Amore 14


Amore 14 de Federico Moccia

603 pages, éditions Le Livre de Poche, à 6,95€


Résumé : Amore 14, c’est le journal intime de Carolina, adolescente de quatorze ans qui vit à Rome. À ce cahier, elle confie tout, ses doutes et ses espoirs, ses relations avec ses meilleures copines, les disputes dans la famille, notamment entre son frère aîné et son père.
C’est vers son journal qu’elle se tourne quand son grand-père meurt, quand son frère quitte la maison familiale, après une violente scène avec son père. Mais la vie de Caroline, c’est aussi des coups de cœur.
Notamment pour Massimilliano, qu’elle a rencontré dans un magasin de disques. Un seul regard et c’est le coup de foudre. Il la suit hors du magasin, lui offre un CD, lui donne son numéro de téléphone. A peine rentrée chez elle, Carolina découvre qu’on lui a volé son portable…
Une vision étonnante de réalisme et de candeur qui dit tout sur l’allégresse des premiers troubles de l’adolescence, sur ses cruelles désillusions aussi, avec une exquise tendresse…


Extraits « Et puis… le bonheur. On dirait un mot facile, mais je crois qu’en fait c’est un mot très difficile, c’est-à-dire que tout le monde en parle mais personne ne sait vraiment ce que c’est, et surtout où on peut le trouver. »
« Nous montons au quatrième étage. Et il y a un de ces silences… tu sais, ces silences, plus ils durent plus ils sont longs, plus ils sont longs et moins tu trouves quelque chose à dire ; et moins tu trouves quelque chose à dire plus tu as hâte qu’on arrive. »

Mon avis : Longtemps présent dans ma Pile à Lire, j’ai décidé, un beau jour de printemps, de sortir Amore 14 de mon armoire, pour le découvrir tranquillement installée sur mon transat. Je pense que le timing était idéalement choisi, puisque ce roman feel good et solaire se déguste par beau temps uniquement.

C’est l’histoire d’une bande de copines, Alis, Clod et Caroline, qui vont vivre les aventures de milliers d’autres filles : les premiers petits copains, les soirées entre copines, les mensonges aux parents, les disputes, les crises de jalousie… On se retrouve un peu à travers elles, dans des situations qui peuvent ressembler à des situations que nous avons nous-mêmes vécues.

L’histoire se passe en Italie, et l’auteur nous fait véritablement voyager dans son beau pays à travers toutes les pages du livre. C’est bon de se retrouver à déambuler dans les rues de Rome, une magnifique ville que j’affectionne tant, de découvrir des coins peu touristiques, de voir la ville sous l’oeil de vrais habitants, qui savent l’apprécier différemment que les touristes.

Écrit comme une sorte de journal intime amélioré, ce roman, sans être non plus exceptionnel, permet de nous faire passer un agréable moment. On se prend rapidement d’affection pour Caroline, notre protagoniste, pour sa famille, en particulier son grand frère RJ et ses grands-parents maternels, on se marre à ses côtés, on est tantôt émus, tantôt vexés, énervés, attendris… Federico Moccia nous fait passer à travers tout un spectre d’émotions qui représentent, en définitive, la vie telle qu’elle est réellement.


Federico Moccia vous emmène à Rome, découvrir la vie quotidienne de Caroline, une jeune fille pétillante et solaire. Une histoire feel good idéalE pour décompresser l’été. 

Ma note : 6,5/10

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La goûteuse d’Hitler

La goûteuse d'Hitler Rosella Postorino


La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

382 pages, éditions Albin Michel


Résumé : 1943 : Rosa Sauer, jeune Berlinoise antinazie de 26 ans, a perdu ses parents et se voit contrainte d’aller vivre seule chez ses beaux- parents à Gross-Partsch car son mari s’est engagé dans l’armée. Le village se trouve à proximité de la Wolfsschanze, la « Tanière du Loup », le principal quartier général d’Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale. Convaincu qu’on cherche à l’empoisonner, le Führer met en place un important système de contrôle de sa nourriture, dont font partie une dizaine de goûteuses. Lorsque les SS viennent chercher Rosa, elle ne peut qu’accepter de participer à l’expérience et se rend deux fois par jour au bunker pour tester les repas du dictateur…


Extraits  « Nous étions des femmes sans hommes. Les hommes se battaient pour la patrie – D’abord mon peuple, puis tous les autres ! D’abord ma patrie, puis le monde ! – et parfois ils revenaient en permission, parfois ils mouraient. Ou étaient portés disparus. »

« Les choses ne sont presque jamais comme elles semblent, déclara-t-elle. Ça vaut aussi pour les gens. »


Mon avis : La Seconde guerre mondiale a éclatée, Rosa perd ses parents, dit au revoir à son mari partit à la guerre et se voit contrainte de quitter Berlin pour Gross-Partsch, le village où vit ses beaux-parents. Ce village est situé non loin de la « Tannière du loup », le camp principal où est retranché le Führer. C’est donc sans surprise qu’un beau matin, des SS viennent chercher Rosa pour lui proposer de force un travail : celui de goûteuse, aux côtés de neuf autres jeunes femmes. Ensemble, elles devront goûter les plats préparés par les cuisiniers pour le Führer, matin, midi et soir, pour s’assurer qu’Hitler ne meurt pas empoisonné. Une tâche qui va s’avérer très éprouvante psychologiquement.

Je me suis laissé emporter dans cette histoire. Nous suivons avec avidité et horreur le destin de dix jeunes femmes, dix goûteuses, qui sont forcées de mettre quotidiennement leur vie en péril, au nom d’un Führer auquel elles ne croient pas.

J’ai apprécié l’originalité du récit et l’angle abordé par l’auteure. En effet, les histoires sur la Seconde guerre mondiale sont nombreuses, et souvent elles contiennent de multiples points de convergences, qui les rendent presque toutes identiques. Ici, sans dénaturer l’Histoire, l’angle par lequel Rosella Postorino aborde le sujet est complètement novateur et tout aussi captivant que les autres récits sur la Seconde guerre mondiale. Bien que nous soyons en temps de guerre, l’auteure fait le choix de ne pas montrer directement les horreurs de celle-ci. Évidemment, nous ressentons une tension constante et croissante, nous voyons des vies se fait emporter, des personnes disparaître, mais point de traces de sangs ni de coups de feu directs.

Chaque jour, matin, midi et soir, les dix goûteuse d’Hitler se retrouvent dans la cantine, où elles mangent les plats et aliments que le Führer mangera par la suite. Une fois leur repas terminé, elles devaient encore patienter une heure, temps jugé nécessaire pour savoir si un plat ou un aliment avait été empoisonné. Elles repartent ensuite chez elles, en se demandant toujours si la prochaine fois sera la dernière. Un travail éreintant psychologiquement, qui fait peser sur l’ensemble du récit une tension constante.

Loin de son mari parti au front, Rosa va chercher du réconfort auprès de sa belle-famille, auprès des autres goûteuses, auprès d’une baronne assez extravagante, et surtout, auprès d’un homme qu’elle n’aurait jamais du approcher. Sous nos yeux, dans ce contexte de guerre, naît une histoire d’amour entre deux personnes. Je ne souhaite pas vous gâcher la surprise de la découvrir, mais sachez que c’est une histoire d’amour sans commune mesure, qu’il est difficile de se représenter comme étant réelle, mais les sentiments ne se contrôlent pas, comme on dit.

Quant au dénouement, il est surprenant, je l’ai trouvé vraiment trop utopique. Vous jugerez par vous-même si vous lisez ce récit, mais il m’a semblé tellement surréaliste et incohérent que je n’y ai pas adhéré. Je finis donc cette lecture sur une note un peu négative, mais heureusement l’ensemble du livre m’a quand même bien plu.

Je remercie les éditions Albin Michel et la Masse critique de Babelio de m’avoir permis de découvrir cette histoire, que je n’aurais certainement jamais acheté seule.


Un récit historique sur les goûteuses d’Hitler, mijoté avec beaucoup d’amour. J’ai aimé l’originalité de l’histoire,  et ne doute pas que vous puissiez l’adorer aussi. 

Ma note : 7,5/10

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Sans sang


Sans sang de Alessandro Baricco

121 pages, éditions Folio


Résumé : «Dans la campagne, la vieille ferme de Mato Rujo demeurait aveugle, sculptée en noir contre la lumière du crépuscule. Seule tache dans le profil évidé de la plaine.
Les quatre hommes arrivèrent dans une vieille Mercedes. La route était sèche et creusée – pauvre route de campagne. De la ferme, Manuel Roca les vit.
Il s’approcha de la fenêtre. D’abord il vit la colonne de poussière s’élever au-dessus de la ligne des maïs. Puis il entendit le bruit du moteur. Plus personne n’avait de voiture, dans le coin. Manuel Roca le savait. Il vit la Mercedes apparaître au loin puis se perdre derrière une rangée de chênes. Ensuite, il ne regarda plus.
Il revint vers la table et mit la main sur la tête de sa fille. Lève-toi, lui dit-il. Il prit une clé dans sa poche, la posa sur la table et fit un signe de tête à son fils. Tout de suite, dit son fils. C’étaient des enfants, deux enfants.»


Extraits « Mais rien n’arriva, parce qu’il manque toujours quelque chose à la vie pour être parfaite. »

« – Qu’est-ce que ça veut dire un monde meilleur ?
– Un monde juste, où les faibles ne doivent pas souffrir à cause de la méchanceté des autres, où n’importe qui peut avoir droit au bonheur. »


Mon avisLa couverture et le titre de Sans sang offrent une image assez claire de ce qui se trouve à l’intérieur du livre : des scènes de guerres, beaucoup de violences, des meurtres et des litres de sangs. Une petite fille voit son père mourir devant ses yeux. Son meurtrier, qui pourtant a tué de mains nues, se laisse émouvoir par les yeux innocents de cette petite fille. Bien des années plus tard, ils se retrouvent, et discutent de ce temps passé et de cet acte meurtrier. Arriveront-ils à oublier ?

Sans sang est un roman empli de dualités : la vie et la mort, la tristesse et la joie, le pardon et la vengeance, viennent rythmer le fil de l’histoire. De nombreux questionnements sur la guerre viennent se superposer au récit : comment se repentir après avoir commis des actes cruels, comment oublier ou continuer à vivre après avoir commis le pire ?

J’ai été assez horrifié par certaines scènes sanglantes de l’histoire, que j’ai trouvé crues, comme posé au milieu du livre sans finalité précise. C’est un peu le ressenti global que j’aie de cette histoire : une narration cruelle, sans filtre, mais qui ne laisse pas percevoir avec limpidité les tenants et aboutissants de cette narration dramatique.

Je suis donc déçue de cette histoire. Il faut dire que Alessandro Barrico m’a habitué à mieux, notamment à travers Novecento : pianiste, qui raconte l’histoire d’un jeune garçon, qui est né et a vécu toute sa vie sur un bateau. C’est un roman très émouvant, dont je me souviens encore des années après. Je vous recommande donc fortement de lire Novecento : pianiste ou même Soie, qui racontent des histoires aussi surprenantes, mais bien plus fines et travaillées que celle narrée dans Sans sang.


Alessandro Baricco est un auteur italien à la plume acérée, qui divise souvent les foules : soit on adhère, soit on déteste. Je n’ai pas aimé ce livre, que je juge trop cru et ambigu, mais je vous encourage à découvrir les autres oeuvres de l’auteur. 

Ma note : 3,5/10

 

La petite herboristerie de Montmartre


La petite herboristerie de Montmartre de Donatella Rizzati

412 pages, éditions Charleston, à 22,50€


Résumé : Paris, novembre 2004.

Viola Consalvi passe pour la première fois la porte d’une herboristerie tout près de la rue Lepic, à Montmartre. Pour cette passionnée de naturopathie, la découverte de ce lieu hors du temps est un véritable coup de foudre. Au contact de cet endroit magique et de sa propriétaire, Gisèle, la jeune étudiante est confortée dans son choix d’étudier la médecine alternative, choix que n’a hélas pas accepté sa famille. Son diplôme en poche, Viola retourne à Rome et rencontre l’amour en la personne de Michel. S’ensuivent six ans de bonheur, qui volent en éclat quand Michel décède brutalement d’un arrêt cardiaque. Bouleversée, anéantie, Viola se sent basculer. Au plus fort de la tourmente, une idée lui traverse soudain l’esprit : et si elle retournait à Paris, là où tout a commencé ?


Extraits :  « Ma petite, une vie entière ne suffit pas pour tout apprendre. Mais ceux qui arrêtent de chercher se condamnent à mourir.« 

« Manger, ce n’est pas juste un besoin humain. C’est beaucoup plus, ça appartient au monde des émotions, la cuisine reflète une précision, une envie de bien faire. Dans certains cas, c’est même une déclaration d’amour qui se passe de mots. »


Mon avis : La petite herboristerie de Montmartre, c’est une bouffée d’air frais que j’ai lu dans climat étouffant d’été. Une histoire paisible et relaxante, qui m’a apporté plaisir et détente.

Après le décès subit de son mari, Viola, une jeune trentenaire italienne, perd goût à la vie. Pour changer d’air et se ressourcer, elle décide de retourner à Paris, ville où elle a réalisée ses études de naturopathe, et où elle a rencontré Gisèle, gérante d’une boutique d’herboristerie, devenue une très grande amie. Elle replonge avec extase dans ce lieu magique de la boutique de l’herboristerie, et réapprend peu à peu, à vivre, à prendre soin d’elle, à aimer.

C’est une histoire poétique qui met en avant une jeune femme, abattue par le deuil, qui va aller de l’avant pour tenter de se reconstruire. Mais rassurez-vous, point d’atermoiements dans ce roman, seulement des touches d’espoir et une légèreté qui donne du baume au coeur. De belles leçons de vie vous y attendent.

Pour les plus téméraires, des petites recettes à base d’herbes sont disséminées ici et là dans le roman. Ainsi, au fil de votre lecture, vous pourrez découvrir différents remèdes, notamment pour rétablir l’équilibre du cinquième chakra, pour préparer un bain relaxant parfumé au miel et au citron, ou encore pour apprendre à confectionner des huiles essentiels au lavande. Des recettes qui vous feront vous sentir mieux, en accord avec vous-même et avec la vie.  En tout cas, j’en ai repéré quelques-unes, que je vais sans doute tester prochainement…
Donatella Rizzati met en avant un concept de médecine traditionnelle, qui vise à améliorer l’organisme par des moyens naturels et biologiques. J’ai apprécié découvrir ce monde à part que je ne connaissais pas. J’ai beaucoup aimé découvrir la boutique atypique de Gisèle, une herboristerie traditionnelle, comme il n’en existe que trop peu dans le monde. C’est un lieu convivial, où il y fait bon vivre. En tout cas, j’aurais adoré trouver ce genre de boutique dans les villes où je me rends, flâner entre les rayonnages, respirer les nombreux parfums et embruns qui se dégageaient des fioles…

Une histoire légère et paisible, à lire idéalement l’été. Vous n’y retrouverez pas de prise de tête, seulement de bons moments de lecture, qui vous apporteront une paix intérieure et un calme relatif. Une romance vite lue… mais vite oubliée aussi.  

Ma note : 6/10

 

Le K


Le K de Dino Buzzati

285 pages, éditions Le Livre de Poche, à 6,50€


Résumé : Dans ce recueil de nouvelles réunies en 1966, on trouvera la meilleure veine de Buzzati : « une littérature fantastique qui naît d’un équilibre heureux entre les grands sujets du genre et la réalité quotidienne ». « Buzzati connaît bien son métier : il sait fabriquer des histoires, distiller la peur, conjuguer l’humour et l’émotion, jouer avec les sentiments, manier l’effet de surprise » (F. L.).

Extraits :  « C’est un vieillard fatigué qui ne peut plus fournir un quotient normal de productivité, il n’est plus capable de courir, de rompre, de haïr, de faire l’amour. Et alors, en conséquence, il est éliminé. Bientôt les employés municipaux arriveront et le jetteront à l’égout.« 

« Parce que les animaux qui ignorent la souffrance de de la solitude sont capables de s’amuser tout seuls, mais l’homme au contraire n’y arrive pas et s’il tente de le faire, bien vite une angoisse encore plus forte s’empare de lui.« 

Mon avis : J’ai eu la chance d’étudier cette oeuvre de ce grand novelliste italien qu’est Buzzati dans mon cursus de lettres. Une lecture qui ne m’excitait pas à première vue, puisque je ne suis pas une adepte des nouvelles. Mais Dino Buzzati a su m’ensorceler et m’emmener dans son monde, un monde disjoint entre réalité et fantastique.

Beaucoup de ses nouvelles abordent le thème de notre société individualiste et de la possible rencontre que l’on peut faire de l’autre via le langage et les mots.

Le style d’écriture de l’auteur est personnel, et très travaillé. En effet, il joue avec les genres littéraires et mélange réalisme des descriptions et fantastiques des scènes narrées. Un mélange hétéroclite, qui met le lecteur au pied du mur, ne sachant trop où se placer et que croire.

Sa première nouvelle, qui a donnée son titre à l’ouvrage, Le K, est sans doute l’une de mes préférées. Elle raconte l’histoire d’une bête mystérieuse, qui choisie sa proie et la suit jusqu’à la fin de sa vie. Une nouvelle énigmatique et effrayante, qui se dénoue d’une façon étonnante.

Quant au Veston ensorcelé, l’image que veut faire ressortir Buzzati est limpide. Ce jeune homme, doté d’un manteau magique qui lui octroie des pièces d’or à chaque fois qu’il plonge la main dans ses poches, fait clairement penser au système capitaliste de notre société.

La Tour Eiffel est également l’une de mes nouvelles préférées de Buzzati. En s’appuyant sur un fait historique (la construction de la Tour Eiffel et ses 300 mètres de hauteur), il amplifie sa réalité et décide d’ajouter une touche de magie dans son récit. La Tour Eiffel continuera à grimper à l’infini, jusqu’aux nuages. Hélas, la médiocrité de la condition humaine, armé jusqu’aux dents, fait revenir les hommes du ciel sur terre. La réalité rattrape très rapidement la fiction.

Dans la nouvelle intitulée Jeune fille qui tombe… tombe, l’auteur nous met face à la futilité de la vie et nous renvoie en pleine tête notre mortalité. La jeune fille dégringole les étages de son immeuble et se retrouve vieille dame lorsqu’elle arrive tout en bas. Il y a de quoi frisonner.

Les bosses dans le jardin est également une nouvelle qui fait réfléchir à la mortalité de l’être humain, mais aussi à sa pérennité. Que restera-t-il de chacun une fois mort ? Une question que tout le monde s’est déjà posé une fois dans sa vie, mais qui malheureusement, ne peut trouver de réponse positive.

Je n’ai cité là que quelques-unes de mes nouvelles préférées. Le recueil en contient bien trop pour que je les aborde toutes l’une après l’autre. Néanmoins, un socle commun unie chaque nouvelle. En effet toutes font prendre conscience au lecteur de certaines choses qui régissent sa condition humaine. La futilité de la vie, sa mortalité, son rapport au monde et aux autres. Il nous inflige des leçons de morales bien dosées, qui agissent simplement et indirectement, via le fantastique. Grâce à ce subtil détournement fantastique, le lecteur revient plus brutalement au réel pour prendre conscience de sa nature et de l’image de la société.


Buzzati a un talent démentiel. A travers des nouvelles fantastiques simples de compréhension, il y cache de nombreuses interprétations possibles. C’est riche, profond, majestueusement écrit. Amusez-vous à replacer des éléments concrets sur toutes ces narrations si magiques. Réflexions et questionnements assurés (et bon moment de lecture, aussi) ! 

Ma note : 7,5/10

Ainsi va la vie

Ainsi va la vie de Fabio Volo
285 pages, éditions Michel Lafon, à 18,95€

 

Résumé : Ils étaient si heureux ensemble… que s’est-il passé ? Eux qui se sont trouvés, choisis et séduits dans une gare. Eux qui pouvaient s’enfermer des heures dans une chambre avec un « Prière de ne pas déranger » accroché à leur porte. Eux qui n’avaient besoin de rien ni de personne d’autre. Ensemble, ils semblaient si légers et inséparables. Eux qui aujourd’hui se trouvent chacun d’un côté de la pièce.
Le nouveau roman très attendu de Fabio Volo est une immersion dans le quotidien d’un couple dont l’amour évolue. C’est aussi le récit de la crise qui peut s’ensuivre après l’arrivée d’un enfant… À la passion succèdent les responsabilités et la difficulté d’être ensemble. Quand on s’est aimés passionnément puis éloignés, est-il possible de retomber amoureux ?

Extraits :  « J’ignore s’il existe un dessein divin, si les personnes qui se rencontrent sont destinées à le faire ou si la vie est seulement une série de coïncidences et d’inconnues agencées par le hasard. Je n’ai jamais eu une idée claire à ce sujet, je peux seulement dire que certains événements de notre vie évoluent de façon si synchronisée qu’ils laissent à penser qu’ils sont guidés par quelque chose. »
« Le secret d’une relation n’est pas de continuer à s’aimer, c’est d’accorder les deux personnes que l’on devient en étant ensemble. »

Mon avis :  Fabio Volo nous raconte la naissance de l’amour au sein d’un couple ainsi que l’évolution de leurs sentiments. L’auteur nous met face à nos angoisses et nos questionnements à tous : qu’est-ce que l’amour ? comment savoir quand on est amoureux ? l’amour diminue-t-il avec le temps, ou au contraire, se renforce-t-il ?

Sofia et Nicola tombent amoureux au détour d’une rue à Rome, alors qu’ils étaient tous les deux en déplacement. Pour eux deux, c’est le coup de foudre immédiat. Ils vont se revoir plusieurs fois, jusqu’à finalement officialiser leur relation. Les années passent, leurs vies commencent à changer imperceptiblement ; ils s’installent ensemble, ont plus de responsabilités et moins de liberté. Alors quand Sofia annonce à son conjoint qu’elle est enceinte, leur vie va prendre un nouveau tournant.

Ainsi va la vie, c’est à la fois un roman fictionnel, avec des protagonistes et une intrigue principale, mais aussi une sorte de recueil de développement personnel, qui parle de l’amour, de la vie de couple et des sentiments généraux. L’auteur nous met face à tous nos démons. A travers ces deux personnages, on se prend à réfléchir sur la naissance et la définition précise de l’amour. Qu’est-ce que l’amour ? Quand apparaît-il ? Comment être sûr de ses sentiments ? Mais ce n’est pas tout : l’auteur questionne la globalité d’une vie commune ; par exemple comment ne pas se lasser de son partenaire ? On découvre également les changements et/ou bouleversements qui accompagnent l’arrivée d’un enfant. Un enfant, c’est synonyme de responsabilités et d’éducation. Dès que l’on a décidé de s’occuper d’un enfant, nous sommes en devoir de le faire durant toute sa vie. Mais parfois, comme dans le cas de Nicola, un enfant peut s’avérer source de jalousie, de problèmes, d’éloignement et de doutes.

L’histoire est on ne peut plus réaliste, car ce genre de questionnements arrive presque à tous les coups dans chaque couple. On s’émeut des doutes et indécisions qui parcourent ce couple, surtout après avoir vécu/vu la passion qui les animait au tout début. On s’attache également rapidement aux personnages, notamment au protagoniste, Nicola, qui nous offre sa propre vision d’homme, sur ce que représente pour lui l’amour. Je regrette quand même de ne pas avoir pu profiter d’une vision plus féminine. Une narration en deux voix – Sofia et Nicola – nous aurait permis d’englober la situation et de comparer la vision de chacun.

Cette lecture est agréable et moderne, elle nous fait passer un bon moment, tout en soulevant en nous des interrogations. Mais Ainsi va la vie, ce n’est que des questionnements en continu, c’est surtout une majestueuse ode à l’amour et aux sentiments. Merci beaucoup aux éditions Michel Lafon et au site Livraddict pour cette belle découverte.

Ma note : 7/10

Si c’est un homme

Si c’est un homme de Primo Levi,
213 pages, éditions Pocket
Résumé : « On est volontiers persuadé d’avoir lu beaucoup de choses à propos de l’holocauste, on est convaincu d’en savoir au moins autant. Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l’accumulation, on a envie de crier grâce.
C’est que l’on n’a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l’état du malheur. Peu l’ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l’air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n’est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n’est que futilité. » – Angelo Rinaldi
Extraits :  « Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre coeur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.
«  »C’est cela, l’enfer. Aujourd’hui, dans le monde actuel, l’enfer, ce doit être cela : une grande salle vide, et nous qui n’en pouvons plus d’être debout, et il y a un robinet qui goutte avec de l’eau qu’on ne peut pas boire, et nous qui attendons quelque chose qui ne peut être que terrible, et il ne se passe rien, il continue à ne rien se passer.  »

Mon avis :  Qu’il est dur de commenter et de noter un livre tel que celui-ci. Car, loin de tous les romans et documents historiques qui traitent de l’holocauste, Primo Levi dresse ici des souvenirs intimes et humains de cette terrible période. Critiquer ce livre, cela reviendrait à poser un jugement sur une vie entière.

C’est avec une grande objectivité que Primo Levi pose des mots sur des événements marquants. Ce juif italien, déporté avec des milliers d’autres vers les camps Allemands, raconte les horreurs vues et vécues, les ignominies faites par les nazis, les conditions de vie lamentables et les morts regrettables. A travers les souvenirs de l’auteur, on suit la vie menée par les détenus. Ils vivent dans des conditions déplorables, dorment à plusieurs dans des lits étroits et durs. Ils doivent travailler jusqu’à l’épuisement et n’ont qu’une infime part de ration alimentaire. Les plus forts physiquement et mentalement et les plus téméraires arrivent à s’en sortir, grâce au vol de matériels, qu’ils échangent ensuite contre des mets alimentaires. Mais les plus faibles ou les moins courageux partent dans les chambres à gaz.

Bien des années avant, Jean-Paul Sartre écrivait « L’enfer, c’est les autres« , quelques petits mots qui prennent sens avec ce livre. Les prisonniers doivent résister et survivre tandis que d’autres veulent les anéantir coûte que coûte.

Primo Levi réussit à rester vivant jusqu’à la libération des camps. Malheureusement, après avoir vécu de telles horreurs, il est dur de reprendre le cours d’une vie normale. C’est sans doute à cause de ce poids du passé trop intense qu’il se suicidera quelques années plus tard.

Un roman documentaire déjà largement étudié dans les collèges et lycées, pour faire connaître les atrocités perpétrés par les nazis et pour se souvenir des martyrs de cette époque. Si c’est un homme est un témoignage profond et poignant qui nous enseigne de nombreuses choses sur la nature humaine. A lire au moins une fois !

Ma note : 7,5/10