Le premier jour du printemps


Le premier jour du printemps de Nancy Tucker
331 pages, éditions Les Escales


Résumé :  » Alors donc, j’ai pensé, y avait que ça à faire, et ça suffisait pour que j’aie l’impression d’avoir tout le pouvoir du monde. Un matin, un instant, un petit garçon aux cheveux jaunes. En fait, c’était pas grand-chose.  »
Peut-on pardonner l’impardonnable ?
Chrissie est une enfant solitaire qui grandit dans une banlieue anglaise sordide. Délaissée par un père absent et une mère démissionnaire qui fait tout pour ne plus avoir à s’occuper d’elle, son quotidien est violent et misérable. La seule chose qui donne à Chrissie l’impression d’être vivante, c’est son secret. Et rien que d’y penser, elle en a des papillons dans le ventre.
Le premier jour du printemps, elle a tué un petit garçon.
Quinze ans plus tard, Chrissie s’appelle Julia. Elle cache sa véritable identité et tente d’être une bonne mère pour Molly, sa fille de cinq ans, malgré ses nombreuses inquiétudes. Va-t-elle pouvoir subvenir aux besoins de sa fille ? Réussir à lui donner ce qu’elle n’a jamais reçu ? Quand, un soir, elle commence à recevoir de mystérieux appels, elle craint que son passé ne refasse surface. Et que sa plus grande peur, celle de se voir retirer Molly, ne soit sur le point de se réaliser.


Extraits : « À même pas dix ans, on n’allait pas en prison et on n’avait pas droit à un procès, parce que quoi qu’on ait fait, on n’était qu’une gamine et ce n’était pas de votre faute. Je n’avais que huit ans mais j’ai pourtant eu droit à la cellule et au procès. Certains crimes étaient si terribles qu’on ne vous considérait plus comme une gamine. »

« Les gens passaient leur temps à vus promettre des trucs, comme s’ils comprenaient pas que « promesses », c’était juste un mot à la con. »


Mon avis : Le premier jour du printemps est un roman à suspense qui se découpe en deux narrations, composées de deux époques distinctes. Nous avons d’un côté Chrissie, une petite fille de 8 ans, qui vit dans la précarité, avec une mère peu soucieuse de s’occuper d’elle et un père absent. Heureusement, Chrissie peut compter sur sa meilleure copine Linda, chez qui elle trouve régulièrement refuge pour manger à sa faim et jouer pour oublier ses conditions de vie. Instable psychologiquement, très peu aimée, Chrissie est odieuse avec les autres enfants et se comporte de manière irrespectueuse avec les adultes qu’elle croise. Sans se l’expliquer, elle commet alors un acte impardonnable et totalement irréfléchi : elle tue de ses mains un jeune enfant et finit en prison, âgée d’à peine huit ans.

D’un autre côté, nous avons Julia, une mère célibataire attentionnée avec sa petite Molly, qui vit dans la crainte constante de se voir retirer la garde de sa fille. A juste titre, puisque Julia n’est autre que Chrissie, obligée de changer d’identité pour éviter les menaces, agressions et autres jugements de la population. Après une incarcération de plusieurs années en prison pour mineur, Julia est enfin libre de ses mouvements, mais à jamais enchaînée aux souvenirs de ses crimes odieux.

La construction du récit est originale et extrêmement bien amenée. Bien qu’on puisse être perdu au début, naviguant à vue sans vraiment comprendre le lien entre les deux personnages, les éléments se recoupent finalement pour n’en faire qu’un : Chrissie et Julia sont la même personne. Et pourtant, des doutes peuvent subsister, puisque le caractère de la petite Chrissie est loin d’être similaire à la jeune maman Julia. La maturité et les expériences de la vie ont diamétralement changés sa façon de se comporter et de réfléchir.

Chrissie était une enfante turbulente, délaissée, affamée, puisque sa mère ne s’occupait pas d’elle, elle était méprisante, elle volait sans vergogne, faisait mille et une bêtises, traînait sans arrêt dans la rue, alors qu’elle n’avait que huit ans. Les autres parents avaient pitié d’elle, tout en se sentant parfois envahis par la présence trop régulière de cette petite fille, qu’on aurait dit abandonnée. Finalement, son comportement reflète l’environnement et la façon dont elle a été élevée : sans amour, sans soutien, sans éducation et socle familial solide. J’ai ressenti des sentiments ambivalents à son égard : beaucoup de peine et de pitié, mais aussi de la colère pour le crime qu’elle a commis et son attitude nonchalant face à ça. Régulièrement, elle se rendait chez la famille dévastée du petit décédé sans jamais ressentir de regret face à son geste.

Heureusement, Julia est loin d’être Chrissie. C’est une mère qui essaie d’être exemplaire, qui travaille d’arrache-pied pour couvrir tous les besoins de sa fille et se montre la plus attentionnée possible. Elle est craintive, puisque les autorités l’ont laissé sous protection juridique, pour être sûr qu’elle est apte à s’occuper d’une enfant, alors qu’elle est une criminelle. Comme pour Chrissie, j’ai ressenti beaucoup de peine pour Julia, mais aussi de l’empathie face à cette mère imparfaite et maladroite, qui aime plus que tout sa fille mais à peur de ne pas être à la hauteur. Face à un crime tel que celui perpétué par Chrissie, peut-on pardonner ? se racheter ? oublier ? continuer à vivre normalement sans être constamment tiraillé par les erreurs du passé ? Autant de questions qui se bousculent quotidiennement dans l’esprit de Julia, hanté par son geste enfantin aux conséquences terribles.


Un premier roman à suspense finement construit, à la fois émouvant et éprouvant. J’espère pouvoir retrouver prochainement Nancy Tucker à travers une autre histoire.

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-36569-532-9
Traduction : Carine Chichereau

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