Violette au bois des fous


Violette au bois des fous de Madeleine Melquiond
155 pages, éditions Favre, à 15€


Résumé : Un jour de septembre, Violette, journaliste à la retraite, n’a plus trouvé de sel à la vie. Seule dans sa maison de campagne, alors qu’elle s’était imaginée entourée d’enfants et de petits-enfants, elle a eu l’impulsion soudaine de disparaître en avalant des somnifères. Mais la mort n’a pas voulu d’elle. Au terme d’un voyage picaresque dans une ambulance déglinguée, elle débarque dans un hôpital psychiatrique un peu isolé, édifié au milieu d’un bois : c’est le bois des fous. En ce lieu à part, les internés ont adopté un sabir saugrenu qui les différencie du monde « normal » qu’ils vont tenter de réintégrer, un jour ou jamais, selon leur cas. Jadis instituteur, secrétaire ou commercial, ils sont tous momentanément ou indéfiniment des zigs affublés de surnoms hilarants dont ils gratifient aussi le personnel, ce qui favorise leur cohésion.Cet univers cocasse sensibilise Violette à d’autres valeurs et merveilles de la vie. Elle remonte peu à peu des enfers et revient à la lumière, en méditant près d’un arbre.

L’épopée de Violette, inspirée par l’expérience de l’auteure mais qui pourrait aussi être celle de chacun d’entre nous à un moment de vertige, témoigne de la frontière ténue entre la santé mentale et l’accès de folie. Ce livre plein d’humour a aussi le mérite de nous raconter, sans jugement, la vie réelle de ceux dont le désespoir assumé frôle parfois l’art de vivre.


Extraits« À quoi sert de s’opposer au torrent de l’existence, qui charrie la boue et les plus belles fleurs ? »

« C’est une évidence que si les zigs sont des zigs, les fous des fous, nombre d’entre eux sont perspicaces. »


Mon avis : Violette au bois des fous… quelle curieuse histoire… le titre déjà, annonce la couleur (pas Violette) et donne le ton sur l’ensemble du récit : ce sera loufoque, décalé, ce sera original, ce sera absurde, comique. Violette est une vieille dame, journaliste à la retraite, qui vient d’être admise dans un hôpital psychiatrique suite à une tentative de suicide. Là-bas, elle fait la rencontre de personnalité hauts en couleurs, qui portent tous des surnoms excentriques et peu flatteurs : Gros Tas, Moulin à paroles… le sien sera Poésie, en rapport avec son appétence pour l’écriture et son métier passé. Le personnel soignant a également le droit à ses surnoms détournés, qu’ils adoptent sans vraiment avoir leur mot à dire. Le tout renforce la cohésion des internés, qui se sentent plus proches, plus intimes entre eux et s’amusent ouvertement de leurs différences respectives.

L’univers est singulier, on a peu l’habitude de pénétrer dans les confins des asiles de fous. Celui-ci est séparé en plusieurs pavillons, qui accueillent des cas légers, qui ne résideront à l’asile seulement quelques jours ou semaines (tentative de suicide comme Violette, mythomanie…) à très graves, devant être particulièrement surveillés (viols, nymphomanie…). Ces derniers élisent domicile à l’asile pour un temps indéterminé, parfois pour toujours. J’ai été déstabilisée par ce voyage au milieu des bois, dans un cadre presque idyllique, qui fait illusion. 

Malheureusement, je n’ai pas particulièrement adhéré, que ce soit aux personnages, froids, trop excentriques, ou à l’ambiance générale, clinique, impersonnelle, assez sinistre dans l’ensemble. Le récit est quant à lui assez pauvre, puisqu’il n’y a pas de réel fil conducteur, aucune intrigue ou histoire à suivre. Ce sont uniquement des bribes d’instants, où l’on suit avec parcimonie, l’internement de Violette, ses rencontres, ses prises de conscience.


Un récit assez pauvre, où l’on suit une vieille dame dans son parcours d’internement, suite à une tentative de suicide. Je n’ai pas particulièrement adhéré à l’histoire, que j’ai trouvé sans réel intérêt.

Ma note : 4/10

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ISBN : 978-2-8289-1951-1

Les Sirènes d’Es Vedrà


Les Sirènes d’Es Vedrà de Tom Charbit
331 pages, éditions Seuil, à 19,50€


Résumé : Les habitants d’Ibiza racontent que les Sirènes auxquelles Ulysse a échappé se cachaient à Es Vedrá, une petite île voisine aux pentes vertigineuses et à la beauté magnétique. Leur chant a depuis été recouvert par le grondement de la musique électronique.
C’est cette musique que Juan a jouée, derrière ses platines, durant une longue nuit de vingt ans. Vingt années à faire danser le monde entier, vingt années de fêtes et d’excès, sans jamais toucher terre.
Les Sirènes d’Es Vedrá est le récit de l’atterrissage en catastrophe d’un homme arrêté au sommet de sa carrière à l’approche de la quarantaine, d’une retraite précipitée, et d’un réveil difficile dans un petit village du sud de l’Ardèche. Mais comment se réinventer quand autour de soi tout s’effondre ? Y a-t-il une vie après la fête ?
Épopée intime pleine d’autodérision d’un homme trop vieux pour avoir encore des illusions mais trop jeune pour faire le deuil d’une autre vie possible, récit d’une révolution intérieure, portrait d’un monde rural en lutte, histoire d’amour tragique inoubliable, ce roman ample et puissant, drôle et émouvant, nous parle de ce que nous sommes, de ce que l’on aimerait être, et de la nécessité de faire face au cours fondamentalement abrupt et cruel de nos existences.


Extraits« On ne sait jamais quoi dire à quelqu’un qui souffre. On est juste là à hésiter entre plusieurs options alors qu’on sait très bien qu’elles sont toutes mauvaises. »

« Il y a des choses auxquelles on peut faire face, des douleurs qu’on peut atténuer, des contrariétés qu’on peut relativiser. Et d’autres qui nous tombent dessus, tel un couperet. »


Mon avis : Je remercie sincèrement les éditions du Seuil, ainsi que les équipes de Babelio, pour m’avoir sélectionnée afin de découvrir le premier roman de Tom Charbit. Malheureusement, je n’ai absolument pas accroché, que ce soit à l’histoire, au protagoniste, ou au style d’écriture.

Juan est un DJ internationalement connu, qui mixe aux quatre coins du monde. Continuellement en voyage, il traverse les pays comme le temps à une vitesse fulgurante. Après plus de vingt ans de carrière, les effets dévastateurs de ce rythme fou (drogue, alcool, volume sonore…) commencent à se faire sentir. Juan a notamment des problèmes d’audition, des acouphènes dû au volume exponentielle des sets qu’il jouait. Il décide de se reposer un temps en pleine campagne, au fin fond de l’Ardèche, afin de faire le point sur sa vie et de retrouver un peu de sérénité. Très rapidement, il va nouer des liens avec la population locale et s’imprégner totalement de ce nouveau rythme de vie, paisible, calme et ensoleillé, loin de son quotidien passé. Ce sera l’occasion pour lui de faire le point sur sa relation avec Ana, son ex dont il est toujours amoureux ; mais aussi de raisonner Julian, son jeune poulain, qui suit ses traces dans le monde de la nuit.

J’ai trouvé ce récit assez indigeste. La première partie du récit était pourtant agréable à découvrir, avec un personnage très humain, attachant, qui inspirait pitié et tristesse. Ses problèmes auditifs et sa relation avortée avec Ana sont des sujets de fond qui m’intéressaient, mais que je n’ai plus retrouvé dans la seconde partie, trop mécanique, froide, totalement vide de sens et de sentiments. 

Il faut dire que les sujets sont (trop) nombreux et souvent uniquement abordés, sans être développés ; on se demande alors où se trouve l’intérêt réel du récit. J’ai en tête notamment les grands serments sur le gaz de schiste, produites par les sociétés américaines, qui viennent se placer dans l’histoire par je ne sais quel miracle, sans qu’aucun lien précis ne les y invite. C’est également le cas pour les longues discussions sur les postures vegans, ou bios, qui sont lourdes à lire et en totale inadéquation avec le récit. Ces passages étaient particulièrement barbants, non qu’ils soient inintéressants, mais pas forcément les bienvenus dans cette histoire, que je pensais plutôt intimiste et émotive. Finalement, ce n’est qu’au dénouement que l’on retrouve un peu de l’essence de la première partie, avec un retour sur l’histoire entre Juan et Ana et beaucoup de sentiments, particulièrement les bienvenus. Dommage que l’ensemble du livre n’a pas été écrit dans la même veine que ces scènes-là !

Enfin, globalement, je n’ai pas apprécié le style d’écriture, que j’ai trouvé, de la même manière que les sujets abordés ci-dessus, particulièrement lourd. Des paragraphes entiers s’étalaient, assez inutiles, comme si l’auteur souhaitait remplir des pages et des pages, sans servir l’histoire, qui n’avançait pas d’un pouce. Je pense notamment aux longues séries de descriptions, trop précises et alourdissantes, sur les paysages, l’environnement, les personnages, qui m’ont ennuyées.


Une histoire qui commençait bien, mais les longueurs à répétition et la lourdeur du texte ont vite freinés mon ardeur : je n’ai pas pris de plaisir avec cette lecture. 

Ma note : 3/10

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ISBN : 978-2-02-148338-3

Pas d’ombres sans lumière


Pas d’ombres sans lumière de Dorothée Catoune
354 pages, éditions l’Archipel, à 18€


Résumé : Adèle et Lisa sont amies d’enfance.
Adèle s’est mariée très jeune avec Victor, avec qui elle a eu deux filles. Elle semble heureuse mais, rapidement, elle ne s’épanouit plus dans son rôle de mère et de femme au foyer.
Lisa est docteur en ethnologie mais elle n’a pas construit de famille avec son mari, accaparé par le travail.
Souvent chamboulées par les aléas de la vie d’aujourd’hui, les deux jeunes femmes avancent comme elles le peuvent. Adèle voit son quotidien bouleversé, et bientôt son coeur, en tombant amoureuse de façon inattendue. Quant à Lisa, elle se rend compte que sa vie est peut-être fondée sur des illusions et des mensonges…
C’est le grand défi d’Adèle et Lisa : trouver un équilibre quand rien ne se passe dans la vie comme on le croit !


Extraits« Je sais, la vie c’est comme un toboggan : il faut retourner à l’échelle et grimper. »

« Les plus beaux voyages se font souvent dans la tête. »


Mon avis : Quel bonheur de lire ce livre ! C’est l’histoire d’Adèle et Lisa, deux meilleures amies d’enfance, que l’on va suivre dans leur quotidien au fil des années. Adèle, mère et femme au foyer, semble s’ennuyer dans une vie qui ne lui correspond plus. Elle prend rendez-vous chez un conseiller Pôle Emploi… qui va chambouler toute sa vie. D’une femme terne, lassée et effacée, Adèle se transforme en femme heureuse, amoureuse et épanouie. Un renouveau qui lui donne des ailes. Quant à Lisa, en couple depuis de nombreuses années avec un conjoint très souvent absent, elle est souvent emplie de solitude et rêve de fonder une famille… malgré les contraintes médicales que le couple rencontre. Mais son mari ne semble pas investi plus que nécessaire dans la création de leur famille. Un manque d’entrain qui cache de terribles secrets.

L’écriture est légère, enivrante, on se laisse facilement transporter dans l’histoire et on aime les deux protagonistes. Adèle et Lisa sont deux jeunes femmes très touchantes et particulièrement attachantes, à qui l’on peut facilement s’identifier. Leur quotidien n’est pas tout rose ; criblé de hauts et de bas, il nous montre la vraie vie, sans l’enjoliver. Entre peines de coeur, trahison, tromperie, mensonge, amour, amitié, secrets, homosexualité… loin des romans fleuves, à travers des thématiques variées, Dorothée Catoune nous raconte des moments de vie de façon réalistes et concrets. Des sujets intemporels, qui s’adaptent à notre société moderne.

J’ai beaucoup aimé suivre le quotidien de ces deux amies, mais j’ai surtout apprécié leurs traits de caractère. Ce sont des femmes battantes, qui subissent les coups durs de la vie, mais qui arrivent à puiser au fond d’elles-mêmes le courage de se relever et de continuer à avancer. Des personnalités inspirantes, qui devraient donner espoir aux lecteurs. Enfin, ce sont deux femmes qui se fichent des normes et des regards que les autres peuvent porter sur elles. Toujours avec beaucoup de courage et de témérité, elles s’affranchissent des clichés pour oser être les femmes qu’elles souhaitent être. Une très belle mentalité, qui dénote encore une fois leur force de caractère !


Un roman léger, qui se dévore en quelques heures à peine. Il vous fera passer des rires aux larmes à travers des thématiques variées et grâce à des protagonistes attachantes et inspirantes. J’ai beaucoup aimé et espère que dorothée catoune sorte un deuxième roman !

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-8098-4223-4

Comment les pingouins ont sauvé Veronica


Comment les pingouins ont sauvé Veronica de Hazel Prior
452 pages, éditions l’Archipel, à 20€


Résumé : Le cœur ne gèle jamais, même au milieu des icebergs. Au crépuscule de sa vie, Veronica McCreedy, 84 ans, se replonge dans son existence pour chercher ses
héritiers. Elle retrouve la trace de Patrick, un petit-fils de vingt ans abandonné par son père et orphelin depuis l’âge de six ans, après le suicide de sa mère. Mais le jeune homme ne plaît pas à cette grand-mère acariâtre.
À la suite de cette rencontre désastreuse, Veronica décide de léguer ses biens aux pingouins et obtient
d’accompagner une mission scientifique en Antarctique pour observer ses petits protégés.
Mais Veronica tombe malade lors de ce voyage et Patrick, sa seule famille, est appelé à son chevet. Comme deux animaux sauvages, ils vont apprendre à s’apprivoiser au milieu des icebergs…


Extraits« Et vous savez ce que c’est, la curiosité ? C’est comme un ver qui vous grignote. Il grignote et grignote jusqu’à ce que vous cédiez. »

« Le tic-tac de l’horloge me semble particulièrement bruyant aujourd’hui. Je déteste les horloges mais, comme les politiciens et le paracétamol, elles ont trouvé le moyen de se rendre indispensables dans ce monde. »


Mon avis : Le titre du livre d’Hazel Prior a de quoi. Comment les pingouins ont sauvé Veronica est un tantinet loufoque, grotesque, il nous semble annoncer une histoire légère, un peu comique. Néanmoins, il n’en est rien : c’est un roman tout à fait sérieux, émouvant, un peu larmoyant, mais rempli d’amour.

Veronica McCreedy, notre protagoniste, est une vieille dame âgée de quatre-vingt-six ans. Très solitaire, elle n’a aucune famille, excepté Eileen, son aide ménagère, qui vient quotidiennement la seconder dans ses tâches journalière. Sentant son heure approcher, Veronica décide de rechercher ses proches. Car, dans un passé très très lointain, la vieille dame a enfanté un garçon, qu’elle a dû abandonner de force. Après plusieurs recherches menées par des spécialistes, elle découvre qu’elle est grand-mère d’un certain Patrick, un jeune homme d’une trentaine d’années. Veronica lui écrit, avant d’aller le rencontrer… mais de vite déchanter. Patrick est un jeune chômeur à l’hygiène douteuse, qui noie ses problèmes dans la drogue et ne semble s’émouvoir que de l’argent que pourrait lui rapporter la vieille dame. Attristée et déçue, Veronica décide de reverser son argent à une cause qui lui importe plutôt qu’à son petit-fils : les pingouins.

Grâce à un reportage tourné en Antarctique, Veronica découvre la vie des pingouins et la mission des scientifiques, qui luttent pour sauvegarder l’espèce. Très émue, la vieille dame réserve sur un coup de tête un voyage aller-retour de trois semaines en Antarctique. Une aventure hors du commun et périlleuse l’attend : l’aventure de sa vie. Mais à son grand âge, celle-ci va vite tourner à la catastrophe.

D’une écriture fluide, Hazel Prior nous fait rêver et voyager, en nous emmenant dans un pays lointain, à la découverte des pingouins. Les paysages décrits sont somptueux ; les étendues de neige à perte de vue, les milliers de manchots qui vivent en totale liberté, l’absence de présence humaine (hormis les trois scientifiques), la vie rudimentaire, spartiate du campement. C’est une véritable bouffée d’air frais, qui nous rappelle néanmoins avec horreur les conséquences des actions des hommes sur la nature : le réchauffement climatique, la disparition d’espèces sauvages, qui devrait se multiplier davantage dans les années à venir. Le récit est entrecoupé de quelques pages du blog de Terry, l’une des scientifiques du campement, qui nous en apprend plus sur le mode de vie des pingouins, la façon dont ils survivent, se reproduisent, de quoi ils se nourrissent et de quelle façon ils trouvent leur nourriture… des informations bienvenues, qui nous rendent ces petits êtres de la banquise encore plus attachants.

Outre ce voyage totalement dépaysant, l’auteure nous entraîne dans un voyage dans le temps, dans la jeunesse de Veronica. A travers ses journaux intimes, envoyés à son petit-fils Patrick, on découvre une autre Veronica : jeune, insouciante, malmenée par la vie dure, solitaire, mais très amoureuse. J’ai été très émue de découvrir sa tragique histoire. Après la perte de ses deux parents, Veronica se retrouve seule avec sa tante M, qu’elle déteste. Abandonnée également par ses amies, elle trouve du réconfort uniquement dans les bras d’un homme qu’elle ne peut aimer publiquement : Giovanni, un prisonnier de guerre italien. Une histoire peu banale, qui a forgé le caractère de Veronica. Aujourd’hui, toujours aussi solitaire, elle s’est repliée sur elle-même, elle a verrouillé son coeur, ne souhaitant plus qu’une quelconque mauvaise nouvelle ne vienne la frapper une nouvelle fois. Cette femme, à l’apparence glaciale, renferme bien plus de blessures que nous ne pouvions l’imaginer. Son courage est admirable.

L’arrivée de Patrick, son petit-fils, dans sa vie, semble être une nouvelle étape vers l’acceptation, vers le renouveau, le retour à la vie et à tous ses plaisirs. Il apporte une bouffée d’air frais à son quotidien morose. C’est d’ailleurs à son contact, mais également grâce aux pingouins, en particulier à son petit protégé Pip, que nous voyons Veronica changer, se transformer, s’ouvrir et s’épanouir au fil des pages. Ces rencontres et ce voyage ont contribué à la résilience, au pardon, à l’ouverture et au renouveau.


Un roman rempli d’amour et de vie, qui nous emmène en plein coeur de l’Antarctique, aux côtés de milliers de manchots Adélie. Une histoire engagée et humaine, qui enjoint à la préservation de la nature. J’ai beaucoup aimé !

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-8098-4220-3

Le rapport de Brodeck


Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel
374 pages, éditions Le Livre de Poche, à 6,95€


Résumé : Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache.
Moi je n’ai rien fait, et lorsque j’ai su ce qui venait de se passer, j’aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu’elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer.
Mais les autres m’ont forcé : « Toi, tu sais écrire, m’ont-ils dit, tu as fait des études. » J’ai répondu que c’étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d’ailleurs, et qui ne m’ont pas laissé un grand souvenir. Ils n’ont rien voulu savoir : « Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses. Ça suffira. Nous on ne sait pas faire cela. On s’embrouillerait, mais toi, tu diras, et alors ils te croiront. »


Extraits« -On ne se rend jamais trop compte combien le cours d’une vie peut dépendre de choses insignifiantes, un morceau de beurre, un sentier que l’on délaisse au profit d’un autre, une ombre que l’on suit ou que l’on fuit, un merle que l’on choisit de tuer avec un peu de plomb, ou bien d’épargner. »

« C’est très curieux la sainteté. Lorsqu’on la rencontre, on la prend souvent pour autre chose, pour tout autre chose, de l’indifférence, de la moquerie, de la conspiration, de la froideur ou de l’insolence, du mépris peut-être. On se trompe, et alors on s’emporte. On commet le pire. C’est sans doute pour cela que les saints finissent toujours en martyrs. »


Mon avis : Le rapport de Brodeck est un roman français écrit par Philippe Claudel, qui a été félicité pour son oeuvre par le Prix Goncourt des lycéens, qu’il reçoit la même année que la sortie de son livre, en 2007.

C’est une histoire assez complexe que nous livre l’auteur. Brodeck, le personnage principal, est un antihéros, dans le sens c’est être ordinaire, éloigné du héros traditionnel, loin des valeurs et qualités qui peuvent les désigner. Brodeck, c’est un homme qu’on a beaucoup de mal à cerner. Il est calme, mystérieux, trop docile, très souvent effacé.

Ce livre nous plonge dans les affres de la seconde guerre Mondiale et en particulier, en plein camp de concentration. C’est dans l’un d’entre eux que se retrouve Brodeck, considéré comme un Anderer (c’est-à-dire « l’Autre », un étranger), il va côtoyer quotidiennement la mort, souffrir de malnutrition et connaître l’humiliation. Surnommé Chien Brodeck, c’est comme tel qu’il doit maintenant agir, perdant toute trace d’humanité. Revenu vivant de ce camp par un miracle incertain, Brodeck avoue sans honte que son avilissement lui aura sauvé la vie.

De retour dans son village d’accueil, auprès de sa femme, de son enfant et de sa fidèle servante, qu’il considère comme sa grand-mère, Brodeck retrouve aussi l’ensemble des habitants du bourg, qui ne pensaient pas le revoir un jour vivant. Le monument au mort était d’ailleurs affublé de son nom. Passé l’étonnement, sa vie reprend le cours normal des choses, jusqu’au jour où, l’étranger qui se faisait accueillir par les villageois est subitement assassiné. Brodeck, ancien étudiant parisien, l’un des seuls hommes sachant lire et écrire, est chargé par le maire du village d’écrire un rapport complet sur les conséquences de la venue de l’Anderer et les raisons qui ont conduites à sa mort. Son récit, loin d’être objectif, raconte l’horreur, la trahison, la culpabilité, le rejet de l’autre, l’inhumanité dont peut faire preuve chaque homme… La mise en abîme du rapport avec le déroulé du récit lui-même est une prouesse littéraire que j’ai apprécié, qui apporte de la noirceur supplémentaire, bien qu’il faille quand même suivre attentivement le cours de l’histoire. Les retours en arrière sont constants, tantôt dans le camp de concentration, tantôt auprès de l’Anderer, avant de revenir dans le présent. On peut s’y perdre très facilement.  

Quatre ans plus tôt, j’avais adoré La petite fille de Monsieur Linh, du même auteur, qui abordait des thématiques similaires : la guerre, l’exil forcé… Dans Le rapport de Brodeck, je retrouve l’écriture qui m’avait tant plût dans le premier récit ; un style à la fois tendre, poétique, mais aussi dur et froid. Loin d’être larmoyant, il met en scène avec sobriété des personnages aux âmes bien chargées. Néanmoins, je suis restée un peu extérieure aux scènes qui se jouaient sous mes yeux, éloignée des fortes émotions que j’aurais aimé ressentir à la lecture de ce puissant récit.


Un récit original et fort sur l’inhumanité, qui conduit à la guerre, à l’exil forcé, à la corruption et questionne sur le rapport à l’autre. Le style d’écriture est tragique, assez pesant, à la fois tendre, poétique, froid et détaché. Du grand philippe claudel !

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-253-12572-3