Le charme discret de l’intestin


Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders

349 pages, éditions Actes Sud, à 21,80€


Résumé : Giulia Enders, jeune doctorante et nouvelle star allemande de la médecine, rend ici compte des dernières découvertes sur un organe sous-estimé. Elle explique le rôle que jouent notre “deuxième cerveau” et son microbiote (l’ensemble des organismes l’habitant) dans des problèmes tels que le surpoids, la dépression, la maladie de Parkinson, les allergies…
Illustré avec beaucoup d’humour par la sœur de l’auteur, cet essai fait l’éloge d’un organe relégué dans le coin tabou de notre conscience. Avec enthousiasme, Giulia Enders invite à changer de comportement alimentaire, à éviter certains médicaments et à appliquer quelques règles très concrètes pour faire du bien à son ventre.
Véritable phénomène de librairie, Le Charme discret de l’intestin s’est vendu à 950 000 exemplaires en Allemagne et sera publié dans 26 pays.


Extraits  « Enfin, qui n’a jamais songé, le coeur gros : « Personne ne m’aime », alors que ce coeur, justement, entamait sa dix-sept-millième journée de travail de vingt-quatre heures – et aurait bien raison, en entendant ça, de se sentir un peu négligé ? »

« J’en conviens, un rot ou un pet n’ont peut-être rien de très raffiné, mais sachez-le : les mouvements qui les induisent sont aussi élégants que ceux d’une danseuse étoile. »


Mon avis : Il est toujours intéressant de découvrir ce qui se passe dans notre ventre.

Giulia Enders, étudiante en médecine, s’intéresse très vide à la gastroentérologie, c’est-à-dire tout ce qui touche le système digestif et ses maladies. Pour démocratiser cette thématique et permettre à un plus grand nombre d’apprendre à connaître le système digestif, elle décide d’écrire Le charme discret de l’intestin, son premier essai, qu’elle veut ludique et enrichissant.

Le livre se découpe en plusieurs chapitres distincts, qui traitent tous d’un sujet précis, comme par exemple Allergies, sensibilités et intolérances, La tête et le ventre, ou encore Le système immunitaire et les bactéries. Ces découpages thématiques m’ont permis de cibler les chapitres qui allaient m’intéresser plus particulièrement, comme Les allergies et autres sensibilités et intolérances, et ainsi sauter ceux qui ne m’intéressaient pas.

L’auteure arrive à évoquer ces sujets, mondialement réputés comme ennuyeux et trop difficiles à comprendre, d’une manière simple et accessible. Grâce à une plume concise et à un large sens de l’humour, elle arrive à capter l’attention des lecteurs et à leur raconter l’histoire du système digestif. On ressort de cette lecture grandie, avec des savoirs supplémentaires sur cet organe mal-aimé, mais pourtant indispensable à notre corps.

Ces chapitres sont accompagnés de quelques illustrations, dessinées par la soeur de l’auteure, Jill Enders. Elles apportent plus de légèreté au récit et sont sympathiques à découvrir. Petite anecdote concernant le dessin de droite qui se trouve ci-dessous : l’auteure nous donne une astuce pour remédier au blocage de l’intestin : la méthode de la balançoire. Testée et approuvée !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Un livre instructif, qui permet d’apprendre à connaître son corps et plus particulièrement le fonctionnement de son système digestif. Bien loin du jargon médical classique, Giulia Enders démocratise la thématique grâce à une écriture ludique et accessible.   

 

Publicités

Une part de ciel

Une part de ciel de Claudie Gallay
445 pages, éditions Actes Sud, à 22€

 

Résumé : De retour pour quelques semaines dans sa vallée natale qui s’enfonce dans l’hiver, une femme redécouvre les non-dits du lien familial et la part d’absolu que chacun peut mettre en partage. Un roman de l’attente et des possibles, illuminé par la plume intense et intime de l’auteur des Déferlantes.

Extraits : « Sur chaque jour que la vie nous donne, il faudrait prendre quelques minutes et se demander quelle chose belle on a faite… Ou quelle chose juste… »
« La lune, on ne la voit plus pareil depuis que Neil Armstrong a marché dessus. »

Mon avis : Une part de ciel fait parti des livres qu’on ne regrette pas d’avoir lu, où l’on se demande certainement ce qui nous a poussé à le faire, et ce qu’on en a tiré. Il fait également parti des livres mystérieux et intriguant, qui paressent si creux, mais contiennent tant de belles choses… Une grande magie l’encadre, que seul quelques chanceux arriveront à percevoir, si ce n’est à ressentir.

Tout, absolument tout ce livre est une bien belle énigme. En partant du titre, en passant par les intrigues, les personnages, le décor, le paysage… l’ensemble de ce roman est totalement fascinant, à la limite de l’ambiguïté et de l’imaginaire, mais plongé entièrement dans la vraie réalité. Claudie Gallay effectue un formidable travail de réalisme concernant ses personnages, qui sont à la fois proches et identiques au lecteur, mais qui gardent un aura de mystère autour de leur personne. Une autre spécificité qui leur est attribuée, est certainement les multiples caractères qui les animent. Leurs points communs sont rares, pour ne pas dire inexistant ; leur unique lien constitue l’attache qu’ils entretiennent envers le massif de la Vanoise. Qu’il est dur de plonger dans les tréfonds de leurs âmes, dans les abîmes de leurs personnalités tant il semblent lointains, inaccessibles, voire en deçà de la société.

Car Claudie Gallay ne s’est pas contentée de créer un fabuleux décor hivernal que jalonnent sapins de Noël et bâtiments gris de scieries, elle façonne avec aisance une société totalement en désaccord avec notre monde moderne du XXIème siècle. L’ambiance renfermée d’une vie aux périphéries de la civilisation urbaine ne laissent entrouvert qu’une fine brèche pour que le lecteur ait la possibilité de se glisser explorer ces lieux si fabuleux.

Des lieux chargés d’intenses sentiments, tantôt gais, tantôt éprouvants, que survole un climat oppressant empli d’intime sensibilité. Un très bon cocktail hétérogène regroupant de nombreux passages disparates pour une plus complète accessibilité.

Le fait le plus étrange, mais non moins dérangeant, est sûrement l’incessante répétition des tâches quotidiennes par la protagoniste. Si ces scènes auraient facilement pu passer pour ennuyantes, elles finissent par en devenir banales, voire même vitales pour la continuité de notre lecture. Il faut un incroyable talent et une forte maniabilité d’écriture pour arriver à produire un tel roman.

Durant toute la durée de ma lecture, je ne me suis pas posé l’essentielle question qui revient à chacune de mes lectures : quel est le but de ce livre, l’intrigue, le ou les messages que l’auteure souhaite faire passer ? C’est seulement à la finitude d’Une part de ciel que l’incroyable évidence m’est sautée aux yeux : aucun socle permanent ne régis le roman. Tout n’est que fragments d’instants, furtifs moments sans grande importance, mais addictifs à souhaits. On avance à l’aveugle, dicté par les jours qui passent, se ressemblent en profondeur, mais diffèrent totalement superficiellement. La dernière page marque la fin d’un tout, une boucle fermée et condamnée, qu’on aurait souhaité laissé ouverte encore quelques temps.

 

Ma note : 8/10

La route étroite vers le nord lointain

La route étroite vers le nord lointain
de Richard Flanagan
430 pages, éditions Actes Sud, à 23€

 

Résumé : En 1941, Dorrigo Evans, jeune officier médecin, vient à peine de tomber amoureux lorsque la guerre s’embrase et le précipite, avec son bataillon, en Orient puis dans l’enfer d’un camp de travail japonais, où les captifs sont affectés à la construction d’une ligne de chemin de fer en pleine jungle, entre le Siam et la Birmanie.
Maltraités par les gardes, affamés, exténués, malades, les prisonniers se raccrochent à ce qu’ils peuvent pour survivre – la camaraderie, l’humour, les souvenirs du pays.
Au coeur de ces ténèbres, c’est l’espoir de retrouver Amy, l’épouse de son oncle avec laquelle il vivait sa bouleversante passion avant de partir au front, qui permet à Dorrigo de subsister.
Cinquante ans plus tard, sollicité pour écrire la préface d’un ouvrage commémoratif, le vieil homme devenu après guerre un héros national convoque les spectres du passé.
Ceux de tous ces innocents morts pour rien, dont il entend honorer le courage.
Ceux des bourreaux, pénétrés de leur “devoir”, guidés par leur empereur et par la spiritualité des haïkus.
Celui d’Amy enfin, amour absolu et indépassable, qui le hante toujours.
Les voix des victimes et des survivants se mêlent au chant funèbre de Dorrigo, se répondent et font écho. À travers elles, la “Voie ferrée de la Mort”, tragédie méconnue de la Seconde Guerre mondiale, renaît sous nos yeux, par-delà le bien et le mal, dans sa grandeur dérisoire et sa violence implacable.
Porté par une écriture d’une rare intensité poétique, La Route étroite vers le Nord lointain est un roman puissant sur l’absurdité de la condition humaine, une méditation ombreuse sur l’amour et la mort, un cri contre la précarité de la mémoire et l’inacceptable victoire de l’oubli.

Extraits :  « Vous croyez encore en Dieu, Bonox ?
Aucune idée, mon colonel. C’est sur les humains que je commence à m’interroger.
 »
« Moi, se dit Dorrigo, plus je vois de monde, plus je me sens seul. »

Mon avis :  La route étroite vers le nord lointain raconte une phase de la Seconde guerre mondiale méconnue de tous. Il s’agit de la construction de la ligne de chemin de fer voulue par l’empire du Japon entre le Siam et la Birmanie, qui a causée la mort de centaines de milliers de prisonniers de guerre, forcés à travailler dans des conditions terribles.

Ce terrible épisode est raconté du point de vue de Dorrigo Evans, jeune médecin qui exerce ses fonctions durant la guerre, au camp des prisonniers réquisitionnés pour tracer la Ligne. Il est le spectateur impuissant de la maltraitance des prisonniers, battus à mort par les japonais, pour qu’ils puissent répondre aux besoins de l’Empereur et construire cette voie de chemin de fer dans les temps impartis. L’hygiène de vie est inexistante, la portion alimentaire quotidienne est infime, la maladie est partout.

Richard Flanagan décrit avec réalisme des scènes de vie quotidienne de ces malheureux prisonniers. Des choses racontées crûment, un quotidien terrible, où le sang et la mort semblent omniprésents, côtoyant continuellement les prisonniers. On ne peut que compatir à leurs malheurs, sans jamais, toutefois, arriver à visualiser combien cela a dû être terrible pour eux.

En outre, le contraste entre ces descriptions horriblement écœurantes et la poétique de l’écriture de l’auteur est surréaliste. Des haïkus sont glissés çà et là dans le récit, apportant une touche de lumière, un peu de bonheur et de vie à ce terrible récit. Des petits poèmes n’excédant pas une dizaines de mots, qui apporte de l’espoir aux hommes. Un exemple d’haïku que l’on peut retrouver dans le roman qui représente parfaitement cette antithèse entre poésie et horreurs : « Un monde de douleur – si le cerisier fleurit, il fleurit« .

De l’espoir, ils devaient en avoir pour rester en vie, contrer la maladie et la souffrance qui s’abattait sur eux. Pour Dorrigo, l’espoir se transfigurait en la personne d’Amy, la fiancée de son oncle Keith. En un clin d’oeil, ça a été le coup de foudre. Un coup de foudre bien trop court, une passion à peine entamée, que Dorrigo a dû être appelé à la guerre. La reverra-t-il un jour ? Auraient-ils pu vivre heureux, tous les deux, si cette satanée guerre n’était pas apparue ? La guerre a vraiment tout bouleversé. Ce roman nous en offre une vision bien claire. Elle a tuée des hommes, brisée des familles entières, anéantie des villes, changée les mentalités. Si l’on regarde bien, La route étroite vers le nord lointain est découpée en trois grandes parties : l’une, la première, se passe avant la guerre, la seconde durant la guerre, et la dernière à la fin de la guerre. Chacune montre une facette différente d’un même homme : Dorrigo. La guerre change vraiment un homme, vous en avez l’illustration parfaire ici !

Dans la troisième et dernière partie de ce roman, on nous montre les hommes revenir à une vie civile. Mais peut-on réellement revenir à une vie normale, après avoir vécu tant d’horreurs ? Même si la réponse paraît évidente, je vous laisse quand même le soin de lire cet ouvrage pour découvrir ce que sont devenus les survivants.

Richard Flanagan met en lumière une part de la Seconde guerre mondiale méconnue, épisode horrible, qu’a vécu son propre père. Il s’inspire des récits de son père pour raconter les conditions de vie de milliers de prisonniers de guerre, obligés par les japonais au travail forcé dans des conditions inhumaines. Un roman coup de poing, glaçant et glacial.

 

Ma note : 7,5/10

La vie d’une autre

La vie d’une autre de Frédérique Deghelt.
341 pages, éditions Actes Sud, à 21€
Résumé : Hier soir, nous étions encore en 1988. Jeudi 12 mai. Un jour de décalage. C’est noir sur blanc, et ça veut dire que douze années se sont écoulées. En 1988, où je crois être encore, je viens de rencontrer Pablo. Mais en 2000, où je viens d’arriver, nous avons deux enfants. Mais moi, où suis-je dans tout ça ? Je ne me souviens de rien… Sinon du septième étage d’une rue de Montmartre. Je revois Pablo m’emmenant sur le balcon admirer le Sacré-Cœur. Pablo, la tête enfouie dans mon corsage, hurlant au milieu des fleurs qu’il me désire. Pablo qui, pour l’instant, est mon seul lien avec la veille. Que s’est-il passé pendant douze ans ?
Extraits : « Ecrire est un risque d’être lue et donc découverte. Ecrire est une tentation de se relire et de se découvrir . »
« C’est bien souvent le jour où s’ouvrent les yeux que quelque chose en nous décide d’aussitôt les refermer.« 

Mon avis : Le résumé était tentant ; originale, il sortait de l’ordinaire par son récit peu commun, qui promettait beaucoup aux futurs lecteurs. Intriguée de savoir pourquoi la jeune héroïne avait perdue sa mémoire pendant une douzaine d’années, je me suis jeté à corps perdu dans ma lecture, avec comme obsession, de découvrir le fin mot de l’histoire.

Le commencement est, somme toute, banal. Rien de très extraordinaire se passe durant les quelques premières pages, hormis le fait que ce sont ces pages-ci qui vont créer le tournant de la vie de notre protagoniste. Pauvre lecteur non averti, nous ne nous doutons pas une seconde de l’histoire qui va se dérouler devant nos yeux. Une histoire qui aurait pu passer pour un cas commun, mais qui va sortir du lot par sa brutale apparition.

Car notre jeune protagoniste va devenir, du jour au lendemain, à demi amnésique. Pourquoi « demi » ? Car durant les douze années qui précédent sa vie présente, elle ne se souvient de rien. Alors que ses souvenirs sont toujours distincts concernant son enfance, ou encore concernant les prochains jours qui passeront suite à cette découverte. Comment un tel choc a-t-il pu se produire ? Une question que le lecteur (ainsi que tous les personnages du roman), se poseront mille et une fois durant tout le récit, sans toutefois avoir réellement une réponse à la clé.

Notre mystérieuse Marie se retrouve un beau jour avec une maison à charge, trois enfants de bas âge, un mari, des nouveaux amis, des loisirs qui lui étaient inconnus jusque-là… comment va-t-elle gérer ça ?
Une forte dose de courage et d’ambition vont l’aider à se relever et à chercher la vérité sur son état. Entre mensonge, réel amour, vérité, secrets et blessures, Marie a bien du pain sur la planche pour se redécouvrir entièrement. Chose qu’elle va essayer de faire petit à petit, tout en découvrant de nouveau les joies de l’amour, de la maternité, et de la vie de famille. Une chose totalement nouvelle pour elle, mais où elle arrive néanmoins à exceller.

Les nombreux sujets que traite Frédérique Deghelt sont assez forts ; l’amnésie, en tout premier lieu, est une maladie des plus tristes : effacer des pans de sa vie sans raison, quoi de plus malheureux et de plus horrible ?! Elle parlera également de l’amour et de sa routine, du temps qui passe inexorablement sans que l’on y puisse grand chose… des sujets poignants, qui peuvent être évoqués pour tous.

Grâce à son écriture légère et entraînante, Frédérique Deghelt nous plonge très rapidement dans les abîmes de son récit.

Néanmoins, le dénouement n’a pas été tel que je l’espérais. Certaines questions me sont restées en suspens, non élucidées, et toujours aussi intrigantes. C’est vraiment dommage, je m’attendais à une forte fin, mais hélas, elle n’a pas été à la hauteur de mes attentes.

Un roman très sympathique, à lire pour les vacances ou pour se détendre, avec un sujet original, aussi douloureux que mystérieux.

L’adaptation cinématographique réalisée par Sylvie Testud est d’ailleurs sorti il y a peu de temps. A en croire la bande-annonce, le film a l’air beaucoup plus émouvant que le livre. Il a l’air de différer un peu par moments, mais il n’en reste pas moins très proche de l’original.

Ma note : 7/10