Les Enfants des Otori, tome 1 : Les guerriers orphelins


Les Enfants des Otori, tome 1 : Les guerriers orphelins
de Lian Hearn
385 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Elevé en guerrier et promis à un brillant avenir, le jeune Sunoami, fils de traître, est condamné à devenir moine. Résigné à vivre au temple de Terayama jusqu’à la fin de ses jours, Sunaomi voit naître en lui des pouvoirs insoupçonnés. Des objets inanimés prennent vie sous ses yeux, des morts lui parlent… Et les forces qui s’affrontent pour régner sur les Huit Iles s’intéressent de près à ce puissant descendant de la Tribu.


Extraits« Soyez reconnaissants d’être vivants en cet instant même. La mort a beau arriver à l’improviste, et toujours trop tôt, la vie n’en a pas moins ses joies. Le secret, c’est de la savourer pleinement tout en étant prêt à y renoncer à tout moment.« 

« Ne t’imagine pas que la vengeance puisse calmer ta douleur. Elle ne fera que t’apporter d’autres souffrances. »


Mon avis : Le clan des Otori est une série de romans écrits par Lian Hearn au début des années 2000, réédité par les éditions Gallimard jeunesse en des tomes plus volumineux. L’histoire se déroule dans un Japon féodal imaginaire, où l’on suit Sunaomi, rebaptisé Kasho, un jeune garçon qui tente de comprendre la vie et de survivre tant bien que mal à son quotidien. Nous allons le suivre dans ses péripéties à travers le Japon féodal. Transbahuté d’une main à une autre, le jeune garçon va vivre milles aventures extraordinaires. Néanmoins, à trop vouloir en faire, j’ai trouvé que le fil conducteur du récit n’était pas franchement visible. L’action est bien présente, le rythme soutenu, mais je n’ai pas bien compris où Lian Hearn voulait nous mener, quelle était la finalité de ces pérégrinations. Tout se mélangeait dans mon esprit, tant les intrigues, les lieux des actions que les personnages eux-mêmes.

En effet, j’ai trouvé que les personnages étaient vraiment beaucoup trop nombreux : il m’était franchement impossible de m’y retrouver parmi l’ensemble, de comprendre leurs hiérarchies, leurs ascendances, qui est ami ou ennemi et avec qui. Ajoutons aux prénoms ou surnoms innombrables des appellations qui se rapprochent énormément : Kasho, Masao, Kichizo, Tomiko, Hisao et j’en passe. J’étais totalement perdue, incapable de me souvenir du rôle de chacun dans l’histoire. Malheureusement, ce n’est qu’en terminant ma lecture que je me suis rendue compte qu’un petit listing des personnages se trouvait à la fin, avec leurs rôles et leurs descendances : il aurait fallu le placer au début du livre, pour que l’on puisse s’y référer lorsque le doute nous aurait assailli.

En revanche, bien que le fil conducteur m’est totalement échappé, j’ai beaucoup aimé l’aspect imaginaire du récit, qui s’ajoute à l’univers en place. Ce n’est pas le genre de lecture que j’ai l’habitude de choisir sur les rayonnages d’une bibliothèque ; j’ai donc été agréablement surprise d’apprécier ce mélange d’aventures, de fantastique, d’actions qui prennent place dans un univers japonais inattendu. Kasho est doté de pouvoirs magiques, qui le rendent tout puissant : il peut ramener des morts à la vie, il peut animer des objets (des poupées, des constructions en bois), faire gronder le tonnerre, et pleins d’autres choses encore. Autant dire qu’il est une arme précieuse pour tout japonais qui souhaiterait combattre. Kasho est accompagné de créatures magiques, effrayantes aux premiers abords, mais fidèles et loyales : Gen, le chien loup, la poupée Moritsugi, et l’ours en bois. Ils le guident, le conseillent, lui rendent service aussi. Ce sont des compagnons fidèles, le genre de petites créatures que l’on retrouve souvent dans les romans imaginaires (je pense notamment à la saga Magic Charly de Audrey Alwett, que j’ai lu récemment, avec des petits êtres magiques qui suivent et aident le héros tout le long du récit).

Nous faisons face à tout un panel de thématiques très diverses : l’amour, l’amitié, la haine, la vengeance, la trahison, la famille, la violence, le respect, le pouvoir, la passion… À travers les personnages et leurs histoires respectives, Lian Hearn tente de nous immerger dans l’univers du Japon féodal, traditionnel, aux côtés de samouraïs, de tyrans avides de pouvoirs ou encore de chamans aux pouvoirs magiques. Le pari n’est qu’à moitié réussi pour ma part, puisque je suis quand même resté passablement en retrait de l’histoire, n’ayant pas forcément réussie à me projeter dans l’univers conté.


Un premier tome décevant, un peu trop brouillon, dans lequel l’univers du Japon féodal imaginaire ne m’a pas spécialement transcendé. Je ne sais franchement pas si je lirai la suite un jour…

Ma note : 4/10

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ISBN : 978-2-07-513878-9
Traduction : Philippe Giraudon

Magic Charly, tome 2 : Bienvenue à Saint-Fouettard


Magic Charly, tome 2 : Bienvenue à Saint-Fouettard
de Audrey Alwett
522 pages, éditions Gallimard jeunesse, à 17,50€


Résumé : Petits poissards, croquemitaine, poulpiquets, course folle de citrolles… Retrouvez le monde ensorcellant de Magic Charly !

Saint-Fouettard ! C’est dans cette sinistre institution pour jeunes magiciers indisciplinés que sont envoyés Charly et Sapotille. Alors que des forces malfaisantes œuvrent pour prendre le contrôle de la magie, les deux amis sont plus que jamais déterminés à agir. Mais comment lutter quand on n’a aucun sortilège sous la main ?


Extraits« Dans le sud de la France, le mois de novembre arrivait chaque année en défonçant la porte. C’est-à-dire que tout le monde se promenait en manches courtes, jusqu’au jour où le mistral débarquait de sa lointaine Sibérie, posait d’un coup ses valises et chatouillait les gens sous leurs vêtements avec ses doigts venteux et indésirables. À ce moment, malgré l’insolent ciel bleu, il fallait multiplier les pull-overs pour résister au froid.« 

« La moindre bricole devenait un trésor quand on manquait de tout. »


Mon avis : Après m’avoir charmée avec le tome 1 de Magic Charly : L’apprenti, Audrey Alwett édite le second volume de cette magnifique saga fantastique jeunesse : Bienvenue à Saint-Fouettard. C’est avec bonheur que je retrouve les personnages qui m’avaient tant plût dans le premier opus : il y a d’abord Charly, notre protagoniste, jeune garçon téméraire, au courage sans bornes, magicien novice, qui se retrouve vite bridé par les adultes, bien que conscient de détenir des pouvoirs supérieurs à la majeure partie des magiciens de ce monde féerique. Il y a ensuite Sapotille, sa grande amie et également protégée, une jeune femme fragile, un peu esseulée, orpheline, très douée en magie. Tous les deux se retrouvent envoyés à Saint-Fouettard, une prison pour enfants, bâtiment lugubre et froid, où les enfants sont livrés à eux-mêmes, constamment surveillé par les rumeurs magiques du directeur (sortes de petits insectes de compagnie maléfiques), ou pas le croque-mitaine de leur chambre. En somme, c’est tout le contraire du célèbre Poudlard que nous connaissons tous fort bien.

Car dans le premier tome, je n’avais pu m’empêcher de faire une comparaison avec la célèbre saga de J.K. Rowling, tant l’ambiance, l’atmosphère générale, les personnages ressemblaient à s’y méprendre à l’univers d’Harry Potter. Pour sortir de ce carcan et se différencier véritablement, Audrey Alwett dresse dans Bienvenue à Saint-Fouettard, un univers radicalement opposé à Poudlard : froid, sinistre, presque cauchemardesque, les enfants sont les prisonniers d’une école magique dangereuse où ils n’apprennent absolument rien et sont livrés à eux-mêmes. Ils sont surveillés par des rumeurs malicieuses, punis par des croque-mitaines redoutables, obligés de manger des aliments détestables… autant d’éléments qui viennent faire frissonner le lecteur. Ajoutons à cela de méchants personnages, comme le juge Dendelion, son fils et ses petits copains, ou le directeur de Saint-Fouettard, qui semblent en vouloir personnellement à notre héros Charly, qu’ils discréditent, rabaissent et punissent constamment.

Fort heureusement, Charly peut compter sur le soutien sans faille de ses camarades, notamment Sapotille, son amoureuse secrète, June, une jeune fille pleine d’énergie et ses nouveaux compagnons de Saint-Fouettard, emprisonnés dans ce pensionnat magique comme le jeune homme pour de menus larcins sans conséquence. Tous sont de jeunes protagonistes attachants, dont on suit les pérégrinations avec plaisir.

J’adore vraiment le monde imaginé par l’auteure : un monde à la fois réel et magique, où les jeunes apprenants cohabitent avec des éléments surnaturels, comme les citrolles, les licornes, indispensables pour participer aux courses mythiques des Cadets, où l’ensemble des boutiques recèlent quelque chose de magique, propice à la rêverie.

En comparaison de L’apprenti, j’ai eu comme le sentiment que Bienvenue à Saint-Fouettard était bien plus rythmé et jalonné d’actions – bien qu’il n’en manquât pas non plus dans le premier tome. Ce dernier servait à poser les bases d’une histoire qui se veut solide et à instiller l’envie aux lecteurs de poursuivre leur découverte de l’univers de Charly et des personnages eux-mêmes ; avec ce second tome, nous entrons véritablement au coeur du récit. Les rebondissements sont perpétuels, la tension est à son comble, le rythme est intense… on assiste en particulier à une course exaltante, sorte de Mario Kart grandeur nature, avec un soupçon de magie supplémentaire, qui vient dynamiser l’histoire de façon phénoménale. Nous sommes également les spectateurs médusés des altercations qui surviennent entre Charly et le juge Dendelion, un homme redoutable, prêt à tout pour accéder au haut pouvoir. Notre protagoniste, secondé par ses amis et par les membres d’un conseil de résistance secret, vont tout faire pour l’empêcher d’accéder au pouvoir. En bref, tout est mis en oeuvre pour faire de cette saga d’aventures fantastiques une réussite !


Un deuxième tome à la hauteur du premier, où l’on retrouve les personnages qui m’ont tant plût dans L’apprenti, l’univers à la fois féerique et cauchemardesque, le rythme haletant et les rebondissements en pagaille : c’est une réussite ! J’ai déjà hâte de lire la suite…

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-07-513833-8

Plus drôle que toi !


Plus drôle que toi ! de Rebecca Elliott
390 pages, éditions Gallimard jeunesse, à 17,90€


Résumé : Mon truc, c’est de faire rire les gens. Je ne connais rien de plus satisfaisant -à part peut-être manger du chocolat. Ce que je vais vous raconter ici, c’est comment ma vie, cette accumulation de petits désastres et de grosses bourdes, a pris un tour inattendu le jour du spectacle du lycée, quand j’ai découvert que cette bombe atomique de Leo Jackson partage ma passion pour le stand-up. Enfin, on la partagerait si on était amis.


Extraits« Nous n’avons jamais des céréales de marque, seulement les marques des supermarchés, mais maman jure qu’elles proviennent exactement des mêmes usines, sauf que les premières sont conditionnées dans de jolies boîtes pour les gens riches et bêtes et les autres, dans de moins jolies boîtes pour les gens pauvres et intelligents.« 

« Car lorsqu’on trouve quelque chose de drôle dans ce monde si sérieux et plein de malheur et de méchanceté, c’est comme découvrir un diamant dans une grotte remplie de détritus : c’est précieux. Peut-être plus précieux que n’importe quoi d’autre. »


Mon avis : Haylah, que tout le monde surnomme Truie à cause de son surpoids, est une jeune lycéenne qui rêve de devenir humoriste. Elle ne vit que pour le stand-up, mais redoute de se produire sur scène devant un public, par peur de subir une trop grande humiliation si personne ne riait à ses blagues. Quand elle apprend que Léo, le beau gosse du lycée, est lui aussi passionné de stand-up mais ose monter sur les planches, Haylah est immédiatement fascinée par le jeune homme. Elle tente de s’en rapprocher discrètement, en glissant notamment quelques-unes de ses propres blagues dans le casier de Léo, en espérant qu’il les apprécie et les utilise dans son prochain spectacle. Mais les deux meilleures copines de la jeune lycéenne, Chloé et Kas, tempèrent ses ardeurs : Léo est un garçon inaccessible, populaire, incroyablement beau, qui ne s’intéresserait jamais à elle. Haylah, blessée, décide de faire fi de ces recommandations et continue de se rapprocher dangereusement de Léo.

Ce roman jeunesse aborde des thématiques variées, totalement ancrées dans l’ère du temps. Il y a d’abord tout ce pan des stéréotypes, des préjugés, du culte de l’apparence et de la normalité. Haylah, de part ses formes généreuses, se détache du reste des autres femmes, certainement plus minces qu’elle. Au début touchée par les remarques mal placées, la jeune fille a dressé un bouclier protecteur autour de son coeur et va même au-devant des critiques, autorisant et incitant ses camarades à la surnommer « Truie ». Un surnom péjoratif, totalement dévalorisant, qui m’a passablement agacé durant l’ensemble de ma lecture. Je pense que c’était l’effet escompté par l’auteure : chercher à choquer son public pour le faire réagir. Truie/Haylah a une estime d’elle-même très faible, qu’elle arrive à contrebalancer habilement avec une autodérision poussée. Car il faut se l’avouer, au collège comme au lycée, les élèves sont souvent méchants les uns envers les autres, jugeant trop rapidement ceux qui ont tendance à sortir du moule. Il est impératif de se blinder contre les attaques, au risque de sombrer dans un cas de dépression profonde.

Malgré les avis contraires, les obstacles et les personnes qui se dressent sur son chemin, Haylah ne se laisse pas démonter et poursuit coûte que coûte son rêve ultime : devenir humoriste. Elle compile quotidiennement des blagues dans un carnet, qu’elle emprunte souvent à son petit frère Noah, un garçon plein d’énergie, souriant et bon vivant, qui inspire souvent la jeune fille. Certaines blagues sont très amusantes, contrairement à d’autres ; mais lire des histoires drôles n’est pas pareil que de les voir interprétées en vrai, avec l’intonation et la gestuelle adaptée. À l’image de sa protagoniste, Rebecca Elliott a eu l’audace d’oser, quitte à subir une humiliation publique. J’admire cette prise de risque !

Bien que les sujets traités dans Plus drôle que toi ! soient d’actualité et forcément enrichissants pour l’ensemble des jeunes lecteurs, qui peuvent prendre conscience de certaines choses importantes sur notre société ; je me suis passablement ennuyée durant ma lecture. Il me manquait peut-être un peu plus d’émotions de la part des personnages, un rythme plus soutenu, pourquoi pas des blagues plus récurrentes. La première partie était longue à se mettre en place, tandis que la seconde rattrape le niveau, avec des blagues plus fréquentes et un rythme plus élevé. J’aurais aimé ne pas percevoir ce déséquilibre dans la narration, garder une fréquence rythmique continue, qui m’aurait tenue en haleine jusqu’au dénouement final.


Un roman jeunesse intéressant, qui donne à réfléchir sur des thématiques sociétales actuelles : les diktats de l’apparence, les stéréotypes, les critiques sur la beauté… le tout couplé avec beaucoup d’humour et de légèreté. J’ai bien aimé !

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-07-513341-8
Traduction : Faustina Fiore

La lumière dans les combles


La lumière dans les combles de Sharon Cameron
485 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Stefania et sa soeur ont un terrible secret : treize juifs se cachent dans leur grenier. Mais bientôt, l’étau nazi se resserre…
Comment continuer à avancer quand chaque coup frappé à la porte pourrait être le dernier ?


Extraits : « Il ne fallait pas peindre tous les hommes de la même couleur. Qu’ils soient juifs ou polonais.
Ou même allemands. »

« À Przemysl, avoir de la lumière, c’est faire de la réclame : venez voir, j’ai des friandises ! Et ce n’est pas très malin d’attirer l’attention sur l’endroit où on les garde. »


Mon avis : La lumière dans les combles est une histoire vraie, composée seulement de quelques éléments fictionnels, qui viennent enrichir le récit sans pour autant le dénaturer. L’histoire se passe pendant la seconde Guerre Mondiale, dans une Pologne envahie par les allemands, qui cherchent désespérément à persécuter l’ensemble des juifs qu’ils croisent. Nous faisons la connaissance de Stefania et de sa jeune soeur Helena, toutes deux polonaises, livrées à elles-mêmes, loin de leur famille. Ensemble, elles ont courageusement cachées treize juifs dans le grenier de leur appartement au 3, rue Tatarska. Elles nous racontent les souffrances physiques et psychiques, la peur omniprésente et permanente, les sacrifices endurés pour sauver ces personnes au détriment de leurs propres vies.

En lisant La lumière dans les combles, on ne peut inévitablement penser à l’histoire d’Anne Frank, relaté dans son célèbre Journal. Cette jeune fille, du haut de ses treize ans, a vécu cachée clandestinement pendant deux ans dans l’Annexe, pour échapper à l’extermination des juifs imposés par Hitler durant la seconde Guerre Mondiale. Le Journal mondialement connu d’Anne Frank raconte cet épisode cauchemardesque vécu par ceux qui étaient vus comme les pestiférés de l’Allemagne, tandis que La lumière dans les combles nous montre cet épisode d’un point de vue nouveau : celui de sympathisants, souvent trop peu nombreux mais au courage démesuré, venus vaillamment en aide aux juifs.

Stefania Podgorska, alors âgée de 18 ans pendant l’Occupation, décide de cacher treize juifs dans son grenier. Une histoire vraie, qui lui a valu plusieurs distinctions honorifiques à la fin de la guerre, dont le prix Courage to Care, qu’elle a reçu en 1991, pour son action au service de la justice. Sans réfléchir aux conséquences directes, Stefania et sa soeur Helena ont apporté leur aide aux juifs, alors menacés de déportation et de mort, au détriment de leur propre sécurité – les nazis considérant l’assistance aux juifs comme un crime.

 Stefania et sa jeune soeur Helena

Parmi les treize juifs présents dans le grenier des jeunes filles, se trouvait Max, un jeune homme issu d’une famille nombreuse, frère d’Izio, le premier amour de Stefania. Max va se révéler un jeune homme courageux, téméraire et combatif, soutien incontesté de ses confrères et de Stefania. Max doit sa vie entière à Stefania et à sa soeur. D’ailleurs, à la fin de la guerre, alors tous libres, Stefania et Max ne se quitteront plus jamais : ils vivront une belle et longue histoire d’amour jusqu’à leur mort.

Stefania et Max, devenu son mari

Sharon Cameron raconte avec précisions et minuties les péripéties qui jalonnent l’existence de Stefania. La guerre fait rage, les juifs sont parqués dans un ghetto, tandis que d’autres sont transportés en train dans des camps de déportation, pour y travailler et y mourir. Les patrouilles allemandes sont partout, la pénurie de nourriture se fait lourdement sentir, le travail devient compliqué à trouver. Stefania, notre protagoniste, du haut de ses dix-huit ans, fait preuve d’un courage exemplaire pour survivre dans cette misère sociale et pour faire vivre treize juifs en plus de sa petite soeur. Elle fait preuve d’un héroïsme sans égal, comme sa soeur cadette, Helena, qui se révèle une jeune fille mature, hautement intelligente, très maligne, qui fait preuve de sang-froid et de discernement face aux événements qui surviennent.

Ce genre de thématique est souvent abordée dans la littérature. C’est un fait majeur de l’Histoire mondiale, qui a marqué des millions de personnes, qui émeut toujours autant les foules et qui doit être rapporté pour que la nouvelle génération prennent conscience des horreurs qui ont été faites et des combats qui ont contribué à forger leur liberté. Néanmoins, malgré tout le respect que j’ai pour les combattants, ceux qui ont laissé leur vie sur le champ de bataille, pour les innocents, les juifs, les civils, qui y ont laissé leur vie, je n’ai pas été spécialement enthousiasmé par ce récit. Disons que l’histoire s’étirait un peu en longueurs, avec quelques passages répétitifs. 

Je tiens à souligner le fait qu’en lisant cette histoire, je ne savais pas qu’elle était issue de l’expérience vécue par Stefania, notre protagoniste. Ce n’est qu’en refermant la dernière page du livre que Sharon Cameron explicite ses propos et les illustre de photos des protagonistes. L’auteure a tenu à coller au plus près des souvenirs de Stefania pour écrire son livre. La majeure partie des péripéties présentées dans La lumière dans les combles ont véritablement eu lieu. Peut-être qu’en ayant eu connaissance de cette information avant le début de ma lecture, j’aurais ressenti plus d’empathie envers les personnages, j’aurais peut-être été plus imprégnée de l’atmosphère générale, plus touchée par ce qui leur arrivait…


Un roman historique sur une femme au courage inspirant : Stefania Podgorska, une jeune polonaise qui a sacrifié sa vie pour cacher treize juifs durant la seconde Guerre Mondiale. Malgré quelques longueurs, c’est une histoire puissante, violente, écrite avec justesse, qui, je l’espère, trouvera échos dans la sphère littéraire, ne serait-ce que pour rendre hommage à l’héroïsme de Stefania et de sa soeur Helena.  

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-07-514548-0
Traduction : Diane Ménard

À quoi rêvent les étoiles


À quoi rêvent les étoiles de Manon Fargetton

388 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Ces liens qui nous unissent.

Ils sont cinq. Titouan reste cloîtré dans sa chambre, Alix ne pense qu’au théâtre, Luce est inconsolable depuis la mort de son mari, Gabrielle est incapable de s’engager de peur de perdre sa liberté tandis qu’Armand se consacre exclusivement à sa fille. Cinq personnages en quête de sens dont les destins s’entrelacent.


Extraits : « Le monde est petit.
Tout petit.
Il y a presque un siècle, un écrivain hongrois a imaginé dans l’une de ses nouvelles qu’une personne sur la planète peut être reliée à n’importe quelle autre par une chaîne de six relations individuelles. La « théorie des six degrés de séparation », il a appelé ça. Imaginez un instant, imaginez-vous, en train de tenir la main d’un proche ou même d’une vague connaissance qui elle-même tient la main d’un de ses amis que vous n’avez jamais croisé, et ainsi de suite jusqu’à former une chaîne de six personnes. On pourrait relier l’humanité entière, comme ça, à partir de vous. Quels que soient la famille ou le pays dans lesquels on est né, quel que soit le métier que l’on exerce, quels que soient nos rêves, nos peurs, nos fantasmes, que l’on passe notre vie sans bouger de notre village natal ou que l’on parcoure le monde, chacun d’entre nous peut être connecté à n’importe qui en six petites étapes, de personne à personne. »

« Et puis parfois, de nouvelles connexions se créent, qui raccourcissent soudain ces chaînes de relations, court-circuitant les intermédiaires. Des rencontres improbables qui peuvent bouleverser des vies entières. Hasard, destin, accident, chance, signe, noeud d’énergie, alignement de planètes… Appelez ça comme vous voulez.
Moi, j’appelle ça magie. »


Mon avis : Manon Fargetton est une auteure que j’avais eu le plaisir de découvrir à travers son roman Dix jours avant la fin du monde, une dystopie dynamique et rythmée, lue il y a quelques années maintenant, mais encore présente dans mon esprit.

Aujourd’hui, elle revient avec une nouvelle histoire totalement différente du roman cité précédemment : À quoi rêvent les étoiles, un récit touchant, empli d’émotions, qui apporte de nombreux questionnements sur des sujets variés : le deuil, la solitude, les relations parents-enfants, les sentiments amoureux… Plusieurs histoires s’entremêlent en une seule : nous suivons Luce, une vieille veuve qui vit recluse chez elle et ne trouve plus goût à la vie. Décidée à en finir, elle va écrire un dernier sms au numéro de téléphone qui appartenait à son mari… aujourd’hui réattribué à Titouan, un jeune homme mal dans sa peau, qui refuse de sortir de sa chambre pour affronter le monde extérieur. Sa seule échappatoire : ses jeux vidéos et son amitié virtuelle avec Lix. Lix, c’est une jeune fille passionnée de théâtre, mais étouffée par les attentions trop nombreuses que lui porte son père. Ce dernier est également attristé par la situation tendue qui s’est créée entre Lix et lui et cherche à tout prix à en comprendre les raisons et à réparer les choses.

J’ai beaucoup aimé l’imbrication presque logique de cette histoire. Nous suivons individuellement chacun des personnages, qui forment finalement une chaîne humaine, puisque leurs histoires font échos les unes aux autres ou du moins rejoignent l’histoire des autres personnages. L’incipit sur la théorie des six degrés de séparation est d’ailleurs choisie avec justesse pour présenter ce récit : selon le hongrois Frigyes Karinthy, toute personne dans le monde peut être reliée à n’importe qui, à travers une chaîne de relations individuelles comprenant seulement six maillons… une théorie plus que jamais d’actualité avec l’essor des technologies digitales, que met joliment en image Manon Fargetton à travers la métaphore des étoiles, qui, jointes l’une à l’autre, forment des constellations. Pour en revenir au roman, l’auteure souhaitait mettre en avant l’importance des liens humains, du contact et de l’interaction, qui ont des impacts évidents dans la vie de chacun.

J’ai beaucoup aimé les personnages, que j’ai trouvé fouillés, travaillés, affinés avec soin. C’est d’ailleurs pour cela qu’on se sent si proche d’eux et qu’ils arrivent à nous toucher autant. J’ai particulièrement apprécié le personnage de Luce, vieille dame isolée suite à la mort de son mari, qui m’a émue à de nombreuses reprises. Sa correspondance avec Titouan est touchante : ce jeune garçon, qui refuse de sortir sa chambre, va aider l’ancienne pilote d’avions à renouer avec son passé, à l’accepter pour finalement voler de ses propres ailes.

Chaque personnage est différent, tant par leur caractère, leur âge, leur manière d’aborder la vie avec une vision totalement opposée. Le seul lien qui les unie : leur profonde solitude, qui se caractérise par un sentiment de mal-être intérieur qui les coupe peu à peu du monde. C’est d’une écriture pleine d’espoir et d’optimisme que Manon Fargetton aborde cette thématique douloureuse, qui touche bien plus de monde qu’il n’y paraît.


Un récit poétique, intime et plein d’espoir qui nous fait prendre conscience de l’importance des liens qui nous unissent aux autres. Une histoire pleine d’émotions, qui m’a émue. 

Ma note : 7,5/10

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ISBN : 978-2-07-514714-9