Classique·Littérature française

Zazie dans le métro

Zazie dans le métro de Raymond Queneau
342 pages, éditions Folio Plus classiques

 

Résumé : – Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t’y conduirai.
– Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m’intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.
– Qu’est-ce qui t’intéresse alors ?
Zazie répond pas.
– Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu’est-ce qui t’intéresse ?
– Le métro.

Extraits :  « – Tu as de drôle d’idées, tu sais, pour ton âge.
– Ça c’est vrai, je me demande même où je vais les chercher.
 »
« Tu causes, dit Laverdure, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire. »

Mon avis :  Ce roman surréaliste, très étudié au cours du cycle scolaire, déroute tout un chacun. En effet, Raymond Queneau joue avec les codes traditionnels du roman : il créait une rupture avec le langage habituel en incorporant dans son récit des propos grossiers ou des fautes d’orthographe voulues. Certains apprécieront, d’autres moins. Une chose est sûre, même si ce livre semble mal écrit, sans intrigue et vide de sens, l’auteur a quand même prit une quizaine d’années de sa vie pour le finaliser ! C’est pas rien.

La trame de l’histoire est facile à comprendre : une petite fille du nom de Zazie se retrouve à Paris chez son oncle le temps d’un week-end, et son seul souhait est de prendre le métro. Manque de bol, il est en grève. Suit alors les petites péripéties de Zazie dans les rues de Paris.
Si cette intrigue vous paraît vide de sens, je peux vous l’assurer : elle l’est. Car Raymond Queneau n’a pas misé sur une histoire romancée banale, mais s’est plutôt interrogé sur le rôle et la place du langage.

Vous pensez que Zazie est la protagoniste de l’histoire ? Et si je vous disais que c’est en fait le langage, qui est le personnage principal ?! L’auteur nous dresse une critique du langage quotidien, qu’il voit comme creux, vide de sens. En effet, les petites péripéties qu’il narre dans son roman, sont peuplés de dialogues, qui ne servent à rien. Il conteste un emploi formaté du langage, qui s’adapte aux idées pré-conçues. Les grossièretés fusent, les fautes d’orthographes s’enchaînent, tout comme les défauts de prononciation (les deux exemples qui m’ont le plus frappés : hormossesuel et eczagérer…). Les personnages s’emballent, ils parlent pour rien dire, sans aucune pensée novatrice.
C’est principalement le perroquet Laverdure qui dénonce la perte de sens du langage en répétant inlassablement sa réplique « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire« . Zazie est elle aussi une figure de dénonciation, en terminant ses répliques par « mon cul », elle se place en contestataire face aux adultes.

Zazie dans le métro, c’est aussi un livre comique et absurde, où se profile beaucoup d’ironies. Aucune scène n’est sérieuse, bien au contraire, le comique de situation est omniprésent, à tel point qu’on se retrouve avec des situations qui tournent en boucle, sans finalité.

Comme je le disais dans mon introduction, certaines personnes percevront ce que l’auteur a voulu suggérer et adhéreront totalement à sa cause. D’autres, comme moi, plus dubitatifs, ne seront pas vraiment touchés par cette harangue. Bien au contraire, cette lecture a été un supplice, tant la langue française a été détournée, rabaissée et injuriée.
Chez Raymond Queneau, tout n’est qu’ambiguîté et suggestion : autant au niveau de la forme que prend le récit, qu’au niveau des personnages, qui ne sont pas décrits, pas exploités ni approfondit. Le lecteur est obligé de chercher lui-même des informations, notamment pour faire le portrait de Gabriel, l’oncle de Zazie.

Cette oeuvre de Raymond Queneau a été adapté au cinéma par Louis Malle un an après sa publication. Les deux hommes recherchaient de l’innovation, pour ne pas divertir le lecteur, mais pour le déstabiliser et l’obliger à prendre du recul par rapport à l’oeuvre. L’un s’étant amusé avec le langage dans Zazie dans le métro, l’autre cherchant à retranscrire l’amusement du langage au cinéma.

Raymond Queneau revendique une nouvelle façon d’écrire : à travers l’apparence d’une histoire banale, il pointe du doigt la place du langage dans la société. Un langage appauvrit, académique et pré-conçu. Un livre à double tranchant, qu’on saura apprécier ou qu’on détestera.

 

Ma note : 6/10
Classique·Littérature française·Roman

Bel-Ami

Bel-ami de Maupassant
438 pages, éditions Folio classique
Résumé : Georges reprit le bras de Suzanne pour retraverser l’église.
Lorsqu’il parvint sur le seuil, il aperçut la foule amassée, une foule noire, bruissante, venue là pour lui, pour lui Georges Duroy. Le peuple de Paris le contemplait et l’enviait.
Puis, relevant les yeux, il découvrit là-bas, derrière la place de la Concorde, la Chambre des députés. Et il lui sembla qu’il allait faire un bond du portique de la Madeleine au portique du Palais-Bourbon.
Extraits : « Une vie ! quelques jours et puis plus rien ! On naît, on grandit, on est heureux, on attend, puis on meurt. »
« Les paroles d’amour, qui sont toujours les mêmes, prennent le goût des lèvres dont elles sortent.« 

Mon avis : Ce célèbre roman de Maupassant a été publié en feuilleton dans dans un journal très célèbre de l’époque, du nom de Gil Blas. Bel-Ami raconte l’incroyable ascension de Georges Duroy, jeune homme ordinaire, qui arrive, grâce à un de ses amis, à pénétrer dans le journal La Vie Française. Sans compétence particulière, il arrive néanmoins à gravir l’échelle sociale de ce Paris du XIXème siècle, grâce aux nombreuses maîtresses qu’il n’hésite pas à utiliser à son compte – notamment pour écrire ses articles à sa place.

On peut aisément discerner des points communs entre le protagoniste de Bel-Ami et la carrière personnelle de Maupassant. Egalement journaliste dans de nombreux journaux de l’époque, il est envoyé en reportage en Algérie, trait commun avec Georges Duroy, envoyé au Maroc, il décrit dans des chroniques les journées qu’il y a passé. L’histoire de Georges Duroy est irréaliste : sans talent, un peu niais et simplet, il part de rien, simple soldat envoyé en Afrique, fonctionnaire sans le sous, pour arriver au sommet, directeur de la rédaction de la Vie Française. Une carrière irréaliste dans un monde réaliste (décrit avec maintes détails, grâce à l’engagement de l’auteur dans le mouvement naturaliste de l’époque).

Maupassant arrive à décrit avec aisance les aspects sombres d’une carrière journalistique du XIXème siècle. Le métier n’était pas encore professionnalisant – en exemple le protagoniste, sans bagage, sans formation, complètement incompétent, qui arrive à se faire embaucher -, souvent mal vu par la population. Il met également en avant les principales caractéristiques pour arriver à entrer dans ce cercle journaleux : avoir des relations (comme Georges Duroy avec son ami, ou avec les femmes qu’il arrive à convaincre d’écrire pour lui), avoir une spécialité particulière (la chronique sur ses expériences Africaines) et un style singulier.

Les nombreuses coucheries du protagoniste agace quelque peu le lecteur, même s’il y voit là le seul et unique moyen pour Geroges Duroy d’arriver à ses fins. Un livre très intéressant, que je suis heureuse d’avoir lu, mais qui ne restera pas infiniment dans ma mémoire. Le thème principal est sympathique à découvrir, les aspects du journalisme du XIXème siècle sont intéressant à regarder à travers les yeux de Maupassant… mais je m’attendais certainement à une histoire plus frappante, moins ordinaire. J’ai quand même pris plaisir à lire ce livre… mais sans plus :

L’auteur met en scène un personnage bien transparent, qui arrive à gravir les échelons sociaux, pour arriver à l’apothéose de sa réussite. Une ascension extraordinaire qui dénonce les travers de la presse au temps de Maupassant.

Ma note : 5,5/10

Classique·Théâtre

Le Jeu de l’amour et du hasard

Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux.
192 pages, éditions Hatier, à 3,05 €

 

Résumé : Sylvia, une jeune fille noble, s’inquiète d’épouser Dorante sans le connaître. Elle use d’un stratagème pour l’observer secrètement mais le jeune homme a la même idée.
Marivaux fait naître le comique de situations complexes où règnent quiproquos, malentendus et double langage.

Extraits : « Je n’ai fait qu’une faute, c’est de n’être pas parti dès que je t’ai vue. »
« On n’a pas un coeur qui va et qui vient comme une girouette : il faut être fille pour ça.« 

Mon avis : Je ne suis pas particulièrement fan de pièces de théâtre, mais ce livre de Marivaux fait parti des livres à lire obligatoirement pour le bac de français en fin d’année… juste d’y penser, ça commence à me faire peur. Bref, passons.

Le jeu de l’amour et du hasard est une pièce de théâtre mêlant des situations complexes, plutôt extraordinaires, et souvent drôles.

Les personnages sont certes amusants, mais ils touchent également le lecteur. Sous leurs aires plutôt complexes, se cache un véritable caractère propre à eux-mêmes.

La pièce est très courte, ce qui permet d’apprécier encore plus le style d’écriture de Marivaux, malgré les quelques mots et passages qui exigent une attention plus profonde, tant la finesse des mots est ardue.

 

Ma note : 5/10
Classique·Littérature française·Roman

Le lion

Le lion de Joseph Kessel
243 pages, éditions Folio

Résumé : « King lécha le visage de Patricia et me tendit son mufle que je grattai entre les yeux. Le plus étroit, le plus effilé me sembla, plus que jamais, cligner amicalement. Puis le lion s’étendit sur un flanc et souleva une de ses pattes de devant afin que la petite fille prît contre lui sa place accoutumée. »

L’histoire d’un amour fou entre une petite fille et un lion. Plus de deux millions d’exemplaires vendus en France.

Extraits : « Il est des hommes, lorsqu’on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu’exigent à l’ordinaire les règles de politesse, n’ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu’ils vous y attirent aussitôt. »
« Personne au monde n’était aussi riche qu’eux, justement parce qu’ils ne possédaient rien et ne désiraient pas davantage.« 

Mon avis : Que de tendresse, d’intensité, d’émotions et de sensibilité y a-t-il dans cet ouvrage… Je ne m’attendais pas à être aussi bouleversée que je ne l’ai été. Comme quoi, chaque livre regorge de secrets desseins.

L’histoire est assez connue – la quatrième de couverture dénote « plus de deux millions d’exemplaires vendus en France« , ainsi donc je ne pense pas qu’un résumé sera nécessaire. De plus, la seule petite phrase qui suit raconte en gros ce que le livre contient ; « l’histoire d’un amour fou entre une petite fille et un lion » (c’est également à cause d’elle que mon attention s’est porté sur ce bouquin : elle est la cause de mon achat).

L’atmosphère dans laquelle nous plonge Joseph Kessel chamboule notre vie, nos habitudes, le quotidien dans lequel nous vivons pour nous dépayser radicalement. Dans une savane sauvage, en plein coeur d’un parc animal, dit le Parc Royal, le narrateur voyage et visualise l’entièreté de ce parc pour s’imprégner au mieux des bêtes sauvages qui y vivent. Mieux qu’un safari animalier, les animaux sont lâchés dans la nature, ils ont tout l’espace qui leur convient, maîtres de leurs droits, de leurs gestes. Pour renforcer cet original espace naturel, l’auteur implante de nombreuses tribus indigènes, des Noirs, avec leurs rituels, leurs traditions, leurs origines. Ainsi, les scènes admirées par le narrateur sortent complètement de l’ordinaire – la construction de la manyatta, les danses rituelles… Tel un spectacle ambulant, un film en grandeur nature, le quotidien particulier de ces gens, dans la faune profonde de ce Kenya inconnu, dénote la créativité artistique de l’auteur.

Grâce à un style d’écriture fluide, simple à la compréhension, ouverte à toutes les générations et imprégnée des termes sauvages et propres au contexte dans lequel il veut nous plonger, Joseph Kessel réussit haut la main son pari syntaxique. Certains mots-clés permettent de s’évader dans la jungle animalière, d’autres nous rapprochent de la petite protagoniste, ou permettent de découvrir d’autres cultures jusque là inconnues du grand public.

Pour en revenir à l’histoire en elle-même et aux nombreux liens qui unissent la petite fille aux animaux sauvages, on peut qualifier ce récit d’émotionnellement chamboulant. Ayant grandie au coeur de cette réserve naturelle, Patricia, l’enfant, en connaît tous les recoins. Elle a appris, au fil du temps, à dompter ses peurs en même temps que les animaux, à respecter, apprivoiser, comprendre et apprend au contact de ceux-la. On peut aisément faire un parallèle avec sa maman, venant d’un milieu urbain et endimanché, européenne dès sa plus tendre enfance, elle ne marque pas le même entrain au contact des bêtes et ne réagit pas de la même façon que sa fille – peur, sueurs froides, sentiment d’isolement, d’inutilité…

En tout cas, Le lion rapproche les hommes et les bêtes et prouve le sentiment inextricable, invisible et ténu qui existe entre eux tous. L’amitié que Patricia a su créer entre elle et King (le lion), est spectaculairement singulière, agréablement touchante. Rien que d’y repenser, les frissons me gagnent. Je parle en connaissance de cause, notamment du dénouement final, l’apothéose émotionnelle, le déchirement sanglant, qui va brutalement mettre fin à la féerie de l’histoire pour retrouver les gestes primitifs… je n’en dis pas plus, pour ne pas gâcher la découverte des futurs lecteurs.

Joseph Kessel dans une écriture époustouflante, narre l’histoire émouvante d’une amitié incommensurable entre une petite fille et le roi de la savane. Ce récit montre un autre visage de ce prédateur sauvage, et délivre de nombreuses valeurs humanistes, qui entraînent dans leur sillage larmes, tristesse, émotions et tendresse. Je recommande fortement ce livre, qui est pour ma part une révélation, un dépaysement, une ouverte passionnante sur le monde et la nature qui nous entoure. A écouter, sentir, apprécier, pour s’imprégner au mieux de l’atmosphère sauvage et hors normes que nous offre l’auteur. Splendide.

Ma note : 8,5/10

Classique·Littérature norvégienne

Une maison de poupée

Une maisin de poupée de Ibsen
153 pages, éditions Le Livre de Poche, à 4,10€

Résumé : D’abord jolie poupée cajolée et préservée au beau temps de son enfance, Nora est devenue l’adorable petit merle chanteur toujours gai aux yeux d’Helmer, son mari. En effet, elle danse, rit et chante, et emplit sa maison d’une joie enfantine. Pourtant, au-delà de la charmante frivolité toute féminine propre à séduire son mari, se dessine un caractère volontaire, une femme disposée aux plus grands sacrifices par amour. Davantage sensible aux inflexions du coeur qu’aux discours raisonnables, Nora poursuit le fol espoir d’une idylle réciproque capable de transcender les conventions sociales et l’ordre établi. Mais, dans la Norvège des années 1870, où l’on se doit d’être épouse et mère avant d’être femme, de telles aspirations paraissent de vaines promesses. Qu’importe si la faute de Nora fut commise par amour, Helmer ne peut lui pardonner l’opprobre qui désormais menace la famille. Nora qui attendait fébrile qu’advienne le « prodige », fuira sereine et pour son propre salut, ce qui ne lui ressemble plus. –Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot

Extraits :  « NORA. Ne me regarde pas comme cela, Torvald !
HELMER. Pourquoi est-ce que je ne regarderais pas mon bien le plus précieux ? Toute cette splendeur qui m’appartient, à moi seul, et sans réserve ?
 »
« NORA. Oui, voyez-vous, il y a les personnes qu’on aime le plus, et celles dont on préfère presque la compagnie.« 

Mon avis :  Rares sont les livres norvégiens que je lis. Alors, du théâtre norvégien, imaginez-vous : je ne vais pas en croiser beaucoup durant ma vie. Mais là, j’étais dans l’obligation de le faire : Une maison de poupée figurait dans la liste des livres à lire obligatoirement pour mon quatrième semestre. Bon.

Dans les années 1870, la société imposait des règles genrées implicites dans chaque foyer. L’homme devait contrôler la maison et subvenir aux besoins de sa famille, tandis que la femme devait prendre soin de sa famille et bien s’occuper du foyer. Le couple que forme Torvald et Nora s’échappe pas à la règle. Mais voilà, Nora a enfreint cette règle dans le dos de son mari. En effet, Torvald étant malade, Nora s’est débrouillée pour pouvoir le soigner au mieux. Mais cette guérison imposait à Nora de mentir à son mari.

Une maison de poupée, c’est un drame bourgeois réaliste, dans lequel Ibsen représente des clichés genré au sein d’un couple hiérarchisé. Nora et Torvald n’affichent pas les mêmes valeurs : tandis que l’une ne pense qu’à la santé de son époux, l’autre pense à la représentation sociale que lui donne son pouvoir économique. Il y a donc une rupture au sein du couple, qui, d’un point de vue psychologique, ne se comprennent pas.

Nora fait figure de femme-enfant, de petit animal, emplie de naïveté. On ne compte plus les fois où Torvald l’appelle d’un nom grotesque, comme s’il qualifiait un animal domestique, voire pis. Les deux personnages tiennent leur rôle avec perfection, chacun muré dans les clichés de genres que la société attend d’eux. Torvald est vraiment un personnage insupportable, englué dans ses stéréotypes sur les femmes, il n’arrive pas à poser un regard objectif sur Nora, qu’il considère comme une moins que rien.

Le lecteur s’aperçoit très vite que les bases de ce couple reposent sur l’argent. C’est en effet l’argent qui contrôle toute la maisonnée. Dès le début du livre, Torvald nous apprend qu’il a été promu directeur de la banque et que donc, son salaire va augmenter. Soit. Nora, quant à elle, fait des achats en comptant le prix, pour tenter de faire des économies dans le but de rembourser ses dettes. C’est l’argent même qui donne une place sociale au couple. Tout tourne autour de l’argent.

Mais tout tourne aussi autour du mensonge. Nora joue un double jeu face à Torvald. Elle se montre frivole, légère, naïve et dépensière, alors que dans la réalité, c’est une femme forte, qui essaie tant bien que mal de rembourser les dettes accumulées dans le dos de son mari. Bien évidemment, le mensonge de Nora sert au bonheur collectif ; loin de vouloir le tromper, elle ne voulait que le protéger.

Puis, peu à peu, Nora va tenter de s’affirmer et d’obtenir une parole réelle dans le couple. Elle va vouloir se faire entendre et, de ce fait, va faire tomber son masque de femme idéale pour nous faire découvrir la vraie Nora. Sans vouloir vous dévoiler la fin de ce livre, je voudrais juste dire que j’éprouve une grande admiration face au personnage de Nora. Cette petite jeune femme, qui semble toute chétive, va aller contre les conventions de l’époque, dans l’espoir de faire ouvrir les yeux à son mari. Il faut du culot et beaucoup d’audace pour accomplir un tel geste. De ce fait, je pense que Nora mérite le titre d’héroïne !

Grâce à une écriture moderne et à des thèmes encore d’actualité – la place de la femme dans la société et dans le couple, l’argent, le mensonge -, Ibsen fait de son oeuvre une pièce de théâtre intemporelle. Toutes les femmes devraient l’adorer – les hommes aussi, mais d’une autre manière. Ravie de cette lecture !

Ma note : 6,5/10

Classique·Littérature française

Notre-Dame de Paris

Notre-Dame de Paris de Victor Hugo
348 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 5,50€

Résumé : Dans le Paris du XVe siècle, une jeune et superbe gitane appelée Esméralda danse sur le parvis de Notre Dame. Sa beauté bouleverse l’archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo, qui tente de l’enlever avec l’aide de son sonneur de cloches, le malformé Quasimodo. Esmeralda est sauvée par une escouade d’archers, commandée par le capitaine de la garde Phoebus de Châteaupers…

Extraits :  « Il s’aperçut que la vie sans tendresse et sans amour n’était qu’un rouage sec, criard et déchirant. »
« – Savez-vous ce qu’est l’amitié ? demandat-t-il.
– Oui, répondit l’égyptienne. C’est être frère et soeur, deux âmes qui se touchent sans se confondre, les deux doigts de la main.
– Et l’amour ? poursuivit Gringoire.
– Oh ! l’amour ! dit-elle, et sa voix tremblait, et son oeil rayonnait. C’est être deux et n’être qu’un. Un homme et une femme qui se fondent en un ange. C’est le ciel.
« 

Mon avis :  Ne faites pas les innocents : vous avez tous connus l’histoire de Quasimodo et Esmeralda grâce à l’adaptation réalisée par les studios Disney en 1996 : Le Bossu de Notre-Dame. Eh bien, sachez que moi aussi. Mais l’histoire que j’ai découvert dans le roman de Victor Hugo est bien plus intense et noire que ce que laissait présager le film d’animation.

Tout le monde connaît Quasimodo, ce bossu, sonneur de cloches à la cathédrale Notre-Dame, difforme et laid. Tout le monde connaît aussi Esmeralda, la jeune gitane, accompagnée de sa chèvre Djali. Tout le monde tombe sous le charme de la beauté gitane ; de l’archidiacre qui prend en charge la cahtédrale jusqu’à Quasimodo, la bête difforme. Mais la belle Esmeralda tombe a le coeur prit par Phoebus, un chevalier servant, qui se révèlera un être cruel et pernicieux.

Quasimodo et Esmeralda se ressemblent, dans le sens où ils sont tous les deux sont des enfants abandonnés, à la recherche de leurs origines. Ils sont différents des autres, mais justement, c’est cette différence qui fait leur force. Tous les deux sont dotés d’un grand coeur, un coeur bon et simple, toujours tourné vers l’autre. D’ailleurs, si vous avez lu L’homme qui rit de ce même homme qu’on nomme Victor Hugo, les ressemblances entre Gwynplaine, cet enfant défiguré, personnage de foire, qui ignore ses origines, ne vous fait-il pas penser à notre Quasimodo ? Des personnages difformes, qui reviennent d’un de ses romans à un autre, qui, malgré leurs difformités, se battent. Ils incarnent l’espoir que l’auteur porte en l’humanité.

Mais, hélas ! c’est un véritable drame qui se produit dans Notre-Dame de Paris. Loin de se soucier de la bonté de coeur des protagonistes, les citoyens ne voient en eux que ce qu’ils laissent voir. Une gitane magicienne, pour Esmeralda. Un monstre, pour Quasimodo. Sans rien avoir demandé, sans rien avoir fait, ils vont être pris comme martyrs, et vont être, l’une condamnée à la pendaison, l’autre, condamné à l’humiliation publique. Une façon, pour Victor Hugo de dénoncer, comme toujours, les moeurs de la société dans laquelle il vivait. Heureusement que depuis, les mentalités ont évoluées !

Et puis, forcément, dans Notre-Dame de Paris, la belle, la sulfureuse, la magnifique, la seule protagoniste, c’est la cathédrale Notre-Dame, qui est somptueusement mise en valeur ici. Une cathédrale vieille de plus de 5 siècles, qui a vue se dérouler sous ses yeux les pires horreurs. Lieu saint, elle a quand même failli, dans le roman de Victor Hugo se faire détruire par l’armée révoltée des citoyens français ! Une façon, assure l’auteur, de sensibiliser les lecteurs à la valeur d’un tel monument.

Chers futurs lecteurs, venez plonger dans les moeurs sociales de l’époque, dans ce drame, où tous, se perdent dans leurs sentiments passionnels mais dangereux pour la belle Esmeralda. Avec cet ouvrage, mon amour pour Victor Hugo ne fait que se renforcer. Aussi, sûrement, je continuerai mon exploration de ses chefs-d’oeuvre.

Ma note : 9,5/10

Classique·Littérature française

L’homme qui rit

L’homme qui rit de Victor Hugo
761 pages, éditions Pocket, à 3,90€
Résumé : Pour Paul Claudel, il s’agit « d’un album de lithographies épiques et paniques », rien de moins que « le chef-d’œuvre du grand poète ». Victor Hugo a écrit L’homme qui rit en deux années, de 1866 à 1868, peu de temps après la publication des Travailleurs de la mer. S’il demeure parmi les plus méconnus des romans d’Hugo, qui souffrit même de son insuccès, L’homme qui rit est un impressionnant tableau de l’Angleterre aristocratique de l’orée du XVIIIe siècle, au temps de la reine Anne. C’est l’histoire d’un enfant, Gwynplaine, marqué par une cicatrice qui lui donne en permanence un rire affreux, recueilli avec Dea, jeune fille aveugle, par Ursus, curieux vagabond, philosophe misanthrope, trimbalant avec lui un loup à la discrétion d’un caniche. Ensemble, ils vont constituer une compagnie de mimes, jusqu’à ce que l’on reconnaisse, à Londres, en cet homme balafré, un pair du royaume, le baron Clancharlie. Retrouvant sa place à la Chambre des lords, il se fera l’ardent défenseur des humbles et des misérables… C’est là une formidable épopée, mêlant l’idylle, l’apocalypse et la fantaisie, aux images et au vocabulaire éblouissants, partagée entre l’ombre et la lumière, le bien et le mal, l’ironie et l’humour noir. On a reproché à l’auteur d’y mettre trop de décors, trop de personnages, de prendre trop de libertés avec la réalité historique, d’aligner trop de bravoure et de coups de théâtre. C’est précisément dans cette exagération, dans ce foisonnement baroque que L’homme qui rit trouve sa richesse et sa superbe.
Extraits : « Il est des moments dans la vie où ce qui vous arrive ne vous arrive pas ; la stupeur les maintient quelque temps à une certaine distance du fait. »
« L’inconvénient des mots, c’est d’avoir plus de contours que les idées. Toutes les idées se mêlent par les bords ; les mots, non.« 

Mon avis : Ce brave Victor Hugo est un écrivain prolixe, chef de fil du mouvement romantique au XVIIIième siècle. Il m’a souvent habitué à de somptueuses découvertes littéraires, notamment grâce à quelques-uns de ses poèmes publiés dans son recueil Les contemplations, que j’ai eu à étudier en cours, ou même avec le récit des Misérables que j’ai lu en version abrégé il y a peu de temps de celà. Mais là est le couac : je n’avais jamais lu un ouvrage de cet auteur dans son intégralité. Avant de débuter réellement ma chronique et de développer mon ressenti sur ce roman, je tiens à souligner le fait que je ne remette aucunement en cause les talents d’écriture de l’auteur, déjà maintes et maintes fois prouvés.

Pour commencer, le volume particulièrement épais du livre ne fait aucun doute quant au développement descriptif de l’histoire comptée. Comme je l’avais prédis, des pages entières sont consacrées aux explications de petits détails souvent insignifiants. Ces mêmes descriptifs sont souvent conçus d’une manière recherchée mais écrits dans un langage que des personnes normalement constituées, vivants au XXIième siècle ne peuvent point comprendre dans son entièreté. Ainsi, Victor Hugo étale des dizaines et des dizaines de pages explicatives, que j’ai lu d’un oeil absent, l’esprit ailleurs.

Pourtant, la première partie du roman commençait parfaitement bien. En reprenant les éléments phares qui font le succès de tous ses récits, l’auteur arrivait à me captiver, lisant avec avidité les mots tracés sur le papier. L’action tant aimée dans Les misérables se réverbérait dans le naufrage de l’ourque, la foule vivante des barricades du roman précédemment cité se voyait ici-même dans le rassemblement de la Green-Box…

Se voulant au plus près du lecteur, Victor Hugo crée à chaque fois, des personnages plus vrais que nature. Même si aux premiers abords, l’homme à la bouche surdimensionée ne fait état que de fiction, l’auteur arrive à nous prouver le contraire et l’ancre parfaitement dans le déroulement de la vie terrestre. C’est la particularité de cet homme, qui arrive à passer de la véracité de faits – comme la construction de barricades, les manifestations de foules constatées dans Les misérables -, à des faits totalement inventés, telle que la découverte d’un enfant errant, défiguré, qui deviendra saltimbanque avant de découvrir qu’il est riche, et hautement estimé dans l’aristocratie.

Les longueurs ont eues raison de ma patience, qui s’est essouflée au fil des pages. Alors même qu’il ne restait qu’une cinquantaine de pages avant le dénouement final, je n’ai plus tenu le coup, et j’ai abandonnée ma lecture. Ces quelques pages sautées n’enlèvent rien à ma compréhension de l’histoire.

Une nouvelle fois, Victor Hugo fait preuve d’une moralité sans pareil. Ne pas se fier des apparences doit devenir monnaie courante. Personne ne sait jamais ce que peut cacher un visage.

Outre les longueurs qui ont finies par m’essoufler, l’histoire en elle-même est assez plaisante à découvrir. Je ne pense pas relire un jour ce livre, mais je me laisserai bien tenter par son adaptation cinématographique. A voir…

 

Ma note : 5/10