Nous vivions dans un pays d’été


Nous vivions dans un pays d’été de Lydia Millet
247 pages, éditions Les Escales, à 21€


Résumé : Un roman puissant sur l’aliénation adolescente et la complaisance des adultes dans un monde en mutation.
Une grande maison de vacances au bord d’un lac. Cet été-là, cette maison est le domaine de douze adolescents à la maturité étonnante et de leurs parents qui passent leurs journées dans une torpeur où se mêlent alcool, drogue et sexe.
Lorsqu’une tempête s’abat sur la région et que le pays plonge dans le chaos, les enfants – dont Eve, la narratrice – décident de prendre les choses en main. Ils quittent la maison, emmenant les plus jeunes et laissant derrière eux ces parents apathiques qu’ils méprisent et dont l’inaction les exaspère autant qu’elle les effraie.


Extraits« Avant, nous vivions dans un pays d’été. Dans les bois, il y avait des cabanes perchées dans les arbres, et sur le lac, des bateaux. »

« Les molécules ne meurent jamais, songeais-je.
N’était-ce pas ce qu’on nous avait expliqué en chimie ? Ne nous avait-on pas dit qu’une molécule du dernier souffle de Jules César se trouvait, statistiquement parlant, dans chacune de nos inspirations ? Même chose pour Lincoln. Ou nos grands-parents.
Des échanges et des mélanges de molécules, à l’infini. Des particules qui avaient un jour été d’autres gens, et qui désormais se mouvaient à travers nous. »


Mon avis : Quel étrange roman… je n’avais jamais rien lu de tel auparavant ! Passé l’étonnement initial, quand on se penche plus précisément sur le message véhiculé, on peut alors penser : quel puissant roman !

Le début du récit montre plusieurs familles euphoriques à l’idée de passer tout un été ensemble, parents et enfants confondus, dans une location saisonnière idéalement située en bord de mer. Les adultes, bobos chics, délaissent très rapidement leurs responsabilités de parents, au profit du bon temps qu’ils peuvent passer entre eux, à boire, discuter, fumer, fornicoter quand l’envie leur prend. Les enfants, plus que jamais heureux de cette liberté nouvelle, s’amusent à affronter les adultes, à les pousser dans leurs retranchements. Des vacances rêvées, que vient bouleverser une terrible tempête qui vient tout détruire sur son passage.

Les vacances idylliques se transforment rapidement en cauchemar. Les tempêtes se succèdent, balayant tout sur leurs passages. Les provisions viennent à manquer, les communications sont coupées… le chaos est total ! Les enfants se réfugient dans une vieille ferme isolée, se pensant à l’abri des intempéries et de leurs conséquences. Malheureusement, plusieurs adolescents les rejoignent et les retiennent en otage, souhaitant récupérer toutes leurs vivres.

C’est bel et bien un récit dystopique, post-apocalyptique que nous livre l’auteure. Elle aborde avec tranchant et originalité les questions du dérèglement climatique. J’ai reçu un coup de poing dans l’estomac en vivant cette histoire : j’ai été prise de court, ne m’y attendant absolument pas, totalement étonnée par ce qui se déroulait sous mes yeux. Puis j’ai ressenti les effets secondaires du choc initial : la suffocation, la respiration coupée, haletante. Il faut dire que Lydia Millet change brutalement de cap dans son récit, passant d’un été paisible, lumineux et gai à un monde en pleine tempête, entre chaos et désespoir. Ça a de quoi surprendre et désarçonné, d’autant que récit flirte dangereusement avec le fantastique, sans jamais franchir les frontières de l’imaginaire surréaliste.

Si on lit en filigrane, finalement, les enfants, isolés de leurs parents, totalement livrés à eux même, demandent des comptes à leurs parents : qu’ont fait les adultes pour limiter ces catastrophes naturelles ? Une forme de haine ou de révolte, se développe au sein du groupe des jeunes envers leurs descendants, qui n’ont pas chercher à contrer ce qui leur arrive. Le passé des parents a détruit le futur des enfants. Le futur ne dépend plus que d’eux. Une belle image, censée nous pousser à la réflexion sur le futur de demain et, pourquoi pas, à l’action, pour laisser à nos enfants un monde meilleur.

J’ai beaucoup apprécié l’originalité du récit et surtout le message passé par l’auteure. En revanche, j’ai trouvé que les personnages manquaient de profondeur. Je n’ai réussi à m’attacher à aucun d’eux, les trouvant souvent dénués de sentiments, un peu fades, effacés, comme s’ils ne se rendaient pas compte de la teneur des catastrophes qui se jouaient sous leurs yeux. Certaines réactions étaient clairement illusoires, bien éloignées de la réalité des choses. C’était sans doute un désir de l’auteure, pour coller au mieux à sa thématique globale, mais ça ne m’a pas convaincu.


Un voyage dystopique étonnant dans un futur opaque, où les questions du réchauffement climatique et ses conséquences sont plus que jamais d’actualité. Une histoire qui pousse à la réflexion, avec des personnages intéressants, que j’aurais souhaité plus emphatique.

Ma note : 7,5/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-36569-570-1
Traduction : Caroline Bouet

2 réflexions sur “Nous vivions dans un pays d’été

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s