La jeune fille à la perle


La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier

313 pages, éditions Folio


Résumé : La jeune et ravissante Griet est engagée comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Nous sommes à Delft, au dix-septième siècle, l’âge d’or de la peinture hollandaise. Griet s’occupe du ménage et des six enfants de Vermeer en s’efforçant d’amadouer l’épouse, la belle-mère et la gouvernante, chacune très jalouse de ses prérogatives.
Au fil du temps, la douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille émeuvent le maître qui l’introduit dans son univers. À mesure que s’affirme leur intimité, le scandale se propage dans la ville…
Un roman envoûtant sur la corruption de l’innocence, l’histoire d’un coeur simple sacrifié au bûcher du génie.


Extraits : « Disons qu’elle n’est pas belle, mais qu’il la rend belle, ajouta-t-elle. Ça devrait se vendre un bon prix. »

« – […] Et maintenant, quelles couleurs voyez-vous dans les nuages ?
– J’y vois du bleu, répondis-je, après les avoir étudiés quelques minutes. Et aussi du jaune. Et même un peu de vert ! » Je les montrai du doigt, excitée que j’étais. Toute ma vie, j’avais vu des nuages mais j’eus à cet instant l’impression de les découvrir. »


Mon avis : La jeune fille à la perle est un roman historique et intemporel sur la création du tableau du même nom, par le célèbrissime Johannes Vermeer. Souvent étudié dans les écoles, j’aurais été ravie de pouvoir le découvrir dans ce cadre, pour approfondir davantage cette lecture, qui m’a enchantée.

Vermeer est un peintre hollandais du XVIIème siècle, peu connu de son vivant, dont les oeuvres ont été mises en lumière seulement à la moitié du XIXème siècle, grâce à un critique d’oeuvres d’art. Vermeer est essentiellement reconnu pour ses scènes de genre, qui représentent la vie domestique avec familiarité, naturel et poésie. La jeune fille à la perle, La laitière, ou encore L’astronome, comptent parmi les tableaux les plus célèbres au monde.

Portrait de Johannes Vermeer

Tracy Chevalier s’appuie sur des éléments historiques et biographiques liés à Vermeer et y associe avec habileté des composants fictionnels pour écrire son roman. Ainsi, nous découvrons avec bonheur la vie de Veermer à travers Griet, jeune demoiselle de seize ans qui entre au service de la famille Vermeer. Nous faisons la connaissance de Catharina, la femme de Vermeer, leur nombreuse progéniture, ainsi que Maria Thins, la mère de Catharina, qui vivent tous ensemble dans le petit village de Delft. Griet n’est pas la seule servante à servir la famille, puisque Tanneke travaille également dans la maison familiale pour Maria Thins depuis de nombreuses années. Griet s’intègre difficilement à cette maisonnée, les membres de la  famille semblant être assez réticents à l’idée d’accueillir une nouvelle servante dans leur intimité, certains comme la jeune Cornelia allant même jusqu’à lui faire de mauvaises farces pour la discréditer aux yeux du couple Vermeer. Mais Griet a besoin de ce travail et du faible revenu qui lui revient chaque semaine pour aider ses parents. Son père, faïencier de son métier, est devenu aveugle des suites de son difficile labeur. Sa mère ne pouvant pas subvenir convenablement à leurs besoins, c’est Griet qui vient compenser le manque financier de ses parents.

Vue de Delft (Pays-Bas)

Tracy Chevalier retrace avec subtilité une vie de village des années 1660. Dans le petit village de Delft, Griet sort chaque jour au Marché pour s’approvisionner en viandes, ou chez l’apothicaire, pour ramener des ingrédients utiles à Vermeer pour peindre ses oeuvres. Le village est animé, on ressent avec bonheur ce petit centre vivre : c’est un réel plaisir que d’être transporté au coeur d’un quotidien ordinaire et simple comme celui-là. C’est d’ailleurs au marché aux viandes que Griet fera la connaissance de Pieter fils, le boucher. Un jeune homme un peu plus âgé qu’elle, aux premiers abords frustre, mais bienveillant envers la jeune femme et ses parents. Il accorde beaucoup d’attentions à Griet, lui faisant plus ou moins subtilement sentir tout l’intérêt qu’il accorde à sa personne.

Mais Griet est entièrement focalisée sur le peintre Vermeer, qui la fascine littéralement. Ce mystérieux homme, solitaire, constamment enfermé dans son atelier, va laisser à Griet le loisir de pénétrer son intimité. Elle deviendra sa secrétaire, l’aidera dans ses préparations de toiles, avant de finir par poser pour lui. Des tâches quotidiennes loin de ses obligations de servantes, qui ne raviront pas Catharina, la femme du peintre, jalouse du lien indicible qui se créait entre son mari et cette servante.

On se plait à prendre comme acquises les explications données par Tracy Chevalier sur cette magnifique oeuvre d’art qu’est La jeune fille à la perle. Malheureusement, la réalité est toute autre : la jeune fille représentée est anonyme, peut-être une des filles du peintre. Les hypothèses  sur son identité vont bon train, mais nul ne n’aura jamais le fin mot de l’histoire.

La jeune fille à la perle (1665-1667)

Jalousies, réprimandes, secrets, sont le lot quotidien de Griet. Ajoutez à cela l’attention toute particulière que lui confère Van Ruijven, un riche commerçant d’art, également ami des Vermeer. Du haut de son misérable statut de servante, Griet ne peut que se plier aux exigences de ses maîtres, obéir sans vergogne sans jamais faire de reproche. On ressent avec affliction l’étendue de la servitude et la dépendance financière et émotionnelle de Griet à leur encontre : sa précarité sociale ne lui permettait pas de s’affirmer.

Le Concert (1664-1667)

C’est avec bonheur que j’ai découvert plus en détails la vie du peintre Vermeer. C’est un personnage énigmatique, que l’on peine à cerner, qui semble être étranger même à sa propre famille. Il évolue comme dans une bulle artistique, n’exprime pas ses émotions par des paroles ou des gestes, mais il les réserve dans ses peintures, qui parlent d’elles-mêmes. Il allie avec merveille l’ombre et la lumière, il positionne avec minutie le décor, il fait en sorte de créer de l’émotion, de l’immédiateté, du mouvement, une sorte d’illusion de la vie. Appliqué et méthodique, jouant avec subtilité et minutie de ses pinceaux, une seule de ses toiles pouvait lui prendre près de quatre mois. Un manque de productivité critiqué par sa femme : sans entrée d’argent, difficile de nourriture les nombreuses bouches de sa progéniture et de rembourser les dettes accumulées. J’ai pris beaucoup de plaisir à voir travailler Vermeer, je me suis sentie privilégiée, presque intime avec le peintre.

Au vu du succès international de ce roman, l’oeuvre a été adaptée au cinéma en 2003, avec un casting de choix : Scarlett Johansson dans le rôle principal, et Colin Firth dans celui du peintre. Une adaptation saluée par la critique, que je me ferais une joie de découvrir prochainement !


Un roman historique passionnant, qui met en lumière la vie du peintre Vermeer à travers Griet, la jeune fille à la perle. Un chef-d’oeuvre littéraire et artistique !

Ma note : 10/10

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ISBN : 2-07-041794-8
Traduction : Marie-Odile Fortier-Masek

Hôtel Castellana


Hôtel Castellana de Ruta Sepetys

587 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : 1957. Daniel Matheson passe l’été à Madrid avec ses parents. Passionné de photographie, il espère découvrir le pays de naissance de sa mère par le viseur de son appareil.
Dans l’hôtel Castellana où s’installe la famille Matheson travaille la belle et mystérieuse Ana. Daniel découvre peu à peu son histoire, lourde de secrets, et à travers elle le poids de la dictature espagnole. Mais leur amour est-il possible dans un pays dominé par la peur et le mensonge ?


Extraits : « Parfois, la vérité est dangereuse, Julia. Pourtant, il faut quand même la chercher. »

« Dis toujours que ça va, surtout quand ça ne va pas. »


Mon avis : Ruta Sepetys m’émerveillera toujours. Je peux l’écrire noir sur blanc : elle devient officiellement l’une de mes auteures préférées. J’aime particulièrement son talent pour créer des univers différents, toujours ancrés historiquement, auxquels elle ajoute une bonne dose de fiction, pour nous envelopper et nous transporter dans des contrées lointaines. Elle m’avait déjà surprise dans Big easy, une histoire qui se passe dans les années 50 à la Nouvelle-Orléans, entre truands, voleurs, prostituées et racisme. Puis elle m’avait conquise avec Le sel de nos larmes, une histoire très émouvante se déroulant pendant la Seconde guerre mondiale, où des réfugiés, des soldats et citoyens fuient la guerre en tentant vainement d’embarquer à bord du Wilhelm Gustloff.

Dans Hôtel Castellana, nous nous situons dans les années 1957 à Madrid, en Espagne, à l’heure du règle du général Franco. Daniel Matheson, un jeune Américain, passionné de photographies, suit ses parents à Madrid, de riches industriels venus faire affaire avec Franco et ses sbires. Ils logent à l’hôtel Castellana Hilton, où ils se font servir par Ana, une jeune femme pauvre, qui subit avec docilité la dictature cruelle de Franco.

Comme d’habitude, Ruta Sepetys ancre son récit dans le réel. Cette fois-ci, elle prend appuie dans l’Espagne franquiste, à l’heure de la dictature du général, qui gouverne son pays avec autorité et répression. Afin de christianiser le pays, l’enseignement est confié à l’église, les manifestations des langues et cultures régionales se veulent interdites, le peuple est privé de liberté, obligé d’obéir aveuglément aux directives de Franco.

 

 

Francisco Franco, dictateur Espagnol durant 39 ans
(de 1936 jusqu’à sa mort en novembre 1975)

 

 

 

 

L’auteure a pris plus de huit ans pour écrire ce roman. Elle s’est longuement documentée sur l’Espagne, ses pratiques, son histoire passée, présente et future, sur ses liens avec les États-Unis, n’hésitant pas à aller séjourner plusieurs fois à Madrid et à interroger patiemment des témoins de ce règne et de cette période de répression.

Elle y découvre de tragiques histoires, dont une qui sera au centre de son roman : le vol d’enfants. Durant les années franquises, près de 30 000 enfants – voire plus – sont portés disparus, retirés à leurs parents pour des raisons idéologiques. Certains sont déclarés comme mort-nés, mais placés dans des familles adoptives franquistes, dont l’idéologie est plus adéquate que celle de leur parent biologique. Retracé avec réalisme dans le livre, on se rend compte avec effroi que le personnel médical, ainsi que les religieuses, étaient de mèche avec ce trafic ignoble. Encore aujourd’hui, plusieurs plaintes ont été déposées et des procès sont en cours pour que les victimes soient indemnisées.

En outre, l’hôtel dans lequel se déroule l’histoire a véritablement existé. C’était un établissement fastueux, grandiose, qui accueillait l’ensemble des Américains venus en Espagne pour les affaires. Dans un pays qui s’isole volontairement, cette ouverture sur le monde et ce lien nouveau avec les États-Unis permettait de penser à une prochaine libération et à une ouverture des frontières.

C’est dans cet hôtel que loge le jeune Daniel, qui va lentement s’émouracher d’Ana, une belle domestique de son âge, qui prend soin de lui et sa famille durant leur séjour. Malheureusement, tout les oppose, de leur statut social à leur style de vie, de leur pays d’origine à leurs traditions. Mais quand l’amour est là, il est difficile de lui résister.

J’ai vraiment été conquise par l’histoire fictionnelle relatée par l’auteure, par son style d’écriture addictif, prenant, passionnant et surtout par l’ambiance qu’elle arrive à créer, nous projetant directement dans cet Espagne des années 1960. De part les faits historiques, mais aussi les traditions, comme la corrida, souvent abordé dans ce récit – sans pour autant que l’auteure prenne partie entre le « pour » et le « contre » de cette pratique espagnole -, les couleurs chatoyantes, les paroles, exotiques, les lieux, tantôt emblématiques ou pittoresques, qui nous immergent dans la réalité espagnole de cette époque.

Pour celles et ceux qui, comme moi, auront été conquis par cette histoire et par les faits historiques qui y sont abordés, Ruta Sepetys a rédigé, à la fin de son livre, une grande bibliographie qui l’a aidée à le rédiger. De plus, vous pourrez y trouver des explications sur certaines recherches qu’elle a entreprise, ainsi qu’un glossaire recoupant les mots espagnols régulièrement utilisés dans le récit. De quoi prolonger un peu plus longtemps le plaisir de cette histoire.


Un roman historique, qui nous plonge dans l’Espagne franquiste des années 1960. Hypnotique, épatant, puissant et terriblement émouvant, je ne peux que vous recommander Hôtel Castellana les yeux fermés !

Ma note : 10/10

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Un conte de deux villes


Un conte de deux villes de Charles Dickens

489 pages, éditions Archipoche, à 8,95€


Résumé : 1775. Embastillé pendant dix-huit ans pour délit d’opinion, Alexandre Manette est enfin libéré. Sa fille Lucie, qui le croyait mort, quitte aussitôt l’Angleterre, où elle vivait en exil, pour le retrouver à Paris, le ramener à Londres et lui rendre la santé. Cinq années ont passé lorsque la fille et le père sont appelés à la barre des témoins lors du procès d’un émigré français, accusé de haute trahison par la Couronne britannique. Il s’appelle Charles Darnay et deviendra bientôt le gendre de Manette, qui l’a sauvé d’une condamnation à mort. Jusqu’au jour où Darnay, rentré en France au secours d’un ami, se trouve de nouveau arrêté, puis traduit devant un tribunal révolutionnaire pour crimes contre le peuple. Le Dr Manette témoignera-t-il une seconde fois en sa faveur ? Quant à Lucie, a-t-elle la moindre idée du terrible secret de son mari ?

Plongés contre leur gré dans les tumultes de la Terreur, les personnages d’Un conte de deux villes (1859) font revivre une page décisive de l’Histoire, avec ses complots, ses vengeances et ses trahisons.


Extraits : « Dominant le reste, la silhouette hideuse de la guillotine, cette dame tranchante encore inconnue peu de temps auparavant, était devenue aussi familière aux regards que si elle eût existé depuis la création du monde.« 

« À cette époque, l’on se méfiait des rencontres de hasard, car tout individu pouvait être un brigand ou du moins son complice. Il n’y avait rien de plus fréquent que de trouver dans les relais et les auberges qui jalonnaient la route, depuis le maître de poste jusqu’au garçon d’écurie, quelque sacripant à la solde d’un redoutable chef de bande. »


Mon avis : Un conte de deux villes, aussi nommé Paris ou Londres en 1773, est un roman historique écrit par le célèbre Charles Dickens, initialement paru sous forme de feuilletons épisodiques hebdomadaires.

Durant la Révolution française, dès 1789, l’auteur nous promène entre Paris et Londres, les deux villes au coeur de la tourmente. Les bouleversements sociaux et politiques sont nombreuses, toujours accompagnées de violence à l’encontre des populations civiles. Le point d’orgue de cette Révolution, que nous décrit avec forces détails l’auteur, se situe en 1794, lors de la Terreur, période de très forte exécutions de masse. Des milliers de personnes sont emprisonnées, puis exécutées, guillotinées ou pendues pour cause de trahison, souvent injustifiée, envers la patrie.


1789 – Les français découvrent la guillotine

Charles Dickens, un anglais qui n’a pourtant pas connu la Révolution française, nous raconte son point de vue de cette grande guerre. La violence est omniprésente, cruelle, implacable, sanguinaire : les têtes tombent les unes après les autres, sans justification rationnelle. L’injustice de ces exécutions est révoltante. Il dresse un tableau de la période pré-révolutionnaire, de la Révolution même et critique avec habileté et justesse l’histoire et ses faits.

C’est dans ce contexte chaotique que nous suivons Lucy, une jeune française, qui vient de retrouver son vieux père qu’elle croyait mort, le docteur Manette, emprisonné durant dix-huit longues années, coupé de toute vie et du monde extérieur, il a fini par devenir fou. Lucy, secondée par Mr Lorry, un banquier de chez Tellson & Co, va ainsi pour apprendre l’existence de son père et renouer contact avec lui. Mais la guerre éclate, faisant voler en éclat leur tranquillité retrouvée. Le docteur Manette, ancien prisonnier français, vénéré pour son courage, va jouer un rôle essentiel dans la libération de Charles Darnay, un jeune homme accusé à tord de trahison et prêt à être envoyé à l’échafaud.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire et à me greffer au contexte. Mon début de lecture fût assez laborieux, puisque je n’arrivais pas à m’attacher aux personnes et à compatir avec leurs destinées, mais la fin s’est révélée nettement mieux, avec des révélations qui permettent d’éclaircir l’ensemble de l’oeuvre et un très bon travail sur certains des personnages : ils m’ont paru gagner en sensibilité et en humanité.

Le texte reste compréhensible pour notre époque, mais je le conseillerais quand même aux historiens conformés, aux personnes qui connaissent le contexte de la Révolution française et qui pourront être plus apte à l’apprécier dans son ensemble. Il n’en reste pas moins un très bon texte, bien écrit, fluide, que je suis fière d’avoir découvert, même si parfois, j’étais tentée d’abandonner ma lecture, faute de réel attrait pour le récit.


Un roman historique sur la violence et l’injustice des exécutions lors de la Révolution française. À conseiller aux passionnés d’histoire !

Ma note : 6/10

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J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi


J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi de Yoan Smadja

279 pages, éditions Belfond, à 17€


Résumé : Printemps 1994. Le pays des mille collines s’embrase. Il faut s’occuper des Tutsi avant qu’ils ne s’occupent de nous.
Rose, jeune Tutsi muette, écrit tous les jours à Daniel, son mari médecin, souvent absent. Elle lui raconte ses journées avec leur fils Joseph, lui adresse des lettres d’amour… Jusqu’au jour où écrire devient une nécessité pour se retrouver. Obligée de fuir leur maison, Rose continue de noircir les pages de son cahier dans l’espoir que Daniel puisse suivre sa trace.
Sacha est une journaliste française envoyée en Afrique du Sud pour couvrir les premières élections démocratiques post-apartheid. Par instinct, elle suit les nombreux convois de machettes qui se rendent au Rwanda. Plongée dans l’horreur et l’indicible, pour la première fois de sa vie de reporter de guerre, Sacha va poser son carnet et cesser d’écrire…

Dans ce premier roman bouleversant d’humanité, Yoan Smadja raconte le génocide des Tutsi du Rwanda à travers le regard de deux femmes éblouissantes, Rose et Sacha qui, sans le savoir, et par la seule force de leur plume, vont tisser le plus beau des liens, pour survivre à l’inhumain.


Extraits « Le temps qui passe n’a sur nos vies que peu de prise. Les plus profondes blessures nous sont infligées en un éclair. Celles auxquelles on ne s’attend pas. »
« L’indépendance est une sorte de jouvence, on n’en prend conscience que lorsqu’on la perd.« 

Mon avis : Un grand merci aux éditions Belfond ainsi qu’à Babelio, pour l’envoi de ce livre lors d’une Masse critique spéciale. Sans eux, je pense que je n’aurais jamais osé acheter un livre tel que celui-ci, tant le sujet est atypique comparé à mes lectures habituelles.

J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi est un roman historique sur la guerre du Rwanda, qui a débouché au génocide des Tutsis en 1994. Sacha est une jeune journaliste envoyée en Afrique du Sud avec son acolyte photographe, Benjamin. Sur une étrange intuition, la jeune femme décide de quitter l’Afrique du Sud, sans tenir compte des récriminations de son patron, et part au Rwanda. Là-bas, ils rencontreront Daniel, un médecin tutsi marié à Rose, une femme muette, qui écrit quotidiennement des lettres à son mari. L’ambiance est pesante, la guerre finie par éclater, Daniel part à la recherche de sa femme et de son fils, pour les protéger des hutus qui nourrissent une haine aux tutsis. Sacha et Benjamin vont suivre Daniel à travers le Rwanda et ce qu’ils vont y découvrir restera à tout jamais graver dans leur mémoire.

Dans mon passé de lectrice, j’avais déjà eu l’opportunité de lire Un dimanche à la piscine de Kigali de Gil Courtemanche, qui abordait cette guerre civile entre Tutsis et Hutus, et mettait en lumière les atrocités vécues par le peuple rwandais. Dans J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi, l’écriture est plus pudique, plus romancée, moins brutale. C’est un roman historique romancé, qui raconte à la fois le massacre de la guerre civile du Rwanda, mais également une histoire familiale bouleversante, celle de Daniel et de sa famille, victimes de cette guerre meurtrière.

On ressent avec intensité les émotions de chacun des personnages, en particulier la force de l’amour de Daniel pour sa famille, qui est prêt à tout, jusqu’à risquer sa vie, pour sauver celles des siens. Daniel, Sacha et Benjamin se lancent dans une course folle à travers le Rwanda, qui pour retrouver les siens, qui pour honorer son métier. Malgré les risques encourus, ils ne lâchent pas de vue leurs objectifs respectifs, et traversent, avec difficulté, les barrages érigés par les militaires hutus. La tension est à son maximum, le danger est partout, les horreurs se multiplient sur leur chemin : le Rwanda vit son plus terrible événement historique. Certaines scènes du livres sont brutes, sans fioritures, et montrent avec réalisme les horreurs provoqués par cette guerre civile. Le massacre des Tutsis, qui a duré près de 3 mois, a causé, selon l’ONU, la mort de près de 800 000 Rwandais, essentiellement des Tutsis. De ce fait, certaines scènes, écrites avec des mots bien pensés pour ajouter le plus de réalisme possible au récit, peuvent choquer certains lecteurs non avertis.


Un livre bouleversant, où la tragédie de l’Histoire côtoie la beauté romanesque. Un récit puissant, qui ne laissera personne indifférent.

Ma note : 8/10

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Au revoir là-haut


Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

619 pages, éditions Le Livre de Poche, à 8,60€


Résumé : « Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »
Sur les ruines du plus grand carnage du XX° siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec Ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.


Extraits :  « Ce qui l’avait transpercé, c’était l’âge des morts. Les catastrophes tuent tout le monde, les épidémies déciment les enfants et les vieillards, il n’y a que les guerres pour massacrer les jeunes gens en si grand nombre.« 

« Même les grandes joies vous laissent un peu de regret, il y a un fond de manque dans tout ce qu’on vit. »


Mon avisC’est avec excitation que j’ai débuté ma lecture d’Au revoir là-haut. Depuis qu’il a été primé par le Goncourt en 2013, je n’avais de cesse d’entendre des louanges sur cette histoire. J’étais d’autant plus impatience de redécouvrir la si jolie écriture de Pierre Lemaitre, si changeante mais si belle, que j’avais pu admirer il y a peu dans son thriller Robe de marié. Dans Au revoir là-haut, l’auteur nous délivre une nouvelle forme que peut revêtir sa plume, à mille lieux de ses précédents ouvrages, mais toujours aussi bien écrit, aussi prenant et captivant.

Albert et Edouard ne se connaissaient pas avant d’être rassemblé pour faire la guerre. Une guerre désastreuse, où la mort ne signifie plus rien, tant elle est devenue monnaie courante. Mais en cette année 1918, les soldats entraperçoivent la finalité de cette bataille qui a duré plus de 4 années. Albert et Edouard, qui ont survécus durant tout ce temps, vont mener leur dernière offensive, en combattant les soldats sur la côte 113. Mais ils n’en ressortiront pas indemne. Albert frôle la mort de justesse, tandis qu’Edouard devient un blessé de guerre, totalement défiguré par un obus. La vie continue néanmoins, les deux hommes essaient de se reconstruire et d’oublier les horreurs qu’ils ont connus. Mais cela n’est pas évident, notamment pour Edouard, dont la figure, si différente qu’auparavant, lui rappelle sans cesse ce qu’il a vécu sur le champ de bataille. Pour se venger de cette guerre et des hauts placés qui ont ruinés leurs vies, les deux comparses vont imaginer une arnaque de niveau nationale. A l’heure où les communes s’empressent d’enterrer et de célébrer leurs morts, ils vont tenter de revendre des faux monuments aux morts à la France entière. De quoi leur rapporter un sacré pactole…

L’histoire est tellement bien écrite que les 600 pages du livre défilent à une vitesse folle. Pour tout vous dire, à chaque fin de chapitre, j’avais l’irrésistible envie de débuter un nouveau chapitre. Comme je cède souvent à la tentation, sachez que les chapitres s’enchaînaient les uns après les autres, sans temps mort.

Pierre Lemaitre retrace avec brio une période assez noire de l’histoire française. La première guerre mondiale et les conséquences qui ont suivies cette guerre (morts, blessés, traumatismes psychologiques, deuil, tristesse…). Autant d’émotions que les lecteurs ressentiront intensément. Il pointe particulièrement du doigt les injustices de ce conflit, la couardise des hauts gradés, le manque de reconnaissance après-guerre.

En attendant l’adaptation cinématographique de ce roman, prévu en octobre prochain, je vous laisse découvrir la bande-annonce ci-dessous. J’ai vraiment hâte de découvrir la façon dont les scénaristes se sont appropriés le récit. Car 600 pages d’écriture à raccourcir dans 1h30 de film sans dénaturer l’histoire, ça demande du temps et beaucoup de talent.


Au revoir là-haut est un magnifique roman historique, qui retrace une période après-guerre très noire. Avec humour, cynisme, volupté et poésie, Pierre Lemaitre réalise un coup de maître, en créant une ambiance réaliste, bourrée d’intenses émotions, dans une histoire totalement fictive. J’ai beaucoup apprécié le récit et les personnages et attend avec impatience de découvrir l’adaptation cinématographique réalisée par Albert Dupontel

Ma note : 8/10