La reine sous la neige


La reine sous la neige de François Place

292 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Un récit mettant en scène une jeune fille fragile de 18 ans, un vol de portable, un coup de foudre, un avion dérouté, un enfant perdu, un tigre évadé du zoo, une statuette en plastique ou encore Londres sous la neige et la mort de la reine d’Angleterre.


Extraits : « La reine est morte, son âme s’est envolée. Tu sais que quand on meurt, on se transforme en animal ? Eh bien, une reine, quand elle meurt, elle se transforme en tigresse. Et cette reine-là, la reine d’Angleterre, comme c’est une très grande reine, la plus grande reine du monde, elle se transforme en tigresse blanche. Tu me crois, maintenant ? »

« Si nos existences se limitaient aux images qui nous représentent, nous serions des pantins condamnés par un dieu méchant à refaire toujours les mêmes gestes, soumis aux lois du spectateur cruel qui peut à volonté accélérer ou ralentir, arrêter une attitude, une expression, n’importe quelle révélation de l’ordre de l’intime. Et notre existence s’effacerait au profit de ce que l’on voudrait retenir de nous.« 


Mon avis : En raison des conditions climatiques déplorables à Amsterdam, l’avion de Sam est détourné, contraint de se poser à Londres. La toute jeune fille va se retrouver dans une vie qu’elle ne connaît pas, avec comme objectif : retrouver Maggie, une vieille dame avec qui elle correspond par lettre depuis des années. Sur son chemin, elle va faire la rencontre d’Elliot, de qui elle va tomber amoureuse, mais aussi d’un petit garçon attachant, qui va l’accompagner dans son périple londonien. Sam se souviendra longtemps de ce petit séjour inopiné, car c’est dans ce même temps qu’a lieu un événement planétaire : la mort de la reine d’Angleterre. Cette nouvelle va bouleverser l’Angleterre tout entière, et l’ensemble des habitants de la planète.

C’est un roman d’anticipation que nous offre François Place. La reine d’Angleterre, Elisabeth II, actuellement âgée de  93 ans, est à ce jour la souveraine britannique qui a régnée le plus longtemps sur le pays. Elle a traversé les siècles, les générations et les événements, et est actuellement la reine la plus âgée encore en fonction. Très populaire auprès des citoyens britanniques et du monde entier, il arrivera bien un jour, plus ou moins proche, où la reine s’éteindra pour laisser sa place au prince Charles. L’auteur nous livre ici une interprétation  toute personnelle de sa vision du décès de la reine. Comment les britanniques vont-ils réagir ? Qu’est-ce que le décès de la reine va-t-il engendrer en Angleterre ?

J’ai trouvé le concept intéressant, assez novateur également. Bien que l’histoire en elle-même soit agréable à découvrir, j’ai trouvé certains aspects du récit un peu trop incohérents. Je sais que ce n’est que de la fiction, mais il est quand même de bon ton d’accorder un minimum son récit à la réalité.

Notre protagoniste Sam tombe amoureuse d’un garçon qu’elle a croisé une seule fois : cela s’appelle le coup de foudre, certes, mais c’est très rare qu’il provoque des émotions aussi fortes aussi longtemps. Alors quand Eliot, la fameux garçon dont s’est subitement épris Sam, tombe lui aussi immédiatement amoureux de la jeune fille après seulement quelques phrases échangées… cela devient trop mielleux, pas assez crédible, à la limite du niais. Cela peut arriver, mais de là à penser constamment à l’autre dans la durée, à chercher à le revoir coûte que coûte, je ne pense pas. D’autres détails peu crédibles sont venus enrayés l’avancée de ma lecture : Sam se retrouve seule dans une ville inconnue et elle se fait voler son portable, sans pour autant que tout cela l’inquiète outre mesure. Un petit garçon s’échappe de sa maison et se promène seul dans les rues, un tigre s’échappe à son tour mystérieusement d’un zoo… trop d’invraisemblances dans ce récit qui pourtant, avait du potentiel.

En plus d’invraisemblances, la multiplicité des personnages et des thématiques abordées (le deuil, l’amour, l’amitié, l’enquête sur le cambriolage d’un appartement, la relation parent-enfant…) font de ce récit un imbroglio d’intrigues superposées et de personnages additionnés, qui ne permettent pas au lecteur de se focaliser sur une trame centrale et de la retenir dans la durée.


Un concept intéressant et novateur, mais une histoire globale qui manque de cohérence.

Ma note : 5,5/10

Pour lire plus d’avis

 

Le matin de Neverworld


Le matin de Neverworld de Marisha Pessl

315 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Un an après la mystérieuse mort de Jim, son petit copain, Béatrice n’a toujours pas revu leurs amis. Ils lui cachent quelque chose et la soirée des retrouvailles dérape : un homme étrange leur annonce qu’ils sont coincés au Neverworld et revivront sans cesse la même journée jusqu’à ce qu’ils prennent la décision la plus difficile de leur vie… Mensonges, peurs et sentiments : les masques tombent dans la bande d’amis. Qui sortira vivant du Neverworld ?


Extraits « Dans la vraie vie, il n’y a pas d’entrée triomphale. En tout cas, jamais comme dans nos rêves.
Dans nos rêves, on aimerait quelque chose entre la telenovela colombienne (cris, émotion brute, mascara qui coule) et un discours de Meryl Streep aux OscarTM (paroles chocs, accolades, tout le monde qui se met à chanter en choeur).
Dans la réalité, c’est juste bizarre. »
« – Moi, je vais vous dire ce que c’est que l’amour, annonça Martha en regardant le plafond. C’est le principe d’incertitude d’Heisenberg. Dès qu’on croit qu’il est là et qu’on veut le laisser s’exprimer, eh bien, il disparaît. Il réapparaît plus loin. Puis un peu plus loin encore. Puis ici. Quoi qu’on fasse, on ne peut ni l’enfermer ni le contenir. »

Mon avis : Béatrice a perdu brutalement son petit ami un an plus tôt. Depuis, elle n’a plus revu leur bande de copains communs. Un beau jour, ni tenant plus, elle décide de reprendre contact avec eux, pour résoudre le mystère de la mort de Jim. Mais la soirée dérape : Béatrice et ses amis ont un accident de voiture qui va les plonger dans un univers parallèle appelé Neverworld. Là-bas, un vieil homme leur explique qu’ils vont revivre la même journée éternellement, jusqu’à ce que chacun se mette d’accord : qui survivra et sortira du Neverworld ?

Ça faisait longtemps que je n’avais pas lu une dystopie jeunesse comme celle-ci, et je dois dire que cela fait du bien. Marisha Pessl est une auteure que je ne connaissais pas, mais j’ai bien apprécié découvrir sa plume. Elle nous entraîne dans cet univers parallèle et arrive à nous faire croire, avec beaucoup de facilité, que l’impossible peut devenir possible. J’ai beaucoup aimé l’immersion dans cet espace-temps singulier, où le temps ne passe plus, où tout est figé, répété à l’infini. Quand on se met à la place des personnages, c’est assez glaçant comme sensation.

Ce roman pourra vous faire penser à des films très connus, je pense notamment à Un jour sans fin, du réalisateur Harold Ramis, qui raconte l’histoire d’un homme qui revit encore et encore la même journée. Marisha Pessl a sans doute du s’inspirer de ce film pour écrire son livre, mais les similitudes s’arrêtent ici. En effet, l’auteure incorpore une dose de fantastique en plus, avec la possibilité de voyager dans le temps et de se téléporter  à sa guise. L’action également ne manque pas dans Le matin de neverworld, puisque c’est une réelle enquête que Béatrice, notre protagoniste, va tenter de résoudre, en cherchant la cause véritable de la mort de son petit ami Jim.

Chacun des amis de Béatrice semblent cacher un lourd secret concernant la mort de Jim. Ils éludent tant bien que mal, mais on ressent aisément qu’ils sont au courant de quelque chose de déterminant dans sa mort. La lumière se fera uniquement au dénouement du récit, et la révélation finale se voudra assez étonnante. Retenez une chose : il ne faut jamais se fier aux apparences.


Une très bonne dystopie jeunesse, remplie d’actions et de suspenses. Je vous recommande vivement ce livre !

Ma note : 8/10

Pour lire plus d’avis

 

La théorie de l’iceberg


La théorie de l’iceberg de Christopher Bouix

217 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Noé, 15 ans, vit sur la côte atlantique. Suite à un accident de surf, il est atteint de phobie et de bégaiement. L’organisation d’un concours de nouvelles change le cours de son existence.


Extraits « Du moment que je pouvais passer une heure en tête à tête avec l’océan chaque matin avant les cours et chaque soir avant de rentrer à la maison, je me moquais du reste. Pas besoin d’amis. Pas besoin d’être brillant en classe. Pas besoin d’être populaire. »
« Pour lui, le surf n’était pas juste un sport. C’était le moyen qu’il avait trouvé pour exprimer au mieux sa présence au monde. Il était là, plein, entier, parfaitement concentré sur les quelques centimètres carrés de polyester qui le séparait de l’eau. »

Mon avis : Suite à un accident de surf dont il échappe par miracle avec seulement quelques contusions et côtes cassées, Noé, 15 ans, se retrouve à bégayer. Un bégaiement qui l’isole et lui enlève toute confiance en lui. Il se réfugie alors dans l’écriture, son exutoire et décide de participer à un concours de nouvelles, poussé par son professeur de français. Cet été-là signera un nouveau départ dans la vie de Noé, qui fera la rencontre de personnes extraordinaires, qui changeront le cours de sa vie et sa vision de la vie. Lorraine notamment, une jeune fille en vacances avec son père au bord de la mer, redonnera gaieté et confiance en lui au jeune homme. Monsieur Hereira aussi, un vieil homme retranché dans sa maison, apportera conseils avisés et soutien dans à Noé dans son projet d’écriture.

La théorie de l’icerbeg, c’est d’abord un roman de rencontres. Des rencontres inattendues, qui parfois peuvent véritablement changer le cours d’une existence. C’est la chance qu’a eu Noé, en rencontrant Lorraine et Monsieur Hereira, qui deviendront tous les deux bien plus que de simples rencontres fortuites. À leur manière, ils vont apporter du renouveau dans la vie de Noé, l’aider à aller de l’avant et à surmonter ses démons.

Malgré le fait que j’ai apprécié découvrir cette histoire, je l’ai trouvée, en somme, assez creuse. Le tout manque de relief et de profondeur, le récit reste assez plat, sans grande surprise ni originalité apparente. Pour tout vous dire, seulement trois jours après avoir refermé le livre, je m’aperçois déjà qu’une bonne partie de l’histoire s’efface de ma mémoire, ce qui est fâcheux, notamment au moment d’écrire une chronique.


Une histoire simple, lumineuse et feel good pour passer un bon moment. à lire idéalement en fin d’été.

Ma note : 7/10

Pour lire plus d’avis

 

Nos vies en mille morceaux


Nos vies en mille morceaux de Hayley Long

327 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Le monde de Griff et Dylan, 13 et 15 ans, s’écroule à la fin de l’été, quand un accident de voiture les laisse orphelins. Installés à New York depuis peu, ils sont d’abord recueillis par Blessing, collègue haute en couleur de leurs parents. Puis à l’autre bout du monde, dans une petite ville du pays de Galles, chez un oncle et une tante qu’ils ne connaissent pas, où ils trouvent bienveillance et nouvelles amitiés. Dylan n’a qu’une idée en tête : aider Griff à revivre, protéger son petit frère. Mais il a lui-même son propre chemin à faire, et une dernière vérité à affronter.


Extraits « Même quand tu as l’impression d’être totalement coincé dans un moment, en fait, ce n’est jamais le cas. Les choses changent. « Le temps passe. Écoute. Le temps passe. » »
« La musique n’est pas juste de la musique, c’est aussi de la magie. Qui peut conjurer des émotions dont on ignorait jusqu’à l’existence, et faire naître à la vie des sentiments que l’on pensait éteints à jamais. Un peu comme un voyage dans le temps. La musique est capable de nous transporter à une époque, à d’autres endroits, avec une telle précision qu’on revoit les bandes de baskets qu’on n’a plus depuis longtemps, qu’on entend pépier les oiseaux envolés depuis longtemps et qu’on va jusqu’à sentir l’odeur de vinaigre des chips de l’été précédent. Et lorsque toutes ces émotions, ces souvenirs surviennent par le biais d’un objet concret, et pas seulement d’un MP3, eh bien, la magie est encore plus forte.« 

Mon avis : Griff et Dylan, deux jeunes frères de 13 et 15 ans, voient leur monde basculer lorsqu’ils sont victimes, avec leurs parents, d’un terrible accident de voiture. Leurs deux parents sont morts sur le coup. Ensemble, les deux garçons vont devoir surmonter ce choc et continuer à survivre coûte que coûte.  Mais Griff et Dylan ont deux chemins différents à prendre pour mener vers la cicatrisation de leurs peines.

Griff et Dylan vont atterrir à Aberystwyth, un petit village du Pays de Galle (matérialisé sur la carte ci-dessous pour que vous puissiez le situer plus précisément). Bien loin de toutes les grandes villes où ils ont habité avec leur famille avant (Munich, Shangai, Barcelone, New York), l’adaptation est difficile au début pour les jeunes hommes. Mais grâce à l’amour et à l’attention constante de Dee et Owen, sa famille d’accueil, grâce à l’amitié de Hari, à la présence réconfortante de son frère Dylan, à l’amabilité du vieux monsieur Henry, Griff va très vite s’épanouir dans ce nouvel environnement, loin de tous ses repères passés.

Il est très compliqué de vous parler de ce roman sans vous révéler des détails très importants de l’histoire. Sachez seulement que ce livre raconte le parcours, éreintant mais essentiel, de deux jeunes hommes, désireux de se reconstruire après de terribles épreuves. La vie est parfois cruelle, mais il faut savoir aller de l’avant, remonter la pente, continuer à sourire, à vivre et à aimer. Le jeune Griff en est l’exemple même : sans plus de repère, il va se relever, rencontrer de nouvelles personnes qui vont lui tendre la main pour l’aider à aller vers un guérissement de l’âme et du coeur. J’ai refermé la dernière page du livre au bord des larmes. Un trop plein d’émotions tout au long du livre mène inéluctablement vers une déferlante de larmes à la fin.

Nos vies en mille morceaux est une histoire puissante, extrêmement touchante, qui vous attrape aux tripes et ne vous lâche qu’à la toute dernière seconde du récit. Je recommande chaudement ce livre, qui ne sera sans doute pas une lecture paisible et agréable, mais qui ne vous laissera certainement pas indifférent.


Un récit coup de poing et bouleversant, qui vous apprend à profiter de tout ce que la vie vous donne et surtout de vos proches.

Ma note : 7,5/10

Pour lire plus d’avis

 

It


It de Catherine Grive

182 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : « Au collège, on m’appelle « it » et le genre neutre du pronom anglais me va bien. Ce qui ne me va pas, c’est mon corps de fille sous la douche, dans le miroir…
Car je sais que je suis un garçon. »

Quand une jeune fille de quatorze ans trouve le courage et les mots pour dire à sa famille qu’elle se sent mal dans son genre.

Une histoire pleine de fraîcheur qui mêle humour et sincérité pour aborder la question essentielle du transgenrisme.


Extraits « – Quel garçon manqué tu es ! avait ri Marie-Antoinette en payant à la caisse.
Jamais cette expression me concernant, moi ou quelqu’un d’autre, ne m’a paru adaptée. Le contraire de « garçon manqué », c’est quoi ? Une fille réussie ? Et si une fille est ratée, c’est pour quelle raison ? Parce qu’elle est un garçon ? Parce qu’elle est un garçon et une fille à la fois ? »
« En fait, un corps nu, si on prend soin de le regarder avec tendresse, n’est jamais laid. Il est tout simplement humain.« 

Mon avis : It, vous ne savez sans doute, c’est le pronom neutre utilisé en anglais. Et c’est justement avec ce pronom qu’est désignée notre protagoniste Joséphine – Jo, pour les intimes. Joséphine est un garçon né dans un corps de fille. Mais cette situation embarrassante est difficile, autant pour elle, pour se le persuader, que pour ses proches, pour s’en rendre compte. Car Joséphine est très jeune et son père redoute que cela soit une lubie passagère. Mais Jo en est convaincue : elle est un garçon.

Ce très court roman aborde donc la question des transgenres et du changement de sexe. Vous avez sans doute connu des personnes dans cette situation, ou vous pouvez aisément vous référer à des personnalités célèbres qui représentent le mieux cet exemple (je pense notamment au jeune Bilal Hassani, le chanteur représentant de la France à l’Eurovision cette année, qui est un garçon qui s’habille, se coiffe et se comporte comme une fille). Des filles nées dans des corps de garçon ou inversement, c’est beaucoup plus fréquent que l’on ne le croit !

J’ai été touchée par cette jeune fille un peu introvertie et pudique, qui ne se livre pas facilement, et ne laisse rien transparaître de ses émotions. Ce qui m’a le plus émue, c’est lorsqu’elle répète inlassablement à ses parents qu’elle est un garçon… alors que ceux-ci, encore sous le choc certainement, ne prennent pas au sérieux ses dires. Son comportement d’origine est sans doute dû au fait qu’elle n’était pas elle-même jusqu’à maintenant. La Jo d’avant était un automate (avec un petit clin d’oeil à la vieille dame Heidi, la voisine de la famille chez qui le feu s’est déclenché, qui fabriquait des automates), la Jo d’après sera la vraie Jo.

Ce que je n’ai pas compris, c’est le choix de l’auteure de vouloir incorporer un contexte un peu extraordinaire au récit, alors que celui-ci n’en avait finalement pas besoin. Le récit commence par l’incendie de l’immeuble dans lequel loge Jo et ses parents. Suite à cet accident, toute la famille va vivre momentanément à l’hôtel, en attendant que les travaux de rénovation se terminent. Je ne dis pas que l’idée est mauvaise, mais je ne vois absolument pas le rapport entre cet incident et la thématique centrale du récit qui est l’acceptation de soi, la différence et le regard des autres. Le sujet principal est complexe à traiter, il aurait mérité un développement plus poussé, et sans doute l’épisode de l’incendie aurait mérité d’être remplacé par quelque chose de plus approprié et réaliste. Je n’ai vraiment pas compris pourquoi l’auteure s’était tant attardé sur le développement de cette partie-là du récit, au détriment de la thématique centrale, qui est donc restée superficielle.


Un récit qui a du potentiel, mais qui aurait mérité d’être plus travaillé et plus ordonné. 

Ma note : 4/10

Pour lire plus d’avis

 

Capitaine Rosalie


Capitaine Rosalie de Timothée de Fombelle,
illustré par Isabelle Arsenault

61 pages, éditions Gallimard jeunesse, à 12,90€


Résumé : Alors que son père est à la guerre, Rosalie se lance dans une mission secrète.
Hiver 1917. Rosalie a cinq ans et demi. Son père est au front et sa mère travaille à l’usine. Alors, même si elle n’a pas encore l’âge, Rosalie passe ses journées à l’école, dans la classe des grands.
On croit qu’elle rêve et dessine en attendant le soir. Mais Rosalie s’est fabriqué une mission, comme celles des véritables soldats. Elle est capitaine et elle a un plan.


Extraits  « Ma chérie, je pense à vous. Je sais que Rosalie est sage. Et que le maître d’école est content de l’avoir. Et toi, je sais que ton travail est fatigant. Tu aimerais passer plus de temps avec ta petite fille. Mais quand je mets un obus dans le canon, je me dis toujours que c’est peut-être toi qui l’as fabriqué à l’usine. Comme si tu étais à mes côtés dans la bataille. Oui, les dames nous aident en travaillant si dur dans ces usines, et les enfants nous soutiennent en prêtant leurs mamans et en les attendant sagement. »

« Quand la classe s’assied enfin, je fais semblant d’être ailleurs, dans mes pensées, alors que je suis parfaitement concentrée. Je suis le Capitaine Rosalie, infiltrée dans ce peloton, un matin d’automne 1917. Je sais ce que j’ai à faire. Un jour, on me donnera une médaille pour cela. Elle brille déjà au fond de moi. »


Mon avis : Un grand merci aux éditions Gallimard jeunesse grâce à qui j’ai pu découvrir ce magnifique album jeunesse.

Écrit par Timothée de Fombelle et magnifiquement illustré par Isabelle Arsenault, il raconte l’histoire de la jeune Rosalie. Rosalie est une enfant de la guerre, dont le père est parti au front et la mère réquisitionné dans une usine à munitions. Rosalie se retrouve seule toute la journée et contrainte d’attendre sa mère au fond d’une classe d’un petit village.

Capitaine Rosalie, comme elle se nomme elle-même, est une petite fille très clairvoyante, qui, malgré son jeune âge, comprend parfaitement ce qui est en train de se passer dans le monde entier. C’est une jeune fille très courageuse, dotée d’un caractère bien trempé, mais elle reste quand même une petite fille, idéaliste et rêveuse.

Les planches sont tout simplement sublimes, et je pense que c’est le gros point fort de ce livre. Dessinées dans des couleurs sombres, avec une touche d’orangée, elles nous plongent parfaitement dans un contexte de grande guerre. Seule la couleur orangée donne une lueur d’espoir dans un monde bien trop noir.

 

Évidemment, au vu de la thématique abordée, à savoir la Première guerre mondiale, l’atmosphère générale du livre est pesante. Pesante dans le sens où la guerre est dans toutes les têtes, elle est présente dans le quotidien de chacun, personne ne peut l’ignorer, même pas les jeunes enfants. On ne peut rester insensible face à une telle histoire. La force et le talent de Timothée de Fombelle, réside dans le fait de créer des émotions, un contexte, une atmosphère particulière, un personnage attachant, une histoire multi-cibles, accessibles à la fois aux enfants et aux adultes… le tout en une soixantaine de pages seulement. C’est admirable, je ne peux qu’applaudir cet exploit, et celui d’Isabelle Arsenault, bien évidemment. Ensemble, ils ont réussi à créer un petit livre remarquable, touchant et impactant : bravo !


Un magnifique album, pleins d’émotions et d’humanité,  qui ne vous laissera pas indifférent. Préparez vos mouchoirs et lisez-le !

Ma note : 10/10

Pour lire plus d’avis

 

Les mille visages de notre histoire


Les mille visages de notre histoire de Jennifer Niven

451 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Libby Groby s’est cachée chez elle depuis le décès de sa mère, mais elle se sent désormais prête pour le lycée. Personne ne la connaît vraiment au-delà de son obésité. Jack Masselin est un jeune homme sûr de lui, sexy et distant que tout le monde pense connaître, mais qui cache un secret. Il rencontre Libby et leur monde respectif change.


Extraits  « Mais ils ne comptent pas, le lycée ne compte pas, rien de tout ça ne compte. C’est ce qui est à l’intérieur qui compte. C’est bien au-delà des apparences. Voilà les trucs qu’on aime te répéter. Et puis de toute façon, ça ne me touche plus depuis longtemps. Sauf que ça aussi, c’est un mensonge. »

« Parfois, les gens sont salauds tout simplement parce que ce sont des salauds. Parfois parce que quelqu’un leur a fait des saloperies. Parfois, les gens sont salauds juste parce qu’ils ont peur. Parfois, ils sont délibérément salauds avant que quiconque puisse leur faire des saloperies. Et puis il y a des gens qui ne s’aiment pas. Et si ce genre de personne croise quelqu’un qui sait parfaitement qui il est et qui s’aime comme ça, alors elle se sent encore plus minable. »


Mon avis : Dans un passé très proche, Libby Groby était considérée comme la plus grosse ado d’Amérique. Après le décès de sa mère, elle s’est laissée sombrer dans une période noire, et s’est réfugiée dans la nourriture, comme seule réconfort pour lutter contre la tristesse. Enfermée chez elle quotidiennement et entourée de nourritures, elle en est arrivé à atteindre un stade catastrophique, qui lui a valu d’être évacué par une grue en direction de l’hôpital. Des années plus tard, avec plusieurs centaines de kilos en moins, Libby Groby est fin prête à se réinsérer dans la vie sociale. Son grand retour à la scolarité est imminent, bien que compliqué… En parallèle, nous suivons Jack Masselin, un beau garçon à la vie tout à fait normal, si ce n’est qu’il a une particularité qu’il cache à tous : une maladie nommée prosopagnosie, qui l’empêche de reconnaître les visages des personnes qu’il côtoie. Handicapant au quotidien, cette maladie n’empêche pas Jack de vivre sa vie comme il l’entend. Libby et Jack vont se rencontrer dans l’enceinte de l’école, et cette rencontre va changer leur vie à tout jamais.

J’ai particulièrement apprécié le caractère robuste de Libby. Cette jeune fille, déjà bien abîmée par la vie, doit faire face à des épreuves qui s’avèrent particulièrement compliquée et éprouvantes psychologiquement. Insultes, menaces, moqueries… est son lot quotidien. Elle s’est forgée un caractère et un coeur de pierre, elle n’hésite pas à prendre la parole, à s’affirmer, à aider les plus faibles face aux moqueries et regards insistants de perfides personnes. Jack a quant à lui un comportement mouvant durant l’intégralité du roman, puisqu’il va diamétralement changer sa façon de voir la vie et de juger les gens. De garçon perfide et hargneux, il va se transformer en jeune homme courageux et c’est justement ce changement conséquent qui va être à l’origine d’un tournant de l’histoire.

Les mille visages de notre histoire est un roman fort, qui peut faire échos dans l’esprit de tous les adolescents qui le lisent. Il traite de thématiques actuelles, qui sont le lot quotidien de certains jeunes en France et ailleurs : le harcèlement scolaire, les difficultés d’intégration sociale, les moqueries, insultes, les complexes, le regard des autres. Je trouve qu’en parler peut permettre de faire changer le regard de certains sur ces phénomènes et pourquoi pas de faire changer également leur comportement.

Outre le message assez fort que cette histoire véhicule, c’est aussi une jolie histoire d’amour naissante entre deux jeunes gens, que nous offre à voir Jennifer Niven. Les deux protagonistes amoureux en devenir ont des personnalités différentes, ils ne sont pas « comme tout le monde », mais aiment cette particularité qui les distingue des autres. Ils assument leurs sentiments et passent outre le regard des autres, et c’est quelque chose de très fort, que j’ai particulièrement aimé chez eux.

Il y a quelques années, j’avais lu Tous nos jours parfaits, qui est un autre roman de l’auteure, à partir duquel nous pouvons faire quelques liens et connexions avec ce livre-ci. Dans Tous nos jours parfaits, comme dans Les mille visages de notre histoire, l’auteure instille des messages d’espoir, des messages qui redonnent foi en la vie et qui donnent envie de continuer à sourire. Ces deux romans abordent des thématiques poignantes, ils sont forts en émotions, et mettent en scène des personnages attachants aux antécédents compliqués. La comparaison s’arrête ici, puisque ce sont deux histoires distinctes, très jolies à découvrir toutes les deux.


Un roman touchant, qui aborde des sujets complexes : l’exclusion et le harcèlement social et scolaire, le regard des autres, le jugement, la différence… Grâce aux personnages atypiques et attachants, vous allez passer un excellent moment de lecture. 

Ma note : 7,5/10

Pour lire plus d’avis