Littérature allemande·Roman

Le parfum

Le parfum de Patrick Süskind
310 pages, éditions France Loisirs

Résumé : L’histoire abominable et drolatique de Jean-Baptiste Grenouille a déjà fait rire et frémir, en quelques mois, des centaines de milliers de lecteurs allemands et italiens. La voilà, en somme, réimportée en France, puisque c’est ici qu’elle se passe, à Paris et en Provence, en plein XVIII siècle.

Ce vrai roman, ce roman d’aventures, est aussi un merveilleux conte philosophique à la Voltaire. Il y est d’ ailleurs beaucoup question d’essences…

« Car l’odeur était sœur de la respiration. Elle pénétrait dans les hommes en même temps que celle-ci ; ils ne pouvaient se défendre d’elle, s’ils voulaient vivre. Et l’odeur pénétrait en eux jusqu’à leur cœur et elle y décidait catégoriquement de l’inclinaison et du mépris, du dégoût, de l’amour et de la haine. Qui maîtriserait les odeurs maîtrisait le cœur des hommes. »

Extraits : « Qui maîtrisait les odeurs maîtrisait le coeur des hommes. »
« Jusque-là, il avait toujours cru que c’était le monde en général qui le contraignait à se recroqueviller. Mais ce n’était pas le monde, c’étaient les hommes. Avec le monde, apparemment, le monde déserté par les hommes, on pouvait vivre.« 

Mon avis : Que celui qui ne connaît pas, ou du moins qui n’a jamais entendu parler de Jean-Baptiste Grenouille se dénonce ! Ce personnage au nom atypique se retient facilement et ne passe pas inaperçu. Qualifié de chef-d’oeuvre, de livre incontournable et classique, Le parfum n’est pas à glisser entre toutes les mains, mais à découvrir à un respectable. Il y a quelques années de celà, je m’étais aventurée à lire Le roman du parfum de Pascal Marmet, livre qui tire plus sur l’encyclopédie du parfum à travers le cinéma qu’un roman à proprement parlé, qui m’avait laissé sur une note amère de déception. Je rechignais donc à débuter ce grand classique ; mais prêté par mon copain, j’ai eu une occasion rêvée de le découvrir et de m’en faire mon propre avis dessus.

Plébiscité par la critique, par les lecteurs, mêmes contemporains, Le parfum intrigue par son titre vague, sa couverture érotique et son résumé pétrifiant. Un mélange des genres qui détonent aux premiers abords. Mais ne vous fiez pas à la complexité du mixte, ou au banal résumé présenté ; Patrick Süskind, doté d’une imagination et d’une créativité sans borne vous réserve bien des surprises plus surprenantes les unes ques les autres.

Un héros aux dimensions originales, parculièrement mystérieux. Ce personnage peut faire rire autant qu’attrister, il peut effrayer autant qu’attirer. Inssaisissable, une ombre continuelle le poursuit, qui donne une sensation d’impossible compréhension du personnage. Le peu de dialogue renvoie à un homme primitif, sauvage, coupé du monde, aux bords de la société, avec l’impossibilité de communiquer.

L’action va en s’aggrandissant, en suivant l’évolution du protagoniste Jean-Baptiste Grenouille. De sa naissance à sa mort, le lecteur se verra plongé dans la vie sulfureuse, détonante et emplie de parfums, senteurs ou odeurs pestilentielles qui suivent le héros tout au long de sa vie.

Ce livre respire, sent, émane et s’empare des odeurs qu’il cotoie. Tout n’est que parfums, substances, mélanges hétéroclites, puanteurs irrespirables, paradis olfactif… tout se croise, s’entortille. Au-delà des odeurs singulières, l’auteur nous met en abyme les éléments clefs de la vie terrestre d’un humain, en suivant la progression des odeurs. De l’étal puant de poisson pù naît le nourrison au souffle clair qui émane de la montagne lors de l’enfance, à l’extase de la vie adolescente avec l’attrait des jeunes filles, pour finir sur l’odeur étriqué et vieillot de la fin d’une vie… Patrick Süskind ressuscite les odeurs en les assimilant à l’avancement de son protagoniste. Un bel enseignement didactique, tout en finesse, poésie et sensualité, original dans son aspect olfactif, rempli d’imagination.

Pour rajouter une part d’action qui soit attrayante pour un large public, l’auteur y appose une série de meurtres mystérieux pour les personnages internes au roman, mais parfaitement perceptible par le lecteur – bien que peu compréhensible immédiatement. Il faudra attendre le dénouement du livre pour trouver réponse à toutes nos questions.

Le dénouement, très connu dans le milieu littéraire, est exceptionnel, inattendu, et renforce la force de créativité de ce maître Allemand. Une plume toute en volupté, en senteurs, légère et aérienne, qui se laisse lire et entraîne le lecteur dans le torrent de péripéties qui surviennent. On ne peut pas s’ennuyer, tout s’enchaîne, la vie de Grenouille bascule d’un chapitre à l’autre, aucune stagnation, rien de barbant.

Pour ceux qui ne l’auraient pas déjà fait, je vous conseille vivement de lire ce livre. Très facilement compréhensible, c’est un régal à découvrir, qui tranche avec tous les livres écrit jusqu’à maintenant. Un sujet qui sort de l’ordinaire, un héros ambigu, une histoire attrayante, qui envoûte autant qu’elle choque. Un flot d’émotions aussi intenses que la senteur parfumée qui s’échappe des pages.

Ma note : 7,5/10
Littérature allemande·Littérature jeunesse

Good bye Berlin

Good bye Berlin de Wolfgang Herrndorf
328 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 6,90€

 

Résumé : C’est parce que Maik et Tschick sont les seuls à ne pas être invités à l’anniversaire de Tatiana, qu’ils décident de partir en voiture vers Valachie, plein sud. Le soleil donnera la direction. S’il pleut ? Ils verront bien. Tschick, l’immigré russe, au volant, Maik, le fils de bonne famille, à ses côtés. Ils ont quatorze ans. C’est parti pour un road trip ! Les deux garçons vont plonger dans des situations cocasses, croiser des personnagesextravagants.se perdre dans des paysages irréels. Leur bonne humeur indéfectible transforme le voyage en une odyssée joyeuse et burlesque. Ce livre nerveux, qui joue des déchirements de la jeunesse, est animé par un profond esprit de tendresse et d’optimisme. Un livre heureux, qui rend heureux.

Extraits : « Faut bien vous mettre un truc en tête, mes mignons, a-t-il dit enfin. Tout est absurde. Tout. Même l’amour. Carpe diem. »
« Il n’y a pas grand-chose que tu puisses apprendre de ta mère. Mais il y en a quand même deux : premièrement, on peut parler de tout. Deuxièmement, t’en as rien à foutre de ce que les autres pensent. »

Mon avis : Voici un roman Allemand bien sympathique, mais que j’ai quand même failli abandonner plus d’une fois.

Le narrateur est interne ; c’est un jeune garçon Allemand, encore au collège, qui raconte les grands événements de sa vie d’un ton enfantin, avec un style particulier qui peut paraître déroutant. Pour ma part, je n’ai pas accroché à la manière dont est racontée l’histoire. Maik, le protagoniste et narrateur interne a tendance à mélanger des bribes d’histoires, à s’embrouiller dans ses descriptions et à divaguer facilement sur d’autres sujets. De plus, il utilise par moment un langage grossier et vulgaire, qui peut choquer le lecteur. Ce jeune homme, pourtant bien élevé, bien éduqué, se retrouve ami avec Tschick, un russe, qui l’embarque dans de folles aventures et arrive à facilement l’influencer. En effet, le protagoniste, de part son jeune âge, se laisse berner par son ami, tenter par l’aventure, et voit sa personnalité déteindre sur celle de Tschick.

Les deux amis, en vacances scolaires, se lancent dans un road trip irresponsable, totalement délirant, sans queue ni tête. Ils errent sur les routes, font des rencontres insoupçonnées, découvrent des lieux improbables. On les retrouve à la fin de leur voyage, changés, comme s’ils avaient grandis durant leur laps de temps d’errance.

J’avoue que je n’ai pas vraiment accroché au livre et que l’idée d’abandonner ce roman m’a prit à plusieurs reprises. Néanmoins, m’attendant à chaque chapitre à un revirement inattendu de la situation, j’ai continué ma lecture. Ce n’est pas un livre extraordinaire, il est plutôt passe partout, agréable à lire mais pas irremplaçable.

Si vous cherchez une lecture loufoque, décalée, drôle, écrit dans un style léger, facile à lire… venez lire ce roman !

Ma note : 5/10
Littérature allemande·Seconde guerre mondiale·Témoignage

Le journal d’Anne Frank

Le journal d’Anne Frank.
12h d’écoute, éditions AudioLib

 

Résumé :Anne Franck reçoit, le 20 juin 1942, un journal pour son anniversaire. Elle y écrit d’abord pour combler sa solitude.

Ayant entendu à la radio que le gouvernement hollandais prévoyait de réunir à la libération les témoignages, racontant la vie au jour le jour durant la guerre, elle remanie son texte avec l’intention de le faire éditer.

Son texte reste un document sur les conditions de vie de gens obligés de se cacher pour échapper à la déportation, et la mort.

Extraits :  « Nous vivons tous, mais sans savoir pour quelle raison et dans quel but, nous aspirons tous au bonheur, notre vie à tous est différente et pourtant pareille. »
« On ne connaît vraiment les gens qu’après avoir eu une bonne dispute avec eux, alors seulement on peut juger de leur caractère !« 

Mon avis :  Le journal d’Anne Frank, quel splendide livre, émouvant au plus haut point. Mais cette histoire est encore plus émouvante quand, au lieu de la lire, elle est racontée d’une voix claire, sensible mais néanmoins vive et chaude. J’ai eu le plaisir de découvrir ce témoignage dans une version audio lue par la talentueuse comédienne Irène Jacob qui a su apporter son style aux écrits d’Anne, et qui a rendu encore plus vivant et plus palpable cette triste histoire.

Avant de commencer ma chronique sur le contenu du témoignage d’Anne Frank, je tenais avant tout à vanter les mérites des éditions AudioLib. Cette nouvelle forme d’éditions audio comporte de grandes qualités que je vais rapidement vous détailler.

Tout d’abord, comme dit précédemment, l’histoire est lue par une personne (souvent des comédiens, mais il arrive également que ce soit les auteurs eux-mêmes qui lisent leur propre livre), ce qui rend l’histoire vivante et humaine. A travers la voix de cette personne passe un nombre incalculable d’émotions et de sentiments, bien plus que lorsqu’on lit un livre nous même. Cette voix est souvent douce et apaisante, elle arrive nous faire voyager toute en subtilités, et accroît considérablement certains éléments tragiques du livre. Elle appose son style dans la lecture, tout en gardant en même temps le contexte et l’aspect de l’histoire.

Mais les avantages à ces éditions audio ne s’arrêtent pas là. Comme ces livres à écouter sont constitués de CD(s), il est beaucoup plus aisé aux lecteurs de les transporter ou bon leur semble. De plus, ces CDs peuvent être transmis directement dans un lecteur MP3 ou même sur un ordinateur. Ils prennent moins de place qu’un livre normal, et sont donc plus pratiques.

Il existe aussi de nombreuses occasions pour prendre le temps d’écouter ces livres audios. Toute l’année, lorsque vous vous rendez à votre travail, vous pouvez écouter un chapitre (qui ne dure pas plus de 10min) dans votre baladeur ou même en voiture. Ou bien, si vous ne travaillez pas (ou si vous êtes rentré du travail), vous pouvez écouter ces CDs en faisant à manger, en repassant le linge etc. De cette façon, les CDs vous permettre de faire plusieurs choses à la fois et de vous détendre pendant ces « corvées » quotidiennes. En fin de journée, une fois votre boulot terminé, je sais que la plupart des temps, vous n’en pouvez plus, et vous ne songez qu’à une seule chose : fermer les yeux et dormir. Si vous avez mal à la tête et que vos yeux sont trop fatigués pour lire, n’hésitez pas à écouter un livre audio.

Mais le point culminant du plaisir reste quand même l’écoute de ces CDs durant l’été. Pendant ces longues heures de conduites en attendant d’arriver à la destination de nos vacances, pourquoi ne pas écouter un livre audio ? Bien sûr, je déconseille aux personnes conduisant de le faire, mais si vous êtes passager, pourquoi pas ? Si, comme moi, la lecture en voiture vous donne mal à la tête, ce moyen de lecture audio est une solution parfaite pour passer le temps de route. Enfin arrivés à destination, une fois allongé sur la plage en plein soleil, avec un bruit de mer en fond sonore, quoi de moi pour écouter une histoire ? Vous ne risquez pas d’abîmer vos livres à cause de l’eau, ou de le faire tomber accidentellement dans le sable.

Tant de conditions idéales sont réunies pour que vous puissiez découvrir au mieux le livres audios que publient les éditions AudioLib. Si vous n’êtes pas encore convaincus, je vous conseille d’essayer.

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C’est un témoignage bouleversant que nous offre ici Anne Frank. Du haut de ces treize ans, c’est avec une grande maturité et un incroyable talent qu’elle parvient à raconter en détail avec beaucoup de réalisme les deux années qu’elle et sept autres personnes ont vécus, cachés clandestinement dans l’Annexe. Ces sept personnes, toutes juives, ont été obligés de fuir pour échapper à la seconde Guerre Mondiale et à l’extermination des juifs, contrôlé par le Führer, Hitler. Pour cela, elles vont se réfugiés à Amsterdam, et se cacher clandestinement, sans sortir de l’Annexe. C’est ces deux années de « vie » que va raconter Anne dans son Journal.

Tout le monde connaît les dégâts qu’Hitler ainsi que ses partisans ont fait entourés à toute la population (juive ou non) et les abominables tortures qu’il insufflait aux juifs, en les envoyant dans des camps de concentration ou d’extermination. Alors que nous ne connaissions que superficiellement tous ces événements, grâce à Anne Frank, nous pouvons désormais connaître plus en profondeur les dessous des clandestins juifs et leur état d’esprit au moment de ces rafles.

Cette jeune fille, très courageuse, vive et gaie, se montre très cultivée et mature pour son âge. Elle aime la vie et le fait ressentir dans ses écrits, elle est joyeuse, très sociable, et est dotait d’un talent exceptionnel qu’est l’écriture. Elle en est d’ailleurs consciente, car, comme elle le dit elle-même, elle rêvait de devenir journaliste ou écrivain (célèbre).
A travers toutes les lettres qu’elle envoie à une certaine Kitty (une « amie » imaginaire, une destinataire factice qu’elle s’est crée), on va voir cette jeune Anne grandir et mûrir davantage. Elle va connaître la transformation que chaque adolescent connaît au cours de sa vie, et de ce fait, son esprit va encore plus s’ouvrir. Elle va découvrir l’amour au côtés de Peter, la sexualité et l’intimité de chaque personne, l’atrocité des êtres humains… mais elle va surtout apprendre à grandir, pour finir par philosopher sur la vie terrestre et sur les Hommes. Tant de qualités qui vont d’elle une fille exceptionnelle. Je suis vraiment navrée qu’elle n’ait pas survécu à cette horrible guerre, et qu’elle ne voit pas aujourd’hui où son talent l’a menée…

A chaque ligne du livre, nous gardons espoir pour qu’Anne survive à cette guerre. Malheureusement, nous savons pertinemment qu’elle mourra tragiquement comme les millions d’autres personnes.

Le fait que ce soit son père, Otto Frank, qui fasse éditer Le journal de sa fille, montre qu’il ne voulait pas l’oublier, et que de cette façon, elle sera toujours là, auprès de nous. Durant toute l’histoire qu’Anne Frank nous comte, on voit bien qu’elle est très attaché à son père, et cette publication peut montrait la fierté de son père vis-à-vis d’elle, mais aussi dénoncer les atrocités de cette guerre.

J’ai également été admirative aux personnages qui a été ces huit clandestins juifs. Ils ont été très courageux, ils se sont surpassés et sont venus en aide à ces personnes, en les cachant, en les protégeant, et en subvenant à leurs besoins du mieux qu’ils le pouvaient. Cela montre bien qu’ils avaient du coeur. On voyait bien à travers les écrits d’Anne que la peur était partout présente, quoique chacun fasse. Cette atmosphère angoissante aurait rendue fou plus d’une personne !

A travers son journal, Anne Frank nous dévoile de l’intérieur l’un des tournants de l’histoire du monde. Teinté d’émotions et de naïveté, son Journal est un exemple à suivre, un message d’alerte aux hommes, pour leur prouver les horreurs qu’ils ont fait vivre à certaines personnes.

 

Ma note : 9,5/10
Autobiographie·Littérature allemande·Témoignage

Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…

Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… de Christiane F
342 pages, éditions Folio

 

Résumé :Ce livre terrible a connu un retentissement considérable en France et dans toute l’Europe. Ce que raconte cette jeune fille sensible et intelligente, qui, moins de deux ans après avoir fumé son premier «joint», se prostitue à la sortie de l’école pour gagner de quoi payer sa dose quotidienne d’héroïne, et la confession douloureuse de la mère font de Christiane F. un livre sans exemple. Il nous apprend beaucoup de choses, non seulement sur la drogue et le désespoir, mais aussi sur la détérioration du monde aujourd’hui.

Extraits : « Je suis formidable quand il s’agit des problèmes de autres. Il n’y a que les miens dont je ne viens pas à bout.  »
« Les écoles sont pareilles à de grandes usines où règnent l’anonymat, la solitude morale, et une concurrence acharnée et brutale.  »

Mon avis : Je viens de me prendre un coup de poing monumental, à cataloguer parmi les plus dévastateurs, les plus cruels et horribles de tous les temps. Imaginer que cette histoire s’est parfaitement déroulée dans la vie réelle, se représenter en chair et en os les personnages, leurs comportements, leurs actions et leurs paroles… c’est aussi bouleversant qu’attristant, aussi surprenant que terrifiant.

Christiane F. fait ici preuve de courage en couchant sur papier les instants les plus noirs de son existence. Elle dévoile au reste du monde les attraits dégradants de son quotidien, détaille et commente avec émotions les événements de ses 13 ans et leurs conséquences.

Le livre suit un tracé descendant, comme un couloir sombre menant au fin fond du gouffre béant du domaine de la drogue et/ou de la prostitution. Par un phénomène de cause à effet, la narratrice se retrouve plongée entièrement dans un contexte oppressant, tel un cercle vicieux, infernal et insoutenable, dans le monde des toxicos et des prostitués, où la sortie est quasiment introuvable.

La vie de Christiane est loin d’être ordinaire. Bien loin des conventions et des traditions enfantines que chacun peut accorder à une fillette de 13 ans, notre protagoniste est subitement au cœur d’un trafic de drogue, dans un réseau de prostitution, à fumer, sniffer, coucher et boire à qui mieux mieux. Sous ses apparences de fille banale, se cache un corps meurtri, agressé et violenté par les produits illicites. Mal vu et souvent effrayant, ce genre de milieu n’attire pas les habitants moyens. Comment aurait-on pu supposer qu’un cœur simple et sensible comme celui de Christiane puisse se retrouver lier à seulement 13 années à un tel rouage ?

Pourtant, force est de constater que la détermination à se sortir de cet engrenage est bien présent. Malheureusement, au stade de dépendance extrême dans lequel est arrivé la jeune fille, la sortie est obstruée et difficile d’accès. Aidée par sa mère, puis par son père, ils abandonnent finalement l’idée de sauver leur fille, usés et abîmés par les semaines de douleurs et de souffrances que leur a indirectement fait vivre Christiane.

Après l’abandon prématuré des parents de Christiane, c’est au tour des médecins et des centres spécialisés de tenter leur chance pour sauver la jeune fille avant la prise ultime. Là encore, l’échec est cuisant, la dépendance est trop présente, et prouve jusqu’où la protagoniste est prête à aller pour récolter sa dose quotidienne de drogue.

Quoique très brefs, des liens se créent entre les bandes de toxicos drogués. Christiane F. exploite avec émotions les rencontres avec Stella, Henri ou plus intimement, avec son copain, lui-même enrôlé dans la bataille contre la drogue.

Le monde hors du commun que nous fait découvrir la narratrice est presque hors du temps tellement il est lugubre, froid et différent des lieux où je me rends habituellement. Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… est entièrement plongé dans le noir, et ne dévoile pas une once de luminosité susceptible d’éclairer les ruelles ou recoins des actions.

Horrifiante, triste et surnaturelle période d’adolescente de Christiane, jeune droguée se prostituant pour se payer ses doses. Il y a peu de temps, un nouveau roman intitulé Moi, Christiane F., la vie malgré tout… est sorti, présentant les années qui ont suivis ces quelques années de noir extrême. Une suite que je lirai certainement, seulement pour pouvoir satisfaire ma curiosité. En tout cas, ne pas s’attaquer à de tels récits si votre cœur n’est pas bien accroché !

Ma note : 9,5/10
Littérature allemande·Littérature jeunesse

11 novembre

11 novembre de Paul Dowswell
230 pages, éditions Naïve Livres, à 18€

 

Résumé : Au matin du 11 novembre 1918, sur le front ouest, le soldat Will Franklin s’apprête à partir en mission, à la recherche de soldats allemands, cachés au coeur d’une forêt. Le jeune homme, terrifié par la nouvelle épreuve qu’il doit affronter, ignore, comme ses camarades, que d’ici quelques heures la guerre sera finie.
Extraits : « Avoir la trouille, c’est bien. Débrouille-toi pour avoir peur dès que tu dois te battre. C’est la meilleure façon de rester en vie.  »
« Il leur rappela aussi que la peur n’était pas un crime, mais qu’une incapacité à contrôler cette peur était une maladie contagieuse nécessitant d’être isolée et traitée avec la plus grande sévérité. « 

Mon avis : Quoi de plus émouvant pour célébrer le centenaire du commencement de la première Guerre mondiale que de raconter le dernier jour du conflit ? Le 11 novembre 1948, suite à la signature de l’armistice, les Alliés vainqueurs (France, Royaume-Unis, URSS, Etats-Unis…) ont pris l’ascendant sur l’Allemagne vaincue, et déclarent le cessez-le-feu à onze heure tapante du matin. Paul Dowswell narre l’incroyable férocité des combats – ayant continués jusqu’à la toute dernière minute -, les dégâts qu’ils ont causés, les pertes, traumatismes et nombreux désagréments, l’horreur qui s’en est découlé et la violence des attaques… tant d’effroyables témoignages provenant de très jeunes combattants, souvent forcés de monter au front, qui racontent leur dernière journée de lutte.

Je parle de témoignages, mais ce ne sont que des personnages fictifs, inventés par l’auteur, qui peuplent l’histoire. Les événements, quant à eux, sont en partie véridiques, et retranscrivent adroitement l’atmosphère de cette Grande guerre.

Dans la peau de jeunes soldats, enrôlés au front, venant de camps différents – l’un est « Fritz », Allemand de souche, l’autre Américain natif, un « Tommy », tandis que le troisième, le « Yank » est né en Allemagne, mais s’est expatrié en Amérique, combattant désormais pour l’armée Américaine. Ces jeunes recrues, très différents par leurs origines, communient dans la peur qu’ils ressentent quant au déroulement des affronts. Traumatisés mais courageux, ils servent leur patrie pour rendre honneur à leur famille et leur nation, sans se poser d’éternelles questions. Le destin les fera se rencontrer sur le champ de bataille, à l’orée de l’arrêt des combats, dans une position insolite, devant s’entraider pour ne pas s’entretuer.

Paul Dowswell réussit une prouesse narrative, liant frayeur et panique, dans une histoire d’un jour, racontée telle une course poursuite historique contre la mort. En cette période noire, l’humanité des hommes est comme envolée, effacée au profit des crimes meurtriers perpétués lors cette guerre sanglante. L’auteur laisse poindre une infime parcelle de solidarité suite au tintement des onze coups de la finalité de cette première guerre. Une coalition de plusieurs hommes, les trois protagonistes – ennemis quelques heures, voire quelques minutes plus tôt -, oublient leurs insignes au bénéfice de la camaraderie humaine. L’aviateur « Yank », ayant essayé de bombarder une troupe Allemande dont faisait partie le « Fritz », se retrouve blessé, et aidé par ce même « Fritz », et par le « Tommy », suite au cessez-le-feu mondiale. Comme quoi l’homme a beau se montrer cruel, une part de son être, gouverné par le coeur, garde des émotions vives et pleinement humaines. « Le soleil brille toujours après une nuit sombre » comme disait James Ngugi.

L’expiation des combats, bien qu’ordinairement très joyeuse, ne laisse pas transparaître la joie escomptée. Meurtris par tant d’années d’affrontement, de pertes en milliers d’homme, l’espoir les ayant quittés depuis belle lurette, les hommes ne s’imaginent pas retrouver une vie normale suite à ces terribles années sombres. L’armistice, qui devait sonnait comme un glas, prend une couleur verdâtre de haine et de ruines.
11 novembre rend hommage aux fusillés, et apporte une originalité surprenante au contexte, plongeant totalement le lecteur au coeur de cette journée, face aux choix et aux responsabilités qui incombent aux nouveaux soldats.

Dans ce fantastique roman historique, je retiendrais particulièrement la jeunesse des soldats et leur peur réciproque quant au déroulement des assauts. Le lugubre paysage, l’animosité des hommes, leur course à la vie, les transformant progressivement en bêtes féroces, imbues de sang. Une réussite, tout en rapidité et enchaînements d’actions. Si vous tendez l’oreille, vous entendrez sûrement les éclats d’obus se disperser dans les camps, les tires en rafales de mitraillettes et les hurlements des hommes, tristes portraits de vies détruites.

 

Ma note : 7/10