Le vol de l’autruche


Le vol de l’autruche de Crysten Sullivan

357 pages, éditions Carnets Nord, à 16€


Résumé : Maggie, jeune fille de vingt-trois ans, est obèse. D’origine américaine, elle est installée à Paris depuis quelques années. Un jour, Maggie est embauchée dans une entreprise qui veut faire d’elle l’égérie des employés pour sa prochaine campagne de communication sur le bien-être au travail. Petit à petit, au gré des rencontres qu’elle fait, Maggie va se transformer et s’épanouir.

Il y a d’abord Louis-Valentin, le jeune médecin de la boîte, qui apprécie ses rondeurs et l’invite à sortir avec elle. Il y a ensuite Leïla, sa collègue, qui lui coud des vêtements à la mode parfaitement adaptés à sa silhouette. Il y a enfin, « Bouddha », atteint d’une maladie orpheline, qui partage avec elle de gigantesques repas et s’occupe d’un forum internet dédié aux personnes en surpoids. Maggie « l’autruche », complexée, inhibée et mal dans sa peau, va progressivement découvrir ses atouts et prendre son envol, à mesure qu’elle devient une icône.


Extraits « La vie, c’est peut-être aussi taire ses envies de passion pour cueillir son besoin de raison. »
« Je sais qu’il me ment non pas parce qu’il aime le mensonge, mais parce que mentir est la seule solution qu’il ait à sa disposition pour continuer à faire semblant de vivre.« 

Mon avis : Quel bonheur de lire un tel récit !

Margaret – Maggie, pour les intimes -, est une jeune américaine de vingt-trois ans, installée à Paris, qui souffre d’obésité. Quotidiennement, elle doit faire face aux regards et aux réflexions des autres sur son poids. Un beau jour, Maggie est embauchée chez Digitales Natives, un groupe international, pour un poste bien particulier : celui d’assistante juriste… et d’égérie du bien-être au travail ! Ce nouveau poste, quoique surprenant, va littéralement changer la vie de Maggie. Elle va s’ouvrir aux autres, s’épanouir professionnellement et personnellement et surtout s’accepter enfin telle qu’elle est.

Le vol de l’autruche est un roman qui se construit comme un témoignage, puisque Maggie s’adresse directement à nous, lecteurs, pour nous raconter son histoire. J’ai beaucoup aimé l’humour employé tout au long du livre, qui donne bien plus de légèreté aux sujets abordés.

L’obésité, les normes physiques imposées par la société, ainsi que le regard des autres, sont autant de thématiques qui sont très souvent abordées dans les romans, puisqu’ils constituent le quotidien de bon nombre de personnes. Ici, Crysten Sullivan aborde ces sujets par un angle nouveau, puisqu’on se place directement dans la peau de la protagoniste, et on ressent intensément toutes les souffrances et difficultés qu’elle vit au quotidien.

On s’attache très facilement au personnage de Maggie, qui est une jeune femme simple dans sa façon d’être, une bonne vivante, qui malgré ce qu’elle peut en penser, aime la vie et essaie d’en profiter à son maximum. Les amis et connaissances de Maggie sont tout autant attachants : Bouddha, son ami obèse rencontré il y a quelques années sur un forum dédié aux personnes en surpoids ; Louis-Valentin, le médecin de l’entreprise DN, de qui Maggie va s’éprendre ; mais aussi Leïla, sa nouvelle collègue de travail, en surpoids également, mais qui s’assume pleinement, ou Jason, ce Don Juan gay, qui aime s’amuse et sortir. Chacune de ces personnes vont jouer un rôle prédominant dans le changement psychologique que va mener Maggie. À leur façon, ils vont être acteurs de l’épanouissement de la jeune femme et de son changement de regard sur le monde.


Un roman optimiste qui fait du bien. Le Vol de l’autruche est empreint d’humanité et fait passer de très beaux messages de tolérance à travers un personnage touchant par sa sensibilité et son humour décadent ! 

Ma note : 8,5/10

Pour lire plus d’avis

 

Publicités

Afin que naisse le jour


Afin que naisse le jour de  Anne Leclaire

351 pages, éditions France Loisirs


Résumé : Dans une Amérique rurale, l’histoire poignante et inoubliable d’une amitié inattendue entre deux femmes que tout oppose.
À vingt ans, Opal a déjà commis quelques erreurs de parcours mais elle ne regrette rien. Ni d’avoir mis au monde son petit Zack, ni de s’être enfuie avec lui loin de Billy, le père de l’enfant, et de Melva, sa propre mère, qui tous deux lui menaient la vie dure. Opal croit aux signes et en sa bonne étoile. Elle part donc à l’aventure et décide, sur un simple coup de tête, de s’installer dans une bourgade perdue. L’arrivée soudaine de cette jeune femme fantasque et désinvolte ne manque pas d’intriguer, voire de déranger. Surtout Rose, sa voisine, une femme réservée, inconsolable depuis la perte de son seul enfant. Rose s’est fermée au monde et son amertume laisse Ned, son époux, parfois désemparé. Mais la présence tonique d’Opal lui redonne peu à peu goût à la vie tandis que naît entre elles un lien à la mesure des épreuves qu’elles devront affronter…


Extraits « Personne ne dit jamais qu’avoir un enfant, c’est comme avoir son coeur qui se balade en dehors de son corps, et qui se cogne partout. »
« Déchiffrer les signes, c’est comme écouter de la musique. Ils sont toujours là, il suffit de se régler sur la bonne fréquence.« 

Mon avis : Je me décidé à sortir ce roman de ma Pile À Lire, où il demeurait terré depuis bien longtemps maintenant.

Afin que naisse le jour, c’est l’histoire d’Opal, une jeune maman célibataire, qui part à l’aventure et s’installe dans un petit village nommé Normal. L’arrivée de la jeune femme et sa situation personnelle et professionnelle dérange la tranquillité du village, et les ragots vont bon train sur son dos. Comme les autres habitants, Rose, sa voisine d’en face, est curieuse de découvrir qui est cette jeune femme qui fait tant parler d’elle. Alors que rien ne prédestinait les deux femmes à s’entendre, Rose, femme introvertie et surtout inconsolable suite à la perte de son enfant unique, et Opal, maman audacieuse et aventurière, vont pourtant lier amitié.

J’ai beaucoup aimé la force de caractère d’Opal, cette jeune femme délaissée par ses parents, sans accroches affective, qui prouve qu’une femme peut être autonome et indépendante. Elle se bat pour apporter le meilleur à son fils, et l’amour qui transparaît de leur relation est attendrissant. Le personnage de Rose m’a également fait de la peine. Depuis la mort de son fils adolescent, Rose a perdue goût à la vie. Elle a complètement changée, elle ne sort plus, ne sourit plus, ne travaille plus… sa vie a perdue tout intérêt, et c’en est assez triste à voir.

Opal et Rose vont lier amitié et se soutenir dans les moments difficiles vécus par l’une et l’autre. Le lien qui les unit est pudique, mais sincère. Malgré leurs différences, elles arrivent à se comprendre, et souvent sans un mot : c’est là la vraie magie de l’amitié.

L’histoire est simple, si vous cherchez du spectaculaire, de l’inattendu ou de l’original, passez votre chemin, ce livre n’est pas pour vous. Mais souvent, la simplicité a aussi ses bons côtés : j’ai passé un très bon moment de lecture, qui m’a permis de me détendre.


Un roman léger et agréable à lire sur une amitié étonnante et attendrissante entre deux femmes que tout oppose. 

Ma note : 6,5/10

Pour lire plus d’avis

 

Reviens quand tu veux


Reviens quand tu veux de Mélanie Taquet

297 pages, éditions Eyrolles, à 16€


Résumé : C’est avec appréhension que Nina retourne en Italie à l’occasion du mariage de son meilleur ami Marco. Trois ans plus tôt, une fuite éperdue l’avait conduite à Florence où elle s’était oubliée pour mieux se retrouver. Ce séjour cathartique avait réconcilié Nina avec son rôle de mère, au prix de ruptures qui lui avaient laissé un goût amer. En revenant sur ses pas, Nina espère obtenir le pardon des êtres qu’elle a blessés et poursuivre sa quête identitaire. Au contact de la jeune femme, les souvenirs se ravivent, les anciennes passions se réveillent, les non-dits se révèlent. Alors que les certitudes des uns et des autres chancellent, les chemins qu’on pensait tout tracés prennent un cours imprévu.


Extraits « Ce qui compte ce n’est pas de rêver sa vie, c’est d’apprendre à aimer celle qu’on a. »
« Être parent, c’est avancer à tâtons en tenant un cap incertain ; c’est abandonner l’idée de perfection et apprendre à accepter qu’on fait de notre mieux.« 

Mon avis : L’histoire aurait pu être belle et joyeuse, comme le prédit la couverture, avec ces deux jeunes femmes souriantes et pleine de vie. Je ne dis pas qu’elle ne l’est pas, mais la vie est parfois semée d’embûches, et rares sont les personnes qui la traversent sans encombres.

Après sa fuite de Florence trois ans plus tôt, Nina retourne en Italie pour célébrer le mariage de son vieil ami Marco. Celui-ci se marie avec Gisella, une de ses amies d’enfance. Mais Nina va très vite s’apercevoir que les histoires du passé ne sont peut-être pas toutes terminées. Alors qu’elle cherche à se racheter auprès de Hannah, une amie qu’elle a blessé dans le passé, les non-dits, les passions refoulées et les amours déchus se révèlent au grand jour. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, et nos protagonistes vont en faire les frais.

Reviens quand tu veux est empli d’amour, passionnel, fusionnel, amical, déchu, contraint… Mélanie Taquet nous narre des instants de vie, plus ou moins douloureux, des questionnements et doutes plus ou moins compliqués à résoudre. Marco va se marier avec Gisella, mais il semble n’avoir d’yeux que pour Hannah, son amour déchu. Va-t-il suivre son instinct ou sa raison ? Nina cherche à vivre pleinement sa vie. Alors qu’elle convie sa nouvelle compagne à la cérémonie de mariage de Marco, elle retrouve Simone, son ancien amant, et tous ses doutes volent en éclats. Comme on le dit si bien : les sentiments ne se contrôlent pas, pas plus qu’ils ne s’expliquent.

Le rythme du récit est effréné, les révélations se succèdent, il n’y a eu aucun temps mort, pour mon plus grand plaisir. Malgré le sérieux du récit, les questions et doutes existentiels que soulèvent les personnages, j’ai dévoré avec avidité cette lecture, que j’aie trouvé pleine de légèreté, idéale pour cette saison printanière.

Nous suivons plusieurs histoires en une, puisque chacun des personnages a sa propre histoire à raconter. Tous sont différents, mais s’accordent à merveille : ils forment un groupe hétéroclite mais soudé, et dégagent un je-ne-sais-quoi qui m’a fait me sentir comme un membre à part entière de leur bande d’amis.

Apparemment, Reviens quand tu veux est la suite de Reste aussi longtemps que tu voudras (que je n’ai absolument pas lu). Ces deux romans peuvent donc se lire séparément, mais si je l’avais su plus tôt, j’aurais sans doute commencer par lire le premier. En sachant que deux tomes sont déjà parus, pourquoi pas espérer une suite à ces formidables aventures italiennes ?


Une balade italienne joyeuse et mouvementée, aux côtés d’une bande d’amis et d’amoureux qui n’ont pas fini de vous en faire voir de toutes les couleurs.  Agréable et moderne : je recommande !

Ma note : 7,5/10

Pour lire plus d’avis

 

Un métro pour Samarra


Un métro pour Samarra de Isabelle de Lassence

333 pages, éditions Marabout, à 19,90€


Résumé : Swann Delva étudie la philosophie à la Sorbonne. Le jeune homme, qui s’imagine devenir un penseur en vogue, est contraint de travailler à la RATP pour financer ses études. Tandis qu’il fait ses premiers pas au guichet, il découvre la vie souterraine et consigne ses pensées dans un petit carnet. Son chef, pour l’impressionner, lui fait visiter les stations fantômes du réseau parisien et Swann se prend de passion pour ces lieux désaffectés et plus particulièrement pour la station Haxo, dans le 19e. Alors qu’il s’installe dans une rame abandonnée de cette station, le voici transporté à Samarra, ville d’iIrak au Moyen Age, où un calife des Mille et Une Nuits lui pose la plus grande question de l’humanité : peut-on espérer une vie après la mort ? Pas évident, quand un alchimiste peu scrupuleux lui fait concurrence et que le sommeil le ramène à Paris où la vie continue… Pour conserver ses privilèges au palais et les faveurs d’une belle astrologue, le jeune homme cherche la réponse aux angoisses du souverain, qu’il ne trouvera pas dans les livres… Ce sont 33 jours qui vont bousculer le quotidien de Swann et le conduiront à être plus présent à la vie.


Extraits « Il avait toujours considéré l’amour comme une compensation pour les faibles, ceux qui ne parvenaient pas à mener leur existence seuls, ceux qui avaient ce besoin impérieux d’être accompagnés sur le chemin. Pire, de s’épanouir grâce à un faire-valoir. »
« Pourtant, son père l’avait prévenu : « Tu seras malheureux, les jaloux sont des malheureux. » C’était vrai. La jalousie est une obsession qui consume celui qui la ressent.« 

Mon avis : Swann Delva est un étudiant en philosophie à la Sorbonne, à Paris. Jeune homme introverti et solitaire, il décide de se trouver un petit job d’étudiant pour pouvoir financer ses études. C’est à la RATP, dans le métro parisien, derrière un guichet, qu’il va passer la majeure partie de ses semaines. Un petit boulot comme un autre, qui ne l’enchantait guère. Jusqu’au jour où Philippe, son manager, lui fait visiter une station de métro abandonnée et fermée au public. Cet univers mystérieux attire irrémédiablement Swann, qui décide de mener des enquêtes sur ces stations fantômes, afin d’impression son meilleur ami, en l’y amenant. C’est comme ça que Swann va découvrir Haxo, une station de métro désaffectée, qui a la capacité de transporter le jeune homme dans un univers parallèle et onirique : Samarra, en Irak. Là-bas, Swann ne sera plus la personne qu’il est à Paris, mais sera le Messager Boussouf, conseiller spécifique du grand Calife, celui qui sera à même de répondre à la question de ce dernier : peut-on espérer une vie après la mort ?

Isabelle de Lassence nous embarque dans un monde onirique, qui contraste grandement avec la grisaille parisienne. C’est un véritable voyage initiatique dans le temps que nous faisons aux côtés de notre protagoniste. Comme par magie, on atterrit dans un monde parallèle, à un siècle lointain, où les us et coutumes sont totalement différentes de tout ce que nous connaissons.  Déroutant de prime abord, je me suis laissé porté par ce  voyage féerique, qui a finit par m’enchanter.

Loin d’être inquiété, Swann se sent au contraire très à l’aise dans ce nouvel univers, doté d’une nouvelle identité, qui lui apporte luxe et gloire à outrance. Le contraste entre son moi Parisien et son moi à Samarra est d’ailleurs sans appel : introvertie, timide et solitaire à Paris, il est exubérant, sûr de lui et provocateur à Samarra. Pareil dans le domaine amoureux : alors que sa mère peine à lui trouver une compagne à Paris, il s’éprend d’une jolie jeune femme nommée Inès à Samarra. Plus qu’un voyage dans le temps et bien plus qu’un rêve, c’est une quête identitaire que va mener notre héros. Grâce à ces pérégrinations, il va s’apprivoiser et apprendre à se connaître vraiment.

Son esprit spirituel et philosophique va également être mis à rudes épreuves, puisque le Calife de Samarra souhaite qu’il réponde à sa question de la vie après la mort. Une interrogation philosophique difficile à argumenter, qui va faire travailler les méninges de notre apprenti philosophie, et surtout lui apprendre à penser et réfléchir par lui-même. Swann se transforme et change… après tout, n’est-ce pas cela que l’on appelle grandir ?


L’auteure nous propose un roman poétique et féerique, qui dépayse et étonne. Ajouté à cela une dose de pensée philosophique et de rationalisme, et vous aurez le cocktail parfait pour passer un excellent moment !

Ma note : 8/10

Pour lire plus d’avis

 

Reste avec moi


Reste avec moi de Ayobami Adebayo

317 pages, éditions Charleston, à 22,50€


Résumé : Avec pour toile de fond les bouleversements politiques du Nigeria des années 1980, le portrait inoubliable d’une femme qui fait le choix de la liberté… envers et contre tout.

Yejide et Akin vivent une merveilleuse histoire d’amour. De leur coup de foudre à l’université d’Ifé, jusqu’à leur mariage, tout s’est enchaîné. Pourtant, quatre ans plus tard, Yejide n’est toujours pas enceinte. Ils pourraient se contenter de leur amour si Akin, en tant que fils aîné, n’était tenu d’offrir un héritier à ses parents. Yejide consulte tous les spécialistes, médecins et sorciers, avale tous les médicaments et potions étranges… Jusqu’au jour où une jeune femme apparaît sur le pas de sa porte. La seconde épouse d’Akin. Celle qui lui offrira l’enfant tant désiré. Bouleversée, folle de jalousie, Yejide sait que la seule façon de sauver son mariage est d’avoir un enfant. Commence alors une longue et douloureuse quête de maternité qui exigera d’elle des sacrifices inimaginables.


Extraits « Un homme n’est pas quelque chose qu’on peut garder pour soi ; un homme peut avoir plusieurs épouses, mais un enfant ne peut avoir qu’une seule mère. Une seule. »

« Ce qui est important est en moi, en sécurité au fond de mon coeur comme dans une tombe, dans un lieu éternel. »


Mon avis : Yejide est une jeune femme nigérienne qui vit une histoire d’amour avec Akin. Leur amour est beau, profond et sincère. Seul ombre au tableau : Yejide et Akin n’arrivent pas à avoir d’enfant. Malgré les nombreux spécialistes qu’ils voient, ils n’arrivent pas à comprendre pourquoi cela n’arrive pas. Puis un jour, la seconde épouse d’Akin fait leur apparition dans leur vie et bouscule leur quotidien. Puis un jour, miraculeusement, Yejide tombe enceinte. Mais personne n’y croit, pas même son mari Akin, qui la traite de folle.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, qui change grandement de mes genres de prédilections habituels. En effet, bien que j’aie déjà lu dans le passé quelques romans africains, je n’en ai gardé que très peu de souvenirs… et pourtant, l’écriture est si belle, l’histoire si exotique, que je regrette de ne pas en lire plus souvent !

Reste avec moi met en avant une palette d’émotions propres à l’amour : la passion, la jalousie, la trahison, la tromperie, l’infidélité, la séparation… c’est une véritable malstrom d’émotions, qui fait passer le lecteur du bonheur aux larmes en quelques pages seulement.

J’ai beaucoup aimé découvrir une histoire comme celle-ci, émanant d’une auteure africaine. La perception des choses et surtout les traditions africaines qui leur sont propres, offrent une gamme de nouveautés à l’histoire, qui ne se trouve nul part ailleurs. J’ai été impressionnée par la multitude des épouses d’un même homme, chose qui paraît totalement banal en Afrique. Seule Yejide, sorte de femme moderne et rebelle sur les bords, ne souhaite pas reproduire ce schéma marital (elle y sera tout de même confronté contre son gré). Nombreuses sont les femmes qui se font entretenir grassement par leur mari, mais là encore, Yejide fait exception à la règle, puisqu’elle est patronne de son propre salon de coiffure pour femmes, qui lui permet de garder son autonomie et sa fierté.

En somme, le personnage de Yejide doit représenter un exemple en Afrique : une jeune femme moderne, détachée des normes africaines et indépendante. En tout cas, le courage dont elle fait preuve au quotidien face aux regards et interrogations des autres m’a ému.

Ce qui m’a le plus affecté, c’est la souffrance du couple, qui n’arrive pas à concevoir d’enfant. Yejide va pourtant tout mettre en oeuvre pour y arriver, allant jusqu’à gravir une montagne dite sacrée. Son ventre va s’arrondir, les symptômes de la grossesse vont apparaître, sans pour autant qu’aucun médecin ne perçoivent de bébé dans son ventre. Elle va pourtant se convaincre du contraire durant les mois qui suivront, et cette persévérance dans le faux m’a fait mal au coeur. Par la suite, elle cherchera d’autres moyens détournés, pas les plus sains, pour concevoir un enfant. Je ne vous en dis pas plus, vous laissant le loisir de découvrir par vous-même le fin mot de l’histoire.


Entre amour, traditions, jalousie, infidélité, tromperies… Reste avec moi est une histoire riche et exotique, qui m’a beaucoup plût.

Ma note : 8/10

Pour lire plus d’avis

Marie d’en haut


Marie d’en haut de Agnès Ledig

315 pages, éditions Pocket


Résumé : Voilà Olivier, lieutenant de gendarmerie éprouvé par la vie, muté en Ariège.
Au cours d’une enquête, il croise le chemin de Marie, une agricultrice de montagne.
Elle élève seule sa fille Suzie, une enfant pleine de fantaisie, et tente, loin du monde, d’oublier ses blessures passées. La jeune femme compose avec le quotidien grâce à la présence d’Antoine, son voisin, victime lui aussi de la méchanceté des hommes.
La rencontre de ces trois caractères bien trempés aux destins cabossés pourrait être désastreuse, elle s’avère étonnamment émouvante et tendre.


Extraits « Les dîners en tête à tête, ça doit être comme les entretiens d’embauche, plus on en fait, plus on est à l’aise. »

« Il faut être sensible pour comprendre les sensibles. »


Mon avis : Olivier est gendarme. Au cours de l’une de ses enquêtes, il va croiser la route de Marie, une jeune et belle agricultrice. Marie élève seule sa fille Suzie, une enfant très attachante, pleine de vie et d’imagination. Heureusement, elle peut compter sur le soutien d’Antoine, son voisin homosexuel et meilleur ami, qui l’accompagne dans son quotidien et la conseille toujours avec justesse. La rencontre de ce trio de personnages est inattendue, électrique et surprenante.

Par où commencer…? Sans doute par la rencontre, impromptue, entre Marie et Olivier. Rien n’aurait prédestiné ces deux-là à se croiser, mais le métier d’Olivier l’a attiré sur la propriété de Marie. Et leur première rencontre est électrique au possible. Pourtant, il faut croire que le courant est quand même passé, puisque bizarrement, Olivier reviendra, seul, dans la ferme de Marie pour la voir.

Marie est une femme merveilleuse, dont j’ai particulièrement apprécié le courage. Elle est agricultrice, et de nos jours, tout le monde sait que ce métier est l’un des plus compliqué de France – les conditions salariales sont déplorables, le temps de travail s’agrandit et la difficulté globale des tâches a effectué est effarante. En plus d’exercer l’un des métiers les plus durs, elle élève seule sa petite fille Suzie, et toutes filles vivent isolées dans une ferme reculée du monde. J’ai apprécié la force de caractère de Marie, sa ténacité, ainsi que son indépendance. Ça me fait plaisir de découvrir des personnages comme elle, qui s’affranchissent des codes de la société, pour vivre presque à l’instinct. Et on peut voir que c’est une stratégie gagnante pour Marie, qui est une jeune femme pleinement épanouie et remplie de bonheur.

Olivier lui est un personnage qui se cherche. Sans repère familial, il subit un métier qu’il a choisi par défaut. Son quotidien est vide de sens et il en souffre énormément. Sa rencontre avec Marie et Suzie va marquer un tournant exceptionnel dans son existence. C’est incroyable comme le bonheur peut transformer les gens. Olivier en est l’exemple même, puisqu’au fil des pages, il va s’ouvrir, changer son regard sur le monde, retrouver un sens à sa vie. À le voir aussi heureux et épanouie, on ne peut que compatir à son bonheur.

Enfin, le troisième personnage prépondérant de cette histoire, Antoine, le voisin et meilleur ami homosexuel de Marie, cache, avec cette dernière, un lourd secret existentiel. Le trio Marie – Olivier – Antoine connaît des débuts un peu compliqué, mais l’engrenage va vite prendre et ils vont vivre dans la joie et la bonne humeur permanente. Une harmonie qui a sans doute été possible grâce à un personnage dont je n’ai que très peu parlé, mais qui est essentiel au récit : la petite Suzie. Très avancée pour son âge, perspicace, attachante et pleine de vie , elle apporte joie, gaieté et bonne humeur au sein de ce trio inattendu.

C’est la première fois que j’ai l’honneur de lire un roman d’Agnès Ledig, et je dois dire que cette première expérience a été concluante. Je ressors ravie de cette lecture. Elle contient toute une palette d’émotions qui ne rendent pas indifférent le lecteur. J’ai également beaucoup apprécié le cadre du récit, qui est si différent de tous les autres romans que j’ai l’habitude de lire. Enfin une histoire authentique et vraie, sans fioriture ni clichés ! Une première rencontre au summum, et sans doute pas la dernière.


En bref, Marie d’en haut, c’est un roman d’amour, d’amitié, d’émotions, de douceurs… j’ai passé un très bon moment de lecture avec cette jolie histoire, que je vous recommande chaudement !

Ma note : 8,5/10

Pour lire plus d’avis

N’oublie pas d’être heureuse


N’oublie pas d’être heureuse de Christine Orban

216 pages, éditions Le Livre de Poche, à 6,50€


Résumé : 4ème de couverture : Ma mère disait : « n’oublie pas ton chapeau » – mon père me disait : « N’oublie pas d’être heureuse ». Comme s’ils pressentaient à quels dangers je pourrais m’exposer …

Dans ce roman teinté d’humour et de mélancolie, Christine Orban touche à l’essentiel de toute vie.


Extraits  « Le ciel est le reflet du monde qu’il abrite. »

« Ma mère disait : « N’oublie pas ton chapeau ».
Mon père disait : « N’oublie pas d’être heureuse », et la recommandation valait en toute occasion. C’était à la fois plus simple et plus compliqué : attraper le bonheur comme un gilet dans un placard. Trop impalpable, trop indéfinissable, en cela il ressemblait au sommeil qui ne venait pas si on y pensait. »


Mon avis : J’ai été agréablement surprise par cette lecture. Il est vrai que j’aie pris la mauvaise habitude (comme beaucoup, je présume), de lire les avis d’autres lecteurs sur les livres que je m’apprête à découvrir. Très attirée par ce livre – notamment à cause de son fabuleux titre -, j’ai été passablement refroidie par les critiques négatives des internautes. Mais pour une fois, je suis passée outre et j’ai débuté ma lecture.

Maria-Lila vit à Fédala, un petit village rural du Maroc, aux bords de la mer, en pleine campagne. Mais Marie-Lila n’a pas envie de finir comme les femmes de son village, elle rêve de liberté et d’ailleurs. Cet ailleurs a un nom : Paris. Accompagnée de Fifi, une « parisienne » marocaine, Maria-Lila va atterrir à Paris. Mais entre ses rêves et la réalité, les choses sont parfois très différentes.

Paris est un monde à part, où l’aristocratie et la pédanterie se cache à tous les coins de rue. Le choque est brutal pour Maria-Lila, qui n’a jusqu’alors connue que son village natal du Maroc. J’avoue que certaines scènes parisiennes sont beaucoup trop exagérées et bien éloignées du quotidien parisien actuel. Edmond, ce jeune aristocrate et sa riche famille notamment, qui donne de grandioses réceptions nous renvoient quelque peu au XVIIème ou XVIIIème siècle. Cet anachronisme n’a pas gêné ma lecture outre mesure, mais certains pourraient voir ces scènes comme trop clichées et peu réalistes.

N’oublie pas d’être heureuse, c’est avant tout une jeune fille qui se cherche. Maria-Lila oscille entre d’un côté son désir de savoir, de connaissances et d’élévation spirituelle, omniprésent à son esprit, et de l’autre sa vie si simple à Fédala et l’amour pur de ses proches. Où se cache le vrai bonheur ? Comment l’atteindre ? Ce sont les questions qu’elle va se poser durant l’intégralité de l’histoire. Chaque lecteur peut également se questionner sur le sens de sa vie, et sur la place qu’occupe le bonheur dans celle-ci. J’ai particulièrement apprécié les quelques paragraphes destinés au pouvoir du sourire. Comme disait Frank Irving Fletcher « Un sourire ne coûte rien, mais il rapporte beaucoup« .

Je me suis laissée embarquer dans l’écriture simple, liée et presque dansante de Christine Orban. Bien que la première partie du récit m’ait sans doute moins émue que la seconde, je garderai une agréable image de ce roman. Un roman pur et existentiel, qui dresse le portrait d’une jeune fille perdue dans un monde trop grand, à travers laquelle j’ai pu me reconnaître. J’ai été touchée par son histoire, et particulièrement par le dénouement, surprenant et poignant.


Une histoire simple et authentique, qui se lit avec intensité, mais s’oublie très rapidement. 

Ma note : 7/10

Pour lire plus d’avis