La jeune fille à la perle


La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier

313 pages, éditions Folio


Résumé : La jeune et ravissante Griet est engagée comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Nous sommes à Delft, au dix-septième siècle, l’âge d’or de la peinture hollandaise. Griet s’occupe du ménage et des six enfants de Vermeer en s’efforçant d’amadouer l’épouse, la belle-mère et la gouvernante, chacune très jalouse de ses prérogatives.
Au fil du temps, la douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille émeuvent le maître qui l’introduit dans son univers. À mesure que s’affirme leur intimité, le scandale se propage dans la ville…
Un roman envoûtant sur la corruption de l’innocence, l’histoire d’un coeur simple sacrifié au bûcher du génie.


Extraits : « Disons qu’elle n’est pas belle, mais qu’il la rend belle, ajouta-t-elle. Ça devrait se vendre un bon prix. »

« – […] Et maintenant, quelles couleurs voyez-vous dans les nuages ?
– J’y vois du bleu, répondis-je, après les avoir étudiés quelques minutes. Et aussi du jaune. Et même un peu de vert ! » Je les montrai du doigt, excitée que j’étais. Toute ma vie, j’avais vu des nuages mais j’eus à cet instant l’impression de les découvrir. »


Mon avis : La jeune fille à la perle est un roman historique et intemporel sur la création du tableau du même nom, par le célèbrissime Johannes Vermeer. Souvent étudié dans les écoles, j’aurais été ravie de pouvoir le découvrir dans ce cadre, pour approfondir davantage cette lecture, qui m’a enchantée.

Vermeer est un peintre hollandais du XVIIème siècle, peu connu de son vivant, dont les oeuvres ont été mises en lumière seulement à la moitié du XIXème siècle, grâce à un critique d’oeuvres d’art. Vermeer est essentiellement reconnu pour ses scènes de genre, qui représentent la vie domestique avec familiarité, naturel et poésie. La jeune fille à la perle, La laitière, ou encore L’astronome, comptent parmi les tableaux les plus célèbres au monde.

Portrait de Johannes Vermeer

Tracy Chevalier s’appuie sur des éléments historiques et biographiques liés à Vermeer et y associe avec habileté des composants fictionnels pour écrire son roman. Ainsi, nous découvrons avec bonheur la vie de Veermer à travers Griet, jeune demoiselle de seize ans qui entre au service de la famille Vermeer. Nous faisons la connaissance de Catharina, la femme de Vermeer, leur nombreuse progéniture, ainsi que Maria Thins, la mère de Catharina, qui vivent tous ensemble dans le petit village de Delft. Griet n’est pas la seule servante à servir la famille, puisque Tanneke travaille également dans la maison familiale pour Maria Thins depuis de nombreuses années. Griet s’intègre difficilement à cette maisonnée, les membres de la  famille semblant être assez réticents à l’idée d’accueillir une nouvelle servante dans leur intimité, certains comme la jeune Cornelia allant même jusqu’à lui faire de mauvaises farces pour la discréditer aux yeux du couple Vermeer. Mais Griet a besoin de ce travail et du faible revenu qui lui revient chaque semaine pour aider ses parents. Son père, faïencier de son métier, est devenu aveugle des suites de son difficile labeur. Sa mère ne pouvant pas subvenir convenablement à leurs besoins, c’est Griet qui vient compenser le manque financier de ses parents.

Vue de Delft (Pays-Bas)

Tracy Chevalier retrace avec subtilité une vie de village des années 1660. Dans le petit village de Delft, Griet sort chaque jour au Marché pour s’approvisionner en viandes, ou chez l’apothicaire, pour ramener des ingrédients utiles à Vermeer pour peindre ses oeuvres. Le village est animé, on ressent avec bonheur ce petit centre vivre : c’est un réel plaisir que d’être transporté au coeur d’un quotidien ordinaire et simple comme celui-là. C’est d’ailleurs au marché aux viandes que Griet fera la connaissance de Pieter fils, le boucher. Un jeune homme un peu plus âgé qu’elle, aux premiers abords frustre, mais bienveillant envers la jeune femme et ses parents. Il accorde beaucoup d’attentions à Griet, lui faisant plus ou moins subtilement sentir tout l’intérêt qu’il accorde à sa personne.

Mais Griet est entièrement focalisée sur le peintre Vermeer, qui la fascine littéralement. Ce mystérieux homme, solitaire, constamment enfermé dans son atelier, va laisser à Griet le loisir de pénétrer son intimité. Elle deviendra sa secrétaire, l’aidera dans ses préparations de toiles, avant de finir par poser pour lui. Des tâches quotidiennes loin de ses obligations de servantes, qui ne raviront pas Catharina, la femme du peintre, jalouse du lien indicible qui se créait entre son mari et cette servante.

On se plait à prendre comme acquises les explications données par Tracy Chevalier sur cette magnifique oeuvre d’art qu’est La jeune fille à la perle. Malheureusement, la réalité est toute autre : la jeune fille représentée est anonyme, peut-être une des filles du peintre. Les hypothèses  sur son identité vont bon train, mais nul ne n’aura jamais le fin mot de l’histoire.

La jeune fille à la perle (1665-1667)

Jalousies, réprimandes, secrets, sont le lot quotidien de Griet. Ajoutez à cela l’attention toute particulière que lui confère Van Ruijven, un riche commerçant d’art, également ami des Vermeer. Du haut de son misérable statut de servante, Griet ne peut que se plier aux exigences de ses maîtres, obéir sans vergogne sans jamais faire de reproche. On ressent avec affliction l’étendue de la servitude et la dépendance financière et émotionnelle de Griet à leur encontre : sa précarité sociale ne lui permettait pas de s’affirmer.

Le Concert (1664-1667)

C’est avec bonheur que j’ai découvert plus en détails la vie du peintre Vermeer. C’est un personnage énigmatique, que l’on peine à cerner, qui semble être étranger même à sa propre famille. Il évolue comme dans une bulle artistique, n’exprime pas ses émotions par des paroles ou des gestes, mais il les réserve dans ses peintures, qui parlent d’elles-mêmes. Il allie avec merveille l’ombre et la lumière, il positionne avec minutie le décor, il fait en sorte de créer de l’émotion, de l’immédiateté, du mouvement, une sorte d’illusion de la vie. Appliqué et méthodique, jouant avec subtilité et minutie de ses pinceaux, une seule de ses toiles pouvait lui prendre près de quatre mois. Un manque de productivité critiqué par sa femme : sans entrée d’argent, difficile de nourriture les nombreuses bouches de sa progéniture et de rembourser les dettes accumulées. J’ai pris beaucoup de plaisir à voir travailler Vermeer, je me suis sentie privilégiée, presque intime avec le peintre.

Au vu du succès international de ce roman, l’oeuvre a été adaptée au cinéma en 2003, avec un casting de choix : Scarlett Johansson dans le rôle principal, et Colin Firth dans celui du peintre. Une adaptation saluée par la critique, que je me ferais une joie de découvrir prochainement !


Un roman historique passionnant, qui met en lumière la vie du peintre Vermeer à travers Griet, la jeune fille à la perle. Un chef-d’oeuvre littéraire et artistique !

Ma note : 10/10

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ISBN : 2-07-041794-8
Traduction : Marie-Odile Fortier-Masek

L’amour et les forêts


L’amour et les forêts d’Éric Reinhardt

412 pages, éditions Folio


Résumé : À l’origine, Bénédicte Ombredanne avait voulu le rencontrer pour lui dire combien son dernier livre avait changé sa vie. Une vie sur laquelle elle fit bientôt des confidences à l’écrivain, l’entraînant dans sa détresse, lui racontant une folle journée de rébellion vécue deux ans plus tôt, en réaction au harcèlement continuel de son mari. La plus belle journée de toute son existence, mais aussi le début de sa perte.

Récit poignant d’une émancipation féminine, « L’amour et les forêts » est un texte fascinant, où la volonté d’être libre se dresse contre l’avilissement.


Extraits : « Moi aussi j’attends des livres que j’entreprends d’écrire qu’ils me secourent, qu’ils m’embarquent dans leur chaloupe, qu’ils me conduisent vers le rivage d’un ailleurs idéal. »

« Car c’est ça ma grande terreur, c’est que ma vie s’écoule inutilement comme de l’eau d’un robinet qu’on a oublié de fermer, ou d’un robinet qui fuit, quelque chose comme ça, tu vois. »


Mon avis : Auréolé du Prix France Télévision – Roman en 2014, du Prix des lycéens – Renaudot la même année, puis du Prix France Culture – Télérama en 2015, L’amour et les forêts est un roman salué par les critiques et plébiscité par les lecteurs. Au vu de ce palmarès exceptionnel, j’ai acheté ce livre les yeux fermés et j’ai débuté sa lecture sans a-priori, n’ayant même pas pris la peine de lire la quatrième de couverture. Avec autant de prix, il devait forcément être bon !

Je débute donc ma lecture aux côtés de Bénédicte Ombredanne, une femme d’une quarantaine d’années, touchée par l’écriture d’un écrivain, à qui elle va transmettre une lettre passionnée et passionnante d’intelligence et de dévouement. Très touché par cet hommage, l’écrivain, qui n’est autre qu’Éric Reinhardt, décidera de rencontrer cette fervente lectrice. Deux rencontres auront été suffisantes pour qu’Éric soit touché par l’histoire de Bénédicte Ombredanne. Mariée à Jean-François depuis des années, mari transi de jalousie, autoritaire, homme insensible, colérique et froid, ils ont ensemble deux jeunes enfants et vivent tous sous le même toit. Bénédicte Ombredanne est professeure agrégée de lettres et rêvait d’une toute autre vie, où la passion, l’amour pur et véritable, exacerbé et délicat aurait comblé son quotidien. Ce qui n’est pas le cas avec Jean-François. Elle va donc s’inscrire sur Meetic et rencontrer Christian, un homme aux antipodes de son mari, intelligent, doux, attentionné, qui va lui offrir les quelques heures les plus heureuses de toute son existence.

Le sujet semble simple, mais il est extrêmement complexe, paradoxal et sensible : c’est le destin amoureux d’une héroïne aux prises entre son coeur et sa raison. Durant deux longues années, nous allons suivre son quotidien de femme battue, humiliée, maltraitée et rabaissée par son mari, coupable de jalousie extrême et de perte de tout contrôle sur ses gestes et ses paroles. Il n’hésitera pas à la manipuler, à l’intimider et à lui faire du chantage pour qu’elle reste à ses côtés, malgré l’absence évidente d’amour. Son comportement est véritablement choquant, on en vient à se demander comment Bénédicte Ombredanne peut supporter de vivre avec un homme tel que lui.

Seule étincelle de lumière dans son quotidien morose : sa brève rencontre avec Christian, le temps d’une journée ensoleillée et passionnelle, ponctuée d’amour, de balades en forêt, et d’essais au tir à l’arc. Ce fût un coup de foudre immédiat et intense entre ces deux amants que tout rapproche. Mais quand le coeur dit oui, la raison dit non : Bénédicte Ombredanne, muselée à son mari et à ses obligations parentales, mettra, bien malgré elle, une fin définitive à cette belle histoire-embryon.

Il est toujours bon de rappeler qu’en France, en moyenne, près de 220 000 femmes subissent chaque année des violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur compagnon, mari, ou ex, soit 1% de la population totale. Un chiffre à faire frémir de colère, encore plus si l’on prend en compte le taux de féminicide sur une année, qui s’élève à plus de 100 meurtres sur l’année 2019. Un taux qui ne cesse d’augmenter, notamment lors du confinement, où les violences conjugales ont augmenté de +30% en province et à Paris. Dénoncer ces actes malveillants, signaler et prévenir, aider et assister les femmes pour les sortir de cet enfer constitue un défi majeur. L’amour et les forêts, pourtant écrit par un homme, se fait un très bon manifeste de ces dommages verbales, physiques et psychologiques devenus l’une des plaies de notre société.

Éric Reinhardt est un auteur qui se fait discret dans la cour littéraire française. C’est pourtant un auteur de renom, extrêmement doué, qui sait manier les mots avec perfection. Sa plume est élancée, poétique, complexe aussi, dans le sens où on ressent intensément que les mots et les phrases employées sont longuement travaillées, presque ciselées avec minutie. Malgré ce travail d’orfèvre, ces mots glissent sur les pages pour créer des phrases alanguies, qui se lisent avec fluidité. L’auteur magnifie la langue française et juste pour ça, je lui dis un grand bravo et un immense merci !

Malgré tout le respect que j’aie pour l’auteur et toute l’admiration que je porte à sa narration, je me suis vue, à plusieurs reprises, soupirer de lassitude. Par moment, l’histoire se perd en longueurs et en circonvolutions superflues, qui étirent le récit sans lui apporter de réelle plus-value. Cette langueur d’écriture, cette monotonie excédentaire a contribué à me détacher de l’histoire. Conséquence directe sur mon affect : j’ai été moins touchée par la triste histoire de Bénédicte Ombredanne que j’aurais dû l’être.


Un récit superbement écrit, qui jongle entre poésie lyrique et envolées narratives : un bel hommage à l’écriture française. J’ai beaucoup aimé l’écriture, mais j’aurais souhaité qu’elle soit moins travaillée, plus accessible et touchante. Dommage car le fond est vraiment intéressant : on suit le quotidien amoureux d’une femme, transcendée entre son coeur et sa raison. Une histoire moderne et triste, digne plaidoyer d’un homme en faveur des femmes.

Ma note : 5,5/10

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ISBN : 978-2-07-046815-7

La Métamorphose et autres récits


La Métamorphose et autres récits de Franz Kafka

217 pages, éditions Folio classique


Résumé : Lorsque Gregor Samsa s’éveille, un matin, après des rêves agités, il est bel et bien métamorphosé. Doté d’une épaisse carapace d’où s’échappent de pitoyables petites pattes ! Lugubre cocasserie ? Hélas, ultime défense contre ceux, qui, certes, ne sont pas des monstres mais de vulgaires parasites… Les siens. Père, mère, sœur, dont l’ambition est de l’éliminer après avoir contribué à l’étouffer…


Extraits : « Lorsque Gregor Samsa s’éveilla un matin au sortir de rêves agités, il se retrouva dans son lit changé en un énorme cancrelat. »

« La réflexion et le sang-froid valent mieux que les résolutions désespérées.« 


Mon avis : Après des années à le regarder prendre la poussière dans ma Pile À Lire, je me suis ENFIN décidée à sortir ce monument de Franz Kafka. J’ai la chance d’avoir La Métamorphose dans son édition Folio classique, avec en prime, de très courts textes, sorte de nouvelles, qui viennent étoffer l’oeuvre de Kafka pour mon plus grand plaisir.

Malheureusement, j’ai trouvé que les récits qui introduisent le livre étaient trop abstraits, flous, manquant cruellement de sens. Ce n’est qu’en finissant ma lecture, à la toute fin de cette édition Folio classique, que j’ai découvert que le livre était doté d’un dossier complet, qui explique les grandes lignes des textes présents dans le livre, ainsi que leur histoire avant publication : des explications très appréciables sur des textes souvent abstraits et ouverts à l’interprétation. Je ne les ai découvert qu’à la fin de ma lecture, ce qui m’a forcé à relire certains courts récits pour me rappeler leurs sens.

En revanche, contrairement aux courtes nouvelles bien trop abstraites pour moi, j‘ai pris beaucoup de plaisir à découvrir La Métamorphose. C’était une expérience de lecture étrange, totalement à part, mais tellement enivrante ! Pour celles et ceux qui n’auraient jamais entendu parler de cette histoire, en voici un court résumé : un beau matin, le jeune Gregor Samsa se réveille dans le corps d’un cafard. Ses parents, ainsi que sa jeune soeur, sont horrifiés de cette transformation soudaine.

Nous assistons à une métamorphose physique, certes – quoique nous n’ayons pas connu le véritable aspect physique de Gregor avant qu’il ne devienne cafard -, mais nous assistons surtout à une métamorphose psychique. En effet, sous nos yeux, le héros se détache progressivement de ses facultés intellectuelles humaines pour se fondre dans son nouvel état d’insecte. Il pense et agit comme un cafard, en oubliant totalement sa condition d’humain.

L’histoire se passe en huis clos, dans la maison familiale qui abrite les parents et la soeur de Gregor. Ce dernier se retrouve confiné dans sa chambre, obligé de se cacher de sa famille, qui le voit comme un vulgaire et répugnant insecte. Les membres de la famille réagissent différemment face à la nouvelle condition du héros : la jeune soeur vient en aide du mieux qu’elle le peut à son frère, lui apportant eau et nourriture, ainsi que tout ce dont il aurait besoin pour s’épanouir dans sa nouvelle vie d’insecte. Le père renie son fils, tandis que la mort, d’abord toujours pétrie d’amour pour son fils, le verra finalement comme un cafard envahissant et dégoûtant. À cause de ses différents points de vue sur l’état actuel de la situation, les conflits familiaux sont légions. Franz Kafka pointe du doigt ici la complexité des relations sociales, avec notamment l’exclusion et le rejet de certaines personnes, pointées du doigt car incompatibles au reste du monde. C’est une métaphore grandiose et pleine de sens que nous l’offre l’auteur.


J’ai vraiment adoré l’absurdité et l’originalité des Métamorphoses, qui distrait tout en donnant des pistes de réflexions philosophiques sur les relations sociales, l’isolement, la différence, la famille… Avec Franz Kafka, le fantastique devient une réalité acceptable. Dommage que les courtes nouvelles qui précèdent le chef-d’oeuvre soient aussi peu compréhensibles !

Ma note : 8/10

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ISBN : 2-07-038105-6
Traducteur : Claude David

Courrier sud


Courrier sud d’Antoine de Saint-Exupéry

154 pages, éditions Folio


Résumé : – Jacques, Jacques emmenez-moi ! Bernis est pâle et la prend dans ses bras et la berce. Geneviève ferme les yeux : – Vous allez m’emporter… Le temps fuit sur cette épaule sans faire de mal. C’est presque une joie de renoncer à tout : on s’abandonne, on est emportée par le courant, il semble que sa propre vie s’écoule… s’écoule. Elle rêve tout haut : « Sans me faire de mal. » Bernis lui caresse le visage… – Jacques !… Jacques… Mon fils est mort…


Extraits : « La terre, de là-haut, paraissait nue et morte ; l’avion descend : elle s’habille. Les bois de nouveau la capitonnent, les vallées, les coteaux impriment en elle une houle : elle respire. »

« Combien la seule vérité est peut-être la paix des livres; Mais les professeurs le savaient déjà.« 


Mon avis : Tout le monde connaît Antoine de Saint-Exupéry pour son oeuvre magistrale, Le Petit Prince, qui a connu un succès monstre à travers le monde. Mais peu se sont tournés vers les autres oeuvres de l’auteur. J’étais curieuse de lire une autre de ses histoires, et me suis tournée vers Courrier sud, son premier roman.

Pour ceux qui ne le savent pas, avant d’être écrivain, Antoine de Saint-Exupéry est aviateur dans l’Armée de l’Air, il participe notamment à la Seconde Guerre mondiale, avant d’être mystérieusement porté disparu en 1944, alors qu’il partait de Corse avec son avion. C’est sans doute de ses expériences aéronautiques passées qu’il tire les anecdotes dont il se sert pour écrire Courrier sud. Ce roman raconte l’histoire de Bernis, un pilote missionné pour transférer du courrier de Toulouse à Casablanca et Dakar. On le suit dans sa traversée solitaire et dans ses escales mouvementées. Un beau jour, il rencontrera une femme, Geneviève, dont il tombera amoureux, malgré que cette dernière soit déjà mariée. Ne sachant pleinement la satisfaire, il se résoudra à la laisser et à continuer ses virées solitaires à bord de son avion.

Malheureusement, malgré tout le respect que j’ai envers Antoine de Saint-Exupéry, je n’ai pas aimé Courrier sud. J’ai trouvé l’histoire trop fragmentée et abstraite. Pour faire simple : je n’ai absolument pas compris le but de ce récit – je lisais sans vraiment comprendre où voulait en venir l’auteur. Tout est trop vague, sans queue ni tête, les descriptions ne sont pas assez précises, les personnages nullement travaillés. Le livre est divisé en trois parties incohérentes. Nous passons d’une pseudo virée au-dessus du Sahara à une histoire d’amour alambiquée, sans aucun fil conducteur. Vous l’aurez compris, mon avis va être bref : ce livre n’a aucun intérêt, vous pouvez passer votre chemin !

Peut-être que je regarderais un jour l’adaptation cinématographique réalisée en 1937 par Pierre Billon – si j’arrive à le trouver en entier, vu la date lointaine de sa réalisation. Mais ce ne sera certainement pas pour tout de suite : pour le moment, je suis encore trop déçue par cette découverte pour me plonger dans le film !


Courrier sud est beau dans sa forme mais totalement flou sur le fond. J’ai trouvé le récit vague, incompréhensible, trop fragmenté, je n’ai pas compris où voulait nous mener l’auteur et suis donc passée totalement à côté de l’histoire.

 


Ma note : 2,5/10

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« Oh… »


« Oh… » de Philippe Djian

241 pages, éditions Folio, à 9,10€


Résumé : « Décembre est un mois où les hommes se saoulent – tuent, violent, se mettent en couple, reconnaissent des enfants qui ne sont pas les leurs, s’enfuient, gémissent, meurent… »
« Oh… » raconte trente jours d’une vie sans répit, où les souvenirs, le sexe et la mort se court-circuitent à tout instant.


Extraits : « Aujourd’hui, avec le recul, je peux dire que la solitude est le plus beau cadeau du monde, le seul refuge. »

« Rien de pire que cette sensation de temps stupidement perdu quand on referme un mauvais manuscrit.« 


Mon avis : Je souhaitais depuis longtemps découvrir la plume de ce célèbre auteur français, aux succès littéraires manifestes, également connu pour être le parolier du célèbre chanteur suisse Stephan Eicher. C’est maintenant chose faite avec « Oh… », lauréat du Prix Interallié 2012, que j’ai lu dans une magnifique version éditée par Folio, contenant un sublime coffret en dur renfermant le livre à l’intérieur.

Tout l’intérêt de « Oh… » se trouve dans la psychologie des personnages plutôt que dans l’intrigue en elle-même.Philippe Djian est un homme de lettres, qui aime manier les mots et jouer avec eux pour emmener le lecteur dans des univers insoupçonnées. Dans son récit, il narre trente jours de la vie d’une femme. Cette femme peut, pour certains, avoir une existence banale : elle a une cinquantaine d’années, elle est divorcée, mais en bons termes avec Richard, le père de son fils unique, Vincent. Celui-ci est en couple avec Josie, qui attend un enfant d’un autre homme, aujourd’hui en prison. Vincent est immature, naïf, un peu égoïste, tête en l’air et simplet, ce qui n’empêche pas sa mère de l’aimer et de l’aider (financièrement, surtout !). Les parents de cette dernière sont également séparés : sa mère Irène fait une cure de jouvence, enchaînant les jeunes conquêtes, au grand dam de sa fille. Quant à son père, il exécute une peine de prison pour avoir assassiné des dizaines d’enfants. Une famille loin d’être ordinaire, donc.

En parallèle, notre narratrice est l’heureuse co-directrice d’une agence de production qu’elle a bâtie avec Anna, sa meilleure amie depuis près de vingt ans. Mais comme la vie de notre héroïne n’est pas ordinaire, cette dernière couche depuis plusieurs années, sans aucune honte, avec le mari d’Anna, sans que cette dernière ne soit au courant. La vie sentimentale de notre narratrice n’est pas de tout repos, puisqu’il semblerait qu’elle entretienne un lien étrange avec son voisin d’en face, pourtant marié.

Dans « Oh… », c’est l’émotion et le style littéraire qui prime, plutôt que l’action et l’histoire. Philippe Djian veut faire ressentir des choses aux lecteurs, à travers une stylistique originale et un style épuré, qui m’ont un peu déstabilisés au début. Point de chapitre venant morceler son récit, mais un texte continu, où le temps passe sans vraiment qu’on s’en aperçoive. Les moments de vie et les péripéties s’enchaînent avec fluidité, l’auteur sachant manier les mots avec dextérité et élégance.

J’ai vraiment adoré la plume de l’auteur, mais je dois vous avouer que certaines scènes sont quand même surréalistes, trop exagérées et m’ont quelque peu choquées. C’est le cas du père  de notre protagoniste, responsable de la mort de dizaines d’enfants d’un club Mickey, qu’il a sauvagement assassiné sans aucune raison. Je n’ai pas vraiment compris où souhaitait en venir l’auteur en intégrant une telle anecdote. Il en est de même concernant les viols subit par notre narratrice : peut-être Philippe Djian voulait-il mettre en avant l’incongru, le choquant, l’horreur, qui, dans notre monde du XXIème siècle, nous semble maintenant faire partie du quotidien ? C’est une hypothèse tout à fait plausible.

Je suis quand même bien embêtée pour écrire cette chronique, puisque je ne sais pas vraiment ce que j’ai pensé de « Oh… ». C’est un texte déstabilisant dans ce qu’il a d’original, de transgressant, d’atypique. L’auteur a réalisé une prouesse stylistique que je salue, mais sa mission n’est qu’à demi-remplie, puisque je n’ai pas ressenti énormément d’émotions en lisant ses mots. Peut-être un peu de dégoût à certains moments, quelques frayeurs ou haussement de sourcils sceptiques. Mais c’est tout.


Philippe Djian nous raconte trente jours de la vie d’une femme. Un roman déstabilisant, qui transgresse les règles d’écriture pour former un tableau surréaliste et percutant sur des horreurs du quotidien devenus banalité. 

Ma note : 6/10

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