Littérature italienne·Romance

La petite herboristerie de Montmartre


La petite herboristerie de Montmartre de Donatella Rizzati

412 pages, éditions Charleston, à 22,50€


Résumé : Paris, novembre 2004.

Viola Consalvi passe pour la première fois la porte d’une herboristerie tout près de la rue Lepic, à Montmartre. Pour cette passionnée de naturopathie, la découverte de ce lieu hors du temps est un véritable coup de foudre. Au contact de cet endroit magique et de sa propriétaire, Gisèle, la jeune étudiante est confortée dans son choix d’étudier la médecine alternative, choix que n’a hélas pas accepté sa famille. Son diplôme en poche, Viola retourne à Rome et rencontre l’amour en la personne de Michel. S’ensuivent six ans de bonheur, qui volent en éclat quand Michel décède brutalement d’un arrêt cardiaque. Bouleversée, anéantie, Viola se sent basculer. Au plus fort de la tourmente, une idée lui traverse soudain l’esprit : et si elle retournait à Paris, là où tout a commencé ?


Extraits :  « Ma petite, une vie entière ne suffit pas pour tout apprendre. Mais ceux qui arrêtent de chercher se condamnent à mourir.« 

« Manger, ce n’est pas juste un besoin humain. C’est beaucoup plus, ça appartient au monde des émotions, la cuisine reflète une précision, une envie de bien faire. Dans certains cas, c’est même une déclaration d’amour qui se passe de mots. »


Mon avis : La petite herboristerie de Montmartre, c’est une bouffée d’air frais que j’ai lu dans climat étouffant d’été. Une histoire paisible et relaxante, qui m’a apporté plaisir et détente.

Après le décès subit de son mari, Viola, une jeune trentenaire italienne, perd goût à la vie. Pour changer d’air et se ressourcer, elle décide de retourner à Paris, ville où elle a réalisée ses études de naturopathe, et où elle a rencontré Gisèle, gérante d’une boutique d’herboristerie, devenue une très grande amie. Elle replonge avec extase dans ce lieu magique de la boutique de l’herboristerie, et réapprend peu à peu, à vivre, à prendre soin d’elle, à aimer.

C’est une histoire poétique qui met en avant une jeune femme, abattue par le deuil, qui va aller de l’avant pour tenter de se reconstruire. Mais rassurez-vous, point d’atermoiements dans ce roman, seulement des touches d’espoir et une légèreté qui donne du baume au coeur. De belles leçons de vie vous y attendent.

Pour les plus téméraires, des petites recettes à base d’herbes sont disséminées ici et là dans le roman. Ainsi, au fil de votre lecture, vous pourrez découvrir différents remèdes, notamment pour rétablir l’équilibre du cinquième chakra, pour préparer un bain relaxant parfumé au miel et au citron, ou encore pour apprendre à confectionner des huiles essentiels au lavande. Des recettes qui vous feront vous sentir mieux, en accord avec vous-même et avec la vie.  En tout cas, j’en ai repéré quelques-unes, que je vais sans doute tester prochainement…
Donatella Rizzati met en avant un concept de médecine traditionnelle, qui vise à améliorer l’organisme par des moyens naturels et biologiques. J’ai apprécié découvrir ce monde à part que je ne connaissais pas. J’ai beaucoup aimé découvrir la boutique atypique de Gisèle, une herboristerie traditionnelle, comme il n’en existe que trop peu dans le monde. C’est un lieu convivial, où il y fait bon vivre. En tout cas, j’aurais adoré trouver ce genre de boutique dans les villes où je me rends, flâner entre les rayonnages, respirer les nombreux parfums et embruns qui se dégageaient des fioles…

Une histoire légère et paisible, à lire idéalement l’été. Vous n’y retrouverez pas de prise de tête, seulement de bons moments de lecture, qui vous apporteront une paix intérieure et un calme relatif. Une romance vite lue… mais vite oubliée aussi.  

Ma note : 6/10

 

Littérature italienne·Nouvelles

Le K


Le K de Dino Buzzati

285 pages, éditions Le Livre de Poche, à 6,50€


Résumé : Dans ce recueil de nouvelles réunies en 1966, on trouvera la meilleure veine de Buzzati : « une littérature fantastique qui naît d’un équilibre heureux entre les grands sujets du genre et la réalité quotidienne ». « Buzzati connaît bien son métier : il sait fabriquer des histoires, distiller la peur, conjuguer l’humour et l’émotion, jouer avec les sentiments, manier l’effet de surprise » (F. L.).

Extraits :  « C’est un vieillard fatigué qui ne peut plus fournir un quotient normal de productivité, il n’est plus capable de courir, de rompre, de haïr, de faire l’amour. Et alors, en conséquence, il est éliminé. Bientôt les employés municipaux arriveront et le jetteront à l’égout.« 

« Parce que les animaux qui ignorent la souffrance de de la solitude sont capables de s’amuser tout seuls, mais l’homme au contraire n’y arrive pas et s’il tente de le faire, bien vite une angoisse encore plus forte s’empare de lui.« 

Mon avis : J’ai eu la chance d’étudier cette oeuvre de ce grand novelliste italien qu’est Buzzati dans mon cursus de lettres. Une lecture qui ne m’excitait pas à première vue, puisque je ne suis pas une adepte des nouvelles. Mais Dino Buzzati a su m’ensorceler et m’emmener dans son monde, un monde disjoint entre réalité et fantastique.

Beaucoup de ses nouvelles abordent le thème de notre société individualiste et de la possible rencontre que l’on peut faire de l’autre via le langage et les mots.

Le style d’écriture de l’auteur est personnel, et très travaillé. En effet, il joue avec les genres littéraires et mélange réalisme des descriptions et fantastiques des scènes narrées. Un mélange hétéroclite, qui met le lecteur au pied du mur, ne sachant trop où se placer et que croire.

Sa première nouvelle, qui a donnée son titre à l’ouvrage, Le K, est sans doute l’une de mes préférées. Elle raconte l’histoire d’une bête mystérieuse, qui choisie sa proie et la suit jusqu’à la fin de sa vie. Une nouvelle énigmatique et effrayante, qui se dénoue d’une façon étonnante.

Quant au Veston ensorcelé, l’image que veut faire ressortir Buzzati est limpide. Ce jeune homme, doté d’un manteau magique qui lui octroie des pièces d’or à chaque fois qu’il plonge la main dans ses poches, fait clairement penser au système capitaliste de notre société.

La Tour Eiffel est également l’une de mes nouvelles préférées de Buzzati. En s’appuyant sur un fait historique (la construction de la Tour Eiffel et ses 300 mètres de hauteur), il amplifie sa réalité et décide d’ajouter une touche de magie dans son récit. La Tour Eiffel continuera à grimper à l’infini, jusqu’aux nuages. Hélas, la médiocrité de la condition humaine, armé jusqu’aux dents, fait revenir les hommes du ciel sur terre. La réalité rattrape très rapidement la fiction.

Dans la nouvelle intitulée Jeune fille qui tombe… tombe, l’auteur nous met face à la futilité de la vie et nous renvoie en pleine tête notre mortalité. La jeune fille dégringole les étages de son immeuble et se retrouve vieille dame lorsqu’elle arrive tout en bas. Il y a de quoi frisonner.

Les bosses dans le jardin est également une nouvelle qui fait réfléchir à la mortalité de l’être humain, mais aussi à sa pérennité. Que restera-t-il de chacun une fois mort ? Une question que tout le monde s’est déjà posé une fois dans sa vie, mais qui malheureusement, ne peut trouver de réponse positive.

Je n’ai cité là que quelques-unes de mes nouvelles préférées. Le recueil en contient bien trop pour que je les aborde toutes l’une après l’autre. Néanmoins, un socle commun unie chaque nouvelle. En effet toutes font prendre conscience au lecteur de certaines choses qui régissent sa condition humaine. La futilité de la vie, sa mortalité, son rapport au monde et aux autres. Il nous inflige des leçons de morales bien dosées, qui agissent simplement et indirectement, via le fantastique. Grâce à ce subtil détournement fantastique, le lecteur revient plus brutalement au réel pour prendre conscience de sa nature et de l’image de la société.


Buzzati a un talent démentiel. A travers des nouvelles fantastiques simples de compréhension, il y cache de nombreuses interprétations possibles. C’est riche, profond, majestueusement écrit. Amusez-vous à replacer des éléments concrets sur toutes ces narrations si magiques. Réflexions et questionnements assurés (et bon moment de lecture, aussi) ! 

Ma note : 7,5/10
Littérature italienne

Ainsi va la vie

Ainsi va la vie de Fabio Volo
285 pages, éditions Michel Lafon, à 18,95€

 

Résumé : Ils étaient si heureux ensemble… que s’est-il passé ? Eux qui se sont trouvés, choisis et séduits dans une gare. Eux qui pouvaient s’enfermer des heures dans une chambre avec un « Prière de ne pas déranger » accroché à leur porte. Eux qui n’avaient besoin de rien ni de personne d’autre. Ensemble, ils semblaient si légers et inséparables. Eux qui aujourd’hui se trouvent chacun d’un côté de la pièce.
Le nouveau roman très attendu de Fabio Volo est une immersion dans le quotidien d’un couple dont l’amour évolue. C’est aussi le récit de la crise qui peut s’ensuivre après l’arrivée d’un enfant… À la passion succèdent les responsabilités et la difficulté d’être ensemble. Quand on s’est aimés passionnément puis éloignés, est-il possible de retomber amoureux ?

Extraits :  « J’ignore s’il existe un dessein divin, si les personnes qui se rencontrent sont destinées à le faire ou si la vie est seulement une série de coïncidences et d’inconnues agencées par le hasard. Je n’ai jamais eu une idée claire à ce sujet, je peux seulement dire que certains événements de notre vie évoluent de façon si synchronisée qu’ils laissent à penser qu’ils sont guidés par quelque chose. »
« Le secret d’une relation n’est pas de continuer à s’aimer, c’est d’accorder les deux personnes que l’on devient en étant ensemble. »

Mon avis :  Fabio Volo nous raconte la naissance de l’amour au sein d’un couple ainsi que l’évolution de leurs sentiments. L’auteur nous met face à nos angoisses et nos questionnements à tous : qu’est-ce que l’amour ? comment savoir quand on est amoureux ? l’amour diminue-t-il avec le temps, ou au contraire, se renforce-t-il ?

Sofia et Nicola tombent amoureux au détour d’une rue à Rome, alors qu’ils étaient tous les deux en déplacement. Pour eux deux, c’est le coup de foudre immédiat. Ils vont se revoir plusieurs fois, jusqu’à finalement officialiser leur relation. Les années passent, leurs vies commencent à changer imperceptiblement ; ils s’installent ensemble, ont plus de responsabilités et moins de liberté. Alors quand Sofia annonce à son conjoint qu’elle est enceinte, leur vie va prendre un nouveau tournant.

Ainsi va la vie, c’est à la fois un roman fictionnel, avec des protagonistes et une intrigue principale, mais aussi une sorte de recueil de développement personnel, qui parle de l’amour, de la vie de couple et des sentiments généraux. L’auteur nous met face à tous nos démons. A travers ces deux personnages, on se prend à réfléchir sur la naissance et la définition précise de l’amour. Qu’est-ce que l’amour ? Quand apparaît-il ? Comment être sûr de ses sentiments ? Mais ce n’est pas tout : l’auteur questionne la globalité d’une vie commune ; par exemple comment ne pas se lasser de son partenaire ? On découvre également les changements et/ou bouleversements qui accompagnent l’arrivée d’un enfant. Un enfant, c’est synonyme de responsabilités et d’éducation. Dès que l’on a décidé de s’occuper d’un enfant, nous sommes en devoir de le faire durant toute sa vie. Mais parfois, comme dans le cas de Nicola, un enfant peut s’avérer source de jalousie, de problèmes, d’éloignement et de doutes.

L’histoire est on ne peut plus réaliste, car ce genre de questionnements arrive presque à tous les coups dans chaque couple. On s’émeut des doutes et indécisions qui parcourent ce couple, surtout après avoir vécu/vu la passion qui les animait au tout début. On s’attache également rapidement aux personnages, notamment au protagoniste, Nicola, qui nous offre sa propre vision d’homme, sur ce que représente pour lui l’amour. Je regrette quand même de ne pas avoir pu profiter d’une vision plus féminine. Une narration en deux voix – Sofia et Nicola – nous aurait permis d’englober la situation et de comparer la vision de chacun.

Cette lecture est agréable et moderne, elle nous fait passer un bon moment, tout en soulevant en nous des interrogations. Mais Ainsi va la vie, ce n’est que des questionnements en continu, c’est surtout une majestueuse ode à l’amour et aux sentiments. Merci beaucoup aux éditions Michel Lafon et au site Livraddict pour cette belle découverte.

Ma note : 7/10
Autobiographie·Littérature italienne·Seconde guerre mondiale·Témoignage

Si c’est un homme

Si c’est un homme de Primo Levi,
213 pages, éditions Pocket
Résumé : « On est volontiers persuadé d’avoir lu beaucoup de choses à propos de l’holocauste, on est convaincu d’en savoir au moins autant. Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l’accumulation, on a envie de crier grâce.
C’est que l’on n’a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l’état du malheur. Peu l’ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l’air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n’est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n’est que futilité. » – Angelo Rinaldi
Extraits :  « Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre coeur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.
«  »C’est cela, l’enfer. Aujourd’hui, dans le monde actuel, l’enfer, ce doit être cela : une grande salle vide, et nous qui n’en pouvons plus d’être debout, et il y a un robinet qui goutte avec de l’eau qu’on ne peut pas boire, et nous qui attendons quelque chose qui ne peut être que terrible, et il ne se passe rien, il continue à ne rien se passer.  »

Mon avis :  Qu’il est dur de commenter et de noter un livre tel que celui-ci. Car, loin de tous les romans et documents historiques qui traitent de l’holocauste, Primo Levi dresse ici des souvenirs intimes et humains de cette terrible période. Critiquer ce livre, cela reviendrait à poser un jugement sur une vie entière.

C’est avec une grande objectivité que Primo Levi pose des mots sur des événements marquants. Ce juif italien, déporté avec des milliers d’autres vers les camps Allemands, raconte les horreurs vues et vécues, les ignominies faites par les nazis, les conditions de vie lamentables et les morts regrettables. A travers les souvenirs de l’auteur, on suit la vie menée par les détenus. Ils vivent dans des conditions déplorables, dorment à plusieurs dans des lits étroits et durs. Ils doivent travailler jusqu’à l’épuisement et n’ont qu’une infime part de ration alimentaire. Les plus forts physiquement et mentalement et les plus téméraires arrivent à s’en sortir, grâce au vol de matériels, qu’ils échangent ensuite contre des mets alimentaires. Mais les plus faibles ou les moins courageux partent dans les chambres à gaz.

Bien des années avant, Jean-Paul Sartre écrivait « L’enfer, c’est les autres« , quelques petits mots qui prennent sens avec ce livre. Les prisonniers doivent résister et survivre tandis que d’autres veulent les anéantir coûte que coûte.

Primo Levi réussit à rester vivant jusqu’à la libération des camps. Malheureusement, après avoir vécu de telles horreurs, il est dur de reprendre le cours d’une vie normale. C’est sans doute à cause de ce poids du passé trop intense qu’il se suicidera quelques années plus tard.

Un roman documentaire déjà largement étudié dans les collèges et lycées, pour faire connaître les atrocités perpétrés par les nazis et pour se souvenir des martyrs de cette époque. Si c’est un homme est un témoignage profond et poignant qui nous enseigne de nombreuses choses sur la nature humaine. A lire au moins une fois !

Ma note : 7,5/10

Album·Bande-dessinée·Littérature italienne

Pinocchio

Pinocchio
de Carlo Collodi, illustré par Jérémie Almanza
215 pages, éditions Soleil, collection Métamorphose
Résumé : Un monument de la littérature italienne, illustré entre légèreté et noirceur par Jérémie Almanza.
Cette très belle édition inédite traduite par Nathalie Castagné propose une immersion dans un imaginaire où la dualité est mise à l’honneur par l’illustrateur, Jérémie Almanza : personnages cartoonesques et véritables monstres, décors enchanteurs et environnements délétères… Son souhait, faire se côtoyer légèreté et noirceur.
Au coeur de l’Italie, Geppetto – vieillard solitaire – fabrique accidentellement dans un morceau de bois un pantin extraordinaire capable de parler, et dont le nez s’allonge à chaque mensonge…
Il l’appelle Pinocchio.
Extraits :  « On reconnaît tout de suite les mensonges, mon enfant, parce qu’il y en a de deux sortes : il y a les mensonges qui ont les jambes courtes, et les mensonges qui ont le nez long ; les tiens, justement, sont de ceux qui ont le nez long. »
« Mais l’appétit, chez les enfants, a vite fait de s’emballer ; et en effet, en quelques minutes, cet appétit devint une faim, et la faim, en un clin d’oeil, se transforma en une faim de loup, une faim à couper au couteau.« 

Mon avis :  Le très célèbre conte de Pinocchio, que j’ai tant lu et relu dans mon enfance, est ici modernisé et remis au goût du jour grâce aux sublimes illustrations de Jérémie Almanza.

Tout le monde connaît la genèse de Pinocchio : un petit morceau de bois est remis au scultpeur Gepetto, qui va tâcher de réaliser un pantin, qu’il nommera Pinocchio. On connaît tous aussi la particularité de ce petit pantin : à chaque mensonge profané, son nez s’agrandit. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est les nombreuses aventures que va vivre ce petit pantin intrépide.

Les nombreuses aventures de ce petit enfant m’a fortement rappelé un livre que j’ai lu récemment : La vie de Lazarillo de Tormès. Ces deux livres ont en commun la jeunesse de leurs protagonistes, la ruse dont ils usent, le grand nombre de virées qu’ils entreprennent et la moralité finale des histoires.

En effet, Pinocchio a ce que l’on peut appeler la bougeotte. Comme tous les enfants, il refuse d’aller à l’école. Comme tous les enfants, il fait preuve d’une grande naïveté qui le desservira. Il va suivre des personnages malhonnêtes qui lui promettre maintes choses, pour finalement tomber dans la désillusion, la solitude et la tristesse.
Mais malgré tout, c’est avec philosophie et bonne humeur que ce petit bonhomme fait sa bonbonne de chemin. Sans jamais se laisser abattre, il fait preuve de courage et de ruse pour toujours se sortir des situations les plus dangereuses auxquelles il fait face.

Ce petit album jeunesse, fait tout aussi bien le plaisir des plus grands. On s’amuse beaucoup des situations extravagantes et loufoques que produit Carlo Collodi. Cet auteur italien arrive à créer toujours une suite inattendue à l’histoire, de sorte que le lecteur ne s’ennuie jamais.
Les magnifiques dessins de Jérémie Almanza participent aussi à l’émerveillement du lecteur. Le petit Pinocchio évolue vraiment sous nos yeux. Un petit en-tête au début de chaque chapitre contribue à résumer le chapitre qui va suivre. Une bonne idée de concept, que j’ai bien aimé – quoique parfois, ma lecture de cet en-tête me gâchée la surprise du chapitre.

Juste pour le magnifique objet-livre, je vous recommande d’acheter Pinocchio. Le travail sur cet ouvrage a dû être fou… la collection Métamorphose a vraiment fait du bon boulot. Puis, pour ceux qui conserveraient une âme d’enfant, ou les adultes ayant soif d’évasion, je vous conseille grandement de vous jeter dessus. Une pure merveille !

Ma note : 9/10
Littérature italienne

Soie

dbc
Soie d’Alessandro Baricco.
142 pages, éditions Folio
Résumé : Au début, Hervé Joncour fait penser à un spectateur repu qui se refuserait à intervenir dans la pièce qui se joue, et qui pourtant parle de lui. Voyageur en quête d’oeufs de vers à soie, il se voit contraint, pour sauver les industriels de son village, d’effectuer une expédition « jusqu’au bout du monde ». Or, en 1861, la fin du monde, c’est un Japon qui sort à peine de son isolationnisme, et, qui plus est, de mauvaise grâce. Et c’est au Japon que la vie du héros prend un tour nouveau en croisant celle d’une femme mystérieuse.
Extraits : « Mourir de nostalgie pour quelque chose que tu ne vivras
jamais.« 

Mon avis : C’est avec une grande impatience et beaucoup d’envie que j’ouvre ce roman, pour découvrir, une seconde fois, l’écriture qui m’avait tant plût dans Novecento : pianiste. J’avais beaucoup misé sur cet auteur, et j’attendais de retrouver tout le mystère que j’avais décelé dans le livre cité précédemment. Et bien, il faut dire que je ne suis pas déçu, et qu’Alessandro Baricco a complètement convenu à mes attentes, bravo et merci !

De primes abords, ce qui frappe le lecteur dans les premières pages qu’il feuillette, c’est le peu de pages que contiennent chaque chapitres. Ça peut être un inconvénient, comme dans Une planète dans la tête écrit par Sally Gardner, où l’auteure n’apporte rien de plus à l’histoire, hors, ici, Alessandro Baricco tourne ce court nombre de lignes en atouts. On a l’impression que l’histoire est très rapidement, comme si le récit racontait était trop douloureux pour en décrire les moindres gestes. Le peu de pages que contient ce roman accentue cette idée de rapidité et de précipitation, desquels seul cet auteur a le secret.

Ce que j’adore plus précisément dans le style d’écriture de cet homme, c’est sa fidélité à sa personnalité. Beaucoup n’aiment pas le caractère cinglant, presque sans coeur avec lequel il déroule son histoire. Mais au contraire, c’est le cachet d’Alessandro Baricco, sa signature, le côté mystérieux qui doit le plus intriguer le lecteur.
Dans un même temps, son protagoniste reste identique à celui de Novecento : pianiste, et ne laisse rien transparaître. Le peu de dialogue présent dans le bouquin, retire un peu de plus normalité au personnage principal. Il ne parle pas, on n’a aucune idée de ce qu’il ressent réellement, il reste un espèce de paria (comme dans Novecento : pianiste, je le répète), un homme à part entière, singulier et unique en son genre. Il s’en fiche des codes et des coutumes, il vit sa vie simplement comme il l’entend, sans se soucier du lendemain. Et c’est ça, la vrai beauté de l’art d’Alessandro Barrico ; pour nous faire ressentir de tels choses, il faut avoir un sacré don, et une sacré maîtrise…!

Cet auteur est, et restera hors norme. Sa façon d’écrire est si originale, que personne ne peut arriver à le reproduire. Il a également beaucoup d’imagination, comme nous le montre ce roman-ci, et Novecento : pianiste. Il aborde de drôles de thèmes, que peu de gens auraient l’idée d’aborder.

Comme dans chaque dénouements d’Alessandro Baricco, il nous laisse avec une fin éphémère, en ne répondant qu’en partie aux interrogations que chaque lecteurs s’est posé au fil de sa lecture. Libre aux lecteurs d’imaginer la réelle fin de son histoire.

En tout cas, chaque livre de cet auteur est un pur délice ! Je sais que le peu de pages de ces romans font le charme de sa personnalité, mais j’aurais, à chaque fois, grandement apprécié continuer encore et encore à découvrir plus amplement la continuité de ses récits. Cet auteur se lit trop vite, ses histoires sont de réels coups de poings, et les personnages intriguent à tout les coups, quoiqu’ils fassent.
Une autre facette d’Alessandro Baricco, c’est sa manière de nous faire voyager. Dans les deux romans que j’ai pu lire de lui, il nous emmène à chaque fois dans des contrées lointaines et reculées, où la vie semble autant magique qu’horrifiante. Il nous fait découvrir de nouveaux horizons, qui ont l’air, à le lire, sorties de nulle part, descendues du ciel, à la limite de l’imaginaire. J’en redemande encore…

Si vous n’avez jamais lu de roman de cet auteur, je vous le conseille amplement . Il se classe dorénavant dans la liste de mes auteurs favoris. C’est avec un énorme plaisir que j’aimerais continuer à découvrir plus en profondeur ses superbes oeuvres.

Ce roman a été adapté au cinéma, mais en regardant la bande-annonce, je n’ai pas retrouvé la magie et le mystère tant recherchés chez Alessandro Barrico. Je ne pense donc pas regarder ce film, même s’il reste, sans doute, très fidèle au roman.

Ma note : 8/10
Littérature italienne

Novecento : pianiste

dbc
Novecento : pianiste
de Alessandro Baricco.
87 pages, éditions Folio à 7,84€

 

Résumé : Né lors d’une traversée, Novecento, à trente ans, n’a jamais mis le pied à terre. Naviguant sans répit sur l’Atlantique, il passe sa vie les mains posées sur les quatre-vingt-huit touches noires et blanches d’un piano, à composer une musique étrange et magnifique, qui n’appartient qu’à lui: la musique de l’Océan dont l’écho se répand dans tous les ports.

Extraits : « Et il savait lire. Pas les livre, ça tout le monde peut, lui, ce qu’il savait lire, c’était les gens. »
« Les souvenirs, c’est tout ce qu’il te reste quelquefois, pour sauver ta peau, quand t’as plus rien. C’est un truc de pauvre, mais ça marche toujours.« 
Mon avis : Novecento : pianiste, est un monologue, qui a également été interprété dans un spectacle. Ce livre se lit d’une traite, il est facile et agréable à la lecture.
Dans ce roman, Novecento, personnage très mystérieux, troublant et hors du commun, nous conte son amour pour le piano, mais également pour l’Océan, où il a passé toute sa vie à jouer.
Plaisant et sympathique à lire, j’ai été transporté au milieu de l’Océan avec comme musique de fond, la mélodie du piano que le grand Novecento jouait à longueur de temps. Très bon livre, j’aurais néanmoins volontiers voulue en découvrir un peu plus sur la personnalité de Novecento, qui est resté un peu voilée toute la durée de l’histoire.

 

Ma note : 8/10