Humour·Littérature suédoise·Roman

Le monde selon Britt-Marie


Le monde selon Britt-Marie de Fredrik Backman

395 pages, éditions Mazarine


Résumé : Britt-Marie, 63 ans, n’est absolument pas passive-agressive. C’est juste que la crasse, les griffures et les tiroirs à couverts rangés n’importe comment la font hurler intérieurement. Elle sort tout juste d’un mariage et d’une vie de femme au foyer qui ont duré quarante ans, et le seul travail qu’elle ait pu dégoter la conduit à Borg, un village frappé par la crise qui s’étire le long d’une route où tout est fermé, en dehors d’une pizzeria qui empeste la bière. Britt-Marie déteste le football, or il ne reste rien d’autre à Borg. Voilà qui ne présage pas grand-chose de bon.
Mais quand les enfants de l’équipe du village ont si désespérément besoin d’un coach qu’ils sont prêts à confier le boulot à n’importe qui, que Britt-Marie ne soit ni compétente, ni volontaire n’empêche personne de la recruter! Et quand, sur ces entrefaites, Britt-Marie accepte l’invitation à dîner d’un policier et se fracture la main dans un solarium, elle ne peut plus faire machine arrière.
Le monde selon Britt-Marie est une histoire et une déclaration d’amour. Sur une femme qui a attendu toute une vie que la sienne commence enfin, et sur les villages le long de routes, dans lesquels c’est au football et aux pizzerias que l’on renonce en dernier.


Extraits  « Les souvenirs de Britt-Marie sont comme ses tapis : difficiles à nettoyer. »

« On aime le football parce que c’est instinctif. Quand un ballon roule vers nous dans la rue, on tape dedans. On l’aime pour la même raison qu’on tombe amoureux. Parce qu’on ne peut pas s’en empêcher. »


Mon avisJe ne pensais clairement pas aimé autant ce livre, et pourtant, je le referme avec le coeur lourd et les yeux humides.

A 63 ans, la vie de Britt-Marie est déjà bien entamée. Après 40 ans comme femme au foyer et épouse passive, Britt-Marie, fraîchement séparée de son compagnon, décide de se trouver un travail. Elle atterrit à Borg, un village pittoresque, déserté par ses habitants, où ne subsiste qu’une pizzeria, qui fait aussi office de bureau de poste, garage et épicerie, ainsi que quelques enfants, qui ont décidé de monter une équipe de foot. Bon an mal an, Britt-Marie, qui pourtant déteste le football, devient le coach de cette équipe de Borg. Une nouvelle vie s’offre à elle.

Le personnage de Britt-Marie est difficile à décortiquer, puisque c’est une femme qui intériorise toutes ses émotions et ne laisse que très peu de choses filtrer. J’avoue qu’au début de ma lecture, j’avais un peu de mal à prendre Britt-Marie au sérieux. Elle me renvoyait l’image d’une femme un peu simplette, agaçante et peu intéressante. Mais au fil de ma lecture, j’ai totalement changé d’avis sur elle. En effet, le personnage de Britt-Marie a éclos, et j’ai ainsi pu découvrir une femme courageuse et généreuse, qui a su me toucher.

En somme, ce livre, c’est un peu la découverte du monde selon Britt-Marie. Femme au foyer depuis toujours, pieds et poings liés à son mari, Britt-Marie va s’émanciper et s’ouvrir au monde. Elle va sortir, rencontrer du monde, découvrir de nouvelles choses, et enfin profiter de la vie !

Fredrik Backman a réussi à instaurer un parfait équilibre entre un humour potache et une gravité existentielle, tant est si bien que le lecteur est obligé de réfléchir sur sa propre vie. Grâce à Britt-Marie (et accessoirement à Fredrik Backman), je me suis questionné sur la vie que je menais, sur la façon dont je la menais et sur ce que je pourrais changer pour améliorer ma manière de vivre.

Si je n’avais qu’une leçon à retenir de ce livre, ce serait le suivant : il faut apprendre à vivre pour soi, et non pour les autres.


Une comédie loufoque, décalée mais intelligente, qui nous donne matière à réfléchir sur sa propre vie. Agréablement surprise par cette lecture, que je recommande !

Ma note : 8/10

 

Autobiographie·Littérature belge·Roman

Ni d’Ève ni d’Adam


Ni d’Ève ni d’Adam de Amélie Nothomb

182 pages, éditions Le Livre de Poche, à 6€


Résumé : « Stupeur et tremblements » pourrait donner l’impression qu’au Japon, à l’âge adulte, j’ai seulement été la plus désastreuse des employés. « Ni d’Ève ni d’Adam » révèlera qu’à la même époque et dans le même lieu, j’ai aussi été la fiancée d’un Tokyoïte très singulier. (A. N.)
Une initiation amoureuse et culturelle, drôle, savoureuse, insolite et instructive (si les codes de la société japonaise demeurent souvent impénétrables, l’étranger qu’est l’Occidental est aussi source de quiproquos et de malentendus…).


Extraits  « Il faudrait toujours se rendre dans les expositions ainsi, par hasard, en toute ignorance. Quelqu’un veut nous montrer quelque chose : cela seul compte. »

« Le moyen le plus efficace d’apprendre le japonais me parut d’enseigner le français.« 


Mon avisAprès plusieurs années sans ouvrir un seul Amélie Nothomb, un beau jour, en ayant marre des romans trop communs et decéptifs, j’ai eu envie de sortir Ni d’Ève ni d’Adam de ma Pile à Lire.

Amélie nous raconte son séjour à Tokyo, au Japon. Arrivée là-bas depuis peu, elle divulgue une annonce pour donner des cours de français. Un japonais la contacte, et les voilà tous les deux attablés à un café pour apprendre le français pour l’un, pour se perfectionner au japonais pour l’autre. S’ensuit une jolie histoire d’amitié, voire d’amour, entre deux êtres que tout oppose.

Ni d’Ève ni d’Adam n’est pas un roman, mais un bout de l’histoire de l’auteure, qui nous raconte un autre épisode de sa vie au Japon. J’en retiens un choc des cultures assez marqué, avec la jeune Européenne d’un côté et le jeune Tokyoïte de l’autre, qui s’efforcent de s’apprivoiser tant bien que mal. Les différences culturelles, linguistiques et traditionnelles sont souvent teintées d’incompréhension par qui ne sait pas les domestiquer. Je pense notamment à cette scène du dîner assez ahurissante, pendant laquelle Amélie a dû jouer l’hôtesse de maison à une dizaine d’amis de son hôte Japonais, totalement hagards et muets. J’ai néanmoins grandement apprécié d’être immergé dans cette culture japonaise intimiste et secrète.

Amélie se lance dans une relation mi-amoureuse mi-amicale avec ce jeune japonais rencontré au café. Une relation savoureuse, pudique et décalée, qui n’aura de cesse de vous surprendre… et de vous amuser !

Comme souvent, l’écriture de l’auteure est intelligente et peu surprendre les non-initiés. Nous faisons face à des situations souvent peu communes, parfois drôles, cocasses ou insolites. Du Amélie Nothomb tout craché, que je prends plaisir à découvrir chaque fois ! Avec cette auteure, on est sûr de sortir des chemins balisés et de pénétrer dans un univers original et dépaysant.


Un récit court mais tendre et intense à la fois, qui raconte l’idylle entre Amélie et un jeune Tokyoïte. Si vous souhaitez vivre un moment émouvant, drôle, et dépaysant, cette autobiographie est faite pour vous !

Ma note : 7,5/10

Littérature française·Roman

Deux ans de vacances


Deux ans de vacances de Jules Verne

216 pages, éditions Hachette romans, à 10€


Résumé : Dans le Pacifique, un yacht, le Sloughi, est en perdition. A bord, quinze enfants de huit à quatorze ans.
Pas un adulte avec eux; le bateau a rompu mystérieusement ses amarres dans un port de la Nouvelle Zélande alors que les enfants s’apprêtaient à entreprendre une croisière, et que tout l’équipage se trouvait à terre.
La tempête précipite le Sloughi sur des écueils et les enfants, non sans peine, arrivent sur une île déserte. Les longues « vacances » commencent… Pour subsister, les enfants n’ont rien, que leur courage : ils chassent, pêchent, inventent des pièges, dressent des animaux, cultivent.
Hélas ! des rivalités divisent la petite colonie, les caractères se heurtent, la scission est accomplie quand de redoutables bandits abordent le rivage. Une lutte implacable s’engage : enfants contre hommes sans foi ni loi…
De multiples aventures, l’intelligence et la force de caractère des jeunes héros, font de Deux Ans de vacances un beau roman, très attachant.


Extraits  « Mais – que tous les enfants le sachent bien – avec de l’ordre, du zèle, du courage, il n’est pas de situations, si périlleuses soient-elles, dont on ne puisse se tirer. »

« Surtout, qu’ils n’oublient pas, en songeant aux jeunes naufragés du Sloughi, mûris par les épreuves et faits au dur apprentissage de l’existence, qu’à leur retour, les petits étaient presque des grands, les grands presque des hommes.« 


Mon avis : Jules Verne était un auteur français du XIXème siècle, mondialement connu pour ses romans d’aventures tels que Vingt mille lieues sous la mer, Voyage au centre de la Terre et j’en passe des meilleurs. Malgré cela, pauvre petite lectrice que je suis, je n’avais jamais lu un Jules Verne de ma vie. Cette erreur est maintenant réparée, puisque j’ai pu découvrir Deux ans de vacances, un roman d’aventures peu connu du grand public.

Une quinzaine de jeunes enfants dérivent à bord d’un yatch nommé Sloughi. Ils s’échouent finalement sur une île vierge et abandonnée, en plein milieu du Pacifique. Le petit équipage se met en action : ils vont devoir apprendre à survivre, à s’organiser et à cohabiter tous ensemble. Chasse, pêche, construction d’une cabane, exploration de l’île… la petite troupe est partie pour passer près de deux ans de « vacances » sur cette île.

Quel plaisir d’entrer dans le monde fabuleux de Jules Verne ! On est instantanément propulsé sur cette île, aux côtés de ces jeunes enfants. La vie de naufragés nous paraît agréable et simple, seulement ponctuée d’aventures plus ou moins difficiles à affronter (le froid de l’hiver, les chamailleries entre grands…). Le récit est jalonné d’actions et rebondissements qui contribuent à rendre l’histoire dynamique.

Il est vrai que Deux ans de vacances manque de réalisme. Personne ne s’imaginerait que quinze enfants, dont le plus âgé a seulement quatorze ans, puissent réussir à survivre seuls sur une île pendant deux ans. C’est complètement improbable, mais tant pis : l’auteur arrive à nous immiscer entièrement dans l’histoire et on passe rapidement outre ce détail qui pourtant n’en est pas un. Après tout : pourquoi pas ? Tous les rêves sont permis…


Un récit d’aventures qui m’a enchanté. Le dépaysement était total, pour mon plus grand plaisir. Jeunes et moins jeunes sauront apprécier ce voyage au coeur d’une île sauvage.

Ma note : 9/10

Littérature française·Roman

La nuit passera quand même


La nuit passera quand même de Émilie Houssa

265 pages, éditions Denoël, à 18€


Résumé : « La famille prit la direction de la mer le premier matin d’août. Ce fut un grand déménagement. Chacun muni d’une valise, d’un chapeau ou d’une casquette se vit également doté d’un attirail spécial à porter : un parasol, confectionné par Martha pour éviter d’en acheter un  » les yeux de la tête  » près de la plage, une canne à pêche, deux épuisettes et une bouée qu’on avait déjà gonflée pour être sûr qu’elle n’était pas percée mais qu’on n’osait plus dégonfler de peur d’endommager le système. La famille au complet sortit de l’appartement en short et en sandales. On n’avait d’ailleurs pas pris le temps de tester ces dernières et elles firent mal aux pieds avant même d’atteindre la bouche de métro. Tout le monde savait ce qu’il devait faire mais chacun criait à l’autre de faire quelque chose. Le casse-croûte fut donc scrupuleusement oublié sur la toile cirée élégante du salon. »
Dans la famille Bernstein, Squatsh est le deuxième des trois enfants : avant lui il y a Ludovic, après lui Marie. Ses parents se nomment Simon et Martha. Ils tiennent une boutique, La Vie moderne, située au 393, rue des Pyrénées à Paris. Outre une famille, Squatsh Bernstein a des principes, comme de s’enfermer aux toilettes pour réfléchir ou de ne jamais porter d’imprimé fleuri. Il fait de la boxe et aime la danse. Pour le reste, il possède peu de choses : un scarabée dans une boîte en carton, des livres, une solide réputation et, quelque part, nichée dans un creux, la mélancolie des gens qui se cognent au monde.


Extraits  « On ne lutte pas encore l’espoir. »

« Squatsh se persuada assez vite que ce qui devait susciter le plus grand danger était principalement les lieux où l’on pouvait trébucher. Il est bien connu qu’on « tombe » enceinte, comme sur un os. Il faisait donc très attention aux escaliers et à toute action qui impliquait de monter sur un support.« 


Mon avis : Un grand merci à Babelio, ainsi qu’aux éditions Denoël de m’avoir permis de découvrir cette histoire originale.

Squatsh est un jeune homme qui vit à Paris avec ses parents, Simon et Martha, gérants d’une boutique, ainsi qu’avec son grand frère Ludovic et sa petite soeur Marie. Squatsh est un enfant tout à fait normal,  si ce n’est qu’il a des comportements parfois étranges. Squatsh n’a pas beaucoup d’amis et de toute façon, il préfère rester seul, notamment pour se plonger dans des réflexions poussées dans des endroits totalement improbables – comme les toilettes de son immeuble. En somme, Squatsh renvoie l’image d’un garçon assez fragile, triste, mélancolique et solitaire, qui n’a pas et n’est toujours pas gâté par la vie. Les malheurs s’enchaînent les uns après les autres, à croire que le bonheur ne pointera jamais son nez.

Vous l’aurez compris, le personnage de Squatsh est attendrissant, touchant et attachant. Aux premiers rapports, il renvoie l’image d’un garçon renfermé, qui cache ses émotions derrière une carapace épaisse. Mais en grattant un peu plus, vous rencontrerez un personnage complexe, qui va se chercher tout au long de sa vie.

Nous suivons avec intérêt les aventures plus ou moins joyeuses de la famille Bernstein. Sans vouloir trop vous en dire, mais dans l’initiative de vous raconter un minimum ce que vous allez trouver dans ce livre, sachez que la première partie est joyeuse et gaie. La famille part au complet en vacances en bord de mer, Squatsh et sa petite soeur Marie sont plus complices que jamais, Squatsh protégeant du mieux qu’il peut sa soeur du monde extérieur. Malheureusement, la guerre d’Algérie éclate, laissant ces moments de bonheur et de paix au passé. La seconde partie du livre aborde un aspect bien plus profond et grave, qui vous fera sans doute monter les larmes aux yeux.

L’histoire est donc ambivalente, liant joie et bonheur familial au drame, à la tristesse et à la perte. Le panel des émotions est immense ; je suis passé de la gaieté de voir une famille unie et heureuse, aux larmes, en un temps record. Néanmoins, je reste sur ma faim quant au personnage de Squatsh, trop énigmatique et renfermé, j’aurais souhaité le découvrir encore plus en profondeur.


Malgré les drames de la vie, La nuit passera quand même. Squatsh, notre protagoniste, traverse sa vie comme un funambule : balancé entre joie et tristesse, ce jeune homme, fragile et solitaire, cherche à ne pas tomber. Une histoire intéressante et originale. 

Ma note : 7/10

Littérature belge·Roman

La ballerine aux gros seins


La ballerine aux gros seins de Véronique Sels

232 pages, éditions Arthaud, à 17€


Résumé : Barberine s’entraînait déjà dans le liquide amniotique. C’est dire si sa détermination à devenir ballerine était entière. Mais la discipline est militaire. Le parcours, semé d’embuches. Sans compter qu’à tout moment, le gène du sein lourd menace. Et voilà que ses seins, Dextre et Sinistre, prennent voix. Un chant choral se met en place. C’est leur récit contre celui de Barberine. Parcours initiatique de la danse classique à la danse post-moderne de Bruxelles à New York, fable anatomique, critique de la raison mammaire, manifeste à trois voix, le roman questionne notre rapport au corps féminin et la place qui lui est donnée dans la société occidentale. Après pareil voyage au nord, au sud, à l’est et à l’ouest de notre anatomie, il est fort à parier que vous ne regarderez plus jamais un sein comme avant. Car si l’esprit parfois prend des détours, chair ne saurait mentir.


Extraits  « Contrairement à l’idée répandue, improviser ne consiste pas à faire n’importe quoi. Si elle a bien pour but de rompre avec les code et les alphabets, l’improvisation s’organise autour de tâches et de contraintes définies. Il lui faut un cadre, sans quoi la liberté ramène aux schémas connus. »

« Je commence à comprendre que le monde n’est pas fait d’un seul tenant, que toutes les questions n’attendent pas forcément une réponse, que le doute est permis et l’apprentissage pluriel. Je devine que l’avenir n’est pas tout tracé, qu’il ne le sera jamais, que jusqu’au dernier souffle je m’interrogerai sur la direction à prendre et que c’est là tout l’intérêt d’exister. »


Mon avis : Je tenais tout d’abord à remercie Babelio et les éditions Arthaud de m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce roman.

La ballerine aux gros seins est une histoire originale et singulière, qui se présente comme un livre à trois voix. D’un côté nous avons Barberine, jeune femme qui rêve de devenir danseuse ; d’un autre Dextre et enfin Sinistre, le sein gauche et le sein droit de Barberine. Barberine n’aime pas ses seins, qu’elle trouve trop gros, trop volumineux, mais surtout pas adapté à une danseuse telle qu’elle. Elle va donc tout faire pour les cacher, quitte à les malmener ou les réduire, au détriment de Dextre et Sistre, qui nous racontent avec maintes détails tout ce qu’ils ressentent.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est l’extravagance de l’auteure, qui laisse la parole aux seins. Ainsi, elle leur donne la parole, et eux décrivent avec minutie tout ce qu’ils ressentent et tout ce qu’ils pensent. C’est une démarche bien curieuse, mais qui a pourtant le mérite de nous faire ressentir toutes les sensations décrites par les seins. Les femmes se reconnaîtront – ou reconnaîtront leurs seins. Les hommes pourraient découvrir et enfin comprendre certaines choses.

Véronique Sels nous offre également un véritable moment de réflexion sur ces deux seins que nous portons quotidiennement : à quoi servent-ils vraiment ? Avoir des gros ou des petits seins, peut-il être encombrant ou gênant ? Les seins, sont-ils seulement un effet de mode, qui fluctuent en fonction des époques et des manières de penser ? En tout cas, j’ai trouvé l’idée de mettre en scène les seins passionnante, puisque cela permet de les voir comme des matières véritablement vivantes, et non réduites à un état de passivité quotidienne. L’auteure les ramène ainsi à leur condition initiale de chose vivante, qui permet de faire ressentir la vie.

C’est une histoire étonnante, qui peut en déconcerter plus d’un. Mais ne vous méprenez pas : derrière l’originalité de l’histoire, se cache quand même un récit parfois drôle, mais souvent émouvant et touchant. Même si je n’ai pas trouvé cette lecture particulièrement exceptionnelle, j’ai grandement apprécié l’originalité et l’audace de l’auteure, ainsi que la richesse d’écriture dont elle a usé pour écrire ce livre.


La ballerine aux gros seins va vous surprendre, peut-être vous émouvoir, mais ne vous laissera pas indifférent. Les seins vont vous parlez, vous faire sentir, ressentir, comprendre ou imaginer. Préparez-vous à sortir de votre zone de confort ! 

Ma note : 6,5/10

Littérature française·Roman

Demain


Demain de Guillaume Musso

541 pages, éditions Pocket


Résumé : Elle est son passé…
… il est son avenir.
Emma vit à New York. À 32 ans, elle continue à chercher l’homme de sa vie. Matthew habite à Boston. Il a perdu sa femme dans un terrible accident et élève seul sa petite fille. Ils font connaissance grâce à Internet et, désireux de se rencontrer, se donnent bientôt rendez-vous dans un restaurant de Manhattan. Le même jour à la même heure, ils poussent chacun à leur tour la porte de l’établissement, sont conduits à la même table et pourtant… ils ne se croiseront jamais.
Jeu de mensonges ? Fantasme de l’un ? Manipulation de l’autre ? Victimes d’une réalité qui les dépasse, Matthew et Emma vont rapidement se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un simple rendez-vous manqué…


Extraits  « – Si elle n’est pas au ciel, elle est où, alors ? insista l’enfant.
– Son corps est au cimetière, tu le sais bien. Mais son amour, lui, n’est pas mort, concéda-t-il. Il est toujours dans nos coeurs et dans notre mémoire. On peut continuer à entretenir son souvenir en parlant d’elle, en se rappelant les bons moments passés ensemble, en regardant des photos et en allant nous recueillir sur sa tombe. »

« Il prenait désormais l’existence pour ce qu’elle était : quelque chose d’éminemment précaire et instable, un processus en perpétuelle évolution. Rien n’était immuable, surtout pas le bonheur. Fragile comme le verre, il ne devait pas être considéré comme un acquis, lui qui pouvait ne durer qu’un instant. »


Mon avis : Je ne pensais pas que je pouvais aimer autant un livre de Guillaume Musso. Lorsque j’étais plus jeune (âgée de 13/14 ans), j’ai lu un paquet de Musso, puisque c’était des histoires accessibles et légères, que je pouvais aisément apprécier à cet âge-là. Les années passants, mon entrée dans le cercle des blogueurs littéraires a influencé ma vision de cet auteur, que j’ai jugé (trop rapidement) comme un auteur de romans fades, idéal pour les transports en commun, mais qui ne casse pas trois pattes à un canard. Eh bien, grâce à Demain, mon avis a changé, tous mes préjugés se sont envolés.

Emma vit à New York, en 2010. Matthew habite Boston, en 2011. L’une vit dans le passé, l’autre dans le futur. Ils ne pourront jamais se croiser, mais pourtant… ils arrivent à communiquer. Comment expliquer ce phénomène ? Emma, peut-elle modifier le futur ? Et Matthew, peut-il interagir dans le passé ?

Cette histoire est emplie de suspense, de la première à la dernière page. C’est simple : dès que j’ai commencé à lire ce livre, je n’ai pas pu m’arrêter, si bien que je l’ai lu en une journée à peine (541 pages, quand même, avalés en un temps record !). Beaucoup de mystère se dégage de ce récit. Le plus grand mystère de cette histoire réside dans la temporalité différente qui arrive quand même à lier les deux protagoniste. Mais ce n’est pas tout, puisque Kate, la femme défunte de Matthew, constituera un autre des grands mystères de ce roman. Qui est-elle vraiment ? Emma est la seule qui puisse répondre à cette question. Pour cela, elle va se lancer dans une enquête énergique qui va rythmer ses journées. Accompagnée de Romuald, un jeune stagiaire informaticien surdoué, ils vont formés un duo de choc pour découvrir la vérité sur la femme de Matthew. Je vous préviens : vous n’êtes pas au bout de vos surprises !

Il est difficile d’en dire plus sur cette histoire, puisque je risquerais de révéler des éléments clefs du récit. C’est pour cela que je vous enjoins de la découvrir par vous-même. Je vous assure que vous ne serez pas déçus par votre découverte. Guillaume Musso a plus d’un tour dans son sac, et saura vous surprendre de la première jusqu’à la dernière page.


Demain est une histoire addictive, qui distille un suspense d’une rare intensité. Je recommande fortement !

Ma note : 10/10

Littérature américaine·Littérature jeunesse·Roman

Tortues à l’infini


Tortues à l’infini de John Green

340 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Aza Holmes, 16 ans, a tout pour être aimée et avoir un bel avenir, mais elle a grandi avec une pathologie psychique. Qui est-elle, où est-elle, lorsque la spirale vertigineuse de ses pensées obsessionnelles s’empare d’elle? Vous aimerez Aza, qui raconte sa propre histoire, vous aimerez sa meilleure amie Daisy la tornade, et vous aimerez Davis, fils d’un milliardaire mystérieusement disparu.
Un trio improbable qui va mener l’enquête, et trouver en chemin d’autres mystères et d’autres vérités…


Extraits  « J’aime être dehors la nuit. Ça me procure une drôle d’impression, comme le mal du pays mais sans être loin de chez soi. C’est plutôt agréable. »

« Lui : Et le truc, c’est que, quand on perd quelqu’un, on se rend compte qu’on finira par perdre tout le monde.
Moi : Très juste. Et une fois qu’on le sait, on ne peut jamais l’oublier. »


Mon avis : John Green nous a tous habitué à du grandiose, des torrents d’émotions, des personnages irremplaçables. Tant et si bien que dès qu’un nouveau John Green fait sa sortie dans les librairies, chacun l’achète les yeux fermés, sans vraiment lire le résumé. C’est un peu ce qu’il s’est passé pour moi : je n’ai jamais jeté un coup d’oeil sur la quatrième de couverture, je l’ai attaqué in extremis.

Ce roman raconte l’histoire de Aza, une jeune adolescente de 16 ans, qui souffre de pathologies psychiques, qui la font souffrir au quotidien. Persuadée qu’elle peut tomber malade à tout instant et mourir en quelques jours, Aza fait attention à tout et s’enferme dans un cercle vicieux où ses pensées obsessionnelles l’assaillent jour et nuit. Pour lui changer les idées, Daisy, sa meilleure amie, l’entraîne dans une enquête de disparition. Un milliardaire du coin vient de se volatiliser, et une importante récompense sera remise à la personne qui le retrouvera. Coup du hasard, Aza connaît Davis, le fils de ce milliardaire, qui a été un bon copain d’enfance. A trois, l’enquête va avancer plus vite et prendre des tournants inattendus.

J’avoue avoir été emballée dès le départ par cette idée d’enquête. Hélas, les chapitres avançant, force m’a été de constater que l’enquête commençait à passer en second plan, pour disparaître presque complètement au milieu du récit. La faute aux multiples angles par lesquels le récit est abordé, qui ont contribué à brouiller la ligne directrice de l’ouvrage et à la rendre moins intense que ce qu’il aurait fallu.

En parlant de ligne directrice, on peut percevoir le fil conducteur qui ressurgit dans chacun des ouvrages de John Green : une histoire d’amour exceptionnelle et particulière, qui arrive à émouvoir tous les lecteurs. Ici, Aza et Davis sont deux personnages qui ont été meurtris par la vie, et qui, grâce à çà arrivent à se comprendre, à s’apprécier et se compléter.

La véritable force de John Green, c’est qu’il arrive à toucher tous les lecteurs. Dans cet ouvrage, par exemple, il y dépeint des personnages avec des caractères et personnalités différentes, ayant chacun des problèmes différents, qui touchent différentes cibles. Davis, malgré sa richesse matérielle, souffre d’un manque de repère familial et principalement paternel dans sa vie, et se retrouve isolé et seul avec son jeune frère. Aza souffre de troubles psychologues qui la hantent et la suivent quotidiennement dans sa vie, la restreignant quotidiennement et l’empêchant de profiter au maximum de chaque instant. Quant à Daisy, elle cache son manque de moyens matériels, pour ne pas montrer aux autres ses conditions de vie. Autant de sujets graves et profonds, que l’auteur arrive à emmener avec douceur et légèreté pour toucher un maximum de personnes.

Bien que Tortues à l’infini soit un roman destiné aux adolescents, j’ai l’impression que l’histoire demande quand même une certaine réflexion. En effet, l’auteur nous pousse à nous interroger sur certaines choses, notamment à travers la pathologie de Aza. On se questionne sur l’immensité, sur l’infini, sur le microcosme… Aza est souvent plongée dans ses pensées, et c’est justement ces temps de réflexions qui nous permettent de nous interroger nous-mêmes. Hélas, je n’ai pas totalement adhéré à ces temps de questionnements, que j’ai trouvé trop abstraits et déconnectés de l’histoire.


Je suis  assez mitigée quant à cette histoire, puisqu’elle est admirablement écrite, mais ne contient pas de finalité. J’ai aimé la découvrir, mais n’ai pas compris où l’auteur voulait en venir.

Ma note : 6/10