La mauvaise herbe


La mauvaise herbe d’Agustin Martinez

391 pages, éditions Actes Sud, à 23€


Résumé : Après avoir perdu leur emploi, Jacobo et Irene quittent Madrid pour un petit village près d’Almería, où ils occuperont la vieille ferme délabrée héritée des parents, le temps de se remplumer un peu. À leur traîne : une adolescente boudeuse de quatorze ans, furieuse d’avoir abandonné ses amis pour venir s’enterrer dans ce trou avec des parents qui ne comprennent rien à rien.
Dans un décor de Far West andalou – chaleur écrasante, bottes d’herbe sèche soulevées par les assauts du sirocco, sable qui s’infiltre dans le moindre interstice –, les habitants du village vivent en autarcie. Le clan a ses lois tacites et un chef qui emploie la moitié des habitants, régentant son monde depuis sa splendide villa sur la colline.
Quelques mois plus tard, alors que leur fille passe la nuit chez une amie, Jacobo et Irene sont attaqués chez eux. Irene est tuée et Jacobo laissé pour mort. Quand il sort enfin d’un long coma, la police lui révèle le nom du probable commanditaire : Miriam, son ado revêche.
Dans une ambiance obsessive et claustrophobique, ce thriller met en scène une kyrielle de relations toxiques qui interrogent sur l’éternelle raison du plus fort, l’usure du couple, la fragilité de l’adolescence.


Extraits : « Le temps s’écoule différemment pour une adolescente. Les jours peuvent s’étirer à l’infini. Le futur se déplace vers un horizon toujours lointain, une étoile à l’éclat ténu et qui parfois s’éteint. Allez, avance. Un jour il sera à portée de main. »

« On a tellement volé à la terre qu’elle se retourne contre nous. Nous sommes son fléau. »


Mon avis : Les parents de Miriam sont attaqués chez eux en pleine nuit. Sa mère, Irene, meurt sur le coup, tandis que son père survit miraculeusement, avec néanmoins un poumon en moins et plusieurs mois d’hospitalisation. Miriam est accusée de cette attaque : des textos compromettants échangés avec ses amis Nestor et Carol la montrent comme la coupable idéale. Du haut de ses treize ans, elle aurait commandité le meurtre de ses parents et payer de sales types pour qu’ils se débarrassent d’eux. Impensable selon Nina, l’avocate de la jeune fille. Cette dernière va faire tout ce qui est en son pouvoir pour lever le voile sur cette affaire. Mais elle est bien la seule à croire à l’innocence de Miriam : l’ensemble du village de Portocarrero, les amis, la famille et même Jacobo, son père, la pensent coupable.

L’auteure entremêle avec brio les temporalités et les points de vue, pour nous donner une vision globale de l’affaire et nous laisser nous forger notre propre avis sur la question. Je dois avouer que l’ambiance générale du livre est assez particulière. En effet, je n’ai pu m’attacher à aucun des personnages puisque tous me paraissaient suspects. À mes yeux, ils étaient tous, chacun, à tour de rôle, coupables. Agustin Martinez a réussi à bâtir un réel suspense autour de l’identité du tueur qui nous retourne la tête, nous fait nous questionner constamment et fait voler en éclats chacune de nos suppositions. Vous pourrez essayer autant que vous le souhaitez de chercher le coupable, vous n’y arriverez pas ! Seul le dénouement apporte un point final et un éclaircissement à cette histoire.

Le meurtre d’Irene et la tentative d’assassinat sur Jacobo vont mettre en lumière les affaires lugubres et cachées de certains habitants de Portocarrero. Celui que l’on surnomme « Le Blond » serait l’amant d’Irene, celui avec qui elle se serait sentie belle, jeune, séduisante. En parallèle, il semblerait que Le Blond trempe dans des affaires illégales de vol. On découvre également Nestor, le neveu du Blond, dont le carnet d’adresses bien rempli comporte des numéros de personnes peu recommandables… Comme quoi, si petit soit ce village, si proche soient ses habitants, chacun est porteur de lourds secrets bien enfouis, qu’ils veulent à tout prix garder cachés.

J’ai bien aimé que l’auteur aborde une thématique que j’ai très peu croisé dans les romans : la criminalité chez les jeunes. Une façon tout a fait novatrice de mettre en garde les parents et leurs progénitures contre les délits plus ou moins graves qu’ils pourraient être amenés à faire et les conséquences qui en découleraient. On y retrouve bien évidemment des thématiques plus communes, comme la drogue et le sexe, la jalousie, la tromperie, le mensonge, les violences domestiques…

Pour terminer de vous parler de ce polar, je dirais que son rythme est agréable : la narration commence rapidement, puis à tendance à ralentir, avant de reprendre de la vitesse pour finir par un sprint effréné vers la vérité. Quelques pages supplémentaires au dénouement n’auraient pas été de refus, puisque l’auteur nous lâche sa bombe en très peu de lignes, avant de mettre un point final à son récit. Un développement un petit peu plus poussé des raisons de ce meurtre et de l’aspect psychologique du meurtrier ressenti après celui-ci, aurait été apprécié.


Un polar mystérieux, bien mené, rythmé, qui m’a envoûté et m’a habilement retourné l’esprit. Dommage que la fin manque de développement !

Ma note : 7/10

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2 réflexions sur “La mauvaise herbe

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