Pinocchio

Pinocchio
de Carlo Collodi, illustré par Jérémie Almanza
215 pages, éditions Soleil, collection Métamorphose
Résumé : Un monument de la littérature italienne, illustré entre légèreté et noirceur par Jérémie Almanza.
Cette très belle édition inédite traduite par Nathalie Castagné propose une immersion dans un imaginaire où la dualité est mise à l’honneur par l’illustrateur, Jérémie Almanza : personnages cartoonesques et véritables monstres, décors enchanteurs et environnements délétères… Son souhait, faire se côtoyer légèreté et noirceur.
Au coeur de l’Italie, Geppetto – vieillard solitaire – fabrique accidentellement dans un morceau de bois un pantin extraordinaire capable de parler, et dont le nez s’allonge à chaque mensonge…
Il l’appelle Pinocchio.
Extraits :  « On reconnaît tout de suite les mensonges, mon enfant, parce qu’il y en a de deux sortes : il y a les mensonges qui ont les jambes courtes, et les mensonges qui ont le nez long ; les tiens, justement, sont de ceux qui ont le nez long. »
« Mais l’appétit, chez les enfants, a vite fait de s’emballer ; et en effet, en quelques minutes, cet appétit devint une faim, et la faim, en un clin d’oeil, se transforma en une faim de loup, une faim à couper au couteau.« 

Mon avis :  Le très célèbre conte de Pinocchio, que j’ai tant lu et relu dans mon enfance, est ici modernisé et remis au goût du jour grâce aux sublimes illustrations de Jérémie Almanza.

Tout le monde connaît la genèse de Pinocchio : un petit morceau de bois est remis au scultpeur Gepetto, qui va tâcher de réaliser un pantin, qu’il nommera Pinocchio. On connaît tous aussi la particularité de ce petit pantin : à chaque mensonge profané, son nez s’agrandit. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est les nombreuses aventures que va vivre ce petit pantin intrépide.

Les nombreuses aventures de ce petit enfant m’a fortement rappelé un livre que j’ai lu récemment : La vie de Lazarillo de Tormès. Ces deux livres ont en commun la jeunesse de leurs protagonistes, la ruse dont ils usent, le grand nombre de virées qu’ils entreprennent et la moralité finale des histoires.

En effet, Pinocchio a ce que l’on peut appeler la bougeotte. Comme tous les enfants, il refuse d’aller à l’école. Comme tous les enfants, il fait preuve d’une grande naïveté qui le desservira. Il va suivre des personnages malhonnêtes qui lui promettre maintes choses, pour finalement tomber dans la désillusion, la solitude et la tristesse.
Mais malgré tout, c’est avec philosophie et bonne humeur que ce petit bonhomme fait sa bonbonne de chemin. Sans jamais se laisser abattre, il fait preuve de courage et de ruse pour toujours se sortir des situations les plus dangereuses auxquelles il fait face.

Ce petit album jeunesse, fait tout aussi bien le plaisir des plus grands. On s’amuse beaucoup des situations extravagantes et loufoques que produit Carlo Collodi. Cet auteur italien arrive à créer toujours une suite inattendue à l’histoire, de sorte que le lecteur ne s’ennuie jamais.
Les magnifiques dessins de Jérémie Almanza participent aussi à l’émerveillement du lecteur. Le petit Pinocchio évolue vraiment sous nos yeux. Un petit en-tête au début de chaque chapitre contribue à résumer le chapitre qui va suivre. Une bonne idée de concept, que j’ai bien aimé – quoique parfois, ma lecture de cet en-tête me gâchée la surprise du chapitre.

Juste pour le magnifique objet-livre, je vous recommande d’acheter Pinocchio. Le travail sur cet ouvrage a dû être fou… la collection Métamorphose a vraiment fait du bon boulot. Puis, pour ceux qui conserveraient une âme d’enfant, ou les adultes ayant soif d’évasion, je vous conseille grandement de vous jeter dessus. Une pure merveille !

Ma note : 9/10
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Soie

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Soie d’Alessandro Baricco.
142 pages, éditions Folio
Résumé : Au début, Hervé Joncour fait penser à un spectateur repu qui se refuserait à intervenir dans la pièce qui se joue, et qui pourtant parle de lui. Voyageur en quête d’oeufs de vers à soie, il se voit contraint, pour sauver les industriels de son village, d’effectuer une expédition « jusqu’au bout du monde ». Or, en 1861, la fin du monde, c’est un Japon qui sort à peine de son isolationnisme, et, qui plus est, de mauvaise grâce. Et c’est au Japon que la vie du héros prend un tour nouveau en croisant celle d’une femme mystérieuse.
Extraits : « Mourir de nostalgie pour quelque chose que tu ne vivras
jamais.« 

Mon avis : C’est avec une grande impatience et beaucoup d’envie que j’ouvre ce roman, pour découvrir, une seconde fois, l’écriture qui m’avait tant plût dans Novecento : pianiste. J’avais beaucoup misé sur cet auteur, et j’attendais de retrouver tout le mystère que j’avais décelé dans le livre cité précédemment. Et bien, il faut dire que je ne suis pas déçu, et qu’Alessandro Baricco a complètement convenu à mes attentes, bravo et merci !

De primes abords, ce qui frappe le lecteur dans les premières pages qu’il feuillette, c’est le peu de pages que contiennent chaque chapitres. Ça peut être un inconvénient, comme dans Une planète dans la tête écrit par Sally Gardner, où l’auteure n’apporte rien de plus à l’histoire, hors, ici, Alessandro Baricco tourne ce court nombre de lignes en atouts. On a l’impression que l’histoire est très rapidement, comme si le récit racontait était trop douloureux pour en décrire les moindres gestes. Le peu de pages que contient ce roman accentue cette idée de rapidité et de précipitation, desquels seul cet auteur a le secret.

Ce que j’adore plus précisément dans le style d’écriture de cet homme, c’est sa fidélité à sa personnalité. Beaucoup n’aiment pas le caractère cinglant, presque sans coeur avec lequel il déroule son histoire. Mais au contraire, c’est le cachet d’Alessandro Baricco, sa signature, le côté mystérieux qui doit le plus intriguer le lecteur.
Dans un même temps, son protagoniste reste identique à celui de Novecento : pianiste, et ne laisse rien transparaître. Le peu de dialogue présent dans le bouquin, retire un peu de plus normalité au personnage principal. Il ne parle pas, on n’a aucune idée de ce qu’il ressent réellement, il reste un espèce de paria (comme dans Novecento : pianiste, je le répète), un homme à part entière, singulier et unique en son genre. Il s’en fiche des codes et des coutumes, il vit sa vie simplement comme il l’entend, sans se soucier du lendemain. Et c’est ça, la vrai beauté de l’art d’Alessandro Barrico ; pour nous faire ressentir de tels choses, il faut avoir un sacré don, et une sacré maîtrise…!

Cet auteur est, et restera hors norme. Sa façon d’écrire est si originale, que personne ne peut arriver à le reproduire. Il a également beaucoup d’imagination, comme nous le montre ce roman-ci, et Novecento : pianiste. Il aborde de drôles de thèmes, que peu de gens auraient l’idée d’aborder.

Comme dans chaque dénouements d’Alessandro Baricco, il nous laisse avec une fin éphémère, en ne répondant qu’en partie aux interrogations que chaque lecteurs s’est posé au fil de sa lecture. Libre aux lecteurs d’imaginer la réelle fin de son histoire.

En tout cas, chaque livre de cet auteur est un pur délice ! Je sais que le peu de pages de ces romans font le charme de sa personnalité, mais j’aurais, à chaque fois, grandement apprécié continuer encore et encore à découvrir plus amplement la continuité de ses récits. Cet auteur se lit trop vite, ses histoires sont de réels coups de poings, et les personnages intriguent à tout les coups, quoiqu’ils fassent.
Une autre facette d’Alessandro Baricco, c’est sa manière de nous faire voyager. Dans les deux romans que j’ai pu lire de lui, il nous emmène à chaque fois dans des contrées lointaines et reculées, où la vie semble autant magique qu’horrifiante. Il nous fait découvrir de nouveaux horizons, qui ont l’air, à le lire, sorties de nulle part, descendues du ciel, à la limite de l’imaginaire. J’en redemande encore…

Si vous n’avez jamais lu de roman de cet auteur, je vous le conseille amplement . Il se classe dorénavant dans la liste de mes auteurs favoris. C’est avec un énorme plaisir que j’aimerais continuer à découvrir plus en profondeur ses superbes oeuvres.

Ce roman a été adapté au cinéma, mais en regardant la bande-annonce, je n’ai pas retrouvé la magie et le mystère tant recherchés chez Alessandro Barrico. Je ne pense donc pas regarder ce film, même s’il reste, sans doute, très fidèle au roman.

Ma note : 8/10

Novecento : pianiste

dbc
Novecento : pianiste
de Alessandro Baricco.
87 pages, éditions Folio à 7,84€

 

Résumé : Né lors d’une traversée, Novecento, à trente ans, n’a jamais mis le pied à terre. Naviguant sans répit sur l’Atlantique, il passe sa vie les mains posées sur les quatre-vingt-huit touches noires et blanches d’un piano, à composer une musique étrange et magnifique, qui n’appartient qu’à lui: la musique de l’Océan dont l’écho se répand dans tous les ports.

Extraits : « Et il savait lire. Pas les livre, ça tout le monde peut, lui, ce qu’il savait lire, c’était les gens. »
« Les souvenirs, c’est tout ce qu’il te reste quelquefois, pour sauver ta peau, quand t’as plus rien. C’est un truc de pauvre, mais ça marche toujours.« 
Mon avis : Novecento : pianiste, est un monologue, qui a également été interprété dans un spectacle. Ce livre se lit d’une traite, il est facile et agréable à la lecture.
Dans ce roman, Novecento, personnage très mystérieux, troublant et hors du commun, nous conte son amour pour le piano, mais également pour l’Océan, où il a passé toute sa vie à jouer.
Plaisant et sympathique à lire, j’ai été transporté au milieu de l’Océan avec comme musique de fond, la mélodie du piano que le grand Novecento jouait à longueur de temps. Très bon livre, j’aurais néanmoins volontiers voulue en découvrir un peu plus sur la personnalité de Novecento, qui est resté un peu voilée toute la durée de l’histoire.

 

Ma note : 8/10