Une vie entre deux océans

Une vie entre deux océans de M. L. Stedman
448 pages, éditions Stock, à 21,50€

 

Résumé : Libéré de l’horreur des tranchées où il a combattu, Tom Sherbourne, de retour en Australie, devient gardien de phare sur l’île de Janus, une île sur les Lights, sauvage et reculée. À l’abri du tumulte du monde, il coule des jours heureux avec sa femme Isabel ; un bonheur peu à peu contrarié par l’impossibilité d’avoir un enfant.
Jusqu’à ce jour d’avril où un dinghy vient s’abîmer sur le rivage, abritant à son bord le cadavre d’un homme et un bébé sain et sauf. Isabel demande à Tom d’ignorer le règlement, de ne pas signaler « l’incident » et de garder avec eux l’enfant. Une décision aux conséquences dévastatrices…

Extraits : « On ne fait pas marche arrière des années plus tard, quand tant de gens vont être affectés. On doit vivre avec les décisions que l’on prend, Bill. C’est ça, le courage. Assumer les conséquences de ses erreurs. »
« Se souvenir était aussi douloureux que de passer la langue sur une dent ébréchée. »

Mon avis : Doté d’une splendide couverture, mettant en avant l’espace géographique dans lequel se déroule l’histoire, Une vie entre deux océans est un délice oculaire, un préambule surprenant, qui donne envie de découvrir plus en profondeur les détails de l’histoire.

Le récit se déroule sur la côte Australienne, dans de minuscules villages atypiques, à une époque reculée, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L’un des protagonistes, Tom Sherbourne, arrive promptement à Janus Rock, pour garder l’un des phares des nombreuses îles australiennes. Dans ce sublime décor de carte postale, il y rencontre une jeune femme, Isabel, dite Izzy pour les intimes, qu’il emmènera avec lui sur l’île. Isolés de tout, dans la solitude la plus complète, plongés au coeur même de l’océan indien, ils vont devoir vivre, sans communication extérieure, pendant plusieurs années. Jusqu’au jour où la routine du gardien de phare et de sa femme va basculer ; un dinghy, avec à bord un vieil homme – mort -, ainsi qu’un bébé – bel et bien vivant -, s’échoue sur la berge. Après de nombreuses fausses couches, Isabel, complètement déprimée, prend cette arrivée comme une offrande, un cadeau de Dieu, qui leur faut absolument garder… ce envers quoi Tom est radicalement opposé.

Avant toute chose, comment débuter une chronique sans parler du merveilleux cadre qui s’étend sous nos yeux ? Au milieu des vagues, des cris des mouettes, sur une terre déserte, rendus à eux-mêmes, les protagonistes ont de quoi être enviés. Qui n’a jamais rêvé d’être expatrié en solitaire sur une île, au coeur de nul part, avec comme seul bruit de fond, celui des vagues ?

La vie s’écoule paisiblement, si bien que Tom et sa femme, Izzy, ont le temps d’admirer l’extraordinaire chance qu’ils ont, l’imaginaire paradis qui s’offre à eux.
Bien que les conditions dans lesquelles ils évoluent soient exceptionnels, ces deux personnages savent garder les pieds sur terre et apparaissent, finalement, comme banals. Une opportunité qui va servir au lecteur d’attache, pour pouvoir facilement se repérer dans cette étourdissante histoire, tel un point fixe auquel se raccrocher.

L’histoire racontée est bouleversante. Je vais essayer de sauter les détails, pour ne pas trop en dire, si l’envie vous en venez de le lire à votre tour. Tout ce que je puis en dire, c’est que l’émotion vous gagnera, à un moment où à un autre de l’avancée de votre lecture.

Tiraillé entre la compréhension et l’acceptation des agissements des personnages, et l’écœurement vis-à-vis de leurs faits, M. L. Stedman n’en a pas fini de jouer avec nos nerfs. En s’engouffrant dans les mailles d’un sujet fragile – la maternité -, l’auteur va nous montrer un autre revers de ce même thème, tout en gardant en tête les réactions de base. De ce fait, elle alimentera le tout de plusieurs amours maternels incommensurables, de mensonges regrettables, de zones d’ombres mystérieuses et d’émotions à flot. Le lecteur, simple spectateur, avance, tout émoustillé, dans sa lecture tout en attendant avec impatience le dénouement final.

Que de surprise et de tristesse à la vue du désastre que peut engendrer une mère pour l’amour d’un enfant. Une vie entre deux océans, titre plutôt descriptif et sûrement métaphorique du récit, aurait facilement pu être remplacé par « un enfant entre deux mères ».

L’originalité du récit, le cadre majestueux dans lequel nous sommes plongés, la force des sentiments et la fébrilité avec laquelle est traité le sujet rend ce roman unique en son genre. M. L. Stedman raconte avec facilité une histoire qui a bien plus de complexité qu’il n’y paraît, tout en arrivant à prodiguer à ses lecteurs la force nécessaire pour endurer les mêmes mésaventures que ses personnages… et rien que ça prouve le parfait maniement de l’écriture. Ni trop, ni trop peu.
Si d’aventures il m’arriverait de croiser une nouvelle fois le chemin de cet auteur, ce serait avec un plaisir non dissimulé que je retournerais faire un tel voyage.

 

Ma note : 9,5/10
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