Une autre histoire

 


Une autre histoire de Sarah J. Naughton

409 pages, éditions Sonatine, à 21€


Résumé : La vérité n’est jamais là où on l’attend. Élevée par un père violent et une mère soumise, Mags a fui l’Angleterre dès qu’elle a pu pour devenir une brillante avocate à Las Vegas. Lorsqu’elle apprend que son jeune frère, Abe, a été victime d’un accident et se trouve dans le coma, elle revient pour la première fois depuis longtemps à Londres. Là, elle a la surprise de rencontrer sa petite amie, Jody, dont il ne lui avait jamais parlé. Elle est plus surprise encore quand Jody, inconsolable, lui révèle qu’il ne s’agit pas d’un accident mais d’un suicide. Dépressif, Abe s’est jeté par la fenêtre.
Peu à peu, la version officielle semble néanmoins présenter d’étranges incohérences. Jody dit-elle toute la vérité ? Était-elle vraiment la petite amie d’Abe ou une experte en manipulation ?
À ce stade du résumé, votre opinion est sans doute déjà faite. Jody est coupable, elle a d’une façon ou d’une autre participé à la chute d’Abe, Mags va découvrir la vérité. C’est du tout cuit : un thriller de plus parmi tant d’autres. Eh bien, détrompez-vous. Si les apparences sont en effet trompeuses, vous n’imaginez pas à quel point.
Vous êtes surtout loin de vous douter avec quelle maestria Sarah Naughton vous manipule. Vous croyez lire une histoire et c’en est une autre, bien plus captivante, qui va se dévoiler.


Extraits  « La vérité, ça n’existe pas ; la seule chose qui compte, c’est ce qu’on arrive à faire croire aux gens. »

« Toutes les tragédies ne sont pas des crimes. »


Mon avis : Abe, le frère de Mags vient de mourir. Il a été retrouvé au pied de la cage d’escalier de son immeuble. Pour tout le monde, Abe s’est suicidé, mais Mags n’y crois pas. La jeune femme va mener l’enquête pour découvrir ce qu’il s’est passé.

L’auteure s’amuse à nous faire tourner en rond. Vous aurez beau tenter de percer par vous-mêmes le mystère de cette mort, vous n’arriverez jamais à trouver par vous-même le fin mot de cette histoire. La vérité n’est jamais là où on l’attend, et c’est justement ce qui m’a plût dans cette histoire. Suspense et surprise étaient au rendez-vous pour mon plus grand bonheur !

Les personnages sont bien construits et dégagent une aura mystérieuse qui donne envie de creuser pour découvrir qui ils sont réellement. Jody en particulier m’a énormément intriguée. C’est une jeune femme à la fois extravagante et introvertie, qui cache de multiples secrets. De copine éplorée, elle va perdre son statut de victime pour devenir la coupable suspectée du meurtre. Avec elle, c’est sûr, vous ne saurez plus sur quel pied danser !

Malheureusement, l’ensemble de l’histoire ne m’a pas entièrement convaincue. Il manquait d’actions dans le récit et de rebondissement. Sans parler de certaines scènes qui me paraissaient totalement invraisemblables, comme le dénouement final, que j’ai trouvé trop tiré par les cheveux et trop peu crédible. Somme toute, ce thriller psychologique est finalement banal et ressemble à bien d’autres histoires. Manque d’originalité et d’éléments impactants, dommage !


Un thriller psychologique intéressant, mais qui ne laisse pas un souvenir impérissable. 

Ma note : 6,5/10

 

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Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng
276 pages, éditions Sonatine, à 19€

 

Résumé : Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore… Élève modèle, ses parents ont placé en elle tous leurs espoirs. Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus. Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac. Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés.
Des secrets si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées. Bien sûr, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit distille un suspense d’une rare efficacité. Mais ce livre qu’on garde en soi très longtemps est bien plus que cela. Celeste Ng aborde la violence de la dynamique familiale, les difficultés de communication, le malaise adolescent, avec une intensité exceptionnelle qui évoque l’univers de Laura Kasischke.
En distinguant cette œuvre envoûtante comme l’un des meilleurs romans de l’année, les critiques anglo-saxons ont salué la naissance d’un écrivain majeur et fait le succès du livre, vendu à plus d’un million d’exemplaires.

Extraits :  « Les gens décident comment tu es avant même de te connaître. »
« Quand elle l’avait embrassé, elle s’était surprise. Ça avait été un geste impulsif – comme quand elle esssayait parfois d’attraper une feuille charriée par le vent, ou quand elle sautait à pieds joints dans une flaque les jours de pluie -, une chose qu’elle avait faite sans réfléchir ni chercher à se retenir, une chose insignifiante et inoffensive. »

Mon avis :  Les trois autres livres en compétition pour le prix Relay 2016 n’ont qu’à bien se tenir : Celeste Ng met la barre très haut, avec son premier roman, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, publié chez les éditions Sonatine.

Lydia, 16 ans, est retrouvée morte, noyée au fond d’un lac. Ses parents, son frère et sa soeur sont sous le choc. La vie de cette famille, en apparences parfaite, va virer au cauchemar. Lydia avait pourtant tout pour être heureuse. Alors qu’est-ce qui a bien pu motiver cette jeune fille à se donner la mort ? L’aurait-on incité ? Si oui, qui ?

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, c’est un roman noir, un ovni de la littérature, qu’on a du mal à classifier. On pourrait croire que c’est un polar ; mais que nenni ; l’enquête policière a bien lieu, mais elle ne se retrouve pas au centre de l’affaire. Un roman psychologique, alors ? Pourquoi pas.

Car le récit est tourné d’une manière à ce que l’on entre dans l’esprit de chacun des membres de la famille. On s’immisce dans leurs pensées, dans leur manière de voir le monde et de voir la vie. Et ce qu’on y découvre est surprenant. Car chacun semble être à l’opposé de la figure montrée. James, le père, mi-chinois mi-américain, est depuis toujours complexé par sa différence. Marilyn, la mère, conditionnée pour être une bonne mère de famille, elle va projeter son idéal de vie sur Lydia. Lydia, petite fille normale et solitaire, incomprise et pas assez écoutée…

Tout n’est qu’apparences et non-dit. Pour sauver Lydia, il aurait fallu voir, regarder, parler et essayer de comprendre. C’est une véritable plongée au coeur d’une famille de floutées, où la communication semble totalement rompue. Une perte de communication et une projection d’un idéal trop oppressif, qui va mener au dernier recours possible : la mort.

C’est bouleversant. Les mots employés sont d’une telle force, l’histoire en elle-même est si tragique, la densité émotionnelle est si pleine… j’en perds mes mots ! Vraiment, c’est à lire et à relire. Une tragédie familiale originale, forte en émotions, qui délivre une véritable morale – surtout pour les parents ; laissez vivre vos enfants librement, ne les obligez pas à suivre des voies qui ne leur plaient pas. J’ai vraiment adoré !

 

Ma note : 9/10

La Fille du train

La fille du train de Paula Hawkins
378 pages, éditions Sonatine, à 21€

 

Résumé : Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

Extraits : « Puis je me dis… c’est pourtant ce qui arrive, parfois, non ? Les personnes avec qui on a un passé refusent de nous laisser partir, et on a beau essayer, on est incapable de s’en dépêtrer, de s’en libérer. Peut-être qu’après un certain temps on cesse de lutter. »
« Soyons francs, encore aujourd’hui, la valeur d’une femme se mesure à deux choses : sa beauté et son rôle de mère. Je ne suis pas belle, et je ne peux pas avoir d’enfant. Je ne vaux rien. »

Mon avis : Ce thriller est assez déroutant. L’histoire est originale, le rythme effrené, la tension à son plus haut niveau… Un livre qui se lit à la vitesse d’un train – c’est le cas de le dire.

Une jeune femme prénommée Rachel, a perdu son boulot il y a quelques mois. Pour ne rien laisser paraître à sa colocataire Cathy, elle continue de faire des allers et retours quotidiens en train jusqu’à Londres. C’est dans ce train qu’elle s’imagine la vie des personnes qu’elle voit à travers les vitres du train. Jusqu’au jour, où le couple dont elle réinventait la vie, Jason et Jess se retrouve en crise : Jess a disparue, puis est retrouvée morte quelques jours plus tard. Rachel va alors s’immiscer dans la vie du couple, pour apporter son témoignage de voyageuse-voyeuse. Mais son ex-mari et sa nouvelle femme habitent à quelques rues de la maison de Jess et Jason : un obstacle difficile à franchir, des souvenirs qui remontent à la surface, beaucoup de souffrance et de nostalgie.

Ce roman est raconté du point de vue de plusieurs narratrices féminines – Rachel, l’héroïne principale, Megan, la jeune femme surnommée « Jess », disparue et Anna, la nouvelle femme de l’ex-mari à Rachel. Hormis l’enquête principale du roman, les jeunes femmes se questionnent ouvertement sur la réelle teneur des sentiments. Rachel repense constamment à son ex-mari, le harcelant quotidiennement, allant jusqu’à s’imaginer pouvoir un jour refaire sa vie avec lui. Megan ressent de l’attirance pour un homme autre que son mari ; ce qui pose la question de l’infidélité dans un couple.

De plus, il y a une grande tension narrative autour de l’issue de l’enquête : qui a tué Megan ? quel été son mobile ? comment a-t-elle été assassinée ? Tant de questions qui rongent inéluctablement le lecteur. Beaucoup de mystères englobent cette enquête, les contours sont flous, les indices très minces. Le lecteur s’imagine maintes scénarios dans son esprit, faisant porter le chapeau de l’assassin sur presque toutes les personnes du roman. Et c’est bien là le talent de Paula Hawkins qui arrive à piéger le lecteur en le faisant dévier vers d’autres coupables.

Je ne dirais pas que ce livre est le thriller du siècle. Certes, le suspens est présent, le début du livre annonçait un récit original et intriguant, mais je reste quand même mitigée quant à l’enquête menée : elle n’est pas très bien ficelée, un peu tarabiscotée vers la fin. Le dénouement n’est certainement pas le point fort du roman, bien au contraire, il est décevant.

Néanmoins, j’ai bien aimé lire ce livre. La fille du train m’aura fait découvrir une nouvelle auteure (c’est le premier ouvrage de cette jeune femme) et une maison d’éditions qui m’était jusqu’alors totalement inconnue.

Ma note : 6/10