D’une vie à l’autre


D’une vie à l’autre de Martine Delomme

378 pages, éditions l’Archipel, à 20€


Résumé : Diane, tout juste 50 ans, s’est construit un quotidien agréable auprès de son mari Rémy et de leur petite Aude, née miraculeusement il y a cinq ans. Mais tout s’écroule le jour où Rémy s’effondre, foudroyé par une rupture d’anévrisme sous les yeux de leur fille. Seule, Diane se retrouve confrontée à de nombreux obstacles. Prendre soin d’Aude et assurer comme styliste dans le prêt-à-porter de luxe semble difficilement conciliable… Après avoir passé les fêtes auprès de ses beaux-parents dans le Béarn, Diane décide de prendre une année sabbatique pour s’y installer. Elle s’implique dans la filature de tissus en crise de son beau-père. De défis en désillusions, c’est une nouvelle vie pleine de surprises qui attend Diane et Aude…


Extraits  « Et pourtant, pensa-t-elle, quand il est sincère, un bonheur devrait toujours être simple. »

« Rémy évoquait souvent ce qu’il ferait à la retraite et elle se prêtait à son jeu, débordant d’idées romantiques ou complètements folles. Plus tard, se disaient-ils. Ils n’avaient pas compris que, plus tard, ce peut être trop tard. »


Mon avis : Imaginez que votre vie, aussi paisible, heureuse et belle soit-elle, se retrouve détruite du jour au lendemain. C’est le cas du quotidien de Diane, qui se retrouve bouleversé par la mort brutal de son mari. A 50 ans, Diane se retrouve sans famille, avec une petite fille de cinq ans sur les bras et un travail dans la haute couture du luxe à Paris qui lui demande beaucoup de temps et d’énergie. Elle n’arrive plus à tenir, autant physiquement que psychologiquement. Un beau jour, sur un coup de tête, elle décide de quitter sa vie mouvementée et de rejoindre ses beaux-parents dans le Béarn. Là-bas, Diane va occuper ses journées au côté de Guy, son beau-père, également chef d’une entreprise de tissus. La vie de Diane a peut-être été détruite, mais elle doit continuer de survivre pour sa vie.

Quelle histoire dramatique que celle-ci. Rien ne laisser présager que le monde de Diane allait s’écrouler du jour au lendemain, et pourtant, c’est ce qu’il s’est passé. Une fois de plus, cette histoire nous invite à profiter de chaque instant que la vie nous donne, puisque personne ne peut savoir ce qui va se dérouler demain.

J’admire le courage et la force mentale de Diane. C’est une maman formidable, et une très grande professionnelle de la couture et du prêt-à-porter. Elle a d’énormes responsabilités qui pèsent sur ses épaules, mais elle arrive à tout gérer de front, et elle le fait admirablement bien.

D’une vie à l’autre, c’est un roman tragique, qui raconte la perte d’un être cher. Mais c’est aussi une histoire pleine d’espoir, qui prouve qu’avec assez de force et de détermination, nous pouvons nous relever et aller de l’avant. Diane, fraîchement installée dans le Béarn avec sa fille et ses beaux-parents, va aider Guy, son beau-père et dirigeant de Bearn Tissus, à remettre à flot l’entreprise familiale. Elle va apporter sa touche féminine, son originalité et son talent de créatrice, tout en manageant avec brio le personnel de la société.

J’ai beaucoup aimé la plume de Martine Delomme, les caractères des personnages qu’elle met en scène, mais également cette touche de mystère, qui arrive vers le milieu du roman. Il y a du rythme dans l’histoire, des rebondissements inattendus et aucun temps mort.


Une histoire émouvante aux multiples facettes, qui traite du deuil et de la reconstruction. J’ai beaucoup aimé cette lecture, que je vous recommande !

Ma note : 8/10

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Je m’appelle Léon


Je m’appelle Léon de Kit de Waal

347 pages, éditions Pocket


Résumé : Leon, 9 ans, est un garçon courageux. Quand un jour sa mère n’arrive plus à se lever le matin, il s’occupe de son demi-frère Jake. Quand l’assistante sociale emmène les deux garçons chez Maureen au gros ventre et aux bras de boxeur, c’est lui qui sait de quoi le bébé a besoin. Mais quand on lui enlève son frère et qu’on lui dit que chez ses nouveaux parents il n’y a pas de place pour un grand garçon à la peau sombre, c’en est trop.

Heureusement Leon rencontre Tufty, qui est grand et fort, qui fait du vélo comme lui et qui, dans son jardin, lui apprend comment prendre soin d’une petite plante fragile. Mais Leon n’oublie pas sa promesse de retrouver Jake et de réunir les siens comme avant. Le jour où il entend une conversation qui ne lui était pas destinée, il décide de passer à l’action…
Émouvant, dramatique mais aussi jubilatoire, Je m’appelle Leon évoque de façon éloquente la force de l’amour, le lien indéchirable entre frères, et ce qui, en fin de compte, fait une famille.

Extraits  « J’ai un nouveau petit frère. Il est vraiment très petit et il dort presque tout le temps. C’est normal, il faut qu’il emploie ses forces à grandir. »

« Personne ne regarde Léon. Personne ne l’écoute. Comme d’habitude. Personne ne sait qu’il est là. »


Mon avis : Léon a 9 ans. Il n’a presque pas connu son père, qui croule sous les grilles de la prison. Sa mère, Carol, a mis au monde un deuxième garçon, Jake, qu’elle a eu avec un homme marié, qui renie la mère et son fils. Déjà faible psychologiquement, Carol s’enfonce dans une déprime et une souffrance intérieure profonde, qui lui cause la séparation d’avec ses enfants. Jake est adopté par une famille accueillante, tandis que Léon se retrouve promené de famille d’accueil en famille d’accueil. Léon est triste d’avoir perdu à la fois sa mère qu’il aimait tant, mais aussi son petit frère, qu’il protégeait et adorait de tout son coeur. Mais Léon reste fort, il sait qu’un jour où l’autre, il partira à la recherche de Jake.

C’est une histoire très forte émotionnellement et psychologiquement que nous narre Kit de Waal. Le sujet n’est pas aisé : une mère a qui l’on retire ses enfants, deux enfants qui se retrouvent privés de repères, et que l’on sépare l’un de l’autre.

Léon est un petit garçon très intelligent pour son âge. Il a une force de caractère sans nul autre paraître, un sens de la déduction et un sens de la responsabilité élevés. C’est un garçon très curieux, studieux, un peu timide et introvertie, mais généreux et d’une aide précieuse. Après les terribles épreuves qu’il a dû traverser, il reste fort, garde la tête haute et continue de vivre, en gardant espoir de revoir sa famille réunie.

J’ai été très touchée par l’histoire de Léon et par son comportement hautement plus mature que ce qu’il aurait dû être. On ne peut pas rester indifférent à ce petit bout d’homme et à son courage. Kit de Waal a su retranscrire avec réalisme les pensées de Léon, à travers une écriture légère, douceur et sensible.

Outre cette histoire centrale de la séparation familiale, une grande partie du livre dépeint le racisme. Si Jake a été adopté, c’est parce qu’il était un enfant blanc, tandis que Léon est métisse. Léon, en sa qualité d’enfant, ne comprend pas encore distinctement cette différence et les conséquences qui en découlent. Sans le dire à sa famille d’accueil, il s’évade certains après-midi, pour se rendre dans un jardin partagé, où il fait la rencontre de M. Devlin et Tutfy, qui vont lui enseigner les rudiments du jardinage. Tutfy est comme Léon, c’est un homme métisse, qui en payera les conséquences durant l’intégralité du livre.

J’ai beaucoup aimé découvrir cette histoire, qui m’a émue. Néanmoins, j’ai trouvé que certains passages, notamment vers le milieu de cette lecture, étaient peut-être un peu trop longs. Il ne se passait rien d’exceptionnel, le personnage de Léon faisait un peu du surplace, il n’évoluait plus, les moments d’actions se sont taris et je l’ai ressenti. Le rythme n’était plus comme au début, et ça a lourdement cassé ma lecture.


Une histoire touchante, racontée par un enfant, séparé de force de ses parents et de son petit frère. Il s’appelle Léon, et il va vous raconter son histoire. 

Ma note : 6/10

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S’inventer une île


S’inventer une île de Alain Gillot

207 pages, éditions Flammarion, à 17€


Résumé : Alors qu’il est sur un chantier en Chine, Dani apprend que son fils, Tom, 7 ans, s’est noyé. Il rentre précipitamment pour rejoindre Nora, sa femme, et s’occuper des formalités. Mais il traverse cette nouvelle réalité en étranger. Son chagrin ne trouve pas sa place, tout comme ses regrets, ceux de s’être si souvent absenté de chez lui. Quel père aura-t-il été en fin de compte?C’est alors qu’il lui apparaît, son fils, tel un petit fantôme de chair et d’os, et qu’il lui parle. Dani résiste un temps à sa présence aussi magique qu’inexplicable, puis l’accepte. Ensemble, ils partent pour Belle-Île, s’inventer un endroit à eux, leur île, où Dani retrouvera des forces, pour apprendre à vivre d’une autre manière, plus essentielle.


Extraits  « Elle pense que le secret du bonheur, c’est la sagesse. Être heureux de ce qu’on a et savoir s’en contenter. »

« La frontière entre la réalité et l’imaginaire, quand on est au bout de tout, est plus fragile qu’on ne le pense. »


Mon avis : Un grand merci à Babelio ainsi qu’aux éditions Flammarion de m’avoir permis de découvrir ce livre et cet auteur français.

Dani et Nora, parents d’un petit garçon de 7 ans, se retrouve seuls du jour au lendemain. Tom, leur fils, s’est noyé alors qu’ils n’étaient pas là. Comment arriver à surmonter cette terrible épreuve ? Comment faire son deuil et aller de l’avant ? Pour Dani, c’est chose impossible. Il s’imagine Tom encore vivant, et vit son quotidien en conséquence.

La thématique est complexe, difficile autant à aborder par écrit qu’à lire. Il s’agit de ne pas tomber dans le pathos, mais de rester sobre dans sa manière d’écrire, tout en faisant ressortir un maximum d’émotions aux lecteurs. Pari gagné pour Alain Gillot, qui réussit cet exploit avec brio !

Dani et Nora vont aborder le deuil de deux manières différentes : l’une, choquée et réaliste face à cette terrible épreuve, va sombrer dans une dépression profonde. L’autre, encore loin d’accepter le deuil, va s’imaginer un quotidien où Tom serait encore présent.

Terriblement poignante, la douleur que ressentent les parents du petit Tom fait échos en chacun de nous. Elle s’est  immédiatement immiscée dans mon coeur, et m’a mise plus d’une fois au bord des larmes. Même sans jamais avoir vécu une situation similaire ou approchant, on ne peut qu’être touché par ce drame, par les mots que pose l’auteur dessus, et par les différentes manières dont les protagonistes abordent cette tragédie.

Je ne peux guère vous en dire plus sur ce roman, qui ne peut pas être tant raconté que ça, mais qui se vit, tout simplement.


Un roman tendre mais puissant qui dépeint avec émotions le chemin vers le deuil. Vous n’en ressortirez pas indemne !

Ma note : 8,5/10

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Coups de foudre


Coups de foudre de Mélanie Rose

350 pages, éditions Archipoche, à 9,95€


Résumé : Alors qu’elle promène son chien, Jessica Taylor, une jeune célibataire d’Epsom, est frappée par la foudre.
Elle survit miraculeusement mais, quand elle se réveille à l’hôpital, il semble qu’elle a changé d’identité. Tout le monde en effet la prend pour une certaine Lauren Richardson, épouse de Grant et mère de quatre enfants, qui elle aussi a été touchée par la foudre.
Qui est-elle vraiment ? Lauren ? Ce qui signifierait alors qu’elle a perdu la mémoire et se souvient du passé d’une autre. Ou Jessica ? Mais comment expliquer alors le fait incroyable qu’elle ait intégré le corps d’une autre ?
Quoi qu’il en soit, la jeune femme n’a d’autre choix que d’endosser sa nouvelle identité et de vivre la vie de Lauren. Peu à peu, elle se glisse dans sa nouvelle peau. Son comportement surprend ses proches et, bien vite, elle découvre un secret qui menace l’équilibre familial…


Mon avis : Un jour de pluie, alors qu’elle promène tranquillement sa chienne Frankie, Jessica Taylor, une jeune célibataire endurcie, est frappée par la foudre. Elle survit miraculeusement, mais se réveille dans le corps d’une autre. Cette autre s’appelle Lauren, elle est mariée et a quatre enfants. Jessica croit à un rêve farfelu, puisque lorsqu’elle se rendort, elle redevient elle-même. Mais ce n’est que le temps d’une journée, car elle se rend compte qu’elle endosse simultanément deux identités à la fois, très différentes. Elle va devoir continuer à vivre normalement et apprendre à s’intégrer dans la peau d’une maman, au coeur d’une famille dont elle ne connaît rien. Un défi de taille l’attend… et elle n’est pas au bout de ses surprises !

Assez perplexe au début de ma lecture, je me suis laissé lentement embarquer par Mélanie Rose, dans cette histoire aussi farfelue qu’excitante. Qui n’a jamais rêvé de se glisser dans la peau d’une autre personne, ne serait-ce qu’une seule journée ? En tout cas, moi j’en ai déjà rêvé., et je me prends souvent à imaginer la vie des passants dans la rue. Jessica a réalisé ce fantasme pour nous : elle a dédoublé son identité pour se rendre dans la peau d’une autre. Et ce n’est clairement pas une partie de plaisir, surtout lorsque l’autre personne en question est une femme mariée et maman de quatre jeunes enfants en bas âge. Jessica va devoir réapprendre à vivre dans le corps d’une autre, et surtout elle va devoir faire semblant d’être celle qu’elle n’est pas.

J’ai beaucoup aimé l’idée et l’originalité du récit. Malgré quelques incohérences d’écriture qui ont passablement gênés ma lecture, j’ai apprécié découvrir cette histoire. C’est sûr, pour apprécier un tant soit peu ce récit, il faut savoir ouvrir son esprit et se laisser guider par l’écriture de l’auteure.

Habituée des lectures en tout genre, j’ai, depuis quelques années, développé le syndrome du « je devine le dénouement avant qu’il n’ait lieu ». Coups de foudre n’a pas échappé à la règle, puisqu’à mi-chemin du récit, je me faisais déjà une idée de dénouement final. Et ça n’a pas loupé : il a bel et bien eu lieu comme je l’avais imaginé. Je l’ai trouvé bon, mais peut-être un peu bâclé, dans le sens où il n’est pas assez bien développé, et la dernière page se ferme alors que la révélation finale vient d’avoir lieu. Autrement dit : on ne laisse pas le lecteur se remettre de ses émotions qu’il doit déjà passer à autre chose. Une dizaine de pages de plus n’auraient pas été de refus (et un tome deux aurait été encore mieux !).


Et si nous pouvions vivre une journée ou plus dans la peau d’une autre personne ? Jessica Taylor l’a expérimenté pour nous.  Une histoire originale et distrayante, qui mêle comédie romantique et fantastique. 

Ma note : 7/10

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La goûteuse d’Hitler

La goûteuse d'Hitler Rosella Postorino


La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

382 pages, éditions Albin Michel


Résumé : 1943 : Rosa Sauer, jeune Berlinoise antinazie de 26 ans, a perdu ses parents et se voit contrainte d’aller vivre seule chez ses beaux- parents à Gross-Partsch car son mari s’est engagé dans l’armée. Le village se trouve à proximité de la Wolfsschanze, la « Tanière du Loup », le principal quartier général d’Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale. Convaincu qu’on cherche à l’empoisonner, le Führer met en place un important système de contrôle de sa nourriture, dont font partie une dizaine de goûteuses. Lorsque les SS viennent chercher Rosa, elle ne peut qu’accepter de participer à l’expérience et se rend deux fois par jour au bunker pour tester les repas du dictateur…


Extraits  « Nous étions des femmes sans hommes. Les hommes se battaient pour la patrie – D’abord mon peuple, puis tous les autres ! D’abord ma patrie, puis le monde ! – et parfois ils revenaient en permission, parfois ils mouraient. Ou étaient portés disparus. »

« Les choses ne sont presque jamais comme elles semblent, déclara-t-elle. Ça vaut aussi pour les gens. »


Mon avis : La Seconde guerre mondiale a éclatée, Rosa perd ses parents, dit au revoir à son mari partit à la guerre et se voit contrainte de quitter Berlin pour Gross-Partsch, le village où vit ses beaux-parents. Ce village est situé non loin de la « Tannière du loup », le camp principal où est retranché le Führer. C’est donc sans surprise qu’un beau matin, des SS viennent chercher Rosa pour lui proposer de force un travail : celui de goûteuse, aux côtés de neuf autres jeunes femmes. Ensemble, elles devront goûter les plats préparés par les cuisiniers pour le Führer, matin, midi et soir, pour s’assurer qu’Hitler ne meurt pas empoisonné. Une tâche qui va s’avérer très éprouvante psychologiquement.

Je me suis laissé emporter dans cette histoire. Nous suivons avec avidité et horreur le destin de dix jeunes femmes, dix goûteuses, qui sont forcées de mettre quotidiennement leur vie en péril, au nom d’un Führer auquel elles ne croient pas.

J’ai apprécié l’originalité du récit et l’angle abordé par l’auteure. En effet, les histoires sur la Seconde guerre mondiale sont nombreuses, et souvent elles contiennent de multiples points de convergences, qui les rendent presque toutes identiques. Ici, sans dénaturer l’Histoire, l’angle par lequel Rosella Postorino aborde le sujet est complètement novateur et tout aussi captivant que les autres récits sur la Seconde guerre mondiale. Bien que nous soyons en temps de guerre, l’auteure fait le choix de ne pas montrer directement les horreurs de celle-ci. Évidemment, nous ressentons une tension constante et croissante, nous voyons des vies se fait emporter, des personnes disparaître, mais point de traces de sangs ni de coups de feu directs.

Chaque jour, matin, midi et soir, les dix goûteuse d’Hitler se retrouvent dans la cantine, où elles mangent les plats et aliments que le Führer mangera par la suite. Une fois leur repas terminé, elles devaient encore patienter une heure, temps jugé nécessaire pour savoir si un plat ou un aliment avait été empoisonné. Elles repartent ensuite chez elles, en se demandant toujours si la prochaine fois sera la dernière. Un travail éreintant psychologiquement, qui fait peser sur l’ensemble du récit une tension constante.

Loin de son mari parti au front, Rosa va chercher du réconfort auprès de sa belle-famille, auprès des autres goûteuses, auprès d’une baronne assez extravagante, et surtout, auprès d’un homme qu’elle n’aurait jamais du approcher. Sous nos yeux, dans ce contexte de guerre, naît une histoire d’amour entre deux personnes. Je ne souhaite pas vous gâcher la surprise de la découvrir, mais sachez que c’est une histoire d’amour sans commune mesure, qu’il est difficile de se représenter comme étant réelle, mais les sentiments ne se contrôlent pas, comme on dit.

Quant au dénouement, il est surprenant, je l’ai trouvé vraiment trop utopique. Vous jugerez par vous-même si vous lisez ce récit, mais il m’a semblé tellement surréaliste et incohérent que je n’y ai pas adhéré. Je finis donc cette lecture sur une note un peu négative, mais heureusement l’ensemble du livre m’a quand même bien plu.

Je remercie les éditions Albin Michel et la Masse critique de Babelio de m’avoir permis de découvrir cette histoire, que je n’aurais certainement jamais acheté seule.


Un récit historique sur les goûteuses d’Hitler, mijoté avec beaucoup d’amour. J’ai aimé l’originalité de l’histoire,  et ne doute pas que vous puissiez l’adorer aussi. 

Ma note : 7,5/10

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Et si tu redistribuais les cartes de ta vie ?


Et si tu redistribuais les cartes de ta vie ?
de Carole-Anne Eschenazi

220 pages, éditions Eyrolles, à 14€


Résumé : Tara Bouviers vient de fêter ses 40 ans quand elle voit sa vie s effondrer : Victor, son mari producteur, lui annonce qu il la quitte pour une femme plus jeune, Sherry. Celle-ci animera désormais l’émission MyBeauty à la place de Tara. Sous le choc, Tara se réfugie chez sa marraine Louisiane qui lui laisse les clés de sa maison sur l’île bretonne d’Arvana.

Dans la maison de Louisiane, Tara découvre le cadeau singulier qu’a laissé sa marraine pour elle : un jeu divinatoire doté d’étranges pouvoirs dont le but serait d’aider celui qui l’utilise à retrouver le bonheur. Une fois les cartes tirées, elles font apparaître un message : une action à mener dans un temps imparti. Lorsque l’action a été proprement menée, une croix bleue se dessine au bas de la carte. On peut alors tirer la carte suivante et continuer la partie jusqu’à son terme. Tara choisit de relever le défi et de se servir du jeu…


Extraits  « Chacun se sert des armes qu’il peut pour encaisser les coups sournois que la vie se plaît à infliger. »

« D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voyagé. Je suis d’un tempérament qui n’aime pas rester en place. Du moins pas trop longtemps. Traverser les pays, rencontrer de nouveaux êtres, découvrir des cultures à chaque fois différentes, des modes de pensée contrastés, parcourir le monde ; c’est cela qui m’anime. J’en ai presque fait ma mission ici-bas, ma raison d’exister. »


Mon avis : Tara Bouviers, quarante ans, est marié avec Victor, qui est aussi son patron et producteur. Tout se passe pour le mieux dans la vie de Tara, jusqu’au jour où Victor rentre dans leur maison et lui annonce qu’il souhaite divorcer et la licencier, pour donner sa place à Sherry, de vingt ans sa cadette. Sous le choc de cette double claque, Tara décide de se couper du monde pour prendre le temps de se recentrer et de réfléchir à sa situation, et part s’installer chez sa marraine Louisiane, sur une île bretonne. Loin du tumulte de sa vie parisienne, Tara va réapprendre à vivre, elle va faire la rencontre d’Adam, un voisin de Louisiane, puis de Mindy, la factrice de l’île, avant de faire une rencontre qui va changer sa vie… celle d’un jeu de tarot magique, appelé Odissea. D’abord étonnée et suspicieuse en découvrant les règles farfelues de ce jeu, Tara va rapidement céder à la curiosité en commençant la partie. Elle ne savait pas que celle-ci allait changer sa vie à tout jamais.

Et si tu redistribuais les cartes de ta vie ? est un roman frais et léger, qui se dévore en un rien de temps. Les chapitres sont courts, l’histoire est dynamique et addictive, si bien que les chapitres s’enchaînent à un rythme soutenu.

J’ai beaucoup apprécié découvrir cette histoire. Tara fait le choix de quitter son quotidien, de partir loin de ses habitudes, de ses amis, de tous ses repères, pour se recentrer sur elle. C’est un choix complexe à prendre, mais qui s’avère bénéfique dans son cas. Nombreuses sont les personnes qui ont déjà imaginé un jour prendre leurs valises et quitter leur vie quotidienne pour repartir de zéro… mais peu ont osé le faire. C’est pour cela que j’admire particulièrement Tara et sa force de caractère. N’oublions pas qu’elle vient de se faire larguer par son futur ex-mari, qui plus est est son patron. Loin de se laisser abattre, elle va de l’avant et prend les choses en mains : elle va enfin pouvoir penser à elle et rien qu’à elle ! Il est clair que le personnage de Tara ne laisse pas indifférent, et que beaucoup pourront trouver un écho de son histoire dans leur vie personnelle. Elle instille un je-ne-sais-quoi d’espoir qui redonne immédiatement confiance en la vie et en l’avenir.

En plus du personnage de Tara que j’ai beaucoup aimé, j’ai adoré le concept du jeu Odissea. C’est un tarot un peu magique, qui permet à la personne qui y joue de se questionner sur sa vie afin de se remettre en question, et de réaliser différentes actions concrètes pour aller de l’avant. Un soupçon d’imaginaire est nécessaire pour y jouer, ainsi qu’une bonne dose de courage. C’est peu cher payé pour ce que le jeu offre en retour… Amour, amitié, clairvoyance, bonheur… sont autant de choses que va (re)découvrir notre chère protagoniste grâce à ce jeu.


La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille et nous réserve souvent bien des surprises…  Tara Bouviers, l’héroïne de cette histoire, en a fait l’expérience. Un livre à savourer, qui saura illuminer vos journées.  

Ma note : 8,5/10

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Sans sang


Sans sang de Alessandro Baricco

121 pages, éditions Folio


Résumé : «Dans la campagne, la vieille ferme de Mato Rujo demeurait aveugle, sculptée en noir contre la lumière du crépuscule. Seule tache dans le profil évidé de la plaine.
Les quatre hommes arrivèrent dans une vieille Mercedes. La route était sèche et creusée – pauvre route de campagne. De la ferme, Manuel Roca les vit.
Il s’approcha de la fenêtre. D’abord il vit la colonne de poussière s’élever au-dessus de la ligne des maïs. Puis il entendit le bruit du moteur. Plus personne n’avait de voiture, dans le coin. Manuel Roca le savait. Il vit la Mercedes apparaître au loin puis se perdre derrière une rangée de chênes. Ensuite, il ne regarda plus.
Il revint vers la table et mit la main sur la tête de sa fille. Lève-toi, lui dit-il. Il prit une clé dans sa poche, la posa sur la table et fit un signe de tête à son fils. Tout de suite, dit son fils. C’étaient des enfants, deux enfants.»


Extraits « Mais rien n’arriva, parce qu’il manque toujours quelque chose à la vie pour être parfaite. »

« – Qu’est-ce que ça veut dire un monde meilleur ?
– Un monde juste, où les faibles ne doivent pas souffrir à cause de la méchanceté des autres, où n’importe qui peut avoir droit au bonheur. »


Mon avisLa couverture et le titre de Sans sang offrent une image assez claire de ce qui se trouve à l’intérieur du livre : des scènes de guerres, beaucoup de violences, des meurtres et des litres de sangs. Une petite fille voit son père mourir devant ses yeux. Son meurtrier, qui pourtant a tué de mains nues, se laisse émouvoir par les yeux innocents de cette petite fille. Bien des années plus tard, ils se retrouvent, et discutent de ce temps passé et de cet acte meurtrier. Arriveront-ils à oublier ?

Sans sang est un roman empli de dualités : la vie et la mort, la tristesse et la joie, le pardon et la vengeance, viennent rythmer le fil de l’histoire. De nombreux questionnements sur la guerre viennent se superposer au récit : comment se repentir après avoir commis des actes cruels, comment oublier ou continuer à vivre après avoir commis le pire ?

J’ai été assez horrifié par certaines scènes sanglantes de l’histoire, que j’ai trouvé crues, comme posé au milieu du livre sans finalité précise. C’est un peu le ressenti global que j’aie de cette histoire : une narration cruelle, sans filtre, mais qui ne laisse pas percevoir avec limpidité les tenants et aboutissants de cette narration dramatique.

Je suis donc déçue de cette histoire. Il faut dire que Alessandro Barrico m’a habitué à mieux, notamment à travers Novecento : pianiste, qui raconte l’histoire d’un jeune garçon, qui est né et a vécu toute sa vie sur un bateau. C’est un roman très émouvant, dont je me souviens encore des années après. Je vous recommande donc fortement de lire Novecento : pianiste ou même Soie, qui racontent des histoires aussi surprenantes, mais bien plus fines et travaillées que celle narrée dans Sans sang.


Alessandro Baricco est un auteur italien à la plume acérée, qui divise souvent les foules : soit on adhère, soit on déteste. Je n’ai pas aimé ce livre, que je juge trop cru et ambigu, mais je vous encourage à découvrir les autres oeuvres de l’auteur. 

Ma note : 3,5/10