue dans de jolies romances.


Un roman poignant, qui parle du deuil et du chemin qui mène vers la reconstruction de soi.

Ma note : 7/10

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