Tu n’as rien à craindre de moi

Tu n’as rien à craindre de moi de Joann Sfar
98 pages, éditions Rue de Sèvres, à 18€

 

Résumé : Véritable portrait d’un couple contemporain, cet album traverse les questions éternelles de l’amour et les éternelles questions de son auteur : l’art, la religion, l’amitié.
C’est l’histoire des meilleurs moments de l’amour : ils se rencontrent, se regardent, se parlent des nuits entières, s’aiment sans cesse… il la peint, elle s’amuse à être peinte… et après ?

Extraits :  « La vie, c’est un envol. J’ignore si je vais m’envoler avec lui. »
« Je n’exige pas, je suggère qu’on fasse l’amour sur le capot encore brûlant de ce véhicule de luxe qui n’est pas à nous. »

Mon avis :  Chacun a sa propre façon de s’aimer et de montrer à l’être aimé ses sentiments. Pour Seabearstein, dessinateur juif, qui aime éperduement son amante Mireille Darc, sa passion envers la jeune femme se voit à travers son regard. Il la regarde et la déshabille des yeux. Un beau jour, il se met à la peindre dans son plus simple appareil. Mireille se laisse peindre, elle se laisse voir et regarder, elle se laisse aimer. Entre désir, passion et sentiments, Joann Sfar retrace avec intimité l’histoire d’amour de ces deux amants.

Les deux personnages se mettent à nu – c’est le cas de le dire -, Seabearstein dévoile ouvertement son désir et son amour à l’encontre de Mireille, tandis que cette dernière se laisse voir dans sa tenue d’Eve et s’offre entièrement à son homme. Chers futurs lecteurs, si j’ai un conseil à vous donner, ce serait celui de ne pas rester au premier degré de l’histoire : on voit des scènes de sexe et des appareils génitaux, certes. Mais essayez de voir ce qui se cache derrière ces images crues, ce que l’auteur a réellement voulu sous-entendre.

Outre ces deux héros, d’autres personnages donnent leur vision de l’amour. Nous avons tout d’abord la meilleure amie de Mirelle Darc, Protéine, qui se désole de ne pas trouver un homme capable de la comprendre. Elle réfléchit même à la possibilité de se tourner vers les femmes. Puis, Nosolo, cet homme si étrange qui ne supporte pas de vivre seul.

En mélangeant l’art et l’amour, l’auteur nous offre un tableau de sentiments éparses. Tant et si bien que l’histoire d’amour des deux protagonistes se fige sur un tableau ; leur histoire devient un tableau d’art contemporain. Leur histoire, tout comme l’art contemporain, voit une transgression des frontières du classique, une rupture brutale avec les règles établies. Et c’est justement cette forme de liberté – liberté de la représentation, liberté de leur relation – qui rend intéressante l’histoire.

L’auteur se laisse également une liberté dans la forme et dans le ton employé pour créer cette bande-dessinée. Il n’explique pas tout, il laisse sous-entendre. Il ne dessine pas des cases bien rangées et linéaires, il laisse le choix de lecture aux lecteurs. Il sort du chemin standard pour affirmer sa propre identité artistique. C’est vraiment bien fait. Assez surprenant au début, mais vraiment captivant.

Tu n’as rien à craindre de moi, c’est une histoire d’amour moderne, qui mêle art, religion, politique et sentiments. Allez regarder quelques planches de cette BD avant d’acheter le livre : vous pourrez être surpris de la manière dont Joann Sfar parle de l’amour…

 

Ma note : 6/10
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Une réflexion sur “Tu n’as rien à craindre de moi

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