Violette au bois des fous


Violette au bois des fous de Madeleine Melquiond
155 pages, éditions Favre, à 15€


Résumé : Un jour de septembre, Violette, journaliste à la retraite, n’a plus trouvé de sel à la vie. Seule dans sa maison de campagne, alors qu’elle s’était imaginée entourée d’enfants et de petits-enfants, elle a eu l’impulsion soudaine de disparaître en avalant des somnifères. Mais la mort n’a pas voulu d’elle. Au terme d’un voyage picaresque dans une ambulance déglinguée, elle débarque dans un hôpital psychiatrique un peu isolé, édifié au milieu d’un bois : c’est le bois des fous. En ce lieu à part, les internés ont adopté un sabir saugrenu qui les différencie du monde « normal » qu’ils vont tenter de réintégrer, un jour ou jamais, selon leur cas. Jadis instituteur, secrétaire ou commercial, ils sont tous momentanément ou indéfiniment des zigs affublés de surnoms hilarants dont ils gratifient aussi le personnel, ce qui favorise leur cohésion.Cet univers cocasse sensibilise Violette à d’autres valeurs et merveilles de la vie. Elle remonte peu à peu des enfers et revient à la lumière, en méditant près d’un arbre.

L’épopée de Violette, inspirée par l’expérience de l’auteure mais qui pourrait aussi être celle de chacun d’entre nous à un moment de vertige, témoigne de la frontière ténue entre la santé mentale et l’accès de folie. Ce livre plein d’humour a aussi le mérite de nous raconter, sans jugement, la vie réelle de ceux dont le désespoir assumé frôle parfois l’art de vivre.


Extraits« À quoi sert de s’opposer au torrent de l’existence, qui charrie la boue et les plus belles fleurs ? »

« C’est une évidence que si les zigs sont des zigs, les fous des fous, nombre d’entre eux sont perspicaces. »


Mon avis : Violette au bois des fous… quelle curieuse histoire… le titre déjà, annonce la couleur (pas Violette) et donne le ton sur l’ensemble du récit : ce sera loufoque, décalé, ce sera original, ce sera absurde, comique. Violette est une vieille dame, journaliste à la retraite, qui vient d’être admise dans un hôpital psychiatrique suite à une tentative de suicide. Là-bas, elle fait la rencontre de personnalité hauts en couleurs, qui portent tous des surnoms excentriques et peu flatteurs : Gros Tas, Moulin à paroles… le sien sera Poésie, en rapport avec son appétence pour l’écriture et son métier passé. Le personnel soignant a également le droit à ses surnoms détournés, qu’ils adoptent sans vraiment avoir leur mot à dire. Le tout renforce la cohésion des internés, qui se sentent plus proches, plus intimes entre eux et s’amusent ouvertement de leurs différences respectives.

L’univers est singulier, on a peu l’habitude de pénétrer dans les confins des asiles de fous. Celui-ci est séparé en plusieurs pavillons, qui accueillent des cas légers, qui ne résideront à l’asile seulement quelques jours ou semaines (tentative de suicide comme Violette, mythomanie…) à très graves, devant être particulièrement surveillés (viols, nymphomanie…). Ces derniers élisent domicile à l’asile pour un temps indéterminé, parfois pour toujours. J’ai été déstabilisée par ce voyage au milieu des bois, dans un cadre presque idyllique, qui fait illusion. 

Malheureusement, je n’ai pas particulièrement adhéré, que ce soit aux personnages, froids, trop excentriques, ou à l’ambiance générale, clinique, impersonnelle, assez sinistre dans l’ensemble. Le récit est quant à lui assez pauvre, puisqu’il n’y a pas de réel fil conducteur, aucune intrigue ou histoire à suivre. Ce sont uniquement des bribes d’instants, où l’on suit avec parcimonie, l’internement de Violette, ses rencontres, ses prises de conscience.


Un récit assez pauvre, où l’on suit une vieille dame dans son parcours d’internement, suite à une tentative de suicide. Je n’ai pas particulièrement adhéré à l’histoire, que j’ai trouvé sans réel intérêt.

Ma note : 4/10

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ISBN : 978-2-8289-1951-1

Portrait au couteau


Portrait au couteau de Malika Ferdjoukh
234 pages, éditions Bayard, à 13,90€


Résumé : Hiver 1910. Tous les jeudis, la jeune danseuse Marie Legay quitte l’Opéra de Paris et s’en va poser pour le peintre Odilon Voret. C’est un grand homme sombre, terrifiant, qui peint au couteau. Elle l’a surnommé « l’Ogre ». Ce jeudi-là, le destin de Marie bascule dans l’effroi…
XXIe siècle. Antonin et Élisabeth, étudiants en art, observent avec stupeur la jeune fille qui pose pour la classe de dessin. Flavie – c’est son nom – porte en effet, au niveau du coeur, des cicatrices étranges, semblables à cinq coups de couteau.
Quelques jours plus tard, au musée d’Orsay, Antonin découvre, stupéfait, fasciné, un tableau signé Odilon Voret. Intitulé « Le coeur déchiré », il représente une jeune fille assassinée de cinq coups de couteau…
Qui est-elle ? A-t-elle un lien avec Flavie ? Et lequel ?
C’est le début d’une dangereuse enquête, une enquête dans les mystères du temps, qui va mener Antonin, Élisabeth et Flavie bien plus loin qu’ils ne l’imaginaient…


Extraits« Ils ne croisèrent personne sous la bruine, hormis un couple d’amoureux abrité sous un des saules. Antonin ne put s’empêcher de sourire. Tant qu’il y aurait des amoureux, Paris demeurerait Paris. Ces deux-là ignoraient qu’ils étaient le remède imparable au syndrome de Paris des touristes japonais, le séduisant cliché qui soignait de tous les maux. Autant que les saules qui baignaient leurs souples chevelures dans cette Seine au noir scintillant, ou que la pierre blanche illuminée de La Samaritaine, là-haut. »

« Pour lui, le destin était une idée romanesque, mais pas sérieusement envisageable dans la vraie vie. »


Mon avis : Malika Ferdjoukh est une écrivaine française, auteure de nombreux romans jeunesse : j’ai été particulièrement impatiente de découvrir sa plume, que je ne connaissais pas.

Portrait au couteau est une histoire très intéressante, qui mélange les genres. On a tout d’abord un peu d’historique, puisque le récit débute au XXème siècle, en 1910 très précisément, aux côtés d’une jeune fille, Marie Legay, danseuse à l’Opéra de Paris, modèle photo sur son temps libre, et d’un vieil artiste peintre, prénommé Odilon Voret. Marie est particulièrement réfractaire à ces séances de pose, puisque le peintre, qu’elle surnomme « l’Ogre », l’effraie énormément. Mais elle a besoin des sept francs hebdomadaire qu’il lui remet pour s’acheter des équipements de danse. Après sa séance de la semaine, alors qu’elle s’apprête à quitter l’immeuble de cet homme qui l’effraie tant, une personne l’attend dans l’escalier et l’assassine froidement.

Nous quittons brutalement Marie Legay pour atterrir des années plus tard, au XXIème siècle, aux côtés d’Antonin et d’Elisabeth, étudiants aux Beaux-Arts et de Flavie, une jeune modèle photo, qui comporte une singularité : des cicatrices au niveau du coeur. Intrigués, Antonin se rende au musée d’Orsay et tombe nez à nez avec le tableau d’Odilon Voret, Coeur déchiré, qui représente la mort de la jeune Marie Legay. Après une courte enquête, il s’avère que Flavie est l’héritière d’Odilon Voret. Ensemble, les enfants vont tenter de percer le mystère qui entoure la mort de Marie, un siècle plus tôt.

Après le contexte historique du début, le lecteur est embarqué dans une enquête policière trépidante, où se mêle des scènes fantastiques, qui dépassent l’entendement. L’atmosphère est angoissante, le spectre de fantômes décédés cent ans auparavant plane constamment au-dessus de nos esprits. Un triangle amoureux émerge également entre nos trois jeunes protagonistes, ce qui ajoute une intrigue romanesque légère, à la trame principale déjà bien chargée.

J’ai aimé la première partie, alors que j’ai moins accroché à la seconde. Le contexte historique me plaisait beaucoup, la découverte de cultures et de traditions différentes m’enjouaient particulièrement. La seconde partie est moins enrichissante, mais elle n’en reste pas moins agréable à découvrir. Le tout donne un bel aperçu artistique aux jeunes lecteurs, qui pourraient se découvrir des vocations de peintre ou tout simplement leur donner envie d’approfondir leurs connaissances dans le domaine de l’histoire de l’art.

Petit hic pour le dénouement, avec le dévoilement du nom du tueur, qui était plus que prévisible. Je sais que ce récit est destiné aux jeunes, mais il n’empêche qu’une issue plus recherchée et plus surprenante aurait été de meilleur aloi.


Un récit jeunesse intéressant et haletant, qui mélange habilement les genres : historique, policier, fantastique, romance. J’ai beaucoup aimé l’histoire, qui pourrait susciter des vocations artistiques chez le jeune public. En revanche, j’ai trouvé le dénouement peu recherché et bien trop prévisible.

Ma note : 7/10

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ISBN : 979-1-0363-1934-1

Les Sirènes d’Es Vedrà


Les Sirènes d’Es Vedrà de Tom Charbit
331 pages, éditions Seuil, à 19,50€


Résumé : Les habitants d’Ibiza racontent que les Sirènes auxquelles Ulysse a échappé se cachaient à Es Vedrá, une petite île voisine aux pentes vertigineuses et à la beauté magnétique. Leur chant a depuis été recouvert par le grondement de la musique électronique.
C’est cette musique que Juan a jouée, derrière ses platines, durant une longue nuit de vingt ans. Vingt années à faire danser le monde entier, vingt années de fêtes et d’excès, sans jamais toucher terre.
Les Sirènes d’Es Vedrá est le récit de l’atterrissage en catastrophe d’un homme arrêté au sommet de sa carrière à l’approche de la quarantaine, d’une retraite précipitée, et d’un réveil difficile dans un petit village du sud de l’Ardèche. Mais comment se réinventer quand autour de soi tout s’effondre ? Y a-t-il une vie après la fête ?
Épopée intime pleine d’autodérision d’un homme trop vieux pour avoir encore des illusions mais trop jeune pour faire le deuil d’une autre vie possible, récit d’une révolution intérieure, portrait d’un monde rural en lutte, histoire d’amour tragique inoubliable, ce roman ample et puissant, drôle et émouvant, nous parle de ce que nous sommes, de ce que l’on aimerait être, et de la nécessité de faire face au cours fondamentalement abrupt et cruel de nos existences.


Extraits« On ne sait jamais quoi dire à quelqu’un qui souffre. On est juste là à hésiter entre plusieurs options alors qu’on sait très bien qu’elles sont toutes mauvaises. »

« Il y a des choses auxquelles on peut faire face, des douleurs qu’on peut atténuer, des contrariétés qu’on peut relativiser. Et d’autres qui nous tombent dessus, tel un couperet. »


Mon avis : Je remercie sincèrement les éditions du Seuil, ainsi que les équipes de Babelio, pour m’avoir sélectionnée afin de découvrir le premier roman de Tom Charbit. Malheureusement, je n’ai absolument pas accroché, que ce soit à l’histoire, au protagoniste, ou au style d’écriture.

Juan est un DJ internationalement connu, qui mixe aux quatre coins du monde. Continuellement en voyage, il traverse les pays comme le temps à une vitesse fulgurante. Après plus de vingt ans de carrière, les effets dévastateurs de ce rythme fou (drogue, alcool, volume sonore…) commencent à se faire sentir. Juan a notamment des problèmes d’audition, des acouphènes dû au volume exponentielle des sets qu’il jouait. Il décide de se reposer un temps en pleine campagne, au fin fond de l’Ardèche, afin de faire le point sur sa vie et de retrouver un peu de sérénité. Très rapidement, il va nouer des liens avec la population locale et s’imprégner totalement de ce nouveau rythme de vie, paisible, calme et ensoleillé, loin de son quotidien passé. Ce sera l’occasion pour lui de faire le point sur sa relation avec Ana, son ex dont il est toujours amoureux ; mais aussi de raisonner Julian, son jeune poulain, qui suit ses traces dans le monde de la nuit.

J’ai trouvé ce récit assez indigeste. La première partie du récit était pourtant agréable à découvrir, avec un personnage très humain, attachant, qui inspirait pitié et tristesse. Ses problèmes auditifs et sa relation avortée avec Ana sont des sujets de fond qui m’intéressaient, mais que je n’ai plus retrouvé dans la seconde partie, trop mécanique, froide, totalement vide de sens et de sentiments. 

Il faut dire que les sujets sont (trop) nombreux et souvent uniquement abordés, sans être développés ; on se demande alors où se trouve l’intérêt réel du récit. J’ai en tête notamment les grands serments sur le gaz de schiste, produites par les sociétés américaines, qui viennent se placer dans l’histoire par je ne sais quel miracle, sans qu’aucun lien précis ne les y invite. C’est également le cas pour les longues discussions sur les postures vegans, ou bios, qui sont lourdes à lire et en totale inadéquation avec le récit. Ces passages étaient particulièrement barbants, non qu’ils soient inintéressants, mais pas forcément les bienvenus dans cette histoire, que je pensais plutôt intimiste et émotive. Finalement, ce n’est qu’au dénouement que l’on retrouve un peu de l’essence de la première partie, avec un retour sur l’histoire entre Juan et Ana et beaucoup de sentiments, particulièrement les bienvenus. Dommage que l’ensemble du livre n’a pas été écrit dans la même veine que ces scènes-là !

Enfin, globalement, je n’ai pas apprécié le style d’écriture, que j’ai trouvé, de la même manière que les sujets abordés ci-dessus, particulièrement lourd. Des paragraphes entiers s’étalaient, assez inutiles, comme si l’auteur souhaitait remplir des pages et des pages, sans servir l’histoire, qui n’avançait pas d’un pouce. Je pense notamment aux longues séries de descriptions, trop précises et alourdissantes, sur les paysages, l’environnement, les personnages, qui m’ont ennuyées.


Une histoire qui commençait bien, mais les longueurs à répétition et la lourdeur du texte ont vite freinés mon ardeur : je n’ai pas pris de plaisir avec cette lecture. 

Ma note : 3/10

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ISBN : 978-2-02-148338-3

L’énigme Edna


L’énigme Edna de Florence Hinckel
332 pages, éditions Nathan, à 14,95€


Résumé : Un thriller à la manière de Carrie de Stephen King
Edna, 17 ans, vit seule avec son beau-père, dans une petite ville du sud de la France.
Depuis la mort de sa mère du covid, la jeune fille s’est refermée sur elle-même et est devenue le souffre-douleur du lycée, où elle est en section pro.
Alors qu’elle souhaite emprunter Ulysse de James Joyce au CDI, les membres du club lecture l’humilient pour son choix élitiste et le plus virulent, Eliott, l’agresse physiquement. Fils d’un homme politique local, Eliott ne sera pas sanctionné, tandis que la victime, Edna, est exclue. Pour réparer cette injustice, Chaïnez l’aide à participer à un concours littéraire très en vue dans le lycée. Mais Elliot, ivre de colère contre cette moins-que-rien qui ose le défier, prépare sa vengeance…
Un roman pour les adolescents dès 14 ans.


Extraits« Chaque fois qu’on croise quelqu’un, il faut se souvenir : cet individu est une vraie personne, qui a une âme et des sentiments. »

« Même à onze ans, on a besoin du sourire des gens, car tout le monde ne sait pas rire avec les yeux. »


Mon avis : Florence Hinckel est une auteure française de romans jeunesse que j’ai déjà eu l’opportunité de découvrir avec Nos éclats de miroir en 2019, sa saga Le grand saut en 2018 ou encore sa saga jeunesse Chat va faire mal et Superchat Pitre en 2017. Bien que j’ai apprécié lire chacun de ses titres, aucun n’était véritablement sorti du lot, ou du moins, aucun n’avait réussi à me transcender. Il me restait à chaque fois un sentiment de trop peu, d’inachevé. C’est sans doute le sentiment final qui se dégage aussi de ce livre-ci.

Avec L’énigme Edna, l’auteure s’engouffre dans un genre littéraire nouveau : une sorte de thriller pour adolescents, qui glace le sang et provoque des sueurs froides. En cause, sa protagoniste, Edna, une jeune fille d’origine africaine, qui vit seule avec son beau-père, suite au décès subit de sa mère, morte du coronavirus. Edna est une adolescente mystérieuse, qui ne s’ouvre quasiment jamais, préférant intérioriser ses sentiments. Elle souffre clairement d’un manque de confiance en soi et se retrouve écrasée par les normes édictées par notre société, exclue des schémas classiques, pointée du doigt comme étant une fille noire, bizarre, rejetée et harcelée par ses camarades d’école.

La goutte d’eau qui a véritablement fait déborder le vase aura lieu un jour d’école, alors qu’Edna souhaitait emprunter Ulysse de Joyce au CDI. Elliott, un élève membre du club de lecture, va se moquer ouvertement du choix d’Edna, allant jusqu’à l’humilier publiquement et rabaisser son niveau intellectuel. Dans un élan de rage, Edna va le gifler. Un geste qui impliquera un conseil de discipline et une exclusion de l’école. Car Elliott est ce qu’on peut appeler un gosse de riche ; son père détient un poste à haute responsabilités dans la sphère régionale, pouvant peser sur l’impact budgétaire de l’école. Les membres du conseil de discipline ont donc choisi l’injustice et la prudence en punissant la mauvaise personne. La corruption politique, l’abus de pouvoir, sont plus que jamais présents dans toutes les couches de notre société. 

Les sujets de L’énigme Edna sont donc variés : on parle bien de différence, de tolérance, d’injustice, de harcèlement scolaire, physique et psychique. En toile de fond, berçant toutes ces thématiques, Florence Hinckel place la littérature au cœur de son histoire, comme un remède immanquable face à la noirceur du monde, une bulle protectrice, qu’il est bon d’habiter et de nourrir. Chaque membre du club de lecture est amené à choisir un livre et à le présenter, via une mise en scène, lors des journées portes ouvertures de l’école. Cette représentation comptant dans la notation des élèves, les volontaires sont donc nombreux. Les choix de livres sont multiples : classiques, contemporains, romans graphiques… chacun est libre d’interpréter comme il le souhaite sa lecture. Edna, obligée par le conseil de discipline à participer, était d’abord réticente, avant d’être poussée par Chaïnez, sa nouvelle amie, à monter sur scène. Il faut dire que ce monde littéraire, assez étriqué, élitiste pour certains, est gouverné par des élèves qui se pensent au-dessus des autres intellectuellement, qui visent de hautes et longues études, bien loin des aspirations d’Edna. Le décalage est donc immense entre Edna et les autres, l’intégration n’est pas chose aisée. Néanmoins, l’auteure démonte les schémas classique et prouve que chacun peut y arriver, peu importe son appartenance social et les difficultés de chacun. La littérature a toujours été et sera toujours universelle, intemporelle, vivante et ouverte à tous.

Enfin, une bonne dose de fantastique/thriller, vient s’ajouter au récit, le rendant plus qu’original. Des phénomènes climatiques étranges perturbent le cours de l’histoire, des irruptions impromptues, qui dénotent, faisant planer une chape de terreur au-dessus de la tête des lecteurs. Car l’effet dramatique voulu par l’auteure ne va cesser de s’accroitre jusqu’à l’apocalypse final, le drame suprême, le ras de marée Edna, qui va tout brûler sur son passage. On va rapidement comprendre que la jeune Edna est victime d’essais cliniques douteux, qui la pousse à des comportements irraisonnés et destructeurs. Malheureusement, cette partie de l’intrigue n’est pas exploitée, Florence Hinckel nous laissant totalement hagards et paniqués face à l’incompréhensible. Sans doute l’auteure a-t-elle voulue faire écho à l’actualité qui gangrène notre société actuelle, avec la crise de coronavirus et les vaccins encore peu fiables, qui pullulent, sans que personne n’en ait une réelle connaissance.


Un roman jeunesse d’anticipation, qui nous donne à réfléchir sur des sujets d’actualité : le harcèlement scolaire, la tolérance, l’injustice, la corruption politique, les essais cliniques… Une histoire sombre, complexe, effrayante et inattendue, assurément à ne pas mettre entre toutes les mains !

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-09-259155-0

Arrête avec tes mensonges


Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson
158 pages, éditions 10/18, à 6,90€


Résumé : Je découvre que l’absence a une consistance. Peut-être celle des eaux sombres d’un fleuve, on jurerait du pétrole, en tout cas un liquide gluant, qui salit, dans lequel on se débattrait, on se noierait. Ou alors une épaisseur, celle de la nuit, un espace indéfini, où l’on ne possède pas de repères, où l’on pourrait se cogner, où l’on cherche une lumière, simplement une lueur, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose pour nous guider. Mais l’absence, c’est d’abord, évidemment, le silence, ce silence enveloppant, qui appuie sur les épaules, dans lequel on sursaute dès que se fait entendre un bruit imprévu, non identifiable, ou la rumeur du dehors. »


Extraits« J’invente des vies à ces gens qui s’en vont, qui s’en viennent, je tâche d’imaginer d’où ils arrivent, où ils repartent, j’ai toujours aimé faire ça, inventer des vies à des inconnus à peine croisés, m’intéresser à des silhouettes, c’est presque une manie. »

« J’ai dix-sept ans.
Je ne sais pas que je n’aurai plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse, ça ne dure pas, que ça n’est qu’un instant, que ça disparaît et quand on s’en rend compte il est trop tard, c’est fini, elle s’est volatilisée, on l’a perdue, certains autour de moi le pressentent et le disent pourtant, les adultes le répètent, mais je ne les écoute pas, leurs paroles roulent sur moi, ne s’accrochent pas, de l’eau sur les plumes d’un canard, je suis un idiot, un idiot insouciant. »


Mon avis : J’ai été particulièrement touchée par cette histoire, qui a réussie, avec seulement 158 pages (!!!), à me faire couler les larmes : juste incroyable ! En juillet dernier, j’ai eu la chance de lire mon premier Philippe Besson : Le dernier enfant, un roman réaliste sur le départ du dernier enfant de la maison, qui m’avait également beaucoup ému. Avec Arrête avec tes mensonges, l’auteur place ses romans dans la catégorie des livres à émotions.

Sous forme d’autobiographie, l’auteur se livre avec pudeur et délicatesse sur son histoire d’amour avec un certain Thomas Andrieu. Nous sommes dans les années 1980, dans une France où les moeurs face à l’homosexualité sont encore étriquées. Philippe a 17 ans, il aime les garçons et se voit souvent rejeté par les autres, à cause de son orientation sexuelle. Il rencontre alors Thomas Andrieu, qui lui, n’accepte pas sa différence, n’osant même pas mettre des mots sur son orientation. Néanmoins, les deux jeunes hommes vont se voir en cachette pendant de longs mois, ils vont s’aimer en secret, sans que jamais personne ne soupçonne la relation qui les lie. Jusqu’au jour où, du jour au lendemain, Thomas met fin à leur relation, coupant tout contact avec Philippe en déménageant en Espagne. Des années plus tard, en 2007, dans le hall d’un hôtel, Philippe fait la rencontre fulgurante d’un garçon, portrait craché de Thomas, qu’il n’a jamais oublié. Ce garçon n’est autre que le fils de Thomas, son amour de jeunesse, le seul qu’il a réellement aimé à en perdre la raison.

Arrête avec tes mensonges est une histoire forte, qui traite avec douceur et brutalité de la thématique sensible de l’homosexualité. Nous avons d’un côté Philippe, qui assume pleinement son attirance pour les garçons. A contrario, Thomas renie totalement sa nature, allant jusqu’à se marier avec une femme après lui avoir fait un enfant. Une existence basée sur un mensonge, qui ne le rendra jamais pleinement heureux. Il faut dire que dans les années 1980, l’acceptation de l’homosexualité était encore à ses prémices : beaucoup de familles ne voyaient pas d’un bon oeil cette différence sexuelle, tout comme les camarades d’école rejetaient facilement ceux qu’ils ne jugeaient pas comme eux. C’est à partir de ces années-là que les chercheurs découvrent le virus du Sida, qui fera de nombreux ravages dans la communauté homosexuelle. Les barrières sont donc nombreuses, d’où la réticence de Thomas à se dévoiler. Il préférera vivre dans la tristesse et le mensonge plutôt que dans l’amour et le bonheur. Un choix difficile à porter, qui le hantera toute sa vie.

Sans vous dévoiler le dénouement, sachez qu’il est saisissant. C’est d’ailleurs à quelques pages de la fin seulement que mes larmes n’ont pu s’empêcher de couler. À travers des mots simples mais hypersensibles, Philippe Besson nous livre sans fioriture l’histoire de son premier amour, celui qui l’a particulièrement marqué et qui nous marquera également. On ne sort pas totalement indemne de cette lecture, notamment après avoir côtoyé ces deux destins chamboulés par la vie. Une histoire d’amour clandestine, frustrante, douloureuse, presque éphémère, que l’on aurait aimé connaître pérenne et épanouie. 


Un roman autobiographique intime et émouvant, qui a réussi à me faire pleurer. Un livre qui parle d’amour impossible, de perte, d’abandon, de la difficulté à assumer son homosexualité, à être soi. Un vibrant hommage à thomas andrieu et à tous les thomas du monde. Bouleversant !

Ma note : 8,5/10

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ISBN : 978-2-264-07198-9