Elle n’était pas d’ici


Elle n’était pas d’ici de Patrick Poivre d’Arvor

164 pages, éditions Albin Michel


Résumé : « Puisque Solenn a choisi de mettre fin au combat qu’elle menait depuis trois ans contre les démons de sa maladie, je voudrais, comme Patrick, que sa disparition soit un signal d’alarme. J’aimerais que ce livre, écrit dans l’urgence de la douleur, soit un cri vers tous ceux et celles, adolescents ou préadolescents, qui seraient tentés par la terrible impasse du suicide. La souffrance qui se lit dans ces pages, à travers les lettres reçues, est celle, indicible, de Solenn et de milliers d’autres. C’est celle aussi des parents qui assistent, impuissants, à la destruction de leur enfant. Si cette souffrance qui a été la nôtre peut aider tous ceux qui ont été ou vont être confrontés à l’anorexie ou à la boulimie, alors Solenn ne sera pas morte pour rien.  » Véronique Poivre d’Arvor


Extraits : « Écrire, ça soulage. On appuie là où ça fait mal, on se mord la lèvre, mais ensuite, on supporte la douleur. »

« Quand je chante, disais-tu, j’oublie tout, j’y trouve une manière de sérénité.« 


Mon avis : Tout le monde connaît Patrick Poivre d’Arvor, ou PPDA pour les intimes, le présentateur vedette de TF1, qui a animé le journal de 20h pendant plus de 20 ans. Mais peu de personnes peuvent se targuer de connaître une partie de sa vie privée. PPDA n’a pas eu une existence facile. Père de sept enfants, il a du faire face à ce qu’il y a de plus horrible dans la vie d’un père de famille : la mort de deux de ses filles.

Il voit d’abord disparaître Tiphaine, décédée dans son sommeil de la mort subite du nourrisson alors qu’elle était âgée d’un an à peine. Des années plus tard, c’est son autre fille, Solenn, anorexique et boulimique, qui mettra fin à ses jours en sautant devant la rame d’un métro, alors qu’elle était âgée de dix-neuf ans à peine. Comme moyen cathartique pour apaiser ses douleurs, PPDA se jettera à corps perdu dans l’écriture. Il publiera d’abord Lettres à l’absente, un témoignage bouleversant sur la souffrance d’un père, ses angoisses et ses peurs, puis Elle n’était pas d’ici, sorte d’exutoire salutaire où il dévoile tout son amour pour sa fille, sa maladie mentale et ce qu’il a ressenti suite à son décès brutal.

Patrick Poivre d’Arvor et sa fille, Solenn

Il est toujours compliqué de juger un témoignage, d’autant plus quand celui-ci aborde un sujet aussi tragique que le suicide d’un enfant. Je peux dire que j’ai été très émue de découvrir pour la première fois la plume de PPDA, un auteur prolifique, mais peu plébiscité en France. À travers ce recueil, il nous ouvre son coeur et sa vie et raconte, avec beaucoup d’émotions et de pudeur, les jours qui ont suivis et précédés le décès de Solenn. On ressent tout l’amour que ce père porte à sa fille et le regret de son départ précipité.

Plus qu’un élément cathartique pour l’auteur, il souhaitait également que ce témoignage soit bénéfique aux personnes qui, comme lui, auraient eu le malheur de subir la perte d’un enfant. Dans Elle n’était pas d’ici, il regroupe de nombreux extraits de poèmes, des témoignages d’affection et d’amour de ses proches, qui lui redonnent espoir et confiance en la vie.

Solenn s’est suicidée à cause d’une maladie mentale : les troubles de l’alimentation, autrement l’anorexie et la boulimie. Bien que cette maladie ne soit que partiellement évoquée, l’auteur met en garde les parents sur les caractéristiques et les conséquences de cette maladie, et les rassure en quelque sorte : ils peuvent être présents pour leurs enfants, les encourager, les porter, les entourer d’amour… mais ils restent tout de même impuissants et démunis face à la psychée mentale subie par l’enfant. Une maladie bien trop présente dans notre quotidien, véhiculée en grande partie par l’image du corps parfait, l’obsession de la minceur comme gage de beauté.

 


Comment continuer à vivre après le décès brutal d’un enfant ? Le journaliste Patrick Poivre d’Arvor nous offre une belle leçon de courage à travers un témoignage touchant, intime et pudique, où il déclare sans emphase tout l’amour d’un père pour sa fille. Très touchant !

Ma note : 6,5/10

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La neuvième tombe


La neuvième tombe de Stefan Ahnhem

665 pages, éditions Albin Michel


Résumé : La nuit tombe sur Stockholm. En quittant le Parlement après une séance houleuse pour rejoindre la voiture qui l’attend, le ministre de la Justice disparaît. Cette même nuit, à Tibberup, un petit village au nord du Danemark, la femme d’un célèbre présentateur est violée et assassinée chez elle. Bientôt d’autres corps, mutilés, sont retrouvés de part et d’autre du détroit d’Öresund. Chargés de l’enquête, l’inspecteur suédois Fabian Risk et son homologue danoise Dunja Hougaard vont faire face au pire complot qu’on puisse imaginer… et à cette question qui tourne à l’obsession : jusqu’où peut-on aller par amour ?
Aussi sombre que les profondeurs d’un hiver nordique, aussi lancinant qu’un cauchemar, La Neuvième tombe confirme Stefan Ahnhem comme la nouvelle révélation du thriller suédois depuis son best-seller Hors cadre, prix Crimetime Specsavers en Suède.


Extraits : « Mais rien n’était parvenu à la débarrasser du sentiment qu’elle n’avait rien à perdre. Que tout pouvait s’arrêter d’un instant à l’autre car, on pouvait tourner la question dans tous les sens et arriver à la même réponse, l’être humain n’était qu’un mort en sursis. Alors le mieux qu’il y avait à faire était d’en tirer le maximum. Sucer chaque jour jusqu’à la dernière goutte, comme si c’était le dernier. Carpe diem, putain !« 

« Il faisait si noir qu’il y voyait à peine et le fourgon tanguait si fort sur le chemin défoncé que son écriture était pratiquement illisible. Mais c’était comme ça. Il tenait à tout expliquer avant de se vider de son sang. C’était sa dernière chance de raconter son histoire, l’histoire d’amour qui lui avait fait tout quitter et se lancer dans l’inconnu. Il voulait qu’on sache comment il s’était fait tirer dessus et prendre en otage par ses propres compatriotes et pourquoi il roulait à présent vers une mort quasiment certaine.« 


Mon avis : L’histoire se déroule à Stockholm, en Suède. Le Ministre de la Justice disparaît mystérieusement. Puis la femme d’un célèbre présentateur télé est retrouvée assassinée chez elle. Fabian Risk, en Suède et Dunja Hougaard, au Danemark mènent l’enquête conjointement pour découvrir le fin mot de l’histoire.

Les auteurs suédois sont réputés pour écrire de très grands récits policiers. Celui-ci est pas mal, avec une histoire alambiquée, ambigüe et dynamique. Meurtres, disparitions, viols… les crimes se succèdent, et une seule question demeurent dans l’esprit du lecteur : qui en est l’auteur ?

Stefan Ahnhem a mis en place une alternance de points de vue entre les inspecteurs suédois et danois, qui m’a un peu gênée. J’ai été à maintes reprises perdue au milieu de ce changement de protagonistes, n’arrivant pas à suivre l’avancée de leurs enquêtes respectives. Car oui, les deux inspecteurs sus-mentionnés mènent chacun une enquête de leur côté… sans se douter une seule seconde qu’ils recherchent le même coupable ! Parfois l’un est plus avancé que l’autre, alors notre esprit se retrouve un peu embrouillé, ne sachant plus à quel degré de l’enquête l’autre inspecteur s’est arrêté. En soit, l’idée était bonne, mais sans doute pas assez travaillée, un peu trop brouillonne à mon goût.

De plus, j’ai trouvé l’histoire un peu trop longue – le livre fait quand même plus de 660 pages, ce qui n’est pas rien. Certes, il y a de l’action, mais peut-être pas assez de rebondissements, pas assez d’adrénaline, de montée en puissance. J’avoue m’être ennuyée à certains moments de l’histoire, pressée néanmoins d’arriver au dénouement.

Le dénouement, parlons-en. Après m’être farcie près de 600 pages, je m’attendais à quelque chose d’assez spectaculaire, une fin « wahou », comme on dit, qui met des paillettes dans les yeux tant elle est inattendue et surprenante. Mais malheureusement point de paillettes dans les miens, puisqu’il s’avère que la fin n’est pas si exceptionnelle : je l’ai trouvée un peu plate, trop linéaire.

 


Un polar intéressant, mais qui ne m’a pas pleinement satisfaite. Trop de longueurs et d’incertitudes dans la narration, et pas assez d’originalité.

Ma note : 5,5/10

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Madame Pylinska et le secret de Chopin


Madame Pylinska et le secret de Chopin
de Éric-Emmanuel Schmitt

118 pages, éditions Albin Michel, à 13,50€


Résumé : En suivant les cours de la tyrannique Madame Pylinska, le jeune Eric Emmanuel cherche à comprendre le mystère de la musique de Chopin. La Polonaise a de surprenantes façons d’expliquer le génie du musicien et la leçon de piano devient peu à peu apprentissage de la vie et de l’amour. Dans le cadre de « Le cycle de l’invisible », un conte initiatique plein d’émotion, d’intelligence et d’humour.


Extraits « Un génie, c’est quelqu’un qui saisit vite ce qu’il doit accomplir sur terre. »
« Chopin écrit sur le silence : sa musique en sort et y retourne ; elle en est même cousue. Si vous ne savez pas savourer le silence, vous n’apprécierez pas sa musique.« 

Mon avis : Je ne le répéterais jamais assez, mais Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur incroyable, qui arrive à dépeindre des univers différents dans chacun de ses écrits. Pas une seule de ses oeuvres ne se ressemblent, toutes sont uniques et brillantes à la fois.

Dans Madame Pylinska et le secret de Chopin, c’est un bout de son histoire musicale qu’il nous livre. Très jeune, Eric-Emmanuel était attiré par l’univers du célébrissime Chopin, un musicien hors normes, entouré de mystères. Hélas, n’arrivant pas à s’imprégner pleinement de son aura pour pouvoir reproduire sa musique à la perfection, il fait le choix de prendre des cours de piano avec Madame Pylinska, une professeure polonaise, qui aura d’étonnantes façons d’apprendre le piano à son élève. Avec elle, il ne faut pas seulement jouer des notes, il faut ressentir, toucher, s’imprégner de l’univers du musicien, pour enfin pouvoir pleinement être capable de reproduire les notes du génie Chopin.

Ayant déjà lu plusieurs oeuvres de cet auteur, son style décalé, presque excentrique ne me surprend guère. Entre fiction et réalité, la frontière est très mince : Eric-Emmanuel Schmitt se met en scène directement dans l’histoire, on comprend donc très vite que ce récit ne provient pas uniquement de son imaginaire, mais d’une partie de ses expériences réelles.

Malgré le peu de pages que contient ce livre, la poétique du récit est arrivée à m’agripper et à me toucher. J’ai été émue de ce duo atypique – un jeune garçon désireux d’apprendre et une femme âgée, légèrement excentrique, mais pleine de sagesse -, tous deux passionnés par la musique et le génie de Chopin. Comme quoi, la musique rapproche. Même si les méthodes d’enseignement de cette Madame Pylinska s’avèrent peu crédibles, je me suis prise à y croire, de la même façon qu’Eric-Emmanuel, qui a expérimenté ces cours de piano par des leçons de vie.  Un beau moment de partage et de tendresse que nous livrent ces deux protagonistes.


Un conte poétique et musical, court à lire et intimiste. Un roman autobiographique touchant, écrit avec tendresse et passion.

Ma note : 7/10

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La goûteuse d’Hitler

La goûteuse d'Hitler Rosella Postorino


La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

382 pages, éditions Albin Michel


Résumé : 1943 : Rosa Sauer, jeune Berlinoise antinazie de 26 ans, a perdu ses parents et se voit contrainte d’aller vivre seule chez ses beaux- parents à Gross-Partsch car son mari s’est engagé dans l’armée. Le village se trouve à proximité de la Wolfsschanze, la « Tanière du Loup », le principal quartier général d’Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale. Convaincu qu’on cherche à l’empoisonner, le Führer met en place un important système de contrôle de sa nourriture, dont font partie une dizaine de goûteuses. Lorsque les SS viennent chercher Rosa, elle ne peut qu’accepter de participer à l’expérience et se rend deux fois par jour au bunker pour tester les repas du dictateur…


Extraits  « Nous étions des femmes sans hommes. Les hommes se battaient pour la patrie – D’abord mon peuple, puis tous les autres ! D’abord ma patrie, puis le monde ! – et parfois ils revenaient en permission, parfois ils mouraient. Ou étaient portés disparus. »

« Les choses ne sont presque jamais comme elles semblent, déclara-t-elle. Ça vaut aussi pour les gens. »


Mon avis : La Seconde guerre mondiale a éclatée, Rosa perd ses parents, dit au revoir à son mari partit à la guerre et se voit contrainte de quitter Berlin pour Gross-Partsch, le village où vit ses beaux-parents. Ce village est situé non loin de la « Tannière du loup », le camp principal où est retranché le Führer. C’est donc sans surprise qu’un beau matin, des SS viennent chercher Rosa pour lui proposer de force un travail : celui de goûteuse, aux côtés de neuf autres jeunes femmes. Ensemble, elles devront goûter les plats préparés par les cuisiniers pour le Führer, matin, midi et soir, pour s’assurer qu’Hitler ne meurt pas empoisonné. Une tâche qui va s’avérer très éprouvante psychologiquement.

Je me suis laissé emporter dans cette histoire. Nous suivons avec avidité et horreur le destin de dix jeunes femmes, dix goûteuses, qui sont forcées de mettre quotidiennement leur vie en péril, au nom d’un Führer auquel elles ne croient pas.

J’ai apprécié l’originalité du récit et l’angle abordé par l’auteure. En effet, les histoires sur la Seconde guerre mondiale sont nombreuses, et souvent elles contiennent de multiples points de convergences, qui les rendent presque toutes identiques. Ici, sans dénaturer l’Histoire, l’angle par lequel Rosella Postorino aborde le sujet est complètement novateur et tout aussi captivant que les autres récits sur la Seconde guerre mondiale. Bien que nous soyons en temps de guerre, l’auteure fait le choix de ne pas montrer directement les horreurs de celle-ci. Évidemment, nous ressentons une tension constante et croissante, nous voyons des vies se fait emporter, des personnes disparaître, mais point de traces de sangs ni de coups de feu directs.

Chaque jour, matin, midi et soir, les dix goûteuse d’Hitler se retrouvent dans la cantine, où elles mangent les plats et aliments que le Führer mangera par la suite. Une fois leur repas terminé, elles devaient encore patienter une heure, temps jugé nécessaire pour savoir si un plat ou un aliment avait été empoisonné. Elles repartent ensuite chez elles, en se demandant toujours si la prochaine fois sera la dernière. Un travail éreintant psychologiquement, qui fait peser sur l’ensemble du récit une tension constante.

Loin de son mari parti au front, Rosa va chercher du réconfort auprès de sa belle-famille, auprès des autres goûteuses, auprès d’une baronne assez extravagante, et surtout, auprès d’un homme qu’elle n’aurait jamais du approcher. Sous nos yeux, dans ce contexte de guerre, naît une histoire d’amour entre deux personnes. Je ne souhaite pas vous gâcher la surprise de la découvrir, mais sachez que c’est une histoire d’amour sans commune mesure, qu’il est difficile de se représenter comme étant réelle, mais les sentiments ne se contrôlent pas, comme on dit.

Quant au dénouement, il est surprenant, je l’ai trouvé vraiment trop utopique. Vous jugerez par vous-même si vous lisez ce récit, mais il m’a semblé tellement surréaliste et incohérent que je n’y ai pas adhéré. Je finis donc cette lecture sur une note un peu négative, mais heureusement l’ensemble du livre m’a quand même bien plu.

Je remercie les éditions Albin Michel et la Masse critique de Babelio de m’avoir permis de découvrir cette histoire, que je n’aurais certainement jamais acheté seule.


Un récit historique sur les goûteuses d’Hitler, mijoté avec beaucoup d’amour. J’ai aimé l’originalité de l’histoire,  et ne doute pas que vous puissiez l’adorer aussi. 

Ma note : 7,5/10

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J’ai perdu Albert


J’ai perdu Albert de Didier van Cauwelaert

216 pages, éditions Albin Michel, à 19€


Résumé : « Je suis la voyante la plus en vue du pays et, depuis hier midi, je ne vois plus rien. »

Pourquoi, après vingt-cinq ans de cohabitation, l’esprit qui hante Chloé l’a-t-il soudain quittée pour sauter dans la tête d’un garçon de café, Zac, apiculteur à la dérive qui ne croit en rien ? La situation est totalement invivable, pour elle comme pour lui, d’autant que cet esprit qui s’est mis à le bombarder d’informations capitales et pressantes n’est autre qu’Albert Einstein…

Dans une comédie romantique haletante où la spiritualité s’attaque aux enjeux planétaires, Didier van Cauwelaert invente avec bonheur une nouvelle forme de triangle amoureux.


Extraits  « On se désolidarise assez vite du genre humain, lorsqu’on est serveur. Tous ces gens qui voyagent en classe ego, les touristes râleurs, les besogneux à heures fixes, les faiseurs de selfies m’isolent chaque jour davantage dans une détresse qu’ils n’auraient pas l’idée de soupçonner. »

« Je me plante devant elle et, dès qu’elle a raccroché, je lui lance :
– Vous désirez ?
– La paix.
Son cri du coeur me déstabilise une seconde, puis je réponds malgré moi d’un air sympathique :
– C’est pas sur la carte. Mais je peux demander au chef. »


Mon avisAvec ses romans Jules, puis Le retour de Jules, Didier van Cauwelaert m’avait habitué à des histoires réalistes, emplies d’émotions. Quelle surprise j’ai eu en ouvrant son nouveau roman J’ai perdu Albert… Après la surprise est venu le rire lorsque je me suis rendue compte que l’auteur adorait mettre en avant des protagonistes surprenant : après le labrador Jules, voici l’esprit d’Albert Einstein. Accrochez-vous bien et bonne lecture !

Chloé est une des voyantes les plus connues au monde. Elle aide les plus grands chefs d’état et hommes politiques dans leurs plans d’actions, en prédisant l’avenir. Mais depuis peu, l’esprit nommé Albert qui habitait sa tête l’a déserté. Sans Albert, les pouvoirs de Chloé sont réduits à néant. Albert a quitté Chloé pour rejoindre la tête de Zac, un barman totalement déboussolé par l’arrivée intempestive de cet esprit incongru. C’est à lui maintenant de gérer cet esprit envahissant.

Vous l’aurez sans doute compris, J’ai perdu Albert est un récit étonnant, qui sort de l’ordinaire. Le protagoniste n’est autre qu’un esprit, prétendument celui du célèbre Albert Einstein, qui est revenu s’incarner dans le corps d’un autre humain pour « sauver la planète ». Il a d’abord pénétré Chloé, avant de s’introduire dans Zac. Comme dans Jules, un triangle amoureux improbable va se mettre en place entre ces trois personnages. Chloé est jalouse que Albert l’ait quitté pour Zac et commence à ressentir des choses pour Zac. Mais comme Albert s’est réincarné dans Zac, est-elle en train de tomber amoureuse de l’enveloppe charnelle de Zac ou du brillant esprit d’Albert ? A vous de juger !

Il faut sans conteste faire appel à une bonne dose d’imaginaire et avoir l’esprit ouvert. Mais J’ai perdu Albert, ce n’est pas qu’une fiction loufoque, c’est aussi un récit sérieux, qui aborde des thématiques importantes, dont l’une me touche particulièrement : la disparition des abeilles. Il est vrai que ce sujet est amené comme un cheveu sur la soupe dans le récit, mais il n’en reste pas moins important. Après tout, Albert Einstein est bien revenu sur Terre pour faire entendre sa voix et guérir les maux de la planète, non ?


Un roman surprenant, à la fois drôle et romantique, tendre et acerbe. Je suis ravie d’avoir pu découvrir cette incroyable histoire, qui restera dans mon esprit.

Ma note : 6,5/10

Le cas zéro


Le cas zéro de Sarah Barukh

534 pages, éditions Albin Michel


Résumé : Tout commence par un cas. Incompréhensible et inquiétant. Une série de symptômes incohérents et d’une gravité extrême. Laurent Valensi, médecin à l’hôpital Saint-Louis, ne sait comment soigner son patient, un certain Ali Benyoussef.
Déchiré entre sa famille qui veut le protéger d’une éventuelle contamination et un chef de service sans scrupule, il se lance dans une course contre la montre. En dépit de ses doutes, et face aux menaces qui pèsent chaque jour un peu plus sur lui, il va se battre pour sauver cet homme et faire éclater la vérité : si ce patient était le cas zéro de la terrible épidémie qui fait rage aux Etats-Unis et que l’on appelle « le cancer homosexuel » ?
Un thriller angoissant où Sarah Barukh, l’auteur de Elle voulait juste marcher tout droit, nous tient en haleine de la première à la dernière page.


Extraits « – Tu es un meilleur médecin que je ne pensais.
– Pourquoi ? s’étonna Laurent.
– Parce que tu soignes enfin avec ta tête, ton coeur et tes tripes. »

« Les cahiers ne parlaient pas, mais ils savaient écouter. »


Mon avisJusqu’à quel point un médecin est-il prêt à aller pour sauver son patient ? Jusqu’à mettre sa propre vie ou celles des êtres qui comptent le plus pour lui en danger ? Jusqu’à sacrifier sa femme et à sa fille au détriment d’un homme mourant qu’il ne connaît pas ?

Laurent Valensi, médecin interne à l’hôpital de Saint-Louis, est confronté à un patient dont les symptômes sont incohérents et inquiétants. Et si ce patient était atteint de l’épidémie nommée « cancer homosexuel » qui se propage aux États-Unis ? Malgré les menaces de ses supérieurs qui pèsent sur lui, Laurent Valensi va tout mettre en oeuvre pour soigner Ali Benyoussef.

Une course contre la montre est lancée pour Laurent Valensi : son patient est dans un état critique, il doit faire au plus vite pour le soulager. Aidé par Camille, sa stagiaire interne, Simone, une vieille infirmière au caractère bien trempé, et David, un ancien médecin Tunisien reconverti en épicier parisien, l’équipe va s’entraider pour sauver la vie du patient. Un récit haletant, prenant et additif, qui ne laisse pas indifférent.

Bien évidemment, pour ajouter du piment au récit, l’auteure a incorporé un soupçon de magouilles et d’escroqueries internes. Le directeur de l’hôpital de Saint-Louis serait accusé d’empêcher la guérison d’Ali Benyoussef et de financer clandestinement la recherche médicale. Les couloirs de l’hôpital ne sont pas aussi blancs et purs que son aspect semble faire penser.

A travers ce récit, Sarah Barukh met en avant le courage des médecins, qui n’hésitent pas à sacrifier leur vie pour sauver celle des autres. Pour écrire ce roman, l’auteure s’est inspirée de faits réels et de récits de médecins, qui lui ont racontés ce qu’ils avaient vécus à l’hôpital. Les plus perspicaces pourront percevoir une ressemblance entre ce cancer homosexuel nommé « LAV » dans le livre, et le SIDA, apparu dans les années 1980. La réalité et la fiction se mélangent pour donner un roman dynamique, haletant et plein d’émotions.


Un très bel hommage à ces hommes, qui se sacrifient tous les jours pour soigner de parfaits inconnus. Un récit dynamique et bien écrit, que j’ai vraiment apprécié découvrir ! 

Ma note : 8,5/10

Les blessures du silence

 


Les blessures du silence de Natacha Calestrémé

338 pages, éditions Albin Michel, à 19,90€


Résumé : Amandine Moulin a disparu. Son mari évoque un possible suicide, ses parents affirment qu’elle a été tuée, ses collègues pensent qu’elle s’est enfuie avec un amant, et autant de témoignages contradictoires qui ne collent pas avec la description qui est faite de cette mère de trois petites filles. Et puis il y a sa voix, que le lecteur découvre, en filigrane du roman, qui nous raconte une indicible vérité…

Un roman qui dépeint subtilement les affres du harcèlement conjugal. Par le biais d’une enquête de police entraînante, l’auteur parvient avec brio à nous plonger dans le mécanisme de destruction implacable qui se met en place autour de la victime. Elle dépeint la réalité d’un couple rongé par l’emprise, la manipulation et la perversion.


Extraits  « Les coups, ça se constate et il y a des lois contre ça. Les mots sont beaucoup plus violents. Ils ne marquent pas la peau mais ils laissent des traces monstrueuses dans le coeur, pour l’estime de soi et, malheureusement, ils sont invisibles devant la justice. »

« Un pervers garde le même objectif, quoi qu’il arrive. Il manipule la vie de l’ensemble de son entourage. Il est fier de ce qu’il est et de ce qu’il fait subir aux autres. Il ne ressent pas de culpabilité et quand il prétend s’en vouloir, c’est pour qu’on s’apitoie sur son sort. Tout est calculé. Il maîtrise tout, c’est ça qui compte pour lui. La manipulation de l’autre est jubilatoire pour lui. Il est capable de faire croire tout et son inverse, c’est sa manière de tester son pouvoir sur autrui. Et ça marche si bien que l’autre peut avoir l’impression qu’il est affectueux à son égard. C’est faux. Il en est incapable. »


Mon avis : Amandine Moulin a disparu. Son mari pense qu’elle s’est suicidée, alors que sa famille pense qu’elle a été tuée par son mari. Une enquête est ouverte pour découvrir ce qui lui est arrivé. Les enquêteurs découvrent très vite que Amandine subissait des violences psychologiques de la part de son mari. Mais sans preuve, comment l’affirmer ?

L’histoire s’inspire de faits réels. Amandine, est une jeune femme maltraitée psychologiquement par son mari. Avec deux petites filles à charge et un travail prenant, qui lui permet seulement de survivre financièrement parlant chaque mois, il est impensable pour elle de quitter son mari. Pourtant, elle disparaît un beau jour, laissant ses filles et son mari, seuls.

Le rythme est intense et soutenu. En effet, pour augmenter la tension de son récit, l’auteure alterne des chapitres dans le présent, où l’on voit l’évolution de l’enquête en cours, et des chapitres dans le passé, où l’on voit Amandine dans son quotidien. Le récit se construit donc comme un entonnoir, avec une tension toujours croissante : j’adore ça !

Natacha Calestrémé met en lumière les violences psychologiques que subissent chaque jour de nombreuses femmes, en France et dans le monde. Ces violences se matérialisent sous forme de menaces ou d’insultes, qui visent à rabaisser la femme et à la rendre dépendante, dans le but de la contrôler totalement. Ces violences psychologiques ne sont pas reconnues par le droit français, les bourreaux ne peuvent donc pas être inculpés pour ce qu’ils font subir aux femmes. Une loi insensée et désuète, que dénonce ici l’auteure.

Natacha Calestrémé dédie ce livre aux femmes et aux hommes qui subissent des violences psychologiques au quotidien. Elle le dédie également à ceux qui y sont restés et n’ont pas pu s’en sortir. Un récit émouvant, intense et prenant, qui j’espère, pourra aider certaines personnes à ouvrir les yeux sur leur situation.

Finalement, ce livre est rempli de surprises. Je ne vous révèlerai pas le dénouement final, mais vous risquez d’être surpris !


Natacha Calestrémé prend la parole pour dénoncer les violences psychologiques subies par de trop nombreuses personnes. Un roman policier émouvant et intense, que je recommande !

Ma note : 8/10