Les murmures de la scène


Les murmures de la scène de Marine Chaparro
519 pages, éditions Hachette romans, à 18€


Résumé : Luna a une vie bien chargée, et la seule manière pour elle de se sentir libre, c’est de danser. Alessio, lui, vient de trouver le courage d’avouer à ses parents qu’il souhaite reprendre la danse. Tous les deux sont loin d’imaginer que leur destin est sur le point de basculer. En effet, un concours se prépare avec, à la clé, une opportunité inespérée : les gagnants auront la chance de partir en tournée, danser pendant plusieurs semaines d’affilée. Un duo. Un homme, une femme. Leur professeure est catégorique : Alessio et Luna danseront ensemble. Et si c’était la chance de leur vie ?
Alors que la danse les rapproche de plus en plus, Luna reste interdite. Alessio semble cacher bien trop de secrets. Plus il nie, plus la confiance de Luna s’effrite.
S’ils ne peuvent pas se faire confiance dans la vie, comment peuvent-ils le faire sur scène ?


Extraits« La timidité ne devrait pas être un frein dans la vie. Elle ne devrait pas être un handicap, pourtant, je ne compte plus le nombre de choses que je suis incapable de faire par sa faute. Elle dicte ma vie.« 

« La vie n’est qu’un enchaînement de choix qui nous amène à un moment précis de notre existence. Elle pourrait être tout autre si, une heure, un jour, un an plus tôt, une de nos décisions avait été différente. Hier, on a fait des erreurs. Demain, on fera tout pour s’améliorer. En attendant, on doit assumer. »


Mon avis : Étonnante surprise qu’est ce roman, qui ne parle pas uniquement de la danse, comme on pourrait le penser de primes abords ! Grâce aux éditions Nathan, j’ai pu découvrir toute une série jeunesse de romans sur la danse : la saga 20, allée de la Danse écrite par Elizabeth Barféty, qui raconte les péripéties de petits rats de l’opéra lors de leur formation artistique. Dans Les murmures de la scène, le public est différent : Marine Chaparro vise les jeunes adultes et leur montre la danse comme un sport passionnel, un hobby prenant, où l’émotion, la fusion, la connexion, avec son corps, avec la musique, avec son partenaire, est essentiel.

Nous suivons deux personnages, qui vont rapidement se rencontrer et vivre des aventures ensemble. Il y a d’abord Luna, une jeune lycéenne passionnée par la danse. Il y a aussi Alessio, un garçon qui aime danser, sans pour autant le clamer publiquement sur tous les toits. Les deux jeunes gens vont former un duo artistique explosif, mais aussi un couple détonnant, transbahuté entre secrets, non-dits et tout un panel d’émotions souvent contradictoires. Nous allons suivre l’évolution de leur duo de danse, mais aussi de leurs sentiments respectifs.

Les personnages sont sensibles, touchants, ont ressent aisément qu’ils ont tous les deux des blessures passées, pas encore totalement guéries. Ils ne se dévoilent pas entièrement, que ce soit envers les lecteurs qu’envers leurs partenaires, mais on peut ressentir une certaine aura mystérieuse qui les entoure tous les deux. Ils cachent des secrets qui pourraient mettre en péril leur relation.

La lecture de ce roman est sympathique, intéressante, assez prenante par moments, elle aborde des thématiques profondes, comme la dépression, le mal-être intérieur, incarné par des personnages touchants. Néanmoins, j’ai trouvé que ces thématiques étaient abordées certainement trop superficiellement, compte tenu de la gravité de celles-ci : plus de densité aurait fait son plus bel effet ! De même, malheureusement, presque une semaine après la fin de ma lecture, je ne garde déjà plus un grand souvenir de cette histoire. Il y a deux années en arrière, j’avais fait la même réflexion pour son précédent ouvrage, Destins brisés, que j’avais pris plaisir à lire, tout en sachant pertinemment que j’allais l’oublier rapidement. Finalement, l’essentiel n’est-il pas de se distraire en passant un bon moment de lecture ?


Un roman jeunesse sympathique, fort, réaliste, qui met en scène une romance touchante entre un couple mixte de danseurs. Bien que l’histoire ne soit pas exceptionnelle, j’ai apprécié découvrir ce livre et ce duo. 

Ma note : 6/10

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ISBN : 978-2-01-628611-1

Montagnes russes


Montagnes russes de Gwénola Morizur
80 pages, éditions Grand angle


Résumé : Avoir un enfant est devenu une idée fixe pour Aimée et les échecs successifs de FIV sont de plus en plus durs à accepter. Dans la crèche où elle travaille, la jeune femme fait alors la connaissance de Charlie qui élève seule ses enfants. Elle s’attache rapidement à l’un d’eux, Julio, et se met peu à peu à outrepasser ses fonctions. Malgré cela, une amitié de plus en plus forte se tisse entre Aimée et Charlie. Mais quand la maman de Julio se rend compte du comportement d’Aimée vis-à-vis de son fils, elle se sent trahie par son amie. Les disputes et les règlements de compte entraînent alors les deux femmes sur les montagnes russes, dans ces hauts et ces bas qui ressemblent à la vie et dans ces sensations fortes à l’image de leur amitié.


Extrait : « On a rangé nos espoirs dans une boîte, et lorsque l’on s’est retournés, notre amour était bien là, intact.« 


Mon avis : Montagnes russes est une bande-dessinée originale et très émouvante sur une thématique d’actualité, sans doute trop peu abordée dans les médias qu’elles qu’ils soient : le désir d’enfant non assouvi. Gwénola Morizur a écrit un sublime scénario, rempli de pudeur et justesse, magnifiquement illustré par la talentueuse Camille Benyamina dans des planches intimistes, aux couleurs tantôt froides ou chaudes, qui recèlent un sens profond et beaucoup d’émotions.

Nous faisons la rencontre d’Aimée, institutrice auprès des jeunes enfants et de son homme, Jean. Tous les deux rêvent d’avoir un enfant ; néanmoins, malgré de nombreuses tentatives, naturelles et artificielles, ils n’arrivent pas à donner la vie. Des échecs qui impactent leur moral à tous les deux, et particulièrement celui d’Aimée, qui se retrouve confrontée quotidiennement, de part son métier, aux enfants, à leurs parents et à leur bonheur conjoints. Lors d’une nouvelle rentrée scolaire, Aimée fait la rencontre d’une jeune mère de famille, qui s’occupe seule de ses trois enfants, deux adolescents et Julio, un petit garçon scolarisé dans la classe d’Aimée. Cette dernière, sentant la détresse de la jeune maman, se porte volontaire pour l’aider à cumuler sa vie de mère de famille, sa vie professionnelle et personnelle. Une proposition bienveillante, qui se retournera contre elle.

Montagnes russes met en scène une magnifique histoire d’amour, entre deux personnes attendrissantes, qui m’ont beaucoup émues. Malgré leurs échecs à répétition, Aimée et Julien se soutiennent, se consolent, s’épaulent, continuent à s’aimer, bien que de nombreux obstacles viennent se placer sur leur chemin de vie. C’est un très beau témoignage d’amour sincère, qui vient redonner espoir en des sentiments profonds et vrais. De même, l’amitié qui se tisse entre Aimée et la jeune maman est touchante à suivre. Toutes deux très différentes, elles se retrouvent dans la douceur de leurs gestes, dans leur amour maternel, leur combativité face à la vie. Ce sont deux belles personnes tourmentées par un quotidien compliqué, qui s’entraident mutuellement.

On comprend aisément le titre de la bande-dessinée une fois que l’on est passé par tout un panel d’émotions contradictoires : beaucoup d’espoir, des déceptions à répétition, de la tristesse face à des nouvelles peu encourageantes, de la joie quelques fois, mais surtout beaucoup d’amour et de tendresse. En somme, les auteures ont tenté de coller au plus près d’une vie banale, sans jamais embellir le quotidien, mais en le montrant tel qu’il est réellement : malgré les apparences et ce que chacun peut laisser percevoir de son quotidien, tout n’est pas toujours rose, chaque personne rencontre des problèmes personnels plus ou moins graves. C’est le véritable schéma de la vie, tout simplement.


Une très belle histoire d’amour et d’amitié, écrite et dessinée avec justesse, pleine de tendresse et de pudeur. Les auteures ont pris plaisir à jouer avec mes sentiments : tristesse, joie, déception, espoir… de véritables montagnes russes d’émotions !

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-8189-7600-5
Illustrations : Camille Benyamina

Le soir du chien


Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon
140 pages, éditions Points, à 5,90€


Résumé : Dans un petit village du Cantal, Laurent, la trentaine, vit encore chez sa mère. Il rencontre Marlène, qui vient de Normandie, et dont il tombe amoureux. Ensemble, ils s’installent en haut du village, dans une maison isolée, pour des mois de bonheur lumineux. Mais bientôt leur amour se heurte au conformisme des villageois d’en bas. Un soir, leur chien se fait renverser par une voiture, Marlène rencontre le vétérinaire, et tout est changé…

Dans ce premier roman à l’écriture concise, Marie-Hélène Lafon multiplie les points de vue et confronte les voix de ses personnages pour mieux faire affleurer leur part d’intimité.


Extraits« Aujourd’hui, 18 juin 1967, j’ai eu dix ans. Mamie m’a offert ce carnet et je commence ce journal pour me souvenir de tout. Mamie dit qu’il faut se souvenir. Elle me parle souvent de mon oncle Georges que je n’ai pas connu parce qu’il est mort avant ma naissance. Il est mort très jeune, à seize ans. Il avait six ans de plus que moi. Elle dit qu’il faut se souvenir pour que les morts soient moins morts. Moi je crois qu’on n’est pas plus ou moins mort ; on est mort et c’est tout.« 

« Les hommes sont comme ça ; le plaisir, et après, les femmes se débrouillent ; bien bêtes aussi. Moi je l’ai coincé le Georges ; je l’ai tenu ; la dragée haute ; ça c’est beau. On se marie, on se fixe, on s’installe ; avec une bonne mise de fonds, on s’établit, on travaille, on a rien sans rien. »


Mon avis : Le soir du chien est le premier roman écrit par Marie-Hélène Lafon, qui reçoit immédiatement un accueil enthousiaste vis-à-vis du public et notamment des jeunes, qui lui octroient le Prix Renaudot des lycéens en 2001. Curieuse de découvrir cette auteure, je me suis lancée dans la lecture de cette histoire, sans me douter un seul instant que j’allais être déçue.

Car oui, je n’ai pas aimé ce livre. Le récit est simple : Laurent et Marlène vivent une jolie histoire d’amour, jusqu’à ce que leur chien se fasse renverser par une voiture. Marlène se rend chez le vétérinaire pour le faire ausculter et tombera sous le charme du soignant. Vous l’aurez compris, ce n’est pas une histoire remplie d’actions, mais bien un récit psychologique, qui s’appuie sur des sensations profondes, sur une psychologie des personnages, sur une définition personnelle des sentiments amoureux.

Je n’ai absolument pas ressenti d’émotions et me suis ennuyée durant l’ensemble de ma lecture. Heureusement que celle-ci ne faisait que 140 pages, sinon, j’aurais abandonné depuis longtemps. La trame narrative était en elle-même assez complexe à suivre, avec une alternance des personnages et des points de vue qui n’était pas marqué ; si bien qu’on se perdait facilement entre chacun. Impossible de comprendre qui prenait la parole à quel moment, impossible de s’y retrouver entre les personnages, de comprendre leurs sentiments, leurs déboires, leurs objectifs… Aucun cheminement logique, c’est bien dommage !


Un roman qui a sans doute mal vieilli : malgré un prix Renaudot des lycéens en 2001, je l’ai trouvé sans saveur, ennuyant, je suis passé à côté de toute trace d’émotions.

Ma note : 2/10

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ISBN : 978-2-02-061203-6

Léonard & Léonard


Léonard & Léonard de Christine Féret-Fleury
334 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 6,90€


Résumé : Milan, Renaissance : Cécilia Gallerani, maîtresse du duc de Milan, est menacée de mort par la femme de ce dernier qui réclame le portrait exécuté par Léonard de Vinci, La dame à l’hermine. De nos jours : Léonard, un adolescent, reçoit un mail lui enjoignant de rechercher ce tableau. Or ce message provient de son grand-père… enterré le jour-même. Léonard décide de partir à Cravovie, où est exposé le tableau.
Une enquête passionnante mais périlleuse…


Extraits« Avant d’être une oeuvre d’art, mon garçon, un portrait est d’abord une histoire.« 

« Un homme excessivement généreux est un homme qui se sent coupable, voilà ce que chuchotent les dames quand elles me voient paraître avec un nouveau bijou. »


Mon avis : L’histoire se déroule en deux temps : le passé très lointain se mêle au présent pour représenter un assemblage global d’une enquête complexe. Nous suivons  d’abord Léonard de Vinci à la Renaissance. Peintre, ingénieur et inventeur de renom, il est missionné par le duc de Milan pour réaliser le portrait de sa maîtresse : la jeune et belle Cécilia Gallerani. Très vite, Léonard s’éprend d’amitié pour cette femme, si belle, si gracile, mais qui manque cruellement de liberté et d’avenir. Emprisonnée dans les carcans de sa condition, elle est uniquement destinée à donner naissance à un potentiel héritier du duc.

Enfin, de nos jours, nous suivons Léonard, un jeune garçon bercé par l’art, qui suivra de mystérieuses énigmes laissés par son grand-père défunt à son intention. Ces énigmes le mèneront tout droit dans un musée de Cracovie, en Pologne, là où est exposé ledit portrait de Cécilia. Un portrait intense, sulfureux, qui lui fera ressentir des choses qu’il n’avait alors jamais ressenti. Aidé par le conservateur du musée et par une jeune demoiselle prénommée Janka, ils vont tenter de percer le mystères de la Dame à l’hermine.

Car c’est bien de ce tableau dont il est question dans Léonard & Léonard. Une oeuvre qui rend hommage à la belle Cécilia et à son artiste peintre : Léonard de Vinci. Les oeuvres du peintre recèlent encore bien des mystères ; La dame à l’hermine en est une. Ce tableau, disparu pendant près de trois siècles, retrouvé dans des circonstances floues, place Cécilia, le modèle, dans un rôle d’héroïne de roman : quelle est son histoire ? Pourquoi ce tableau a-t-il été retouché ? Dans ce livre, Christine Féret-Fleury a écrit un scénario possible qui viendrait répondre à toutes les questions que les historiens de l’art se posent depuis de nombreuses années : mais cela reste de la fiction, rien ne vient confirmer ces théories.

J’ai beaucoup aimé découvrir cette histoire et en particulier cette oeuvre de Léonard de Vinci et sa signification. Il est vrai que nous connaissons ce peintre pour sa célèbre Joconde, mais ces autres oeuvres, pourtant nombreuses (près d’une trentaine de connues), restent encore abritées de la culture grand public. J’ai également apprécié me plonger dans cette partie de la Renaissance que je ne connaissais pas : aller à la rencontre de personnages illustres, dont le nom n’est pas forcément demeuré pérenne dans l’esprit des hommes – je pense à Ludovic Sforza, alors duc de Milan, ainsi qu’à sa femme, Béatrice d’Este. Ce qui est agréable, c’est que l’auteure donne accès aux jeunes à la culture, à l’art, à un pan de l’histoire peu connue, à travers un récit dynamique, rythmé, ludique, mélange bien pensé de fiction et de réalité. J’ai préféré découvrir le passé plutôt que le présent : j’ai trouvé que les épisodes où apparaissait le jeune Léonard étaient un peu trop superficiels, manquait de consistance, d’attrait particulier. Ils n’étaient pas inintéressants, mais sans doute un peu creux comparé à la densité narrative des épisodes passés.


Un roman jeunesse savoureux sur le célèbre Léonard de Vinci, ses oeuvres, son histoire et son époque. Savant mélange de fiction et de réalité, du passé et du présent, de l’art et de l’histoire.

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-01-713430-5

Moi, Themba


Moi, Themba de Sophie Blitman
247 pages, éditions Hachette romans, à 12,90€


Résumé : Themba vit à Soweto, en Afrique du Sud. À douze ans, elle devrait mener la même vie que toutes les jeunes filles de son âge : se concentrer sur l’école, ses amis, sa famille. Mais nous sommes en 1972, le régime de l’Apartheid est de vigueur, et elle est noire.
Elle se sent incomprise et très seule, jusqu’à ce que Waldo, son grand frère, la prenne sous son aile. Contrairement à leurs parents qui font tout pour ne pas se faire remarquer, Waldo pense que les Noirs doivent se révolter.
Themba intègre alors un club de lecture clandestin, qui lui ouvre les yeux et l’introduit à l’activisme. Là-bas, elle peut parler, échanger, débattre librement d’égal à égal. Elle y rencontre des amis, des alliés. Mais surtout, elle se rend compte de l’injustice qu’elle vit au quotidien.
Dès lors, elle va se battre. D’abord discrètement, puis de plus en plus fort, jusqu’à ce que sa voix, mêlée à celle des autres, démolisse l’Apartheid.


Extraits« Je m’appelle Themba Nkomo. J’ai grandi dans le township de Soweto, une banlieue de Johannesburg exclusivement peuplée de Noirs, contrairement à la capitale où n’habitaient que des Blancs. Nous ne vivions pas avec les Blancs, mais à côté d’eux : telle était l’Afrique du Sud dans laquelle j’étais née, la seule que je connaissais. Enfant, cette séparation des races me semblait presque normale. Je dis « presque » car je devais sentir confusément au fond de moi que les choses auraient pu être différentes, mais je ne me posais pas beaucoup de questions.« 

« C’est précieux, les amis. Il faut savoir faire des efforts pour ne pas les perdre. »


Mon avis : Themba est une jeune sud-africaine noire qui vit à Soweto, dans un township proche de Johannesburg, en pleine période d’apartheid. Pendant 20 ans, de 1959 à 1979, l’Afrique du sud subissait une ségrégation raciale conséquente, où la population noire, même si majoritaire, ne disposait pas des mêmes droits que la population blanche. Notre jeune protagoniste, offusquée de cette injustice, accompagne son grand frère Waldo à des réunions-débats clandestins, dont le but est de chercher des solutions pacifiques pour changer les choses. Voir autant de jeunes se réunir pour tenter de rendre leur avenir meilleur, c’est quelque chose de fort, qui prouve que chacun, à son niveau, peut être un engrenage important dans la mécanique essentielle pour faire avancer les choses.

J’ai beaucoup aimé l’héroïne du roman. En effet, Themba est une jeune fille courageuse, avant-gardiste, ambitieuse et téméraire, qui ose agir et faire bouger les choses. Elle ne souhaite pas se cantonner à la vie que mènent ses parents, mais rêve d’un avenir meilleur, où l’ensemble de la population cohabiterait en harmonie. Comme son grand frère Waldo ou son nouvel ami Keagan, elle a l’esprit de contestation, un désir de liberté et d’indépendance. Ensemble, ils vivent à Soweto, dans un township pittoresque à la périphérie de Johannesburg, la plus grande ville d’Afrique du Sud, fréquentée uniquement par une population blanche. On s’aperçoit que l’atmosphère générale de Soweto diffère totalement de sa voisine : des rues poussiéreuses, beaucoup trop de promiscuité, un manque d’hygiène criant… Encore des injustices révoltantes, qui viennent mettre un plus grand fossé entre les deux populations.

Cette histoire, mélange entre fiction et réalité, est une très bonne première approche du terrible Apartheid qui a eu lieu en Afrique du Sud. Les jeunes vont pouvoir se rendre compte avec clairvoyance de l’injustice subie par la population noire – interdiction de certains lieux publics, obligation de détenir un laisser-passer, couvre-feu imposé, emplois réservés aux populations noires, mariages mixtes interdits, intimidation, contrôles fréquents… À plusieurs reprises au cours de l’histoire, il est cité Nelson Mandela, le premier dirigeant historique de la lutte contre l’Apartheid, emprisonné durant près de trente ans, avant de devenir président de l’Afrique du Sud en 1994. Rappelons que ce livre s’adresse à un public jeune, peu familier de cet période historique ; il aurait été sans doute judicieux de rappeler les actions menées contre l’injustice raciale par celui que tout le monde surnomme Mandiba.

De même, une suite à Moi, Themba serait sans doute la bienvenue, pour permettre de se faire une idée globale de la cessation de l’Apartheid, des moyens employés, des populations engagés et du changement de mentalité progressive qui s’est faite les années suivantes. Cela nous permettrait en même temps de retrouver Themba et son mari et de constater l’évolution dans leur manière de vivre, de se déplacer, mais aussi dans l’éducation qu’ils insufflent à leurs enfants.


Un roman jeunesse intéressant, qui mêle fiction et réalité pour expliquer avec justesse au jeune public la ségrégation raciale qui sévissait en Afrique du Sud durant une grande partie du siècle dernier.

Ma note : 7,5/10

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ISBN : 978-2-01-628566-4