Littérature américaine·Littérature jeunesse·Roman

Tortues à l’infini


Tortues à l’infini de John Green

340 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Aza Holmes, 16 ans, a tout pour être aimée et avoir un bel avenir, mais elle a grandi avec une pathologie psychique. Qui est-elle, où est-elle, lorsque la spirale vertigineuse de ses pensées obsessionnelles s’empare d’elle? Vous aimerez Aza, qui raconte sa propre histoire, vous aimerez sa meilleure amie Daisy la tornade, et vous aimerez Davis, fils d’un milliardaire mystérieusement disparu.
Un trio improbable qui va mener l’enquête, et trouver en chemin d’autres mystères et d’autres vérités…


Extraits  « J’aime être dehors la nuit. Ça me procure une drôle d’impression, comme le mal du pays mais sans être loin de chez soi. C’est plutôt agréable. »

« Lui : Et le truc, c’est que, quand on perd quelqu’un, on se rend compte qu’on finira par perdre tout le monde.
Moi : Très juste. Et une fois qu’on le sait, on ne peut jamais l’oublier. »


Mon avis : John Green nous a tous habitué à du grandiose, des torrents d’émotions, des personnages irremplaçables. Tant et si bien que dès qu’un nouveau John Green fait sa sortie dans les librairies, chacun l’achète les yeux fermés, sans vraiment lire le résumé. C’est un peu ce qu’il s’est passé pour moi : je n’ai jamais jeté un coup d’oeil sur la quatrième de couverture, je l’ai attaqué in extremis.

Ce roman raconte l’histoire de Aza, une jeune adolescente de 16 ans, qui souffre de pathologies psychiques, qui la font souffrir au quotidien. Persuadée qu’elle peut tomber malade à tout instant et mourir en quelques jours, Aza fait attention à tout et s’enferme dans un cercle vicieux où ses pensées obsessionnelles l’assaillent jour et nuit. Pour lui changer les idées, Daisy, sa meilleure amie, l’entraîne dans une enquête de disparition. Un milliardaire du coin vient de se volatiliser, et une importante récompense sera remise à la personne qui le retrouvera. Coup du hasard, Aza connaît Davis, le fils de ce milliardaire, qui a été un bon copain d’enfance. A trois, l’enquête va avancer plus vite et prendre des tournants inattendus.

J’avoue avoir été emballée dès le départ par cette idée d’enquête. Hélas, les chapitres avançant, force m’a été de constater que l’enquête commençait à passer en second plan, pour disparaître presque complètement au milieu du récit. La faute aux multiples angles par lesquels le récit est abordé, qui ont contribué à brouiller la ligne directrice de l’ouvrage et à la rendre moins intense que ce qu’il aurait fallu.

En parlant de ligne directrice, on peut percevoir le fil conducteur qui ressurgit dans chacun des ouvrages de John Green : une histoire d’amour exceptionnelle et particulière, qui arrive à émouvoir tous les lecteurs. Ici, Aza et Davis sont deux personnages qui ont été meurtris par la vie, et qui, grâce à çà arrivent à se comprendre, à s’apprécier et se compléter.

La véritable force de John Green, c’est qu’il arrive à toucher tous les lecteurs. Dans cet ouvrage, par exemple, il y dépeint des personnages avec des caractères et personnalités différentes, ayant chacun des problèmes différents, qui touchent différentes cibles. Davis, malgré sa richesse matérielle, souffre d’un manque de repère familial et principalement paternel dans sa vie, et se retrouve isolé et seul avec son jeune frère. Aza souffre de troubles psychologues qui la hantent et la suivent quotidiennement dans sa vie, la restreignant quotidiennement et l’empêchant de profiter au maximum de chaque instant. Quant à Daisy, elle cache son manque de moyens matériels, pour ne pas montrer aux autres ses conditions de vie. Autant de sujets graves et profonds, que l’auteur arrive à emmener avec douceur et légèreté pour toucher un maximum de personnes.

Bien que Tortues à l’infini soit un roman destiné aux adolescents, j’ai l’impression que l’histoire demande quand même une certaine réflexion. En effet, l’auteur nous pousse à nous interroger sur certaines choses, notamment à travers la pathologie de Aza. On se questionne sur l’immensité, sur l’infini, sur le microcosme… Aza est souvent plongée dans ses pensées, et c’est justement ces temps de réflexions qui nous permettent de nous interroger nous-mêmes. Hélas, je n’ai pas totalement adhéré à ces temps de questionnements, que j’ai trouvé trop abstraits et déconnectés de l’histoire.


Je suis  assez mitigée quant à cette histoire, puisqu’elle est admirablement écrite, mais ne contient pas de finalité. J’ai aimé la découvrir, mais n’ai pas compris où l’auteur voulait en venir.

Ma note : 6/10

Littérature allemande·Roman·Seconde guerre mondiale

28 jours


28 jours de David Safier

412 pages, éditions Presses de la cité, à 21,50€


Résumé : Mira, seize ans, passe de la nourriture en fraude pour survivre dans le ghetto. Lorsqu’elle apprend que toute la population juive est condamnée, elle décide de rejoindre les combattants de la Résistance. Aux côtés de Daniel, Ben, Amos, et tous ces jeunes gens assoiffés de vivre, elle tiendra longtemps tête aux SS, bien plus longtemps que quiconque aurait pu l’imaginer. En tout, 28 jours. 28 jours pendant lesquels Mira connaîtra des moments de trahison, de détresse et de bonheur. 28 jours pendant lesquels elle devra décider à qui appartient son coeur. 28 jours pour vivre toute une vie. 28 jours pour écrire son histoire.
Fils de déportés juifs, David Safier revient sur la pire tragédie du xxe siècle en mêlant la petite à la grande histoire. Si l’auteur de comédies désopilantes a changé de registre, il n’a rien perdu de son ambition : confronter le lecteur aux grands questionnements de l’existence en l’arrachant au confort de son quotidien. Avec ce roman d’initiation bouleversant et humaniste, basé sur des événements authentiques, c’est chose faite.


Extraits  « Elle voulait chasser la cendre de son corps, mais elle avait beau tousser, elle n’y parvenait pas. Parce que les morts n’étaient pas dans ses poumons, ils étaient dans sa tête. Pour toujours. »

« Oui, nous avions compris. Mon père savait maintenant qu’on ne pouvait se fier à aucune règle décidée par les Allemands. Saluer, ne pas saluer, c’était pareil, la règle était toujours fixée de façon à leur permettre de nous tourmenter. »


Mon avis : Je tenais à remercier Babelio de m’avoir permis de remporter ce titre lors d’une édition Masse Critique. Grâce à eux, j’ai pu me plonger, le temps de quelques jours, dans une histoire aussi intense qu’atroce.

Retour dans les années 1942, où la guerre fait rage et le monde se déchire. Mira, une jeune adolescente de 16 ans, est condamnée à l’enfermement dans le ghetto de Varsovie. Elle est accompagnée de sa petite soeur Hannah, et de sa maman, qui a légèrement perdue la raison. Pour pouvoir sauver sa famille d’une condamnation certaine aux camps de la mort, Mira décide de rejoindre la Résistance. Elle va faire la rencontre de jeunes tout aussi téméraires qu’elle, et tous vont se battre contre les SS pour sauver leur peau et celle de leur peuple.

Mira, notre protagoniste, est exceptionnelle, tant dans sa façon d’être que dans sa façon de penser et de voir la vie. Elle se montre courageuse, vaillante et pleine de fougue. C’est un bout de jeune femme à part entière, qui est un véritable exemple de persévérance, de ténacité mais surtout de loyauté. Elle est prête à sacrifier sa vie pour celle des personnes qu’elle aime et ça, c’est quelque chose de très fort. J’ai beaucoup de respect pour cette jeune fille, à la fois solide combattante et fragile petite fille.

Durant 28 jours, Mira va se battre aux côtés des jeunes de la Résistance, avant de retrouver la liberté. 28 jours, cela paraît court à nos yeux, mais se révèle horriblement long pour ces jeunes, qui se battent sans relâche, sans cesse sur le qui-vive et qui n’ont aucune certitude de se réveiller vivant un jour de plus. Dans ce ghetto de Varsovie, tout n’est que chaos : les SS attrapent tous les juifs pour les emmener dans les trains, qui les déporteront dans les chambres à gaz. Pour arriver à leurs fins, ils usent de stratagèmes tous plus affreux les uns que les autres : ils brûlent les maisons pour contraindre les juifs à se rendre, ils abusent du mensonge mais surtout de leurs armes.

Ghetto de Varsovie, 1944. Les SS détruisent les habitations pour contraindre les juifs à se rendre. Ghetto de Varsovie, 1944.
Les SS détruisent les habitations pour contraindre les juifs à se rendre.

David Safier arrive à nous faire pénétrer dans le ghetto, en nous décrivant avec réalisme les lieux et l’atmosphère étouffante qui s’en dégage. Je peux vous affirmer que c’est une véritable expérience de vie : j’ai eu l’impression d’être aux côtés de ces jeunes, à me battre moi aussi pour ma survie. C’est quelque chose d’intense et à la fois de très émouvant. Sans rien vous cacher, mais surtout pour ne pas surprendre les personnes à l’âme sensible, sachez que vous croiserez beaucoup de morts durant votre lecture. Des personnes mortes pour rien, à cause du desiderata d’un tyran sans coeur.


28 jours, c’est une lecture dynamique, intense, et très émouvante. David Safier nous plonge dans les affres de la Seconde guerre mondiale, aux côtés de jeunes, engagés dans la Résistance pour la survie de leur peuple. Et vous, quelle sorte d’être humain auriez-vous été ? 

Ma note : 9/10

 

Littérature française·Roman·Romance

Aux Livres Exquis


Aux Livres Exquis de Fanny Vandermeersch

177 pages, éditions Charleston, à 18€


Résumé : Chloé n’aime pas la routine. Mère d’un enfant, mariée à un homme qu’elle ne voit jamais, elle refuse de rester la gentille femme au foyer qui attend son mari. Quand elle lit dans le journal qu’un café littéraire, Aux Livres Exquis, cherche une serveuse en CDD, c’est le rêve. Or, si elle s’entend à merveille avec le comptable, les débuts sont difficiles avec le patron, David. Et quand elle découvre son portrait dessiné à plusieurs reprises dans le carnet d’une cliente mystérieuse qui s’est volatilisée, elle comprend qu’elle arrive à un tournant de sa vie.
Entre muffins brûlés, énigmes, crises de larmes, de rire, voyage au Maroc, révélations sur le décès de sa mère et découverte de ses origines, la vie de Chloé ne sera plus la même.


Mon avisSi vous avez regardé la couverture du livre, vous avez sans doute remarqué le bandeau rouge qui orne sa partie inférieure, à savoir « Le roman feel good idéal pour les amoureux des livres« . Ni une ni deux, en tant que littéraire et lectrice aguerrie, je me suis jeté dessus. Surprenant ?

Aux Livres Exquis raconte l’histoire de Chloé, jeune maman attentionnée et femme d’un homme qu’elle ne voit presque plus. Fatiguée de rester toute la journée à la maison à ne rien faire, Chloé déniche un CDD dans le café littéraire Aux Livres Exquis, en tant que serveuse. Si les débuts avec David, son patron s’avèrent difficiles, leur relation va évoluer rapidement et prendre un tournant inattendu. En effet, lorsqu’ils retrouvent dans le café un carnet abandonné avec le portrait de Chloé dessiné à plusieurs reprises, ils comprennent qu’ils font face à un mystère à percer. Secrets, amours, muffins et cafés vont se mêler pour nous donner une jolie histoire à découvrir.

L’histoire est sympathique à découvrir et se lit très rapidement. Malheureusement, j’ai trouvé le récit assez prévisible, avec une trame assez classique, qui reprend le fil conducteur que chaque romance proposent, à savoir : des problèmes conjugaux, une nouvelle histoire d’amour, une intrigue familiale, des amitiés qui se créent, etc.

La seule valeur-ajoutée qui aurait pu différencier ce livre des autres, c’est le café littéraire Aux Livres Exquis. L’idée d’insérer un tel café est très bonne, mais n’a, malheureusement, pas assez été exploité. En effet, le cadre se met en place, puis le café reste l’arrière-plan du récit, alors qu’il aurait dû être la chose qui distingue cette histoire des autres. En l’occurence, le bandeau rouge de la couverture est mensonger, puisque la thématique du livre et de la littérature n’est pas approfondie au delà de la présence du café littéraire.

L’histoire n’en reste pas moins bonne, douce et lumineuse, avec une protagoniste attachante, tant dans sa façon d’être que dans sa façon de faire face à la vie. Je l’ai trouvé courageuse et battante, mais un peu trop naïve par moments.


Un récit rapide à lire, qui aurait mérité une plus grande originalité narrative. L’idée du café-littéraire n’a pas été assez développée, au détriment de sujets communs à toutes les romances. Sympa à lire sur le moment, mais vite oublié. 

Ma note : 5/10

 

Littérature française·Roman

Trois personnes en forme de poire


Trois personnes en forme de poire de Suzanne Azmayesh

219 pages, éditions L’âge d’homme, à 18€


Résumé : Trois destins de femmes, se croisent se mêlent s’entremêlent.
La première, Madeleine actrice torturée, cocaïnomane, dépressive et seule tente de renouer avec le succès que son premier film lui a amené. Puis Emeline écrivaine en herbe, obsessionnelle et désabusée par sa vie, elle quitte son emploi dans un cabinet conseils pour se consacrer à l’écriture d’un roman, espérant le succès. Et enfin Victoria, la bobo écolo, en couple avec le même garçon depuis le lycée, aspire à partir travailler dans l’humanitaire, pour remplir sa vie.
Il y a aussi Theo Nadea acteur prometteur de  » Cours toujours « , partenaire de Madeleine, obsession d’Emeline et le petit ami de Victoria.
Toutes trois rêvent d’un succès qui n’est pas au rendez-vous. Dans le tourbillon de la vie parisienne, leurs destins s’entrelacent autour de Theo Nadea, au sein du monde factice où elles évoluent. D’un désenchantement à l’autre, entre souffrance et espoir, leurs existences vacillent, basculent.


Extraits :  « Une femme jolie, qui se pense jolie et attache de l’importance à cette joliesse, vieillira avec un poids sur les épaules. Il n’y a rien de pire que de voir décliner et dépérir un attribut auquel on attache une si grande valeur. »

« Le point commun des artistes est sans doute là : dans une perpétuelle course contre la mort, pressés d’accomplir une oeuvre avant qu’il ne soit trop tard. »


Mon avisLe titre et la couverture énigmatiques, alliés à un résumé alléchant : il ne m’en fallait pas plus pour être tentée de découvrir cet ouvrage. Un grand merci à l’auteure, Suzanne Azmayesh, de m’avoir proposé son titre en lecture.

Quatre destins vont se mêler, s’emmêler et s’entremêler. Trois femmes et un homme. Théo Nadea est un acteur célèbre et reconnu. Beau garçon, il est le fantasme de nombreuses femmes. Mais son coeur est prit depuis quelques années, puisqu’il partage sa vie avec Victoria, sa compagne de l’ombre. Victoria souhaiterait se construire par elle-même et arrêter d’être sans arrêt caractérisée comme « la petite amie de Theo Nadea ». D’un autre côté, nous avons Madeleine, actrice également, qui a partagé l’affiche avec Theo. Malheureusement pour elle, le manque de rôle principal l’a fait tomber dans les affres de la drogue. Un soir de débauche, Madeleine va faire la rencontre de Emeline, une jeune écrivaine qui fantasme depuis longtemps sur Théo. Madeleine va faire en sorte de réaliser le rêve de Emeline et de programmer une rencontre entre elle et Théo.

J’ai tardé à écrire mon ressenti sur ce roman, puisque je suis assez embêté : je n’ai ni bien aimé, ni pas aimé. Je suis resté en-dehors de l’histoire, je n’ai rien ressenti de particulier à la lire. D’autant plus qu’aucun des personnages ne m’a touché. L’auteure alterne les points de vue dans la narration : un chapitre est tantôt dédié à Théo, tantôt à Madeleine, ou Emeline… Personnellement, je n’aime pas trop ce type de construction narrative, puisque cela coupe l’histoire et ne permet pas une totale incursion des lecteurs dans l’histoire personnelle de chacun. Mais ce n’est pas le seul bémol qui a gêné mon attachement aux personnages : j’ai trouvé que leurs caractéristiques n’étaient pas pas assez consistantes et qu’il aurait fallu approfondir un peu plus chacune de leurs personnalités.

C’est vrai que j’en ressors un peu déçue. L’histoire est agréable à lire et se lit d’ailleurs très rapidement. Le problème, c’est qu’elle est assez quelconque et s’évapore très vite de l’esprit des lecteurs. La preuve : deux semaines seulement après avoir fermé la dernière page de ce livre, il ne me reste plus qu’un vague souvenir de toute l’histoire. Et toujours une question qui reste sans réponse : je n’ai pas réussi à comprendre le sens caché du titre…


Une histoire agréable à lire pour passer le temps, mais qui manque clairement de consistance. 

Ma note : 4,5/10
Littérature française·Roman

Une fois dans ma vie


Une fois dans ma vie de Gilles Legardinier

418 pages, éditions Flammarion, à 19,90€


Résumé : Trois femmes, trois âges, trois amies que les hasards de la vie et les épreuves ont rapprochées dans un lieu comme aucun autre. Trois façons d’aimer, dont aucune ne semble conduire au bonheur. Séparément, elles sont perdues. Ensemble, elles ont une chance. Au milieu des hommes, cramponnées à leurs espoirs face aux coups du sort, avec tous les moyens et l’imagination débordante dont elles disposent, elles vont tenter le tout pour le tout. Personne ne dit que ça ne fera pas de dégâts…


Extraits :  « Toi aussi, tu fais ce genre de songes ? Moi, une fois, j’étais un chausse-pied dans un magasin de tongs. Je ne servais à rien du tout. La lose totale ! J’ai pleuré, mais pleuré…« 

« Tu crois vraiment que ça se passe comme ça ? Tu penses réellement qu’un jour on est casée et que l’on n’a plus rien à craindre ? Demande donc à Céline… Le plus dur, jeune fille, n’est pas de commencer, mais de durer. Trouver le garçon n’est que le premier problème ; la véritable aventure, c’est faire le chemin ensemble, avec tout ce que la vie te met en travers de la route et du coeur. »


Mon avis : Est-ce qu’une fois dans votre vie, vous vous êtes déjà demandé quel était votre rôle sur cette terre ? Eugénie, gardienne d’un théâtre, se le demande chaque jour. Avec son mari Victor, ils ont quitté leur vie passée pour s’installer au théâtre, et sont devenus les nouveaux gardiens des lieux. Grâce à ce tournant dans leur vie, ils ont pu rencontrer des gens extraordinaires ; Juliette, la chorégraphe, Céline, la costumière, et tout pleins d’autres petites mains, qui s’activent pour faire vivre le théâtre et sont devenus, au fil du temps, de vrais amis. Malheureusement, leur entrain quotidien ne suffit pas, et la fréquentation baisse continuellement. Alors qu’ils sont au bord de la fermeture, ils doivent trouver une solution pour ne pas voir le théâtre se fermer. En plus de cette problématique générale, chacun doit faire face à des problèmes personnels plus ou moins graves ; Eugénie n’a plus goût à la vie ; Céline est au bord de la banqueroute et Juliette a peur des sentiments amoureux.

Cela faisait maintenant plusieurs années que je n’avais pas lu un roman de Gilles Legardinier. Ma dernière rencontre avec cet auteur datait quand même de 2013, avec Et soudain tout change, alors qu’il publie des nouveaux romans presque chaque année. J’étais donc impatiente de redécouvrir cet auteur qui m’avait tellement plût dans le passé.

Cette fois-ci, Gilles Legardinier nous embarque dans les couloirs d’un théâtre, entre les répétitions, et les représentations hebdomadaires. Ce théâtre est un lieu de rencontres et d’échanges où chacun s’y sent bien. Le lecteur y trouve d’ailleurs très rapidement sa place ; tantôt entre les sièges des spectateurs, tantôt aux côtés des artistes. Et ce n’est pas sans raison : en effet, l’auteur arrive à retranscrire parfaitement les émotions humaines. En somme, c’est un peu le théâtre de la vie qu’il écrit.

C’est grâce à des personnages un peu quelconque, un peu comme nous, que l’attachement paraît. J’ai tantôt eu envie de réconforter Eugénie, de l’engueuler, ou même de la féliciter. Pareil avec Céline et Juliette. C’est un magnifique éventail de sentiments que nous livre Gilles Legardinier. Entre amour, amitié, comédie, joies et pleurs, le lecteur n’a pas un instant de répit et passe d’une extrémité à l’autre sans temps mort. En effet, au théâtre comme entre les lignes, les émotions transmises sont décuplées, et nous les ressentons avec intensité. Je m’étais tellement imprégnée de l’histoire, qu’en fermant ce livre, je n’ai eu qu’une envie : aller au théâtre (véridique) !


Vous souhaitez assister à la grande représentation menée par Gilles Legardinier, ressentir intensément la scène jouée et vous attacher aux acteurs ? N’attendez plus : le théâtre de la vie, lui, n’attend personne. 

Ma note : 7/10
Roman

Système


Système de Agnès Michaux

289 pages, éditions Belfond, à 18€


Résumé : Pour Marisa et Paul Dumézil, le passé est irrémédiable, le présent difficile, quant au futur… Il se présente à eux le jour où l’homme qui avait été condamné pour le meurtre, trente ans plus tôt, de leur mère Éva sort de prison. Tandis que cette vieille histoire avec laquelle ils s’étaient construits malgré eux ressurgit parce que la justice des hommes a atteint sa limite de temps, les enfants d’Éva se demandent ce qu’ils sont devenus. Et que vont-ils devenir à présent que l’assassin de leur mère a payé pour ce crime ? Plusieurs options s’offrent à eux. Tandis que Paul semble prêt à passer à l’acte, Marisa pourrait bien préférer basculer dans la folie. Dans cette histoire, il y a de l’amour, des fantômes, un frère, une sœur et un détective privé.

Dans cette histoire, il y a la France, l’Indochine, l’Afrique, le Nil, la chaleur et la pluie, Djibouti, l’aventure. Dans cette histoire, il y a les enfants d’Éva et nous tous, qui voulons mener notre vie, malgré le « système » et ses défaillances…


Extraits :  « L’enfance, c’était l’éternité, l’époque des années scolaires interminables, c’était même à ça que les adultes reconnaissaient l’enfance, c’était cela qu’ils trouvaient merveilleux et regrettaient quand, l’âge avançant, tout s’accélérait et que le temps qui restait à vivre ne semblait plus qu’un maigre calendrier. Quinze ans, à sept ans, c’était le bout du monde.« 

« Une idée curieuse le traversa : le corps aussi était un sac de voyage. Un putain de sac pour le foutu voyage de la vie, et dieu sait qu’on pouvait y fourrer des trucs encombrants et inutiles. »


Mon avisC’est souvent compliqué de parler d’un livre que l’on a pas aimé. On se sent presque obligé d’argumenter pour faire savoir ce qui nous a chagriné dans l’histoire. Mais alors parler d’un livre que l’on a pas compris, je pense que c’est encore plus complexe. De fait, ne pas le comprendre revient à ne pas l’aimer, puisque nous n’avons pas aimé le fait de ne pas le comprendre ; ce qui complique encore la chose.

Le résume de Système était pourtant alléchant, et simple à comprendre. C’est l’histoire d’un frère et d’une soeur, qui ont perdu leur mère, assassinée, alors qu’ils n’étaient encore que des enfants. Des années plus tard, c’est à leur père de rejoindre le royaume des cieux. Comble de malchance, presque simultanément, l’assassin de leur mère sort de prison. Les deux enfants, toujours en colère d’avoir été privé d’enfance et de mère, couvent un désir de vengeance qui ne cesse de grandir. Cette trame principale est bien expliquée dans les premières pages ; mais c’est après que tout se gâte.

En effet, j’ai eu la désagréable impression de lire une histoire qui contenait des contours, mais pas de remplissage. C’est-à-dire que la trame principale du récit qui a été posée au début du roman constitue ce que je nomme le contour de l’histoire. Quant à l’intrigue ou à l’histoire elle-même, qui doit suivre cette trame identifiée, que j’ai appelé « remplissage », je l’ai trouvée totalement vide de sens. Les deux protagonistes emplissent l’espace et passent leur temps à se questionner en refaisant le monde, sans jamais rien apporté de solide à l’histoire. Et c’est justement ce solide qui a fait défaut dans Système. Tout n’est que narrations embrouillées et belles phrases stylisées, lassitude et désespoir.


Ce livre m’a littéralement assommé. J’ai été fatiguée de ne rien comprendre à l’étrange narration, excédée de ne pas parvenir à entrer dans l’histoire, puis totalement lassée d’essayer de décoder un récit si abstraite. 

 

Ma note : 3/10
Littérature française·Roman

L’aube sera grandiose


L’aube sera grandiose de Anne-Laure Bondoux

295 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Titiana emmène sa fille Nine, 16 ans, dans une mystérieuse cabane au bord d’un lac afin de lui révéler des secrets sur sa vie. Durant toute la nuit, cette dernière écoute, suspendue à ses lèvres, l’histoire de sa famille, ses aventures et ses péripéties parfois drôles et parfois tragiques.


Extraits :  « Toutes les mères de l’univers ont sans doute une vie secrète, des activités à elles, des amis ou des collègues dont elles ne parlent jamais, des rêves enfouis, des soucis qu’elles dissimulent. Des amants, parfois.« 

« Est-ce qu’on peut à la fois porter plainte et se laisser consoler par la même personne ? »


Mon avisIl y a quelques années déjà, Anne-Laure Bondoux m’avait subjugué avec son roman Tant que nous sommes vivants. Grâce à ce livre, qui avait été un coup de coeur, je gardais de cette auteure une image très positive. Du coup, lorsque j’ai appris qu’elle allait faire paraître un nouveau récit, j’étais à la fois excitée de le découvrir, mais aussi freinée, par peur d’être déçue que le contenu ne soit pas à la hauteur de son précédent ouvrage.

Autant vous le dire tout de suite : L’aube sera grandiose n’a rien à voir avec Tant que nous sommes vivants. L’histoire se scinde en deux temporalités distinctes : passé et présent. Dans le présent, Titiana emmène sa fille de 16 ans dans une mystérieuse cabane reculée au bord d’un lac, et se met à lui raconter toute son histoire. Une histoire de famille secrète, qu’elle lui a cachée depuis bien longtemps. C’est là que le lecteur est transporté dans le passé, le passé de Titiana, qu’elle tente d’expliquer à sa fille. Sa fille Nine va ainsi découvrir que sa mère lui a caché l’intégralité de son histoire : Nine a une grand-mère ainsi que deux oncles, qu’elle va bientôt découvrir.

Le lecteur s’immisce directement au coeur de cette famille et de ses secrets les plus intimes. Le lieu que choisit Titiana pour raconter son histoire à  sa fille (une petite cabane isolée au bord d’un lac un soir d’hiver) donne une atmosphère cosy au récit : du coup, on se sent instantanément bien aux côtés de ces deux femmes.

J’ai trouvé cette histoire familiale touchante. L’amour qui se dégage des différents membres de la famille m’a émue. L’amour de Titiana envers ses frères ; pour sa mère ; pour sa fille, aussi. Les liens qui les unissent sont très forts, et cela se fait ressentir.

Mon seul regret va au fait que le récit est bien trop court. Une fois que le cadre est posé, que tous les personnages sont connus, et qu’on sait qu’ils vont tous se réunir pour se retrouver à la fin du récit, on a envie de continuer à les suivre. Hélas, l’histoire se termine trop tôt. Point de retrouvailles, point de rencontre directe entre tous les membres de cette famille. D’où une certaine frustration, lorsque l’histoire se coupe brutalement…


L’aube sera grandiose est un magnifique voyage à travers le temps et les secrets familiaux. C’est un récit poétique et émouvant, que j’ai prit beaucoup de plaisir à découvrir. 

Ma note : 7,5/10