Les tragiques


Les tragiques de Christian Montaignac
288 pages, éditions En exergue, à 21,50€


Résumé : Ceux-là n’ont pas profité d’une expression souvent utilisée, « le champion meurt toujours deux fois », une seule a suffi. Leur rêve éveillé s’est brisé, la mort les a emportés au cœur d’une jeunesse dorée. Ils ont incarné le mot d’André Malraux selon lequel la tragédie d’une fin en pleine gloire a « transformé leur vie en destin ». Nos Tragiques, entre connus et méconnus, sont morts dans cet âge d’or où rien n’était fini de leur passion de jeunesse. Sans avoir voulu rejoindre James Dean, le plus fameux d’entre tous, dans sa volonté de « vivre vite et de faire un beau cadavre », ils sont partis comme lui, dernier éclat d’un soleil noir. Il s’agit de leur redonner la lumière. La mort ne suffit pas à tirer la conclusion de leur histoire. Il y a chez eux, en eux, ce romantisme dont le sport est porteur quand il ne se limite pas à une somme de chiffres, à la longueur des statistiques, aux lignes d’un palmarès. Leur gloire, c’est notre mémoire.


Extraits : « La grandeur du sport et son secret éclat se tiennent dans l’invitation à durer le temps de quelques saisons plus ou moins ensoleillées, avant d’entrer dans des automnes refroidis, de goûter aux effets douceâtres de la nostalgie, de recueillir les retombées d’une renommée. Ainsi, les sportifs, destinés à mourir de leur vivant, sont appelés à faire de leur jeunesse l’oeuvre d’une vie, leur chef-d’oeuvre aussi. »

« J’en ai retenu deux avec le souci d’ajouter que, depuis la fin de la guerre, plus de trois cents boxeurs ont été tués par le métier. Quel métier ? Un sport de combat qui oppose deux hommes bien décidés à se porter des coups avec une hargne que réprime le Code pénal hors des rings. »


Mon avis : Christian Montaignac est avant tout un grand reporter, chroniqueur pour L’Équipe pendant près de 37 ans, couvrant tous les grands événements sportifs, des Jeux Olympiques aux Coupes du monde. Avec Les tragiques, il signe une oeuvre littéraire majeure, rendant hommage aux sportifs, plus ou moins connus, décédés tragiquement au sommet de leur gloire.

L’auteur publie une trentaine de portraits d’hommes et de femmes, grands sportifs, plus ou moins anciens, qui ont marqués leur époque ou qui ont traversé le monde sportif sans grande vague. Il essaie d’aborder l’ensemble des sports les plus communément plébiscités : le cyclisme, la boxe, le sport automobile, l’équitation, l’escrime, le football, le rugby…, brossant le portrait de sportifs français aussi bien qu’étrangers, afin que chacun puisse apprécier les talents et le courage des sportifs de tout horizons.

J’ai été attristée de redécouvrir certaines biographies que je ne connais que trop bien – je pense notamment à Jules Bianchi, jeune champion de Formule 1, qui trouva la mort en 2015 dans un accident de Grand Prix, après plus de neuf mois de coma. D’autres sportifs, moins connus, souvent oubliés, sont remis au-devant de la scène le temps de quelques minutes. Fabio Casartelli, Gérard Saint ou José Samyn pour le monde du cyclisme ; Yves du Manoir, figure phare du rugby ; Ayrton Senna, vedette de Formule 1 ; Emiliano Sala, mondialement connus pour ses performances dans le monde du football. De beaux hommages, émouvants, intenses et passionnants !

Je déplore quand même un nombre assez peu élevé de portraits féminins – j’en dénombre quatre seulement, sur une trentaine – Thaïs Meheust, jeune cavalière française de 22 ans qui a trouvée la mort en 2019 sur son cheval ; Régine Cavagnoud, skieuse française qui a percuté un entraîneur allemand en 2001 lors d’une descente d’entraînement sur le glacier du Pitztal, en Autriche ; Lillian Board, athlète britannique, primée aux Jeux Olympiques d’été de 1968, recordwoman du monde, qui décéda d’un cancer à l’estomac à 22 ans à peine ; puis Georgette Gagneux, athlète française, tuée à 23 ans par les excès de la compétition. De jeunes vies fauchées au sommet de leur gloire. Une belle leçon d’humilité, qui rappelle que la vie est éphémère et qu’il faut en profiter à chaque instant.

Les portraits sont sublimés par des dessins en noir et blanc réalisés par Bertrand Vivès, avec leur nom en lettres manuscrites et leurs funestes dates de naissance et de mort. J’ai beaucoup aimé cette jolie attention, qui nous permet de mettre un visage sur ces histoires bien trop tristes.

J’ai beaucoup apprécié cet ouvrage, que je ne peux que vous recommander. Il s’est produit en moi un panel d’émotions assez contradictoires : forcément, j’ai ressenti beaucoup de tristesse en lisant ces destins tragiques, qui auraient pu briller bien au-delà de ce qu’ils ont accomplis. Mais j’ai aussi été admirative, fière de ces hommes et ces femmes, de leurs prouesses, de ce qu’ils ont réalisé en si peu de temps de leur vivant. Leur dévouement sans faille au sport qu’ils pratiquaient est admirable. C’est un sentiment ambivalent mais exceptionnel, qui nous rend tristes, mais émerveillés. Ils ne sont morts qu’une fois, mais grâce à Christian Montaignac, ils vont vivre dans la postérité.


Christian Montaignac brosse le portrait d’une trentaine de destins de sportifs tragiques. Un livre magnifiquement écrit, qui rend un hommage poignant à ces hommes et ces femmes, grands sportifs ou inconnus, qui ont succombé au sommet de la gloire. Je vous le recommande !

Ma note : 9,5/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 979-10-97469-01-6
Illustrations : Bertrand Vivès

4 réflexions sur “Les tragiques

  1. Miss Obou dit :

    Un jour, j’ai regardé le film « One Million dollars baby », l’histoire d’une femme qui se donne corps et âme à la boxe et qui finit par en mourir. Et depuis je me pose toujours cette question : jusqu’où pouvons-nous aller pour assouvir notre passion? Jusqu’à quel point le risque de mort est-il acceptable? Le livre présenté ici me le rappelle. La vie peut nous quitter d’un moment à l’autre, notre passion débordante pour telle ou telle activité peut l’inviter à nous rendre visite. Hommage à tous ces jeunes partis trop tôt!

    Aimé par 1 personne

    • analire dit :

      Très bon film, qui a marqué mon adolescence ! Merci de l’avoir cité, c’est un très bon exemple, qui illustre parfaitement le dévouement total à une passion. Les Tragiques parle totalement de ça, des destins de jeunes sportifs talentueux, sans doute trop enivrés par leur passion… c’est rempli d’émotions, j’ai eu la larme à l’œil de nombreuses fois 🙏🏼

      J'aime

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