Roman

Système


Système de Agnès Michaux

289 pages, éditions Belfond, à 18€


Résumé : Pour Marisa et Paul Dumézil, le passé est irrémédiable, le présent difficile, quant au futur… Il se présente à eux le jour où l’homme qui avait été condamné pour le meurtre, trente ans plus tôt, de leur mère Éva sort de prison. Tandis que cette vieille histoire avec laquelle ils s’étaient construits malgré eux ressurgit parce que la justice des hommes a atteint sa limite de temps, les enfants d’Éva se demandent ce qu’ils sont devenus. Et que vont-ils devenir à présent que l’assassin de leur mère a payé pour ce crime ? Plusieurs options s’offrent à eux. Tandis que Paul semble prêt à passer à l’acte, Marisa pourrait bien préférer basculer dans la folie. Dans cette histoire, il y a de l’amour, des fantômes, un frère, une sœur et un détective privé.

Dans cette histoire, il y a la France, l’Indochine, l’Afrique, le Nil, la chaleur et la pluie, Djibouti, l’aventure. Dans cette histoire, il y a les enfants d’Éva et nous tous, qui voulons mener notre vie, malgré le « système » et ses défaillances…


Extraits :  « L’enfance, c’était l’éternité, l’époque des années scolaires interminables, c’était même à ça que les adultes reconnaissaient l’enfance, c’était cela qu’ils trouvaient merveilleux et regrettaient quand, l’âge avançant, tout s’accélérait et que le temps qui restait à vivre ne semblait plus qu’un maigre calendrier. Quinze ans, à sept ans, c’était le bout du monde.« 

« Une idée curieuse le traversa : le corps aussi était un sac de voyage. Un putain de sac pour le foutu voyage de la vie, et dieu sait qu’on pouvait y fourrer des trucs encombrants et inutiles. »


Mon avisC’est souvent compliqué de parler d’un livre que l’on a pas aimé. On se sent presque obligé d’argumenter pour faire savoir ce qui nous a chagriné dans l’histoire. Mais alors parler d’un livre que l’on a pas compris, je pense que c’est encore plus complexe. De fait, ne pas le comprendre revient à ne pas l’aimer, puisque nous n’avons pas aimé le fait de ne pas le comprendre ; ce qui complique encore la chose.

Le résume de Système était pourtant alléchant, et simple à comprendre. C’est l’histoire d’un frère et d’une soeur, qui ont perdu leur mère, assassinée, alors qu’ils n’étaient encore que des enfants. Des années plus tard, c’est à leur père de rejoindre le royaume des cieux. Comble de malchance, presque simultanément, l’assassin de leur mère sort de prison. Les deux enfants, toujours en colère d’avoir été privé d’enfance et de mère, couvent un désir de vengeance qui ne cesse de grandir. Cette trame principale est bien expliquée dans les premières pages ; mais c’est après que tout se gâte.

En effet, j’ai eu la désagréable impression de lire une histoire qui contenait des contours, mais pas de remplissage. C’est-à-dire que la trame principale du récit qui a été posée au début du roman constitue ce que je nomme le contour de l’histoire. Quant à l’intrigue ou à l’histoire elle-même, qui doit suivre cette trame identifiée, que j’ai appelé « remplissage », je l’ai trouvée totalement vide de sens. Les deux protagonistes emplissent l’espace et passent leur temps à se questionner en refaisant le monde, sans jamais rien apporté de solide à l’histoire. Et c’est justement ce solide qui a fait défaut dans Système. Tout n’est que narrations embrouillées et belles phrases stylisées, lassitude et désespoir.


Ce livre m’a littéralement assommé. J’ai été fatiguée de ne rien comprendre à l’étrange narration, excédée de ne pas parvenir à entrer dans l’histoire, puis totalement lassée d’essayer de décoder un récit si abstraite. 

 

Ma note : 3/10
Littérature française·Roman

L’aube sera grandiose


L’aube sera grandiose de Anne-Laure Bondoux

295 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Titiana emmène sa fille Nine, 16 ans, dans une mystérieuse cabane au bord d’un lac afin de lui révéler des secrets sur sa vie. Durant toute la nuit, cette dernière écoute, suspendue à ses lèvres, l’histoire de sa famille, ses aventures et ses péripéties parfois drôles et parfois tragiques.


Extraits :  « Toutes les mères de l’univers ont sans doute une vie secrète, des activités à elles, des amis ou des collègues dont elles ne parlent jamais, des rêves enfouis, des soucis qu’elles dissimulent. Des amants, parfois.« 

« Est-ce qu’on peut à la fois porter plainte et se laisser consoler par la même personne ? »


Mon avisIl y a quelques années déjà, Anne-Laure Bondoux m’avait subjugué avec son roman Tant que nous sommes vivants. Grâce à ce livre, qui avait été un coup de coeur, je gardais de cette auteure une image très positive. Du coup, lorsque j’ai appris qu’elle allait faire paraître un nouveau récit, j’étais à la fois excitée de le découvrir, mais aussi freinée, par peur d’être déçue que le contenu ne soit pas à la hauteur de son précédent ouvrage.

Autant vous le dire tout de suite : L’aube sera grandiose n’a rien à voir avec Tant que nous sommes vivants. L’histoire se scinde en deux temporalités distinctes : passé et présent. Dans le présent, Titiana emmène sa fille de 16 ans dans une mystérieuse cabane reculée au bord d’un lac, et se met à lui raconter toute son histoire. Une histoire de famille secrète, qu’elle lui a cachée depuis bien longtemps. C’est là que le lecteur est transporté dans le passé, le passé de Titiana, qu’elle tente d’expliquer à sa fille. Sa fille Nine va ainsi découvrir que sa mère lui a caché l’intégralité de son histoire : Nine a une grand-mère ainsi que deux oncles, qu’elle va bientôt découvrir.

Le lecteur s’immisce directement au coeur de cette famille et de ses secrets les plus intimes. Le lieu que choisit Titiana pour raconter son histoire à  sa fille (une petite cabane isolée au bord d’un lac un soir d’hiver) donne une atmosphère cosy au récit : du coup, on se sent instantanément bien aux côtés de ces deux femmes.

J’ai trouvé cette histoire familiale touchante. L’amour qui se dégage des différents membres de la famille m’a émue. L’amour de Titiana envers ses frères ; pour sa mère ; pour sa fille, aussi. Les liens qui les unissent sont très forts, et cela se fait ressentir.

Mon seul regret va au fait que le récit est bien trop court. Une fois que le cadre est posé, que tous les personnages sont connus, et qu’on sait qu’ils vont tous se réunir pour se retrouver à la fin du récit, on a envie de continuer à les suivre. Hélas, l’histoire se termine trop tôt. Point de retrouvailles, point de rencontre directe entre tous les membres de cette famille. D’où une certaine frustration, lorsque l’histoire se coupe brutalement…


L’aube sera grandiose est un magnifique voyage à travers le temps et les secrets familiaux. C’est un récit poétique et émouvant, que j’ai prit beaucoup de plaisir à découvrir. 

Ma note : 7,5/10

 

Littérature australienne·Roman

La nature des choses


La nature des choses de Charlotte Wood

279 pages, éditions du masque, à 20,90€


Résumé : Vêtue d’un habit étrange et rêvant d’une cigarette, Yolanda se réveille dans une pièce vide. Verla, une jeune femme au crâne rasé, est assise à côté. Au bout d’un couloir où résonnent des voix inconnues, d’autres captives reviennent à elles. Droguées, désorientées, au milieu de l’outback australien, les filles ne sont sûres que d’une chose. Elles sont toutes liées par les incidents douloureux de leur passé. Et chacune se retrouve prisonnière de la mystérieuse entreprise de sécurité responsable de ce lieu désolé. Mais c’est sous le joug même de ce système absurde que Yolanda et Verla parviennent à forger un lien et, tirant leur force de l’instinct animal dont elles sont obligées de dépendre, les proies se changent en prédatrices.


Extraits :  « C’est étrange les formes que peuvent prendre les crânes, la laideur dissimulée par les cheveux.« 

« Comme il en va de la lessive, de la cuisine et de l’accouchement, il revient apparemment aux femmes d’accompagner les morts vers leur dernière demeure. »


Mon avisLes multiples avis élogieux présents sur la quatrième de couverture laissaient présager une histoire « inoubliable », tel un « chef-d’oeuvre ». Ces courts avis, couplés au mystère que dégageait le résumé de l’histoire, ont fait que je me suis laissé tenter par ce livre, et que j’ai accepté de le recevoir dans le cadre d’une masse critique Babelio privilégiée.

Et pour cause, l’histoire avait de quoi intriguer : dix femmes sont retenues prisonnières par deux geôliers. Rasées et rabaissées au rang d’animaux, elles vont devoir résister aux coups de leurs assaillants, se contenter d’une hygiène minimum et rationner leur nourriture qui commence à manquer.

Dès le début, j’ai été dérouté par cette histoire. Le récit en lui-même est déroutant, puisqu’il sort totalement de l’ordinaire ; mais ce qui est encore plus perturbant, c’est que l’auteure projette le lecteur immédiatement au coeur de l’histoire. Pas de préambule, pas de contextualisation ; en somme : pas de début. Nous ne savons pas pourquoi ni comment ces dix femmes se sont retrouvées là. Un scénario narratif qui se répète avec le dénouement final, qui n’en ait pas un, puisque aucune fin digne de ce nom ne nous ait présentée.

Entre ce non-début et cette non-fin, se passe de multiples événements, qui se déroule tous à l’intérieure d’une enceinte. En effet, toutes les femmes (bientôt rejointes par leurs geôliers), vont se retrouver bloquées, encerclées dans un périmètre restreint délimité par des barbelés électrifiés. Personne ne peut sortir. Il faut apprendre à chasser et à se contenter de peu pour survivre. Un roman aux allures d’histoire apocalyptique, mais qui n’en ait pas totalement un…

Pour tenter d’en savoir un peu plus sur cette étrange histoire, j’ai fureté brièvement sur Internet et j’ai découvert que certains percevaient ce récit comme un roman féministe. En effet, on peut penser que l’auteure cherche à dénoncer la vision machiste qu’ont les hommes des femmes. Au fil de l’histoire, on comprend que toutes les femmes ont un point commun : elles ont toutes été traitées comme des objets sexuels par le passé. Or, avec le manque d’hygiène due à leur captivité, on se rend compte que leur corps change et cesse d’être un objet de désir. C’est une analyse possible de l’oeuvre, qui ne m’a, moi, pas effleurée un seul instant durant ma lecture.


A travers un roman aux traits apocalyptiques, l’auteure nous ramène à l’essence même des choses : dans un monde primitif et sauvage. Malheureusement, j’ai trouvé l’histoire trop creuse et pas assez travaillée. L’absence d’éléments descriptifs ne nous permet pas de comprendre pleinement le sens du récit et de nous attacher aux personnages. Dommage !

Ma note : 3,5/10

 

Classique·Littérature autrichienne·Nouvelles·Roman

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme


Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig

139 pages, éditions Stock, à 7,50€


Résumé : Scandale dans une pension de famille « comme il faut, » sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un de ses clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée…
Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimé chez la fugitive.
Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d' »Amok » et du « Joueur d’échecs » est une de ses plus incontestables réussites.


Extraits :  « Le jeu révèle l’homme, c’est un mot banal, je le sais : mais je dis, moi : sa propre main, pendant le jeu , le révèle plus nettement encore.« 

« Malgré moi, je pensais chaque fois à un champ de courses, où, au moment du départ, les chevaux excités sont contenus avec peine, pour qu’ils ne s’élancent pas avant l’heure fixée : c’est exactement de la même manière que les mains des joueurs frémissent, se soulèvent, et sa cabrent. Elles révèlent, par leur façon d’attendre, de saisir et de s’arrêter, l’individualité du joueur : griffues, elles dénoncent l’homme cupide ; lâches, le prodigue ; calmes, le calculateur et, tremblantes, l’homme désespéré. Cent caractères se trahissent ainsi, avec la rapidité de l’éclair, dans le geste que l’on fait pour prendre l’argent, soit que l’un le froisse, soit que l’autre nerveusement l’éparpille, soit qu’épuisé un joueur, fermant sa main lasse, le laisse rouler librement sur le tapis.« 


Mon avis : Zweig a la réputation de faire parti de cette caste très privée des auteurs incontournables, de ceux que l’on peut lire aveuglément, sans jamais être déçu. Curieuse de découvrir cet auteur dont on fait tant de louanges, je m’étais plongée dans Lettre d’une inconnu, suivi de La ruelle au clair de lune, deux courtes nouvelles originales et très bien écrites, mais qui n’avaient pas été à la hauteur des hautes espérances que je me faisais des récits de Zweig. Sans jamais m’avouer vaincue, me voici replongeant tête la première dans une autre nouvelle de l’auteur, l’une de ses plus connues : Vingt-quatre heures de la vie d’une femme.

Madame Henriette, épouse et mère comblée, s’enfuie un beau jour avec un bel inconnu rencontré la veille, laissant derrière elle mari et enfants. Une nouvelle qui scandalise et provoque mille et une réactions. Seul un jeune homme prend la défense de la pauvre dame. Poussée par la réaction positive de ce bel étalon, une vieille dame va le prendre pour confident : s’ensuit alors une longue conversation sur le mal qui la ronge depuis des années. Passionnément amoureuse d’un homme qu’elle avait rencontré le jour même, elle va se sacrifier corps et âme à lui. Malheureusement, animé par sa folie du jeu, cet homme ne remarquera même pas cette femme, qui s’est donnée entièrement à lui.

Il n’y a pas à dire, la prose de Zweig est spectaculaire. Les phrases doivent être travaillées au mot près, reformulées maintes et maintes fois, mais elles nous arrivent avec fluidité et légèreté. L’histoire s’écoule toute seule, paisiblement et magnifiquement.

En seulement vingt-quatre heures, on peut ressentir intensément une large palette d’émotions qui caractérisent la vie et l’amour (la passion, la joie, l’obsession, la désillusion…). La confession de cette femme bien-pensante du milieu bourgeois a de quoi surprendre : elle s’est laissée tenter par la folie amoureuse, au risque d’attirer sur elle les regards critiques de son entourage. Une confession qui met en avant la femme comme sujet à l’amour, à l’autonomie et aux sentiments, choses qui étaient très mal venues de la part d’une femme dans les années 1930 (date approximative de publication de la nouvelle). J’apprécie ce côté là de l’histoire ; en revanche, j’abhorre la façon dont Zweig a développé ce personnage féminin : sentiments exacerbés, naïveté extrême, manque de répartie… il n’y a pas à dire, le portrait dressé de cette femme n’est pas très élogieux et aurait mérité plus de caractère.

De plus, les émotions sont nombreuses, certes, mais le fait que la nouvelle soit courte et intense ne me permet pas d’en ressentir toute la profondeur. Je suis quelqu’un qui aime bien prendre le temps d’assimiler les choses, de les découvrir, de les ressentir passionnément. Et là, tout arrive par vagues consécutives, nous frappant de plein fouet, sans qu’on y soit préparé. Il y a de quoi être déstabilisé, vous ne croyez pas ? Le fait est donc que je n’ai pas ressenti autant d’émotions que ce à quoi je m’attendais.


 Une nouvelle superbement narrée, mais qui ne m’a pas totalement convaincue. Les émotions trop froides m’ont empêchées d’entrer plus profondément dans la psychologie des personnages. A lire quand même, pour découvrir comment vingt-quatre petites heures peuvent changer la vie d’une femme. 

Ma note : 6,5/10

 

Roman

La vengeance du pardon


La vengeance du pardon de Eric-Emmanuel Schmitt

325 pages, éditions Albin Michel, à 21,50€


Résumé : Recueil de quatre nouvelles : deux soeurs jumelles que tout oppose moralement s’aiment et se haïssent tout au long de leur vie, un homme jouisseur abuse d’une fille candide et lui arrache son enfant, un père dur et fermé s’humanise au contact de sa petite fille avec qui il se plonge dans le lecture du «Petit Prince» et une femme rend régulièrement visite à l’assassin de sa fille en prison.


Extraits :  « La solitude est un royaume dont certains voient le trône, d’autres les frontières.« 

« Si l’émotion d’une naissance exalte, rien ne dépasse l’émotion d’une renaissance car on la perçoit en pleine conscience.« 


Mon avis : Eric-Emmanuel Schmitt m’époustoufle par son imagination débordante et sa capacité à se réinventer en permanence. Aucun de ses livres ne se ressemblent, puisque chacun puisent dans des inspirations diverses, qui produisent des thématiques variées, toujours renouvelées.

Dans La vengeance du pardon, ce n’est pas une, mais quatre histoires que l’auteur nous offre. Ce sont quatre courtes nouvelles à la densité monstre, qui ont toutes le point commun de parler du pardon. La première s’intitule Les soeurs Barbarin et met en scène deux soeurs jumelles, identiques physiquement mais différentes psychologiquement. L’une est jalouse de l’autre, et fait tout pour se montrer supérieure, quitte à être injuste et méchante. Quant à l’autre, aveuglée par ses sentiments d’amour envers sa jumelle, elle ne peut que pardonner le comportement de sa soeur. La vengeance et le pardon du titre du recueil, sont ici parfaitement mis en scène.

La seconde nouvelle s’appelle Mademoiselle Butterfly, et c’est la nouvelle que j’ai préféré des quatre. William, jeune adolescent en vacances avec ses copains, décide de répondre à un défi lancé par l’un deux et de coucher avec Mandine, une jeune paysanne avec un retard mental. Quelques mois plus tard, rentré dans son monde bourgeois parisien, il apprend que Mandine attend un enfant. Pendant des années, il va occulter son rôle de père et totalement oublier Mandine et son fils. Jusqu’au jour où son fils deviendra son seul espoir de devenir riche et de reprendre la banque familiale. S’ensuit une marche vers le pardon, pour racheter son comportement aux yeux de Mandine.

La troisième nouvelle est celle qui a donnée son nom au recueil : La vengeance du pardon. C’est l’histoire de Élise, une jeune mère, amputée de sa fille par un homme, qui l’a violé puis assassiné. Depuis de nombreuses années, Élise, meurtrie par la tristesse et la solitude, se rend au parloir, pour rendre visite à l’homme qui a tué sa fille. Elle veut comprendre les raisons de son acte, et lui faire regretter son geste. Cette nouvelle, presque dénuée d’actions, est entièrement tournée vers la psychologie des personnages. On sonde leurs paroles, leurs comportements, leurs actes… tout est travail de réflexion et d’analyse. Encore une fois, vous verrez que le titre du recueil « La vengeance du pardon » s’accorde à merveille avec cette nouvelle, puisque le pardon est la plus belle vengeance que pouvait faire Élise au meurtrier de sa fille.

Enfin, la dernière nouvelle du recueil s’appelle Dessine-moi un avion. Les plus aguerris auront sans peine reconnus la référence au Petit prince de Saint-Exupéry et pour cause : c’est le livre qu’un vieil homme lit chaque jour à une très jeune fille, qui est aussi sa voisine. Ensemble, ils découvrent la célèbre histoire écrite par Saint-Exupéry. La jeune fille, tout comme le vieil homme, se passionnent pour ce conte, mais aussi pour l’auteur, qu’ils apprennent à connaître davantage. Mais cet apprivoisement va permettre de mettre au grand jour des secrets inavoués par le vieil homme.

 Comme d’habitude, Eric-Emmanuel Schmitt fait un travail remarquable sur la psychologie des personnages, puisque que chaque personne qu’il met en scène a une épaisseur psychologique incroyable, que l’on pourrait passer des heures à observer. Chaque histoire a sa particularité, toutes sont belles, touchantes et humaines. Elles nous donnent à réfléchir sur ce que c’est que le pardon, sur comment pardonner, pour ensuite pouvoir se reconstruire. Mais le pardon n’est pas la seule thématique mise en scène. L’auteur fait cohabiter dans ses nouvelles le pardon et la vengeance : deux antonymes, qui se fondent l’un dans l’autre et s’adaptent parfaitement à chacune des histoires.

La particularité des nouvelles, c’est qu’il y a toujours un retournement final inattendu. Ça n’a pas loupé avec les quatre nouvelles de ce recueil, puisque chacune ont apportés leur lot de surprises. Si certaines fins étaient plus prévisibles que d’autres, j’ai beaucoup apprécié ces chutes finales, qui donnent volume et dynamisme au récit.


Ce magnifique recueil de quatre nouvelles donne à réfléchir sur deux thématiques contradictoires : se venger ou pardonner ? L’écriture est belle, accessible et efficace. Les nouvelles sont denses et les personnages bien travaillés. C’est un livre coup de coeur, que je vous recommande de lire.

Ma note : 10/10
Littérature américaine·Roman

Body


Body de Harry Crews

305 pages, éditions Folio


Résumé : Une jeune fille au nom improbable de Dorothy Turnipseed quitte sa ville natale avec des projets plein la tête. Sous la férule implacable de l’entraîneur Russell « Muscle » Morgan, gourou du body-building, elle devient Shereel Dupont, une des principales candidates au titre de Madame Univers.
C’est alors que la famille de Shereel, des péquenots qui promènent joyeusement leurs masses graisseuses, débarque dans l’hôtel de grand luxe où se tient le concours de Monsieur et Madame Univers…
Dans une prose tendue et efficace, Harry Crews nous conte une hallucinante histoire d’excès et de limites qu’il mène jusqu’à son final explosif.


Extraits :  « La vérité, c’est que j’ai jamais aimé rien d’autre que gagner. Autrement dit, vaincre les autres. Dans la vie, il y a les vainqueurs et les vaincus. J’ai pas fait souffrir ma mère à la naissance pour faire partie des vaincus.« 

« Derechel il péta. Cette fois, pet long et gras. Qui n’échappa pas à l’oreille exercée de Friedkin. Il était formellement interdit au personnel du Blue Flamingo de péter pendant les heures de travail. Tous les employés – jusqu’aux plongeurs – étaient mis en garde contre l’ingestion d’aliments tels que les choux, les cacahuètes et, surtout, les redoutables haricots secs. Les clients d’un des palaces de Miami Beach étaient en droit d’être à l’abri des vents à moins que, naturellement, ils n’en fussent les auteurs.« 


Mon avis : Les éditions Folio affichaient en lettres capitales sur la page de couverture de ce roman, qu’il était placé dans leur catégorie « policier » ; chose qui m’enthousiasmait particulièrement. Or, j’ai découvert, très déçue, qu’il n’y avait point de trace de disparition, de meurtre ou d’enquête dans cette histoire. Folio devrait revoir sa catégorisation, puisqu’elle peut mener à de grandes désillusions.

Bien qu’affectée par ce manque d’enquête policière, comme j’avais largement débuté ma lecture, j’ai prit la décision de la continuer quand même. C’est l’histoire de Dorothy Turnipseed, rebaptisée Shereel Dupont, une championne de bodybuilding, qui s’apprête à concourir pour le titre de Miss Cosmos. Soutenue par son coach Russell, elle va également recevoir le soutien de l’intégralité de sa famille, qui ont fait le déplacement pour venir assister au show. Mais la concurrence est rude : bien que favorite au titre, Shereel devra combattre contre Marvella, une bodybuilder noire, qui a déjà remporté d’autres titres face à elle.

Harry Crews nous plonge en plein dans ce monde très sélect – et très spécial – des bodybuilders. On suit le quotidien de Shereel avant le show final. Privations alimentaires, efforts physiques quotidiens, forces mentales, sont le lot quotidien de chaque bodybuilders. Ce sont des heures de travail et de souffrance qui précèdent les performances.

J’ai été assez surprise de trouver, dans ce roman à la thématique studieuse, un côté grotesque. En effet, l’entourage familial de Shereel, est composé de personnages décalés. Alors que leur fille est une championne à la musculature impeccable, il est étrange de constater des corps gras et gros chez sa mère et sa soeur. On peut également constater un manque de civisme, de culture et d’intelligence chez tous les membres de sa tribu (père, frère, fiancé…). Des personnages haut en couleurs, en marge de la société, qui comptent comme ligne directrice des récits de Harry Crews. On peut dire que dans ce livre, comédie et tragédie sont mélangés avec astuce, nous servant tout à la fois un roman à l’humour grinçant mais à la gravité certaine.


Ne vous laissez pas avoir : Body n’est pas un roman policier, mais bien une histoire déjantée sur le monde du bodybuilding. Grâce à sa progression dramatique, cet opus vous offrira une histoire comico-tragique, avec un final explosif. Intéressant et bien écrit, j’ai passé un bon moment de lecture. 

Ma note : 6,5/10

Merci au site Livraddict, grâce à qui j’ai pu découvrir ce titre.

Roman

Celui d’après


Celui d’après de Jessica Cymerman

189 pages, éditions Charleston, à 17€


Résumé : Jean et Anna, c’est le couple que tout le monde envie. Jeunes, beaux, follement amoureux, tout leur réussit. Le mariage est prévu, la route est tracée.
Mais Jean meurt dans un accident. La vie de la jeune femme s’effondre. Les mois passent, le deuil se fait, petit à petit. Alors Anna décide qu’il faut qu’elle aille de l’avant. Et elle veut trouver l’homme parfait.
Mais l’homme parfait, c’était Jean, et Jean, elle l’a perdu. Alors elle se met en tête de trouver son parfait sosie. Et quand elle rencontre Frédéric, sa vie va changer…


Extraits :  « Tous les couples ont un hymne, un air qui leur provoque de la joie, une mélodie qui résonne comme un écho à leur bonheur.
Parfois même lorsque cet air passe à la radio, si on s’approche bien des amoureux il n’est pas rare de voir apparaître un début de sourire complice à la commissure de leurs lèvres, comme pour dire « c’est notre chanson, nous on sait ».« 

« A dix-huit ans c’était une folie.
A vingt ans c’était une évidence.
A vingt-cinq ans une certitude.
Nous allions nous marier, avoir des enfants et être heureux jusqu’à ce que la mort nous sépare.
Et ce fut le cas. »


Mon avisNon, non, non ! Quelle déception, mais alors quelle déception… Je n’ai accroché ni à l’histoire, ni aux personnages, ni au style d’écriture de l’auteure…

L’histoire est simple : Anna et Jean sont un couple d’amoureux, qui vont bientôt se marier. Mais Jean va brutalement décéder dans des circonstances grotesques (il est tombé dans des marches d’escalier), laissant Anna seule et abattue. La jeune femme n’arrive pas à combler le vide laissé par Jean, c’est pour cela qu’elle va tenter de mettre la main sur le sosie de Jean. Pour se faire, les moyens les plus abjectes sont mis en oeuvre : comme la sélection d’escort boys, prêts à se plier aux règles stricts d’Anna.

Le message que voulait donner à voir l’auteure est bien pensé, et avait pour but de délivrer un filet d’espoir aux personnes ayant perdus un être cher. On peut toujours se reconstruire et continuer à vivre, puisque la vie continue. Mais l’auteur met en scène ce message d’une manière tellement maladroite que ça en devient ridicule. L’auteure tente par exemple d’incorporer des touches d’humour dans un sujet gravissime. Mais rires et larmes sont incompatibles. Ainsi, les tentatives d’ironie de l’auteure ne m’ont pas atteintes ; je suis restée de marbre, passablement choquée, même, par tant d’allégresse suite à tant de perte. Parler de la mort avec autant de légèreté peut en rebutant certains… dont moi !

De plus, je m’attendais à ressentir pleins d’émotions (joie, pleurs…), mais je n’ai absolument rien ressenti. Le style d’écriture de Jessica Cymerman est trop brutal et ne laisse pas le temps aux sentiments d’arriver et de s’installer.

Par ailleurs, je n’ai pas réussi à cerner la protagoniste, qui est, aux premiers abords, très froide, et qui ne laisse pas voir ses sentiments. Elle a des réactions improbables, et pense d’une manière extrêmement bizarre. J’avoue que cette Anna m’a mise mal à l’aise durant toute ma lecture.


 Une lecture éclair, qui me laisse un arrière-goût âcre en bouche. Je ne partage en aucun cas la vision de l’auteure sur la mort, que je trouve bien trop légère et inconsidérée. Rien ne m’a plût dans ce récit (si ce n’est la couverture). Amis lecteurs, passez votre chemin. 

Ma note : 3/10