LX18


LX18 de Kamel Benaouda
277 pages, éditions Gallimard jeunesse, à 15€


Résumé : Redoutable soldat, LX18 est le fruit d’un traitement génétique et hormonal qui l’a privé de toute émotion. C’est un Altéré. Lui et ses semblables ne connaissent que la guerre. Jusqu’au jour où les négociations de paix aboutissent. Devenus inutiles, les Altérés sont envoyés dans différents lycées du pays pour s’intégrer à la population civile. LX18 se retrouve parachuté en 2nde 5 au lycée Marie Shelley avec Amir, Philomène et les autres…


Extraits : « – Si j’ai bien compris, monsieur, on les appelle des « Altérés » parce qu’ils ont subi une modification génétique et hormonale, dans le but de ne plus ressentir les émotions comme nous. C’est bien ça ?
– Tout à fait, Dimitri.
– Donc, peut-on vraiment les considérer comme des êtres humains ? En biologie, on a appris que même les animaux étaient capables d’empathie. »

« À mon sens, lorsqu’on fait face à une situation complexe, il faut faire la différence entre ce qui est à notre portée et ce qui ne dépend pas de nous. Parfois, il arrive des choses qu’on préférerait éviter, il y a toujours des imprévus. Dans ces cas-là, on a deux options : se rejouer le scénario idéal qu’on attendait ou avancer avec les cartes qu’on a en main. »


Mon avis : En période de crise mondiale, alors que la Russie a attaqué l’Ukraine, provoquant une guerre terrible, avec des retentissements mondiaux et des morts par centaines, tant civils que militaires, que serait-il advenu de la guerre si des soldats, nés pour combattre, avaient étaient créé ? C’est ce qu’a imaginé Kamel Benaouda. Ces soldats, les Altérés, fruit d’un traitement génétique et hormonal qui les prive de toutes émotions, sont endoctrinés dès l’enfance, préparés à combattre pour protéger leur Patrie. Mais lorsque des accords de paix sont signés, leur vie perd toute utilité. Les chefs de guerre décident de les intégrer au monde civil, en envoyant les plus jeunes suivre une scolarité normale en lycée. Mais leur intégration est ardue, les lycéens normaux les rejettent, ils les voient comme des êtres dénués de sentiments, nés pour tuer, incompatibles avec leur monde.

Parmi la myriade de soldats, nous suivons en particulier LX18, rebaptisé Hélix, pour se fondre plus facilement dans la masse. Humilié, insulté, parfois tapé, il n’arrive pas à s’intégrer. Seule Philo, une jeune fille en couple avec Dimitri, la brute du lycée, l’épaule partiellement, puisqu’ils ont été désignés pour interpréter une pièce de théâtre ensemble. Un défi de taille pour ce soldat qui ne comprend pas les émotions. Mais au contact de la jeune fille, et particulièrement de la littérature et de l’art en général, Hélix va doucement changer de comportement.

La littérature a une place importante dans le processus de construction identitaire d’Hélix, qui découvre progressivement les classiques du genre et apprend à les apprécier pour ce qu’ils sont. Kamel Benaouda a d’ailleurs inséré un glossaire final avec tous les titres évoqués, afin que les personnes intéressées puissent à leur tour lire les ouvrages qui ont contribué à l’ouverture au monde de notre héros.

J’ai apprécié découvrir cette dystopie. Assez dynamique, elle nous permet surtout de réfléchir sur certaines questions de société : accepter la différence et être tolérant, notamment. Car le comportement des lycéens envers Hélix et ses semblables peut facilement être mis en parallèle de notre monde moderne, qui rejette les personnes qui n’entrent pas dans un moule, ou se contente de les mépriser avec beaucoup de haine.

Enfin, j’ai beaucoup aimé le dénouement, que j’ai trouvé particulièrement inattendu, surprenant, mais totalement en phase avec l’histoire globale. Je vous laisse le soin de le découvrir par vous-même…


Une dystopie young-adult dynamique et agréable à lire, qui nous questionne sur des sujets de société comme la tolérance ou la différence. 

Ma note : 7,5/10

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ISBN : 978-2-07-516007-0

Paraddict


Paraddict de Pauline Pucciano
460 pages, éditions Gallimard jeunesse, à 19€


Résumé : 2071. Entre chaleur équatoriale et alertes à la bombe, le monde est en proie à l’insécurité et son gouvernement semble en panne de solutions… Flic désenchanté, adepte du Paraddict, un univers virtuel où la liberté individuelle a encore une signification, Alvar Costa enquête sur un meurtre qui risque de révéler un projet politique particulièrement dérangeant. Mais il va devoir composer avec son frère Abel et leur soeur aînée, Elzé. Ces deux-là se sont fait une place dans les hautes sphères de la World Administration. Et ils entendent bien protéger à tout prix les secrets du gouvernement…


Extraits« Abel avait besoin de sensations fortes. De drogues, de danger, de défis. Lorsqu’il n’en avait pas, il avait l’impression de ne vivre qu’à moitié, dans une existence anesthésiée. »

« C’est comme ça que j’ai toujours vu le rôle du langage. Le langage déplie le réel. Il révèle sa forme interne, il lui permet de s’épanouir. »


Mon avis : Je suis assez déçue de cette lecture, longue et sans réelle saveur, qui pourtant, promettait une histoire créative et intéressante pour réfléchir sur le futur.

Nous sommes en 2071, dans un monde futuriste où vivent Elzé et ses deux frères, Abel et Alvar. Issus de la même famille, ces trois jeunes gens sont pourtant diamétralement opposés : l’une est une politique engagée, intellectuellement supérieure, elle fait le bonheur et la fierté de son père, Francis. Le jeune Abel vient de finir ses études et choisit de rejoindre l’Intellagency pour servir dans le renseignement. Enfin, Alvar est un policier chevronné, très attaché à son métier. Ce dernier tente justement de mettre en lumière le mystérieux décès d’un jeune homme issu des gens du voyage. Au milieu d’eux trois se trouve le Paraddict, un espace virtuel, lieu infini à explorer, où la création et l’imagination permettent une évasion sans limite.

Paraddict est finalement une dystopie assez politisé, qui disserte longuement sur la politique futuriste du pays, ses instances dirigeantes, les décisions prises et les conséquences qui en découlent sur les populations. Elzé est nommée secrétaire générale à la tête du gouvernement. Elle est épaulée par Terence Oxford, son plus proche conseiller et futur mari, mais aussi par Karl Courseul, son conseiller en communication, ainsi que par une équipe de scientifiques-chercheurs, qui ont consacré plus d’une vingtaine d’années de leur vie à un projet conséquent : Léviathan. Cette machine a la capacité d’aider à la gouvernance et aux choix politiques. Les avis divergent sur sa réelle utilité, mais Elzé est conquise par l’outil et ne se gênent pas pour profiter de son intelligence supérieure à tout être humain.

J’ai trouvé le récit vraiment très long. Il ne se passe finalement pas grand chose, pourtant les chapitres s’étirent en longueurs et en palabres inutiles, qui rendent indigeste et ennuyant l’histoire en elle-même. Enfin, les personnages, bien qu’assez intéressants de part leurs profils très différents, ne sont pas si attachants que ça. Aucun ne sort véritablement du lot : on ne s’attache à aucun d’entre eux, on reste totalement hermétique aux aventures qui peuvent leur arriver.


Un dystopie qui fait réfléchir sur les années à venir : intelligence artificielle, décisions politiques, mondes virtuels, surpopulation… quel sera notre futur ? Une fiction intéressante, mais qui manque cruellement de dynamisme.

Ma note : 3,5/10

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ISBN : 978-2-07-514175-8

La route


La route de Cormac McCarthy

244 pages, éditions de Noyelles


Résumé : L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d’une humanité retournée à la barbarie.
Cormac McCarthy raconte leur odyssée dans ce récit dépouillé à l’extrême.


Extraits : « On oublie ce qu’on a besoin de se rappeler et on se souvient de ce qu’il faut oublier. »

« Toutes les choses de grâce et de beauté qui sont chères à notre coeur ont une origine commune dans la douleur. Prennent naissance dans le chagrin et les cendres. »


Mon avis : À l’heure de la pandémie mondiale du COVID 19, alors que des millions de personnes à travers le monde se calfeutrent chez eux, terrorisés par la tournure des événements, j’ai choisi de lire La route, ce roman post-apocalyptique légendaire et terrifiant. Récompensé par le prix américain Pulitzer – Fiction en 2007, adapté au cinéma deux ans plus tard, plébiscité par les critiques, j’avais très envie de découvrir cette histoire, mondialement connue.

Le monde a été décimé, carbonisé, brûlé. Il ne reste de la Terre qu’un paysage lunaire : des cendres à perte de vue, des gravats par millions. Seule une poignée d’humains a réussi à survivre, dont un père et son jeune fils. Ensemble, ils traversent les routes, fuient ces terres de désolation, tentant vainement de chercher de la nourriture, de se protéger des conditions climatiques et de se cacher pour échapper aux autres humains.

Image tirée de l’adaptation cinématographique du livre

Après avoir entendu parler de ce classique de la littérature post-apocalyptique durant des années, je m’attendais à du grandiose… et j’ai été assez déçue. Ou plutôt, déstabilisée. Déstabilisée par l’écriture de Cormac McCarthy, d’abord. Son récit est une suite de descriptions froides, lointaines, épurées, dénuées d’émotions. Tout n’est que description fantomatique, qui a contribué à mettre une espèce de barrière entre moi et l’histoire qui se jouait sous mes yeux. Mêmes les protagonistes, le père et le fils, ne sont pas nommés : leurs prénoms ne sont pas mentionnés, tout comme leur histoire passée, qui demeure inexistante.

Le père et le fils veulent rejoindre la mer, au Sud, mais semblent quand même cheminer sans but précis. Ils marchent, se préoccupant seulement de ne pas mourir ni de faim, ni de froid et de survivre aux attaques potentiels de méchants. On en vient même à se questionner sur leur but ultime, qui semble très confus.

J’aurais souhaité avoir un éclairage de la situation plus en amont. Que s’est-il passé pour qu’on en arrive à cette situation ? Comment le monde a-t-il été décimé ? Comment certains ont-ils fait pour survivre ? Tant d’interrogations sans réponses, qui m’ont perturbées durant l’ensemble de ma lecture. Malheureusement, ces éléments manquant ne m’ont pas permis d’avoir une vision globale de l’histoire, de m’imprégner totalement de l’ambiance et des personnages.

En définitive, je ne sais pas vraiment si j’ai aimé ou non ce livre. Je regarderai certainement l’adaptation cinématographique pour tenter de me faire une autre idée de cette histoire. Sans doute qu’un éclairage nouveau me permettra peut-être de revoir mon jugement.

 


Un roman post-apocalyptique au style laconique, clinique et froid, qui sied parfaitement à l’ambiance générale du récit, mais qui m’a laissé de marbre.

Ma note : 5/10

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Le matin de Neverworld


Le matin de Neverworld de Marisha Pessl

315 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Un an après la mystérieuse mort de Jim, son petit copain, Béatrice n’a toujours pas revu leurs amis. Ils lui cachent quelque chose et la soirée des retrouvailles dérape : un homme étrange leur annonce qu’ils sont coincés au Neverworld et revivront sans cesse la même journée jusqu’à ce qu’ils prennent la décision la plus difficile de leur vie… Mensonges, peurs et sentiments : les masques tombent dans la bande d’amis. Qui sortira vivant du Neverworld ?


Extraits « Dans la vraie vie, il n’y a pas d’entrée triomphale. En tout cas, jamais comme dans nos rêves.
Dans nos rêves, on aimerait quelque chose entre la telenovela colombienne (cris, émotion brute, mascara qui coule) et un discours de Meryl Streep aux OscarTM (paroles chocs, accolades, tout le monde qui se met à chanter en choeur).
Dans la réalité, c’est juste bizarre. »
« – Moi, je vais vous dire ce que c’est que l’amour, annonça Martha en regardant le plafond. C’est le principe d’incertitude d’Heisenberg. Dès qu’on croit qu’il est là et qu’on veut le laisser s’exprimer, eh bien, il disparaît. Il réapparaît plus loin. Puis un peu plus loin encore. Puis ici. Quoi qu’on fasse, on ne peut ni l’enfermer ni le contenir. »

Mon avis : Béatrice a perdu brutalement son petit ami un an plus tôt. Depuis, elle n’a plus revu leur bande de copains communs. Un beau jour, ni tenant plus, elle décide de reprendre contact avec eux, pour résoudre le mystère de la mort de Jim. Mais la soirée dérape : Béatrice et ses amis ont un accident de voiture qui va les plonger dans un univers parallèle appelé Neverworld. Là-bas, un vieil homme leur explique qu’ils vont revivre la même journée éternellement, jusqu’à ce que chacun se mette d’accord : qui survivra et sortira du Neverworld ?

Ça faisait longtemps que je n’avais pas lu une dystopie jeunesse comme celle-ci, et je dois dire que cela fait du bien. Marisha Pessl est une auteure que je ne connaissais pas, mais j’ai bien apprécié découvrir sa plume. Elle nous entraîne dans cet univers parallèle et arrive à nous faire croire, avec beaucoup de facilité, que l’impossible peut devenir possible. J’ai beaucoup aimé l’immersion dans cet espace-temps singulier, où le temps ne passe plus, où tout est figé, répété à l’infini. Quand on se met à la place des personnages, c’est assez glaçant comme sensation.

Ce roman pourra vous faire penser à des films très connus, je pense notamment à Un jour sans fin, du réalisateur Harold Ramis, qui raconte l’histoire d’un homme qui revit encore et encore la même journée. Marisha Pessl a sans doute du s’inspirer de ce film pour écrire son livre, mais les similitudes s’arrêtent ici. En effet, l’auteure incorpore une dose de fantastique en plus, avec la possibilité de voyager dans le temps et de se téléporter  à sa guise. L’action également ne manque pas dans Le matin de neverworld, puisque c’est une réelle enquête que Béatrice, notre protagoniste, va tenter de résoudre, en cherchant la cause véritable de la mort de son petit ami Jim.

Chacun des amis de Béatrice semblent cacher un lourd secret concernant la mort de Jim. Ils éludent tant bien que mal, mais on ressent aisément qu’ils sont au courant de quelque chose de déterminant dans sa mort. La lumière se fera uniquement au dénouement du récit, et la révélation finale se voudra assez étonnante. Retenez une chose : il ne faut jamais se fier aux apparences.


Une très bonne dystopie jeunesse, remplie d’actions et de suspenses. Je vous recommande vivement ce livre !

Ma note : 8/10

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Agence 42, tome 2 : Predict


Agence 42, tome 2 : Predict de François Rochet

276 pages, éditions Hachette romans, à 15,90€


Résumé : Paris, Décembre 2028.
L’attaque d’un fourgon blindé ébranle une Europe désormais non-violente, qui ne sait plus gérer ce genre de situation.
Quelques heures plus tard, Julia et Noah sont confrontés à la mort subite d’un de leurs anciens collègues.
Un lien existe-il entre les deux événements ?
Et que cache Netnovae, cette mystérieuse société qui s’est hissée en quelques années parmi les entreprises les plus riches de la planète ?
Embarqués malgré eux dans cette affaire obscure, Julia et Noah devront une fois de plus faire appel à de vieilles connaissances pour s’en sortir.


Extrait « Elle frissonna et but une gorgée de thé pour se réchauffer. Comment imaginer que tout ce qu’elle ressentait, vivait, touchait n’était qu’un programme informatique et n’avait aucune réalité physique ? Même ce liquide chaud qu’elle avalait n’existait pas. »

Mon avis : Il y a quelques mois déjà, je découvrais la saga Agence 42 de François Rochet à travers le premier tome,  Terrans. Ce dernier m’avait particulièrement intrigué, notamment grâce à l’histoire originale dépeinte et à l’expérience de lecture novatrice offerte par l’auteur. C’est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers le second tome, Predict.

Dans celui-ci, nous retrouvons l’ensemble des personnages présents dans le premier volume. Julia, à la tête de l’Agence 42 et son compagnon, ainsi que les membres de l’Agence, Franck, Mary et Ben. Julia va mandater ces derniers sur une nouvelle affaire : celle de Netnovae. Une société secrète et mystérieuse, qui a prospéré très rapidement, mais dont les contours ne sont très nets. Un nouveau défi attend les membres de l’Agence 42, la course contre la montre est lancée !

Comme dans le premier tome, nous retrouvons ces deux mondes parallèles : le monde réel de Julia et le monde virtuel des Terrans (autrement dit les membres de l’Agence 42, qui ne sont autre que des personnages de jeux vidéos qui ont pris conscience de leur existence). Et pour compliquer davantage les choses, François Rochet incorpore une nouvelle dimension à l’histoire : un troisième monde dans lequel vont être téléporté les terrans, pour combattre la société Netnovae et arrêter les massacres qu’ils perpétuent dans le monde réel. Car ce troisième monde virtuel est intréséqument relié au monde réel, il se nourrit de toutes les données du monde pour coller au plus près de l’existant. Glaçant.

L’auteur nous a habitué à de l’action dans Terrans, et Predict ne fait pas exception à la règle, puisque les chapitres s’enchaînent avec fluidité et rapidité, tant et si bien que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher le cours de ma lecture. Impossible de reposer ce livre, tant j’étais prise dans l’action : je voulais à tout prix connaître la fin du récit !


Un second tome à la hauteur du premier : adrénaline, mystères et actions jalonnent l’ensemble des chapitres. J’en redemande !

Ma note : 7,5/10

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