Capitaine Rosalie


Capitaine Rosalie de Timothée de Fombelle,
illustré par Isabelle Arsenault

61 pages, éditions Gallimard jeunesse, à 12,90€


Résumé : Alors que son père est à la guerre, Rosalie se lance dans une mission secrète.
Hiver 1917. Rosalie a cinq ans et demi. Son père est au front et sa mère travaille à l’usine. Alors, même si elle n’a pas encore l’âge, Rosalie passe ses journées à l’école, dans la classe des grands.
On croit qu’elle rêve et dessine en attendant le soir. Mais Rosalie s’est fabriqué une mission, comme celles des véritables soldats. Elle est capitaine et elle a un plan.


Extraits  « Ma chérie, je pense à vous. Je sais que Rosalie est sage. Et que le maître d’école est content de l’avoir. Et toi, je sais que ton travail est fatigant. Tu aimerais passer plus de temps avec ta petite fille. Mais quand je mets un obus dans le canon, je me dis toujours que c’est peut-être toi qui l’as fabriqué à l’usine. Comme si tu étais à mes côtés dans la bataille. Oui, les dames nous aident en travaillant si dur dans ces usines, et les enfants nous soutiennent en prêtant leurs mamans et en les attendant sagement. »

« Quand la classe s’assied enfin, je fais semblant d’être ailleurs, dans mes pensées, alors que je suis parfaitement concentrée. Je suis le Capitaine Rosalie, infiltrée dans ce peloton, un matin d’automne 1917. Je sais ce que j’ai à faire. Un jour, on me donnera une médaille pour cela. Elle brille déjà au fond de moi. »


Mon avis : Un grand merci aux éditions Gallimard jeunesse grâce à qui j’ai pu découvrir ce magnifique album jeunesse.

Écrit par Timothée de Fombelle et magnifiquement illustré par Isabelle Arsenault, il raconte l’histoire de la jeune Rosalie. Rosalie est une enfant de la guerre, dont le père est parti au front et la mère réquisitionné dans une usine à munitions. Rosalie se retrouve seule toute la journée et contrainte d’attendre sa mère au fond d’une classe d’un petit village.

Capitaine Rosalie, comme elle se nomme elle-même, est une petite fille très clairvoyante, qui, malgré son jeune âge, comprend parfaitement ce qui est en train de se passer dans le monde entier. C’est une jeune fille très courageuse, dotée d’un caractère bien trempé, mais elle reste quand même une petite fille, idéaliste et rêveuse.

Les planches sont tout simplement sublimes, et je pense que c’est le gros point fort de ce livre. Dessinées dans des couleurs sombres, avec une touche d’orangée, elles nous plongent parfaitement dans un contexte de grande guerre. Seule la couleur orangée donne une lueur d’espoir dans un monde bien trop noir.

 

Évidemment, au vu de la thématique abordée, à savoir la Première guerre mondiale, l’atmosphère générale du livre est pesante. Pesante dans le sens où la guerre est dans toutes les têtes, elle est présente dans le quotidien de chacun, personne ne peut l’ignorer, même pas les jeunes enfants. On ne peut rester insensible face à une telle histoire. La force et le talent de Timothée de Fombelle, réside dans le fait de créer des émotions, un contexte, une atmosphère particulière, un personnage attachant, une histoire multi-cibles, accessibles à la fois aux enfants et aux adultes… le tout en une soixantaine de pages seulement. C’est admirable, je ne peux qu’applaudir cet exploit, et celui d’Isabelle Arsenault, bien évidemment. Ensemble, ils ont réussi à créer un petit livre remarquable, touchant et impactant : bravo !


Un magnifique album, pleins d’émotions et d’humanité,  qui ne vous laissera pas indifférent. Préparez vos mouchoirs et lisez-le !

Ma note : 10/10

Pour lire plus d’avis

 

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La Grande guerre : Histoires inspirées par des objets emblématiques de 1914 – 1918

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La Grande guerre : Histoires inspirées par des objets emblématiques de 1914 – 1918
de David Almond, John Boyne, Tracy Chevalier, Ursula Dubosarsky, Timothée de Fombelle, Adèle Geras, A. L. Kennedy, Tanya Lee Stone, Michael Morpurgo, Marcus Sedgwick et Sheena Wilkinson
313 pages, éditions Hachette Romans, à 14,90€

 

Résumé : David Almond (Je m’appelle Mina), Tracy Chevalier (La jeune fille à la perle), Timothée de Fombelle (Le livre de Perle), Michael Morpurgo (Cheval de Guerre)…
Les plus grandes signatures de la littérature racontent la Première Guerre mondiale à partir d’objets emblématiques.
Un superbe recueil contenant des nouvelles écrites par onze écrivains célébrés partout dans le monde : Timothée de Fombelle, Michael Morpurgo, Tracy Chevalier rendent hommage aux héros les plus ordinaires.
Un soldat de plomb, un plat à beurre, une boussole…
Des objets du quotidien. Pourtant, aux yeux de nos auteurs, ces artefacts touchent au cœur des vies humaines pendant la Première Guerre mondiale.
Chaque auteur de ce recueil a été enjoint de choisir un objet qui avait un lien avec la guerre – une croix de Victoria pour Timothée de Fombelle, un kit d’écriture pour David Almond, un casque pour Michael Morpurgo – et de s’en servir comme inspiration pour une nouvelle originale.
Le résultat : un recueil extraordinaire, illustré par Jim Kay (Quelques minutes après minuit), avec des photographies des objets qui ont inspiré les nouvelles.
Extraits :  « Si tu veux ce que tu prétends vouloir – un monde en paix -, il te faut comprendre les conséquences d’un monde en guerre. »
« Avant de s’en aller, l’ange prend une décision et, se glissant dans ses rêves, laisse derrière lui dans les pensées de la mère une opinion plus positive. A savoir que, peut-être, le fait que son fils est différent est une bonne chose. Que, peut-être, les gens différents sont ceux qui nous font avancer au final.« 

Mon avis :  Des livres sur la Première Guerre mondiale, j’en ai lu pas mal. Mais ce livre-ci offre un concept de littérature original : une dizaine de petites nouvelles d’une quinzaine de pages, sont rédigées par des écrivains renommés. Parmi eux, Tracy Chevalier, auteure de La jeune fille à la perle, ou encore John Boyne qui a écrit Le garçon en pyjama rayé – pour n’en citer que deux.

Le concept est simple : chaque auteur s’est inspiré d’un objet emblématique de la guerre pour écrire une petite histoire qui tourne autour de cet objet. Une boussole, un casque, un nécessaire d’écriture, des affiches de recrutement… des objets variés, qui rappellent incontestablement la grande guerre. A la fin de chaque nouvelle, une sublime image photographique en noir et blanc réalisée par Jim Kay illustre avec un profond réalisme l’histoire narrée.

Justement, parlons-en de ces histoires. Elles sont toutes très différentes, écrites dans des styles variés (ça va de l’écriture romanesque classique à une écriture poétique originale de Tanya Lee Stone). Outre le fait qu’elles sont toutes reliées à la grande guerre par un objet phare, elles sont aussi toutes teintées d’émotions. Et c’est justement cette émotion qui rend les nouvelles fantastiques.

Les nouvelles racontent souvent le ressenti des citoyens qui n’ont pas été envoyés au front : les femmes sont envoyées dans des usines et travaillent d’arrache-pied ; les enfants tentent de comprendre le désastre qui se produit sous leurs yeux. Dans ces nouvelles, nous ne sommes pas directement mis face aux soldats, mais à des personnes extérieures, qui racontent l’histoire de leurs points de vues.

J’ai beaucoup aimé découvrir cet ouvrage. La pluralité vocalique m’a enchantée : on voit clairement les styles individuels de chaque auteur, qui traitent un même sujet différemment. J’ai été embarquée dans ces années maudites, où la guerre faisait rage, où le monde se fissurait, marqué à jamais par ces horribles événements. Que d’émotions dans ces nouvelles : j’ai eu la larme à l’oeil durant de nombreuses pages, et le coeur qui se serrait quand on annonçait des décès.

Des livres sur la Grande guerre, j’en ai lu… mais des nouvelles comme celles-là, jamais ! Cet exercice d’écriture imposé à des auteurs renommés (écrire sur la Première Guerre mondiale en partant d’un objet du quotidien de cette période) se révèle être une grande réussite. A travers ces récits sombrement noirs, se cache quand même quelques lueurs d’espoir…

 

Ma note : 7/10