Le Sourire des femmes


Le Sourire des femmes de Nicolas Barreau

329 pages, éditions Le Livre de Poche, à 7,10€


Résumé : Le hasard n’existe pas ! Aurélie, jeune propriétaire d’un restaurant parisien, en est convaincue depuis qu’un roman lui a redonné goût à la vie. À sa grande surprise, l’héroïne du livre lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Intriguée, elle tente d’entrer en contact avec l’auteur, un énigmatique collectionneur qui vit reclus dans son cottage. Qu’à cela ne tienne, elle est déterminée à faire sa connaissance ! Une comédie romantique avec un soupçon de magie et un zeste d’enchantement.


Extraits : « L’année dernière, en novembre, un livre m’a sauvé la vie. Je sais que cela semble très peu vraisemblable. Certains pourraient trouver extravagant ou mélodramatique que je dise ce genre de chose. Malgré tout, c’est précisément ce qui s’est passé. »

« Les années ne signifient rien. Seul compte ce que tu en fais.« 


Mon avis : Une comédie romantique légère et enivrante, voilà bien le genre de lecture qu’il me fallait en ces temps sombres de confinement !

Aurélie est une jeune propriétaire d’un restaurant parisien. Un beau jour, son compagnon, Claude, lui laisse un mot de rupture, qui va l’anéantir. Pour se consoler, elle déambule dans Paris et échoue dans une librairie, où, sous les recommandations du librairie, elle repart avec un livre feel good, « Le Sourire des femmes ». Hasard ou coïncidence, ce roman, qui se passe à Paris, met en scène son restaurant et une protagoniste qui lui ressemble étrangement. Voyant dans cette coïncidence un signe du destin, Aurélie va écrire une lettre à l’auteur, Robert Miller, lui disant tout le bien que son livre lui a procuré et l’invitant à dîner dans son restaurant. Sauf que Robert Miller n’existe pas réellement, c’est un personnage inventé de toute pièce par l’éditeur, André Chabanais. Comment Aurélie va-t-elle réagir en apprenant ce mensonge ?

J’ai dévoré ce livre en une seule après-midi. C’est le genre de lecture printanière, au style d’écriture légère, fluide et rythmée qui m’emporte et me fait du bien. Le scénario est original, bien qu’un peu surjoué et irréaliste, on se prend quand même au jeu. Les personnages sont attachants, un peu naïfs parfois, mais on ressent de la compassion et l’empathie envers eux.

Je regrette néanmoins que la romance ne soit pas plus développée. On ne peut même pas parler d’histoire d’amour entre Aurélie et le personnage masculin, puisqu’elle ne reste qu’à son état embryonnaire, superficielle, fictive, peu crédible. Seuls les quelques chapitres finaux mettent en scène l’effusion romantique telle que je l’attendais durant l’ensemble de ma lecture.


Le Sourire des femmes est une comédie romantique qui fait du bien, grâce à laquelle on passe un agréable moment de lecture aux côtés de personnages sympathiques. Je n’en garderais pas un souvenir impérissable, mais j’ai apprécié la légèreté de l’histoire, qui m’a apporté gaieté et sourire.

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-253-09981-9
Traducteur : Sabine Wyckaert-Fetick

Le liseur


Le liseur de Bernhard Schlink

242 pages, éditions Folio, à 6,10€


Résumé : À quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d’une femme de trente-cinq ans dont il devient l’amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l’un de leurs rites consiste à ce qu’il fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard; Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l’insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais.
Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit « Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération (…) que j’aurais moins bien su camoufler que les autres ? »


Extraits : « Quelles périodes magiques que les périodes de maladie, dans l’enfance et la jeunesse ! Le monde extérieur, le monde des loisirs – dans la cour ou le jardin, ou dans la rue – ne parvient que par des bruits assourdis jusque dans la chambre du malade. Il y foisonne au contraire un monde d’histoires et de personnages, ceux des lectures. La fièvre, qui estompe les sensations et aiguise l’imagination, fait de la chambre un espace nouveau, à la fois familier et étrange ; des monstres grimacent dans les dessins du rideau et de la tapisserie, et les chaises, les tables, les étagères et l’armoire se dressent comme des montagnes, des bâtisses ou des navires, à la fois proches à les toucher et très éloignés. »

« Quand nous nous ouvrons
toi à moi et moi à toi,
quand nous plongeons
en moi toi et moi en toi,
quand nous mourons
toi moi en moi toi en.

Alors
je suis moi
et tu es toi. »


Mon avis : Après de nombreuses années à entendre parler de ce roman, je me suis enfin décidée à le découvrir à mon tour. J’ai sauté dans l’inconnu aux côtés de Mickaël, un jeune lycéen de quinze ans, qui, par le hasard de la vie, fait la rencontre d’Hanna, de vingt ans son aînée. Une relation passionnelle, fusionnelle, surprenante mais forte va naître entre ces personnages. Leurs rendez-vous sont intenses, leur attachement bien réel, Mickaël va découvrir la vie, sexuelle, intime, amoureuse aux côtés d’Hanna. Très vite, cette dernière lui réclame des lectures, qui deviendront un rituel immuable entre eux deux : Mickaël lit des livres et Hanna écoute avec avidité. Ils sont pleinement épanouis et heureux, jusqu’au jour où tout bascule : Hanna s’enfuit, le laissant seul, désarçonné, perdu. Ce n’est que plusieurs années plus tard que leur chemin se recroisera, dans une cour d’assise, où Hanna est jugée coupable d’avoir été surveillante dans des camps de concentration de juifs en Allemagne.

Image tirée du film The Reader

Le liseur est découpé en trois parties distinctes : la première concerne la vie avant le procès, au temps où Mickaël et Hanna étaient heureux et insouciants. La seconde partie est centrée sur le procès d’Hanna, tandis que la dernière nous raconte ce qui se passe une fois le procès terminé. Ces trois parties distinctes nous montrent trois visages différents d’Hanna. Tantôt câline, pudique, mystérieuse dans la première partie, elle devient froide, brutale, déterminée dans la seconde, puis se renferme complètement dans la dernière.

Il faut dire que Mickaël, comme nous, lecteurs, n’aurions jamais pu imaginer ce qu’Hanna avait fait dans le passé. Comme quoi, les apparences sont souvent trompeuses. Avant d’être la jeune femme rangée, moderne et décomplexée du présent, Hanna a été surveillante dans des camps de concentration de juifs en Allemagne, durant la Seconde guerre mondiale. Sous les directives des nazis, elle avait pour rôle était de maintenir l’ordre, de s’assurer du bon fonctionnement des camps et du travail des juifs emprisonnés, mais surtout, elle devait, chaque semaine, désigner les juifs les plus faibles pour les envoyer dans les chambres à gaz. Ainsi, elle a été spectatrice de ces massacres de masse et des violences engendrées par les hommes sur les juifs. De part sa non-intervention et sa passivité face à ces comportements brutaux et inhumains, Hanna, comme toutes les autres surveillantes féminines, ont participé à ces tueries ainsi qu’à la radicalisation des comportements.

Au vu de la thématique dramatique abordée, j’aurais escompté être un minimum touchée par cette histoire. Malheureusement, à mon grand désarroi, j’ai lu ce roman sans ressentir d’émotions particulières ou d’empathie envers les personnages. L’histoire d’Hanna ne m’a pas touchée : son passé violent me l’ont sans doute rendue inhumaine. Face aux actes barbares perpétrés durant l’Holocauste, viennent ensuite les questions des remords, du regret, de la honte, du pardon, de la culpabilité. Après avoir commis de tels actes, comment se sent-elle, que ressent-elle, arrivera-t-elle à reprendre une vie normale, quid de ce passé meurtrier ? On peut également se placer à la place de Mickaël et se demander : arrivera-t-il à passer outre son passé ? À lui pardonner ? Doit-il dissocier ses actes et sa personne et continuer à l’aimer ? J’aurais aimé que les personnages s’ouvrent davantage de façon à nous livrer leurs ressentis et sentiments. De ce point de vue là, je les ai trouvé trop froid, factuel, me laissant totalement de marbre.

J’ai quand même été touchée par la relation naissante entre nos deux protagonistes, et particulièrement par le personnage de Mickaël. Celui-ci, très attaché à cette femme, pourtant de 20 ans son aînée, se cessera jamais de l’aimer et de la chérir, au-delà de tout ce qu’à pu faire Hanna. Son amour, sincère et pur m’a ému. J’aurais souhaité que Bernhard Schlink développe davantage la relation si particulière qui s’est créée entre nos deux protagonistes, de façon à nous toucher encore plus. Je pense que c’est leur histoire d’amour si particulière qui aurait pu me faire couler quelques larmes… Pour ne pas vous mentir, en visionnant la bande-annonce de l’adaptation cinématographique, mon coeur s’est serré à la vue du personnage de Mickaël joué par Ralph Fiennes, qui évoque l’innocence et la candeur de la jeunesse.

Le liseur a été adapté au cinéma en 2009 sous le titre « The reader ». Le personnage d’Hanna était interprété par la célèbre Kate Winslet, qui reçue de nombreux prix pour son rôle. Malgré un accueil mitigé du film, je pense me laisser tenter et le visionner, pour prolonger cette parenthèse historique et romantique si particulière.


Le liseur commence par une belle histoire d’amour pour enchaîner sur une tragédie historique. Je n’ai pas compris le très grand engouement pour ce récit, que j’ai parcouru sans émotions. L’écriture est plate, les personnages trop froids, le message semble bon, mais il manque de développement !

Ma note : 6,5/10

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Le charme discret de l’intestin


Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders

349 pages, éditions Actes Sud, à 21,80€


Résumé : Giulia Enders, jeune doctorante et nouvelle star allemande de la médecine, rend ici compte des dernières découvertes sur un organe sous-estimé. Elle explique le rôle que jouent notre “deuxième cerveau” et son microbiote (l’ensemble des organismes l’habitant) dans des problèmes tels que le surpoids, la dépression, la maladie de Parkinson, les allergies…
Illustré avec beaucoup d’humour par la sœur de l’auteur, cet essai fait l’éloge d’un organe relégué dans le coin tabou de notre conscience. Avec enthousiasme, Giulia Enders invite à changer de comportement alimentaire, à éviter certains médicaments et à appliquer quelques règles très concrètes pour faire du bien à son ventre.
Véritable phénomène de librairie, Le Charme discret de l’intestin s’est vendu à 950 000 exemplaires en Allemagne et sera publié dans 26 pays.


Extraits  « Enfin, qui n’a jamais songé, le coeur gros : « Personne ne m’aime », alors que ce coeur, justement, entamait sa dix-sept-millième journée de travail de vingt-quatre heures – et aurait bien raison, en entendant ça, de se sentir un peu négligé ? »

« J’en conviens, un rot ou un pet n’ont peut-être rien de très raffiné, mais sachez-le : les mouvements qui les induisent sont aussi élégants que ceux d’une danseuse étoile. »


Mon avis : Il est toujours intéressant de découvrir ce qui se passe dans notre ventre.

Giulia Enders, étudiante en médecine, s’intéresse très vide à la gastroentérologie, c’est-à-dire tout ce qui touche le système digestif et ses maladies. Pour démocratiser cette thématique et permettre à un plus grand nombre d’apprendre à connaître le système digestif, elle décide d’écrire Le charme discret de l’intestin, son premier essai, qu’elle veut ludique et enrichissant.

Le livre se découpe en plusieurs chapitres distincts, qui traitent tous d’un sujet précis, comme par exemple Allergies, sensibilités et intolérances, La tête et le ventre, ou encore Le système immunitaire et les bactéries. Ces découpages thématiques m’ont permis de cibler les chapitres qui allaient m’intéresser plus particulièrement, comme Les allergies et autres sensibilités et intolérances, et ainsi sauter ceux qui ne m’intéressaient pas.

L’auteure arrive à évoquer ces sujets, mondialement réputés comme ennuyeux et trop difficiles à comprendre, d’une manière simple et accessible. Grâce à une plume concise et à un large sens de l’humour, elle arrive à capter l’attention des lecteurs et à leur raconter l’histoire du système digestif. On ressort de cette lecture grandie, avec des savoirs supplémentaires sur cet organe mal-aimé, mais pourtant indispensable à notre corps.

Ces chapitres sont accompagnés de quelques illustrations, dessinées par la soeur de l’auteure, Jill Enders. Elles apportent plus de légèreté au récit et sont sympathiques à découvrir. Petite anecdote concernant le dessin de droite qui se trouve ci-dessous : l’auteure nous donne une astuce pour remédier au blocage de l’intestin : la méthode de la balançoire. Testée et approuvée !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Un livre instructif, qui permet d’apprendre à connaître son corps et plus particulièrement le fonctionnement de son système digestif. Bien loin du jargon médical classique, Giulia Enders démocratise la thématique grâce à une écriture ludique et accessible.   

 

28 jours


28 jours de David Safier

412 pages, éditions Presses de la cité, à 21,50€


Résumé : Mira, seize ans, passe de la nourriture en fraude pour survivre dans le ghetto. Lorsqu’elle apprend que toute la population juive est condamnée, elle décide de rejoindre les combattants de la Résistance. Aux côtés de Daniel, Ben, Amos, et tous ces jeunes gens assoiffés de vivre, elle tiendra longtemps tête aux SS, bien plus longtemps que quiconque aurait pu l’imaginer. En tout, 28 jours. 28 jours pendant lesquels Mira connaîtra des moments de trahison, de détresse et de bonheur. 28 jours pendant lesquels elle devra décider à qui appartient son coeur. 28 jours pour vivre toute une vie. 28 jours pour écrire son histoire.
Fils de déportés juifs, David Safier revient sur la pire tragédie du xxe siècle en mêlant la petite à la grande histoire. Si l’auteur de comédies désopilantes a changé de registre, il n’a rien perdu de son ambition : confronter le lecteur aux grands questionnements de l’existence en l’arrachant au confort de son quotidien. Avec ce roman d’initiation bouleversant et humaniste, basé sur des événements authentiques, c’est chose faite.


Extraits  « Elle voulait chasser la cendre de son corps, mais elle avait beau tousser, elle n’y parvenait pas. Parce que les morts n’étaient pas dans ses poumons, ils étaient dans sa tête. Pour toujours. »

« Oui, nous avions compris. Mon père savait maintenant qu’on ne pouvait se fier à aucune règle décidée par les Allemands. Saluer, ne pas saluer, c’était pareil, la règle était toujours fixée de façon à leur permettre de nous tourmenter. »


Mon avis : Je tenais à remercier Babelio de m’avoir permis de remporter ce titre lors d’une édition Masse Critique. Grâce à eux, j’ai pu me plonger, le temps de quelques jours, dans une histoire aussi intense qu’atroce.

Retour dans les années 1942, où la guerre fait rage et le monde se déchire. Mira, une jeune adolescente de 16 ans, est condamnée à l’enfermement dans le ghetto de Varsovie. Elle est accompagnée de sa petite soeur Hannah, et de sa maman, qui a légèrement perdue la raison. Pour pouvoir sauver sa famille d’une condamnation certaine aux camps de la mort, Mira décide de rejoindre la Résistance. Elle va faire la rencontre de jeunes tout aussi téméraires qu’elle, et tous vont se battre contre les SS pour sauver leur peau et celle de leur peuple.

Mira, notre protagoniste, est exceptionnelle, tant dans sa façon d’être que dans sa façon de penser et de voir la vie. Elle se montre courageuse, vaillante et pleine de fougue. C’est un bout de jeune femme à part entière, qui est un véritable exemple de persévérance, de ténacité mais surtout de loyauté. Elle est prête à sacrifier sa vie pour celle des personnes qu’elle aime et ça, c’est quelque chose de très fort. J’ai beaucoup de respect pour cette jeune fille, à la fois solide combattante et fragile petite fille.

Durant 28 jours, Mira va se battre aux côtés des jeunes de la Résistance, avant de retrouver la liberté. 28 jours, cela paraît court à nos yeux, mais se révèle horriblement long pour ces jeunes, qui se battent sans relâche, sans cesse sur le qui-vive et qui n’ont aucune certitude de se réveiller vivant un jour de plus. Dans ce ghetto de Varsovie, tout n’est que chaos : les SS attrapent tous les juifs pour les emmener dans les trains, qui les déporteront dans les chambres à gaz. Pour arriver à leurs fins, ils usent de stratagèmes tous plus affreux les uns que les autres : ils brûlent les maisons pour contraindre les juifs à se rendre, ils abusent du mensonge mais surtout de leurs armes.

Ghetto de Varsovie, 1944. Les SS détruisent les habitations pour contraindre les juifs à se rendre. Ghetto de Varsovie, 1944.
Les SS détruisent les habitations pour contraindre les juifs à se rendre.

David Safier arrive à nous faire pénétrer dans le ghetto, en nous décrivant avec réalisme les lieux et l’atmosphère étouffante qui s’en dégage. Je peux vous affirmer que c’est une véritable expérience de vie : j’ai eu l’impression d’être aux côtés de ces jeunes, à me battre moi aussi pour ma survie. C’est quelque chose d’intense et à la fois de très émouvant. Sans rien vous cacher, mais surtout pour ne pas surprendre les personnes à l’âme sensible, sachez que vous croiserez beaucoup de morts durant votre lecture. Des personnes mortes pour rien, à cause du desiderata d’un tyran sans coeur.


28 jours, c’est une lecture dynamique, intense, et très émouvante. David Safier nous plonge dans les affres de la Seconde guerre mondiale, aux côtés de jeunes, engagés dans la Résistance pour la survie de leur peuple. Et vous, quelle sorte d’être humain auriez-vous été ? 

Ma note : 9/10

 

Le parfum

Le parfum de Patrick Süskind
310 pages, éditions France Loisirs

Résumé : L’histoire abominable et drolatique de Jean-Baptiste Grenouille a déjà fait rire et frémir, en quelques mois, des centaines de milliers de lecteurs allemands et italiens. La voilà, en somme, réimportée en France, puisque c’est ici qu’elle se passe, à Paris et en Provence, en plein XVIII siècle.

Ce vrai roman, ce roman d’aventures, est aussi un merveilleux conte philosophique à la Voltaire. Il y est d’ ailleurs beaucoup question d’essences…

« Car l’odeur était sœur de la respiration. Elle pénétrait dans les hommes en même temps que celle-ci ; ils ne pouvaient se défendre d’elle, s’ils voulaient vivre. Et l’odeur pénétrait en eux jusqu’à leur cœur et elle y décidait catégoriquement de l’inclinaison et du mépris, du dégoût, de l’amour et de la haine. Qui maîtriserait les odeurs maîtrisait le cœur des hommes. »

Extraits : « Qui maîtrisait les odeurs maîtrisait le coeur des hommes. »
« Jusque-là, il avait toujours cru que c’était le monde en général qui le contraignait à se recroqueviller. Mais ce n’était pas le monde, c’étaient les hommes. Avec le monde, apparemment, le monde déserté par les hommes, on pouvait vivre.« 

Mon avis : Que celui qui ne connaît pas, ou du moins qui n’a jamais entendu parler de Jean-Baptiste Grenouille se dénonce ! Ce personnage au nom atypique se retient facilement et ne passe pas inaperçu. Qualifié de chef-d’oeuvre, de livre incontournable et classique, Le parfum n’est pas à glisser entre toutes les mains, mais à découvrir à un respectable. Il y a quelques années de celà, je m’étais aventurée à lire Le roman du parfum de Pascal Marmet, livre qui tire plus sur l’encyclopédie du parfum à travers le cinéma qu’un roman à proprement parlé, qui m’avait laissé sur une note amère de déception. Je rechignais donc à débuter ce grand classique ; mais prêté par mon copain, j’ai eu une occasion rêvée de le découvrir et de m’en faire mon propre avis dessus.

Plébiscité par la critique, par les lecteurs, mêmes contemporains, Le parfum intrigue par son titre vague, sa couverture érotique et son résumé pétrifiant. Un mélange des genres qui détonent aux premiers abords. Mais ne vous fiez pas à la complexité du mixte, ou au banal résumé présenté ; Patrick Süskind, doté d’une imagination et d’une créativité sans borne vous réserve bien des surprises plus surprenantes les unes ques les autres.

Un héros aux dimensions originales, parculièrement mystérieux. Ce personnage peut faire rire autant qu’attrister, il peut effrayer autant qu’attirer. Inssaisissable, une ombre continuelle le poursuit, qui donne une sensation d’impossible compréhension du personnage. Le peu de dialogue renvoie à un homme primitif, sauvage, coupé du monde, aux bords de la société, avec l’impossibilité de communiquer.

L’action va en s’aggrandissant, en suivant l’évolution du protagoniste Jean-Baptiste Grenouille. De sa naissance à sa mort, le lecteur se verra plongé dans la vie sulfureuse, détonante et emplie de parfums, senteurs ou odeurs pestilentielles qui suivent le héros tout au long de sa vie.

Ce livre respire, sent, émane et s’empare des odeurs qu’il cotoie. Tout n’est que parfums, substances, mélanges hétéroclites, puanteurs irrespirables, paradis olfactif… tout se croise, s’entortille. Au-delà des odeurs singulières, l’auteur nous met en abyme les éléments clefs de la vie terrestre d’un humain, en suivant la progression des odeurs. De l’étal puant de poisson pù naît le nourrison au souffle clair qui émane de la montagne lors de l’enfance, à l’extase de la vie adolescente avec l’attrait des jeunes filles, pour finir sur l’odeur étriqué et vieillot de la fin d’une vie… Patrick Süskind ressuscite les odeurs en les assimilant à l’avancement de son protagoniste. Un bel enseignement didactique, tout en finesse, poésie et sensualité, original dans son aspect olfactif, rempli d’imagination.

Pour rajouter une part d’action qui soit attrayante pour un large public, l’auteur y appose une série de meurtres mystérieux pour les personnages internes au roman, mais parfaitement perceptible par le lecteur – bien que peu compréhensible immédiatement. Il faudra attendre le dénouement du livre pour trouver réponse à toutes nos questions.

Le dénouement, très connu dans le milieu littéraire, est exceptionnel, inattendu, et renforce la force de créativité de ce maître Allemand. Une plume toute en volupté, en senteurs, légère et aérienne, qui se laisse lire et entraîne le lecteur dans le torrent de péripéties qui surviennent. On ne peut pas s’ennuyer, tout s’enchaîne, la vie de Grenouille bascule d’un chapitre à l’autre, aucune stagnation, rien de barbant.

Pour ceux qui ne l’auraient pas déjà fait, je vous conseille vivement de lire ce livre. Très facilement compréhensible, c’est un régal à découvrir, qui tranche avec tous les livres écrit jusqu’à maintenant. Un sujet qui sort de l’ordinaire, un héros ambigu, une histoire attrayante, qui envoûte autant qu’elle choque. Un flot d’émotions aussi intenses que la senteur parfumée qui s’échappe des pages.

Ma note : 7,5/10