Lolita


Lolita de Vladimir Nabokov
551 pages, éditions Folio


Résumé : Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta. Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita.


Extraits : « Les mots, s’ils ne sont pas fondés sur l’expérience, ne veulent rien dire. »

« Il existe deux sortes de mémoire visuelle : l’une qui vous permet de recréer minutieusement une image dans le laboratoire de votre esprit, alors que vous avez les yeux grands ouverts […] ; l’autre qui vous conduit à visualiser instantanément, sur la sombre face interne de vos paupières, l’image rigoureusement fidèle et objective d’un visage aimé, petit fantôme en couleurs naturelles. »


Mon avis : En octobre dernier, j’ai eu l’honneur de lire Ma sombre Vanessa écrit par Kate Elizabeth Russell, un récit psychologique complexe sur le viol et le consentement, qui se référait en grande partie au célèbre Lolita de Vladimir Nabokov. Raison pour laquelle j’ai eu envie de découvrir ce classique de la littérature américaine, qui a fait couler beaucoup d’encre.

Pour celles et ceux qui n’auraient jamais entendu parler de Lolita : il s’agit du surnom donnée à Dolorès, une nymphette dont Humbert Humbert, le protagoniste et narrateur de l’histoire, s’est épris. Ce dernier, incarcéré, raconte ses mémoires et sa folie amoureuse pour une gamine d’une douzaine d’années. Tout commence par un besoin de solitude, de tranquillité, pour pouvoir étudier et écrire en toute liberté. Sa logeuse, Charlotte Haze, lui présente sa fille, Dolorès, dont il tombe éperdument amoureux. Ses derniers se rapprochent, sous les yeux jaloux de Charlotte, qui envoie sa fille en camp de vacances pour les séparer. Humbert Humbert décide de se marier à Charlotte, pour pouvoir vivre au plus près de sa bien-aimée, Dolorès. Seulement, lorsque Charlotte découvre le journal intime pervers de son mari, dans lequel il confie son attirance pour sa fille, elle s’enfuie et se tue accidentellement. Humbert Humbert part donc récupérer Dolorès, pour l’emmener dans un long périple au travers des États-Unis.

Le personnage de Humbert Humbert est énigmatique, mystérieux, déconcertant, on se sent facilement mal à l’aise à son contact. D’apparence cultivé, propre sur lui et courtois, il dissimule en réalité des caractéristiques perverses, détraqués, d’un esprit psychologiquement instable et dérangé. C’est lui le narrateur du récit, on ne perçoit l’histoire qu’à travers sa version des faits. On pénètre donc sa psyché, on s’attache un peu à sa personnalité, on le déteste aussi, ce qui crée un mélange assez dissonant, à l’image même de ce grand malade d’Humbert Humbert. C’est un homme solitaire, perdu, ne vivant que pour sa « passion », qui peut attendrir tout un chacun. Par moments, j’avais  l’impression qu’il essayait tant bien que mal d’enrôler le lecteur dans ses névroses, de nous assujettir à ses penchants pervers, de nous faire croire que cette histoire d’amour, très complexe, pouvait s’apparenter à des milliers d’autres histoires d’amour. Là réside toute la subtilité du récit : le lecteur, placé dans une situation inconfortable face aux scènes qui se jouent sous ses yeux, est facilement manipulable par le narrateur.

Nous sommes les témoins, complices silencieux, des actes innommables qui se jouent sous nos yeux. Néanmoins, il n’y a pas de scène pornographique à proprement parler, l’auteur raconte uniquement les scènes de sexe de manière allusives, abstraites, glissant quelques pistes ici et là pour que nous puissions deviner et nous représenter subjectivement nous-mêmes les scènes en question. C’est encore plus malsain que ce que je m’attendais à découvrir ! Humbert Humbert a un rôle ambivalent face à Lolita : il est à la fois père adoptif et amant passionné. 

Il est donc question de pédophilie, d’amour interdit, de viol et de consentement. Il y a certaines ambiguïtés qui perdurent autour du personnage de Dolorès/Lolita : est-elle réellement victime des assauts de Humbert Humbert, ou est-elle consentante ? Elle semble par moments ressentir des sentiments amoureux ou du moins affectueux pour son bourreau, tandis qu’à d’autres instants, on peut lire entre les lignes l’angoisse profonde, la terreur de la jeune fille, prise entre les mailles d’un filet duquel elle ne peut s’enfuir. Nous sommes face à des interrogations massives, basculés entre mensonges et vérités. Si l’on en croit les descriptions du narrateur, Lolita se montre parfois aguicheuse, vulgaire, un peu inculte, indolente, la parfaite image d’une nymphette provocatrice mais intellectuellement creuse. Mais là encore, on ne peut entièrement se baser sur cette image, construite du point du vue de Humbert Humbert uniquement. Quant à ce dernier, il est amoureux maladif de Lolita, c’est indéniable. Il ne conçoit pas sa vie sans elle. Nous sommes face à une folie comme on en croise que très peu, face à un esprit dérangé, qui provoque en nous une palette d’émotions : du dégoût, beaucoup de malaise, de la peine aussi… 

Ce que je retiendrais principalement de cette lecture, outre la thématiques cinglante et malsaine, c’est la somptueuse écriture de l’auteur. Je l’ai trouvée d’une finesse incomparable. La linguistique est recherchée, elle ne contient aucun mot obscène, le style est élégant, d’aspect poétique, si on en oublie l’intrigue. Le contraste est frappant entre la grâce de l’écriture et l’ignominie des scènes, c’est justement ce qui a rendu ce livre si délectable pour beaucoup.


Un classique de la littérature américaine au style maîtrisé mais ambigue.  un roman sulfureux et ambivalent sur l’amour interdit, qui déstabilise, chamboule,  marque à tout jamais les esprits. à ne pas mettre entre toutes les mains…

Ma note : 7/10

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ISBN : 2-07-041208-3
Traduction : Maurice Couturier

8 réflexions sur “Lolita

  1. Libriosaure dit :

    Enfin une critique qui me permet de savoir réellement ce qu’il y a dans ce roman, qui m’éloigne des a priori et qui pourra peut-être m’inciter à découvrir ce texte par moi-même. Merci merci !

    Aimé par 1 personne

  2. Miss Obou dit :

    J’avoue ma naïveté : je n’avais jamais entendu parler de ce livre (ou alors, ce qu’on en a dit ne m’a pas marqué!) Une critique qui m’intrigue, un sujet tabou…de quoi attiser ma curiosité!

    Aimé par 1 personne

    • analire dit :

      Il est pourtant mondialement connu… mais souvent réprimé, c’est peut-être pour ça que tu n’en gardes pas souvenir. Je ne peux ni te le conseiller ni te désapprouver sa lecture… il est tellement atypique que l’appréciation en est très subjective…

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  3. Parlons fiction dit :

    Quelle belle critique ! Ce n’est pas facile de parler de ce livre sans tomber dans les clichés, car le livre est finalement bien compliqué à appréhender. Je l’ai lu il y a quelques années et il m’avait vraiment marqué. Je pense le relire un jour d’ailleurs. La façon dont l’auteur présente son histoire embarque le lecteur dans une situation malsaine et parfois même malaisante. Le narrateur essaye de nous enrôler dans ses pensées et finalement, tout est à remettre en question. C’est une lecture dont on se souvient ! Tout est suggéré en subtilité.

    Je ne sais pas si tu as déjà vu ce livre passer, mais Christophe Tesson a publié le roman « Journal de L. » en 2019 en s’inspirant de l’œuvre de Nabokov. Il a tenté de raconter l’histoire de Lolita du point de vue de la jeune fille. Je n’ai pas été totalement convaincue, mais je dois avouer que c’était un livre intéressant !

    Aimé par 1 personne

    • analire dit :

      Merci beaucoup pour ton passage et merci d’avoir pris le temps de lire ma chronique et d’y réagir. Effectivement, lecture compliquée, avec des retours dessus toujours très divergents.

      Je ne connaissais absolument pas « Journal de L. », mais je le note. Par simple curiosité, j’irai y jeter un œil et lire quelques critiques. Merci pour ton conseil 🙏🏼

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