Jefferson fait de son mieux


Jefferson fait de son mieux de Jean-Claude Mourlevat
293 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Quatre ans après l’expédition Ballardeau, la vie a repris son cours pour Jefferson et Gilbert. Mais quand Simone, leur ancienne compagne de voyage, disparaît, le hérisson et le cochon se lancent sur les traces de la lapine dépressive. Les deux amis ne sont pas au bout de leurs surprises.


Extraits : « Cher Gilbert,
pour commencer, pardonnez mon petit mensonge : il n’y a rien à réparer dans ma maison. Pendant tout l’hiver, j’ai eu 19° dans le salon et 16° dans ma chambre, les radiateurs fonctionnent tous très bien. Ou plutôt si, il y a beaucoup à réparer chez moi, mais c’est un travail que le meilleur des chauffagistes ne peut pas faire. »

« Les mensonges, ça doit être comme Gilbert avec les bugnes, se dit-il, quand on commence on peut plus s’arrêter. »


Mon avis : Jefferson est un petit hérisson enquêteur qui a connu le succès dans un roman éponyme édité en 2018 par Gallimard jeunesse. Fort de ce premier succès, Jean-Claude Mourlevat, sans doute plébiscité par ses fans, plus ou moins jeunes, sort un second tome des aventures de Jefferson. Dans celui-ci, le hérisson, escorté par son ami Gilbert, un cochon, se lancent à la recherche de leur amie Simone, une lapine, qui a mystérieusement désertée sa maison, en laissant seulement une lettre d’adieu, truffée d’interrogations. Où a-t-elle pu aller ? Elle, pourtant si attachée à sa maison, pourquoi l’a-t-elle subitement désertée ?

Je n’ai pas lu le premier tome mais je vous confirme que celui-ci peut se lire indépendamment du premier. L’auteur nous embarque dans un monde où se côtoie d’un côté le pays des animaux et de l’autre le pays des humains. Un univers féerique, assez doux, rafraîchissant, dans lequel j’ai pénétré avec facilité et plaisir. 

Il faut dire que nos deux héros, Jefferson et Gilbert, aident à se sentir rapidement bien, puisqu’ils sont très attachants et particulièrement marrants. Pour aider leur amie Simone, qu’ils pensent en danger – sans pour autant que cette dernière ait pu le leur confirmer -, ils vont monter une expédition pour la sauver. Dans leur aventure déjantée, ils embarquent monsieur Hild, un vieillard veuf à la gentillesse démesurée, et le sévère Walter, un homme sûr de lui, arrogant, qui inspire la crainte et le respect. Cette joyeuse bande dépareillée va s’élancer en van aménagé au secours de la lapine en danger, sans vraiment savoir ce qui les attend. Ils vont notamment découvrir que le mal-être de Simone est bien plus psychique que physique : elle souffre de solitude, ce qui l’a faite tomber progressivement en dépression… un mal qui ronge des millions de personnes quotidiennement, que l’on ne perçoit pas souvent, mais qui fait de véritables dégâts. Il est important d’en parler, et ce dès le plus jeune âge, comme le fait brillamment Jean-Claude Mourlevat, dans un style qui fonctionne : avec humour et sensiblerie. 


Un roman jeunesse mi-polar/mi-fable, doté de belles valeurs, qui se déguste avec volupté et délicatesse. J’ai hâte de pouvoir suivre d’autres aventures de Jefferson et Gilbert, ces deux compères animaux si attachants !

Ma note : 7,5/10

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ISBN : 978-2-07-516977-6

L’honneur de Zakarya


L’honneur de Zakarya de Isabelle Pandazopoulos
258 pages, éditions Gallimard jeunesse, collection Scripto, à 13,50€


Résumé : Zakarya Benothmane, vingt ans, est accusé du meurtre de Paco Moreno, son rival au club de boxe. Tout est contre lui. Mais Zakarya affirme qu’il n’y est pour rien. Au cours de son procès, les témoignages se succèdent à la barre : Djibril, l’entraîneur, ses amis, la belle Aïssatou, Yasmine, sa mère, qui a élevé seule ce fils adoré et indomptable qu’elle défend comme une lionne…
À la défense, Lucie Colancelle, jeune avocate brillante et passionnée qui gagne peu à peu la confiance de ce garçon mystérieux. Mais si Zakarya est innocent, pourquoi reste-t-il muré dans son silence ?


Extrait : « C’est le moment du film que tu préfères.
Cette nuit que vous avez passée tous les deux dans un hall d’hôpital, peut-être pas la nuit mais au moins quelques heures, vous ne vous êtes rien dit, ou si peu, et ça continue de t’étonner alors qu’il te semble lui avoir confié dès les premiers instants de cette nuit-là ta vie entière, ça veut dire ton âme et ton corps et tant pis pour ceux que ça fait rire. Le savait-elle ? Le sentait-elle ? Elle n’a pas posé de questions, pas demandé pourquoi ni comment tu t’étais retrouvé là. »


Mon avis : J’écris cette chronique presque un mois après avoir terminé de lire L’honneur de Zakarya – faute de temps, vacances estivales obligent. Et fort m’est de constater que si je n’avais pas relu la quatrième de couverture de ce livre, je n’aurais plus eu aucun souvenir de l’histoire... ce qui est mauvais signe quand même. Je pense que cela est en partie dû au nombre de pages assez faibles : moins de 300, un court laps de temps de lecture qui ne permet pas de s’immerger totalement dans l’histoire, ni de s’attacher convenablement aux personnages.

Zakarya est un jeune homme de vingt ans, accusé du meurtre de son rival du club de boxe. Néanmoins, il clame corps et cris son innocence, même si tout l’accable. Son avocate, Léonie Colancelle, va tenter de gagner la confiance du garçon, afin d’en apprendre plus sur lui, son histoire, ses sentiments et ses motivations.

Chacun des livres de Isabelle Pandazopoulos traite de thématiques fortes, qui mettent très souvent en avant des jeunes en difficulté, qu’elle tente d’aider en faisant passer des messages ciblés, pleins d’espoirs et de positivisme. Il faut dire que l’auteure est toute légitime à écrire sur ces jeunes : professeure de lettres, elle a notamment enseigné en zone d’éducation prioritaire (ZEP) et auprès d’enfants en situation de handicap. Ici, Zakarya est un jeune homme difficile, en décrochage scolaire, constamment en proie à la violence et au trafic de drogue en raison de ses fréquentations peu recommandables. Il faut dire qu’il n’est pas issu d’un milieu aisé : élevé seul par sa mère Yasmine suite à l’abandon de son père (un homme marié), Yasmine a dû travailler d’arrache-pied pour subvenir aux besoins de son fils. Tout porte à croire que Zakarya est un homme peu recommandable, mais il est doté de deux visages. Le deuxième se matérialise lorsqu’il se trouve aux côtés d’Aïssatou, une jeune fille dont il tombe secrètement amoureux. Car leur amour est impossible : Aïssatou est aux prises de son grand frère radicalisé, qui exerce une pression sans commune mesure sur elle. On plonge directement dans un univers sombre, inquiétant, qui nous est totalement étranger, au sein duquel on se sent à l’étroit et mal à l’aise. 

Les chapitres alternent entre le procès de Zakarya et le déroulé complet de l’histoire passée. Au fur et à mesure, via des flashs-backs et des souvenirs épars, on en apprend plus sur ce garçon, qui nous apparaît bientôt comme un grand ours au coeur doux. En effet, ce héros mutique est devenu comme il est aujourd’hui à cause de son passé, de son enfance blessée, de la détresse, la pauvreté, la violence quotidienne. J’ai été émue par ce personnage, qui finalement se révèle tendre et bienveillant, même s’il ne laisse absolument rien paraître. J’ai également été dévastée par l’injustice sociale : en se basant uniquement sur des préjugés – raciales, sociales -, sans preuve concrète incriminante, ils accusent Zakarya d’un crime qu’il jure ne pas avoir commis. Même si certaines scènes du procès sont exagérées et manquent cruellement de réalisme, je pense sincèrement que certaines enquêtes peuvent être bâclées sous réserve que la personne incriminée porte sur sur elle tous les stigmates d’un criminel.


Un roman social intéressant, qui met en avant des thématiques fortes : l’injustice sociale, les préjugés, la construction identitaire… Un livre qui se lit rapidement mais s’oublie tout aussi rapidement. Des chapitres plus nombreux auraient été les bienvenus !

Ma note : 5/10

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ISBN : 978-2-07-516994-3

Les derniers des branleurs


Les derniers des branleurs de Vincent Mondiot
413 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Pour Minh Tuan, Chloé et Gaspard, l’avenir se résume à la journée d’après. Les cours séchés, les joints partagés, les mangas lus dans la chambre de l’un, les jeux vidéo terminés dans la chambre de l’autre… Ils partagent tout, de leur désespoir tranquille à leur désintérêt absolu pour leur scolarité. Mais lorsque Tina, une jeune migrante bien plus sérieuse qu’eux, rentre dans l’équation, soudain, la possibilité de décrocher leur diplôme va devenir tangible pour ces trois branleurs autoproclamés. Mais en restant fidèles à leurs principes : le bac, ils ne l’auront pas en révisant…


Extraits : « Grandes bières : en avoir une à la main est une marque de reconnaissance entre âmes perdues. N’est étrangement pas vrai des bières de taille normale. »

« La vie, le monde, les gens, tout, ça rend triste, non ? C’est tous ceux qui vont bien qui ont un problème. Voire qui sont le problème. »


Mon avis : À quelques jours seulement du baccalauréat 2022, je suis l’actualité en lisant un roman à la thématique appropriée. Je découvre les portraits de quatre adolescents, surnommés « Les derniers des branleurs », puisque totalement passif en classe, préférant s’adonner à leurs loisirs plutôt que de réviser pour décrocher leur diplôme. Dans ce quatuor décadent, seule Tina, une réfugiée congolaise arrivée seule en France il y a quelques mois, se montre studieuse et concentrée. A côté, Minh Tuan, Gaspard et Chloé font figure de cancres. Les trois adolescents se saoulent sans vergogne, fument des joints sans se cacher, sèchent les cours où ils n’ont pas envie d’aller, sans pour autant que leurs parents s’inquiètent. Mais à quelques semaines seulement du bac, ils ont un élan de conscience : que vont-ils faire de leur vie ? La première étape, incontestablement, sera celle d’avoir ce fichu diplôme et de prouver à l’ensemble du lycée, du corps enseignant et de leurs proches, qu’ils ne sont pas seulement des branleurs.

Le titre peut certainement vous mettre la puce à l’oreille : Les derniers des branleurs a un vocabulaire cru, de jeunes, peuplé d’insultes, de familiarités et d’abréviations que l’on rencontre généralement peu dans les romans, même jeunesse. Ici, Vincent Mondiot a voulu s’adresser directement à ces jeunes souvent tête en l’air, qui prennent leur vie à la légère, se contentent du présent sans vraiment penser à leur avenir. C’est un livre insolent, dans lequel les 16-18 ans pourront facilement se reconnaître, puisque chacun passe inévitablement par une crise d’adolescence, où l’envie de tout envoyer balader devient très forte.

Mais derrière ces grossièretés se cache quand même un véritable message. Le but étant de faire prendre conscience aux jeunes qu’ils sont seuls maître de leur destin. C’est eux qui choisissent le sens à donner à leur vie. J’ai trouvé quand même particulièrement transparents les parents de ces adolescents, qui n’apparaissent à aucun moment. Je ne pense pas que cet aspect-ci reflète parfaitement la réalité… à moins qu’ils aient décidé depuis un certain temps de jeter l’éponge avec leurs enfants, voyant leurs efforts rester vains. Le fait est que, même si chacun doit décider de son avenir, il faut prendre conscience que plusieurs aides extérieures sont précieuses : les parents d’abord, qui prodiguent des conseils avisés, mais aussi les enseignants, qui ne sont pas uniquement là pour faire apprendre des leçons et donner des notes aux élèves, mais surtout pour les aiguiller sur leur avenir.

En définitive, ce livre prodigue peut-être un bon message de fond, mais il est enfoui sous une quantité de mauvais messages. Il est certain que lorsque j’aurais des enfants, même adolescents, je doute de leur donner spontanément cette histoire à lire. C’est vulgaire, avilissant, ça peut donner de mauvaises idées aux jeunes – sécher les cours, boire, fumer, tricher, insulter, manquer de respect à ses professeurs ou ses camarades… mais on doit avouer, malheureusement, que ça se rapproche bien trop cruellement de la réalité des faits.

Avant de clore cette chronique, je souhaitais adresser une mention spéciale pour les notes de bas de page rajoutées par l’auteur, qui sont à l’image du récit : décalées et bien marrantes. C’est l’une des rares fois où je lis ces petites notes et où j’y prends du plaisir. 


Un roman jeunesse assez grossier, à ne pas mettre entre toutes les mains, qui comporte néanmoins des messages optimistes et pleins d’espoirs : nous sommes seuls maîtres de nos destins. sympa, marrant, mais cru. 

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2330136963

Scarlett et Browne, livre 1 : Récits de leurs incroyables exploits et crimes


Scarlett et Browne, livre 1 : Récits de leurs incroyables exploits et crimes de Jonathan Stroud
371 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Dans une Angleterre post-apocalyptique, la nature a repris ses droits et est désormais hostile aux humains. Soumis à des lois répressives, les survivants vivent dans des villes fortifiées. Scarlett, une rebelle recherchée dans toutes les cités, s’apprête à braquer une banque. Elle fait alors une rencontre qui bouleverse sa vie.


Extraits : « Ce matin-là, tandis que l’aube humide et blanchâtre s’étendait sur les marais, Scarlett McCain se réveilla auprès de quatre morts. Quatre ! Elle n’avait pas conscience d’avoir tué autant d’hommes. Pas étonnant qu’elle ait des courbatures. »

« Le secret d’un hors-la-loi, c’est sa rapidité. Voyager léger, n’avoir ni attache ni allégeance. Il pille une ville, passe à la suivante. Entre deux, il disparaît dans les terres inhabitées. Sans regrets. C’est ce qui le différencie de ces crétins qui tremblent derrière les murs de leur petite maison. La forêt est trop dangereuse pour qu’ils s’y aventurent à votre recherche. »


Mon avis : J’aime beaucoup les éditions Gallimard, qui ont la particularité dans leurs histoires, de nous embarquer dans des univers imaginaires fascinants, pour vivre mille et une aventures tout à fait étonnantes. La saga Scarlett et Browne n’échappe pas à la règle, puisque Jonathan Stroud a crée un monde dévasté, envahi par de vils créatures nommées les Infâmes. Dans ce monde apocalyptique, une jeune hors-la-loi, Scarlett McCain, tente de survivre en braquant notamment des banques pour récolter un butin considérable. Elle n’en est pas à son coup d’essai, puisque recherchée dans tout le pays. En prenant la fuite suite à un énième braquage, Scarlett va venir en aide à Andrew Browne, un jeune homme apeuré, maigrelet, qu’elle découvre coincé dans un bus renversé, où la totalité des passagers, hormis lui, a visiblement succombé à une attaque d’Infâmes. Sans s’expliquer pourquoi, Scarlett va prendre Albert sous son aile et va l’aider à réaliser son rêve : atteindre les Îles Libres – l’Angleterre -, où une vie meilleure l’attend soit-disant.

Le duo Scarlett/Albert est parfaitement étonnant, dans le sens où les deux jeunes gens sont totalement aux antipodes l’un de l’autre. On a d’un côté Scarlett, l’intrépide et vivace rebelle au caractère bien trempé, que rien ne semble effrayer. De l’autre, nous avons Albert, garçon chétif et mystérieux, réservé et facilement impressionnable, très curieux, mais naïf et insouciant. Toutes les qualités de l’une font défaut à l’autre et inversement. En somme, c’est un duo qui se complète parfaitement, mais qui demande quand même un certain temps d’adaptation.

Le personnage d’Albert est dès le départ très attachant. Il nous renvoie l’image d’un garçon perdu et apeuré, qui nous donne tout de suite envie de prendre soin de lui… contrairement à Scarlett, qui renvoie un visage froid et totalement fermé d’une jeune fille sans coeur ni sentiment. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences, puisque le gentil Albert cache bien des mystères sur sa personnalité. C’est là même le message principal que veut délivrer Jonathan Stroud : il ne faut jamais juger quelqu’un de premier abord, mais plutôt prendre le temps de le connaître avant de tirer des conclusions souvent trop hâtives.  

Nous voilà donc brinquebalé dans un road-trip détonnant, direction les terres dévastées de la Grande-Bretagne. Le paysage est changeant au fil du récit, puisque notre duo d’intrépides semble s’enfoncer toujours plus profondément dans les affres sombres d’un pays incertain, où règne terreur et créatures monstrueuses. Un milieu hostile, abîmé par les ans et les destructions successives, qui fait véritablement froid dans le dos. Ajoutez à cela des assaillants imprévus, venus récupérer de force ou de gré notre si gentil Albert, et vous aurez le cocktail parfait de ce roman d’aventures imaginaires.


Un roman post-apocalyptique intéressant, dynamique, à l’univers sombre et mystérieux. Nos deux protagonistes sont véritablement les piliers de ce récit, aux antipodes l’un de l’autre mais réellement attachants. j’ai hâte de découvrir la suite de leurs aventures mouvementées.

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-07-515899-2
Traduction : Laetitia Devaux

Et pourtant nous sommes vivants


Et pourtant nous sommes vivants
de Sera Milano
317 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Alors que la fête bat son plein au festival d’Amberside, des terroristes envahissent le parc et sèment le chaos. Joe, Ellie, Violet, Peaches et March évoquent cette nuit d’horreur, entre survie, violence, entraide et espoir. Une histoire inspirée de la tuerie du 22 juillet 2011 sur l’île d’Utoya en Norvège.


Extraits : « Tu sais que tu ne ressembles pas aux autres filles ? »
Elle a reniflé. « Aucune fille ne ressemble à une autre. Les filles, c’est pas un groupe homogène, tu sais. »

« Je déteste l’idée de savoir ça, maintenant : le sang ne reste pas longtemps chaud. Pour ça, il faut qu’il circule dans un corps.
Je sais quelque chose d’autre, aussi : les morts ne saignent pas. Sans les battements du coeur, le sang cesse de couler. Alors, quand j’ai lu les rapports sur ceux qui ont été retrouvés morts, je savais trop bien lesquels ont eu une mort lente, et lesquels sont partis vite. »


Mon avis : Alors qu’ils étaient venus assister à une fête en plein air sur un terrain reculé, des centaines de jeunes se retrouvent piégés dans un parc, encerclés par des terroristes qui leur tire dessus sans vergogne. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Pourquoi infligent-ils ça à autant de jeunes ? C’est le chaos le plus total, chacun essayant de s’enfuir pour survivre. Nous suivons plusieurs victimes, qui racontent à tour de rôle l’horreur de ce qu’elles ont vécues en temps réel.

Une histoire qui rappelle avec tristesse de terribles événements qui se sont déroulés ces dernières années, aussi bien en France que dans le monde. Je pense notamment à la tragédie du Bataclan du 13 novembre 2015 à Paris, où plus d’une centaine de personnes venus assister à un concert se retrouvent piégées et sauvagement assassinées. Mais Sera Milano s’est surtout inspirée de l’horreur vécue sur l’île d’Utoya en Norvège en 2011, lorsqu’un terroriste, déguisé en policier, tue près de 80 jeunes dans un camp de jeunes. Des drames qui malheureusement se perpétuent et continuent à fleurir partout dans le monde. Aussi, vous l’aurez sans doute compris, ce livre, bien qu’étant destiné aux adolescents, traite d’un sujet fort et sensible, qu’il vaut mettre uniquement entre les mains d’un public averti. Certaines scènes peuvent être choquantes (tuerie de masse, bain de sang, décès, blessures…) et provoquer des cauchemars ou faire naître des peurs d’être au contact d’une foule ou simplement dans l’espace public.

On ne peut imaginer le drame que cela doit être, à la fois pour les victimes survivantes, mais aussi pour leurs proches. On essaie de se mettre dans leur peau le temps d’un instant, sans réellement savoir comment nous aurions pu réagir à leur place : fuir ? Aider les autres ? Capituler ? Résister ? Se cacher ? C’est un peu un panel de ces réactions qui se retrouvent dans les cinq portraits d’adolescents victimes de ce récit. Tout est raconté au présent, on en apprend que très peu sur leur passé ; aussi, j’ai de mal à m’attacher à chacun d’entre eux, puisqu’ils apparaissaient uniquement comme des victimes indifférenciées poursuivant un même but : survivre. En revanche, le parti prix de Sera Milano a été de mettre en avant le cauchemar vécu par les victimes et non les assaillants, leurs revendications ou leur identité. On sait seulement qu’ils étaient plusieurs, déterminés et sans aucune pitié.

La narration est hachée, les prises de parole s’enchaînent sans vraiment de lien, chaque adolescent donne son point de vue sur l’action en cours de façon souvent brute, précipité. C’est une qualité du récit : tout s’enchaîne très vite, l’histoire est dynamique, on est comme en apesanteur durant plus de 300 pages, on retient son souffle, attendant avec impatience que cette nuit d’horreurs prenne fin. Mais en même temps – je pense que c’était fait exprès par l’auteure – j’ai ressenti quelques longueurs dans le récit, comme si le temps s’était arrêté, que l’histoire avançait au ralenti. J’ai eu parfois du mal à reprendre ma lecture en cours, comme si une certaine lassitude s’invitait à chaque fois – lassitude de retrouver ce chaos, peut-être, ou de continuer à vivre cette nuit d’horreur qui semble interminable. L’action est présente oui, mais sans doute dans une trop grande proportion, puisqu’elle semble ne jamais prendre fin.


Un roman fort et bouleversant qui raconte le cauchemar vécu par cinq jeunes  victimes d’une attaque terroriste monstrueuse. Une histoire qui fait plus que jamais écho à l’actualité, à mettre entre les mains d’un public averti.

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-07-515415-4
Traduction : Laetitia Devaux