Otages


Otages de Nina Bouraoui

151 pages, éditions JC Lattès, à 18€


Résumé : « Je m’appelle Sylvie Meyer. J’ai 53 ans. Je suis mère de deux enfants. Je suis séparée de mon mari depuis un an. Je travaille à la Cagex, une entreprise de caoutchouc. Je dirige la section des ajustements. Je n’ai aucun antécédent judiciaire. »
Sylvie est une femme banale, modeste, ponctuelle, solide, bonne camarade, une femme simple, sur qui on peut compter. Lorsque son mari l’a quittée, elle n’a rien dit, elle n’a pas pleuré, elle a essayé de faire comme si tout allait bien, d’élever ses fils, d’occuper sa place dans ce lit devenu trop grand pour elle.
Lorsque son patron lui a demandé de faire des heures supplémentaires, de surveiller les autres salariés, elle n’a pas protesté : elle a agi comme les autres l’espéraient. Jusqu’à ce matin de novembre où cette violence du monde, des autres, sa solitude, l’injustice se sont imposées à elle. En une nuit, elle détruit tout. Ce qu’elle fait est condamnable, passable de poursuite, d’un emprisonnement mais le temps de cette révolte Sylvie se sent vivante. Elle renaît.
Un portrait de femme magnifique, bouleversant : chaque douleur et chaque mot de Sylvie deviennent les nôtres et font écho à notre vie, à notre part de pardon, à nos espoirs de liberté et de paix.


Extraits : « Mon temps me semble compté, précieux. Je me sens si souvent emportée, bousculée, moi qui aimerais parfois regarder le ciel et les nuages qui passent, m’allonger dans les bois, fermer les yeux, sentir le feu de la terre.« 

« J’ai cherché la joie comme une folle, parfois je l’ai trouvée et puis elle s’est envolée tel un oiseau, alors j’ai fait avec, j’ai continué, sans trop me plaindre ou si peu.
C’est encombrant la plainte, pour soi, pour les autres. C’est vulgaire aussi et ça prend du temps. »


Mon avis : En 2015, Nina Bouraoui écrit Otages, une pièce de théâtre, qui sera interprétée et mise en scène à plusieurs reprises, en 2015, 2016 puis 2019. Elle décide de reprendre son texte et d’y apporter quelques modifications, plus attachées aux changements de notre monde.

L’histoire, c’est celle de Sylvie Meyer, une femme d’une cinquantaine d’année, mère de deux enfants, récemment séparée de son mari, elle travaille comme dirigeante de la section ajustement d’une entreprise de caoutchouc. En somme, une vie tout à fait banale, jusqu’à ce que son patron lui demande de faire la liste d’effectifs à licencier. C’est à partir de ces choix, cruciaux pour l’entreprise mais cruel pour elle et le personnel, que la vie de Sylvie et sa façon de voir son quotidien vont basculer à tout jamais.

À travers le portrait de Sylvie, c’est le portrait de millions de femmes qui sera dépeint : des femmes seules, courageuses, victimes de la misogynie des hommes, victimes de leur condition de femme, de la solitude, du regard des autres. La femme est l’otage de la société, l’otage des hommes, l’otage de ses fonctions sociales, retenue par ses obligations familiales, par la nécessité de subvenir au besoin de ses enfants. Sylvie, tout comme l’ensemble des femmes, tout comme moi, tout comme vous peut-être, sommes des otages consentantes. Une analyse glaçante de réalisme, qui m’a fait me questionner sur bon nombre de sujets de société.

Le récit en lui-même aurait pu sembler simple, si ce n’est que l’écriture de Nina Bouraoui, pure, violente, percutante, émouvante, fait l’ensemble de l’oeuvre. J’avais à peine lu deux pages que j’avais les larmes aux yeux. L’auteure a réussi à me toucher en plein coeur avec la puissance de ses mots.


Otages, c’est le portrait bouleversant d’une femme qui se révolte. Un texte incisif et percutant  qui vous touchera en plein coeur.

Ma note : 8/10

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Je ferai de toi un homme heureux


Je ferai de toi un homme heureux de Anne B. Ragde

305 pages, éditions 10-18


Résumé : Norvège, 1960 : la modernité s’empare enfin des foyers et les corvées des mères de famille se voient simplifiées grâce à l’arrivée de l’eau courante, du réfrigérateur, des machines à laver…

La bien nommée « Cité de l’Avenir » a su s’accorder à son époque : ici règnent – en apparence, du moins – la joie de vivre et le contrôle social.

Huit familles y vivent très proches les unes des autres. Les femmes au foyer ne se gênent pourtant pas pour se critiquer mutuellement sur leur façon de se vêtir ou le mode de vie des uns et des autres.

Ici, les voisines se font mutuellement leurs permanentes à domicile, ça papote dans tous les coins, et avec un peu de chance, on peut apercevoir la dame du troisième étage qui fait le ménage chez elle, chaque vendredi, complètement nue.

Et voilà qu’un jour, un jeune homme se présente et propose d’installer des judas aux portes…


Extrait : « C’était pour rendre servir, rien d’autre. Elle aimait laver, se sentir utile. Ah, mélanger le savon à l’eau, voir l’écume bouillonner dans le seau en plastique ! Après, quelle satisfaction elle avait de vider l’eau devenue noire ! Plus celle-ci était sale, plus c’était la preuve qu’elle avait fait du bon travail. »


Mon avis : Norvège, années 1960. Huit familles vivent conjointement dans le même immeuble. Elles se croisent, se parlent, s’apprécient ou non, mais cohabitent dans un même espace restreint. Chaque famille est unique, mais le modèle social est le même : les femmes restent à la maison pour s’occuper du foyer, tandis que les hommes partent travailler en extérieur.

Les femmes occupent essentiellement leurs journées au ménage, à écouter la radio, à cancaner entre elles, autour d’une tasse de thé ou d’une nouvelle coiffure, à ne rien faire en somme. C’est l’image négative qui est dépeinte d’elles dans Je ferai de toi un homme heureux. Les hommes, quant à eux, sont ceux qui ramènent l’argent à la maison, qui contribuent au bon agencement du foyer, qui nourrissent les bouches, qui sont en quelque sorte les décideurs, lorsque viennent sonner des démarcheurs à leurs portes, par exemple. Ils sont machos, colériques, capricieux. Quant aux femmes, elles craignent les hommes, elles sont presque assujettis à eux et à leurs décisions. Elles sont montrées comme frivoles, effacées, rêveuses, trop gâtées… un portrait peu reluisant, qui pourtant, était entièrement ancré dans les moeurs du siècle dernier. C’est navrant à lire et pourtant, c’est la triste vérité du schéma familial des années 1960.

1960, c’était hier. Et pourtant, que de progrès accomplis depuis. Mais rien n’est encore gagné, les femmes souffrent encore trop souvent de désavantages sociaux et économiques, que ce soit au niveau des salaires ou de leur condition d’épouse, de nombreux progrès sont encore à faire. Mais rien n’est perdu, tout progresse, et j’espère sincèrement que dans quelques années pas trop lointaines, ces disparités entre les hommes et les femmes auront presque complètement cessés.

Anne B. Ragde met en scène des moments de vie, quelques moments de joie, très rares, qui peuplent le quotidien de cet immeuble de Norvège. Elle nous montre différents schémas familiaux : un couple sans enfant, un couple vivant en harmonie avec leurs enfants, un père et une petite fille vivants seuls, une femme indépendante, dont le mari est trop souvent absent… On se projette avec facilité dans ces différentes vies et on constate avec bonheur les progrès qui se sont faits depuis, que ce soit en matière de relations humaines, de conditions sociales, ou même d’outils électroménagers.


Un roman juste mais révoltant, qui montre les réalités d’un schéma familial d’une société des années 1960. Pas d’actions dans ce livre, seulement des moments de vie, qui vont vous faire réfléchir. 

 

Ma note : 7/10

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La nostalgie de l’ange


La nostalgie de l’ange de Alice Sebold

347 pages, éditions J’ai Lu


Résumé : Nom de famille: Salmon, saumon comme le poisson ; le prénom: Susie. Assassinée à l’âge de quatorze ans, le 6 décembre 1973.
Mais l’histoire de Susie ne s’arrête pas là. C’est même elle qui nous racontera la suite. Car après la mort, Susie se retrouve au ciel. C’est son « ciel à elle », un ciel qui ressemble aux désirs et aux besoins d’une jeune fille de 14 ans. De là-haut, elle peut voir ce qui se passe sur terre. Elle observe les conséquences de sa mort: sur sa famille, qui se déchire, sur ses proches qui ont du mal à comprendre.
Le chagrin et la colère, mais aussi la force et le courage des siens. Et tout doucement, Susie doit apprendre à lâcher prise de sa vie terrestre…


Extraits : « Les vivants ne voient jamais vraiment les morts mais beaucoup d’entre eux semblent avoir une conscience aiguë d’un changement autour d’eux. Ils parlent d’un frisson dans l’air. »

« Après ma mort, son patron et ses collègues avaient changé d’attitude. Ils passaient devant son bureau à pas feutrés et s’arrêtaient à quelques mètres de sa table comme si, pour peu qu’ils soient trop décontractés en sa présence, ce qui lui était leur arriverait aussi, comme si avoir un enfant mort pouvait être contagieux. »


Mon avis : Susie Salmon est une petite fille, sauvagement assassinée par son voisin, Mr Harvey, alors qu’elle n’avait que 14 ans. Sa famille entière, son père, sa mère, sa soeur Lindsey et son frère Buckley, sont dévastés par sa disparition. Mais Susie veille sur eux depuis l’au-delà, et attend avec impatience que justice lui soit rendue.

Le narrateur de La nostalgie de l’ange n’est autre que le fantôme de Susie, qui observe depuis le Paradis la vie continuer son chemin sur Terre. Sa famille est détruite, son père se mure dans le silence et le déni, attendant avec impatience que la police trouve le coupable du meurtre de sa fille. Sa mère s’éloigne de la maison, pour oublier et profiter de la vie tant qu’il en est encore temps. Sa soeur vit des choses que Susie n’a jamais vécues et ne vivra jamais, tandis que son frère grandit inévitablement, sans vraiment comprendre ce qui se passe.

Une mort est souvent difficile à vivre pour une famille. Alors, quand il s’agit d’un meurtre, d’une petite fille de surcroît, d’une petite fille dont on ignore véritablement où elle a été tuée et par qui, la douleur est encore plus puissante. Le deuil ne peut pas être fait convenablement et le chagrin persiste des jours, semaines, mois, puis années entières. Le coupable est pourtant là, sous leurs nez, mais personne ne s’en aperçoit. Le manque de sérieux de la police est quand même aberrant, un seul inspecteur ayant été mandaté sur l’affaire, alors qu’il s’agit quand même d’un cas assez grave. C’est comme si, en l’absence de corps retrouvé, l’enquête perdait de l’importance : elle piétine, n’avance pas, les officiers font quelques recherches, mais rien de très poussé, et surtout, rien de concluant. Le manque de réalisme sur ce plan de l’affaire m’a gêné.

En outre, j’ai trouvé que l’idée de placer un fantôme comme narrateur est original et osé, mais la mayonnaise n’a pas pris avec moi. J’ai trouvé son personnage assez fade, ses interventions sans grand intérêt, et ses pouvoirs omniscients gênants par moment. Elle peut tout voir, tout entendre, et n’hésite pas à s’incruster dans les moments les plus intimes de ses proches. Ce que j’ai trouvé touchant en revanche, c’est ce regard de petite fille sur sa soeur Lindsey, qui va vivre tout ce qu’elle n’a jamais vécue de son vivant : tomber amoureuse, faire l’amour avec un garçon… les étapes d’une vie de jeune fille normale, en somme.

Mais, étant une grande sensible, je m’attendais à être particulièrement touchée par cette histoire. Malheureusement, je n’ai pas ressenti tant d’émotions que ça en lisant ce livre. Je suis restée à distance des personnages et de leurs douleurs, des malheureux événements qui s’enchaînent et bouleversent la vie de la famille Salmon. J’avoue m’être parfois ennuyée,  trouvant que certains chapitrent ne se recoupaient pas bien, que certaines scènes n’étaient pas assez travaillées, désordonnées, lancées pêle-mêle sur le papier.

En revanche, en visionnant la bande-annonce de l’adaptation cinématographique, j’ai ressenti bien plus d’émotions en 1min30 qu’en 347 pages. Je pense que je vais prochainement visionner le film, pour avoir une vision différente de l’histoire, et peut-être, pourquoi pas, mieux l’apprécier.


Une histoire à potentiel, qui aborde la mort et la vie après celle-ci. Malheureusement, je n’ai accroché ni aux personnages, ni au récit global. Déçue de ce livre sur lequel je misais beaucoup…

Ma note : 4,5/10

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Dites-moi des choses tendres


Dites-moi des choses tendres de Cécile Hennerolles

246 pages, éditions Eyrolles, à 16€


Résumé : Un couple de quarantenaires se retrouve dans l’impasse d’une relation moribonde, et tente de cerner comment les choses ont mal tourné. Une amitié, fondée sur une blessure commune, se bricole un petit chemin bien à elle vers la guérison. Une princesse, qui a déjà un peu vécu, décide très fort de donner une vraie chance à l’amour, même s’il n’est pas tout à fait heureux. Des grands-parents ont traversé la vie sans jamais laisser vaciller l’étincelle. Pourtant la vie décidera que quelque chose doit s’éteindre. Un enfant découvre que son coeur peut battre très vite pour une fille, et se demande si à un moment, ça ne risque pas d’exploser. Ces cinq trajectoires s’entrecroisent et se confrontent, chacune à leur manière, à la fulgurance de l’amour. Comment fait-on finalement pour aimer ? Comment fait-on pour se dire je t’aime ? Mais aussi pour dire je ne t’aime plus ? Comment fait-on pour se relever après avoir mordu la poussière ? Comment fait-on pour que ça reste beau malgré tout ?


Extraits : « – J’ai pas très faim ce matin…
– Ah bon ? T’as peut-être chopé un virus.
– Ouais, ça doit être ça.
Son virus à lui pesait vingt-cinq kilos à peine et s’appelait Odessa. Un méga virus, qui rigolait à toutes ces blagues, était toujours d’accord pour jouer goal à la récré et lui pétait le coeur. Mais sinon, tout allait bien. »

« Il dit : Qui est l’heureux élu ? Et ça les fait marrer. Ils ne savent pas qu’il y a longuement réfléchi avant d’utiliser cette formulation. Il dit Qui est l’heureux élu ? car, à l’oral, cette phrase permet la mixité. Ils se moquent de lui parce qu’ils n’ont pas compris qu’ainsi il a trouvé une formulation qui autorise à répondre par n’importe quel prénom, fille ou garçon. Cette question un peu ringarde, c’est sa façon à lui de leur dire qu’il est ouvert à toutes les possibilités, qu’ils peuvent juste répondre sans qu’on en fasse tout un fromage. Qui est l’heureux élu ? C’est une belle manière de leur dire Votre bonheur m’importe avant tout. »


Mon avis : Dites-moi des choses tendres est un livre qui transpire l’amour par toutes ses pages. Nous suivons plusieurs histoires d’amour, des personnes âgées, de jeunes adolescents, des personnes mûres, dans la force de l’âge… qui toutes, ont un rapport différent à l’amour. Leurs histoires se croisent au fil des pages, puisque toutes se connaissent, mais ces personnes vivent chacun des histoires singulières.

Cécile Hennerolles met en scène l’amour sous toutes ses formes : l’amour passion, l’amour dévastateur, l’amour tendre, l’amour violent, et sous toutes ses temporalités : de l’amour naissant à l’amour mourant…  Chaque histoire d’amour est unique, mais on peut aisément retrouver des éléments qui font échos à nos propres histoires d’amour, passées, présentes ou futures. J’ai vraiment apprécié découvrir l’ensemble de ces personnages, leurs visions de l’amour et leur manière de pérenniser – ou non, d’ailleurs -, ces sentiments amoureux. Certaines histoires m’ont touchées au coeur, je pense notamment au couple de personnes âgées, ensemble depuis de très nombreuses années, qui vont, malheureusement, être séparés par la vie…

L’auteure dresse des portraits d’histoires d’amour modernes, comme ce couple qui a perdu la flamme, qui ne sera ravivée qu’avec une relation adultère avec un tiers. Un schéma bien trop courant dans notre société. Des histoires d’amour plus romancées sont également mises en scène, comme ces deux jeunes hommes, fraîchement séparés, qui vont se rencontrer dans une laverie et vont sympathiser. Forcément, Dites-moi des choses tendres parle essentiellement d’amour, donc vous vous doutez bien qu’ils ne vont pas devenir qu’amis.

L’histoire est écrite dans un style simple à lire et à comprendre, une écriture grâce à laquelle chacun des lecteurs peut facilement s’identifier aux histoires contées et aux personnages qui les vivent. La particularité de ce roman, c’est que l’auteur a fait le choix de ne pas nommer les personnages qui se succèdent à chaque chapitre, si bien qu’il faut se concentrer davantage pour replacer chaque histoire et chaque personnage dans le contexte qui lui est propre. J’ai bien aimé cette particularité du livre, qui pourrait en perturber plus d’un, mais qui m’a permis, à moi, de faire jouer davantage mon imaginaire. Car dans Dites-moi des choses tendres, tout n’est que perception, ressentis, émotions, et il faut, à mon humble avis, ouvrir son esprit pour s’imprégner des personnages et des histoires et pas nécessairement vouloir à tout prix leur donner corps.

L’ensemble du roman est bercé par la magnifique chanson de Francis Cabrel « Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours« , que vous pouvez aisément mettre en fond sonore durant votre lecture pour décupler davantage vos émotions. En tout cas, pour la grande amoureuse de l’amour que je suis, je ne suis pas restée indifférente, à cette chanson tout d’abord (que je ne connaissais absolument pas avant de débuter cette lecture) et à l’ensemble des histoires d’amour, tantôt tragiques ou tantôt joyeuses.


Un roman qui met en scène plusieurs histoires d’amour. Une lecture apaisante, simple, mais belle, qui devrait plaire aux grands sentimentaux.

Ma note : 7,5/10

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D’après une histoire vraie


D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

478 pages, éditions JC Lattès, à 20€


Résumé : « Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser. »

Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s’aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d’une époque fascinée par le Vrai.


Extraits : « – Vous êtes très belle quand vous dansez, m’a-t-elle déclaré, à peine installée. Vous êtes belle parce que vous dansez comme si vous pensiez que personne ne vous regarde, comme si vous étiez seule, d’ailleurs je suis sûre que vous dansez comme ça, seule dans votre chambre ou votre salon. »

« Le livre était une sorte de miroir, dont la profondeur de champ et les contours ne m’appartenaient plus. »


Mon avis : D’après une histoire vraie a reçu de nombreux prix littéraires – le Renaudot général, le Goncourt des lycéens, le Prix Audiolib -, et a été encensé par la critique professionnelle et amatrice. Son succès est tel que Delphine de Vigan verra son roman adapté au cinéma peu de temps après sa sortie. Après un tel palmarès, on ne peut que plonger tête la première dans l’histoire et se laisser emporter par la plume de l’auteure.

Dans ce livre, l’auteure elle-même se place comme narratrice et nous raconte sa rencontre avec L. L, une jeune femme qui va changer sa vie. Delphine se retrouve à une période charnière de sa vie : ses enfants viennent de quitter le nid pour poursuivre leurs études, le dernier ouvrage qu’elle a publié a connu un succès monstre, mais elle se retrouve seule, en panne d’inspiration. L. L. va apparaître comme sa sauveuse : pendant de longs mois, les deux femmes vont entretenir une amitié, presque exclusive et salvatrice pour Delphine… Du moins, c’est ce qu’elle croyait.

Il y a d’une part cette relation qu’entretienne les deux femmes. Entre Delphine et L. L, c’est une histoire d’amitié intense, qui se noue très rapidement, avec simplicité, comme si leur amitié était une évidence. Mais le lecteur ressent vite que quelque chose cloche dans cette amitié, qu’elle n’est pas très nette. La tension grandit page après page, si bien qu’on en vient à se demander si L. L ne veut pas faire de mal à Delphine ?

D’autre part, il y a cette construction de l’histoire, originale, moderne, interrogative. Le pouvoir des mots est vraiment grandiose. Delphine de Vigan maîtrise à la perfection ses phrases, tout est pensé et calculé avec un soin précis. On oscille continuellement entre la réalité et la fiction, se demandent à chaque instant si ces scènes ont été vécues en vraies ? Elle incorpore des détails pris dans le réel à d’autres éléments qui nous semblent fictifs, si bien que notre cerveau n’arrive plus à déterminer la frontière entre l’un et l’autre. On se questionne continuellement, et c’est bien là le talent de l’auteure : arriver à nous faire douter de tout.

J’ai vraiment adoré découvrir ce roman, qui mérite grandement tous les prix et toutes les éloges perçus. Mieux qu’un roman, c’est un genre d’essai psychologique moderne, qui vient titiller notre réflexion et jouer avec nos nerfs. C’est brillamment écrit, c’est novateur, ça nous apporte notre lot d’émotions, et ça nous tient en haleine jusqu’au bout. Que demander de plus ?


Originalité, réflexion, suspense : tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce livre un chef-d’oeuvre ! Je vous le recommande les yeux fermés !

Ma note : 9/10

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Les cinq personnes que j’ai rencontrées là-haut


Les cinq personnes que j’ai rencontrées là-haut de Mitch Albom

223 pages, éditions Pocket


Résumé : Cinq personnes que vous avez croisées de votre vivant vous attendent là-haut. Leur sort est intimement lié au vôtre, et pourtant vous ne les connaissez pas forcément. Ces cinq rencontres, belles ou terribles, vous révéleront les fils invisibles qui nous relient tous les uns aux autres.

Ignorant tout cela, le vieil Eddie, chargé de l’entretien des manèges d’une fête foraine, fait ses premiers pas là-haut. Au fil des rencontres qui lui sont destinées, il découvrira les clefs de la vérité pour plonger enfin dans une bienfaisante éternité.


Extraits : « Aucune histoire ne se déroule en vase clos. Parfois les histoires se croisent, parfois aussi elles se chevauchent, à la manière des galets tapissant le lit d’une rivière. »

« Il suffirait pourtant que vous acceptiez qu’à leur manière les fins sont des commencements aussi, mais que l’on en a rarement conscience sur le coup, c’est tout. »


Mon avis : Imaginez : votre heure est venue, vous venez de décéder. Mais avant d’atteindre les portes du Paradis, vous allez rencontrer cinq personnes, qui ont plus ou moins comptées dans votre vie, qui vont se faire les messagers de vérités que vous avez toujours ignoré. Eddie, un vieil homme chargé de l’entretien des manèges d’une fête foraine, meurt après avoir sauvé une jeune fille d’une chute de nacelle. Au Ciel, il va rencontrer cinq personnes qui vont lui apporter un éclairage nouveau sur sa vie.

Nous allons donc en apprendre plus sur l’existence d’Eddie grâce à ces cinq personnes, qui ont jouées un rôle plus ou moins éloigné dans sa vie. Eddie a fait la guerre, avant de rejoindre, presque contraint de force, la fête foraine où travaillait naguère son père. Il va y passer sa vie entière, évoluant dans le décor des manèges, mais malheureux au fond de lui de cette vie si triste et banale.

En parallèle de ces témoignages, Mitch Albom intercalle des chapitres en italiques entièrement consacrées aux anniversaires d’Eddie. Ainsi, nous avons une évolution temporelle et chronologique, qui passe d’un Eddie gamin, heureux de fêter son anniversaire, entouré de l’ensemble de ses proches, à un Eddie vieillard, boiteux, seul et malheureux le jour de sa naissance.

En lisant ce roman, je me suis prise moi-même à réfléchir sur ma propre existence : à vingt-deux ans à peine, qu’ai-je déjà vécu ? Qu’est-ce qui a compté dans ma vie, qu’est-ce que j’ai loupé, qu’est-ce que j’aurais pu changer, quelles actions j’aurais pu mettre en place pour avoir une vie différente ? Mais surtout, suis-je heureuse dans la vie que j’ai choisi ? C’est assez étrange la sensation que j’ai ressenti en fermant ce livre : à la fois de la sérénité, mais aussi de la peur. L’auteur nous montre que les choix, tout comme le destin et la fatalité, peuvent influencer le cours d’une existence : notre protagoniste a croisé des personnes qui ont changé sa vie à tout jamais, il a fait des choses qui ont bouleversé la vie d’autres personnes, parfois à leurs propres insu…

Mitch Albom nous offre une sorte de conte initiatique moderne, voire de roman pseudo-philosophique sur le sens de la vie et les coïncidences qui peuplent celles-ci. On peut retrouver également une dimension religieuse avec la référence au purgatoire, lieu où les âmes se purifient de leurs pêchés avant d’atteindre le Paradis. Eddie se retrouve devant les portes du Paradis, et doit faire face à ses choix et à sa vie, avant de pouvoir connaître le repos éternel. Sorte de purgatoire, il se poste en moralisateur et nous enjoint de réfléchir à notre propres vies et aux choix que nous faisons quotidiennement.


Une histoire douce et poétique sur les coïncidences de la vie. Une lecture simple mais agréable à découvrir, qui apporte quiétude et permet l’introspection sur soi.

Ma note : 7,5/10

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Hôtel Iris


Hôtel Iris de Yôko Ogawa

158 pages, éditions J’ai Lu


Résumé : Mari est réceptionniste dans un hôtel appartenant à sa mère. Un soir, le calme des lieux est troublé par des éclats de voix: une femme sort de sa chambre en insultant le vieillard élégant et distingué qui l’accompagne, l’accusant des pires déviances. Fascinée par le personnage, Mari le retrouve quelques jours plus tard, le suit et lui offre bientôt son innocente et dangereuse beauté.
Cette étonnante histoire d’amour, de désir et de mort entraîne le lecteur dans les tréfonds du malaise dont Yôko Ogawa est sans conteste l’une des adeptes les plus douées.


Extraits : « C’était sa voix qui me donnait du plaisir en même temps que la douleur. »

« – Le russe est une langue amusante à regarder même si on ne la comprend pas.
– Pourquoi ?
– On dirait un langage crypté destiné à des secrets romantiques. »


Mon avis : L’Hôtel Iris est tenu par la mère de Mari, elle-même réceptionniste. Leur hôtel, en apparence calme, est troublé un soir par les cris d’une femme, qui sort d’une chambre en insultant un vieil homme. Cet homme, Mari va le retrouver quelques jours plus tard, et va littéralement tomber sous son charme. Entre eux, va naître une histoire spéciale, indescriptible, mais secrète, qu’elle taira durant de longs mois à sa mère.

Je ne suis pas habituée à lire des romans japonais – pour tout vous avouer, le dernier roman japonais que j’ai lu n’était autre que Kafka sur le rivage de Haruki Murakami, un récit très étrange, mais qui m’avait envoûté. Avec L’Hôtel Iris, je retrouve cette même ambiance, avec des sensations et émotions assez bizarres qui s’emparent de moi… comme si cela était propre à la littérature japonaise !

En revanche, contrairement à Kafka sur le rivage, roman qui m’avait désarçonné mais bien plût, j’ai eu plus de mal à entrer dans l’univers de Yôko Ogawa. Durant toute ma lecture, j’ai ressenti une forme de malaise, envers les personnages d’abord. Un vieil homme et une très jeune fille qui se cherchent, se trouvent, vivent une histoire que je ne peux pas vraiment qualifier d’amour, mais plutôt une histoire physique, remplie de désirs et sévices sexuels.

J’ai décelé une forme de cruauté et de perversité dans le comportement de cet homme envers Mari. Certaines scènes du livre peuvent choquer, je pense notamment aux nombreuses scènes de sexe, qui se révèlent triviales et humiliantes pour Mari, même si cette dernière semble y prendre beaucoup de plaisir. Comme un animal domestique, elle obéit aveuglément aux ordres de l’homme, prête à faire tout ce qu’il demande, même les choses les plus dégradantes. Je n’ai pas compris ses agissements, je n’ai pas compris la relation qui s’était créée entre ces deux personnes, elle m’a mise mal à l’aise, m’a terriblement dérangée.

Je n’ai pas trouvé d’utilité particulière à cette histoire, je n’ai vraiment pas compris où l’auteure voulait nous mener. C’est certain, Yôko Ogawa chamboule les convenances et la morale populaire, en mettant en avant une relation proscrite, incomprise, basée sur la domination et la violence. C’était sans doute le but de l’auteure : écrire une ode à la liberté, la liberté d’agir, de se comporter comme bon nous semble, de faire ce que nous voulons avec notre corps, notre temps… L’intention était bonne, mais la mise en scène ratée ! 


Un roman violent et cruel qui met en scène une relation étrange, toxique, dérangeante et perverse… Je n’ai pas du tout appréciée cette histoire, que je juge sans intérêt.

Ma note : 3/10

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