Littérature allemande·Roman·Seconde guerre mondiale

28 jours


28 jours de David Safier

412 pages, éditions Presses de la cité, à 21,50€


Résumé : Mira, seize ans, passe de la nourriture en fraude pour survivre dans le ghetto. Lorsqu’elle apprend que toute la population juive est condamnée, elle décide de rejoindre les combattants de la Résistance. Aux côtés de Daniel, Ben, Amos, et tous ces jeunes gens assoiffés de vivre, elle tiendra longtemps tête aux SS, bien plus longtemps que quiconque aurait pu l’imaginer. En tout, 28 jours. 28 jours pendant lesquels Mira connaîtra des moments de trahison, de détresse et de bonheur. 28 jours pendant lesquels elle devra décider à qui appartient son coeur. 28 jours pour vivre toute une vie. 28 jours pour écrire son histoire.
Fils de déportés juifs, David Safier revient sur la pire tragédie du xxe siècle en mêlant la petite à la grande histoire. Si l’auteur de comédies désopilantes a changé de registre, il n’a rien perdu de son ambition : confronter le lecteur aux grands questionnements de l’existence en l’arrachant au confort de son quotidien. Avec ce roman d’initiation bouleversant et humaniste, basé sur des événements authentiques, c’est chose faite.


Extraits  « Elle voulait chasser la cendre de son corps, mais elle avait beau tousser, elle n’y parvenait pas. Parce que les morts n’étaient pas dans ses poumons, ils étaient dans sa tête. Pour toujours. »

« Oui, nous avions compris. Mon père savait maintenant qu’on ne pouvait se fier à aucune règle décidée par les Allemands. Saluer, ne pas saluer, c’était pareil, la règle était toujours fixée de façon à leur permettre de nous tourmenter. »


Mon avis : Je tenais à remercier Babelio de m’avoir permis de remporter ce titre lors d’une édition Masse Critique. Grâce à eux, j’ai pu me plonger, le temps de quelques jours, dans une histoire aussi intense qu’atroce.

Retour dans les années 1942, où la guerre fait rage et le monde se déchire. Mira, une jeune adolescente de 16 ans, est condamnée à l’enfermement dans le ghetto de Varsovie. Elle est accompagnée de sa petite soeur Hannah, et de sa maman, qui a légèrement perdue la raison. Pour pouvoir sauver sa famille d’une condamnation certaine aux camps de la mort, Mira décide de rejoindre la Résistance. Elle va faire la rencontre de jeunes tout aussi téméraires qu’elle, et tous vont se battre contre les SS pour sauver leur peau et celle de leur peuple.

Mira, notre protagoniste, est exceptionnelle, tant dans sa façon d’être que dans sa façon de penser et de voir la vie. Elle se montre courageuse, vaillante et pleine de fougue. C’est un bout de jeune femme à part entière, qui est un véritable exemple de persévérance, de ténacité mais surtout de loyauté. Elle est prête à sacrifier sa vie pour celle des personnes qu’elle aime et ça, c’est quelque chose de très fort. J’ai beaucoup de respect pour cette jeune fille, à la fois solide combattante et fragile petite fille.

Durant 28 jours, Mira va se battre aux côtés des jeunes de la Résistance, avant de retrouver la liberté. 28 jours, cela paraît court à nos yeux, mais se révèle horriblement long pour ces jeunes, qui se battent sans relâche, sans cesse sur le qui-vive et qui n’ont aucune certitude de se réveiller vivant un jour de plus. Dans ce ghetto de Varsovie, tout n’est que chaos : les SS attrapent tous les juifs pour les emmener dans les trains, qui les déporteront dans les chambres à gaz. Pour arriver à leurs fins, ils usent de stratagèmes tous plus affreux les uns que les autres : ils brûlent les maisons pour contraindre les juifs à se rendre, ils abusent du mensonge mais surtout de leurs armes.

Ghetto de Varsovie, 1944. Les SS détruisent les habitations pour contraindre les juifs à se rendre. Ghetto de Varsovie, 1944.
Les SS détruisent les habitations pour contraindre les juifs à se rendre.

David Safier arrive à nous faire pénétrer dans le ghetto, en nous décrivant avec réalisme les lieux et l’atmosphère étouffante qui s’en dégage. Je peux vous affirmer que c’est une véritable expérience de vie : j’ai eu l’impression d’être aux côtés de ces jeunes, à me battre moi aussi pour ma survie. C’est quelque chose d’intense et à la fois de très émouvant. Sans rien vous cacher, mais surtout pour ne pas surprendre les personnes à l’âme sensible, sachez que vous croiserez beaucoup de morts durant votre lecture. Des personnes mortes pour rien, à cause du desiderata d’un tyran sans coeur.


28 jours, c’est une lecture dynamique, intense, et très émouvante. David Safier nous plonge dans les affres de la Seconde guerre mondiale, aux côtés de jeunes, engagés dans la Résistance pour la survie de leur peuple. Et vous, quelle sorte d’être humain auriez-vous été ? 

Ma note : 9/10

 

Littérature française·Seconde guerre mondiale

Le confident


Le confident de Hélène Grémillon

315 pages, éditions Folio


Résumé : Camille vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances, elle découvre un étrange courrier, non signé. Elle croit d’abord à une erreur mais les lettres continuent d’arriver, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend qu’elle n’est pas étrangère au terrible secret que cette correspondance renferme.

Dans ce premier roman sur fond de Seconde Guerre mondiale, Hélène Grémillon mêle de main de maître récit historique et suspense psychologique.

« Le confident » a obtenu cinq prix littéraires et été traduit en vingt-sept langues.


Extraits :  « Ce ne sont pas les autres qui nous infligent les pires déceptions, mais le choc entre la réalité et les emballements de notre imagination.« 

« Il faut toujours se souvenir de ce qu’on dit et à qui, sinon ça risque un jour de se retourner contre vous… »


Mon avisLe confident, c’est un livre plébiscité par de nombreux lecteurs amateurs et critiques professionnels. C’est le premier roman écrit par Hélène Grémillon, qui est entré sur la scène littéraire par un coup de maître : en remportant pas moins de 5 prix littéraires en un laps de temps réduit. Un palmarès impressionnant, qui laissait présager une histoire grandiose. C’est donc avec curiosité et excitation que j’ai ouvert la première page de ce récit.

Camille, éditrice, vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances, elle découvre un mystérieux courrier provenant d’un auteur anonyme, qui lui raconte une étrange histoire. Pensant d’abord à une erreur de destinataire, puis à un auteur qui souhaite faire lire ses écrits à une éditrice reconnue, Camille s’étonne de recevoir chaque semaine une nouvelle lettre, avec la suite de l’histoire narrée. Plus les semaines passent et plus l’histoire lui apparaît comme familière. Elle comprend rapidement que l’histoire racontée est en fait un bout de son histoire ; ou plutôt, l’histoire de sa véritable origine.

A travers une alternance de points de vue, on comprend que deux femmes se disputent la maternité d’une certaine Louise. L’une est sa mère biologique, l’autre sa mère adoptive. Il n’y a pas une méchante et une gentille mère, mais bien deux êtres humains, qui pensent différemment et ressentent des émotions contradictoires. Malgré leurs divergentes pensées, elles se confondent sur un point : le puissant amour qu’elles déversent à Louise.

En somme, Le confident, c’est surtout une histoire d’amours. Amour tendre d’une fille pour sa mère. Amour fou d’un homme pour une femme. Amour dévastateur d’une mère pour sa fille. Des émotions puissantes et poignantes, qui ne peuvent qu’émouvoir le lecteur. On se sent compatissant envers tous ces personnages ; on ne peut s’empêcher de se mettre à leur place et d’essayer de voir ce que l’on aurait fait, nous, si nous étions dans leur situation. Mais les sentiments échappent à la raison et ne se contrôlent pas, ils ne peuvent être dictés qu’avec le coeur. Pascal le disait si bien : « le coeur a ses raisons que la raison ignore« .

Toute l’histoire prend appui sur un arrière-fond historique : Paris est envahie par les soldats Allemands. Les populations fuient, les hommes français sont partis à la guerre, l’ennemi est à chaque coin de rue, tout le monde est aux aguets. Insérer un fond historique peut être intéressant, mais dans le cadre de cet histoire, je ne l’ai pas trouvé très pertinent. En effet, de mon point de vue, il n’a pas était assez exploité et n’a rien apporté de plus au récit initial : il n’est resté qu’une toile de fond vide, rendue accessoire par la puissance de l’intrigue.

Une intrigue qui se finit en queue de poisson : la fin m’a laissé songeuse. Je n’ai pas vraiment compris où voulait en venir l’auteure dans son dénouement. C’est une fin ouverte, énigmatique, qui donne l’impression d’une histoire inachevée… ou trop tôt terminée. Ce final restera un grand mystère…

 


Le confident, c’est l’histoire secrète de deux femmes, qui vouent un amour inconditionnel à la même petite fille. Un récit poignant, qui nous fait ressentir plus que jamais ce que signifie « l’amour maternel ». 

Ma note : 6,5/10

 

Roman·Saga familiale·Seconde guerre mondiale

La ferme du bout du monde


La ferme du bout du monde de Sarah Vaughan

444 pages, éditions Préludes, à 16,90€


Résumé : Cornouailles, une ferme isolée au sommet d’une falaise.
Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille et ses secrets.
1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu’à cet été 1943 qui bouleverse leur destin.
Eté 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l’a préparée à ce qu’elle y découvrira.
Deux été séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard ?


Extraits :  « Alors voilà ce que le chagrin vous faisait. Il vous autorisait à dire des choses que l’on garde habituellement pour soi.« 

« Cette maison est comme un aimant, elle ramène à elle ceux qui s’éloignent trop.« 


Mon avis : Quel livre… quelle histoire…! Pour être honnête, en débutant ma lecture, je ne m’attendais pas à autant aimer ce livre. Et puis, les pages passant et défilant à une allure folle, je me suis laissé doucement prendre au jeu des souvenirs, embarqué dans cette atmosphère familiale et conviviale.

Années 1939, en temps de guerre. Les parents de Will et d’Alice décident d’envoyer leurs enfants en Cornouailles, loin de la guerre. Ils trouvent refuge à Skylark, dans la ferme tenue par les parents de Maggie. Mais une idyllique naissante entre Will et Maggie va faire basculer la tranquillité des lieux.

2014. Maggie, maintenant une vieille dame, vit toujours à Skylard, avec sa fille Judith et son petit-fils Tom. Ils sont rapidement rejoint par Lucy, autre petit-fille de Maggie et soeur de Tom, qui fuit sa vie Londonienne pour venir se ressourcer à Skylark. Elle va découvrir que la ferme familiale est au bord de la faillite, et va tout faire pour tenter de changer la donner et redonner le sourire aux siens.

Notre histoire se forme donc avec deux temporalités combinées : d’abord en temps de guerre, alors que notre protagoniste Maggie n’est encore qu’une enfant ; puis dans le présent, lorsqu’elle est devenue une vieille dame. L’alternance des époques offre deux approches différentes de l’histoire, qui arrivent quand même à se compléter à ravir. Grâce à ces deux parties distinctes, notre esprit reforme pièce après pièce le puzzle formé par la vie de Maggie.

Tous les personnages regorgent de sympathie et de bienveillance. Ce sont tous des personnages très courageux, qui se battent pour les valeurs qu’ils incarnent et que leurs prédécesseurs incarnaient, ainsi que pour la sauvegarde de leur patrimoine commun. On s’attache très facilement à leurs personnalités ; Maggie et ses secrets, Lucy et ses doutes, Tom et sa pugnacité… chacun à sa façon arrivent à nous toucher.

Mais il n’y a pas que les personnages qui nous touchent. On est également obligé d’être charmé par le cadre paradisiaque dans lequel l’auteure fait évoluer ses personnages. Le nord de la Cornouailles, une ferme isolée, vers le bord des falaises, avec vue plongeante sur l’Atlantique. Le paysage décrit semble tellement somptueux, calme et reposant que ça m’a donné des envies de voyages.

Au coeur de cette magnifique carte postale, se dresse donc la ferme familiale Skylark, exploitation agricole qui passe de génération en génération. Grâce aux alternances temporelles qui structurent le récit, Sarah Vaughan nous montre sans détour la prospérité du domaine dans les années 1940, qui s’oppose à sa déchéance financière des années actuelles. Une comparaison qui met en lumière les problèmes auxquels doivent faire face les agriculteurs : déficits financiers, fatigues physiques et morales, manque de main d’oeuvre… qui rappelle à chacun la pénibilité et la dureté du travail à la ferme.

En fait, je pense que le fait que cette histoire m’ait autant plût tient sans doute de la délicatesse d’écriture de l’auteure. Car il y a une certaine poésie dans sa façon d’écrire, une certaine retenue aussi. Mais paradoxalement, cette pudeur dans l’écriture fait ressortir des émotions fortes, qui atteignent le lecteur en plein cœur. On est touchés par les problèmes (personnels ou professionnels) rencontrés par les protagonistes, on s’émeut de l’émouvante histoire passée et présente de Maggie, on compatis à sa tristesse, on essaie de comprendre, d’éclaircir certains points obscurs de sa vie. Tout engage le lecteur à se propulser dans l’histoire et à ressentir des émotions. Néanmoins, tout le récit a été d’une telle intensité narrative, que forcément, la révélation finale m’a semblé un brin trop simple ; elle aurait méritée d’être un tout petit peu plus développée. Mais ce jugement tient sans doute de mon chagrin d’être déjà arrivé au dénouement de l’histoire, alors que j’aurais souhaité prolonger davantage ce merveilleux moment…


La ferme du bout du monde est à lire idéalement pendant les vacances, pour passer un moment reposant, tout en s’évadant dans des contrées lointaines. Entre histoires d’amour, secrets inavoués, héritage familiale… cette saga familiale vous fera vivre mille émotions. C’est une merveilleuse lecture que je vous recommande chaudement. 

Ma note : 9/10
Littérature anglaise·Roman·Seconde guerre mondiale

L’ami retrouvé

L’ami retrouvé de Fred Uhlman
111 pages, éditions Folio junior

 

Résumé : Agé de seize ans, Hans Schwartz, fils unique d’un médecin juif, fréquente le lycée le plus renommé de Stuttgart. Il est encore seul et sans ami véritable lorsque l’arrivée dans sa classe d’un garçon d’une famille protestante d’illustre ascendance lui permet de réaliser son exigeant idéal de l’amitié, tel que le lui fait concevoir l’exaltation romantique qui est souvent le propre de l’adolescence. C’est en 1932 qu’a lieu cette rencontre, qui sera de courte durée, les troubles déclenchés par la venue de Hitler ayant fini par gagner la paisible ville de Stuttgart. Les parents de Hans qui soupçonnent les vexations que subit le jeune homme au lycée, décident de l’envoyer en Amérique, où il fera sa carrière et s’efforcera de rayer de sa vie et d’oublier l’enfer de son passé. Ce passé qui se rappellera un jour à lui de façon tragique.

Extraits : « Je savais qu’un million de soldats étaient morts à Verdun. Mais ce n’étaient là que des abstractions, des chiffres, des statistiques, des informations. On ne peut souffrir pour un million d’êtres. »
« Je puis me rappeler le jour et l’heure où, pour la première fois, mon regard se posa sur ce garçon qui allait devenir la source de mon plus grand bonheur et de mon plus grand désespoir. »

Mon avis : Initialement recommandé aux plus jeunes (comme le prouve l’édition dans laquelle j’ai lu le l’ouvrage), il est aussi abondamment lu et enseigné dans les écoles. L’ami retrouvé illustre simplement, dans une quantité restreinte de pages, l’idée générale de l’atmosphère qui découle de la Seconde Guerre mondiale. S’allie à ce thème (sur lequel les mots sont durs à se mettre en place), une douce amitié, originale et bouleversante, qui fera voir d’un autre oeil les terribles événements des années 40.

L’histoire débute dans une salle de classe, en Allemagne, à l’intérieur de l’illustre école renommée de Stuttgart, à l’orée du déclenchement de ce qui sera appelé plus tard la Grande guerre. Hans, jeune élève juif, solitaire et marginal, ne reste pas de marbre lors de l’arrivée d’un nouvel élève, si différent des autres, protestant, à la famille historique. Commence alors entre les deux adolescents une histoire d’amitié hors du commun, unique en son genre, qui sera rapidement mise à mal par l’arrivée d’Hitler en tant que chancelier en 1933.

Je tiens avant tout à dire et à appuyer sur le contenu partiel et vraisemblablement superficiel du récit. Bien que très intense, fluide et à la compréhension aisée, l’auteur est resté sur la couche supérieure de son thème, sans toutefois le développer. Une qualité néanmoins efficace, bien que destiné aux plus jeunes et partiellement approfondi.

Fred Uhlman attaque son roman en douceur, en présentant gentiment les différents acteurs de l’histoire, tout en appuyant sur les intérêts communs et ressemblances des deux adolescents. Puis l’histoire se dégrade, l’intrigue se met en place, comme une énigme lancée en avant. Pour continuer dans sa décadence, l’auteur fini par présenter les divergences idéologiques qui régissent les vies des deux « anciens amis ». Un déclin progressif, une descente vertigineuse, qui fait passer les personnages auréolés de bonheur au gouffre le plus sombre.

Les lieux, bien Allemands à en juger par le nombre de villes citées, l’atmosphère, assez pensante, fragile et noire, les mystères qui entourent l’histoire et les zones d’ombres du roman plongent radicalement le lecteur au centre de l’état d’esprit de cette guerre.

Il y ajoute de tristes bouleversements, en prenant l’exemple d’une amitié impossible, basée sur les différences raciales et familiales des deux enfants, emportés par la vague de l’époque, dépossédés de leur capacité de décision, contraint à se séparer. Un déchirant choix, qu’engendre l’histoire politique de cette époque.

Poétiquement formulé, l’auteur écrit avec honnêteté et sentiment la triste histoire de deux jeunes gens, victime de la Seconde guerre mondiale. Bien que la quantité ne fasse pas la qualité, un développement plus approfondi aurait permis une plus complète pénétration du contexte historique.
La petite bande-annonce postée ci-dessous, annonce une approche cinématographique plus humaine, centrée sur la relation entre les deux personnages, qui doit amplifier le tragique du livre. A voir, si possible.

Ma note : 6/10

 

Roman épistolaire·Seconde guerre mondiale

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows.
391 pages, éditions NiL à 19,00€

 

Résumé : Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet de roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un inconnu, natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil des lettres qu’elle échange avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis : un étrange club de lecture inventé pour tromper l’occupant allemand, le « Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ». De lettre en lettre, Juliet découvre l’histoire d’une petite communauté débordante de charme, d’humour, d’humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guenersey…

Extraits : « Avez-vous remarqué que, lorsque votre esprit est focalisé sur une personne, sa présence se manifeste partout où vous allez ? »
« Je n’ai aucune envie de me marier pour me marier. Passer le restant de mes jours avec un être à qui je n’aurais rien à dire, ou pire, avec qui je ne pourrais pas partager de silences ? Je n’imagine pas d’existence plus solitaire.« 

Mon avis : J’ai avalé ce livre, je l’ai lu d’une traite, je l’ai dévoré même, en un temps record !
Mon avis ne sera qu’un petit avis de plus parmi ces plus de 400 critiques qui sont maintenant postées de ce livre, sur Babelio. Néanmoins, ayant été choisi pour la lecture commune de décembre 2012, j’ai donc découvert ce livre, qui me faisait de l’oeil depuis pas mal de temps.
J’ai été bluffé, et particulièrement surprise par ce que j’ai découvert à travers ses lignes. Je ne m’attendais pas du tout à lire ce genre de récit.
Ce roman épistolaire est très bien construit, il se lit rapidement et facilement, mais surtout, il raconte une histoire vraie, l’Occupation Allemande de Guenersey pendant la seconde Guerre Mondiale.
L’histoire qui se déroule, racontée à travers les lettres des personnes vivants à Guenersey, est forte en émotions, elle est triste, puissante et horrifiante à la fois. L’horreur de certaines conditions de vie pendant la guerre fait peur à lire, la manière dont les hommes étaient traités est révoltante…
A la fin de ma lecture, je me suis dis « heureusement que Juliet a inscrit son nom et son adresse au verso de la couverture du livre qui, jadis, lui avait appartenu et que Dawsey a racheté. Sinon, toutes ces échanges de lettres n’auraient jamais eu lieu. »
Les différents personnages sont attachants, leurs caractères sont très variés les uns des autres, ils inspirent à la confiance, à la confidence.
Je suis vraiment rentré dans la vie des personnages et de l’histoire racontée. Ce roman est vraiment passionnant, génial, captivant, mais surtout, il fait preuve d’une originalité hors pair et d’un vrai et incroyable talent de la part de l’auteure.
Si vous n’avez jamais lu ce livre, je vous le conseille fermement. N’hésitez pas, vous ne le regretterez certainement pas !

 

Ma note : 9/10
Roman historique·Seconde guerre mondiale

Le sel de nos larmes

Le sel de nos larmes de Ruta Sepetys
479 pages, éditions Gallimard, collection Scripto
Résumé : Hiver 1945. Quatre adolescents. Quatre destinées.

Chacun né dans un pays différent.
Chacun traqué et hanté par sa propre guerre.
Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l’avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes…
Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhem Gustloff, un énorme navire promesse de liberté…

Inspirée par la plus grande tragédie de l’histoire maritime, Ruta Sepetys lève le voile sur une catastrophe scandaleusement occultée de la Seconde Guerre mondiale, qui a fait au moins six fois plus de victimes que le Titanic en 1912.

Extraits :  « La fille aveugle, elle, a des pansements sur les yeux. Qu’est-ce que les aveugles voient dans leurs rêves ? Est-il possible de rêver d’une fleur quand on n’en a jamais vu dans la réalité ? »
« Les chaussures racontent toujours l’histoire de leur propriétaire. »

Mon avis :  Je dois dire qu’en ce moment, les éditions Gallimard me surprennent. Après mon coup de coeur pour Le garçon au sommet de la montagne de John Boyne d’il y a une dizaine de jours, je viens d’être frappée par la foudre grâce à ce livre de Ruta Sepetys.

C’est un livre à quatre voix, dans lequel nous voyons plusieurs personnages qui se mêlent et s’entremêlent. Il y a tout d’abord la belle Joana, médecin et Lituanienne, rapatriée en Allemagne. Emilia, la petite fille enceinte, qui fuit sa Pologne natale pour ne pas périr. Florian, le mystérieux soldat, sauveur de la jeune Emilia. Et enfin Alfred, le bon soldat Allemagne, naïf et benêt. La Seconde guerre mondiale va rapprocher tous ses personnages, qui n’ont rien en commun, mais qui vont devoir se serrer les coudes pour survivre. Ils n’ont tous qu’un but : quitter cette terre de guerre pour embarquer sur le Wilhelm Gustloff.

Lors de mes précédentes lectures, j’avais déjà eu l’honneur de croiser Ruta Sepetys dans Big easy. Ce dernier ne m’avait pas laissé une trace indélébile dans l’esprit. Or, je suis sûre et certaine que Le sel de nos larmes restera longtemps dans ma mémoire.

On y suit des réfugiés, des soldats et des citoyens, qui fuient leur pays, leur maison et leurs familles à cause de la guerre. Ils essaient de rejoindre au plus vite la mer Baltique pour tenter d’embarquer à bord d’un des navires qui les conduira en lieux sûrs. Cela ne vous rappelle-t-il rien ? 80 années plus tard, la guerre fait toujours rage dans le monde, les migrants et réfugiés sont encore nombreux, tout comme le nombre de morts.

L’écriture du livre est juste prodigieuse. Ruta Sepetys a un talent hors du commun. Je n’avais jamais ressenti quelque chose d’aussi fort en lisant un livre. Mais alors là, les mots étaient tellement justes et réalistes, que je me suis plongée corps et âme dans l’histoire. Je me suis attachée aux personnages, je vivais avec eux cette dangereuse traversée. On ressent vraiment intensément tout ce qui se passe dans ce livre.

Il y a constamment des alternances de voix narratives, avec des chapitres qui n’excèdent pas quatre pages. De quoi donner du dynamisme au récit… mais aussi de quoi apporter de grand moment de suspens.

500 pages de lecture qu’on ne voit pas passer. J’en redemande encore et encore ! Merci beaucoup Ruta Sepetys pour ce magnifique moment de lecture, ces multiples émotions que vous m’avez fait ressentir et cette mise en lumière d’un événement dramatique de la seconde Guerre mondiale. A mettre entre toutes les mains !

Ma note : 10/10
Littérature américaine·Seconde guerre mondiale

Pardonne-lui

Pardonne-lui de Jodi Picoult.
475 pages, éditions Michel Lafon, à 20,50€

 

Résumé : Sage Singer est une solitaire. Elle dort le jour et travaille la nuit dans une boulangerie, où elle oublie les blessures de la vie en pétrissant le meilleur pain de la ville. Quand elle rencontre Josef Weber, un vieil homme insomniaque, Sage a enfin le sentiment d’avoir trouvé quelqu’un à qui se confier. Malgré leurs différences, chacun devine les cicatrices intimes de l’autre, et une amitié inattendue voit le jour.
Jusqu’au soir où Josef lui révèle le terrible secret qu’il cache depuis soixante ans et lui demande la plus incroyable des faveurs : le tuer. Confrontée à un choix moral impossible, Sage fouille dans l’histoire de sa famille pour tenter de résoudre son dilemme. Mais alors qu’elle plonge dans les horreurs de la Seconde Guerre mondiale à la recherche de la vérité, elle découvre que la frontière est parfois bien floue entre amour et trahison, justice et vengeance. Et elle devra répondre à la plus difficile des questions : certains actes sont-ils impardonnables ?

Extraits : « Il existe tant de façons de trahir quelqu’un. On peut chuchoter dans son dos. Le tromper volontairement. Le livrer à l’ennemi, alors qu’il vous fait confiance. Ne pas tenir une promesse. La question est : se trahit-on soi-même en agissant ainsi ? »
« Les mots, parfois, ne sont pas assez profonds pour contenir tous les sentiments qu’on essaie d’y mettre. »

Mon avis : Wahou, wahou, wahouuuu, ce livre est une perle rare, un objet précieux à découvrir absolument, et à conserver précieusement. C’est un énorme coup de coeur, un roman PAR-FAIT, comme il n’en existe que trop peu.

Tout d’abord, je suis directement tombée sous le charme du visuel de la couverture de Pardonne-lui. Dans des tons assez clairs, elle semble représenter le bonheur, la douceur… mais que nenni ! Il ne faut pas se fier aux apparences, qui sont, dans le cas de ce roman-ci, très fausses.

L’histoire est sombre, très sombre. Elle ne fait pas partie des romans noirs, mais presque. Le récit dépeint est atroce, il est parfaitement horrible, mais décrit de manière très réaliste. Jodi Picoult nous raconte une histoire fictive, avec un fond de vérité. Les événements racontés se sont réellement déroulés, mais pas de la même manière.

Au début du roman, nous faisons la connaissance de Sage Singer, qui mène une triste vie solitaire, enfermé toutes les nuits dans la boulangerie dans laquelle elle travaille. Elle se rend quotidiennement dans un groupe de soutien, pour pouvoir surmonter le décès de sa mère, il y a quelques mois de ça. Un beau jour, elle fait la rencontre d’un vieil homme, qui se dit s’appeler Josef Weber, qui lui demande de l’aider à mourir, tant les crimes qu’il a commis dans le passé, dit-il, sont affreux. Très prochainement, Sage va découvrir que Josef a été un ancien SS, qui a supervisé les directions dans un camp de concentration de juifs, durant la Seconde Guerre mondiale, Auschwitz. Sage, elle-même juive du côté maternel, va aller questionner sa grand-mère pour en apprendre davantage sur les horreurs perpétrés par les SS durant cette horrible guerre. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir que Minka, sa mamie, cache, depuis très longtemps un atroce secret : elle a elle-même été détenue à Auschwitz.

Entre faits réels et avérés et fiction, Jodi Picoult arrive à nous plonger totalement dans son récit. Cette Seconde Guerre mondiale a été la plus violente, la plus affreuse et sans doute l’une des plus meurtrière guerre qui s’est déroulée dans le monde. Tout le monde connaît un tant soit peu l’histoire d’Hitler et des juifs qu’il maltraite dans les camps de concentrations et d’exterminations. On ne peut que ressentir du dégoût et de la haine à cette évocation et à la seule pensée de toutes les choses que ce pauvre peuple a du vivre.

Dans Pardonne-lui, Jodi Picoult nous raconte, vu de l’intérieur, l’horreur de cette guerre. Dans un première temps, on se place dans le personnage de Josef, le SS chargé de surveiller et/ou de tuer les juifs. On peut alors découvrir toutes les émotions qu’il ressentait durant ce laps de temps, les pensées qui lui venaient en premier lieu, avant de tuer plusieurs dizaine de milliers d’innocents.
Et dans un second temps, notre auteure nous place en temps que victime, dans la peau d’une jeune fille juive, Minka, retenue dans un camp de concentration. Beaucoup de sentiments se mélangent, tous plus horribles les uns que les autres. On ressent de la pitié pour ces pauvres jeunes filles, de la colère vu l’état dans lequel elles sont retenues, de la peur pour leur triste existence, et du mépris à l’encontre de leur bourreaux.
De cette façon, nous pouvons voir deux points de vu différents concernant cette partie de l’Histoire. Mais ce n’est pas tout. Jodi Picoult nous montre également l’après de cette guerre, des années plus tard, et nous fait pénétrer dans l’existence et la conscience de ces deux personnes, rescapés ou non, de cette rafle. On peut voir que ces quelques années ont bouleversées leur vie à jamais, marqués par l’horreur et l’atrocité des choses qu’ils ont vus ou vécus. Pas un jour ne se lève sans qu’ils ne pensent à cette partie-là de leur vie. Entre remords, regrets, peines, colères… l’auteure nous montre que personne ne peut ressortir indifférent de cette guerre.

En écrivant ce roman, je pense qu’elle a voulut nous rappeler une nouvelle fois, l’inhumanité dont est capable l’être humain.

Ce roman, très complet concernant toutes les rafles, ainsi que les conditions de concentration des juifs, et leur sort, ne peut qu’émouvoir le lecteur. Avec un profond réalisme, Jodi Picoult arrive à nous toucher, encore une fois, avec brio. J’étais au bord des larmes à plusieurs reprises consécutives. Impossible de lâcher ce livre, il est tellement fort et vrai qu’on a l’impression d’être ancré dans l’histoire, et de vivre réellement ces événements-ci.

A l’image du roman Elle s’appelait Sarah écrit par Tatiana de Rosnay, Jodi Picoult fait un coup de maître, en abordant de différentes façons cette abominable guerre. Je ne peux que tirer mon chapeau à cette auteure, qui a parfaitement réussi son coup. Bravo, je le conseille à toutes et tous ! Une chose est sûre ; je ne l’oublierais pas de sitôt… tant certaines choses m’ont choquées.

 

Ma note : 10/10