Sous mes yeux


Sous mes yeux de K. L. Slater
381 pages, éditions Hauteville suspense, à 19,50€


Résumé : La confiance aveugle précède toujours le drame… Quand Billie, huit ans, disparaît dans la forêt alors qu’il était en train de jouer au cerf-volant avec sa sœur, tous les habitants de Newstead prennent part aux recherches, et le village est sous le choc lorsqu’on retrouve son corps, deux jours plus tard. Seize ans après le drame, Rose, qui n’a jamais pu se résoudre à quitter la maison de son enfance, mène une vie en sourdine, toujours accablée par la culpabilité : si elle ne l’avait pas quitté des yeux, son petit frère serait encore en vie.
Lorsque son voisin et ami de longue date fait un malaise, Rose vole à son secours. Après la bouleversante découverte qu’elle va faire, elle n’a plus qu’une certitude : elle est en danger de mort.


Extraits« Mon problème, voyez-vous, c’est que je suis obsédée par la nourriture. J’ai besoin de manger, de remplir les brèches du néant en moi, les trous qui me criblent comme un gruyère. La seule chose que je peux maîtriser, c’est ce qui survient après que j’ai tout mangé.« 

« Je crois que c’est générationnel. Aujourd’hui, on a tellement répété aux femmes qu’il y a des activités plus intéressantes dans la vie que la cuisine, qu’on a parfois l’impression qu’il est avilissant pour elles de prendre du plaisir à accomplir une tâche domestique. On dirait qu’il y a toujours quelqu’un qui sait mieux que nous, les femmes, ce que nous avons à faire. »


Mon avis : Billie, huit ans, disparaît mystérieusement alors qu’il jouait au cerf-volant avec sa soeur Rose. Il est retrouvé quelques semaines plus tard, assassiné. L’histoire est écrite avec une alternance d’époques : nous suivons Rose dans le passé, quelques temps seulement avant le meurtre. Rose est alors une jeune adolescente d’une quinzaine d’années, qui vit une vie ordinaire, entourée de ses parents, de son jeune frère et de sa meilleure amie Cassie. Un beau jour, un homme plus âgé qu’elle d’une dizaine d’années, prénommé Gareth, l’aborde et la séduit. Rose et Gareth vont vivre une histoire d’amour passionnée, qui va se transformer en cauchemar, où l’emprise totale, la jalousie, les mensonges et le chantage seront le socle de leur union.

Enfin, nous suivons également Rose dans le présent, une quinzaine d’années après le drame. Elle n’est pas encore totalement guérie des horreurs subies dans le passé ; le stresse, l’angoisse, la terrifient encore quotidiennement, l’empêchant de vivre une vie sereine. Ses parents ayant quitté ce monde depuis quelques années maintenant, Rose est restée dans sa maison d’enfance, s’occupant régulièrement de Ronnie, son vieux voisin, qui a été d’un soutien sans faille au moment des faits passés. Lorsque Ronnie fait un passage à l’hôpital pour un accident mineur, Rose en profite pour faire du ménage dans sa maison… et découvre la couverture de Billy, celle-là même qu’ils ont tant cherché sans jamais la trouver. Les doutes assaillent la jeune femme, qui remet en cause l’ensemble de l’enquête passée et surtout, l’identité du coupable du meurtre de son frère.

Sous mes yeux est tout ce que l’on peut attendre d’un bon polar : beaucoup de rythme dans l’intrigue, ce qui rend l’histoire captivante et addictive ; un meurtre mystérieux, plusieurs coupables présumés, beaucoup de suspense autour des faits, des questionnements à n’en plus finir et l’envie furieuse d’y répondre. L’intrigue en elle-même est bien écrite, mais elle manque clairement d’originalité, dans le sens où le scénario est assez quelconque, déjà lu et relu ; ainsi, malheureusement, l’histoire risque de ne pas rester très longtemps dans l’esprit des lecteurs. En revanche, l’une des principales forces de ce livre, c’est ses personnages, à la psychologie bien développée.

Il y a d’abord Rose, notre héroïne, jeune femme fragilisée par des tourments passés, esseulée, solitaire, elle m’a fait beaucoup de peine, puisqu’elle semble coincée dans le passé, incapable de voir la lumière au bout du chemin. Elle vit seule, n’a pas de conjoint ni d’enfant, elle ne sort quasiment pas, sauf cas de force majeure, elle n’est entourée seulement de ses collègues, à qui elle ne parle presque pas. Sans m’être forcément attachée à elle, je puis dire que cette jeune femme m’a touchée, par sa solitude presque forcée par les actes barbares du passé.

Enfin, le personnage de Gareth est celui qui ressort le plus du récit. C’est un homme indéfinissable, très mystérieux, qui apparaît subitement dans la vie de Rose et dans celle du village, tel le Messie que tout le monde attendait. Cet homme a deux visages : un visage apparent : celui qu’il montre aux yeux de tous, aimable, amoureux, travailleur, courageux ; et celui qu’il est en réalité : un  homme jaloux, violent, possessif, menteur. Il induit la jeune Rose dans une relation toxique, malsaine, et s’introduit également au coeur de sa famille, se rendant presque indispensable aux yeux de chacun. Bien qu’ayant un comportement horrifiant, j’ai trouvé que c’était un personnage fascinant, intéressant et bien construit.


Un polar psychologique à l’intrigue bien construite, aux personnages développés, qui aurait quand même mérité un scénario plus original et recherché.

Ma note : 6,5/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-38122-136-6
Traduction : Florence Moreau

Que du feu


Que du feu de Cara Hunter
411 pages, éditions Hauteville suspense, à 19,50€


Résumé : Et si quelqu’un vous en voulait à mort ?

Tout le monde n’a pas le cœur à réveillonner pendant les fêtes de fin d’année. À Oxford, un incendie a réduit en cendres la maison de la famille Esmond. Parmi les décombres, les corps de deux enfants. Le plus jeune est mort, le pronostic vital de l’aîné est réservé. Que faisaient-ils seuls dans la maison ? Où est passée leur mère ? Pourquoi leur père est-il injoignable ?
Cette affaire met à rude épreuve les nerfs de Fawley et réveille en lui de douloureux souvenirs. Sur place, les flammes ont détruit presque tous les indices, mais plus l’enquête progresse, plus l’inspecteur a du mal à croire que des décorations de Noël soient à l’origine de ce désastre. Et si cet incendie n’avait rien d’accidentel ?


Extraits« Enfin, vous savez ce qu’on dit, monter en grade est facile ; dans le sens inverse, c’est une autre paire de manches.« 

« Tout le monde dit toujours combien les enfants sont résiliants, mais n’est-ce pas là juste un autre mensonge dont les adultes abusent pour se réconforter ? »


Mon avis : Durant les fêtes de fin d’année, la maison de la famille Esmond prend feu. À l’intérieur, les pompiers découvrent plusieurs cadavres : le petit Zachary, 4 ans, sa mère, Samantha et le frère aînée, inconscient mais vivant. Aucune trace du père de famille. L’inspecteur Fawley met toute son équipe sur le coup, d’abord pour retrouver monsieur Esmond, porté disparu, puis pour comprendre les circonstances qui ont causé l’incendie de cette maison familiale.

J’ai d’abord été étonnée de la structure du récit, qui n’est pas séquencé en chapitres distinctes. Ainsi, les scènes s’enchaînent les unes à la suite des autres, parfois sans marqueur précis, excepté un saut de ligne presque imperceptible. C’est une subtilité qui donne son originalité à l’histoire et qui la rend d’autant plus oppressante qu’il paraît n’y avoir aucun temps mort. Il faut donc être suffisamment concentré pour suivre l’avancée de l’enquête, mais aussi pour s’y retrouver parmi la myriade de personnages qui peuplent le récit. Les inspecteurs sont nombreux (trop même), il est parfois compliqué de s’y retrouver parmi leurs différentes fonctions et de comprendre précisément quel est leur lien hiérarchique. Il faut dire que Que du feu est le troisième épisode des enquêtes de l’inspecteur Fawley. Je pense donc que les personnages principaux récurrents ont dû être développés précédemment, d’où le peu d’informations que l’on peut percevoir sur eux et les quelques anecdotes qui font référence aux tomes précédents, dont je n’ai pas saisi la subtilités. Mais cela n’empêche en rien la lecture de ce récit.

Le suspense est maintenu jusqu’au dénouement. Cara Hunter essaie de nous induire en erreur durant l’ensemble du récit, de façon à ce qu’on se mette à soupçonner l’ensemble des protagonistes impliqués dans l’incendie. Samantha, la jeune mère, souffrait d’une dépression postpartum lié à sa dernière grossesse ; elle prenait des antidépresseurs en quantité, avait des visions parfois paranormales et n’étouffait pas ses enfants d’amour comme il est courant de le voir chez les parents ordinaires. Le frère aîné des Esmond, quant à lui, semblait ressentir de la jalousie à l’encontre de son jeune frère ; moins d’attention de la part de ses parents et des adultes en général, plus de souplesse pour son jeune frère, à qui l’on passe plus de choses qu’à lui. Enfin, la mystérieuse disparition du père n’arrange pas son cas : pourquoi se cache-t-il ? A-t-il quelque chose à se reprocher ? Si oui, pour quelle raison a-t-il commis cet acte ignoble ? Autant de questions qui turlupinent notre esprit durant l’ensemble de notre lecture – pour notre plus grande joie !


Un thriller à suspense, fluide et bien enchâssé, qui nous tient en haleine jusqu’au dénouement. Attention toutefois, pour une meilleure compréhension, il serait judicieux de lire les deux enquêtes précédentes de l’inspecteur Fawley, à savoir Sous nos yeux et Dans les ténèbres

Ma note : 6,5/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-38122-079-6
Traduction : Nathalie Guillaume

Cette nuit-là


Cette nuit-là de Victoria Hislop
291 pages, éditions Les Escales, à 20€


Résumé : Le 25 août 1957, la colonie de lépreux de l’île de Spinalonga ferme ses portes. Maria retourne à Plaka, en Crète, avec son mari, le docteur Kyritsis. Mais alors que la soirée de célébration pour fêter leur retour bat son plein, sa sœur Anna est assassinée par Andreas, son mari, lorsqu’il découvre qu’elle a pour amant son cousin Manolis.
Ce drame aura des effets dévastateurs pour toute la communauté de Plaka. Manolis quitte la Crète pour la Grèce ; loin de son île, il s’efforce de se reconstruire. Andreas tente d’expier son crime en prison. Maria, quant à elle, choisit le chemin du pardon en rendant visite à Andreas.
C’est ce drame qui révélera finalement Manolis, Maria et Andreas à eux-mêmes.

Près de dix ans après la publication de L’Île des oubliés, Victoria Hislop redonne vie aux personnages qui ont ému plus d’un demi-million de lecteurs français.


Extraits« Les coeurs étaient pareils à de jolis bibelots. Et elle en savait quelque chose, elle qui collectionnait des centaines de figurines en porcelaine. Lorsque celles-ci se retrouvaient en miettes, on pouvait toujours les recoller, toutefois, même si l’on était d’une grande adresse, les fines lignes de fonction entre les morceaux restaient à jamais visibles.« 

« Les décisions qui transforment une existence se prennent souvent plus facilement que celles qui sont plus triviales. »


Mon avis : Dix ans après sa dernière parution livresque, L’île des oubliés, qui a connue une renommée mondiale, Victoria Hislop revient avec un nouveau roman : elle a imaginée la suite de ce livre plébiscité dans le monde entier. J’ai été surprise par cette nouvelle, mais particulièrement heureuse de pouvoir me replonger en Crète, aux abords de l’île de Spinalonga, longtemps utilisée pour parquer les personnes atteintes de la lèpre, devenue aujourd’hui une attraction touristique. Dans ce second volume, l’auteure redonne vie aux personnages qui ont marqué L’île des oubliés, et met sur le devant de la scène certains héros secondaires du premier tome.

Dans Cette nuit-là, nous apprenons qu’Anna, mariée à Andreas, entretient une liaison avec le cousin de ce dernier, Manolis. Lorsque son mari l’apprend, fou de rage et de jalousie, il assassine froidement sa femme et se devient la honte et le déshonneur de la famille Vandoulakis. Manolis, conscient qu’il est indirectement la cause de ce terrible drame, décide de quitter la Crète pour recommencer une nouvelle vie à Athènes. Maria, la soeur de feu Anna, enfin guérie de la lèpre, quitte Spinalonga pour rejoindre la côte, aux côtés de son nouveau mari, également son sauveur : le docteur Kyristsis. Devenue stérile en raison de sa maladie, Maria décide d’adopter la petite fille de sa défunte soeur, de l’élever avec son mari comme si elle était la leur, en lui cachant la triste vérité sur ses parents. En parallèle, Maria rend visite une fois par mois à son beau-frère prisonnier, pour lui donner des nouvelles de sa fille, pour tenter de comprendre son geste et essayer de lui pardonner.

J’ai beaucoup aimé cette suite de L’île des oubliés, même si l’histoire est très différente. Alors que le contexte historique était au coeur du récit du premier tome, l’auteure développe dans Cette nuit-là une histoire familiale et dramatique, bien éloignée de l’expérience vécue sur l’île de Spinalonga. C’est un angle nouveau, très intéressant, qui s’intéresse plus aux personnages, à leurs états d’âme, à leurs actions, plutôt qu’au contexte global. Les conflits familiaux sont légion : tromperies, mensonges, secrets… les rebondissements n’en finissent pas de parsemer le récit. Les temps morts sont rares, le rythme est soutenu, intense, les chapitres sont courts et défilent à une vitesse surprenante.

À la fin de son livre, Victoria Hislop raconte avec émotions le contexte qui lui a donné l’idée d’écrire cette histoire sur Spinalonga et la léproserie du XXème siècle. C’est une thématique peu commune, qui peut rebuter – qui a d’ailleurs fait peur à bon nombre d’éditeurs, comme elle nous l’explique -, mais qui a le pouvoir de mettre en lumière l’atrocité inhumaine dont étaient capables nos ancêtres face à cette maladie qu’ils ne contrôlaient pas. C’est une très bonne idée d’expliquer la genèse de la création de son histoire, ce qui a fait naître l’idée originelle, ce qui a poussé l’auteur à développer ses personnages, à créer une atmosphère singulière et à s’étendre sur des thématiques particulières. Je pense que chaque auteur devrait songer à dérouler le fil de leur histoire de cette manière, afin d’être encore plus intime vis-à-vis de leur lectorat.


Dix ans après L’île des oubliés, Victoria Hislop nous offre une suite inattendue mais intéressante, qui place les protagonistes du premier tome au coeur d’une saga familiale trépidante. Peut-être l’auteure nous fera-t-elle l’honneur d’un troisième tome ?

Ma note : 8/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-36569-583-1
Traduction : Alice Delarbre

Ne la quitte pas du regard


Ne la quitte pas du regard de Claire Allan
365 pages, éditions l’Archipel, à 22€


Résumé :  » Ne crois pas ce qu’il te raconte.  » Cette note anonyme glissée dans son casier instille le doute dans l’esprit d’Eli, une infirmière enceinte de sept mois. Simple plaisanterie de mauvais goût ou véritable avertissement ?
Le message fait-il allusion à son mari, Martin, qu’elle sent de plus en plus distant depuis le début de sa grossesse ? Un deuxième message lui parvient bientôt, plus explicite mais surtout plus inquiétant. Puis les menaces se précisent…
Dans l’ombre, une femme semble l’épier. Une femme qui souhaite plus que tout devenir mère…
Ne la quitte pas du regard alterne plusieurs voix – dont celle d’Eli, la future maman, et celle de Louise, qui suit une femme enceinte qu’elle ne juge pas digne d’élever la fillette qu’elle attend. Un suspense dont la tension va crescendo, jusqu’au dénouement… inattendu !


Extraits« En réalité, ce n’est pas d’une mère dont a besoin un bébé. Une fois mis au monde, tout ce qu’il lui faut, c’est quelqu’un qui subvienne à ses moindres besoins. Quelqu’un qui le nourrisse, qui le change, qui lui tapote délicatement le dos après le biberon pour lui faire faire son rot. Quelqu’un qui lui donne le bain, l’habille, le berce tout doucement pour le faire s’endormir.
D’autres pouvaient très bien s’en charger.
Comme moi.
« 

« Une mère ne peut se contenter de manger, ou de faire ce qui lui fait plaisir, sans prendre en compte le petit être qui croît dans son ventre.
Chaque bébé mérite le meilleur départ dans la vie. »


Mon avisEli est infirmière, enceinte de sept mois, elle vit une grossesse difficile, se questionnant sans cesse sur ses capacités à devenir mère. Une crainte qui s’accentue lorsqu’elle reçoit un premier message anonyme lui stipulant de faire attention à son mari, qui la tromperait dans son dos. Interloquée, déstabilisée, Eli ne sait plus que croire, d’autant que son mari lui affirme le contraire. Mais les messages anonymes continuent inexorablement. Souhaitant prendre un peu de recul sur la situation et se reposer de ses journées éprouvantes, Eli se rend chez sa mère, à une heure et demi de route de chez elle, qui l’accueille les bras ouverts. Eli et sa mère ont toujours entretenues une complicité émouvante, elles forment un duo mère-fille soudé, comme nous le montre les quelques flashbacks d’enfance qui viennent égayer le récit. Malheureusement, depuis le mariage d’Eli et son déménagement auprès de son époux, la mère et la fille entretiennent toujours une complicité, amoindrie depuis ces dernières années, en raison de la distance qui les sépare et de ce mari venu s’immiscer dans ce duo si important.

Le polar donne la parole à trois narrateurs distinctes : Eli, notre protagoniste, mais aussi Angela, la maman d’Eli et enfin une mystérieuse Louise, dont on ne connaît pas l’identité. On comprend néanmoins que cette dernière souffre de troubles psychiques assez avancés suite à des fausses couches à répétition et qu’elle formente de voler le futur bébé d’Eli pour se l’accaparer. On peut aisément penser que c’est celle-là même qui est à l’origine des lettres anonymes. Bien que le but de ses démarches s’éclaircissent progressivement, le flou est total autour de l’origine du plan et surtout de la cible en elle-même : pourquoi avoir choisi Eli et pas une autre femme ?

C’est un thriller psychologique glaçant, qui nous tient en haleine du début jusqu’à la fin. Les indices sont disséminés au fil de notre lecture, libre à nous de les comprendre et de reconstituer une trame plausible. Claire Allan a plus misée sur un récit psychologique plutôt que policier, où l’on pénètre profondément dans l’esprit des différents protagonistes, où on s’amuse à essayer de comprendre leur façon de réfléchir et d’agir. On ressent précisément les doutes qui rongent Eli, l’angoisse et la détresse de son mari Martin face à ces accusations qu’il juge mensongères, la tendresse et la compassion de la mère d’Eli, qui soutient vaille que vaille sa fille dans ces moments difficiles.

Néanmoins, j’ai ressenti comme un sentiment de déjà-lu assez tenace. En tant que grande amatrice de littérature et de polars en particulier, j’ai vu défiler pas mal d’histoires à suspense, dont plusieurs aux scénarios qui se rapprochent assez précisément de celui narré ici. Le récit n’en reste pas moins original et savoureux à découvrir, surtout pour les personnes qui lisent peu ou prou de thrillers psychologiques.


Un thriller psychologique glaçant, qui nous tient en haleine jusqu’à la fin. Malgré un scénario déjà lu, j’ai accroché au récit et ai même été surprise par le dénouement. 

Ma note : 7/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-8098-4150-3
Traduction : Nicolas Porret-Blanc

Plus drôle que toi !


Plus drôle que toi ! de Rebecca Elliott
390 pages, éditions Gallimard jeunesse, à 17,90€


Résumé : Mon truc, c’est de faire rire les gens. Je ne connais rien de plus satisfaisant -à part peut-être manger du chocolat. Ce que je vais vous raconter ici, c’est comment ma vie, cette accumulation de petits désastres et de grosses bourdes, a pris un tour inattendu le jour du spectacle du lycée, quand j’ai découvert que cette bombe atomique de Leo Jackson partage ma passion pour le stand-up. Enfin, on la partagerait si on était amis.


Extraits« Nous n’avons jamais des céréales de marque, seulement les marques des supermarchés, mais maman jure qu’elles proviennent exactement des mêmes usines, sauf que les premières sont conditionnées dans de jolies boîtes pour les gens riches et bêtes et les autres, dans de moins jolies boîtes pour les gens pauvres et intelligents.« 

« Car lorsqu’on trouve quelque chose de drôle dans ce monde si sérieux et plein de malheur et de méchanceté, c’est comme découvrir un diamant dans une grotte remplie de détritus : c’est précieux. Peut-être plus précieux que n’importe quoi d’autre. »


Mon avis : Haylah, que tout le monde surnomme Truie à cause de son surpoids, est une jeune lycéenne qui rêve de devenir humoriste. Elle ne vit que pour le stand-up, mais redoute de se produire sur scène devant un public, par peur de subir une trop grande humiliation si personne ne riait à ses blagues. Quand elle apprend que Léo, le beau gosse du lycée, est lui aussi passionné de stand-up mais ose monter sur les planches, Haylah est immédiatement fascinée par le jeune homme. Elle tente de s’en rapprocher discrètement, en glissant notamment quelques-unes de ses propres blagues dans le casier de Léo, en espérant qu’il les apprécie et les utilise dans son prochain spectacle. Mais les deux meilleures copines de la jeune lycéenne, Chloé et Kas, tempèrent ses ardeurs : Léo est un garçon inaccessible, populaire, incroyablement beau, qui ne s’intéresserait jamais à elle. Haylah, blessée, décide de faire fi de ces recommandations et continue de se rapprocher dangereusement de Léo.

Ce roman jeunesse aborde des thématiques variées, totalement ancrées dans l’ère du temps. Il y a d’abord tout ce pan des stéréotypes, des préjugés, du culte de l’apparence et de la normalité. Haylah, de part ses formes généreuses, se détache du reste des autres femmes, certainement plus minces qu’elle. Au début touchée par les remarques mal placées, la jeune fille a dressé un bouclier protecteur autour de son coeur et va même au-devant des critiques, autorisant et incitant ses camarades à la surnommer « Truie ». Un surnom péjoratif, totalement dévalorisant, qui m’a passablement agacé durant l’ensemble de ma lecture. Je pense que c’était l’effet escompté par l’auteure : chercher à choquer son public pour le faire réagir. Truie/Haylah a une estime d’elle-même très faible, qu’elle arrive à contrebalancer habilement avec une autodérision poussée. Car il faut se l’avouer, au collège comme au lycée, les élèves sont souvent méchants les uns envers les autres, jugeant trop rapidement ceux qui ont tendance à sortir du moule. Il est impératif de se blinder contre les attaques, au risque de sombrer dans un cas de dépression profonde.

Malgré les avis contraires, les obstacles et les personnes qui se dressent sur son chemin, Haylah ne se laisse pas démonter et poursuit coûte que coûte son rêve ultime : devenir humoriste. Elle compile quotidiennement des blagues dans un carnet, qu’elle emprunte souvent à son petit frère Noah, un garçon plein d’énergie, souriant et bon vivant, qui inspire souvent la jeune fille. Certaines blagues sont très amusantes, contrairement à d’autres ; mais lire des histoires drôles n’est pas pareil que de les voir interprétées en vrai, avec l’intonation et la gestuelle adaptée. À l’image de sa protagoniste, Rebecca Elliott a eu l’audace d’oser, quitte à subir une humiliation publique. J’admire cette prise de risque !

Bien que les sujets traités dans Plus drôle que toi ! soient d’actualité et forcément enrichissants pour l’ensemble des jeunes lecteurs, qui peuvent prendre conscience de certaines choses importantes sur notre société ; je me suis passablement ennuyée durant ma lecture. Il me manquait peut-être un peu plus d’émotions de la part des personnages, un rythme plus soutenu, pourquoi pas des blagues plus récurrentes. La première partie était longue à se mettre en place, tandis que la seconde rattrape le niveau, avec des blagues plus fréquentes et un rythme plus élevé. J’aurais aimé ne pas percevoir ce déséquilibre dans la narration, garder une fréquence rythmique continue, qui m’aurait tenue en haleine jusqu’au dénouement final.


Un roman jeunesse intéressant, qui donne à réfléchir sur des thématiques sociétales actuelles : les diktats de l’apparence, les stéréotypes, les critiques sur la beauté… le tout couplé avec beaucoup d’humour et de légèreté. J’ai bien aimé !

Ma note : 6,5/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-07-513341-8
Traduction : Faustina Fiore