La ballerine aux gros seins


La ballerine aux gros seins de Véronique Sels

232 pages, éditions Arthaud, à 17€


Résumé : Barberine s’entraînait déjà dans le liquide amniotique. C’est dire si sa détermination à devenir ballerine était entière. Mais la discipline est militaire. Le parcours, semé d’embuches. Sans compter qu’à tout moment, le gène du sein lourd menace. Et voilà que ses seins, Dextre et Sinistre, prennent voix. Un chant choral se met en place. C’est leur récit contre celui de Barberine. Parcours initiatique de la danse classique à la danse post-moderne de Bruxelles à New York, fable anatomique, critique de la raison mammaire, manifeste à trois voix, le roman questionne notre rapport au corps féminin et la place qui lui est donnée dans la société occidentale. Après pareil voyage au nord, au sud, à l’est et à l’ouest de notre anatomie, il est fort à parier que vous ne regarderez plus jamais un sein comme avant. Car si l’esprit parfois prend des détours, chair ne saurait mentir.


Extraits  « Contrairement à l’idée répandue, improviser ne consiste pas à faire n’importe quoi. Si elle a bien pour but de rompre avec les code et les alphabets, l’improvisation s’organise autour de tâches et de contraintes définies. Il lui faut un cadre, sans quoi la liberté ramène aux schémas connus. »

« Je commence à comprendre que le monde n’est pas fait d’un seul tenant, que toutes les questions n’attendent pas forcément une réponse, que le doute est permis et l’apprentissage pluriel. Je devine que l’avenir n’est pas tout tracé, qu’il ne le sera jamais, que jusqu’au dernier souffle je m’interrogerai sur la direction à prendre et que c’est là tout l’intérêt d’exister. »


Mon avis : Je tenais tout d’abord à remercie Babelio et les éditions Arthaud de m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce roman.

La ballerine aux gros seins est une histoire originale et singulière, qui se présente comme un livre à trois voix. D’un côté nous avons Barberine, jeune femme qui rêve de devenir danseuse ; d’un autre Dextre et enfin Sinistre, le sein gauche et le sein droit de Barberine. Barberine n’aime pas ses seins, qu’elle trouve trop gros, trop volumineux, mais surtout pas adapté à une danseuse telle qu’elle. Elle va donc tout faire pour les cacher, quitte à les malmener ou les réduire, au détriment de Dextre et Sistre, qui nous racontent avec maintes détails tout ce qu’ils ressentent.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est l’extravagance de l’auteure, qui laisse la parole aux seins. Ainsi, elle leur donne la parole, et eux décrivent avec minutie tout ce qu’ils ressentent et tout ce qu’ils pensent. C’est une démarche bien curieuse, mais qui a pourtant le mérite de nous faire ressentir toutes les sensations décrites par les seins. Les femmes se reconnaîtront – ou reconnaîtront leurs seins. Les hommes pourraient découvrir et enfin comprendre certaines choses.

Véronique Sels nous offre également un véritable moment de réflexion sur ces deux seins que nous portons quotidiennement : à quoi servent-ils vraiment ? Avoir des gros ou des petits seins, peut-il être encombrant ou gênant ? Les seins, sont-ils seulement un effet de mode, qui fluctuent en fonction des époques et des manières de penser ? En tout cas, j’ai trouvé l’idée de mettre en scène les seins passionnante, puisque cela permet de les voir comme des matières véritablement vivantes, et non réduites à un état de passivité quotidienne. L’auteure les ramène ainsi à leur condition initiale de chose vivante, qui permet de faire ressentir la vie.

C’est une histoire étonnante, qui peut en déconcerter plus d’un. Mais ne vous méprenez pas : derrière l’originalité de l’histoire, se cache quand même un récit parfois drôle, mais souvent émouvant et touchant. Même si je n’ai pas trouvé cette lecture particulièrement exceptionnelle, j’ai grandement apprécié l’originalité et l’audace de l’auteure, ainsi que la richesse d’écriture dont elle a usé pour écrire ce livre.


La ballerine aux gros seins va vous surprendre, peut-être vous émouvoir, mais ne vous laissera pas indifférent. Les seins vont vous parlez, vous faire sentir, ressentir, comprendre ou imaginer. Préparez-vous à sortir de votre zone de confort ! 

Ma note : 6,5/10

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Voyage de noces avec ma mère

Voyage de noces avec ma mère
de Véronique Sels
197 pages, éditions Calmann-lévy, à 16,50€
Résumé : 1987, Anne, fraîchement mariée à Raphaël, choisit la côte Ouest des États-Unis et une Ford Mustang rouge décapotable pour son voyage de noces. Joyeuses perspectives pour ce duo amoureux. Mais c’est compter sans sa mère, en plein divorce, qu’ils embarquent avec eux, n’ayant pas le cœur de la laisser seule avec son chagrin.
Commence alors un road-trip burlesque, où les personnages, une jeune mariée enceinte à bout de nerfs, une mère dispersée autant qu’envahissante et un gendre – à première vue – idéal, règlent leurs comptes, se déclarent l’amour ou la guerre, et ne cessent d’interroger les liens qui les lient les uns aux autres.
Dans leur périple, savant mélange d’épisodes hilarants et émouvants, se dessine en creux une carte postale de l’Amérique des années 80, ou tout peut arriver, même croiser un liquidateur professionnel de belles-mères…
Extraits : « Un jour, c’est sûr, il sera plus humiliant d’être obèse que d’être noir. Et ce jour-là pourrait arriver plus vite qu’on ne le pense. »
« Vous avez bien sujet d’accuser le temps qui passe. Il court sans vous attendre, vous laisse tellement triste. Les aiguilles de vos montres, perpétuelle menace, vous rappellent à chaque instant que vous allez mourant. Là est votre fardeau, petit homme rampant.« 

Mon avis : En lisant seulement le titre du roman, un léger sourire se fait ressentir sur mes lèvres. Voyage de noces avec ma mère, voilà qui est plutôt original, décalé, un titre accrocheur qui laisse penser à une comédie burlesque hilarante.

Evidemment, comme escompté, cet ouvrage se révèle être un road-trip burlesque autour de la côte Ouest des Etats-Unis. Ce voyage, initialement organisé comme voyage de noces pour Raphaël et Anne, se voit finalement devenir des vacances familiales, car la maman d’Anne, fraîchement divorcé, les accompagne sous la demande de sa fille, pour arrêter de broyer du noir. Ce trio surprenant ne surprend pas seulement les lecteurs, mais également les douaniers de l’aéroport, qui ne comprennent pas comment un voyage de noces à trois peut être possible. Maniaque, avare sur les bords, toujours en quête de la bonne occasion à saisir, Raphaël semble bien supporter la maman d’Anne, jeunette dans sa tête, ravie des aventures qui se présentent à elle. Anne, quant à elle, voit d’un très mauvais oeil ce séjour, devenant jalouse de sa propre mère, et remettant complètement en question sa relation avec Raphaël.

Ce livre a vraiment tout pour plaire. Drôle, il l’est. A chaque page, chaque phrase, chaque mot, soigneusement choisi pour faire rire aux éclats les lecteurs. Les situations abracadabrantes dans lesquels se retrouvent les personnages rendent de plus en plus fort le côté burlesque de ce roman. Véronique Sels met en scène des personnages sérieux et réalistes, qui vivent des choses complètement sidérantes, inhabituelles dans la vie de tous les jours, mais extrèmement drôles.

Le road-trip de ce trio infernal les emporte dans des endroits insoupçonnés, souvent majestueux, mais le plus souvent mystérieux. Ils se retrouvent dans une case en pleine nature sauvage, dans une station-service inhospitalière, dans des hôtels miteux… Ils vont également rencontrer des personnages ambigus, à l’identité incertaine, comme le Liquidateur de filles et de belles-mères, les faux-vétérans… qui rajoutent une touche de burlesque supplémentaire à cette comédie déjà bien garnie en humour.

Parmi cet univers brinquebalant, se cache des thèmes généraux plus sérieux, qui se rattachent à la place du couple au sein de la famille, à la jalousie naissante, à la relation mère-fille, ou encore au pouvoir de l’amour. Vous verrez que les liens familiaux et amoureux sont plus forts que tous les épisodes extraordinaires que peut vivre les protagonistes du roman.

J’ai vraiment adoré découvrir cet ouvrage. Il se lit très rapidement, avec une finesse de trait, un ton léger et humoristique, qui nous fait oublier tous les problèmes du quotidien. De plus, Véronique Sels nous fait voyager dans des contrées lointaines, sauvages, loin de nos préoccupations du quotidien. Un roman unique en son genre, que l’on ne risque pas de recroiser de plus bel.

Les lieux visités, les personnages, l’histoire… tout est sujet à rire, avec des situations déjantés, qui restent néanmoins réalistes. Je conseille vivement ce livre ; même si je doute fortement qu’il reste indélébile dans mon esprit, j’ai passé un excellent moment de lecture.

Ma note : 6,5/10