La révérence de l’éléphant


La révérence de l’éléphant de Laura Trompette
374 pages, éditions Charleston, à 19€


Résumé : « UN VOYAGE DÉPAYSANT EN TANZANIE
Tout le monde devrait mourir ainsi. Entourée d’amour, sous un ciel clément, dans un jardin, avec un petit singe qui traîne pas loin. Mourir au coeur de la vie, avec délicatesse. Éteindre la douleur au moment opportun. Avoir le choix, le contrôle de l’interrupteur. Marguerite est comme l’Eléphant de Tanzanie : dans son ehpad cannois, elle sent que son monde rétrécit. Elle veut tirer sa révérence, mais en France, ce choix ne lui appartient pas. Alors elle entend bien mourir ailleurs, dans la dignité. Avant cela, elle a une dernière tâche à accomplir : redonner goût à l’amour à Emmanuel. Son petit-fils, photographe animalier en Tanzanie, lui semble plus préoccupé par le sort des éléphants d’Afrique que par la solitude dans laquelle il s’est enfermé. La solitude, c’est aussi le lot de Roxanne, depuis qu’elle a abandonné sa carrière de joueuse de poker pour trouver un sens à sa vie. Son arrivée dans la maison de retraite de Marguerite va bousculer leur destin. A travers trois générations et deux continents, un roman qui aborde comme une valse à trois temps, le choix de mourir, la disparition des éléphants d’Afrique et la renaissance du sentiment amoureux. »

Laura Trompette écrit depuis son enfance, cumule 250.000 lectures sur Wattpad et a publié 7 romans. Elle a notamment écrit C’est toi le chat et Asphyxie


Extraits : « On dit souvent que la seule chose qui permet de se remettre d’un échec, c’est une victoire. »

« Pour lui, l’amour, c’est une évidence qui rapproche les chairs, lie les âmes et dessine des plans. L’amour, qu’il n’a pas éprouvé depuis une éternité dans son sens charnel, représente une forme d’absolu. Il ne mérite pas d’être confondu avec la praticité, la convenance ou la peur d’être seul. Ce serait trahir le souvenir de ce qu’il signifie vraiment. »


Mon avis : La révérence des éléphants est un récit en trois voix. Nous suivons d’abord Marguerite, vieille dame solitaire, habitante d’un ehpad dans le sud de la France. Après avoir vu mourir une grande partie de ses proches, Marguerite souhaite à son tour faire le chemin vers le bout du tunnel. Elle souhaite pouvoir choisir l’heure et le lieu de sa mort prochaine. Une idée qui ne réjouie pas son petit-fils Emmanuel, photographe animalier en Tanzanie. Sans femme ni enfant, sans mère, morte en couche, sans père, parti avant sa naissance, ne lui reste plus que sa grand-mère, Marguerite. Imaginer la vie sans elle le terrifie. À côté de ça, Emmanuel doit venir en aide aux populations rurales de Tanzanie et surtout, faire face aux sorts des éléphants d’Afrique, dévastés par le braconnage illégal et le commerce de l’ivoire. Enfin, troisième et dernière voix de l’histoire : Roxanne, une jeune femme dynamique, ancienne joueuse de poker, qui décide de donner de son temps, de son énergie et de son argent, à des causes qui lui tiennent à coeur. Après le décès d’Hélène, sa grand-mère, elle se rend à l’ehpad qui a abrité ses derniers jours et fait la rencontre de Marguerite, cette grand-mère de substitution au grand coeur.

C’est donc un récit transverse, qui laisse place à trois narrateurs bien différents, avec des valeurs communes : la générosité, la solidarité, le courage, la force d’esprit. On ressent beaucoup d’amour et de tendresse entre l’ensemble des personnages. Que ce soit l’amour familial qui unie Marguerite et Emmanuel, l’amitié entre Marguerite et Roxanne ou la relation spéciale qui lie Roxanne et Emmanuel, les sentiments sont pudiques, mais sincères et vrais. Ce sont trois bonnes personnes, très attachantes, qui ont chacune la main sur le coeur, beaucoup à donner et à transmettre.

En pleine période de crise sanitaire, cette dose de solidarité est vraiment agréable à lire. De même, privés de voyage, de liberté et d’évasion, les péripéties africaines d’Emmanuel m’ont comblées de joie. Ça a été un réel plaisir de l’accompagner dans le désert Tanzanien, à la poursuite des animaux sauvages, ou simplement dans des villages reculés d’Afrique, où les populations se contentent de peu de choses. C’est une vraie bouffée d’oxygène en ces temps d’asphyxie.

Les paysages sont grandioses et font rêver. Les parallèles entre le quotidien africain d’Emmanuel et la vie cannoise de Marguerite et Roxanne sont assez brutales, mais contribuent à dépayser totalement le lecteur en quelques pages à peine. Une téléportation éphémère, mais bienfaitrice. À ce que j’ai cru comprendre, Laura Trompette a eu la chance de pouvoir se rendre plusieurs fois dans ce magnifique pays ; cette dernière retranscrit avec délicatesse et sensibilité les somptueux paysages qu’elle a pu admirer lors de ses pérégrinations. Des descriptions qui collent donc au plus près de la réalité tanzanienne, pour mon plus grand plaisir. De quoi donner des idées de voyages aux plus aventureux, une fois cette dure crise sanitaire passée.

L’auteure en profite pour sensibiliser ses lecteurs à la surpopulation africaine (les populations ayant que peu de moyens de contraception), à leur manque de confort, d’accès à l’eau et plus que tout, à leur accès minime à l’éducation. Héloïse, l’une des protagonistes, oeuvre pour apporter connaissances, savoirs et matériaux essentiels à l’apprentissage scolaire des jeunes enfants africains.

Le braconnage est également abondamment mis en avant, que ce soit le commerce illégal d’ivoire, les populations d’éléphants menacés d’extension, ou toutes autres espèces d’animaux sauvages. Des pratiques dangereuses et interdites, qui dérèglent la nature et attentent à la survie des espèces sauvages.

Outre ce somptueux décor africain, l’auteur nous plonge en plein dans la triste réalité qui sévit au quotidien dans les ehpad français. Malgré toute la bonne volonté des aides-soignants, qui viennent aider et épauler quotidiennement les personnages âgées, ces établissements n’en restent pas moins des mouroirs pour vieux, qui attendent avec ennuie l’heure de leur mort. L’année dernière, j’ai lu Si belles en ce mouroir de Marie Laborde, un livre dur mais empreint de réalisme sur les conditions de vie des personnages âgées en ehpad et les difficultés sanitaires et sociales du personnel soignant. Une lecture qui peut venir approfondir cette thématique, devenue encore plus délicate avec la crise sanitaire actuelle.

L’auteure aborde avec simplicité et solennité le sujet du choix de la fin de sa vie, autrement dit, de l’euthanasie. Marguerite souhaite mourir, mais les lois françaises l’en empêchent. Ne lui reste que le choix du suicide. Une décision mûrement réfléchie, que beaucoup de comprennent pas. Mais Marguerite en est sûre : elle ne souhaite pas dépérir progressivement, mais veut une mort digne et belle. Une décision admirable, qui démontre le tempérament téméraire et la force d’esprit de notre protagoniste !


Une lecture dépaysante, rafraîchissante et solaire, qui nous fait voyager au coeur de la Tanzanie, aux côtés de trois protagonistes très attachants, tout en proposant un voyage intérieur intéressant et bienveillant. Une jolie découverte ! 

Ma note : 8,5/10

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ISBN : 978-2-36812-604-2

2 réflexions sur “La révérence de l’éléphant

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