La vie rêvée d’Ernersto G.


La vie rêvée d’Ernersto G. de Jean-Michel Guenassia

566 pages, éditions Le Livre de Poche, à 7,90€


Résumé : 1910-2010. Prague, Alger, Paris. Nous suivons la traversée du siècle de Joseph Kaplan, médecin juif praguois, des guinguettes de Joinville à la peste d’Alger, de la guerre à l’effondrement communiste. Ses amours, ses engagements, ses désillusions sont contés à travers les tourmentes de l’Histoire. Et surtout, la rencontre qui bouleversa sa vie, celle qu’il fit un jour de 1966 avec un révolutionnaire cubain, un certain Ernesto G., échoué dans la campagne tchèque après sa déroute africaine.


Extraits : « Il en fallait du courage pour partir dans un pays inconnu et affronter la mort quand la plupart n’avaient jamais touché à une arme. »

« Dans la vie, mon fils, la seule chose durable et certaine, c’est la terre. Elle ne vous déçoit jamais. La pierre aussi, bien sûr.« 


Mon avis : Après son incroyable premier roman, Le Club des Incorrigibles Optimistes, récompensé du Goncourt des lycéens en 2009, Jean-Michel Guenassia revient en force avec La vie rêvée d’Ernesto G., un récit qui reprend les codes stylistiques et narratifs de son premier livre.

Dans celui-ci, nous suivons Joseph Kaplan, jeune médecin juif praguois, qui, après la fin de ses études parisiennes, est envoyé à Alger pour faire des recherches sur la peste à l’Institut Pasteur. La vie de Joseph n’est pas un long fleuve tranquille : balloté d’Alger à Prague, il traversera les époques et fera des rencontres étonnantes, qui marqueront sa vie à tout jamais. La vie rêvée d’Ernesto G. n’est pas une histoire qu’on raconte aisément : sa densité, sa consistance narrative ainsi que sa profondeur stylistique en font un roman magistral, qui se vit tout simplement. Tenter de le résumer serait régressif, tant les thématiques sont nombreuses.

Comme dans Le Club des Incorrigibles Optimistes, Jean-Michel Guenassia lie avec brio une histoire romancée, légère et accessible à des pans historiques plus complexes. Ainsi, il aborde avec menus détails les horreurs  de la guerre d’Espagne, puis de la Seconde guerre Mondiale, la Libération, la montée en puissance du communisme, avec notamment l’irruption du Che, révolutionnaire cubain qui se bat contre l’impérialisme américain. Grâce à ce livre, c’est une grande partie de l’histoire mondiale du XXème siècle que l’on traverse.

J’ai appréciée suivre la vie tumultueuse de Joseph Kaplan, ce personnage bienveillant mais énigmatique, qui garde une grande part de mystère durant l’ensemble du récit. C’est un héros complexe, qu’il est difficile de bien cerner. J’ai également particulièrement apprécié le personnage de Christine, la petite amie de Joseph, une femme indépendante, qui se revendique féministe et communiste, qui se bat pour ses idées et ses droits. J’ai aimé sa force de caractère, son courage, son tempérament de battante, qui la pousse à poursuivre ses actions, au détriment des échecs et déceptions. Ce sont des femmes comme elle qui ont fait avancer les choses en matière de droit des femmes, d’égalité des sexes et de droits sociaux en général.

Ne vous inquiétez pas, le contexte politique et historique prend de la place, mais il reste quand même une grande part de fiction. L’amour, l’amitié, la trahison, les nombreux pas de danse, la famille, les rencontres improbables, les moments de solitude, les grandes joies, les déceptions, les abandons, les retrouvailles… sont autant de moments qui dictent la vie de Joseph. Il faut reconnaître à l’auteur son talent de conteur, la puissance de ses mots, capables de nous embarquer dans des contrées lointaines, aux côtés de personnages rocambolesques. Même si j’ai beaucoup aimé découvrir ce roman, j’avoue garder une préférence pour Le Club des Incorrigibles Optimistes, lu il y a quelques années déjà, où j’avais ressenti bien plus d’émotions que dans La vie rêvée d’Ernesto G.. Peut-être que je deviens plus exigeante avec les années ? Ça n’en reste pas moins une bonne lecture !


La vie rêvée d’Ernesto G. est un récit palpitant, qui dresse le portrait de Joseph Kaplan, personnage énigmatique qui traversera l’Histoire du XXème siècle. Un voyage historique intelligent, passionnant et bien écrit, qui nous emporte facilement à travers cette épopée littéraire. Pas aussi bien que Le Club des Incorrigibles Optimistes, mais agréable à lire tout de même !

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-253-19416-3

20, Allée de la Danse : Sous les projecteurs


20, Allée de la Danse : Sous les projecteurs
d’Elizabeth Barféty

156 pages, éditions Nathan, à 10,95€


Résumé : À l’École de Danse, les élèves ne parlent que d’une chose : les auditions pour l’adaptation en film du ballet Scaramouche. Colas les passe avec succès et décroche l’un des premiers rôles ! Le tournage se déroule bien, et le garçon prend goût à la caméra. Et si, finalement, il renonçait à l’École pour faire du cinéma ?


Extraits : « L’École, c’est un marathon, pas un sprint ! »

« – Tu crois que je ne devais pas accepter la proposition de Geoffre ? questionne Colas.
– Tu veux mon avis ? Je pense que tu devrais refuser. Parce qu’on ne peut pas tout faire bien justement. Et que ce serait dommage de ne pas donner le maximum pour réaliser ton rêve. Mais l’essentiel, c’est ce que tu crois, toi.
« 


Mon avis : Et un autre tome lu, un ! Dans cet épisode, nous suivons la bande des petits rats de l’École de Danse qui passe une audition en vue de tourner dans un film. Colas fait parti des élèves retenus : il interprétera l’un des premiers rôle dans le ballet de Scaramouche, aux côtés de son amie Sofia et de son grand frère Frantz. Très euphorique de cette nouvelle expérience, il va éblouir les réalisateurs par son talent de comédien, tant et si bien qu’il se fera repérer par un agent, représentant de stars. Mais le jeune homme est perplexe : doit-il continuer sa passion première, la danse, ou se tourner vers de nouveaux horizons : la comédie ? Il doit prendre une décision importante, qui déterminera son avenir.

Je pense que chacun peut se retrouver dans le personnage de Colas. Plus que jamais, ses doutes sont au centre de mes préoccupations quotidiennes : je suis à un tournant de ma carrière professionnelle, et j’hésite quant aux bonnes décisions à prendre à l’avenir. Nous avons tous dû faire face à des choix plus ou moins difficiles, à des doutes et des incertitudes sur nos compétences, sur nos capacités, sur nos envies. Quand on est dans l’incertitude la plus totale, il n’est pas aisé de trancher et prendre des décisions. Comme Colas, on peut s’assurer du soutien de ses proches, amis et familles, personnels encadrants, mais la seule décision nous revient à nous seul.

Comme dans chacun des tomes de cette saga, la bande est là pour se soutenir mutuellement, pour prodiguer des conseils et redonner le sourire au héros en difficulté. La solidarité et l’entraide sont des valeurs qui reviennent constamment, leitmotiv qui véhicule des ondes positives aux lecteurs.

Bien évidemment, on retrouve de jolies illustrations en noir et blanc : certaines prennent l’ensemble d’une page, d’autres sont plus succinctes et viennent enjoliver les débuts de chacun des chapitres.

Sous les projecteurs nous transporte dans le monde très prisé du cinéma, un univers fermé, obscur, qui fait rêver et briller les yeux d’envie. Avec réalisme et justesse, Elizabeth Barféty pointe du doigt les nombreux avantages mais aussi les inconvénients des métiers du cinéma. Ainsi, son jeune lectorat peut déjà se faire une idée de ce monde bling-bling, grisant, électrisant, mais extrêmement éprouvant.


Questionnements, doutes, incertitudes sont au coeur de ce tome 14. Encore une fois, je suis conquise par cette saga jeunesse, par l’écriture enivrante d’Elizabeth Barféty, par les messages moralisateurs et bienveillants qui suintent de chacune de ses pages. 

Ma note : 7,5/10

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ISBN : 978-2-09-258814-7

Courrier sud


Courrier sud d’Antoine de Saint-Exupéry

154 pages, éditions Folio


Résumé : – Jacques, Jacques emmenez-moi ! Bernis est pâle et la prend dans ses bras et la berce. Geneviève ferme les yeux : – Vous allez m’emporter… Le temps fuit sur cette épaule sans faire de mal. C’est presque une joie de renoncer à tout : on s’abandonne, on est emportée par le courant, il semble que sa propre vie s’écoule… s’écoule. Elle rêve tout haut : « Sans me faire de mal. » Bernis lui caresse le visage… – Jacques !… Jacques… Mon fils est mort…


Extraits : « La terre, de là-haut, paraissait nue et morte ; l’avion descend : elle s’habille. Les bois de nouveau la capitonnent, les vallées, les coteaux impriment en elle une houle : elle respire. »

« Combien la seule vérité est peut-être la paix des livres; Mais les professeurs le savaient déjà.« 


Mon avis : Tout le monde connaît Antoine de Saint-Exupéry pour son oeuvre magistrale, Le Petit Prince, qui a connu un succès monstre à travers le monde. Mais peu se sont tournés vers les autres oeuvres de l’auteur. J’étais curieuse de lire une autre de ses histoires, et me suis tournée vers Courrier sud, son premier roman.

Pour ceux qui ne le savent pas, avant d’être écrivain, Antoine de Saint-Exupéry est aviateur dans l’Armée de l’Air, il participe notamment à la Seconde Guerre mondiale, avant d’être mystérieusement porté disparu en 1944, alors qu’il partait de Corse avec son avion. C’est sans doute de ses expériences aéronautiques passées qu’il tire les anecdotes dont il se sert pour écrire Courrier sud. Ce roman raconte l’histoire de Bernis, un pilote missionné pour transférer du courrier de Toulouse à Casablanca et Dakar. On le suit dans sa traversée solitaire et dans ses escales mouvementées. Un beau jour, il rencontrera une femme, Geneviève, dont il tombera amoureux, malgré que cette dernière soit déjà mariée. Ne sachant pleinement la satisfaire, il se résoudra à la laisser et à continuer ses virées solitaires à bord de son avion.

Malheureusement, malgré tout le respect que j’ai envers Antoine de Saint-Exupéry, je n’ai pas aimé Courrier sud. J’ai trouvé l’histoire trop fragmentée et abstraite. Pour faire simple : je n’ai absolument pas compris le but de ce récit – je lisais sans vraiment comprendre où voulait en venir l’auteur. Tout est trop vague, sans queue ni tête, les descriptions ne sont pas assez précises, les personnages nullement travaillés. Le livre est divisé en trois parties incohérentes. Nous passons d’une pseudo virée au-dessus du Sahara à une histoire d’amour alambiquée, sans aucun fil conducteur. Vous l’aurez compris, mon avis va être bref : ce livre n’a aucun intérêt, vous pouvez passer votre chemin !

Peut-être que je regarderais un jour l’adaptation cinématographique réalisée en 1937 par Pierre Billon – si j’arrive à le trouver en entier, vu la date lointaine de sa réalisation. Mais ce ne sera certainement pas pour tout de suite : pour le moment, je suis encore trop déçue par cette découverte pour me plonger dans le film !


Courrier sud est beau dans sa forme mais totalement flou sur le fond. J’ai trouvé le récit vague, incompréhensible, trop fragmenté, je n’ai pas compris où voulait nous mener l’auteur et suis donc passée totalement à côté de l’histoire.

 


Ma note : 2,5/10

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Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une


Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une
de Raphaëlle Giordano

253 pages, éditions Pocket


Résumé : Camille, trente-huit ans et quart, a tout, semble-t-il, pour être heureuse. Alors pourquoi a-t-elle l’impression que le bonheur lui a glissé entre les doigts ? Tout ce qu’elle veut, c’est retrouver le chemin de la joie et de l’épanouissement. Quand Claude, routinologue, lui propose un accompagnement original pour l’y aider, elle n’hésite pas longtemps: elle fonce. À travers des expériences étonnantes, créatives et riches de sens, elle va, pas à pas, transformer sa vie et repartir à la conquête de ses rêves…


Extraits : « Je rêve que chacun puisse prendre la mesure de ses talents et la responsabilité de son bonheur. Car il n’est rien de plus important que de vivre une vie à la hauteur de ses rêves d’enfant… »

« Vous n’imaginez pas le nombre d’analphabètes du bonheur ! Sans parler de l’illettrisme émotionnel ! Un véritable fléau… Ne pensez-vous pas qu’il n’y a rien de pire que cette impression de passer à côté de sa vie faute d’avoir eu le courage de la modeler à l’image de ses désirs, faute d’être resté fidèle à ses valeurs profondes, à l’enfant qu’on était, à ses rêves ?« 


Mon avis : Après avoir lu énormément de critiques positives – et autant de négatives – sur ce livre, j’avais envie de me forger ma propre opinion sur celui-ci. Depuis de nombreuses années, ce titre optimiste et plein de sens me faisait de l’oeil : j’ai donc profité de ces temps de confinement assez gris et triste pour me faire une cure de positive attitude.

C’est un livre de développement personnel qui est formé comme un roman. On y suit Camille, une jeune femme d’une quarantaine d’années, qui a tout pour être heureuse – une famille aimante, un job, un toit, de l’argent, la santé -, mais qui n’arrive pas à vraiment l’être. Au hasard de la vie, elle rencontre Claude, un routinologue qui la prend sous son aile. Ensemble, ils vont commencer une thérapie pour vaincre la routine et retrouver le chemin du bonheur.

Pour être tout à fait honnête, j’ai beaucoup aimé cette lecture, et pourtant, je ne suis pas une grande adepte des livres de développement personnel. J’ai écouté avec attention les conseils administrés par Claude, que j’ai trouvé pleins de sens et accessibles. Je pense notamment en mettre quelques-uns en application très prochainement, notamment en ce qui concerne la diminution des violences verbales lors des disputes : il faut mettre en place un petit signe distinctif a faire lors d’une dispute, pour permettre à l’autre de comprendre lorsque celle-ci risque de dégénérer. Ainsi, la violence verbale est amoindrie et le vase des reproches ne déborde pas. Ingénieux et simple à mettre en oeuvre. Raphaëlle Giordano partage pleins d’autres petits exercices et trucs et astuces à mettre en pratique dans différentes situations de notre quotidien, pour retrouver la paix intérieur et le bonheur. L’approche psychologique est intéressante et se fait non pas moralisatrice mais bienveillante. 

L’ensemble des conseils donnés sont regroupés à la fin du livre, sous forme de lexique positif, pour retrouver plus rapidement les astuces en cas de routinite aigüe. Je pense m’y replonger fréquemment, lorsque j’aurais un coup de blues qui mériterait d’être corrigé ! Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une est une bonne première approche du développement personnel : accessible, rapide à lire, positif, rempli d’amour, de tendresse, de bienveillance, d’entraide, avec quelques pointes d’humour. J’ai été plus que réceptive à ce partage de positivité ! 


Un livre de développement personnel présenté sous forme de roman, qui dispense des conseils et exercices simples à mettre en oeuvre pour sortir de la routine et retrouver le chemin du bonheur. J’ai passé un bon moment de lecture, rempli d’ondes positives.

Ma note : 7,5/10

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« Oh… »


« Oh… » de Philippe Djian

241 pages, éditions Folio, à 9,10€


Résumé : « Décembre est un mois où les hommes se saoulent – tuent, violent, se mettent en couple, reconnaissent des enfants qui ne sont pas les leurs, s’enfuient, gémissent, meurent… »
« Oh… » raconte trente jours d’une vie sans répit, où les souvenirs, le sexe et la mort se court-circuitent à tout instant.


Extraits : « Aujourd’hui, avec le recul, je peux dire que la solitude est le plus beau cadeau du monde, le seul refuge. »

« Rien de pire que cette sensation de temps stupidement perdu quand on referme un mauvais manuscrit.« 


Mon avis : Je souhaitais depuis longtemps découvrir la plume de ce célèbre auteur français, aux succès littéraires manifestes, également connu pour être le parolier du célèbre chanteur suisse Stephan Eicher. C’est maintenant chose faite avec « Oh… », lauréat du Prix Interallié 2012, que j’ai lu dans une magnifique version éditée par Folio, contenant un sublime coffret en dur renfermant le livre à l’intérieur.

Tout l’intérêt de « Oh… » se trouve dans la psychologie des personnages plutôt que dans l’intrigue en elle-même.Philippe Djian est un homme de lettres, qui aime manier les mots et jouer avec eux pour emmener le lecteur dans des univers insoupçonnées. Dans son récit, il narre trente jours de la vie d’une femme. Cette femme peut, pour certains, avoir une existence banale : elle a une cinquantaine d’années, elle est divorcée, mais en bons termes avec Richard, le père de son fils unique, Vincent. Celui-ci est en couple avec Josie, qui attend un enfant d’un autre homme, aujourd’hui en prison. Vincent est immature, naïf, un peu égoïste, tête en l’air et simplet, ce qui n’empêche pas sa mère de l’aimer et de l’aider (financièrement, surtout !). Les parents de cette dernière sont également séparés : sa mère Irène fait une cure de jouvence, enchaînant les jeunes conquêtes, au grand dam de sa fille. Quant à son père, il exécute une peine de prison pour avoir assassiné des dizaines d’enfants. Une famille loin d’être ordinaire, donc.

En parallèle, notre narratrice est l’heureuse co-directrice d’une agence de production qu’elle a bâtie avec Anna, sa meilleure amie depuis près de vingt ans. Mais comme la vie de notre héroïne n’est pas ordinaire, cette dernière couche depuis plusieurs années, sans aucune honte, avec le mari d’Anna, sans que cette dernière ne soit au courant. La vie sentimentale de notre narratrice n’est pas de tout repos, puisqu’il semblerait qu’elle entretienne un lien étrange avec son voisin d’en face, pourtant marié.

Dans « Oh… », c’est l’émotion et le style littéraire qui prime, plutôt que l’action et l’histoire. Philippe Djian veut faire ressentir des choses aux lecteurs, à travers une stylistique originale et un style épuré, qui m’ont un peu déstabilisés au début. Point de chapitre venant morceler son récit, mais un texte continu, où le temps passe sans vraiment qu’on s’en aperçoive. Les moments de vie et les péripéties s’enchaînent avec fluidité, l’auteur sachant manier les mots avec dextérité et élégance.

J’ai vraiment adoré la plume de l’auteur, mais je dois vous avouer que certaines scènes sont quand même surréalistes, trop exagérées et m’ont quelque peu choquées. C’est le cas du père  de notre protagoniste, responsable de la mort de dizaines d’enfants d’un club Mickey, qu’il a sauvagement assassiné sans aucune raison. Je n’ai pas vraiment compris où souhaitait en venir l’auteur en intégrant une telle anecdote. Il en est de même concernant les viols subit par notre narratrice : peut-être Philippe Djian voulait-il mettre en avant l’incongru, le choquant, l’horreur, qui, dans notre monde du XXIème siècle, nous semble maintenant faire partie du quotidien ? C’est une hypothèse tout à fait plausible.

Je suis quand même bien embêtée pour écrire cette chronique, puisque je ne sais pas vraiment ce que j’ai pensé de « Oh… ». C’est un texte déstabilisant dans ce qu’il a d’original, de transgressant, d’atypique. L’auteur a réalisé une prouesse stylistique que je salue, mais sa mission n’est qu’à demi-remplie, puisque je n’ai pas ressenti énormément d’émotions en lisant ses mots. Peut-être un peu de dégoût à certains moments, quelques frayeurs ou haussement de sourcils sceptiques. Mais c’est tout.


Philippe Djian nous raconte trente jours de la vie d’une femme. Un roman déstabilisant, qui transgresse les règles d’écriture pour former un tableau surréaliste et percutant sur des horreurs du quotidien devenus banalité. 

Ma note : 6/10

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La mort du roi Tsongor


La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé

300 pages, éditions France loisirs


Résumé : Au coeur d’une Afrique ancestrale, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d’un empire immense, s’apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c’est Troie assiégée, c’est Thèbes livrée à la haine. Le roi s’éteint mais ne peut reposer en paix dans sa cité dévastée. A son plus jeune fils, Souba, échoit la mission de parcourir le continent pour y construire sept tombeaux à l’image de ce que fut le vénéré — et aussi le haïssable —roi Tsongor.

Roman des origines, récit épique et initiatique, le nouveau livre de Laurent Gaudé déploie dans une langue enivrante les étendards de la bravoure, la flamboyante beauté des héros, mais aussi l’insidieuse révélation, en eux, de la défaite. Car en chacun doit s’accomplir, de quelque manière, l’apprentissage de la honte. Telle est en effet la vérité cachée, celle qui s’impose par-delà les élans du coeur et les lois du clan. Telle est peut-être l’essence même de la tragédie.


Extraits : « Il avait trouvé le lieu de sa mort. Il devait en être ainsi pour chaque homme. Chacun avait une terre qui l’attendait. Une terre d’adoption dans laquelle se fondre. »

« À gauche de Bandiagara étaient les crânes rouges menés par Karavanath’ le brutal. Ils avançaient le crâne rasé et peint en rouge, montrant ainsi qu’ils avaient le sang de leurs ennemis en tête. Ils portaient des colliers autour du cou car les jours de guerre étaient, pour eux, jours de fête.« 


Mon avis : La mort du roi Tsongor est un roman primé en 2002 du Goncourt des lycées, puis l’année suivante du Prix des libraires. C’est une oeuvre magistrale, qui est devenue presque un classique de la littérature française, puisqu’il me semble qu’elle a été intégrée au programme du baccalauréat de français. Autant dire une belle consécration pour Laurent Gaudé !

Comme le titre de l’oeuvre l’indique, le roi Tsongor est mort, tué par son fidèle serviteur Katabolonga, qui lui avait fait une promesse de vengeance des années auparavant. Sa mort survient au pire moment qu’il soit : Tsongor s’apprêter à marier sa seule fille Samilia au prince Kouame, des Terres du sel. Tout aurait été pour le mieux, si ce n’est l’arrivée de Sango Kerim, élevé plus jeunes avec les enfants de Tsongor, qui revient avec une promesse de fidélité faite par Samilia des années plus tôt. Le dilemme est de taille pour cette dernière : doit-elle tenir sa parole faite dans l’enfance à Sango Kerim ou honorer sa promesse de mariage à Kouame ? En tout les cas, son choix aura des conséquences désastreuses sur le royaume et sur l’honneur de sa famille.

Sans décision tranchée prise par Samilia, les deux prétendants se déclarent la guerre. C’est à celui qui tuera l’autre pour pouvoir prendre la belle comme épouse. Le royaume de Massaba est mis à sac. Massacre, pillage, violence, la guerre s’éternise et semble ne jamais finir. Le sang coule à flot, les corps s’entassent, les guerriers sont à bout de souffle, mais aucun camp ne se repli et personne n’abandonne. Le royaume est dévasté, la fratrie même du roi est divisée et s’entre-tuent sans vergogne. L’action est omniprésente, Laurent Gaudé ne nous laisse aucun temps mort, tout s’enchaîne avec fluidité et précision, pour nous livrer une histoire dynamique, fougueuse et enragée.

En parallèle, on pourrait dire que La mort du roi Tsongor est un roman épique, puisque l’on peut suivre Souba, le plus jeune fils de Tsongor, qui s’est vu confier une mission par son père avant de mourir. Son épopée va le conduire vers des contrées lointaines, dans une quête honorifique à la recherche de la vérité et de la spiritualité, loin de la guerre qui fait rage à Massaba. Un héros qui fait étrangement écho à Ulysse, dans L’Odyssée, qui quitte sa patrie pour errer pendant près de vingt ans, pendant que son royaume est à feu et à sang.

En lisant ce récit, on ressent avec bonheur l’ensemble des références littéraires et culturelles que l’auteur a dû utiliser pour écrire son oeuvre : récits mythologiques, quêtes initiatiques, tragédies classiques, diverses références à l’imaginaire africain ou encore à l’antiquité… Vous l’aurez compris, c’est une oeuvre riche et hétéroclite, incroyablement bien construite, plein d’exotisme et de métissage.

Une adaptation théâtrale a découlée du roman de Laurent Gaudé. Réalisée en 2009 par Olivier Letellier, elle retrace, avec habileté l’histoire originelle en une heure à peine. J’avoue qu’après cette adaptation, je verrai bien, pourquoi pas dans les années à venir, une adaptation cinématographique. Ce serait une juste récompense pour la magnifique histoire livrée ici.

 


Une oeuvre magistrale, épique, héroïque, peuplée de références littéraires, qui nous invite au voyage. Un récit magnifiquement bien écrit, riche et intemporel, que je vous recommande chaudement !

Ma note : 9/10

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Elle n’était pas d’ici


Elle n’était pas d’ici de Patrick Poivre d’Arvor

164 pages, éditions Albin Michel


Résumé : « Puisque Solenn a choisi de mettre fin au combat qu’elle menait depuis trois ans contre les démons de sa maladie, je voudrais, comme Patrick, que sa disparition soit un signal d’alarme. J’aimerais que ce livre, écrit dans l’urgence de la douleur, soit un cri vers tous ceux et celles, adolescents ou préadolescents, qui seraient tentés par la terrible impasse du suicide. La souffrance qui se lit dans ces pages, à travers les lettres reçues, est celle, indicible, de Solenn et de milliers d’autres. C’est celle aussi des parents qui assistent, impuissants, à la destruction de leur enfant. Si cette souffrance qui a été la nôtre peut aider tous ceux qui ont été ou vont être confrontés à l’anorexie ou à la boulimie, alors Solenn ne sera pas morte pour rien.  » Véronique Poivre d’Arvor


Extraits : « Écrire, ça soulage. On appuie là où ça fait mal, on se mord la lèvre, mais ensuite, on supporte la douleur. »

« Quand je chante, disais-tu, j’oublie tout, j’y trouve une manière de sérénité.« 


Mon avis : Tout le monde connaît Patrick Poivre d’Arvor, ou PPDA pour les intimes, le présentateur vedette de TF1, qui a animé le journal de 20h pendant plus de 20 ans. Mais peu de personnes peuvent se targuer de connaître une partie de sa vie privée. PPDA n’a pas eu une existence facile. Père de sept enfants, il a du faire face à ce qu’il y a de plus horrible dans la vie d’un père de famille : la mort de deux de ses filles.

Il voit d’abord disparaître Tiphaine, décédée dans son sommeil de la mort subite du nourrisson alors qu’elle était âgée d’un an à peine. Des années plus tard, c’est son autre fille, Solenn, anorexique et boulimique, qui mettra fin à ses jours en sautant devant la rame d’un métro, alors qu’elle était âgée de dix-neuf ans à peine. Comme moyen cathartique pour apaiser ses douleurs, PPDA se jettera à corps perdu dans l’écriture. Il publiera d’abord Lettres à l’absente, un témoignage bouleversant sur la souffrance d’un père, ses angoisses et ses peurs, puis Elle n’était pas d’ici, sorte d’exutoire salutaire où il dévoile tout son amour pour sa fille, sa maladie mentale et ce qu’il a ressenti suite à son décès brutal.

Patrick Poivre d’Arvor et sa fille, Solenn

Il est toujours compliqué de juger un témoignage, d’autant plus quand celui-ci aborde un sujet aussi tragique que le suicide d’un enfant. Je peux dire que j’ai été très émue de découvrir pour la première fois la plume de PPDA, un auteur prolifique, mais peu plébiscité en France. À travers ce recueil, il nous ouvre son coeur et sa vie et raconte, avec beaucoup d’émotions et de pudeur, les jours qui ont suivis et précédés le décès de Solenn. On ressent tout l’amour que ce père porte à sa fille et le regret de son départ précipité.

Plus qu’un élément cathartique pour l’auteur, il souhaitait également que ce témoignage soit bénéfique aux personnes qui, comme lui, auraient eu le malheur de subir la perte d’un enfant. Dans Elle n’était pas d’ici, il regroupe de nombreux extraits de poèmes, des témoignages d’affection et d’amour de ses proches, qui lui redonnent espoir et confiance en la vie.

Solenn s’est suicidée à cause d’une maladie mentale : les troubles de l’alimentation, autrement l’anorexie et la boulimie. Bien que cette maladie ne soit que partiellement évoquée, l’auteur met en garde les parents sur les caractéristiques et les conséquences de cette maladie, et les rassure en quelque sorte : ils peuvent être présents pour leurs enfants, les encourager, les porter, les entourer d’amour… mais ils restent tout de même impuissants et démunis face à la psychée mentale subie par l’enfant. Une maladie bien trop présente dans notre quotidien, véhiculée en grande partie par l’image du corps parfait, l’obsession de la minceur comme gage de beauté.

 


Comment continuer à vivre après le décès brutal d’un enfant ? Le journaliste Patrick Poivre d’Arvor nous offre une belle leçon de courage à travers un témoignage touchant, intime et pudique, où il déclare sans emphase tout l’amour d’un père pour sa fille. Très touchant !

Ma note : 6,5/10

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