La lumière dans les combles


La lumière dans les combles de Sharon Cameron
485 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Stefania et sa soeur ont un terrible secret : treize juifs se cachent dans leur grenier. Mais bientôt, l’étau nazi se resserre…
Comment continuer à avancer quand chaque coup frappé à la porte pourrait être le dernier ?


Extraits : « Il ne fallait pas peindre tous les hommes de la même couleur. Qu’ils soient juifs ou polonais.
Ou même allemands. »

« À Przemysl, avoir de la lumière, c’est faire de la réclame : venez voir, j’ai des friandises ! Et ce n’est pas très malin d’attirer l’attention sur l’endroit où on les garde. »


Mon avis : La lumière dans les combles est une histoire vraie, composée seulement de quelques éléments fictionnels, qui viennent enrichir le récit sans pour autant le dénaturer. L’histoire se passe pendant la seconde Guerre Mondiale, dans une Pologne envahie par les allemands, qui cherchent désespérément à persécuter l’ensemble des juifs qu’ils croisent. Nous faisons la connaissance de Stefania et de sa jeune soeur Helena, toutes deux polonaises, livrées à elles-mêmes, loin de leur famille. Ensemble, elles ont courageusement cachées treize juifs dans le grenier de leur appartement au 3, rue Tatarska. Elles nous racontent les souffrances physiques et psychiques, la peur omniprésente et permanente, les sacrifices endurés pour sauver ces personnes au détriment de leurs propres vies.

En lisant La lumière dans les combles, on ne peut inévitablement penser à l’histoire d’Anne Frank, relaté dans son célèbre Journal. Cette jeune fille, du haut de ses treize ans, a vécu cachée clandestinement pendant deux ans dans l’Annexe, pour échapper à l’extermination des juifs imposés par Hitler durant la seconde Guerre Mondiale. Le Journal mondialement connu d’Anne Frank raconte cet épisode cauchemardesque vécu par ceux qui étaient vus comme les pestiférés de l’Allemagne, tandis que La lumière dans les combles nous montre cet épisode d’un point de vue nouveau : celui de sympathisants, souvent trop peu nombreux mais au courage démesuré, venus vaillamment en aide aux juifs.

Stefania Podgorska, alors âgée de 18 ans pendant l’Occupation, décide de cacher treize juifs dans son grenier. Une histoire vraie, qui lui a valu plusieurs distinctions honorifiques à la fin de la guerre, dont le prix Courage to Care, qu’elle a reçu en 1991, pour son action au service de la justice. Sans réfléchir aux conséquences directes, Stefania et sa soeur Helena ont apporté leur aide aux juifs, alors menacés de déportation et de mort, au détriment de leur propre sécurité – les nazis considérant l’assistance aux juifs comme un crime.

 Stefania et sa jeune soeur Helena

Parmi les treize juifs présents dans le grenier des jeunes filles, se trouvait Max, un jeune homme issu d’une famille nombreuse, frère d’Izio, le premier amour de Stefania. Max va se révéler un jeune homme courageux, téméraire et combatif, soutien incontesté de ses confrères et de Stefania. Max doit sa vie entière à Stefania et à sa soeur. D’ailleurs, à la fin de la guerre, alors tous libres, Stefania et Max ne se quitteront plus jamais : ils vivront une belle et longue histoire d’amour jusqu’à leur mort.

Stefania et Max, devenu son mari

Sharon Cameron raconte avec précisions et minuties les péripéties qui jalonnent l’existence de Stefania. La guerre fait rage, les juifs sont parqués dans un ghetto, tandis que d’autres sont transportés en train dans des camps de déportation, pour y travailler et y mourir. Les patrouilles allemandes sont partout, la pénurie de nourriture se fait lourdement sentir, le travail devient compliqué à trouver. Stefania, notre protagoniste, du haut de ses dix-huit ans, fait preuve d’un courage exemplaire pour survivre dans cette misère sociale et pour faire vivre treize juifs en plus de sa petite soeur. Elle fait preuve d’un héroïsme sans égal, comme sa soeur cadette, Helena, qui se révèle une jeune fille mature, hautement intelligente, très maligne, qui fait preuve de sang-froid et de discernement face aux événements qui surviennent.

Ce genre de thématique est souvent abordée dans la littérature. C’est un fait majeur de l’Histoire mondiale, qui a marqué des millions de personnes, qui émeut toujours autant les foules et qui doit être rapporté pour que la nouvelle génération prennent conscience des horreurs qui ont été faites et des combats qui ont contribué à forger leur liberté. Néanmoins, malgré tout le respect que j’ai pour les combattants, ceux qui ont laissé leur vie sur le champ de bataille, pour les innocents, les juifs, les civils, qui y ont laissé leur vie, je n’ai pas été spécialement enthousiasmé par ce récit. Disons que l’histoire s’étirait un peu en longueurs, avec quelques passages répétitifs. 

Je tiens à souligner le fait qu’en lisant cette histoire, je ne savais pas qu’elle était issue de l’expérience vécue par Stefania, notre protagoniste. Ce n’est qu’en refermant la dernière page du livre que Sharon Cameron explicite ses propos et les illustre de photos des protagonistes. L’auteure a tenu à coller au plus près des souvenirs de Stefania pour écrire son livre. La majeure partie des péripéties présentées dans La lumière dans les combles ont véritablement eu lieu. Peut-être qu’en ayant eu connaissance de cette information avant le début de ma lecture, j’aurais ressenti plus d’empathie envers les personnages, j’aurais peut-être été plus imprégnée de l’atmosphère générale, plus touchée par ce qui leur arrivait…


Un roman historique sur une femme au courage inspirant : Stefania Podgorska, une jeune polonaise qui a sacrifié sa vie pour cacher treize juifs durant la seconde Guerre Mondiale. Malgré quelques longueurs, c’est une histoire puissante, violente, écrite avec justesse, qui, je l’espère, trouvera échos dans la sphère littéraire, ne serait-ce que pour rendre hommage à l’héroïsme de Stefania et de sa soeur Helena.  

Ma note : 7/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-07-514548-0
Traduction : Diane Ménard

La cité de l’oubli


La cité de l’oubli de Sharon Cameron

461 pages, éditions Nathan, à 17,95€


Résumé : Tous les douze ans, les habitants de Canaan subissent l’Oubli, un mystérieux phénomène qui efface leur mémoire. Pas celle de Nadia. Elle seule n’a pas oublié. Elle seule se souvient que se père a profité de ce bouleversement pour l’abandonner… Le nouvel Oubli approche. Nadia doit percer le secret de cette fatalité avant que sa famille ne vole à nouveau en éclats. Avant que la ville ne sombre encore une fois dans le chaos.


Extraits  « Pourquoi chaque « maintenant » devrait-il être gâché par ce qui doit advenir ? »

« Je trouve qu’une fois votre coupe remplie, la douleur ne devrait plus pouvoir se déverser du broc. »


Mon avis : Au départ assez sceptique de découvrir ce livre, ma lecture reflète totalement mon premier sentiment : incrédulité, déception, perplexité.

Canaan, c’est un peu comme un village gaulois. Tous les habitants de la ville vivent confinés dans un espace délimité, entouré par des Murs. Nul n’a le droit de passer de l’autre côté, puisque nul ne sait ce qu’il s’y cache. Mais surtout, tout le monde redoute l’Oubli, un mystérieux phénomène qui arrive tous les 12 ans et qui fait perdre la mémoire à tous les habitants. Mais Nadia, fille de la teinturière est une originale, puisque d’une part elle est la seule à ne jamais Oublier, et d’autre part, elle n’obéit pas nécessairement aux règles dictées et se rend fréquemment seule hors des Murs, en toute illégalité. Elle pensait que personne n’avait remarqué son manège… jusqu’à ce que Gray la surprenne et l’enjoigne de l’emmener avec elle. D’abord hésitante, la jeune fille va se laisser séduire par ce beau jeune homme et lui révéler son secret.

La cité de l’oubli est une dystopie jeunesse, qui reprend tous les codes des dystopies, sans rien ajouter de très novateur au genre. L’Oubli aurait pu être l’élément qui détache le récit des autres. Malheureusement, je ne l’ai pas trouvé assez vendeur et trop peu travaillé, ce qui explique ma frustration de lectrice, pas totalement satisfaite de cette dystopie soit-disant « originale ». J’ai trouvé que l’intrigue globale manquait d’énergie et qu’elle était souvent bien trop suggestive quant à la suite des événements, ce qui enlevait toute notion de surprise et d’étonnement. L’auteure ne nous laissait pas forcément ouvrir notre imagination et tenter de deviner la suite des événements, j’avais l’impression que tout nous était servis sur un plateau d’argent, et que nous étions des acteurs passifs de l’histoire : tout ce dont j’ai horreur ! A mon sens, il faut toujours laisser les lecteurs s’imprégner de l’histoire et se plonger dans son univers.

De plus, j’ai trouvé ce livre dans son ensemble assez mal écrit. Il y a parfois beaucoup trop d’informations condensées dans quelques paragraphes, et d’autres fois pas assez. C’est-à-dire que par moment, j’ai trouvé l’histoire très longue, puisque l’auteure se plaisait à faire de longues descriptions qui n’apportait pas grand chose à l’histoire. D’autres fois, l’histoire devenait plus dynamique, voire trop dynamique, et l’intrigue filait à une telle vitesse qu’il m’était impossible de la comprendre. D’où mon incrédulité face à ce phénomène d’écriture assez spécifique…


Une dystopie jeunesse maladroite et balbutiante, qui manque de clarté dans son écriture. Quant à l’histoire, elle se voulait originale, mais n’a pas été assez travaillée pour être totalement novatrice. 

Ma note : 4/10