Julien, le bienfaiteur


Julien, le bienfaiteur de Gilles Gérardin

269 pages, éditions Eyrolles, à 16€


Résumé : Julien, la quarantaine, marié, père de famille, est au chômage depuis plus d’un an. Au fil des jours, l’espoir de retrouver un emploi s’amenuise et le trou de ses dettes se creuse. Prenant conscience de l’inutilité de son existence, il décide d’y mettre fin. Mais au moment de passer à l’acte, il découvre que les assurances indemnisent beaucoup mieux le décès accidentel qu’un banal suicide. Julien entreprend donc d’organiser sa mort « accidentelle ».
Ne reste plus qu’à régler quelques petits détails, le choix du cimetière et celui du moyen le plus efficace de passer de vie à trépas. Plus les préparatifs avancent, plus l’échéance fatale se rapproche, plus Julien hésite. Il n’est pas si facile de se résoudre à sa propre mort.
La nouvelle de son généreux sacrifice s’ébruite. L’entourage se ligue alors pour l’aider à accomplir le destin exemplaire qu’il s’est choisi : devenir « le Bienfaiteur », ce héros des temps modernes prêt à offrir sa vie pour sauver sa famille.


Extraits « Les garçons sympathiques font de bons amis, mais en tant qu’amants on est en droit de rêver mieux. »

 

« Certaines personnes se souviennent très longtemps, parfois leur vie durant, de la date à laquelle elles ont arrêté de fumer. Moi, celle que je n’oublierai jamais, c’est le jour où j’ai décidé de me donner la mort. »

Mon avis : Pour un premier roman, Gilles Gérardin a frappé fort, avec une histoire originale, qui détonne dans l’univers littéraire habituel.

Julien est au chômage. Du haut de ses quarante ans, et malgré son expérience professionnelle, il n’arrive pas à retrouver un emploi. Ayant été à son compte durant les dernières années, il n’a même pas le droit à l’allocation chômage. Il se retrouve, avec sa femme et ses deux filles, sans aucune ressource financière. Les factures à payer s’amoncellent et aucune rentrée d’argent n’arrive. Désespéré, Julien pense à se suicider, avant de se rendre compte que s’il arrivait à mourir accidentellement, il rendrait service à sa famille, qui toucherait l’argent des assurances suite à son décès. D’abord convaincu par son choix, il s’en ouvre à sa famille, qui se voit déjà couverte d’argent. Mais plus l’échéance approche et plus Julien hésite : la vie est quand même belle, ne vaudrait-elle pas le coût d’être vécue plus longtemps encore ? Mais son entourage va se liguer contre lui, pour lui faire prendre conscience de son geste salvateur et nécessaire.

Il n’y a pas à dire, des romans comme celui-ci, on n’en croise pas tous les jours ! Dans la même veine de roman à l’humour noir et macabre, j’ai le vague souvenir du roman de Jean Teulé, Le magasin des suicides, que j’avais lu il y a quelques années déjà, et que j’avais beaucoup aimé. Gilles Gérardin, tout comme Jean Teulé, désacralise la mort en la tournant en dérision.

Ne vous laissez pas avoir par votre premier impression et foncez découvrir cette histoire, qui ne vous laissera certainement pas indifférent. Malgré la thématique assez sombre, bonne humeur et fous rires sont au rendez-vous ! Le sujet est cocasse et les situations loufoques se succèdent : Julien qui choisit son cercueil, sa femme et ses filles qui le poussent à mourir, Guillaume Paulin, cet adolescent orphelin qui veut se faire adopter par la famille… tout est tiré par les cheveux, mais comme on dit : plus c’est gros et mieux ça passe !

Je me suis régalé de ces scènes si particulières et de ces personnages si différents de ceux que je croise d’habitude dans mes lectures. J’ai été agacé par certains d’entre eux – la femme de Julien,  m’a tout particulièrement irritée, avec son manque d’empathie et son égoïsme exubérant. Julien m’a lui-même énervé, par sa naïveté et sa trop grande soumission. Mais c’est, je pense, l’effet que recherchais l’auteur : se détourner des codes traditionnels des romans, casser les stéréotypes et les idées préconçues, emmener le lecteur dans ses retranchements, dans des chemins qu’il n’a encore jamais parcouru. Et avec moi, ça a fonctionné !

 


Un premier roman réussi, où l’humour noir et le cynisme offriront des francs éclats de rire aux lecteurs. Personne ne peut sortir indifférent de cette histoire !

Ma note : 8/10

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Égarer la tristesse


Égarer la tristesse de Marion McGuinness

295 pages, éditions Eyrolles, à 16€


Résumé : À 31 ans, Élise vit recluse dans son chagrin. Quelle idée saugrenue a eu son mari de mourir sans prévenir alors qu’elle était enceinte de leur premier enfant ?

Depuis ce jour, son fils est la seule chose qui la tient en vie, ou presque. Dans le quartier parisien où tout lui rappelle la présence de l’homme de sa vie, elle cultive sa solitude au gré de routines farouchement entretenues : les visites au cimetière le mardi, les promenades au square avec son petit garçon, les siestes partagées l’après-midi…

Pourtant, quand sa vieille voisine Manou lui tend les clés de sa maison sur la côte atlantique, Élise consent à y délocaliser sa tristesse. À Pornic, son appétit de solitude va vite se trouver contrarié : un colocataire inattendu s’invite à la villa, avec lequel la jeune femme est contrainte de cohabiter.


Extraits « Ça ne rend pas aveugle l’amour, ça rend idiot. »
« À quoi bon se laver si personne ne vous voit, à quoi bon manger si on a juste la force nécessaire, à quoi bon sortir quand on n’a envie de parler à personne ? Éliser s’était mise en veille – vivre lui coûtait trop cher et elle sentait bien qu’elle n’en avait pas les moyens. »

Mon avisÉgarer la tristesse, c’est l’histoire d’une mort aussi tragique que brutale. Celle d’un époux, d’un mari aimant, qui attendait de devenir papa. Depuis un an, Élise se morfond sur son sort et sur la perte de son époux. Sa seule consolation : la naissance de son fils, pour qui elle continue de vivre et de se lever chaque matin. Dans sa tristesse, Élise a rencontré Manou, sa vieille voisine du dessus à qui elle tient souvent compagnie. Mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que Manou, tel un ange gardien, va sauver Élise en la ramenant à la vie.

Certains aspects de cette histoire m’ont fait penser à un roman que j’ai lu en début d’année, qui s’intitule S’inventer une île, écrit par Alain Gillot. Dans ce dernier, c’est face à la mort brutale d’un petit garçon que notre protagoniste va sombrer dans une face de dépression dont il est difficile de se retirer. C’est grâce à une délocalisation de sa tristesse sur une île de Bretagne qu’elle va réussir à remonter la pente. Exactement ce que fait notre protagoniste Élise, qui va aller séjourner dans la maison familiale de Manou, à Pornic. Là-bas, accompagnée de son fils, elle va peu à peu réapprendre à profiter de la vie. C’était sans compter sur l’aide d’un charmant jeune homme, petit-fils de Manou, qui va l’aider à s’extraire de ses pensées noires.

J’ai beaucoup aimé le style d’écriture de l’auteure, franc, délicat, poétique, rempli d’émotions. Les tournures de phrases qu’elle utilise ne peut pas laisser les lecteurs indifférents.

La protagoniste, Élise, est également émouvante dans tout ce qu’elle recèle de fragilité. Attristée par la mort de son mari, elle reste forte et courageuse pour son fils, à qui elle dédie entièrement chaque seconde de sa vie, s’oubliant complètement. Elle a vécu des épreuves très compliquées, que je ne souhaite à personne de devoir vivre, et elle semble les avoir traversées seules. Très peu entourée, seulement d’une mère qu’elle exècre, cela prouve une nouvelle fois la vaillance de la jeune femme.

Par contre, j’ai beaucoup moins accroché au personnage de Clément, le petit-fils de Manou, et en particulier à sa manière empressée d’aborder Élise. Déjà, lorsqu’il rejoint la jeune femme dans la maison familiale, je doute qu’une personne censée accepte aimablement de séjourner avec un parfait inconnu. Les deux jeunes gens ont, semble-t-il, trouvé ça normal. Ensuite, l’histoire qui naîtra entre ces deux-là est un peu précipitée à mon goût, et trop peu vraisemblable. En tout cas, ce sont les sentiments de Clément à l’égard d’Élise que j’ai eu du mal à trouver réaliste, tant ceux-ci paraissent instantanément et irrémédiable… chose qui n’est que très peu courant dans la vraie vie, uniquement entraperçue dans de jolies romances.


Un roman poignant, qui parle du deuil et du chemin qui mène vers la reconstruction de soi.

Ma note : 7/10

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Yann


Yann de Pascal Ruter et Yannick Agnel

374 pages, éditions Hachette romans, à 15,90€


Résumé : Sur la terre ferme, Yann ne sait pas vraiment quoi faire de son corps. À quinze ans, il mesure un mètre quatre-vingt-dix, et ses pieds sont tellement immenses qu’on le surnomme « Big Feet ».
Mais, dans le bassin du prestigieux centre aquatique de Nice, il est comme un poisson dans l’eau. Sous l’œil exigeant de son entraîneur, il court après chaque dixième de seconde dans l’espoir de battre tous les records.
Yann est le récit romancé de l’adolescence de Yannick Agnel, champion de natation.


Extraits « – J’ai juste envie de faire mieux, dis-je.
– Que les autres ?
– Que moi-même, surtout. L’adversaire, c’est toi-même. Et le temps. »
« C’est ça, être heureux. Savoir qu’on est à la bonne place. »

Mon avis : Yannick Agnel, célèbre nageur français, double médaillé d’or aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, s’est joint à Pascal Ruter, un auteur jeunesse qui excelle dans son domaine, pour faire naître une biographie romancée à quatre mains : Yann.

Le protagoniste n’est autre que Yannick Agnel dans sa prime jeunesse. Alors qu’il n’a que quinze ans, il quitte ses parents et ses repères Nîmois pour emménager à Nice, et poursuivre ses entraînements de natation en parallèle de ses études. Dans sa nouvelle vie, il va faire des rencontres étonnantes, qui le marqueront à jamais : Monsieur Rubinstein, son voisin juif, sa petite-fille Rachel, Nola, sa nouvelle coach québécoise, ses compagnons de bassin, Axel, Antoine, Camille…

Ce roman traite de divers sujets d’actualité, qui feront échos notamment aux plus jeunes : l’émancipation, les premières relations amoureuses, les rencontres amicales, les découvertes intergénérationnelles… Mais les adultes pourront également se retrouver à travers ces mêmes thématiques, et d’autres peut-être plus adaptées, comme notamment la réflexion sur le flux migratoire arrivant d’Italie jusque vers Nice. Car ce sujet, abordé surtout à la fin du livre, est plus que jamais d’actualité : là encore, la fiction et la réalité se mélangent pour nous servir une histoire dont il est difficile de dire ce qui a été inventé et ce qu’a réellement vécu Yannick Agnel.

Bien évidemment, la natation est au coeur de l’histoire. Les nombreuses heures d’entraînements, les sacrifices, la compétition, le dépassement de soi, les échecs et les victoires sont l’essence même de ce sport pratiqué depuis longtemps par Yannick Agnel. Nous sommes donc plongés au centre de sa vie quotidienne de nageur/étudiant, qui n’est pas de tout repos.

Vous l’aurez compris, Yann est un roman complet, aux sujets diversifiés, qui est écrit d’une plume dynamique et vive, qui ne permet pas l’ennui. Toutes les actions s’enchaînent avec aisance, il n’y a aucun temps mort, tant et si bien que l’histoire défile sous nos yeux avec une allure folle. J’applaudis les deux auteurs pour cette histoire et principalement pour toute l’humanité qu’ils ont mis dans la création de leurs personnages : je me suis tant attaché à eux qu’ils m’ont parus presque être réels. Je pense notamment à Monsieur Rubinstein et ses souvenirs de la guerre, son talent incommensurable pour la cuisine et sa gentillesse à toute épreuve, qui est et restera mon protagoniste préféré du livre.


Entre fiction et réalité, découvrez Yannick Agnel comme vous ne l’avez jamais vu. Un roman intelligent aux multiples sujets de réflexion.

Ma note : 7,5/10

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Kafka sur le rivage


Kafka sur le rivage de Haruki Murakami

637 pages, éditions 10 18


Résumé : Un adolescent, Kafka Tamura, quitte la maison familiale de Tokyo pour échapper à une malédiction œdipienne proférée par son père. De l’autre côté de l’archipel, Nakata, un vieil homme amnésique, décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s’entremêlent pour devenir le miroir l’une de l’autre, tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d’un murmure envoûtant.


Extraits « Parce que celui qui aime cherche la partie manquante de lui-même. Aussi, quand on pense à l’être dont on est amoureux, on est toujours triste. »
« Quand l’imagination s’emballe, l’illusion enfle, finit par prendre une forme concrète, cessant d’être une simple illusion. »

Mon avis : Un grand merci aux membres du Club de lectures de Babelio d’avoir élu ce livre comme lecture du mois de juin et de m’avoir permis de le sortir de ma Pile À Lire, où il prenait la poussière depuis de nombreuses années.

Quelle étrange histoire… Nous avons d’un côté Kafka Tamura, un jeune adolescent qui fugue de chez lui pour échapper à une mystérieuse malédiction oedipienne énoncée par son père, qui le destine à le tuer et à épouser sa mère. Il trouve refuge dans une petite ville, plus précisément dans une bibliothèque, où le personnel sur place, se limitant à deux personnes – la directrice Mademoiselle Saeki et Oshiman – vont lui donner travail et gîte. En parallèle, nous suivons les aventures d’un vieillard nommé Nakata, qui a la particularité d’avoir été touché par la foudre dans sa jeunesse et d’avoir perdu une grande partie de ses capacités intellectuelles. Nakata va lui aussi prendre la route, direction une mystérieuse quête que même lui que comprend pas.

Je pense qu’au-delà de la compréhension du texte et de l’intronisation raisonnée de l’histoire, c’est vraiment l’essence même des sensations et des émotions qu’il nous procure qui est à regarder. Kafka sur le rivage, c’est une lecture qui se vit et se passe de tout commentaire. C’est un ovni littéraire qui échappe à tout contrôle, à tout classement, à toute logique.

J’ai été dépaysée et un peu chamboulée par cette lecture – j’ai d’ailleurs beaucoup de mal à écrire cette chronique, en raison du mystère qui plane autour de ce livre, de l’ensemble des protagonistes, de l’univers onirique de Haruki Murakami. Chacun est libre d’interpréter cette histoire comme il l’entend : pour ma part, j’y vois une réflexion autour des différents chemins que peuvent prendre notre vie, des rencontres qui l’égrènent, des situations qui la chamboule.


Un roman étrange mais envoûtant, qui se vit plus qu’il ne se lit. Un ovni littéraire que je recommande aux plus curieux et téméraires.

Ma note : 7,5/10

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Si je me souviens bien


Si je me souviens bien de Hélène Le Bris

175 pages, éditions Eyrolles, à 14€


Résumé : Marthe a 60 ans, et l’esprit confus. Elle le sait, se défend, s’organise pour mieux résister à Al – c’est ainsi qu’elle nomme le fauteur de ses troubles : son Alzheimer précoce. Pour retenir ses souvenirs récents, elle les note dans un cahier. Son passé lui échappe : elle ne sait plus pourquoi elle a déménagé, ni ce qu’est devenu le compagnon de sa vie. Le cahier restitue ses efforts pour comprendre, ses doutes, ses émotions qui mêlent frustration, culpabilité et désir de rattraper le temps perdu.
Un indice découvert au hasard dans une revue bouscule son quotidien : elle croit retrouver la piste de son mari disparu… Elle s’improvise alors détective et mène l’enquête à l’insu de ses proches, sa voisine cinéphile et son neveu adoré.


Extrait « C’est fou comme un enfant qui dort enchante une maison. Habité de ses songes, l’air y est plus léger. Des particules de bonheur essaiment dans la lumière, derrière les volets mi-clos. »

Mon avis : Marthe est désemparée : son mari l’a abandonnée. Il est parti un matin et n’est jamais revenu. Pour ajouter à sa douleur, la pauvre dame, âgée de 60 ans, souffre de pertes de mémoires. Plus les jours passent et plus ses souvenirs s’effacent. Pour éviter de perdre totalement la mémoire, elle va s’appliquer à noter consciencieusement dans un petit carnet tout ce qui fait son quotidien.

Marthe est une vieille dame adorable et touchante. Sa « maladie », que l’on pourrait aussi qualifier de handicap, l’Azheimer, est très courant chez les personnes âgées, mais beaucoup moins chez une dame de 60 ans à peine. On assiste, impuissants, à son triste quotidien. Souvent seule, plongée dans ses pensées, essayant de rattraper ses souvenirs, le quotidien de Marthe est seulement ponctuée des visites d’Agnès, sa voisine du dessus qui l’emmène une fois par semaine au cinéma, ainsi que de son neveu Arthur, qui fait preuve d’une grande attention pour la vieille dame.

C’est une histoire poignante que nous livre Hélène Le Bris, qui malheureusement fait partie du quotidien de grand nombre de personnes âgées. En raison de sa perte de mémoire, Marthe se voit internée dans une maison de retraite. Privée de ses derniers repères, elle dépérit à vue d’oeil. C’était sans compter sur l’aide incontestable de son gentil neveu, qui va tout mettre en oeuvre pour la sortir de là et lui donner la fin de vie qu’elle mérite.

On ne peut qu’être touché par cette histoire. Personnellement, je porte maintenant un regard différent sur les choses qui nous entourent. Les petits détails du quotidien, que ce soit le vent, la nature, les oiseaux qui chantent… sont autant d’éléments pérennes, qui malgré tous nos problèmes, restent présents et nous apportent le réconfort et la joie que nous pouvons avoir besoin. C’est une belle leçon de vie que nous offre Marthe et son neveu Arthur, une bonne manière de réfléchir sur notre quotidien et sur tout ce qui nous entoure.


Une histoire poignante sur la perte de mémoire précoce d’une vieille dame attachante. Une belle lecture, dont on ne ressort pas indemne.

Ma note : 7,5/10

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Amore 14


Amore 14 de Federico Moccia

603 pages, éditions Le Livre de Poche, à 6,95€


Résumé : Amore 14, c’est le journal intime de Carolina, adolescente de quatorze ans qui vit à Rome. À ce cahier, elle confie tout, ses doutes et ses espoirs, ses relations avec ses meilleures copines, les disputes dans la famille, notamment entre son frère aîné et son père.
C’est vers son journal qu’elle se tourne quand son grand-père meurt, quand son frère quitte la maison familiale, après une violente scène avec son père. Mais la vie de Caroline, c’est aussi des coups de cœur.
Notamment pour Massimilliano, qu’elle a rencontré dans un magasin de disques. Un seul regard et c’est le coup de foudre. Il la suit hors du magasin, lui offre un CD, lui donne son numéro de téléphone. A peine rentrée chez elle, Carolina découvre qu’on lui a volé son portable…
Une vision étonnante de réalisme et de candeur qui dit tout sur l’allégresse des premiers troubles de l’adolescence, sur ses cruelles désillusions aussi, avec une exquise tendresse…


Extraits « Et puis… le bonheur. On dirait un mot facile, mais je crois qu’en fait c’est un mot très difficile, c’est-à-dire que tout le monde en parle mais personne ne sait vraiment ce que c’est, et surtout où on peut le trouver. »
« Nous montons au quatrième étage. Et il y a un de ces silences… tu sais, ces silences, plus ils durent plus ils sont longs, plus ils sont longs et moins tu trouves quelque chose à dire ; et moins tu trouves quelque chose à dire plus tu as hâte qu’on arrive. »

Mon avis : Longtemps présent dans ma Pile à Lire, j’ai décidé, un beau jour de printemps, de sortir Amore 14 de mon armoire, pour le découvrir tranquillement installée sur mon transat. Je pense que le timing était idéalement choisi, puisque ce roman feel good et solaire se déguste par beau temps uniquement.

C’est l’histoire d’une bande de copines, Alis, Clod et Caroline, qui vont vivre les aventures de milliers d’autres filles : les premiers petits copains, les soirées entre copines, les mensonges aux parents, les disputes, les crises de jalousie… On se retrouve un peu à travers elles, dans des situations qui peuvent ressembler à des situations que nous avons nous-mêmes vécues.

L’histoire se passe en Italie, et l’auteur nous fait véritablement voyager dans son beau pays à travers toutes les pages du livre. C’est bon de se retrouver à déambuler dans les rues de Rome, une magnifique ville que j’affectionne tant, de découvrir des coins peu touristiques, de voir la ville sous l’oeil de vrais habitants, qui savent l’apprécier différemment que les touristes.

Écrit comme une sorte de journal intime amélioré, ce roman, sans être non plus exceptionnel, permet de nous faire passer un agréable moment. On se prend rapidement d’affection pour Caroline, notre protagoniste, pour sa famille, en particulier son grand frère RJ et ses grands-parents maternels, on se marre à ses côtés, on est tantôt émus, tantôt vexés, énervés, attendris… Federico Moccia nous fait passer à travers tout un spectre d’émotions qui représentent, en définitive, la vie telle qu’elle est réellement.


Federico Moccia vous emmène à Rome, découvrir la vie quotidienne de Caroline, une jeune fille pétillante et solaire. Une histoire feel good idéalE pour décompresser l’été. 

Ma note : 6,5/10

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L’amour aux temps du choléra


L’amour aux temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez

442 pages, éditions Le Livre de Poche, à 6€


Résumé : À la fin du XIXᵉ siècle, dans une petite ville des Caraïbes, un jeune télégraphiste pauvre et une ravissante écolière jurent de se marier et de vivre un amour éternel. Durant trois ans ils vivent l’un pour l’autre, mais Fermina épouse Juvénal Urbino, un brillant médecin.
Alors Florentino, l’amoureux trahi, se mue en séducteur impénitent et s’efforce de se faire un nom et une fortune pour mériter celle qu’il ne cessera d’aimer, en secret, cinquante années durant.
L’auteur de Cent ans de solitude et de Chronique d’une mort annoncée, prix Nobel 1982, donne libre cours à son génie de conteur, à la richesse de son imagination et à l’enchantement baroque de son écriture.


Extraits « Les symptômes de l’amour sont identiques à ceux du choléra. »
« Les gens que l’on aime devraient mourir avec toutes leurs affaires. »

Mon avis : Gabriel Garcia Marquez… ce célèbre écrivain, dont le nom si connu et le talent indéniable raisonne depuis longtemps dans la sphère littéraire… je l’ai enfin découvert ! Il m’en aura fallu du temps pour me lancer à la conquête d’une oeuvre de ce grand monsieur, mais plus jamais je n’attendrais aussi longtemps avant de relire un autre ses chefs-d’oeuvres.

XIXème siècle, aux Caraïbes. Fermina et Florentino sont très jeunes lorsqu’ils se rencontrent. Pour Florentino, le coup de foudre est immédiat, alors que pour Fermina, l’amour met du temps à apparaître. Ils vont correspondre pendant plusieurs années avant d’arrêter brusquement sur impulsion de la jeune femme. Celle-ci, devenue adulte, épousera Juvénal, un médecin respecté et respectable. Mais Florentino, jamais bien loin, malgré les années et le temps écoulé, n’arrêtera pas d’aimer Fermina.

En parfaite amoureuse de l’amour, je n’ai pu qu’adorer ce récit. L’amour transpire dans chacune des pages du livre, de différentes manières. On ne peut qu’être attendri par le personnage de Florentino, dont le coeur va rester fidèle, toute sa vie durant à son premier amour. Il va s’efforcer de s’enrichir et de s’élever socialement pour pouvoir plaire au père de Fermina, et séduire la jeune femme elle-même. Il n’entreprend pas une seule action sans penser à elle, et c’est admirable de voir la force de ses sentiments à son égard. On ressent de la pitié pour cet homme rejeté, mais qui continue à garder l’espoir que les choses puissent changer un jour.

L’amour passionnel et le choléra, deux maladies dont les symptômes peuvent se confondre, puisqu’ils mènent tous deux vers un inéluctable état dévastateur. J’ai beaucoup aimé l’analogie de ces deux états, l’un vaincu depuis maintenant bien longtemps, l’autre continuant à dévaster le monde, et ce pour les siècles qui suivent.

Malgré la taille que représente ce livre (c’est une petite brique de 450 pages écrit avec une police minuscule), les pages ont défilé sans que je ne m’en rende compte. L’écriture est fluide et intemporelle : écrit en 1985, L’amour aux temps du choléra reste encore parfaitement accessible aux lecteurs du XXIème siècle. Le génie de l’auteur se voit aussi bien dans son style d’écriture que dans sa forme : personnellement, j’ai adoré les transitions de narration et de points de vue, qui se font avec subtilités et finesse. C’est une prouesse littéraire, très rare, que je n’ai quasiment (voire jamais) lu dans aucun autre livre. Je parle de prouesse, puisqu’il me semble compliqué d’interchanger de narrateur, de glisser d’un personnage à un autre, sans embrouiller l’esprit du lecteur et sans cassure trop prononcée. Chapeau l’artiste !


Un roman intemporel qui vante les mérites de l’Amour et ses effets dévastateurs. Une perle littéraire à découvrir de toute urgence !

Ma note : 9,5/10

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