Un baiser qui palpite là, comme une petite bête


Un baiser qui palpite là, comme une petite bête
de Gilles Paris
219 pages, éditions Gallimard, à 13,50€


Résumé : « Je me suis laissée prendre, comme une fille facile. » Ainsi parle Iris avant de se donner la mort. C’est un choc pour l’ensemble du lycée mais surtout pour Emma, Tom et leurs amis. Conscients d’avoir mal agi, ils tiennent à mieux comprendre ce qui s’est passé et à défendre la mémoire d’Iris.


Extraits« Quand on fait l’amour à quinze ans, on est persuadé que ça va être nul, qu’on va tout foirer, une fois de plus. Qu’on ne réussira pas à revenir dans le sillon de l’eau, derrière un bateau, comme quand on fait du ski nautique. Et pourtant. Finalement on est normal. Je suis normale. »

« Nous les ados, on est mal dans notre peau. On aimerait muer plus vite, se débarrasser du mal qui circule en nous comme un sang pollué. À commencer par la voix qui bascule en un rien dans les aigus si on ne la contrôle pas. Ça craint. Et cette peau blanchâtre où s’égarent trois poils sur la poitrine. Nul. Une peau couleur du lait qu’on boit à chaque petit-déjeuner pour nous le rappeler. Et tous ces vilains petits boutons qui s’éparpillent un peu partout, surtout sur le visage, qui nous font presque regretter toutes les sucreries dont on est maboul. Les percer revient au pire, ils grossissent, tournent au violet et se voient encore plus. Et cet air dégingandé, qui se veut super cool, alors qu’on ne sait pas où poser nos pieds et encore moins se tenir debout, ne sachant pas quoi faire de nos bras qui se balancent, un peu comme ceux d’un singe. On passe du rire aux larmes, on a le seum, rien ne va, puis tout va sans qu’on sache pourquoi. »


Mon avis : Je suis toujours admirative de la façon dont Gilles Paris arrive à se renouveler constamment. Roman jeunesse, album, autobiographie, témoignage… avec en toile de fond, en fil conducteur constant, des sujets d’actualité plus ou moins tragiques, mais toujours plein d’émotions, avec le désir de faire réagir et d’ouvrir les yeux aux lecteurs.

Ici, malgré la poétique du titre – Un baiser qui palpite là, comme une petite bête -, le premier chapitre se veut très violent. Nous faisons la brève connaissance d’Iris, une jeune fille harcelée, humiliée, rejetée par les lycéens de son école, incomprise par ses proches, violentée puis jugée. Une torture qui la conduit à un acte totalement regrettable. Un drame qui pose la première pierre d’une histoire puissante, où l’on rencontre une bande de jeunes, qui continuent à vivre normalement, sans être pleinement conscients qu’ils ont été les bourreaux de cette jeune fille.

Il y a Emma, la bombe du lycée, la fille parfaite qui ne boit pas, ne se drogue pas et qui sort avec Solal, un mec tout aussi parfait ; il y a aussi le frère jumeau d’Emma, Tom, un garçon un peu solitaire, qui se cherche encore, tente des expériences, qui aime boire et se fumer en soirée, relever des défis et frimer devant ses copains ; il y a aussi Gaspard et Timothée, les amis de Tom ou encore Sarah et Chloé, les copines d’Emma ; il y aussi Aaron, ce garçon homosexuel ; Léon, ce geek boutonneux qui n’attire pas les filles ; ou encore Virgile, ce garçon amoureux en secret. Entre dispute, amour, amitié, vengeance, soirée, trahison… ils vivent un quotidien d’adolescents de leur âge, néanmoins hanté par le souvenir ténu d’Iris, qui s’immisce à intervalles réguliers pour leur rappeler ce que chacun lui a fait subir.

J’avoue que certains adolescents, peu emphatique, trop dévergondé, ne m’ont pas plût. L’image qu’ils renvoient n’est pas un exemple de sainteté pour les jeunes lecteurs : des adolescents qui se droguent et boivent jusqu’à sombrer dans le coma ; qui parlent des filles comme de vulgaires objets ; qui ne montrent que peu de moral, aucun intérêt pour leur avenir et encore moins pour les problèmes de leurs voisins. La façon dont ils perçoivent le cas Iris est d’ailleurs assez horrifiant, comme si ce qu’il lui était arrivé était commun et ne leur faisait aucun effet. Alors que chacun a joué un rôle important dans son processus d’harcèlement, j’ai l’impression qu’ils ne se rendent pas vraiment compte de l’impact de leurs faits et gestes et qu’ils n’en retirent finalement aucune morale.

Néanmoins, j’ai apprécié la modernité du récit, complètement intégré dans l’ère du temps, qui aborde des thématiques qui impactent les adolescents : le  harcèlement scolaire, la sexualité, l’amour, les relations avec les parents. Chacune est abordé de façon subtile, presque pudique, avec douceur, d’une écriture fine, un peu naïve. Pour ajouter plus de réalisme à l’histoire, Gilles Paris s’est même essayé au langage des jeunes, usant (et abusant peut-être un peu trop souvent) d’expressions issues du XXIème siècle, tous expliqués dans un lexique final. Moi-même assez proche de la classe d’âge des adolescents, je doute sincèrement qu’ils utilisent autant de diminutifs dans leurs dialogues quotidiens. Même si insérer ces mots nouveaux partaient d’une bonne intention d’assimilation, je trouve finalement qu’ils alourdissent un peu trop le récit.


Un récit moderne, qui aborde des thématiques qui parlent aux adolescents : harcèlement scolaire, sexualité, amour, relation avec les parents… Néanmoins, je ne recommande pas spécialement cette lecture aux plus jeunes, qui pourraient s’identifier à des personnages pas franchement recommandables.

Ma note : 6/10

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ISBN : 978-2-07-515303-4

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