Littérature allemande·Roman

Le parfum

Le parfum de Patrick Süskind
310 pages, éditions France Loisirs

Résumé : L’histoire abominable et drolatique de Jean-Baptiste Grenouille a déjà fait rire et frémir, en quelques mois, des centaines de milliers de lecteurs allemands et italiens. La voilà, en somme, réimportée en France, puisque c’est ici qu’elle se passe, à Paris et en Provence, en plein XVIII siècle.

Ce vrai roman, ce roman d’aventures, est aussi un merveilleux conte philosophique à la Voltaire. Il y est d’ ailleurs beaucoup question d’essences…

« Car l’odeur était sœur de la respiration. Elle pénétrait dans les hommes en même temps que celle-ci ; ils ne pouvaient se défendre d’elle, s’ils voulaient vivre. Et l’odeur pénétrait en eux jusqu’à leur cœur et elle y décidait catégoriquement de l’inclinaison et du mépris, du dégoût, de l’amour et de la haine. Qui maîtriserait les odeurs maîtrisait le cœur des hommes. »

Extraits : « Qui maîtrisait les odeurs maîtrisait le coeur des hommes. »
« Jusque-là, il avait toujours cru que c’était le monde en général qui le contraignait à se recroqueviller. Mais ce n’était pas le monde, c’étaient les hommes. Avec le monde, apparemment, le monde déserté par les hommes, on pouvait vivre.« 

Mon avis : Que celui qui ne connaît pas, ou du moins qui n’a jamais entendu parler de Jean-Baptiste Grenouille se dénonce ! Ce personnage au nom atypique se retient facilement et ne passe pas inaperçu. Qualifié de chef-d’oeuvre, de livre incontournable et classique, Le parfum n’est pas à glisser entre toutes les mains, mais à découvrir à un respectable. Il y a quelques années de celà, je m’étais aventurée à lire Le roman du parfum de Pascal Marmet, livre qui tire plus sur l’encyclopédie du parfum à travers le cinéma qu’un roman à proprement parlé, qui m’avait laissé sur une note amère de déception. Je rechignais donc à débuter ce grand classique ; mais prêté par mon copain, j’ai eu une occasion rêvée de le découvrir et de m’en faire mon propre avis dessus.

Plébiscité par la critique, par les lecteurs, mêmes contemporains, Le parfum intrigue par son titre vague, sa couverture érotique et son résumé pétrifiant. Un mélange des genres qui détonent aux premiers abords. Mais ne vous fiez pas à la complexité du mixte, ou au banal résumé présenté ; Patrick Süskind, doté d’une imagination et d’une créativité sans borne vous réserve bien des surprises plus surprenantes les unes ques les autres.

Un héros aux dimensions originales, parculièrement mystérieux. Ce personnage peut faire rire autant qu’attrister, il peut effrayer autant qu’attirer. Inssaisissable, une ombre continuelle le poursuit, qui donne une sensation d’impossible compréhension du personnage. Le peu de dialogue renvoie à un homme primitif, sauvage, coupé du monde, aux bords de la société, avec l’impossibilité de communiquer.

L’action va en s’aggrandissant, en suivant l’évolution du protagoniste Jean-Baptiste Grenouille. De sa naissance à sa mort, le lecteur se verra plongé dans la vie sulfureuse, détonante et emplie de parfums, senteurs ou odeurs pestilentielles qui suivent le héros tout au long de sa vie.

Ce livre respire, sent, émane et s’empare des odeurs qu’il cotoie. Tout n’est que parfums, substances, mélanges hétéroclites, puanteurs irrespirables, paradis olfactif… tout se croise, s’entortille. Au-delà des odeurs singulières, l’auteur nous met en abyme les éléments clefs de la vie terrestre d’un humain, en suivant la progression des odeurs. De l’étal puant de poisson pù naît le nourrison au souffle clair qui émane de la montagne lors de l’enfance, à l’extase de la vie adolescente avec l’attrait des jeunes filles, pour finir sur l’odeur étriqué et vieillot de la fin d’une vie… Patrick Süskind ressuscite les odeurs en les assimilant à l’avancement de son protagoniste. Un bel enseignement didactique, tout en finesse, poésie et sensualité, original dans son aspect olfactif, rempli d’imagination.

Pour rajouter une part d’action qui soit attrayante pour un large public, l’auteur y appose une série de meurtres mystérieux pour les personnages internes au roman, mais parfaitement perceptible par le lecteur – bien que peu compréhensible immédiatement. Il faudra attendre le dénouement du livre pour trouver réponse à toutes nos questions.

Le dénouement, très connu dans le milieu littéraire, est exceptionnel, inattendu, et renforce la force de créativité de ce maître Allemand. Une plume toute en volupté, en senteurs, légère et aérienne, qui se laisse lire et entraîne le lecteur dans le torrent de péripéties qui surviennent. On ne peut pas s’ennuyer, tout s’enchaîne, la vie de Grenouille bascule d’un chapitre à l’autre, aucune stagnation, rien de barbant.

Pour ceux qui ne l’auraient pas déjà fait, je vous conseille vivement de lire ce livre. Très facilement compréhensible, c’est un régal à découvrir, qui tranche avec tous les livres écrit jusqu’à maintenant. Un sujet qui sort de l’ordinaire, un héros ambigu, une histoire attrayante, qui envoûte autant qu’elle choque. Un flot d’émotions aussi intenses que la senteur parfumée qui s’échappe des pages.

Ma note : 7,5/10
Littérature allemande·Littérature jeunesse

Good bye Berlin

Good bye Berlin de Wolfgang Herrndorf
328 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 6,90€

 

Résumé : C’est parce que Maik et Tschick sont les seuls à ne pas être invités à l’anniversaire de Tatiana, qu’ils décident de partir en voiture vers Valachie, plein sud. Le soleil donnera la direction. S’il pleut ? Ils verront bien. Tschick, l’immigré russe, au volant, Maik, le fils de bonne famille, à ses côtés. Ils ont quatorze ans. C’est parti pour un road trip ! Les deux garçons vont plonger dans des situations cocasses, croiser des personnagesextravagants.se perdre dans des paysages irréels. Leur bonne humeur indéfectible transforme le voyage en une odyssée joyeuse et burlesque. Ce livre nerveux, qui joue des déchirements de la jeunesse, est animé par un profond esprit de tendresse et d’optimisme. Un livre heureux, qui rend heureux.

Extraits : « Faut bien vous mettre un truc en tête, mes mignons, a-t-il dit enfin. Tout est absurde. Tout. Même l’amour. Carpe diem. »
« Il n’y a pas grand-chose que tu puisses apprendre de ta mère. Mais il y en a quand même deux : premièrement, on peut parler de tout. Deuxièmement, t’en as rien à foutre de ce que les autres pensent. »

Mon avis : Voici un roman Allemand bien sympathique, mais que j’ai quand même failli abandonner plus d’une fois.

Le narrateur est interne ; c’est un jeune garçon Allemand, encore au collège, qui raconte les grands événements de sa vie d’un ton enfantin, avec un style particulier qui peut paraître déroutant. Pour ma part, je n’ai pas accroché à la manière dont est racontée l’histoire. Maik, le protagoniste et narrateur interne a tendance à mélanger des bribes d’histoires, à s’embrouiller dans ses descriptions et à divaguer facilement sur d’autres sujets. De plus, il utilise par moment un langage grossier et vulgaire, qui peut choquer le lecteur. Ce jeune homme, pourtant bien élevé, bien éduqué, se retrouve ami avec Tschick, un russe, qui l’embarque dans de folles aventures et arrive à facilement l’influencer. En effet, le protagoniste, de part son jeune âge, se laisse berner par son ami, tenter par l’aventure, et voit sa personnalité déteindre sur celle de Tschick.

Les deux amis, en vacances scolaires, se lancent dans un road trip irresponsable, totalement délirant, sans queue ni tête. Ils errent sur les routes, font des rencontres insoupçonnées, découvrent des lieux improbables. On les retrouve à la fin de leur voyage, changés, comme s’ils avaient grandis durant leur laps de temps d’errance.

J’avoue que je n’ai pas vraiment accroché au livre et que l’idée d’abandonner ce roman m’a prit à plusieurs reprises. Néanmoins, m’attendant à chaque chapitre à un revirement inattendu de la situation, j’ai continué ma lecture. Ce n’est pas un livre extraordinaire, il est plutôt passe partout, agréable à lire mais pas irremplaçable.

Si vous cherchez une lecture loufoque, décalée, drôle, écrit dans un style léger, facile à lire… venez lire ce roman !

Ma note : 5/10
Autobiographie·Littérature allemande·Témoignage

Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…

Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… de Christiane F
342 pages, éditions Folio

 

Résumé :Ce livre terrible a connu un retentissement considérable en France et dans toute l’Europe. Ce que raconte cette jeune fille sensible et intelligente, qui, moins de deux ans après avoir fumé son premier «joint», se prostitue à la sortie de l’école pour gagner de quoi payer sa dose quotidienne d’héroïne, et la confession douloureuse de la mère font de Christiane F. un livre sans exemple. Il nous apprend beaucoup de choses, non seulement sur la drogue et le désespoir, mais aussi sur la détérioration du monde aujourd’hui.

Extraits : « Je suis formidable quand il s’agit des problèmes de autres. Il n’y a que les miens dont je ne viens pas à bout.  »
« Les écoles sont pareilles à de grandes usines où règnent l’anonymat, la solitude morale, et une concurrence acharnée et brutale.  »

Mon avis : Je viens de me prendre un coup de poing monumental, à cataloguer parmi les plus dévastateurs, les plus cruels et horribles de tous les temps. Imaginer que cette histoire s’est parfaitement déroulée dans la vie réelle, se représenter en chair et en os les personnages, leurs comportements, leurs actions et leurs paroles… c’est aussi bouleversant qu’attristant, aussi surprenant que terrifiant.

Christiane F. fait ici preuve de courage en couchant sur papier les instants les plus noirs de son existence. Elle dévoile au reste du monde les attraits dégradants de son quotidien, détaille et commente avec émotions les événements de ses 13 ans et leurs conséquences.

Le livre suit un tracé descendant, comme un couloir sombre menant au fin fond du gouffre béant du domaine de la drogue et/ou de la prostitution. Par un phénomène de cause à effet, la narratrice se retrouve plongée entièrement dans un contexte oppressant, tel un cercle vicieux, infernal et insoutenable, dans le monde des toxicos et des prostitués, où la sortie est quasiment introuvable.

La vie de Christiane est loin d’être ordinaire. Bien loin des conventions et des traditions enfantines que chacun peut accorder à une fillette de 13 ans, notre protagoniste est subitement au cœur d’un trafic de drogue, dans un réseau de prostitution, à fumer, sniffer, coucher et boire à qui mieux mieux. Sous ses apparences de fille banale, se cache un corps meurtri, agressé et violenté par les produits illicites. Mal vu et souvent effrayant, ce genre de milieu n’attire pas les habitants moyens. Comment aurait-on pu supposer qu’un cœur simple et sensible comme celui de Christiane puisse se retrouver lier à seulement 13 années à un tel rouage ?

Pourtant, force est de constater que la détermination à se sortir de cet engrenage est bien présent. Malheureusement, au stade de dépendance extrême dans lequel est arrivé la jeune fille, la sortie est obstruée et difficile d’accès. Aidée par sa mère, puis par son père, ils abandonnent finalement l’idée de sauver leur fille, usés et abîmés par les semaines de douleurs et de souffrances que leur a indirectement fait vivre Christiane.

Après l’abandon prématuré des parents de Christiane, c’est au tour des médecins et des centres spécialisés de tenter leur chance pour sauver la jeune fille avant la prise ultime. Là encore, l’échec est cuisant, la dépendance est trop présente, et prouve jusqu’où la protagoniste est prête à aller pour récolter sa dose quotidienne de drogue.

Quoique très brefs, des liens se créent entre les bandes de toxicos drogués. Christiane F. exploite avec émotions les rencontres avec Stella, Henri ou plus intimement, avec son copain, lui-même enrôlé dans la bataille contre la drogue.

Le monde hors du commun que nous fait découvrir la narratrice est presque hors du temps tellement il est lugubre, froid et différent des lieux où je me rends habituellement. Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… est entièrement plongé dans le noir, et ne dévoile pas une once de luminosité susceptible d’éclairer les ruelles ou recoins des actions.

Horrifiante, triste et surnaturelle période d’adolescente de Christiane, jeune droguée se prostituant pour se payer ses doses. Il y a peu de temps, un nouveau roman intitulé Moi, Christiane F., la vie malgré tout… est sorti, présentant les années qui ont suivis ces quelques années de noir extrême. Une suite que je lirai certainement, seulement pour pouvoir satisfaire ma curiosité. En tout cas, ne pas s’attaquer à de tels récits si votre cœur n’est pas bien accroché !

Ma note : 9,5/10