L’amour de ma vie


L’amour de ma vie de Rosie Walsh
443 pages, éditions Les Escales, à 22€


Résumé : Emma, océanographe reconnue et médiatisée, adore son métier, son mari Leo, leur fille Ruby et leur chien John Keats. En apparence, tout est parfait. Sauf que Leo est un journaliste spécialisé dans les nécrologies de célébrités. Et, quand Emma tombe gravement malade, il tient le choc grâce à ce qu’il sait faire de mieux : enquêter sur la vie des autres.
En rédigeant la nécrologie de sa femme, Leo relève des incohérences dans son passé. Incrédule, il tente de dénouer le vrai du faux et, dévasté, il doit se rendre à l’évidence : la personne qu’il pensait le mieux connaître au monde est une étrangère.
À mesure que Leo dévoile ses secrets, Emma n’a d’autre choix que de lui prouver que, malgré ses mensonges, elle est bien la femme dont il est tombé amoureux. Mais d’abord, elle doit lui parler de l’autre amour de sa vie…


Extraits : « Quand on a perdu tant de choses que c’en est insupportable, on s’accroche à tout. »

« Moins de la moitié des mots qu’emploient les biologistes sont compréhensibles pour le commun des mortels. Se retrouver coincé parmi eux à une soirée est un véritable cauchemar. »


Mon avis : Il ne faut jamais se fier au titre d’un roman, comme il ne faut jamais se fier à la couverture de celui-ci, qui peuvent, l’un comme l’autre, nous induire en erreur sur le contenu du livre. C’est le cas pour L’amour de ma vie, qui laisserait penser qu’une jolie romance à l’eau de rose se cache entre ses pages… il n’en est rien. Best-seller du New York Times, ce livre raconte l’histoire d’amour mouvementée d’Emma et Leo.

Emma est une biologiste marine célèbre pour ses recherches, également maman d’une petite fille prénommée Ruby, qu’elle a eu son avec son mari Leo, rédacteur de nécrologies dans un journal national. Le couple traverse une période compliquée, puisqu’Emma a est atteinte d’un cancer qui la mine et attend ses derniers résultats d’examens. Pour se changer les idées, la jeune femme se réfugie dans son lieu fétiche : une plage dans le comté de Northumberland, au Nord du Royaume-Uni, où elle cherche inlassablement une espèce de crabes rares, qu’elle a aperçu il y a des années de cela au même endroit. Pendant ce temps, comme d’habitude, Leo garde leur petite fille à la maison et en profite pour écrire la nécrologie de sa femme, connue grâce à ses recherches et à une série télévisée sortie il y a plusieurs années. En farfouillant dans ses affaires, Leo va faire d’étranges découvertes et mettre en lumière des incohérences de son passé. Il doit rapidement se rendre à l’évidence : il ne connaît pas celle qui partage sa vie depuis plus de dix ans.

Northumberland

Plage de Northumberland

L’histoire est dynamique, puisque Rosie Walsh alterne les narrations, entre Leo et Emma, mais aussi, les époques, entre le présent et le passé de la jeune femme. On est rapidement happé par cette histoire et désireux d’en découvrir davantage sur cette femme, d’apparence pourtant normale, qui semble receler bien des secrets. Chaque infimes détails découverts sur elle nous pousse à se questionner davantage : Emma ment depuis des années, elle semble être infidèle à Leo, elle doit avoir commis un grave méfait qui lui a valu un casier judiciaire… autant de zones d’ombres, qui donnent envie de continuer encore et encore à tourner les pages du livre.

La construction narrative du livre est originale, puisque l’auteure mélange habilement les genres en parlant d’amour à travers un polar. L’originalité du récit ne s’arrête pas là, puisque j’ai apprécié découvrir les personnages d’Emma et de Leo, qui exercent chacun des métiers plutôt hors du commun : elle est chercheuse en biologie marine, lui est rédacteur de nécrologies. Autant dire qu’on est loin des romances classiques, où les personnages, stéréotypés au possible, exercent tous des métiers communs, sincèrement ennuyants.

La seule ligne constante du récit, c’est l’amour prodigué par Leo envers sa femme. Malgré les doutes, les craintes, les pleurs, il ne perd pas foi en sa femme et continue de l’aimer comme au premier jour. L’amour de ma vie nous prouve que l’amour n’est pas rectiligne, qu’il y a, au sein de chaque couple, qu’ils soient très unis, anciens ou récents, des hauts et des bas. Ce n’est qu’ensemble, à deux, que ces difficultés peuvent être surmontées et dépassées. Une très belle leçon d’espoir, qui nous montre que l’amour vrai, sain, sincère, est encore possible… il suffit juste d’avoir le courage de se battre suffisamment pour le garder.


Un roman étonnant et émouvant, qui mélange habilement polar et histoire d’amour. Les sentiments, peuvent-ils survivre aux secrets ? 

Ma note : 7,5/10

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ISBN : 978-2-36569-704-0
Traduction : Caroline Bouet

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L’immeuble de la rue Cavendish, tome 3 : Lucie se rebiffe


L’immeuble de la rue Cavendish, tome 3 : Lucie se rebiffe de Caroline Kant
290 pages, éditions Les Escales, à 15€


Résumé : Lucie est verte de rage : spoliée et abandonnée par ses enfants à la mort de son mari, elle se retrouve dans un appartement minuscule ! Finie la grande vie… Jusqu’à ce qu’elle rencontre le bel Henri.
Quand son cher époux est mort, Lucie ne s’attendait certainement pas à hériter de… ses dettes. Ses enfants ne lui parlent plus (il faut dire qu’elle n’a jamais pu retenir le prénom de ses petits-enfants) et, ruinée, elle est obligée de déménager ! En plus, ses nouveaux voisins sont insupportables – surtout le petit Hyppolite, un vrai pot de colle.
Heureusement que Lucie peut se changer les idées avec ses meilleures amies et le charmant Henri qu’elle vient de rencontrer. Mais les apparences sont trompeuses et, alors que Lucie découvre des qualités insoupçonnées chez ses hurluberlus de voisins, son nouveau et mystérieux prétendant n’est peut-être pas celui qu’elle croit…


Extraits : « L’amour, c’est tellement mieux et plus hygiénique sur le papier. »

« – Madame Leblanc, c’est une blague ? On va jamais faire rentrer tout ça dans l’appartement !
Le déménageur, qui vient de découvrir l’étroitesse de mon nouveau logement, est rouge de colère. Ce qu’il ne sait pas, c’est que je suis dix fois plus énervée que lui de me retrouver ici.
– Je vous paye, non ? Alors débrouillez-vous, faites votre travail. »


Mon avis : C’est avec toujours autant de plaisir que je retrouve les habitants si accueillants de l’immeuble de la rue Cavendish. Pour cette troisième entrevue, nous rencontrons Lucie, une vieille dame, qui vient d’emménager dans l’immeuble suite au décès de son mari et à la vente de leur grand appartement dans un quartier chic de Paris. Dépossédée de tout héritage en raison des dettes accumulées par son mari, Lucie se retrouve dans le sou, obligé de vivre dans un modeste appartement, elle qui n’a jamais manqué de rien et est habituée au luxe et au faste. C’est une telle honte pour elle, que Lucie évite de parler de ses problèmes financiers à ses deux meilleures copines, Martha et Évelyne, qu’elle connaît pourtant depuis l’enfance. Elle va devoir réapprendre à vivre seule, sans son Émile, sans ses enfants, devenus distants au fil des ans, et revoir drastiquement ses dépenses à la baisse.

Heureusement, Lucie va faire la rencontre de ses charmants voisins. D’abord réticente à l’idée de se lier d’amitié avec des personnes de l’immeuble, elle va finalement s’attacher progressivement à Aimée, la gardienne, qui deviendra sa confidente, à Guy, le vieil homme avec son chien Gordon, à Hippolyte, son très jeune voisin d’en face, délaissé par son père et sa soeur. Lucie va également faire la connaissance de Kylie, sa nouvelle coiffeuse au look déjanté, bien loin des conventions.

Au fil de notre lecture, on va s’apercevoir de la transformation de Lucie, qui passe de vieille femme aigrie, renfermée et colérique, à une personne charmante, ouverte, solaire, sociable et toujours prête à aider. Le changement se fait progressivement, grâce aux nouvelles rencontres qui vont se produire, qui vont lui apporter énormément de bénéfices personnels.

Comme dans les précédents tomes de la saga, Caroline Kant s’attelle à créer plusieurs petites intrigues autour du protagoniste du roman. Ici, nous avons plusieurs personnages qui ont besoin d’être aidés, épaulés, conseillés, soutenus. Évelyne présente des troubles de mémoires, qui font craindre un début d’Alzheimer ; Martha se retrouve aux prises d’un escroc qui, sous couvert d’amour, en veut à son argent ; Kylie enfin, est tombée enceinte de son ex-petit copain, Eddie, totalement immature. Bien que seule, la jeune fille souhaite garder l’enfant. Ce que j’aime particulièrement dans cette saga, c’est toute la chaîne de solidarité qui se met en place autour des personnes en difficulté, toute la bienveillance et l’amour qui s’en dégage.


Pour la troisième fois, j’ai été conquise par la saga familiale de Caroline Kant. Beaucoup d’amour et de bienveillance se dégagent de ses pages. C’est une lecture légère, qui se dévore rapidement, avec un goût de reviens-y. Vivement le prochain tome !

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-36569-733-0

Le premier jour du printemps


Le premier jour du printemps de Nancy Tucker
331 pages, éditions Les Escales


Résumé :  » Alors donc, j’ai pensé, y avait que ça à faire, et ça suffisait pour que j’aie l’impression d’avoir tout le pouvoir du monde. Un matin, un instant, un petit garçon aux cheveux jaunes. En fait, c’était pas grand-chose.  »
Peut-on pardonner l’impardonnable ?
Chrissie est une enfant solitaire qui grandit dans une banlieue anglaise sordide. Délaissée par un père absent et une mère démissionnaire qui fait tout pour ne plus avoir à s’occuper d’elle, son quotidien est violent et misérable. La seule chose qui donne à Chrissie l’impression d’être vivante, c’est son secret. Et rien que d’y penser, elle en a des papillons dans le ventre.
Le premier jour du printemps, elle a tué un petit garçon.
Quinze ans plus tard, Chrissie s’appelle Julia. Elle cache sa véritable identité et tente d’être une bonne mère pour Molly, sa fille de cinq ans, malgré ses nombreuses inquiétudes. Va-t-elle pouvoir subvenir aux besoins de sa fille ? Réussir à lui donner ce qu’elle n’a jamais reçu ? Quand, un soir, elle commence à recevoir de mystérieux appels, elle craint que son passé ne refasse surface. Et que sa plus grande peur, celle de se voir retirer Molly, ne soit sur le point de se réaliser.


Extraits : « À même pas dix ans, on n’allait pas en prison et on n’avait pas droit à un procès, parce que quoi qu’on ait fait, on n’était qu’une gamine et ce n’était pas de votre faute. Je n’avais que huit ans mais j’ai pourtant eu droit à la cellule et au procès. Certains crimes étaient si terribles qu’on ne vous considérait plus comme une gamine. »

« Les gens passaient leur temps à vus promettre des trucs, comme s’ils comprenaient pas que « promesses », c’était juste un mot à la con. »


Mon avis : Le premier jour du printemps est un roman à suspense qui se découpe en deux narrations, composées de deux époques distinctes. Nous avons d’un côté Chrissie, une petite fille de 8 ans, qui vit dans la précarité, avec une mère peu soucieuse de s’occuper d’elle et un père absent. Heureusement, Chrissie peut compter sur sa meilleure copine Linda, chez qui elle trouve régulièrement refuge pour manger à sa faim et jouer pour oublier ses conditions de vie. Instable psychologiquement, très peu aimée, Chrissie est odieuse avec les autres enfants et se comporte de manière irrespectueuse avec les adultes qu’elle croise. Sans se l’expliquer, elle commet alors un acte impardonnable et totalement irréfléchi : elle tue de ses mains un jeune enfant et finit en prison, âgée d’à peine huit ans.

D’un autre côté, nous avons Julia, une mère célibataire attentionnée avec sa petite Molly, qui vit dans la crainte constante de se voir retirer la garde de sa fille. A juste titre, puisque Julia n’est autre que Chrissie, obligée de changer d’identité pour éviter les menaces, agressions et autres jugements de la population. Après une incarcération de plusieurs années en prison pour mineur, Julia est enfin libre de ses mouvements, mais à jamais enchaînée aux souvenirs de ses crimes odieux.

La construction du récit est originale et extrêmement bien amenée. Bien qu’on puisse être perdu au début, naviguant à vue sans vraiment comprendre le lien entre les deux personnages, les éléments se recoupent finalement pour n’en faire qu’un : Chrissie et Julia sont la même personne. Et pourtant, des doutes peuvent subsister, puisque le caractère de la petite Chrissie est loin d’être similaire à la jeune maman Julia. La maturité et les expériences de la vie ont diamétralement changés sa façon de se comporter et de réfléchir.

Chrissie était une enfante turbulente, délaissée, affamée, puisque sa mère ne s’occupait pas d’elle, elle était méprisante, elle volait sans vergogne, faisait mille et une bêtises, traînait sans arrêt dans la rue, alors qu’elle n’avait que huit ans. Les autres parents avaient pitié d’elle, tout en se sentant parfois envahis par la présence trop régulière de cette petite fille, qu’on aurait dit abandonnée. Finalement, son comportement reflète l’environnement et la façon dont elle a été élevée : sans amour, sans soutien, sans éducation et socle familial solide. J’ai ressenti des sentiments ambivalents à son égard : beaucoup de peine et de pitié, mais aussi de la colère pour le crime qu’elle a commis et son attitude nonchalant face à ça. Régulièrement, elle se rendait chez la famille dévastée du petit décédé sans jamais ressentir de regret face à son geste.

Heureusement, Julia est loin d’être Chrissie. C’est une mère qui essaie d’être exemplaire, qui travaille d’arrache-pied pour couvrir tous les besoins de sa fille et se montre la plus attentionnée possible. Elle est craintive, puisque les autorités l’ont laissé sous protection juridique, pour être sûr qu’elle est apte à s’occuper d’une enfant, alors qu’elle est une criminelle. Comme pour Chrissie, j’ai ressenti beaucoup de peine pour Julia, mais aussi de l’empathie face à cette mère imparfaite et maladroite, qui aime plus que tout sa fille mais à peur de ne pas être à la hauteur. Face à un crime tel que celui perpétué par Chrissie, peut-on pardonner ? se racheter ? oublier ? continuer à vivre normalement sans être constamment tiraillé par les erreurs du passé ? Autant de questions qui se bousculent quotidiennement dans l’esprit de Julia, hanté par son geste enfantin aux conséquences terribles.


Un premier roman à suspense finement construit, à la fois émouvant et éprouvant. J’espère pouvoir retrouver prochainement Nancy Tucker à travers une autre histoire.

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-36569-532-9
Traduction : Carine Chichereau

Sous l’eau


Sous l’eau de Catherine Steadman
427 pages, éditions Les Escales, à 22€


Résumé : Une mystérieuse découverte bouleverse la vie d’un couple pendant sa lune de miel…
Le suspense qui a conquis plus d’un million de lecteurs dans le monde entier enfin traduit en France.
Mark et Erin, un jeune couple londonien, partent en lune de miel sur l’île paradisiaque de Bora Bora. Tout se passe à merveille, jusqu’au jour où les époux vont faire de la plongée sous-marine. Sous l’eau, ils découvrent quelque chose qu’ils n’auraient jamais dû trouver.
Ils décident de garder pour eux cette mystérieuse découverte : personne ne doit savoir. Mais très vite ils comprennent qu’ils ne sont pas les seuls à être au courant. Et, dans ce genre de situation, mieux vaut ne faire confiance à personne, pas même à ceux qui sont les plus proches de nous…


Extraits : « J’en viens parfois à m’interroger : suis-je moins observatrice que mes semblables ? Peut-être que je ne prête pas assez attention à ce qui se passe autour de moi ou peut-être que je ne suis tout simplement pas douée pour repérer les signes. Je suis souvent prise de court, par exemple quand Mark m’apprend qu’Untel n’apprécie pas Machin-chose, que quelqu’un a de l’attirance pour moi ou au contraire de l’antipathie à mon encontre. Je ne remarque jamais rien. Mais ce n’est probablement pas plus mal : ce qu’on ne sait pas ne peut pas nous atteindre. »

« Il me semble que la première classe est à l’économique ce que le bio est à l’élevage intensif. Les passagers de la classe économique sont entassés au fond, comme des poulets en batterie, pendant onze heures. Et nous, les poulets de plein air nourris au grain, pouvons picorer gaiement dans les hautes herbes. À moins que je ne me trompe de métaphore ? Et si nous, nous étions les fermiers ? »


Mon avis : Alors qu’ils sont tranquillement en lune de miel à Bora Bora, deux jeunes mariés tombent, au retour d’une session de plongée, sur un sac de sport suspect et des centaines de papiers qui flottent à la surface de l’eau. Ils s’en emparent, notent les coordonnées GPS et rentrent à leur hôtel. Là-bas, Mark et Erin décident d’ouvrir le sac pour tenter de trouver un indice sur l’identité de son propriétaire… mais ce qu’ils découvrent à l’intérieur risque de leur causer bien du soucis : des millions d’euros en cash et des centaines de diamant, qu’ils estiment à un ou deux millions. Paniqués, ils ne savent comment réagir et décident finalement de garder leurs trouvailles… à quel prix ?

Sous l’eau est un roman à suspense que j’ai beaucoup apprécié, qui a réussi à me tenir facilement en haleine jusqu’au dénouement final. Il faut dire que le premier chapitre donnait le ton : il s’agit ni plus ni moins que de la dernière scène du livre, brute, choquante, placée en premier pour plonger directement dans le bain et amener de multiples interrogations. Catherine Steadman a parfaitement compris comment garder l’attention de ses lecteurs : de cette manière, on ne peut qu’attendre frénétiquement et tenter de comprendre ce qui a bien pu se passer entre les chapitres paisibles et cette scène cauchemardesque. Je ne vais pas rentrer dans les détails de l’intrigue, de peur de vous révéler des éléments qui pourraient vous faire moins apprécier votre lecture, raison pour laquelle je reste assez vague dans cette chronique.

Néanmoins, je peux vous parler plus longuement de Mark et Erin, notre jeune couple de mariés, heureux détenteurs d’un pactole conséquent. Mark est trader et souffre du crash financier. Son patron n’a d’autre choix que de le licencier, ce qui le fait se retrouver au chômage, sans plan de secours. Il s’inquiète grandement de sa situation professionnelle mais surtout financière : son mariage avec Erin va d’ailleurs en prendre un coup, puisque les dépenses seront revues largement à la baisse. Quant à Erin, c’est une journaliste d’investigation compétente, qui travaille actuellement sur le sort des prisonniers et leur retour à la vie civile. Pour cela, elle a choisit trois profils – deux femmes et un homme -, qu’elle interviewe régulièrement pour apprendre à les connaître et voir comment ils font réagir à leur sortie de prison. C’est une jeune femme compétente mais surtout passionnée par son métier.

Le couple se dit heureux, bien que les apparences ne le laisse pas forcément penser. Mark semble plus détaché, un peu froid, il manque de sentiments, d’émotions et d’empathie, contrairement à Erin, que j’ai trouvé plus amoureuse, prête à faire de grosses concessions pour son homme. Ils n’ont sans doute pas l’aspect du couple idéal, mais ça a l’air de fonctionner quand même entre eux.

Comme je le disais, j’ai apprécié ma lecture, qui m’a fait passer un bon moment, entre voyage paradisiaque à Bora Bora et tensions extrêmes face aux découvertes du couple, excitantes et terrifiantes à la fois. Malgré tout, bien que cela n’ait rien enlevé au plaisir que j’ai eu à découvrir ce roman, j’ai trouvé que certaines scènes manquaient clairement de cohérences. Pour exemple, le comportement d’Erin face aux découvertes est tout sauf réaliste : elle se jette dans la gueule du loup et manque de discernement. Autre exemple : le fait de plonger seuls, à plus de vingt mètres de profondeur en pleine mer, sans aucune assistance… insensé ! Enfin, le dénouement, bien qu’intéressant, en phase avec le reste du récit, manque cruellement de crédibilité.


Un couple de jeunes mariés découvrent un trésor inestimable enfoui sous l’eau, qui va leur attirer bien des ennuis. Un roman au suspense haletant, que j’ai beaucoup apprécié, malgré quelques incohérences, qui n’ont en rien gênés ma lecture.

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-36569-698-2
Traduction : Isabelle Maillet

La réfugiée


La réfugiée de Rabih Alameddine
391 pages, éditions Les Escales, à 22€


Résumé : « C’est toi qui as suggéré que j’écrive ça. Toi, l’écrivain, tu n’as pas pu. Tu as essayé d’écrire l’histoire du réfugié. Plusieurs fois, à de nombreuses reprises. Tu as échoué. Et échoué encore. Peut-être échoué mieux. Il n’empêche, tu n’as pas pu. Plus de deux ans après que nous nous sommes rencontrés à Lesbos, tu essayais encore. Tu t’y es attaqué par un versant, puis par un autre, en vain. Tu étais trop impliqué, incapable de te dépêtrer toi-même de l’histoire. Tu as dit que tu n’arrivais pas à trouver la bonne distance. Tu n’étais pas capable de trouver les mots justes, même après nombre de séances sur le canapé de ton psychiatre.
« […] Et quoi que tu fasses, as-tu dit, ne l’intitule pas Lesbienne libanaise à Lesbos, je t’en supplie. »
Une plongée bouleversante au cœur d’un drame humanitaire où se croisent les destins singuliers d’esprits rebelles qui ont en commun l’exil, la perte et l’espoir.


Extraits : « Le souvenir est une blessure, as-tu dit. Et certaines choses ne sont libérées que par l’acte d’écrire. »

« Je rêve de notre maison chaque nuit depuis qu’on est partis, a dit Asma. C’est une petite maison avec une petite salle de séjour et deux petites chambres, mais dans mes rêves elle est gigantesque et chaude et belle et le jardin est encore plus grand avec un chêne géant en plein milieu. Je sais qu’on est partis de chez nous, mais on dirait que mes rêves ne le savent pas. »


Mon avis : La réfugiée est un roman très dense, qu’il me semble être compliqué de présenter et d’expliquer en une simple chronique. Le narrateur est un protagoniste particulier, puisque né fille dans un corps de garçon. Ce n’est qu’à l’adolescence que cette jeune fille décide d’entreprendre sa transition, au détriment de ses proches, qui ne conçoivent pas un tel changement. Les ponts sont coupés, les dos tournés, Mina ne fait plus partie de leur famille. Néanmoins pleinement épanouie dans sa nouvelle vie, elle va faire la rencontre de Francine, qui deviendra sa femme, l’épaulera et la soutiendra dans tous les projets entrepris. Le dernier projet en date, et pas des moindres : en qualité de médecin, Mina souhaite se rendre à Lesbos, une île grecque, pour porter secours aux milliers de réfugiés syriens, turques ou libyens, qui viennent s’échouer sur ces plages autrefois paradisiaques. Une décision qui n’est pas sans arrière-pensées, puisque Mina est originaire du Liban, avant de s’expatrier aux Etats-Unis. Ce retour au continent est l’occasion pour elle de renouer avec l’un de ses frères, de deux ans son aîné, avec qui elle entretenait jadis une relation fusionnelle.

La réfugiée, c’est une histoire complexe. Mina est une réfugiée libyenne partie aux Etats-Unis des années plus tôt, qui a été appelée en renfort par son amie Emma, pour venir en aide aux nouveaux réfugiés, hommes, femmes et enfants, toujours plus nombreux, toujours plus souffrants. Dans les années 2010, particulièrement en 2015 puis en 2017, la crise migratoire en Europe est en augmentation constante, avec bon nombre de migrants arrivant dans l’Union européenne via la mer Méditerranée et les Balkans, depuis l’Afrique ou le Moyen-Orient, fuyant la guerre civile. De nombreuses familles, à l’image de celle de Sumaiya, sont prêtes à dépenser toutes leurs économies pour embarquer dans des canots de fortune et rallier la terre promise, sécurisée et fiable. Beaucoup succombent durant la traversée, à l’image du petit Aylan Kurdi, rendu tristement célèbre par une photographie de son corps, échoué sur le sable. La crise migratoire est loin d’être terminée, avec un nouveau chapitre qui s’ouvre en 2022, provoqué par le déclenchement de la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Les populations ukrainiennes se réfugient dans d’autres pays d’Europe, laissant derrière eux toute leur vie.

Il faut avoir un sacré courage, une force de caractère et le cœur bien accroché pour devenir bénévole humanitaire. La pauvreté est partout, la maladie, la famine, le désespoir, la tristesse… J’ai été particulièrement émue par Sumaiya et sa famille. Ces derniers ont fui un pays en guerre, laissant toutes leurs possessions derrière eux. Mais Sumaiya est malade, elle souffre atrocement et n’en a plus pour longtemps à vivre. Elle est clairement devenue un poids supplémentaire pour la suite de leur périple, mais son mari et ses enfants refusent de poursuivre leur route sans elle. Une belle entente familiale, avec des preuves d’amour qui dépassent toutes les horreurs de la guerre.

L’amour fraternel qui unie Mina et son grand frère est également source d’inspiration. Obligés de se séparer des années plus tôt, car les parents de Mina ne concevaient pas le changement de sexe de leur fils, son frère a su garder discrètement le lien avec elle, avant de renouer physiquement sur une terre empreinte de symboles pour tous les deux. Leurs retrouvailles sont pudiques, tous les deux intimidés, mais en même temps, c’est comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. Les habitudes sont toujours présentes, ancrées, et les souvenirs déferlent, heureux. Ce changement d’état civil n’a pas été facile pour Mina, qui, avec la force de caractère dont on sait qu’elle est dotée, a su faire face seule aux nombreuses difficultés sociales, administratives et professionnelles que peut engendrer un tel changement. Rabih Alameddine souhaite faire passer un message de tolérance, de soutien, de compréhension, auprès de toutes ces personnes qui ne se sentent pas bien dans leur corps : soyez vous-mêmes sans vous souciez de ce que peuvent dire ou penser les gens autour.


Un récit complexe et dense, sur des sujets d’actualité qui font couler beaucoup d’encre : la crise migratoire, l’identification genrée, et bien d’autres thématiques secondaires. Une histoire puissante et dramatique, qui nous donne à réfléchir sur la société dans laquelle nous vivons et sur nos choix personnels. Il faut s’accrocher, mais elle en vaut le détour !

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-36569-580-0
Traduction : Nicolas Richard