Littérature chilienne·Roman

Le vieux qui lisait des romans d’amour


Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda

120 pages, éditions Points


Résumé : Antonio José Bolivar Proaño est le seul à pouvoir chasser le félin tueur d’hommes. Il connaît la forêt amazonienne, il respecte les animaux qui la peuplent, il a vécu avec les Indiens Shuars et il accepte le duel avec le fauve. Mais Antonio José Bolivar a découvert sur le tard l’antidote au redoutable venin de la vieillesse: il sait lire, et il a une passion pour les romans qui parlent d’amour, le vrai, celui qui fait souffrir.
Partagé entre la chasse et sa passion pour les romans, le vieux nous entraîne dans ce livre plein de charme dont le souvenir ne nous quitte plus.


Extraits :  « Une ocelote folle de douleur est plus dangereuse que vingt assassins réunis.« 

« Quand un passage lui plaisait particulièrement, il le répétait autant de fois qu’il l’estimait nécessaire pour découvrir combien le langage humain pouvait aussi être beau. »


Mon avis : Luis Sepulveda est un auteur chilien que j’ai eu le plaisir d’étudier il y a quelques années, lorsque j’étais au lycée. Nous avions analysé son oeuvre Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler, qui est un livre dédié aux enfants, mais qui peut très bien être lue par les adultes. J’y avais découvert une charmante histoire, avec des animaux qui parlent, qui était en fait une habile métaphore pour pointer du doigt le comportement des hommes en société – leur impact sur l’environnement, notamment, mais aussi la question de l’éducation et de l’identité. Dans Le vieux qui lisait des romans d’amour, on retrouve quasiment les mêmes thématiques, mais abordées d’une manière plus directe et violente.

Les habitants d’Idilio, une petite ville d’Amazonie, découvrent le cadavre d’un homme, échoué sur une pirogue. Alors que l’intégralité des hommes accusent les indiens Shuars de ce meurtre, José Bolivar, grand spécialiste de la nature, reconnaît l’oeuvre d’une féline. Il pense que l’homme a tué  les petits de cette féline, avant que celle-ci ne se venge en le tuant. Ils vont alors tous se lancer à la poursuite de cet animal, pour mettre fin à ses jours, avant qu’il ne mette fin aux leurs.

Luis Sepulveda dédia son oeuvre à son ami Chico Mendes, grand défenseur de la forêt amazonienne, qui fût assassiné par des hommes armés. Sans conteste, ce livre est une oeuvre écologique. C’est une véritable ode à la nature que l’on perçoit dans ce récit. Une ode à la bienséance, au respect, à la cohabitation des êtres vivants.

En mettant en scène l’homme dans un espace totalement naturel, l’auteur pointe du doigt les pratiques qu’ont ces hommes face à la nature. La sauvagerie dont ils font preuve, le manque de civisme et d’intelligence à l’égard des peuples primitifs, ou des animaux. Pour pousser plus loin dans la satire de la société occidentale, Luis Sepulveda va jusqu’à parodier les noms de villes qu’il donne à ses lieux : « El Dorado » et « Idilio », qui montrent bien le mépris de l’auteur face à de tels procédés.

Mais parmi cette jungle de barbares humains, se terre José Bolivar, un vieil homme qui a vécut presque toute sa vie dans la forêt. Il voit avec horreur les hommes s’emparer de ces espaces verts et les détruire allègrement. Alors, pour échapper à l’horreur qui l’entoure, il s’évade dans des romans d’amour. Une douce parenthèse, qui contrebalance avec justesse l’infamie humaine.


L’auteur mélange avec brio nature et littérature, pour nous servir un met gourmand, qui se déguste avec soin. En une centaine de pages, c’est une véritable forêt d’interprétations et d’histoires qu’ouvre Sepulveda. A lire et à relire… dépaysement assuré !

Ma note : 8/10
Littérature anglaise·Roman

Quelques jours de nos vies


Quelques jours de nos vies de Clare Swatman

351 pages, éditions Presses de la cité, à 20,50€


Résumé : Si vous pouviez revenir en arrière, que changeriez-vous ?

Zoe et Ed se sont rencontrés à l’université et sont mariés depuis plus de dix ans. Un matin, après une violente dispute, Ed, en route pour le travail, est victime d’un accident. Inconsolable, Zoe fait un malaise. Quand elle reprend connaissance, elle a dix-huit ans et se prépare à entrer à l’université. La vie vient de lui offrir un cadeau : tout recommencer.


Extraits :  « Le destin ? C’est une chose qu’on crée soi-même.« 

« Ed m’a quittée, mais il m’a laissé le plus beau des cadeaux. Une part de lui-même. »


Mon avis : Avant de vous divulguer mon avis sur ce roman, je souhaitais remercier le site Babelio, qui m’a proposé ce partenariat, ainsi que les éditions Presses de la cité, qui m’on fait parvenir ce livre. Lorsqu’ils m’ont envoyé cette demande de partenariat, j’ai immédiatement été charmée par la sublime couverture. J’ai également été intriguée par le résumé, qui en disait juste assez pour titiller la curiosité. Ni une ni deux, j’ai accepté et attendu fébrilement, chaque jour, la venue de mon facteur, jusqu’à recevoir ce roman tant désiré, et le débuter dans la foulée.

Le speech a de quoi séduire : Ed et Zoé, en couple et mariés depuis de nombreuses années, vivent un amour passionnel, qui connaît, comme tous les couples, des hauts et des bas. Sauf qu’un matin, à la suite d’une dispute, les deux jeunes gens se séparent pour une journée de travail, et ne se verront plus jamais. Et pour cause : un accident de la route, qui a fauché la vie de Ed. Zoé, bouleversée par la nouvelle, va se morfondre nuits et jours, pendant des mois. Jusqu’au moment où il lui est permis de revivre entièrement les grands moments de sa vie, pour tenter d’en modifier le cours et de changer le drame final.

Cette idée de créer une histoire réaliste avec un zeste de fantastique (qui permet de voyager dans le temps, de revenir dans le passé et de modifier le cours des choses), est bonne. Cela permet d’incorporer une dose de magie dans l’histoire ordinaire qui est racontée.

A travers un couple d’amoureux banal, Clare Swatman retrace l’évolution que connaît chaque histoire d’amour : la rencontre initiale, la façon de s’apprivoiser, l’amour passionnel, l’engagement, le désir d’enfant… Bien évidemment, cette rétrospective ne serait pas fidèle à la réalité si on n’y incorporait pas quelques mauvais moments, comme en connaissent chaque couple. Engueulades, opinions divergentes… s’immiscent aussi dans chaque histoire d’amour et aident parfois, au sortir des tempêtes, à resserrer davantage les liens amoureux.

Au-delà de l’histoire narrée, c’est une véritable leçon de vie que l’auteure souhaite nous faire passer. La mort soudaine de Ed nous fait prendre conscience qu’il faut profiter de chaque instant de notre vie, pour ne rien avoir à regretter par la suite. Une bonne manière de se remettre en question et de profiter davantage de chaque instants vécus.

Hélas, malgré que l’histoire ait été sympathique à découvrir, je n’ai pas tellement aimé ma lecture. Retourner dans le passé pour tenter de changer des choses, je trouve l’idée bonne, mais elle est mal mise en place ici. J’avais l’impression que les jours se suivaient, mais que rien changeait vraiment. J’ai eu l’impression que l’auteure nous déroulait seulement les grands moments de la vie passée des deux jeunes gens, mais sans rien modifier. C’est surtout que ce n’est pas évident de percevoir les modifications si nous n’avons pas l’histoire de base… J’ai donc ressenti une certaine gêne tout au long de ma lecture, qui ne s’est estompée qu’à la fin, lors du retour dans le « moment présent ».

De plus, j’ai gardé une certaine distance avec les personnages. Le fait qu’ils racontent leur histoire d’amour, singulière, certes, mais universelle dans les grandes lignes, m’a fait m’identifier à l’histoire narrée, et non aux personnages maîtres de cette histoire. Ainsi, je n’ai pas forcément adhéré à leurs sentiments, que j’ai trouvé trop peu développés, voire superficiels. Seul l’un des éléments central du récit : le désir d’enfant du couple, mais leur échec à chaque tentative, m’a fait ressentir quelques touches d’émotions à l’encontre des deux personnages. On voit leurs désirs d’enfant s’intensifier, leurs déceptions lorsqu’ils comprennent qu’ils ne pourront pas en avoir par voie normale, leurs espoirs en l’avancée médicale, puis leurs désillusions à chaque échecs. Tout cela les rend très touchants.


Un roman sympathique, qui fait réfléchir sur le temps qui passe, le deuil, sur son rapport à l’autre, sur l’amour que l’on donne et que l’on reçoit. Une jolie histoire, agréable à lire, mais qui manque quand même de vitalité et de profondeur.

Ma note : 5,5/10
Littérature française·Roman

La petite fille de Monsieur Linh


La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel

183 pages, éditions Le Livre de Poche, à 5,60€


Résumé : C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh.
Il est seul désormais à savoir qu’il s’appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort.
Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.


Extraits :  « Penser au village, même au passé, c’est un peu y être encore, alors qu’il sait qu’il n’en reste rien, que toutes les maisons ont été brûlées et détruites, que les animaux sont morts, chiens, cochons, canards, poules, ainsi que la plupart des hommes, et que ceux qui ont survécu sont partis aux quatre coins du monde, comme lui l’a fait.« 

« La mort lui a tout pris. Il n’a plus rien. Il est à des milliers de kilomètres d’un village qui n’existe plus, à des milliers de kilomètres de sépultures orphelines des corps morts à quelques pas d’elles. Il est à des milliers de kilomètres d’une vie qui fut jadis belle et délicieuse.« 


Mon avis : Je reste sans voix face à cette pépite. Un livre écrit d’une façon simple, mais qui délivre un message si fort et intense qu’on en perd ses mots…

Monsieur Linh est un vieux monsieur, qui a fuit son pays, où la guerre sévissait, pour se réfugier en sécurité en France. Séparé des siens et sans repères, il se sent perdu et seul dans cette grand ville, lui qui a vécu toute sa vie dans un petit village chaleureux et convivial, dans lequel chacun se connaissait. Son seul lien avec sa vie d’avant : Sang Diû, sa petite-fille de quelques semaines, qu’il a sauvé de la mort et à qui il veut offrir une nouvelle vie décente. Propulsé dans ce nouveau monde, Monsieur Linh va faire la connaissance de Monsieur Bark, un homme bon qui a perdu sa femme il y a peu, avec qui il va lier une amitié, qui va surpasser tous les obstacles langagiers. Une amitié authentique et émouvante, entre deux êtres peu épargnés par la vie.

Ce livre, c’est l’histoire d’un exil forcé. C’est le combat d’un homme seul, déraciné de son pays natal, de sa vie passée, qui va tenter de se reconstruire entièrement, dans un monde nouveau. C’est aussi l’histoire d’un deuil, celui de Monsieur Bark. La solitude l’empli chaque jour, alors qu’il se promène aux abords du parc dans lequel sa femme défunte travaillait. Ces deux destins meurtris vont se croiser et se lier. Ils vont partager des moments forts, et bâtir une amitié authentique, fondée sur le respect et l’humilité. Mutuellement, sans se connaître, sans se comprendre, insidieusement, sans même qu’ils le remarquent, ils vont s’entraider à surmonter les difficultés que la vie sème sur leur passage.

On peut aisément replacer cette histoire dans un contexte actuel, dans lequel on voit nombre de populations migrantes obligés de fuir leur vie passée, pour venir se réfugier dans un pays étranger, dans lequel tout est à apprendre (langue, coutumes…). Une bonne manière de se mettre à leur place et de mieux comprendre leur motivation et les sentiments qui les animent à leur arrivée en terre inconnue.

Ce que j’ai fortement apprécié avec l’écriture de Philippe Claudel, c’est qu’il parle de sujets graves, mais ne le fait pas de façon larmoyante. Je pense que l’auteur a voulu que son écriture soit la plus sobre et simplifiée possible pour faire ressortir toute l’intensité émotive des personnages qu’il met en scène. Et c’est réussi, puisqu’il arrive ainsi à tempérer les émotions de ses personnages, les rendant bien plus profonds que s’il les avait fait geindre à tout va. Tendresse et poésie font bon ménage dans ce récit.

Et pour démontrer sa puissance narrative et émotive, l’auteur nous a concocté un dénouement surprenant, qui vous laissera pantois. J’ose vous avouer qu’une fois le dénouement passé et la dernière page du livre tournée, je suis restée plusieurs minutes assise, les yeux dans le vague, à réfléchir sur ce que je venais de découvrir. Autant vous dire que l’intensité de cette lecture, cumulée à cette claque finale, c’est tellement percutant que ça pousse à la réflexion.


Une histoire forte, qui vante l’humain autant qu’il le condamne. Un roman empli de réflexions – sur la guerre, l’immigration, la solidarité… -, qui donne encore un mince espoir en l’humanité. C’est touchant, c’est profond, c’est poétique… on n’en ressort pas indemne. 


Ma note : 9/10
Roman·Saga familiale·Seconde guerre mondiale

La ferme du bout du monde


La ferme du bout du monde de Sarah Vaughan

444 pages, éditions Préludes, à 16,90€


Résumé : Cornouailles, une ferme isolée au sommet d’une falaise.
Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille et ses secrets.
1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu’à cet été 1943 qui bouleverse leur destin.
Eté 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l’a préparée à ce qu’elle y découvrira.
Deux été séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard ?


Extraits :  « Alors voilà ce que le chagrin vous faisait. Il vous autorisait à dire des choses que l’on garde habituellement pour soi.« 

« Cette maison est comme un aimant, elle ramène à elle ceux qui s’éloignent trop.« 


Mon avis : Quel livre… quelle histoire…! Pour être honnête, en débutant ma lecture, je ne m’attendais pas à autant aimer ce livre. Et puis, les pages passant et défilant à une allure folle, je me suis laissé doucement prendre au jeu des souvenirs, embarqué dans cette atmosphère familiale et conviviale.

Années 1939, en temps de guerre. Les parents de Will et d’Alice décident d’envoyer leurs enfants en Cornouailles, loin de la guerre. Ils trouvent refuge à Skylark, dans la ferme tenue par les parents de Maggie. Mais une idyllique naissante entre Will et Maggie va faire basculer la tranquillité des lieux.

2014. Maggie, maintenant une vieille dame, vit toujours à Skylard, avec sa fille Judith et son petit-fils Tom. Ils sont rapidement rejoint par Lucy, autre petit-fille de Maggie et soeur de Tom, qui fuit sa vie Londonienne pour venir se ressourcer à Skylark. Elle va découvrir que la ferme familiale est au bord de la faillite, et va tout faire pour tenter de changer la donner et redonner le sourire aux siens.

Notre histoire se forme donc avec deux temporalités combinées : d’abord en temps de guerre, alors que notre protagoniste Maggie n’est encore qu’une enfant ; puis dans le présent, lorsqu’elle est devenue une vieille dame. L’alternance des époques offre deux approches différentes de l’histoire, qui arrivent quand même à se compléter à ravir. Grâce à ces deux parties distinctes, notre esprit reforme pièce après pièce le puzzle formé par la vie de Maggie.

Tous les personnages regorgent de sympathie et de bienveillance. Ce sont tous des personnages très courageux, qui se battent pour les valeurs qu’ils incarnent et que leurs prédécesseurs incarnaient, ainsi que pour la sauvegarde de leur patrimoine commun. On s’attache très facilement à leurs personnalités ; Maggie et ses secrets, Lucy et ses doutes, Tom et sa pugnacité… chacun à sa façon arrivent à nous toucher.

Mais il n’y a pas que les personnages qui nous touchent. On est également obligé d’être charmé par le cadre paradisiaque dans lequel l’auteure fait évoluer ses personnages. Le nord de la Cornouailles, une ferme isolée, vers le bord des falaises, avec vue plongeante sur l’Atlantique. Le paysage décrit semble tellement somptueux, calme et reposant que ça m’a donné des envies de voyages.

Au coeur de cette magnifique carte postale, se dresse donc la ferme familiale Skylark, exploitation agricole qui passe de génération en génération. Grâce aux alternances temporelles qui structurent le récit, Sarah Vaughan nous montre sans détour la prospérité du domaine dans les années 1940, qui s’oppose à sa déchéance financière des années actuelles. Une comparaison qui met en lumière les problèmes auxquels doivent faire face les agriculteurs : déficits financiers, fatigues physiques et morales, manque de main d’oeuvre… qui rappelle à chacun la pénibilité et la dureté du travail à la ferme.

En fait, je pense que le fait que cette histoire m’ait autant plût tient sans doute de la délicatesse d’écriture de l’auteure. Car il y a une certaine poésie dans sa façon d’écrire, une certaine retenue aussi. Mais paradoxalement, cette pudeur dans l’écriture fait ressortir des émotions fortes, qui atteignent le lecteur en plein cœur. On est touchés par les problèmes (personnels ou professionnels) rencontrés par les protagonistes, on s’émeut de l’émouvante histoire passée et présente de Maggie, on compatis à sa tristesse, on essaie de comprendre, d’éclaircir certains points obscurs de sa vie. Tout engage le lecteur à se propulser dans l’histoire et à ressentir des émotions. Néanmoins, tout le récit a été d’une telle intensité narrative, que forcément, la révélation finale m’a semblé un brin trop simple ; elle aurait méritée d’être un tout petit peu plus développée. Mais ce jugement tient sans doute de mon chagrin d’être déjà arrivé au dénouement de l’histoire, alors que j’aurais souhaité prolonger davantage ce merveilleux moment…


La ferme du bout du monde est à lire idéalement pendant les vacances, pour passer un moment reposant, tout en s’évadant dans des contrées lointaines. Entre histoires d’amour, secrets inavoués, héritage familiale… cette saga familiale vous fera vivre mille émotions. C’est une merveilleuse lecture que je vous recommande chaudement. 

Ma note : 9/10
Littérature française·Roman

Hier encore, c’était l’été


Hier encore, c’était l’été de Julie de Lestrange

377 pages, éditions Le Livre de Poche, à 7,90€


Résumé : Alexandre, Marco, Sophie et les autres se connaissent
depuis l’enfance. Ensemble ils sont nés, ensemble ils
ont grandi, en toute insouciance. Mais lorsque la vie
les prend au sortir de l’adolescence, la chute est brutale. En une décennie, cette jeunesse perdue mais pas désillusionnée va devoir apprendre à se battre pour exister. À travers les drames subsistent alors l’amitié, les fous-rires et les joies. Et l’amour, qui les sauvera.

Tendre portrait d’une génération, Hier encore c’était l’été est un roman résolument optimiste qui accroche le coeur pour ne plus le lâcher. C’est l’histoire de nos guerres quotidiennes, de nos victoires et de nos peines.
C’est surtout l’histoire de la vie et d’une bande d’amis dont on voudrait faire partie.


Extraits :  « Parce que c’est ça, le problème, mon petit. Ce n’est pas que les gens ont peur de vieillir, c’est qu’ils ont peur de mourir.« 

« Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, ils se baignaient à vingt heures, buvaient à vingt-deux et dînaient d’une fondue à vingt-trois. Ils étaient libres et tout-puissants comme le sont les enfants de vingt ans.« 

Mon avis : Je voulais tout d’abord remercier l’auteure, pour la proposition de partenariat, ainsi que les éditions Le Livre de Poche, pour leur envoi.

Hier encore, c’était l’été, et Marco, Sophie, Alexandre et tous les autres, encore jeunes adolescents, passaient leur chaudes journées dans leur maison de vacances. Insouciants, ils jouissaient pleinement de chaque instant de la vie. Mais ce temps est maintenant révolu, tous ont grandis et se sont fait rattraper par la vie. Ils doivent maintenant assumer des responsabilités et faire face à des événements difficiles. Heureusement, leur amitié, inébranlable, vient apporter gaieté et bonne humeur dans leur vie morose.

C’est un véritable roman sur la vie que nous a concoctée l’auteure. Pour faire simple : on passe à travers toutes les émotions (joie, tristesse, colère…). De ce fait, ces émotions étant communes à chacun d’entre nous, on ne peut que s’identifier à certaines péripéties qui surviennent dans le récit. Personnellement, je me suis également beaucoup identifié aux personnages, tout simplement parce qu’ils correspondent à ma tranche d’âge (la vingtaine). Je me suis reconnue dans de nombreuses parties de l’histoire, calquant ma vie sur la leur. En faisant cela, je me suis presque intégré à cette bande de copains, devenant un membre à part entière de leur grande et belle famille.

Il faut dire aussi qu’il est facile de s’attacher à tous ces gens. On les voit tout gamins, insouciants et heureux. Puis le temps passant, les voilà qui grandissent et évoluent, s’éloignant parfois dans des chemins différents, mais ne s’oubliant jamais. Ce sont des personnages aux traits simples et ordinaires, mais qui ont le pouvoir de nous toucher.

C’est un roman tendre, rempli de douceur et plein de positivité. A l’image du titre à l’imparfait qui vire à la nostalgie, on en devient presque nous aussi nostalgiques lors de la fin de cette lecture. C’était bien… mais c’est fini.


Hier encore, c’était l‘été fût une lecture très agréable, relaxante, et pleine de vie. Amour, amitié, deuil, temps qui passe… l’auteure nous dépeint avec réalisme la vie, ses bonheurs et ses difficultés. C’est une histoire simple, mais qui trouvera échos dans chacun d’entre vous.   

Ma note : 7/10
Littérature française·Roman·Saga

Le retour de Jules


Le retour de Jules de Didier van Cauwelaert

166 pages, éditions Albin Michel, à 16,50€


Résumé : « Guide d’aveugle au chômage depuis qu’Alice a recouvré la vue, Jules s’est reconverti en chien d’assistance pour épileptiques. Il a retrouvé safierté, sa raison de vivre. Il est même tombé amoureux de Victoire, une collègue de travail. Et voilà que, pour une raison aberrante, les pouvoirs publics le condamnent à mort. Alice et moi n’avons pas réussi à protéger notre couple ; il nous reste vingt-quatre heures pour sauver notre chien. »

Au coeur des tourments amoureux affectant les humains comme les animaux, Didier van Cauwelaert nous entraîne dans un suspense endiablé, où se mêlent l’émotion et l’humour qui ont fait l’immense succès de Jules.


Extraits :  « C’est bien plus que le jouet de Victoire. C’est la clé de sa vocation, de son dressage et de ses six ans de carrière. Marjorie m’a expliqué que tous les composants d’explosifs possibles imprègnent la garniture du Marsupilami, afin que le chien détecteur mémorise les odeurs de chaque molécule. Ensuite, quand son maître lui cache son jouet, il va s’employer à en retrouver la trace olfactive dans un périmètre défini – stade, aéroport, école, salle de spectacle, appartement, voie publique, moyen de transport… En termes de motivation pour l’animal, la détection d’une ceinture explosive est fondée non pas sur la chasse à l’homme, mais sur le jeu. C’est pourquoi aucun kamikaze ne peut échapper à un chien qui traque son doudou.« 

« Pour demeurer en phase avec la femme qu’on aime, on est parfois obligé de la tromper.« 

Mon avis : Le retour de Jules, c’est la suite des aventures de Jules, l’ancien chien guide aveugle d’Alice, qui s’était retrouvé sans emploi, après qu’Alice ait retrouvé la vue. S’en était suivi une séparation douloureuse entre le chien et la maîtresse, Jules devant mettre ses talents au profit d’un autre aveugle. Mais l’expérience d’éloignement n’avait pas fonctionné et Jules était revenu auprès d’Alice.

Ici, nous retrouvons Jules, plus en forme que jamais, qui s’est trouvé une nouvelle vocation : chien d’assistance pour les épileptiques. Mais voilà, alors qu’il était en charge d’une vieille dame, Jules s’est subitement montré violent et à mordu le neveu de cette dame. Immédiatement embarqué à la fourrière, Jules est condamné à mort par les pouvoirs publics. Alice et Zibal, les anciens amoureux, vont tout faire pour comprendre ce qui a amené leur si gentil gentil à ce comportement violent, et vont tenter de le sauver de la mort.

Dans le premier tome, Jules a contribué à sauver sa maîtresse et Zibal, en leur amenant joie et gaieté et en leur redonnant goût à la vie. Dans ce tome-ci, l’inverse se produit : les maîtres vont tenter de sauver Jules de la mort. C’est un juste retour de bâton (admirez la subtilité du jeu de mot).

Après avoir découvert Jules dans la peau d’un chien guide d’aveugle, j’ai apprécié l’initiative de l’auteur de nous faire découvrir une autre faculté extraordinaire dont peuvent être capables les chiens. Ici, on découvre que les chiens peuvent être des assistants d’épileptiques et détecter les crimes épileptiques avant qu’elles ne se produisent. Mieux que la science. Dans sa note en post-scriptum, Didier van Cauwelaert raconte la naissance de ce deuxième opus et l’idée qui l’a conduit à mettre en scène Jules dans cette nouvelle vie de chien d’assistance. L’idée lui vient d’un professeur du CHU de Nancy, seul épileptologue français travaillant avec des chiens détecteur de crises. De cette rencontre naîtront le sujet de ce livre et le projet ESCAPE, dépeint brièvement dans le livre, qui va être véritablement lancé. Affaire à suivre… En tout cas, l’auteur conclue sa note d’intention d’une jolie phrase qui mérite réflexion : « Ainsi, agissant comme un catalyseur, la fiction peut-elle parfois bénéficier à la réalité dont elle s’inspire ».

Malgré la beauté du sujet abordé, il m’a manqué l’intense émotivité que j’avais tant apprécié dans le premier tome. Les personnages sont moins proches du lecteur, et donc moins attachants, tout comme Jules, que j’ai trouvé distant et un peu froid dans ses agissements. Une mince frontière s’est installée entre les personnages et moi, m’empêchant de savourer pleinement ma lecture. Néanmoins cette sensation étant purement subjective, faites-vous votre propre avis sur ce livre !


Dans la continuité de Jules, l’auteur met en avant une autre des capacités extraordinaires dont sont dotés les chiens. Un roman dynamique, qui manque quand même d’intensité. 

Ma note : 5,5/10
Littérature française·Roman

La lanterne des morts

 


La lanterne des morts de Janine Boissard

347 pages, éditions Fayard, à 20,90€


Résumé : Lila et Adèle sont sœurs. Belle, brillante, passionnée, Lila ne rêve que de mener la grande vie. Hélas elle est victime de bipolarité, cette terrible maladie où le meilleur côtoie le pire. Adèle est douce, tendre, responsable.
Les années passant, de lourds soupçons pèsent sur Lila. Autour d’elle, plusieurs événements tragiques, toujours liés à des affaires d’argent. Mais sans jamais la moindre preuve.
Voyant sa sœur s’attaquer à celui qu’elle aime, les yeux d’Adèle s’ouvrent enfin. Menant une discrète enquête, elle découvre la vérité. Mais cela suffira-t-il à sauver Vivien ?
C’est dans les beaux paysages du Périgord Noir, où flottent les arômes de truffe et de bon vin, que se passe cette histoire de famille comme Janine Boissard excelle à les raconter, mêlée d’un suspense qui ne faiblit jamais.

 

Extraits :  « J’avais confié à Lila mon appréhension de ce premier Noël sans papa, c’est l’absence de ses gros godillots, que nous accusions de déshonorer la fête, qui a soudain obstrué ma gorge et fait déborder mes yeux. On ne sait jamais à quelle occasion les disparus vont s’inviter.« 

« Et le temps, ça veut dire quoi exactement ? Papa affirme que les arbres l’effacent en nous répétant : « Quand tu n’étais pas là, moi j’existais déjà. Quand tu cesseras d’exister, moi je serai là.« 

Mon avis : Janine Boissard est une auteure française dont la réputation n’est plus à faire. Avec près de 40 romans à son actif, c’est une des auteures les plus appréciée des français. Et pour cause : ses romans, chargés d’une écriture douce, mettent en scène des paysages et traditions françaises, le tout baignés d’une atmosphère familiale, dans laquelle chacun peut s’immiscer et s’identifier.

La lanterne des morts n’échappe pas à la règle, puisque l’histoire se déroule dans le Périgord noir, en Nouvelle-Aquitaine, région rurale, fréquemment visitée et vantée pour ses sites préhistoriques, ses villages médiévaux ainsi que pour ses magnifiques paysages. Lila et Adèle sont deux soeurs, qui ont prit la suite de l’exploitation truffière à la mort de leur père. Tout semble aller bien pour elles, si ce n’est que Lila est victime d’une maladie nommée bipolarité, qui influe directement sur sa façon d’être et de se comporter avec les autres. Adèle, terrassée par les soucis de santé de sa soeur, en vient même à la soupçonner d’être à l’origine d’événements familiaux tragiques.

L’auteure a une façon tout à fait personnel de raconter son histoire et de la porter jusqu’aux lecteurs. Son écriture se déplie lentement, avec douceur et tendresse. Le lecteur ne peut que se laisser envoûter par la délicatesse d’écriture. Inconsciemment, on se laisse entraîner par le récit, on adhère à l’histoire et on prend à coeur tous les événement narrés. On s’attache également aux personnages. A Adèle particulièrement, cette petite fillette, que l’on voit grandir et s’épanouir sous nos yeux. A Vivien aussi, propriétaire d’un domaine viticole et grand ami de la famille, qui nous touche par sa douceur et sa bienveillance à l’égard des deux soeurs. Quant à Lila, personnage mystérieux et énigmatique, sa singulière personnalité vous fera oublier sur quel pied danser.

La lanterne des morts, c’est une sorte de roman policier, sans toutefois en être un. C’est un roman bien plus subtil, composé de décès, d’interrogations et de beaucoup de suspens. Il est dur de donner une étiquette à ce livre. On pourrait tout aussi bien le placer dans la catégorie « roman familial », puisque les énigmes tournent autour de secrets familiaux inavoués.


Venez savourer la délicate et élégante plume de Janine Boissard. Au menu : de l’amour, des secrets, la mise en lumière de la bipolarité, mais aussi un hommage rendu à la beauté des paysages et des cultures du Périgord. Un bon cru !

Ma note : 7/10